FR EN DE ES IT PT
Naviguer dans les forums 
Trackers Ankama

[Récit du mois] [Multi] Livre Noir de la Confrèrie de l'Ombre

Par AmatoAnubismose 21 Mai 2009 - 15:56:22

[Hrp] :

Bonjour à tous.

L'histoire que vous allez lire est une oeuvre commune des membres de la Confrèrie de l'Ombre, clan de summens. Il y aura donc des différences de styles, de points de vues en fonction de l'auteur.

En espérant que vous allez apprécier cette modeste histoire.

Que l'Ombre s'étende.

[/HRP] 

0 0
Réactions 35
Score : 291

Prélude

Pourquoi ai-je écris tous ça ?

Au fond je ne le sais pas. Mon maître me dit que pouvoir consulter ses impressions, ses idées et ses visions après coup est une bonne chose. Mais je doute que quand il disait il pensait à un tel document. Quoi que, ce vieux brigand a plus d’une fois prouvé qu’il était capable de prévoir les évènements les plus inattendus, à moins qu’il en soit l’instigateur principal, après tout ce temps à le côtoyer, lui et les autres membres du clan je ne saurais le dire.

Je vois que vous vous demandez qui je suis n’est-ce pas ? On me connait sous le nom d’Ombre Flamboyante, nom que mon Maître m’a donné lorsqu’il m’a jugé apte à rentrer dans cet ordre que certains nomment la Confrérie de l’Ombre. Evidemment, à ses derniers mots vous comprendrez que le document que vous tenez en vos mains peut provoquer votre mort, et sûrement la mienne, la Confrérie n’aimant pas révéler ses petits secrets. "Il n’y a pas de traîtres à la confrérie mais uniquement des cadavres", cette maxime nous hante à chaque instant de notre vie de confrère. Mais au fond, je doute que la moindre trahison ou défection soit le fait du hasard, mais cela, vous le saurez une autre fois, si les 12 nous gardent.

Ombre Flamboyante

0 0
Score : 291

Recrutement

La douleur qui me martelait le crâne me réveilla, mais je m’m'abstins d’ouvrir les yeux. Mon expérience m’avait apprise que les ennemis ne se méfiaient pas d’un corps au sol apparemment inanimé.
« Elle ssssse réveille mon cher ami. »
L’accent chuintant me rappela tout de suite les derniers événements. Le très secret mais très connu Psion, intermédiaire dans tout ce qui était louche dans le monde des 12 m’avait demandé de lui rendre un service. Après : le trou noir. ce fichu salaud d’encapuchonné avait sûrement réussi à me droguer.
« Tu peux ouvrir les yeux jeune fille, coupa alors une voix froide. Nous savons que le somnifère ne fait plus effet. »
Autant pour l’effet de surprise pensais-je en ouvrant les yeux. Je me trouvais dans une grotte éclairée par quelques lampions accrochés au mur. En face de moi se tenait deux êtres encapuchonnés dans de grandes capes à capuche. A droite se trouvait Psion, sa ample cape me masquant jamais sa stature dégingandé. La voix venait de l’être encapuchonné de droite, qui malgré une taille moindre semblait dominer l’autre par son aura.
« Que me voulez-vous, demandais-je. »
« Je vois qu’elle est pragmatique, dit l’encapuchonné. »
« Je ne voussss menssssss jamaissssss ssssssur ssseux que je vousssss amènesssss mon amissssss, répondit Psion. »
On pouvait dénoter dans sa voix une certaine satisfaction, comme un éleveur de dragodindes vantant la qualité de ses montures au marché.
« Vous n’avez pas répondu à ma question, dis-je en me redressant de toute ma taille. »
J’étais habitué à ce que ma stature intimide les gens. Même si Psion se mit le plus discrètement possible hors de ma portée alors que l’encapuchonnée ne broncha pas, et le mouvement de sa capuche indiqua qu’il me reluquait de la tête au pied.
« Tu veux de l’aide, vieux pervers ? grognais-je. »
« Impertinente à ce que je vois, répondit l’encapuchonné, sur le ton de la conversation. Quand à ce que tu imagines de mon âge et de mes penchants, je pense que tu ne t’es pas trompé jeune fille. »
« Je ne me laisserais pas faire, menaçais-je. »
J’entendis un bruissement de cape, et je me retrouvais à genou au sol, deux bras aussi dur que de l’acier me bloquant la respiration.
« Dit-toi que tes faibles menaces n’impressionnes que les petits chienchiens braillards d’Astrub, dit l’encapuchonné. Mais pas ceux qui œuvrent dans l’ombre. »
« La confrérie, soufflais-je à bout de souffle. »
Instantanément l’étau d’acier se desserra, et je m’avachis sans grâce au sol, haletant comme un chef de guerre bouftou asthmatique.
« Bonne réponse, dit l’encapuchonné. Je vois que Psion ne m’a pas menti sur ton esprit, à moins qu’il n’ait encore ouvert sa grande goule une fois de trop. »
La menace était perceptible dans le ton de l’encapuchonné et Psion recula quelque peu.
« Tout les iops ne sont pas idiots, crachais-je. »
« Dommage pour ceux qui le croit, et heureusement pour ceux qui savent se servir de ce travers, railla l’encapuchonné. Enfin, je crois que tu es apte pour commencer à nous rejoindre, Psion a bien mérité sa paie. »
Une bourse de kamas rebondi vola entre les deux silhouettes et malgré la capuche je pus apercevoir le regard avide de Psion.
« Faites en bon usage mon cher Psion. »
« Sssssse ssssera un plaisssssssir, répondit Psion avant de littéralement disparaître. »
« Qui vous dit que j’accepterais de vous rejoindre, demandais-je. Je pourrais vous dénoncer ainsi que Psion. »
« Je peux t’assurer mon enfant que si tu refuses, ce sera un cadavre de iop un peu trop téméraire de plus que la patrouille retrouvera au matin, répondit froidement l’encapuchonné. »
La colère m’envahit, mais la démonstration de force de l’encapuchonné m’avait convaincu que je ne pouvais pas le battre, enfin pas encore.
« Alors, que décides-tu ? »
Mon cerveau fonctionna à toute vitesse. Beaucoup soupçonnaient l’existence d’une confrérie de l’ombre, mais aucun n’en avait la preuve. Etre celle qui mettrait à jour et à bas cet ordre ferait de moi une héroïne reconnue par Iop lui-même.
« J’accepte, dis-je. »
« Alors bienvenue dans l’Ombre, Ombre Flamboyante, dit l’encapuchonné. »
« Alors tel est mon pseudonyme dans la confrérie, dis-je d’un air distrait. »
« En effet, tu répondras devant moi et tout autre confrère à ce nom, me confirma-t-il. »
« Et quel est le vôtre ? Vous savez bien des choses sur moi, mais l’inverse n’est pas vrai.»
« L’inverse ne sera jamais vrai ma jeune apprentie, répondit mon interlocuteur en ricanant. Mais pour ta gouverne, on me connait sous le nom d’Ombre Terre, et à partir de ce jour, je serais ton maître dans la confrérie qui te transformera de la vulgaire soudard que tu es en une confrère aussi redoutée que redoutable. »
Un frisson me traversa en entendant mon nouveau maître se présenter. Il sortit une fiole qu’il fit glisser jusqu'à mes pieds.
« Cette potion te ramènera en tes foyers, dit-il sombrement. La Confrérie te convoquera en temps utile. »
Je pris la potion d’un air soupçonneux.
« Bien, je vois que tu t’adaptes vite, félicita Ombre Terre. Mais je ne veux pas te tuer ou te tester, pas encore. »
Il attrapa la fiole et en avala la moitié. Avant de disparaître, il me dit une dernière chose.
« Rappelle toi d’une chose Ombre Flamboyante, il n’y a pas de traître à la Confrérie, seulement des cadavres. »
Je restais un long moment dans la grotte a réfléchir en écoutant le crépitement des torches.

0 0
Score : 291

Premier contact avec la confrérie.

Quelque chose me disait que je ne tarderai pas à être convoquée par la Confrérie. C'est le genre d'organisation qui ne laisse pas ses recrues dans la nature, sans se préoccuper de leurs faits et gestes. Je pensais bien être épiée à chacun de mes mouvements. Je me demandais juste si cela allait être aussi brutal que lors de mon enlèvement pour recrutement.

Après une journée éreintante à braver des aventuriers égarés, je décidai d'aller me distraire à la taverne où une soirée orgiesque était organisée. Non pas que j'aime ça, mais l'idée d'être dans un lieu où les gens sont bien plus occupés à remplir leurs chopes (et les vider dans la foulée) que de vous chercher des noises et vous défier me plaisait assez.
La campagne d'Amakna n'était pas calme et silencieuse, ce soir là. Des aventuriers déjà bien éméchés titubaient autour de la taverne, criaient fort, chantaient faux ou manquaient à pas grand chose de vous vomir dessus.
Ouf! Enfin arrivée devant l'entrée, sans encombre...

Un mendiant se faisant de temps en temps molester par des aventuriers ivres se tenait assis là et leva la tête au moment où je passai. Il me lança un regard qui me rendit mal à l'aise et arbora un rictus édenté, certes, mais curieusement je sentais qu'il allait se passer quelque chose d'anormal. Lorsque je passai devant lui, il me saisit le poignet d'un geste vif, si bien que je ne put me dégager et avant qu'un son ne puisse sortir de ma bouche il me glissa une plume de corbac dans la main en s'écriant "A votre bon coeur Madame !!!"
Je lâchai le pommeau de mon épée que je tenais de l'autre main et sortis quelques kamas de ma poche en soufflant de soulagement. Suriner ces pauvres gens n'était pas ma spécialité mais si j'avais dû me défendre, je lui aurai tranché le bras, à coup sûr. En me penchant pour faire tomber les piécettes dans sa bourse, je puis remarquer qu'il prit un air amusé et il me souffla : "On vous attend au fond de la salle à l'étage."

Je n'en revenais pas. Je savais qu'ils étaient doués et nombreux dans leur réseau mais je fus vraiment déconcertée, et ne sachant que répondre, je ne répondis rien. Je fis un hochement de la tête et je me dirigeai vers les escaliers, évitant les cadavres amoncelés et jonchant le sol. Manifestement, ceux-là n'avaient pas réussi à descendre les marches sans s'entraver les pieds.

La fréquentation de la taverne battait son plein à ce moment-là de la nuit et l'endroit était vraiment très bruyant, les conditions étaient idéales pour des personnes voulant noyer leur anonymat et leurs machinations.
J'entrai à présent dans la salle de l'étage, serrant la plume de corbac dans ma main, et d'un rapide coup d'oeil je repérai un individu seul, encapuchonné, assis à une table au fond de la pièce, le regard baissé sur sa chope. Je traversai la salle enfumée, me faisant bousculer au passage par la foule et m'assis en face de lui.

"Malsoir à vous! " Me lança cet étrange individu. Il poursuivi devant mon air incrédule et sûrement hébété.
"Je m'appelle Enuir, vous devez être Ombre Flamboyante." J'aquiesçais.
"J'ai appris que vous désiriez devenir une membre de la Confrérie ? Intéressant mais ce n'est pas si simple. Il faut des gens débrouillards et ne manquant pas de ressources. Nous allons voir de quoi vous êtes capable. Avant de vous confier quoi que ce soit, il va vous falloir vous procurer l'uniforme des Confrères par n'importe quel moyen. Retrouvez-moi ici lorsque vous aurez accompli cette tâche."

Tout semblait si simple, si rodé...

"Euh... Juste, je peux contacter quelqu'un si j'ai besoin?" Me risquai-je à demander.

"Non, nous avons un réseau suffisamment développé pour savoir quand vous aurez besoin d'aide. De plus, gardez vos questions pour votre tuteur, lui seul sait ce qu'il vous sera révélé et ne vous le délivrera qu'en temps utile. Je ne suis qu'un modeste intermédiaire entre la Confrérie et les nouveaux arrivants. Revenez me voir ici quand vous disposerez des équipements notés sur ce parchemin."

Enuir me fit passer un parchemin que je déroulai et lus d'un trait. Lorsque je relevai la tête, le tabouret en face de moi était vide et un gros lourdeau aux yeux transpirant la bière s'assit me faisant ce qu'il devait croire être un sourire charmeur.
Je plantai un couteau entre deux de des doigts de sa main qui se dirigeait vers moi, repris mon couteau et quittai cet endroit malfamé. Je n'avais plus trop envie de m'amuser, maintenant.

En descendant les escaliers, je remarquai que le mendiant avait disparu lui aussi, bien évidemment, pensai-je.
Je relus la phrase écrite au bas du parchemin : "Il n'y a pas de hasard, tout n'est que conspiration..."

Je me disais que j'étais prisonnière pour de bon.
Il n'appartenait qu'à moi de décider de mon sort : je choisis ce soir-là de ne pas subir mon entrée dans la Confrérie. Je vais leur montrer de quoi je suis capable !!!

Non mais !

0 0
Score : 291

Etre une Ombre

Mes pas résonnaient bruyamment dans la petite ruelle étroite du port de Madrestam couvrant même les bruits de l’activité de ce port, qui malgré la proximité du château d’Allister était essentiellement un repaire de malandrins. Tout ceux qui avait un minimum d’expérience de la rue connaissait l’adresse du tailleur aveugle du nom de Zhao. Qu’il accepte de me faire mon accoutrement fut un peu plus compliqué, mais j’appris rapidement par un de mes contacts qu’une bande de pirates avaient décidé de menacer le petit tailleur. Il ne fallut que quelques coups d’épées bien placés pour faire prendre l’eau à leur rafiot et un message anonyme pour les convaincre de cesser. Zhao en apprenant la fin de ses ennuis accepta de me coudre mes équipements, symboles du joug que j’avais accepté. J’aurai bien voulu éliminer le petit eniripsa, mais d’une part de son manque de réaction lors de mon retour me fit croire qu’il était en cheville avec la confrérie. D’autre part, comme je l’avais fais précédemment, Zhao était dans les petits papiers de pas mal de personnes ayant le bras sinon l’arme longue. Même en étant plongée dans mes pensées, je repérais rapidement la créature qui me suivait, passant d’ombre en ombre, espérant ne pas se faire repérer. J’avais soupçonné que la confrérie ou bien une autre organisation me faisait suivre depuis ma rencontre avec Enuir, mais maintenant j’en avais la preuve.
« On va voir qui est la proie de qui, marmonnais-je. »

Je tournais rapidement à un coin de ruelle et me plaqua dans l’ombre d’un bâtiment branlant aux murs trouées que j’avais repéré lors de mes reconnaissances du quartier. Mon suivant ne se méfia pas et s’engouffra dans l’ombre de la venelle obscure. D’un bond puissant je fus sur lui, et mon coup d’épée l’envoya bouler au sol, inconscient.
« Celui qui t’a engagé pour me suivre n’était pas très avisé, ou bien était à court de personnel efficace, maugréais-je. »
Je le tirais dans la maison branlante et l’attacha solidement. C’était un sram et son équipement n’était pas très efficace ni entretenu, de nombreuses tâches, de la vinasse plus que du sang d’ennemis vaincus. Je le fouillais rapidement, et récupéra une plume de corbac élimé et quelques potions de rappel.
« Un confrère, j’aurais du m’en douter, lâchais-je. Vu son efficacité je comprends que le vieux place des espoirs en moi. »
« Pas tant que ça cher enfant. »
Je fis un bond et remis mon arme au clair en entendant la voie de mon tuteur dans la confrérie. Lui et une autre silhouette encapuchonnée se tenait à quelques mètres de moi, impassible malgré la menace que je représentais. Je repris instantanément mon self control et désigna d’un air amusé le sram attaché.
« Pourtant celui-là ne m’a pas posé de problème, ricanais-je. La prochaine fois que vous voulez me faire suivre, mettez quelqu’un d’un peu plus efficace. »
« Qui te dit qu’il te suivait et qu’il était seul, dit une voie glaciale sortant de la seconde silhouette encapuchonnée. Je vois que les remarques de Psion était fondé mon cher ami, continua-t-elle en se tournant vers mon tuteur encapuchonnée. »
« Psion même s’il est un bon recruteur manque singulièrement d’imagination concernant l’usage de nos recrues, fit remarquer mon maitre. »
La seconde silhouette me reluqua de la tête au pied, un frisson me parcourant sous le regard masqué de la créature.
« Elle est impertinente et bravache, finit par cracher la silhouette. »
« Tout comme ma dernière apprentie, vous vous rappelez de cette jeune sramette que le conseil m’avais confié il y a bien longtemps de ça. A moins que je doive vous rafraichir la mémoire ma chère amie, contra mon maitre. »
La tension monta d’un cran, et malgré l’éclat du sourire que je devinais sous le capuchon de mon maitre, je sentais le danger s’infiltrer dans la pièce.
« Et bien soit Ombre Terre, je vous laisse cette affaire entre vos mains compétentes, en espérant ne pas être déçue. »
La silhouette se retourna, alors que le sram prisonnier gémit.
« Quand à Ombre Furtive, qui ne mérite pas son nom, laisse le dans cette ruelle, s’il survit aux maraudeurs de la cité, peut-être lui pardonnerais-je cet échec. »
Puis elle disparut, sans mot dire.

Mon maitre alla vers ma victime et tâta ses blessures, lui arrachant des plaintes indistincts.
« Hé bien on dirait que tu l’as pas loupé jeune fille, observa-t-il. Mais je suis content de toi, tu as réussi à repérer cette filature, même si elle était d’une piètre qualité. »
« Je suppose que cette épreuve est réussie, dis-je. »
« Enuir n’a pas vu ta tenue, donc non tu n’as pas fini ta mission, dit-il d’un ton cassant. Tu iras prendre ta prochaine affectation auprès de lui, mais je t’avertis que je t’ai mise à la disposition des autres confrères hauts gradés, alors gardes l’œil ouvert, l’Ombre pourrait avoir besoin de toi dans des conditions que tu n’imagines pas. »
« Bien maitre, réussis-je à répondre d’un ton servile. »
« N’oublie pas, mon apprentie, il n’y a pas de traitre à la confrérie mais uniquement des cadavres. »
Il se dirigea rapidement vers la trouée du mur et ajouta.
« Que l’Ombre s’étende, Ombre Flamboyante. »

0 0
Score : 291

La Kabale I

La lueur rougeoyante des fleuves de lave entourant Brakmar éclairait la plaine déprimée s’étendant au pied des remparts de la cité sombre. Le souffle de chaleur montant du fleuve de feu faisait voleter la tenue bouffante et très ouverte sur mes avantages que mon maitre m’avait conseillé de mettre pour cette mission, à mon grand regret, les multiples ouvertures et froufrous m’empêchant de dissimuler quelques armes ou potions de secours. Je rabattis un volant qui était sensé dissimuler ma jambe droite, mais le moindre souffle d’air le soulevait d’une manière laissant peu de place à l’imagination.

« Fichue vieille saloperie perverse, maugréais-je à l’attention de mon maître. »

« Voyons ma chère Flamboyante, pervers sûrement, mais vieux je ne l’espère pas, susurra la voix de mon maitre. »

Je réussis à ne pas sursauter à l’apparition soudaine de mon maître, le repaire de la section de la Confrérie s’occupant de Brâkmar la Sombre s’étendait dans des méandres de tunnels perdus dans les Landes de Sidimote à quelques lieux derrière moi.

« Hé bien, voilà nos invités, murmura Ombre-Terre en désignant un trio de chevaucheurs de dragodindes qui se dirigeait vers nous. Je me fie à vous pour que vous les convoyez à bon port mon apprentie, avec toute la grâce et l’efficacité qui vous caractérise.»

« Tant qu’ils me reluquent pas trop, maugréais-je. De plus je pensais que vous alliez nous accompagner. »

« Profiter de votre silhouette élancée chevauchant votre monture serait un plaisir fort agréable, mais j’ai la livraison d’autres colis à superviser, et toutes les Ombres ne sont pas aussi efficaces et créatives que vous. On se retrouve au point de rendez-vous Ombre Flamboyante. Que l’Ombre s’étende.»

« Que l’Ombre s’étende, répondis-je par réflexe alors que mon maître disparaissait. »

Les chevaucheurs de dragodindes s’approchaient et je pus reconnaître dans un hoquet de surprise le meneur du groupe : Oto Mustam lui-même, lige de Djaul et de Rushu et maître des forces armées de Brâkmar, probablement l’une des personnes les plus influentes de ce monde. Les deux gardes entourant le brâkmarien se portèrent en avant de leur chef avant de le laisser passer une fois la zone m’entourant reconnue.

« Ombre Flamboyante je suppose, apostropha le militaire brâkmarien. »

« En effet, répondis-je en le saluant d’un signe de tête. Mes maîtres vous saluent et vous prient d’accepter mon escorte jusqu’au lieu convenu. »

« Je ne pense pas pouvoir refuser, vu que je n’ai aucune idée d’où se situe le lieu de réunion, comme il est de mise pour ce genre de petits complots, ricana le brâkmarien. Hé bien ouvrez la voie jeune et jolie demoiselle, je vois que cette vieille fripouille d’Ombre Terre a tenu compte de mes remarques au sujet de mon escorte. »

Je réussis à me maîtriser, devinant sans peine où les regards du chef militaire se posait et réussit à ignorer les rires gras des deux gardes chiourmes qu’Oto Mustam eut le bon goût de faire cesser d’un seul regard meurtrier. Je sifflais Allégeance, la dragodinde à la robe flamboyante que mon maître m’avait offerte pour mes déplacements. Alors que je pris la tête du petit groupe en direction du point de rendez-vous, bien plus au Nord et hors des plaines déprimantes entourant la cité sombre, les deux gardes se mirent de part et d’autre de leur chef afin de le protéger de toute éventualité. Au vu de la raideur de leurs manœuvres, la réunion auquel leur chef se rendait semblait suffisamment importante pour les inquiéter.

Je me maudis une fois de plus de ne pas avoir réussi à obtenir plus d’information de la part de mon maitre, et son sourire narquois, seule récompense de mes tentatives me revient à l’esprit, me plongeant encore plus vers la colère. Toutefois je réussis à me calmer et reprit sereinement la direction du groupe, évitant les groupes d’aventuriers en goguette et groupes de monstres pouvant nous ralentir ou bien nous identifier, les deux éventualités étant des plus déplaisantes. Après plusieurs heures de chevauchées, nous nous arrêtâmes afin de laisser les montures se reposer un peu, la rocaille et la végétation des Landes de Sidimote les fatiguant dans leur progression. Je pansais Allégeance lorsqu’un gargouillis me fit me retourner vers mon trio d’escortés. Les deux gardes finissaient de répandre leurs tripes sur le sol alors qu’une douzaine de soldats, visiblement brâkmariens, entouraient Oto Mustam, l’arme au clair. Trois autres se dirigeaient vers moi, les lueurs dans leurs yeux m’indiquant qu’ils avaient l’intention de jouer un peu avec moi avant d’en finir.

Je laissais la colère et la rage affluer en moi. Seulement trois contre un, ils m’avaient largement sous-estimés. Sortant mon épée, je jetais un œil vers Oto Mustam, qui venait de mettre hors combat trois de ses agresseurs, j’avais donc le temps d’éliminer les soudards qui venait vers moi avant d’aller l’aider, s’il en avait besoin. Mes agresseurs commencèrent à se déployer. Je bondis en rugissant, les surprenant pendant quelques instants, ils ne pensaient pas que je puisse avoir les velléités d’en découdre. Fleur de Mort chanta et les trois têtes des attaquants roulèrent au sol dans des tintements d’acier. Les attaquants d’Oto Mustam se figèrent en prenant conscience d’un nouveau danger derrière eux. Je bondis, Allégeance me suivant. Un des attaquants perdit son bras, alors qu’Oto Mustam éventra les deux que ma dragodinde avait jeté au sol. Je me retournais d’un geste fluide, découpant de l’épaule à la hanche un adversaire, puis continuant mon mouvement j’embrochais le dernier soldat encore debout, rejoignant dans son corps la lame d’Oto qui s’était occupé d’un coup de dague bien placé du dernier survivant.

Alors que j’essuyais consciencieusement Fleur de Mort, je vis Oto Mustam décapiter le soldat qui avait l’air le plus gradé, attacher la tête à sa monture et lui murmurer un ordre. La dragodinde disparut instantanément, laissant Oto Mustam seul avec la colère faisant flamboyer son regard.

« On dirait que certains de vos disciples ont une dent contre vous, remarquais-je. »

Le brâkmarien se retourna furieux, puis sa colère disparut.

« Vous me rappelez votre maître, car je suppose que vous êtes la disciple d’Ombre Terre pour déployer une telle maestria au combat. Et bien vous apprendrez que contrairement à la Confrérie, Brâkmar connait moults misérables et futiles complots pour le pouvoir que je détiens. Ceux-là sont probablement des disciples de Brumaire, mais je n’ai pas le don de faire parler les cadavres et le temps que mes hommes viennent ici, les charognards se seront occupés des corps. Enterrons les corps de Varl et de Strof, même s’ils n’ont pas été très utiles dans cette escarmouche c’étaient de bons soldats. »

J’aidais le brâkmarien à enterrer ses deux anciens subordonnés, qui rendait un hommage concis à deux de ses hommes. Je me laissais espérer que si un jour mon maître eut à m’enterrer il aurait la même attention. Une fois la funeste besogne d’achever nous reprirent les montures et franchirent rapidement la distance nous séparant du lieu de rendez-vous, la fureur et la colère perceptible d’Oto Mustam donnant des ailes à nos dragodindes.

Ce fut à ma grande surprise Ombre Nocturne, grande maitresse des Ombres, dirigeante incontestée de la Confrérie, reconnaissable à son kabuto qui nous accueillit.

« Maitre Mustam, heureuse de vous voir sain et sauf malgré les difficultés que vous avez rencontrés. »

Je fus soulagé d’apprendre que mon tofu messager avait réussi sa mission. Oto me jeta un regard amusée.

« Ombre Flamboyante, je vois que comme à votre habitude vous avez mené votre mission à bien. Les commentaires d’Oto Mustam sont tout a fait honorable, surtout en connaissant la sévérité du jugement de notre invité. »

Je regardais Oto Mustam, qui me sourit de toutes ses dents et me fit un clin d’œil presque imperceptible.

« Ombre Terre va vous donner votre prochaine mission, continua la maîtresse, le seigneur Mustam étant là, la Kabale va pouvoir commencer. Que l’Ombre s’étende... »

« Que l’Ombre s’étende, Maîtresse. »

Elle disparut dans le tunnel dissimulé qui se trouvait à quelques mètres de là, suivi du seigneur brâkmarien.

0 0
Score : 291

La Kabale II

Ombre Terre m’apparut, sortant d’une autre entrée dissimulée dans les buissons qui semait la plaine, alors qu’Ombre Nocturne venait juste de disparaître dans un corridor sombre avec Oto Mustam.

« J’ai entendu ma chère enfant que vous avez eu quelques péripéties lors de ce voyage. »

« En effet, les aléas politiques à coups de dagues d’une cité en guerre, répondis-je. Les 12 soient loués que la Confrérie n’ai pas de tels égarements. »

« Disons que le conseil des Ombres, pour sa survie même et celui de la Confrérie, ne laisse pas ce genre de problème s’installer et prend les mesures qui s’imposent pour que tous connaissent le prix qu’il en coûte de nous défier, répondit mon maître avec un sourire de prédateur. »

« Il n’y a pas de traître à la Confrérie, seulement des cadavres, dis-je en sourdine. »

« Enfin je ne pense pas que cela soit le sujet qui t’intéresse le plus mon enfant, continua mon tuteur comme si je n’avais rien dis. Je suis sûr que tu as des questions au sujet de notre mission du jour. »

« En effet Oto Mustam m’a parlé d’une réunion et Ombre Nocturne d’une certaine Kabale, qu’est-ce ? »

« La raison de notre présence ici, dit tout simplement Ombre Terre. Ce qui fait la différence entre la Confrérie et une quelconque autre organisation de malandrins comme le fut le clan Dartz ou bien les Roublards est que nous ne sommes pas en guerre contre les grandes puissances dominant ce monde. Bien au contraire, nous savons que c’est dans l’ombre de ses organisations que nous pouvons prospérer et que seul un équilibre entre ses grandes factions nous permettra de prospérer. La Kabale est une réunion en terrain neutre qui permet à ces organisations de gérer leurs conflits ainsi que la répartition du pouvoir. »

« Et pourquoi la Confrérie organise-t-elle cette réunion ? »

« Nous sommes la seule organisation dont ils se méfient tous et ils savent que la Confrérie n’a pas intérêt à les voir s’entredéchirer de manière trop brutale, expliqua Ombre Terre. Enfin je crois que c’est pour cela, de plus la Kabale a été créée sur l’initiative de la Confrérie, il semble logique que cela soit à nous de gérer cela. »

En parlant, nous étions entrés dans le dédale de tunnels qui menaient aux différentes salles du complexe souterrain qui avaient été construites pour l’occasion. Nous nous trouvions en surplomb d’une grande salle sans aucune zone d’ombre et où arrivaient 7 tunnels.

« Chacun de nos invités sont arrivés par un tunnel distinct afin d’éviter toutes rencontres pouvant dégénérer, expliqua Ombre Terre en voyant mon regard. Ils repartiront par les mêmes tunnels et seront escortés par nos soins. »

Je regardais en contrebas, un surplomb m’assurant de voir sans être vu. Au centre de la salle une immense table ronde se dressait. On y retrouvait Oto Mustam, représentant les intérêts Brâkmarien. Danathor, lui, avait été envoyé par le conseil de Bonta. Un massif Pandawa représentait son île natale. Allister avait envoyé un de ses conseillers, je me rappelais en le voyant qu’il était connu dans le port de Madrestam pour ses orgies avec de jeunes disciples osamodas maîtrisant l’art du fouet. Fallanster s’était fait représenté par un ancien du clan Nedora Riem que je ne pus reconnaître, son clint masquant son visage du fait de ma position. Le dernier siège était vide.

« Les sufokiens ne sont pas venus aujourd’hui, dit Ombre Terre. Ce qu’il se passe là bas semble assez nébuleux, même pour les dirigeants de la cité. »

Ombre Nocturne entra alors dans la salle, et tous se tournèrent vers elle.

« Le représentant du clan Nedora-Riem ne serait-il pas à même de reconnaitre Ombre Nocturne, vu qu’il est connu que vous et la Maîtresse des Ombres avez une certaine connivence avec les mercenaires ? »

« Ne doute pas des capacités d’Ombre Nocturne a changer d’identité. De plus si le désagréable cas de figure que tu viens de citer se présentait, un malheureux accident arriverait à ce Nedora-Riem avant qu’il ne puisse dire la moindre chose. »

« Représentants de ce monde, je vous souhaite la bienvenue à cette réunion de la Kabale, déclara en préambule à la réunion. C’est avec plaisir que nous accueillons parmi nous pour la première fois un membre du clan Nedora-Riem en tant que représentant du Seigneur Fallanster, prévôt d’Astrub.»

Quelques signes de têtes naquirent dans l’assemblée, alors que la maîtresse des Ombres présenta les sujets abordés lors de cette réunion. De la gestion de criminalité dans notre monde à la naissance et la gestion de nouveaux clans, tous les sujets ayant ou pouvant modifier l’équilibre du pouvoir dans notre monde furent abordés par la Maîtresse des Ombres. Les différents participants tentaient systématiquement de marquer des points, les Bontariens et Brâkmariens demandant le contrôle de nouvelles zones dans Pandala afin de « contrer la menace Pandikaze », ce qui fit ricaner mon maître. Même moi je ne pus m’empêcher de rire en entendant cette grossière manœuvre pour prendre encore plus le contrôle de cette île.

Le débat s’enlisa et ce fut Ombre Nocturne qui y mit fin en arguant que les cités ne pourraient pas stopper les pandikazes avec plus de territoires sous leurs contrôles, vu qu’elles ne contrôlaient pas les rebelles sous les zones qu’elles possédaient déjà, enfin qu’elles tentaient de contrôler en s’écharpant à longueur de journée. Une nouvelle île fut sujet à discorde, celle d’Otomaï. Les membres de la Kabale présents souhaitant en prendre le contrôle, ce fut Ombre Nocturne qui stoppa les débats d’une voie glaciale.

« Otomai et ses disciples resteront libre de vos influences, vous ne faites déjà que trop empiéter sur cette île. »

« Et avec quelles armées croyez vous pouvoir nous en empêcher ? demanda le conseiller d’Allister. »

« Imaginez conseiller quels dégâts la Confrérie peut faire. Je vous rappelle que tout ce qui est louche, des filles de joie aux assassins et autres empoisonneurs nous obéissent potentiellement. Imaginez ce qu’il adviendra de vos cités si au lieu d’assouvir les plaisirs de vos soudards, la COnfrérie décide plutôt de leur transmettre maladie et autres parasites. »

« Quelqu’un d’autre prendra la place de vos putains, railla Danathor. »

« Je peux vous assurer que sans notre contrôle sur l’ombre de toute chose, vous aurez des préoccupations autre qu’étendre vos pouvoirs. Vu que vos esprits semblent bien échauffés, je propose de suspendre notre réunion quelques instants, le temps de vous rafraîchir et de vous restaurer. »

A ses mots une troupe de servantes pénétra dans la pièce avec nourritures et boissons en même temps qu’une Ombre dans notre observatoire.

« Maître Ombre-Terre, nous avons un problème. »

0 0
Score : 291

La Kabale III

« Que se passe-t-il ? grogna Ombre Terre. »

« Le trio des plaines de Cania soutenus par des bandits se dirigent par ici, dit l’Ombre qui portait le message, visiblement inquiet de la réaction du membre du Conseil de la Confrérie. »

« Par les mamelles de toute les courtisanes de Bonta, ils ne manquaient plus qu’eux. »

« Qui sont-ils, demandais-je. Et pourquoi sont-ils soutenus par des bandits ? »

Un coup d’œil éloquent à la salle en contrebas de mon maître me mit sur la voie.

« Ils ont su d’une manière ou d’une autre ce qui se tramait ici, enfin qu’il y avait du gratin, dit Ombre Terre. Donc, soit ils viennent faire un quelconque coup d’éclat en dessoudant un peu de personnages importantes, soit ils viennent les kidnapper pour les rendre moyennant rançon ou bien une quelconque amnistie. »

« Envoyez un détachement de nos troupes sous vos ordres pour régler le problème, dis-je. »

« Nos unités sont dispersées dans la région afin d’intercepter toutes troupes venant d’un participant qui ne veut pas suivre la règle du jeu, répondit-il. De plus, je dois rester ici en cas de grabuges en bas. Pourquoi crois-tu que cette alcôve existe Flamboyante, la maîtresse n’a pas besoin de nous pour suivre les débats, mais plutôt éviter qu’ils ne s’étripent. »

« Cela est déjà arrivé ? questionnais-je. »

« Oui, malgré leurs apparences civilisés, ils n’attendent que le moindre prétexte pour se sauter à la gorge, cracha Ombre Terre d’un air dégouté. »

« Cela ne change pas le fait que nous avons une bande de soudards qui se dirige vers ici près à gâcher la fête, rappelais-je. Je suppose que si nous voulons garder la tête sur nos épaules, enfin surtout moi, il faudrait mieux que rien ne dérange la garden-party organisée par la maîtresse des Ombres. »

L’Ombre qui avait apportée le message s’agita en entendant l’impertinence de mes mots. Tout Ombre avait passé une partie de son apprentissage sous le joug de mon maître et tous savait avec quelle dureté il traitait tout manque à la discipline.

« Crois-tu qu’Ombre Nocturne me laisserait la vie si une telle chose arrivait ? »

« J’imagine mal la Confrérie se passer de quelqu’un avec vos capacités mon Maître, répondis-je sincèrement. »

« Pourquoi d’après toi Ombre Nocturne a insisté pour que je prenne une apprentie et qu’elle veille tout particulièrement à son évolution ? »

Je me tus, je ne savais pas que la maîtresse des Ombres, la créature la plus redoutée de ce monde par ses semblables s’intéressait à moi. De plus, même si mon maître me l’avait déjà fais comprendre, je ne pensais jamais à avoir à prendre sa place de grand chambellan de la Confrérie, celui qui bien plus que notre maîtresse était à même de connaître toutes les turpitudes de l’organisation et de ce monde.

« Bon, je pense que je vais demander à Ombre Sensuelle et Ombre Étoilée de prendre notre place, je suis sûr que ses deux harpies seront capable de maîtriser tout débordement, je trouve même cruel de les laisser sous leurs menaces, mais les affaires sont les affaires, dit Ombre Terre en ricanant. »

Je me rappelais des deux personnages, que ça soit la très hautaine et aristocrate Ombre Étoilée ou la très tendancieuse et chaleureuse Ombre Sensuelle. Quoi qu’ils se passent en bas, elles seraient capables de maîtriser la situation... d'une manière ou d'une autre. Les deux Ombres entrèrent, et après un échange de directives, mon maître me fit signe de le suivre. Nous sortîmes rapidement du complexe souterrain et priment la direction de la colonne de bandits que nos éclaireurs avaient repérés, Allégeance et Down faisait voler la terre sous leurs puissantes pattes. En quelques minutes nous tombèrent sur la trentaine de bandits menés par ceux qu’on appelait le trio de Cania.

« Deux contre trente, je pense que nous leur laissons peu de chance, fis-je remarquer. »

« A peine de quoi nous échauffer ma chère apprentie, répondit du tact au tact mon maitre. »

Les bandits nous aperçurent au dernier moment, lorsque nous les chargeons du haut d’une colline. Sautant d’Allégeance, je tombais au milieu du groupe de bandit. Utilisant en vol mes sorts de bénédictions que Iop m’avait accordé, mes attaques firent des ravages, envoyant voler les bandits. Je sortis Fleur de Mort, ce qui provoqua le recul des adversaires. Je profitais du répit pour localiser mon maitre. Il avait lui aussi sauté de sa dragodinde, et celle-ci tournait et venait dans la mêlée, faisant bouler les bandits. Les sorts d’attaque de mon maître, se matérialisant sous forme de pelles plus ou moins éthérée, firent des ravages dans les rangs des bandits, ceux-ci finissant immobiliser par les attaques avant de succomber. En quelques instants le vide se fit dans les rangs ennemis, seuls les trois chefs restaient debout.

« Je te l’ai dis ma chère apprentie que ça ne serait qu’un échauffement, soupira presque à regret Ombre Terre. »

« Il reste encore ses trois affreux jojos là, lui fis-je remarquer alors que les 3 bandits se mettaient en position de combat. »

D’un geste désinvolte, Ombre Terre fit voler une plume de corbac en direction des trois bandits. La brise fit voleter la plume en direction des bandits qui cessèrent leur préparation.

« Je pense que nous nous comprenons, dit doucement mon maitre. »
Les trois bandits firent un rictus mauvais, mais ils disparurent au bout de quelques instants. Nous nous rendîmes au lieu de réunion de la Kabale, en faisant la tournée des confrères mis en planque dans la région afin de vérifier qu’ils étaient toujours attentifs à la situation. Après avoir fini la tournée des forces en présence, les deux Ombres retournèrent au lieu de réunion et rejoignirent les deux Ombres qu’ils avaient laissés en faction au dessus de la salle.

« S’est-il passé quelque chose d’intéressant pendant notre absence ? »

« Ils ont bavassé pour pas grand-chose, dit Ombre Sensuelle. Mais apparemment Ombre Nocturne semble être contente de la tournure des débats. »

Ombre Terre hocha la tête lorsqu’en contrebas Ombre Nocturne déclara la fin de la réunion de la Kabale. D’un geste désinvolte elle ordonna à ses sbires dans l’ombre au-dessus de descendre raccompagner les membres de la Kabale.

« Vous avez tous vos ordres de mission, dit Ombre Terre. On se retrouve au repaire d’Astrub pour que je vous donne vos nouvelles affectations. »

Le retour à Brâkmar fut rapide et sans problème, l’obligation de discrétion de l’aller n’existant plus, ils purent rejoindre rapidement la cité.

« Vous remercierez votre maître, Ombre Flamboyante, et comme vous le dites, que l’Ombre s’étende, me dit Oto Mustam après une longue chevauchée silencieuse. »

« Oui, que l’Ombre vous garde, Oto Mustam lui dis-je avant de disparaître dans les ténèbres. »

0 0
Score : 291

Petit mulou entre amis

L’une des nombreuses ramifications du repaire d’Astrub de la confrérie était une immense arène où des créatures de toute la surface de notre monde s’affrontaient sous le regard de parieurs de tout bord. Cette arène servait aussi pour des parties fines ou bien l’exécution sur commande d’ennemis voir de confrères désobéissants.

Il n’y a pas de traître à la confrérie, il n’y a que des cadavres. L’adage qu’on nous enfonçait littéralement dans le crâne revint à moi quand j’entendis un cri de douleur suivit d’acclamations sauvages. Je ne fus guère surprise en entrant discrètement dans l’arène bondée de voir le mal nommé Ombre Furtive en prise avec un Trool et un Mulou sous les cris sauvages de parieurs de tout bord.

« Je croyais que le massacre d’un des nôtres était l’un de nos petits privilèges, raillais-je. »

« Certaines de ses personnes sont des membres très influents et très riches, susurra Ombre Terre qui comme à son habitude m’avait rejoint sans que je ne l’entende. De vulgaires combats d’animaux ne les attirent plus, ils veulent voir du sang et de la barbarie. »

Je fis une grimace dégoutée, alors qu’un craquement sec se fit entendre. Une nouvelle vague d’exclamations s’ensuivit quasi-immédiatement.

« Ce ne sont que des lâches, marmonnais-je alors que le cri de douleur de l’Ombre dans l’arène s’amplifia. »

«Ce sont grâce à des lâches, que ça soit ce tas de viande d’Ombre Furtive ou bien ses gros et gras dirigeants que nous pouvons croître mon enfant, répondit mon maître. »

Un bruit mouillé suivi d’un grognement féroce se fit entendre. Je vis que le Mulou et le Trool se battait pour le tronc du sram, qui maintenant était répandu en trois endroits différents de l’arène. Les spectateurs étaient hystériques,pariant sur laquelle des créatures allait réussir à s’imposer, les
accortes serveuses de l’endroit, elles, continuant à vendre boissons et nourritures malgré le sanguinolent spectacle.

« Je doute que vous m’ayez fait venir pour voir cette insipide spectacle, dis-je alors. »

« En effet, mon enfant, je vais avoir besoin de toi… . »

Je vis mon maître regarder un pan des grilles de fer de l’arène avant de se retourner vers moi.
« Maintenant, dit-il. »
La grille s’effondra sur une partie des spectateurs, dont plusieurs furent littéralement transpercés.

« Je vois que ce cher Enuir a bien fait son travail, minauda mon maître alors que le dresseur de bêtes du clan poussait discrètement les créatures furieuses vers la trouée. »

« Et que dois-je faire, marmonnais-je. Les empêcher de fuir ? »
Ombre-Terre soupira d’un ton agacé, montrant que je n’avais pas répondu
correctement. Son regard froid me transperça encore plus sûrement que
Fleur de Mort transperçait mes adversaires.

« Tu es certes une bonne apprentie Ombre Flamboyante, mais tu es loin d’avoir encore assez de subtilité pour que tu sois une digne Ombre, cracha-t-il méprisant. Pour ta gouverne cet accident a pour but d’éliminer un des notables de Brâkmar qui fouinait un peu trop autour de nos catins dans la cité sombre. Par contre aucun autre éminent personnage ici présent ne doit mourir. Je pense que tu connais ta mission. »

D’un bond puissant je traversais le cercle de grille qui tenait encore debout, arrivant à pleine vitesse dans le dos du Mulou. Celui-ci se retourna mais trop lentement et Fleur de Mort détacha proprement la tête de la bête du reste de son corps. Le Trool sentit le danger que je représentais pour lui et lâcha la masse indéfinie qu’il mâchonnait. Il arracha les grilles du sol et les envoya à pleine puissance vers moi. D’un mouvement de hanche j’évitais lestement les mortels missiles qui allèrent se fracasser sur les gradins dont une partie s’effondra dans un bruit de tonnerre. Le Trool saisit une planche massive, débris des gradins et fouetta l’air dans ma direction. J’amortis le premier choc de son attaque en pliant les genoux. La créature prit cela pour un signe de faiblesse et pressa son avantage. Grave erreur, d’un mouvement souple je l’amputais du bras.

Il hurla à la mort et se rua droit sur moi, son moignon dégoulinant d’un fleuve de sang verdâtre. A quelques mètres de moi il commença à vaciller dangereusement. Son cri commença à mourir dans sa gorge et il avança de plus en plus difficilement. Arrivé devant moi il arma son bras restant, levant au plus haut sa massue improvisée. Alors qu’il s’apprêtait à me fracasser le crâne ses yeux se révulsèrent et il tomba lourdement, maculant mes bottes de baves. J’étais en train de les essuyer quand mon maître se matérialisa à coté de moi.

« Hé bien très chère, j’aurai cru que vous alliez l’achever dans une magnifique gerbe de sang. »

« Peut-être est-ce vous qui n’êtes pas assez subtile mon maître rétorquais-je. »

Il rit d’un rire froid et cassé puis il se retourna.

« Puisque tu le prends ainsi ma chère apprentie, Ombre Empoisonneuse a besoin de jus de boo, du frai, pas quelque chose qui a trainé dans on ne sait combien de coffres ou d’hôtels de vente. Je crois que tu viens de te porter volontaire. Que l’Ombre s’étende Ombre Flamboyante.»

0 0
Score : 291

Le Pouvoir et l'Anneau I

Pffff, quel ennui.
Cela faisait une bonne vingtaine de minutes que j’avais pris ma cible en filature. Les nuages couvraient totalement la lune et les rues de Bonta n’étaient éclairées que par les candélabres. Cette maudite pluie continuait à tomber. Cela permettait de me cacher plus facilement mais je pouvais perdre également de vue la cible. Mon manteau noir à capuche était totalement trempé et je frissonnais régulièrement. Ma cible ne m’avait pas remarquée et arpentait les ruelles de la ville en prenant soin d’éviter les miliciens ce qui me convenait parfaitement.

Cela faisait longtemps que je n’étais pas revenue à Bonta. Cette cité était totalement basée sur l’hypocrisie ou la naïveté de ses habitants. En effet, Bonta se présentait comme une cité pure et noble. La réalité derrière la couche de maquillage était toute autre. La Cité Blanche abritait pas mal de crapules et de personnes à la morale et aux scrupules inexistants. Le meilleur exemple étant la plupart de leurs dirigeants. Le Haut Conseil de Bonta regroupait des personnes dont une majorité ne cherchait que le pouvoir et la richesse personnelle. Ils pouvaient tranquillement rivaliser avec les dirigeants de leur cité ennemie. Dans ce milieu d’intrigues politiques, de corruption et de quête de pouvoir, la Confrérie de l'Ombre se sentait comme un pichon dans l’eau. Oh, bien sûr, il y avait encore quelques aveugles qui se battaient pour les idéaux pour lesquels avaient été bâtie la ville à l’origine. Mais ces derniers se faisaient de plus en plus rares.

Ma cible tourna encore dans une rue, j’augmentais l’allure pour ne pas me faire trop distancer.
Bon allez, on se concentre ma vieille. Que m’a dit mon maître déjà ?
Il m’a confié la mission de dérober un anneau à un ecaflip dénommé Arnesse-Pulin.

Trouver le dénommé Arnesse a été facile. Il était assez connu chez les bourgeoises et les filles de mauvaise vie de Bonta. Maintenant il s’agissait de le suivre pour savoir où il cachait ce maudit anneau. Ensuite, il s’agirait de le lui dérober d’une manière ou d’une autre. Si ça ne tenait qu’à moi, je l’aurai assommé, amené dans un sous-sol, interrogé et j’aurai déjà l’anneau entre mes mains.

Mais bon, mon maître m’a demandé d’agir en douceur et « le Pouvoir passe par la soumission ». Le pouvoir, la Confrérie ne peut que l’exercer grâce à l’ensemble de ses membres. Et je comprends que pour pouvoir œuvrer ensemble, il faut se dévouer corps et âme au Conseil des Ombres. Pour l’instant ça me convient. Mais il n’est pas impossible qu’un jour je me retrouve sur un siège du Conseil plutôt qu’à effectuer les basses besognes. Obéir au Conseil des Ombres était contraignant. Mais appartenir à la Confrérie apportait pas mal d’avantages. Il vaut toujours mieux d’être un Confrère de l’Ombre plutôt qu’un pauvre aventurier qui erre de ci de là sans aucun autre but dans l’existence que trouver sa prochaine pitance.
La pluie s’était calmée, laissant quelques flaques en vestiges de son passage sur la cité.

Mais ? Mais où était-il passé ??? Malédiction ! J’étais tellement perdue dans mes pensées que je l’ai laissé filer. J’augmentais l’allure de ma marche pour arriver à un carrefour.
Aucune trace de l’ecaflip.

- C’est moi que vous cherchez ? dit une voix sur ma gauche.

La silhouette de l’ecaflip se détacha d’une porte cochère. Il arborait un large sourire satisfait, une canine dépassant de ses lèvres. Il se tenait là, les poings sur sa taille.
Il ôta son chapeau à plume à larges bords dans une révérence volontairement exagérée.

- Je suis Arnesse Pulin, Gentlecat cabrioleur, pour vous servir.

Je me tenais là, ne laissant pas transparaître mes émotions. Si j’avais laissé libre cours à mes sentiments, j’aurai eu l’air d’une pimbêche bouche bée.

- Et bien ? Vous avez perdu votre langue ? demanda-t-il. Je suppose que si vous me suivez, ce n’est pas pour me vouloir du bien. Quel dommage...

Il sortit tranquillement son épée du fourreau tout en continuant à me sourire. Il me défiait avec une suffisance et une arrogance telle que je n’en avais jamais vu.

Je sentais la colère hurler en moi. Je dégainais rapidement Fleur de Mort en me mettant en garde.
Il allait voir de quel bois je me chauffais.

Il avança vers moi d’un pas tranquille, presque nonchalant, épée au clair… puis soudain, il se fendit. Il m’aurait embroché si je n’avais pas dévié sa lame avec la mienne au dernier moment. Quelle rapidité.
Je sentis néanmoins une douleur ainsi qu’un liquide chaud s’écouler de mon bras. Je répliquais immédiatement par un enchainement de coups de taille et d’estoc avec toute la fureur qui pouvait m’animer.

Mes coups bénéficiaient de toute la puissance de ma rancœur et ma colère à l’égard de mon adversaire.
Il esquivait en se baissant, en bondissant de côté, en effectuant une roue gracieuse en arrière. Il déviait chacun des coups qu’il ne pouvait éviter. Comment osait-il me résister ainsi ?

Et toujours son maudit sourire affiché sur le visage tel un clown se moquant de moi ! Sale bouffon !

Je commençais à sentir mes bras lourds. J’étais essoufflée. Lui semblait en excellente forme physique.

- Houlà, il semblerait que la discussion s’envenime quelque peu, dit-il avec son sourire méprisable pendant que nous jaugions nos défenses respectives. Je vois que nos échanges vous fatiguent. J’ai néanmoins pu constater à vos formes que vous êtes une femme derrière le masque. Et une femme plutôt bien pourvue côté atours. Je regrette de ne pas avoir à partager plus avec vous que des coups d’épées.

- Je vais te faire ravaler ta sale langue ! Crachais-je tout en me lançant dans un nouvel assaut.

J’avais eu la force d’abattre trois fois ma lame sans pouvoir lui causer de dégâts. Je ne sais pas qui je dois remercier, mon instinct de survie, un hypothétique sixième sens, mais par réflexe, je bondis en arrière juste avant qu’Arnesse ne lance un coup d’estoc qui faillit être fatal. En me réceptionnant, je glissais sur une flaque d’eau et chuta sur mon céans. Le choc fit voler mon épée quelques mètres plus loin.

Il ne suffit à Arnesse que d’un instant pour se porter à ma hauteur et pointer le bout de sa lame sur mon cœur…

0 0
Score : 291

Le pouvoir et l'anneau II

J’étais là, trempée, assise dans une flaque d’eau, humiliée, à la merci de ce grand ecaflip dégingandé à l’expression narquoise la plus détestable possible. J’avais fait l’erreur de croire en ma supériorité face à lui. Je me suis bêtement laissée aveuglée par ma propre arrogance. Quelle imbécile !

- Alors, demanda Arnesse, quelle raison a-t-elle pu vous pousser à vous attaquer à moi ?

Qu’il aille à Rushu ! Je répandrai volontiers ses tripes sur le sol.
Devant mon silence, il pressa le bout de sa lame sur mon sternum.

- Alors ?

Je fus forcée de répondre, à mon grand dégoût.

- Je devais récupérer un anneau en votre possession, répondis-je.

- Tiens donc ? Je t’avais dit qu’on me retrouverait, dit une voix nasillarde sortie de la poche d’Arnesse. D’ailleurs à ce sujet : la blanquette de dragodinde est-elle bonne ?

De sa main libre, Arnesse sortit un anneau de sa poche. C’était bien l’obvijevant qu’on m’avait décrit. Il avait même donné le code pour le repérer. Il était là, à ma portée et pourtant je ne pouvais rien faire !

Un bruit se fit entendre dans une ruelle de l’autre côté. Par réflexe, Arnesse tourna la tête dans cette direction. Cela me laissait le peu de temps nécessaire pour attraper sa lame entre mes paumes et exercer une forte pression entre elle. J’envoyais immédiatement après un violent coup de pied dans son ventre. Le souffle coupé et déséquilibré, il lâcha sa lame et l’anneau tout en reculant sous le choc.

J’invoquais les pouvoirs donnés par Iop. Une tempête de feu se déchainait maintenant sur l’ecaflip arrogant, il hurla de douleur. Il allait souffrir, oh oui, souffres misérable pédant. Les flammes dévorèrent ses vêtements, je sentais une odeur de poils brûlés puis de viande grillée. Ses hurlements montèrent en crescendo sans que je ne cesse de faire tomber sur lui les flammes de mon courroux et de ma vengeance. Les flaques d’eau les plus proches s’évaporèrent pour former une brume légère qui se mêla à la fumée de l’ecaflip en pleine combustion. Il ne put se libérer de l’étreinte de la douleur et tomba au sol. Je continuais de déchainer encore mes pouvoirs sur sa forme étendue… et encore, et encore !

Ce ne fut que lorsque je me sentis totalement vidée de mes forces que je stoppais mon attaque. D’Arnesse, il ne restait plus qu’un cadavre complètement carbonisé.

Je me laissais tomber à genoux, cherchant à attraper le plus d’air possible pour contenter mes poumons qui souffraient à chacune de mes respirations. Du coin de l’œil, je vis l’obvijevant qu’on m’avait ordonné de ramener. Je tendis la main pour l’attraper.

J’entendis une voix à quelques rues près :
- c’était par là, déployez-vous.

Oh non, pas la milice, pas maintenant. Il faut que je trouve la force de me relever.
Allez Ombre Flamboyante, ce n’est vraiment pas le moment de flancher, tu as connu assez d’ennuis pour aujourd’hui. Debout !

- Debout !

Une voix féminine, froide comme la glace, venait de surgir derrière moi, se faisant l’écho de mes pensées. Je rassemblais le peu de force qui me restait pour finalement réussir à me relever péniblement et me tourner vers l’inconnue. En me retournant, je vis l’autre personne elle-même totalement vêtue et encapuchonnée de noir. Elle saisit mon épée et se dirigea vers une ruelle sombre.

- Par ici ! Vite ! ordonna-t-elle.

Spontanément, j’allais à elle le plus vite possible en trottinant mollement sur les pavés. Je me réfugiais dans les ténèbres de la ruelle juste au moment où une dizaine de miliciens arrivèrent au milieu du carrefour.

- Par Feca ! Qui a fait ça ?

- Là bas, je vois quelqu’un. Il s’enfuit ! Poursuivez le, bande de kanigrous mal dégrossis !

Ils s’éloignèrent dans un lourd cliquetis d’armure métallique. J’avais retenu mon souffle au maximum pour ne pas trahir notre présence. Je me tournais vers l’inconnue.

Ma gorge se serra brusquement et se fit sèche presque instantanément.
La femme avait rabattu son capuchon. Elle portait un casque intégral noir avec une face blanche totalement lisse pour protéger le visage.
Non, ce n’était pas possible ! Pas elle ! Pas la Grande Maîtresse des Ombres en personne !
Elle me gifla violemment, je tombais au sol.

- Petite sotte ! Tu as bien failli te faire tuer. Pire, tu as bien failli te faire prendre. Heureusement mon double va les occuper pendant un petit moment.

- Ne m’en voulez pas, j’ai tout de même réussi ma mission, rétorquais-je en tendant l’obvijevant dans la main.

- Encore heureux ! Dit-elle en se saisissant de l’anneau. Mais dis-moi, s’il n’avait pas eu l’anneau sur lui ? Et s’il n’avait pas échappé des mains d’Arnesse, il aurait été complètement carbonisé et détruit. Tu y as pensé à ça ???

- Ben c’est vrai ça, on ne pense jamais à moi. D’ailleurs si vous aviez un anneau sous la main histoire que je me mette un truc sous la dent…
Ombre Nocturne lança un regard noir à l’obvijevant qui changea instantanément de forme pour se faire le plus petit et le moins ostentatoire possible. Malheureusement, elle retourna son attention vers moi.

- Tu t’es laissée emportée par ta colère et par ta haine. Ces deux sentiments sont d’une grande puissance et d’un grand pouvoir. Mais à la seule condition de pouvoir les canaliser et exercer un contrôle suffisant dessus. Tu dois contrôler ton pouvoir et non pas te laisser contrôler par lui. C’est ce qui t’a fait défaut aujourd’hui. Si je n’avais pas été là, tu serais morte en ce moment même. Sois plus réfléchie. La Confrérie n’a que faire des gros bras sans la moindre subtilité. La ruse est notre principale arme même si j’en conviens, déchainer la fureur de temps à autre provoque une sensation d’ivresse rarement égalée. Mais jamais tu ne dois perdre le contrôle. Tu méditeras sur ce que je viens de te dire.

J’hésitais un moment… Finalement, je me résolus tout de même à poser la question :

- Pourquoi vous êtes vous déplacée en personne ?

Je sentis mon cœur battre plus fort encore.

- Curieuse hein ? Soit… Il y a quelque temps, Ombre Terre a suggéré au Conseil des Ombres d’utiliser des obvijevants comme espions. La principale difficulté est seulement de les récupérer une fois qu’on juge qu’ils en ont appris assez sur leur porteur. Mais ça, c’est une autre affaire. Cet obvijevant a été porté par quelqu’un de très important à Bonta et a donc pu apprendre pas mal d’informations de haute importance. Cependant, il y a eu un problème. Avant qu’on ne puisse le récupérer nous même, Arnesse Pulin l’a dérobé à son propriétaire. Et c’est là que tu es entrée en scène. Tu avais les capacités de réaliser cette mission. Mais tu as sous-estimé ton adversaire et tu t’es laissé entrainer par tes émotions.

Elle déposa mon épée dans mes mains et se tint immobile devant moi pendant un instant, son regard probablement braqué sur mes yeux masqués.

- Tu n’es pas aussi prête à servir l’Ombre que tu ne le penses. Et encore moins à la diriger. Tu as encore beaucoup à apprendre. Cependant, tu as du potentiel, je le reconnais. Comprends bien que pour ton semi-échec d’aujourd’hui, tu devras réaliser encore quelques corvées pour Ombre Empoisonneuse. Il a l’air d’apprécier chacune de tes visites chez lui.
Je ne pus que répondre dans un souffle et en m’inclinant :

- Il en sera fait selon votre volonté, Maîtresse…

0 0
Score : 291

Note d'Amatos :
Ne convient pas aux enfants et adolescents de moins de 16 ans. Violence suggérée, langage susceptible de choquer, scènes de sexe non explicites.

Donner de son corps pour l’Ombre

L’humidité laissée par lagiboulée de ce début de Martalo avait laissé les rues de Bonta toutes scintillantes, faisant presque croire qu’aucune crasse ou autre vice n’avait cure dans cette cité. Je souris en pensant au lieu où je merendais, temple de la luxure et de la débauche, tenu depuis des années
par une ecaflipette ayant une renommée plus que certaine dans les milieux bourgeois de la cité blanche, pour ses capacités et ses contacts avec des personnes tout aussi libres qu’elle. Je toquais à la porte d’une maison imposante dans le quartier le plus couru de tout Bonta. Le solide portier m’identifia quand je lui fis tomber dans la main un magnifique diamant. Il observa les inclusions qui avaient été faites dans le cœur de la pierre cristalline.

« La patronne vous attend, dans la petite salle du fond, grogna le massif sadida. Evitez de vous tromper de portes, certains clients n’aiment pas ça et d’autres l’apprécient que trop pour que vous l'appréciez, jeune dame. »

Je souris à l’allusion du sadida, qui me rappela délicatement que je devais faire preuve de discrétion, c’était une des qualités de la maison de plaisir de Dame Cat-Aline, et une de ses plus grandes vertus pour ses clients. Je traversais rapidement le couloir principal, faisant fi des gémissements et autres bruits qui émanaient des diverses alcôves. La salle principale était peu remplie, et seul le pianiste eniripsa, l’un des plus en vue de toute la cité d’ailleurs, n’était pas masqué, certains des clients se dissimulant sous une cape les enveloppant littéralement, à l’instar des confrères, d’autres arborant de riches masques, sertis de pierres précieuses. Certains regards
lubriques m’accompagnèrent alors que je traversais la salle, mais malgré mon envie de faire ravaler leurs regards à leurs possesseurs, je continuais mon chemin. J’ouvris silencieusement la porte presque trop discrète et tomba nez à nez avec mon maitre, qui attendait d’un air tranquille mon arrivée dans un luxueux fauteuil de soie rouge.

« A l’heure, comme mon ordre le spécifiait, je vois que tu es toujours
aussi efficace Ombre Flamboyante, me dit mon tuteur en faisant tourner un verre d’alcool, un brandy au vu de ses goûts, pour le réchauffer. »

Alors que je m’apprêtais à répondre, une voluptueuse ecaflipette, vêtue de
magnifiques atours laissant deviner les courbes qui en faisait d’elle une femme fatale, entra dans la pièce par une porte dissimulée.

« Bien, je vois que celle que nous attendions est arrivée, mais je ne
peux la juger aussi vêtue qu’elle est, dit l’ecaflipette d’une voix langoureuse et sûrement étudiée avec soin. »

Je n’eus pas le temps de dire un mot que des volées de pièces firent tomber à terre non seulement mes vêtements, mais aussi mes sous-vêtements, me laissant complètement nue face à la maîtresse du lupanar ainsi qu'à mon tuteur.

« Je trouve cher ami que votre maîtrise du lancer de pièces déshabilleur
s’est encore amélioré, dit l’ecaflipette avant de se rapprocher de moi.»

« Cette petite technique fait toujours son petit effet, sourit mon maitre avant de me détailler des pieds à la tête, s’attardant sur mes courbes de manière ostensible. »

Je voulus répliquer, mais Cat-Aline s’était approchée de moi, et passant ses mains expertes sur ma poitrine et mes cuisses.

« De belles proportions … une chair ferme et pleine de vitalité … »

J’hésitais entre la confusion d’être dans une telle situation, la rage qu’elle me touchait bien plus que n’importe quel être vivant encore à ce jour et
la satisfaction de voir que mon entraînement avait porté ses fruits. Un
frisson me parcourut lorsqu’elle caressa mon intimité.

L’ecaflipette recula brusquement et se retourna, furieuse, vers mon maître qui était retourné à la contemplation de son verre. L’air dans la pièce se figea sous la colère de la matrone.

"Qu'y a-t-il chère amie ?" demanda mon maitre sans cesser de contempler son verre.

"Comment oses-tu !" gronda la matrone. "Cette petite est vierge … "

Je vis l’un des sourcils de mon maître tressaillir au-dessus du bandeau
qui masquait une grande partie de son visage, seule réaction non
maitrisée qu’il avait devant moi depuis le début de mon apprentissage.
L’écaflipette se retourna vers moi et dit d’un ton goguenard :

«Rhabille toi, tu n’as rien à faire ici ! Je n’accepterai pas qu’une telle chose se passe sous mon toit.»

Un rictus naquit sur mon visage.

"C'est pourtant bien ici que se vend de la luxure au plus offrant ?" dis-je d’un ton cynique.

«Toutes celles qui sont ici le sont car elles l’ont voulu, mais toutes ont déjà
donné leur innocence avant d’entrer à mon service, gronda la matrone. On ne peut donner son innocence au premier venu pour de quelconques
objectifs versatiles.»

"Tu l’as pourtant fait, très chère..."
railla mon maitre, avant de se rendre compte de son erreur en voyant l’ecaflipette le fustiger du regard.

«Et je le regrette amèrement" répliqua d’un ton froid Cat-Aline. "Peut être que ta disciple est très expérimentée dans vos petites magouilles et autres
assassinats, mais à ce sujet, elle n’est qu’une enfant innocente, et je ne tolèrerai pas que tu lui fasses faire de telles choses.»

«Je fais ce que je dois faire pour mon maître." répondis-je. "Ce n’est rien à coté de ce qu’il m’a déjà demandé."

Les deux claques que l’ecaflipette m’envoya me prirent par surprise et me
firent tomber au sol. Le brasier qui brulait dans ses yeux me fit renoncer à l’attaquer.

«Tu n’es qu’une gamine stupide !" grogna l’ecaflipette, "Et toi une vieille racaille manipulatrice sans le moindre honneur !" ajouta-t-elle en grognant à l’attention de mon maître. "Elle te fait une confiance absolue et tu veux la jeter dans les bras d’un inconnu qui la prendra sans le moindre égard pour tes petites manigances, tu es à peine mieux que ces conseillers gras et
corrompus que tu hais tant."

Mon maitre sursauta et se releva, défiant d’un regard haineux. L’air entre les deux créatures se figea, et l’espace entre eux était devenu encore plus mortel que la gueule d’un démon. Instinctivement, et malgré ma nudité, je me mis en position de combat aux côtés de mon maître.

«Tu vois, elle t’obéit sans mettre en cause ton jugement, cela ne te rappelle-t-il pas certaines choses ?»

Une ombre voila quelques instants le regard de mon maître, puis il se retourna vers moi.

«Rhabille-toi Flamboyante et retourne au repaire, je te contacterai.»

"Et la mission ?" demandais-je.

"Il y a d’autre moyen d’avoir ce que nous voulons, au pire je la confierai à Sensuelle ou bien Etoilée." me répondit-il.

"Je peux m’en …" commençais-je avant que le regard noir de Cat-Aline me dissuade de continuer.

D’un signe de tête, mon maître me donna congé et après m’être rapidement
habillée, je sortis de la pièce et quittai le lupanar, un sentiment de malaise me parcourant.

Cat-Aline regarda intensément Ombre-Terre avant de lâcher.

«Comment oserais-tu faire ça à ta propre fille … .»

"Qu’est-ce qui te fait croire qu’elle est ma fille ?" susurra Ombre Terre.

"Il n’y a qu’une autre personne qui a partagé ma couche et qui a cette
marque de naissance au creux des reins, dois-je te rafraîchir la
mémoire ?" dit-elle en faisant tomber sa robe de soie rouge .

«Je vois que tu es toujours aussi observatrice, ma chère amie, j’espère que
je ne devrais pas te tuer pour garder cette information secrète.»

"Je suis sûre que je peux t’en convaincre..." dit l’ecaflipette avant de se
glisser langoureusement aux côtés du conseiller des Ombres...

0 0
Score : 291

C’est la foire à la Foire

Allégeance piaffa bruyamment alors qu’elle changeait de position de repos. Je regardais ma monture en esquissant un sourire. A mon instar elle n’était pas patiente, mon maitre l’avait choisi à mon image. D’un regard morne j’observais la Foire du Trool en contrebas. Les badauds déambulaient entre les tentes et attractions d’un air paresseux, étouffés par la lourdeur de l’air de cet après-midi tranquille. L’objectif que nous surveillions pour le compte de la Confrérie allait et venait autour de son stand à sucettes, servant les badauds d’un air las. Je me demandais bien pourquoi Ombre Terre, qui tenait lieu de grand intendant à notre organisation, avait décrété que surveiller cet objectif était maintenant du ressort de la branche action de l’organisation, et non des habituels traine-patins de l’Ordre. Je suivais du regard l’objectif, un Xelor tout de rouge vêtu au pas trainant.

« Pour un disciple du Dieu des horloges, je ne le trouve guère remonté celui-là, marmonnais-je alors que la cible s’arrêtait pour souffler quelques instants sur un banc. »

Allégeance tourna son encolure et me fixa de ses yeux noirs, avant de se laisser choir de nouveau dans la poussière environnante.

« Toi ma belle il va falloir une bonne galopade pour retourner au repaire pour te donner un peu de vivacité, remarquais-je. »

Je reportais mon attention vers la foire, et vit alors l’inspecteur Klouzo entrer dans le parc. Ce Iop, soit disant inspecteur émérite, mais ayant tout autant de capacité de réflexion que les poutchs d’Amakna, avait été mandaté par Léonzi Trool pour résoudre le vol du stock de sucettes de la foire. Je notais le fait sur le carnet qu’Ombre Terre m’avait remis quand je vis un groupe d’aventuriers se rassembler et se diriger vers lui. Mes consignes étaient claires, je devais informer la Confrérie de toute activité anormale autour de l’objectif, et un groupe d’aventuriers qui s’intéressait plus à Klouzo qu’aux attractions était des plus étranges. D’une trille perçante j’ordonnais à Illusion, mon corbac messager de venir à moi. La créature fondit de l’azur et atterrit lestement sur mon bras. Je lui tendis un pioussin mort en récompense et pendant que mon messager dévorait l’offrande sur un rocher, je composais un message codé à l’attention de mon maître. Tendant le bras, le volatile revint instantanément à moi, les restes du piou dans le bec. Je glissais sous son aile dans le cylindre approprié ma missive.

« Trouve Ombre Terre au plus vite Illusion. »

Le corbac bondit et s’envola lestement, plongeant le long des falaises à la recherche des courants ascendants lui permettant de prendre de la vitesse pour rejoindre Amakna et l’immense QG de la Confrérie au plus vite. Lorsqu’il ne fut plus qu’un point incertain à l’horizon, je reportais toute mon attention vers la foire en contrebas. Les aventuriers étaient rassemblés autour de Best-year, le montreur de monstres de la foire. Je soupesais du regard le tourmenteur que mon maitre m’avait confié. Aussi flamboyant que moi, aujourd’hui sa courte portée risquait de me faire défaut si au besoin mon maître me demandait de régler de manière définitive le cas de notre objectif. Lorsqu’Illusion revint, les aventuriers s’intéressaient à ce moulin à paroles de Lisa, après avoir interrogé Eupé-oh, ce vieux roublard de maquignon qui trichait à toutes les courses de larves de ce monde. Je tendis le bras et Illusion se posa rudement. Il tendit son aile et me laissa prendre le message, avant de s’envoler à nouveau dans l’azur. Je dépliais le rouleau et lu l’écriture enlevé de mon Maitre, qui n’avait pas pris le temps de coder le message.

« Une escouade de Confrères vient régler le problème de ces aventuriers. Sécurise nous l’entrée de la Foire. »

A la lecture de ses mots, l’adrénaline envahit mon corps et mon cœur de Iopette s’embrasa à la perspective d’un peu d’action. Allégeance sentit mon changement d’attitude. Je saisis Fleur de Mort que j’avais planté dans le sol à coté de ma monture et instinctivement elle se redressa.
« Allez ma belle, enfin un peu d’exercice pour nous. »

Je talonnais ma monture et descendis à grand train les sentes tortueuses qui m’avaient menées des mornes plaines de Cania jusqu'à mon point d’observation. La poussière devant l’entrée de la Foire était à peine retombée que l’escouade de Confrères, menée par notre Maitresse à tous, Ombre Nocturne, arriva. Suivie d’un groupe d’Ombres de la branche Action de la Confrérie, elle s’engouffra dans la Foire. Je voulus les suivre quand la voix de mon Maitre se fit entendre.

« Tu couvres nos arrières, Flamboyante. »

« Maitre, je serais plus utile au combat qu’ici à garder les montures, répliquais-je. Ne me faites-vous si peu confiance pour me laisser une tâche si ingrate ? »

« Crois-tu, ma jeune apprentie, que je laisserais notre seule voie de fuite gardée par une Ombre incapable et en qui je n’aurais aucune confiance ? Tu as encore beaucoup à apprendre sur ce qu’est un Confrère si de tels raisonnements sont encore les tiens. Garde la sortie de libre, on ne sait pas si les aventuriers ne vont pas appeler des renforts. »

J’acquiesçais d’un air goguenard et mon Maitre s’engouffra dans la Foire en sortant son tourmenteur. Je montais sur Allégeance et surveillais les alentours, attendant l’affrontement providentiel qui me permettrait de faire passer ma frustration. Malheureusement pour moi, aucun renfort ne vint, et je ne pus vivre la bataille contre les aventuriers que par les sons que me portaient le vent, bruit du tourmenteur de mon Maitre, éclat de la voix froide d’Ombre Nocturne puis les cris de déceptions des voix des aventuriers. Les Confrères ressortirent en trombe, accompagnés d’un nabot à l’air agressif et les traits rougis par l’excitation de la bataille.

« Terre, Flamboyante, vous emmenez notre nouvel ami en sécurité, nous autres allons attirer nos potentiels poursuivants sur de fausses pistes, ordonna Ombre Nocturne, son masque livide et impénétrable me fixant d’un air sec. »

« Comme vous voudrez ma Sombre Dame, répliqua mon Maitre d’un ton enjoué. Que l’Ombre veille sur vous. »

Il attrapa par la peau du coup le Xelor et le jeta en travers de Shadow, qui bondit immédiatement sur les sentes caillouteuses de la plaine, Allégeance a sa suite pour brouiller les pistes.

Il était tard dans la nuit quand nous arrivions par des chemins détournés au repaire d’Amakna. Ombre Nocturne nous attendait dans le vestibule, telle une matrone trônant au milieu de son lupanar.

« Sensuelle, emmène donc notre ami dans sa chambre, quant à toi Flamboyante tu as bien servie l’Ombre aujourd’hui, continue comme cela. »
Ombre Nocturne se retourna sans un mot de plus et disparut dans les corridors.

« Tu lui as tapé dans l’œil fillette, marmonna mon Maitre, j’espère que tu ne le regretteras pas. »
D’un bond lest, il disparut à son tour dans les ténèbres du repaire, laissant sa dernière phrase en suspens, prophétie au sens des plus troublants.

Que l’Ombre s’étende !

0 0
Score : 291

L’art du Dun Moch

L’une des choses les plus étonnantes avec mon maitre était son apparente faiblesse. Il était bien loin d’être aussi puissant que ceux que les Dieux reconnaissaient avec leur aura de lumière éclatante. Au contraire, les éclairs qui indiquaient que mon maitre avait atteint une certaine maitrise étaient bien pâles en comparaison de celles d’Ombre Nocturne ou de moi-même très rapidement. Et pourtant, c’est un des meilleurs combattants que j’eusse croisé dans mon service à l’Ombre. Tout son pouvoir tenait dans le Dun Moch, une très vieille technique démoniaque pour affaiblir ses adversaires, et je vais vous conter une de ses plus belles utilisations.

Le repaire d’Astrub bruissait de toute part, dans la grande salle, au milieu d’un nombre des plus conséquents d’Ombres, mon maitre ainsi que la Maitresse des Ombres étaient rassemblés et nous réunissaient. De sa voie glaciale, Ombre Nocturne nous annonça qu’Ombre Alchimiste avait été capturé par la milice locale en s’approvisionnant au marché noir. Au vu de son importance dans l’organisation, il fallait absolument le libérer ou bien le neutraliser. Un silence lourd s’installa, le rappel froid et direct d’Ombre Nocturne que tous était sacrifiables pour la cause de la Confrérie avait douché l’enthousiasme de la plupart des Ombres présentes. Dans mon for intérieur je réfléchissais à plein régime, ce que nous envisagions était loin de nos complots et coups de mains habituels, les risques étaient complètement différents. Ombre Terre prit la parole.
« Que chacun d’entre vous prennent son affectation, cette mission est différente de celle que nous réalisons, cette fois il faudra que vous obéissiez au doigt et à l’œil, pas d’initiative ou de cavalier seul, est-ce clair ? »
Le ton de notre intendant ne tolérait aucune réponse et tous vinrent à lui pour prendre leurs affectations. Quand vint mon tour, d’un signe de tête il m’ordonna de me ranger à ses côtés.
« Vous avez tous vos affectations, finit par dire Ombre Nocturne. Le plan global est simple : on entre, on reprend ou élimine Ombre Alchimiste et on ressort en écrasant tout ceux qui se mettent sur notre passage. Nombre d’entre vous sont en retrait et interviendront au besoin, la prison d’Astrub n’est pas grande et un groupe trop important risquerait d’être bloqué. Une fois sortis, nous nous attendons à de la résistance de la part de la milice locale mais aussi des Nedora-riem. Vous devrez absolument les retarder. Evitons un combat de face, ils sont bien plus expérimentés que nous dans ce genre de situation, ne l’oubliez pas. »
Tous acquiescèrent, et d’un geste de la main, la Dame de L’Ombre nous ordonna de nous mettre en route.

Usant des nombreuses sorties du repaire, l’escouade d’assaut, dont je faisais partie avec notre maitresse et mon maitre, qui allait libérer Ombre Alchimiste se matérialisa à quelques dizaines de mètre de l’entrée de la prison. Alors que les gardes s’interrogeaient, une série de flèches les balayèrent.
« Que l'Ombre s'étende ! s'exclama Ombre Nocturne. »
Je m’élançais à sa suite, malgré la fumée et la poussière qui m’encrassaient les poumons, les archers sur les toits créant un périmètre de sécurité autour de la prison, interdisant à tous ceux qui n’étaient pas de la Confrérie d’approcher. La porte de la prison commença à se refermer, d’un bond j'étais dessus et saisissait Grond, le lourd marteau que mon maitre m’avait confié. D’un ample mouvement, je brisais la porte et roulait au sol, laissa les traits des pièges de la prison filer au dessus de moi. Dans mon dos un nuage de flamme les engloutirent et la Maitresse des Ombre, soutenue de mon maitre sortirent auréolés de flammes. Les quelques gardes en faction dans la salle ne résistèrent que quelques instants, la froide efficacité des Ombres ne leur laissant aucune chance. Mon maitre m’aidait à me relever.
« Bien joué, ma chère apprentie. »
D’un air de dandy, au milieu des cadavres et meubles renversés couvert de bière et de sang, mon maitre acheva les gardes de vifs coups de pelles, brisant leurs nuques dans des bruits secs. Dans sa cellule, Ombre Alchimiste regardait le spectacle d’un air impavide.
« Alors mes amis, venez-vous me libérer ou bien m’abattre ? »
« Crois-tu Alchimiste que si nous voulions te tuer nous aurions fait déplacer tant de monde, Ombre Terre seul aurait pu t’éliminer en douceur, railla Ombre Nocturne. »
« En effet, mais je doute qu’un tel déploiement de force soit juste pour ma petite personne, ricana l’alchimiste de la confrérie. »
« Tu te sous-estimes toujours cher ami, sourit Ombre Terre en faisant sauter la serrure d’un coup bien placé de Grond. Mais si tu te prélasses trop, ton intérêt risque de nettement diminuer. »

Nous sortîmes rapidement, une fois qu’Ombre Terre eut aspergé toute la salle d’un acide qui allait effacer toutes nos traces, ainsi que les cadavres que nous laissions. Une fois en haut de l’escalier, une surprise nous attendait : une vingtaine de Nedora riem, la plupart hauts gradés au vu de leurs ailes, nous attendaient en arc de cercle.
« Ombre Terre, appelons-nous des renforts, demanda Ombre Nocturne. A moins que vous ne vous sentiez de taille à affronter ses quelques enquiquineurs... »
« Je m’étonne chère maitresse que nos unités ne les ai pas ralenti le temps suffisant, soyez assurée que je m’occuperais de ce manquement au plus vite. »
Ombre Nocturne hocha la tête, et nous fit signe de laisser mon maitre passer. Il saisit son tourmenteur, objet rare à cette époque, et tira en l’air. Une multitude de projectiles bleutés strièrent le ciel, avant de retomber dans de grands arcs de cercle et sifflements grâcieux. A quelques mètres du sol, les projectiles éclatèrent telles des fées d’artifices, mettant à terre la plupart des mercenaires.
« Ce n’est pas possible, souffla un des Ombres. Aucun tourmenteur n’a cette puissance. »
« A part un des tourmenteurs originels, souffla Ombre Nocturne, ne sous-estimez pas Ombre Terre, vous allez voir que malgré sa faiblesse apparente, c’est le meilleur guerrier ici présent. »
Mon maitre avança sur l’esplanade, d’un pas tranquille, alors que les quelques nedoras qui avaient survécu au premier tir de tourmenteur se relevait difficilement. L’armure noire associée à l’arme apparut et masqua son apparence, alors qu’un souffle d’air dégagea toute la poussière de l’esplanade. Une eniripsa et un féca, apparemment les plus gradés des nedoras présent lui firent face.
« Qui es-tu ? gronda le féca. »
« On me nomme "Ombre Terre", conseiller de la Confrérie des Ombres, et celui qui va vous mettre à bas, disciple de feu Nedora. »
« Cela m’étonnerait fort, railla l’eniripsa. »
D’un geste négligent mon maitre déposa son casque au sol, son visage masqué par un large pan de cape. Ses deux adversaires se concertèrent pendant quelques instants.
« Ils préparent quelques choses, murmura l’eniripsa, reste en arrière pour protéger les autres. »
« Ils auront plus besoin de tes soins que de mes boucliers, contredit le feca. »
« Il a une lourde armure, ma taille et ma vitesse seront à mon avantage, les serviteurs des tourmenteurs sont des monstres de puissances brutes, pas d’agilité ni de rapidité. »
Le féca soupira et se mit en retrait, alors que l’eniripsa s’avançait vers mon maitre. Malheureusement pour elle, il savait lire sur les lèvres, il me l’avait appris il y a peu, et je me doutais de la stratégie qu’il allait utiliser. L’eniripsa commença à harceler mon maitre, ses flammiches et coup de baguettes soulevant des nuages de poussières. Au milieu de la tempête, il semblait telle une tour au milieu d’un orage encaissant les coups, tout en semblant immobile. Pourtant quelques reflets de sa lame m’indiquèrent que mes pressentiments étaient bons, et dans un angle mort de la place, l’âme de l’arme, semblable à une jeune sylphide le soignait, lui donnant un répit que la jeune soigneuse ne soupçonnait pas. Aussi subitement qu’elle avait attaqué, la mercenaire s’arrêta, se mettant entre ses compagnons et une éventuelle attaques de mon maitre.

« Déjà essoufflé, jeune dame, demanda d’un ton courtois Ombre Terre. »
« Je crois que celui qui est en difficulté ici n’est pas moi, rétorqua-t-elle. »
Le vent balaya la place, dévoilant la sylphide de mon maitre. Un éclair de compréhension passa dans les yeux de l’eniripsa. D’un coup de baguette elle l’abattit. Profitant de l’ouverture, mon maitre plongea au sol, roula vers elle, recupérant au passage son casque. D’un bond svelte, l’eniripsa s’envola, évita l’attaque et se posa au centre de la place, là où se tenait mon maitre. Il s’autorisa un sourire en remettant son casque.
« Un de moins, soupira-t-il, vraiment pathètique. »
L’eniripsa voulut répondre quand il enfonça son épée dans le sol, ouvrant une faille. Autour de l’eniripsa, le sol fragilisé par ses attaques s’effondra, la propulsant dans les sombres tunnels des hommes rats d’Astrub.
« Alors petit féca, a toi de jouer, railla le confrère. A moins que tu ne sois plus lâche que cette pauvre chose qui m’a défié et maintenant va lutter pour sa vie dans ses sombres tunnels . On m’a dit que les lames empoisonnées des rats ne craignaient que les boucliers de féca, mais je doute que tu l’es rejoins d’ici la première attaque. »
Le nedora-riem bondit sur mon maitre, qui encaissa plusieurs coups de bâtons et rendit coup pour coup avec sa massive épée. Le féca rompit le contact, du sang coulant sur son visage. Mon maitre leva son épée, la tenant à l’horizontale, alors qu’un vent de sable balaya la place, faisant s'envoler quelques gouttes de son sang sur le sol.
« Comment a-t-il pu se débarrasser des maitres de l’ordre de Nedora-riem, qui sont bien plus puissant que lui ? souffla un des confrères. »
« Le Dun Moch, dit d’un ton froid Ombre Nocturne. Il utilise son habilité à manier le verbe pour les provoquer et contrôler leurs réactions. Regardez donc, l’eniripsa n’a pas tenu trente secondes, et le féca n’a pas levé ses boucliers, soucieux de venir en aide à son aimée au plus vite. Toute la stratégie d’Ombre Terre est basée sur la manipulation et la colère de ses adversaires. Voila pourquoi il maitrise des combats qui du point de vue du rapport de force sont suicidaires. »
Une nouvelle passe d’arme se déroula, n’avançant guère le combat.
« C’est tout ce que tu es capable petit féca, railla Ombre Terre. Au vu des éclairs qui te parcourent, tu es bien plus puissant que moi, pourtant j’ai l’impression d’affronter un débutant mal dégrossi. »
Le féca serra de plus belle son bâton et se rua à l’attaque. Malheureusement sa prise était trop ferme et en le contrant puissamment, mon maitre lui fit lâcher son arme des mains. D’un coup de pied vicieux il le jeta au sol.
« Pathétique, cracha-t-il. Tu te réclames de Nedora, je ne vois qu’un disciple mou de ce faible de Kenera face à moi. »
Le féca trembla de fureur et tenta d’aggriper mon maitre, qui bondit lestement en arrière malgré sa lourde armure. Le féca s’écroula au sol, la pointe de l’épée de mon maitre se posant sur sa nuque nue.

Le silence se fit sur la place, mais je ne pus que remarquer les coups d'oeils aux alentours d'Ombre Nocturne.
"Que se passe-t-il Maitresse des Ombres, demandais-je."
"Il va falloir partir, car même si Ombre Terre contrôle pour l'instant la situation, ça ne va pas durer. Au bruit que j’entends, la dame des mercenaire n’a pas tant de problème que ça, ce n’est pas notre meilleure unité qui est en bas."
"Pourtant ils sont à terre et vaincu pour la plupart, m'étonnais-je. Même si sa première adversaire revient, nous maitriserions la situation."
"Des renforts arrivent, de plus l'effet de surprise s'estompe, constata la maitresse des Ombre. Ce sont des soldats aguerris, après un coup comme celui là, ils vont se rassembler et revenir à la charge et face à eux nous ne sommes pas de taille, ce genre de combat n'est pas les nôtres. Ombre Terre les a dominé car ils l'ont sous-estimé et sa maitrise du verbe est une arme terrible en ses mains, surtout quand il connait bien les personnes. Là ils savent à quoi s'en tenir et ne tomberont pas de nouveau dans le piège. Il est temps pour nous de quitter les lieux."
Ombre Nocturne bascula sa tête en arrière et lança trois brefs trilles.

Mon maitre réagit instantanément, alors que la petite eniripsa apparut d’un bond du trou dans le sol, un rat à ses trousses et les autres mercenaires au sol commençaient à se relever lentement.
« Tu as de la chance petit féca, je n’ai pas le temps de jouer avec toi aujourd’hui, des choses bien plus importantes que toi m’attendent, ça sera pour une prochaine fois. »
Une série de flèches enflammées fendit l’air et détruisirent les traces de sang de mon maitre, tout en couvrant notre départ. Lorsque la poussière se dissipa, il ne restait sur la place qu’une plume de corbacs.

Il me fallut de nombreuses années pour comprendre toute la subtilité de l’art de mon maitre : savoir envoyer les piques les plus perçantes et les conseils les plus humiliants pour déstabiliser mes ennemis. Et à ce jour, il est encore le seul qui me surpasse dans cet art, qui lui permet de garder encore et toujours l’avantage lors de nos entrainements.

Que l’Ombre s’étende.

Note : petite dédicace aux nedora-riem, promis la prochaine je vous laisse gagner ... peut être

0 0
Score : 291

Ombre prophétique
Cycle : ave demonio

L’armurerie du repaire d’Amakna, le repaire favori de mon Maitre après le QG d’Astrub, était aussi silencieuse qu’une tombe, indiquant qu'Ombre Terre n’était pas là. Attendant son arrivée, je regardais sur les râteliers parfaitement alignés toutes les armes accumulées par la Confrérie, pour la plupart des créations uniques, ressemblant à des armes classiques mais aux effets aussi exotiques que mortels. Nombre d’entre elles contenaient des réserves de poisons plus ou moins violent en fonction de l’usage et je les manipulais avec une précaution des plus rigoureuses. J’étais en train de regarder les nombreuses armures, de tous les grades des armées parcourant ou ayant parcouru ce monde quand mon Maitre approcha.

« De biens jolis trophées que je vois là, une armure des démons d’Uk, dis-je en tournant autour du mannequin portant une armure ébène aux nombreux pics et arêtes. »

« Celle là a plus connus les bains de sang que les bains de pluie en effet, commenta mon Maitre. »

« Vous m’avez mandé, et je doute que cela soit pour admirer la collection d’armes qui s’étale ici, coupais-je alors qu’Ombre Terre semblait partir dans une discussion sur les différentes armes et armures présentes ici. »

« En effet, dit-il d’un ton froid, visiblement peu content d’être ainsi interrompu. Toutefois tu devrais faire plus grand cas de ce qui est un des trésors de la Confrérie. »

Je soupirais alors qu’il s’éloignait d’un pas vif. Certes comme toute bonne disciple de Iop j’aimais les armes, surtout celle permettant de combattre aux corps-à-corps, même si un arc ou un tourmenteur pouvait aussi être utile dans des conditions particulières. Mais l’écouter pérorer sur l’histoire de ses armes m’ennuyait prodigieusement, je préférais largement la démonstration sur le terrain. Je suivis mon Maitre dans son bureau, qui tenait autant du bureau que de la forteresse, la quantité d’armes présentes étaient digne de la salle précédente, et les murs épais aux meurtrières stratégiquement conçues et placées, ne laissait guère de doute sur les capacités défensives de la zone.

« Sait-on jamais, me coupa-t-il dans mes réflexions, rendre notre repaire aussi défendable que possible n’est jamais un mauvais choix, il peut même à nous de faire une erreur conduisant nos adversaires sur notre sente. Même si l’Ombre est puissante, il vaut mieux rester prudent. »

Il attrapa une pelle arès usée et sortit du bureau forteresse sans plus de commentaires.

« Je croyais que nous resterions ici, fis-je remarquer. »

« Non mon enfant, je voulais juste récupérer ma bonne vieille pelle avant de te montrer un endroit du repaire que peu des membres de la Confrérie connaissent. »

Ma curiosité piquée au vif, je suivis lestement mon Maitre qui s’engouffrait dans le dédale de couloirs uniformes constituant la majeure partie du repaire. Je pris quelques points de repères, même si la conception des lieux rendait cela extrêmement ardu. Un groupe d’aventuriers en goguette n’aurait aucune chance de se retrouver, et encore moins de retrouver la sortie. Rapidement je me rendis compte qu'Ombre terre m’entrainait dans une partie médiane du repaire, entre les locaux que les Ombres fréquentaient et qui contenaient tout ce qui nous était nécessaire, et le saint des saint, la salle du Conseil des Ombres, le joyau noir et impénétrable du repaire d’Amakna. Nous franchîmes les réserves d’Ombre Alchimiste, avant de nous engouffrer dans un couloir peu usité et peu éclairé. Je sursautais quand je me rendis compte que les multiples arabesques du haut mur s’illuminaient à mon passage.

« Simple système de détection magique, commenta mon Maitre. Tout intrus qui se trouverait ici le serait car bien informé et ces glyphes d’amnésie se chargeront de le détourner, avant que nous ne nous occupions de lui. »

« N’y a-t-il pas d’Ombre dans le secteur pour le surveiller, m’étonnais-je ? »

« Ombre Alchimiste est le plus proche, et il est parfois dans un monde bien différent du nôtre, ricana Ombre Terre. »

Je ne pus que sourire en repensant à l’alchimiste de la Confrérie, qui ne la voyait que comme un moyen de pratiquer librement son art loin du carcan imposé par les prêtres des différents Dieux avec leurs dogmes sur tout ce qui touchait notre monde.

Après quelques instants supplémentaires de marche, une lueur bleutée et un doux bruissement me parvinrent. Nous finîmes par déboucher dans un étrange cercle de pierres levées, éclairées par des torches constituées d’une hampe et d’une gemme bleue, et dont le centre du dallage était crevé par une source à l’aspect cristalline.

« Ce n’est donc pas une rumeur entre nouveaux venus, soufflais-je, la salle des prédictions existent réellement. »

Un mouvement derrière une pierre attira mon attention, et une voie éthérée dit :

« Ce ne sont pas des prophéties, mais les futurs qu’ici je mire. »

Une Pandalette sortit de l’ombre de la pierre, une cape noire flottant derrière elle. Lorsqu’elle leva le regard vers moi, je ne pus que constater l’absence de ses yeux. J’hoquetais de surprise et recula quelque peu.

« N’ayez pas peur, Ombre Flamboyante, dit la Pandalette de sa voie éthérée. Je ne vais pas vous manger. »

« Comment avez-vu mon mouvement, et comment connaissez-vous mon nom ? demandais-je. »

« Pas grâce au Hérault de l’Ombre, cela fait déjà bien longtemps que je vous ai mandé à lui, répondit la Pandalette d’un ton froid. »

« Elle avait des choses importantes à faire, Ombre Prophétique, répliqua tout aussi froidement mon Maitre. »

« Rien n’est plus important que le futur, gronda la Pandalette qui se dirigeait vers moi. »

Derrière elle, une minuscule xélorette apparue, tenant une pierre de capture d’âme ronde et lisse, recouverte de glyphes. Ombre Prophétique s’avança vers moi, comme portée par un souffle d’air, laissant voir les amples vêtements pourpres qu’elle portait sous son capuchon de servante de l’Ombre. Elle s’arrêta à quelques dizaines de centimètres de moi, son visage sans yeux m’attirant et me repoussant dans une étrange impression de danger. Elle passa sa main gracile devant mon visage, ses doigts fins m’effleurant à peine. Une brume bleutée suivit son mouvement et d’un geste nonchalant elle amena les filaments bleutés jusqu'à la pierre de capture, qui s’assombrit.

« Comme c’est étrange, on retrouve en elle l’aura d’une meneuse à l’instar d’Ombre Nocturne, mais aussi celle d’Ombre … . »

« Il suffit, coupa Ombre Terre. Elle n’a pas encore à savoir tout cela. »

« Je le sais, claqua froidement Ombre Prophétique. N’oublie pas Ombre Terre que je mire les futurs à chaque instants, je sais ce que tu vas penser et faire. »

« Et tu sais que j’ai la fâcheuse habitude de contredire tes visions, railla Ombre Terre. »

La prophétesse voulut répondre quand soudain son corps fut pris de frissons, et elle sembla décoller de quelques centimètres du sol.

« Scribe, prends une autre pierre, ordonna mon Maitre. »

La xélorette réagit prestement et sortit de son sac en bandoulière une autre pierre.

« Il arrive … né de la magie de ce monde et d’un autre … loin de tout il grandit … dans un paradis il vit … pourtant c’est dans les tourments qu’il se fera un nom … de ses tourments les ténèbres vaincront ou le monde renaitra. »

La pandalette s’affaissa sur elle-même, et la xélorette rangea rapidement sa pierre avant de la soutenir.

« Scribe, ramène là et range les pierres, je viendrais m’occuper de ça plus tard, pour une fois Prophétique m’a titillée avec ses paroles. »

La xélorette hocha la tête et porta Ombre Prophétique dans une pièce attenante qui parut s’ouvrir dans la pierre. Je réfléchissais à toute allure, ne comprenant pas la signification des paroles.

« Ne t’inquiètes pas Flamboyante, je sais à quoi fais référence cette vision d’Ombre Prophétique, et ce n’est pas à toi qu’elle s’adresse, dit d’un ton bourru mon Maitre. Mais prépare toi, on va bientôt bouger. »

Il disparut dans la seconde, me laissant seul dans l’étrange lueur de la salle des prophéties.

Que l’Ombre s’étende.

0 0
Score : 291

Décision
Cycle : ave demonio

Le rugissement, à la fois terrifié et pleins de rage déchira la quiétude des couloirs enténébrés de l’antre de la Confrérie en Amakna. Malgré la longue séance d’entrainement contre Ombre Terre dans sa salle d’armes, mes muscles endoloris tressautèrent en rythme et sans y penser je saisis ma fidèle Fleur de Mort. Des craquements sonores évoquant parfois le bruit de barres en acier arrachées de leurs fixations se firent entendre dans un staccato s’accélérant de plus en plus. Je réfléchis quelques instants, alors que les craquements secs d’os se brisant se firent entendre avant que des cris de douleurs ne les recouvrent. Les bruits ne semblaient pas provenir de la ménagerie, qui permettait à la Confrérie d’avoir à disposition toutes sortes de créatures utiles, allant de la monture à la réserve de poison ambulante, en passant par les créatures potentiellement meurtrières car celle-ci se trouvait plus loin dans les méandres de corridors de notre antre. La seule autre salle du complexe souterrain où l’on pouvait trouver des créatures autre que les Ombres était le laboratoire d’Ombre Alchimiste, même si l’espérance de vie des créatures amenées dans cette salle était bien courte. Ecartant ses sombres pensées, je bondis dans le couloir en direction de la source des bruits. Ce fut le silence qui m’accueillit, ainsi que le cadavre déchiqueté d’une nouvelle recrue de l’Ombre, qui tomba de la chambranle de la porte que j’ouvris pour pénétrer dans le repaire d’Ombre Alchimiste.

On aurait dit qu’une bataille entre bontariens et brakmariens venaient de s’y dérouler, les tables d’expériences et leurs montages de verrerie étaient écroulés sur le sol, les armoires contenant différentes substances étaient éventrés et finissaient de se répandre dans un bruit de goutte à goutte. Quelques feuilles de livres volaient encore, preuve que l’évènement qui avait tout mis à en désordre était récent. Mon regard s’arrêta quelques instants sur une cage aux barreaux tordus, qui s’était renversé sur le sol.

« Flamboyante … par ici. »

Je reconnus la voie d’Ombre Alchimiste, provenant de sous une armoire couchée. Je le trouvais à moitié bloqué par le meuble massif, sa main libre tenant une épée couverte de sang.

« Que s’est-il passé, lui demandais-je en soulevant le meuble. »

« Un sujet d’expérience un peu trop réactif vient de s’échapper, me répondit-il en se tortillant de dessous le meuble. »

Il s’épousseta avant de regarder son atelier dévasté et les morceaux éparpillés de ses assistants.

« Et c’était quoi comme créature ? demandais-je. »

« Un milimulou avec la puissance de frappe du Meulou, me répondit le laborantin. »

« Qu’alliez-vous faire d’une telle créature ? maugréais-je en écartant un bout de bras qui goutait sur ma cape. »

« Tendre des embuscades ni vu ni connu, une créature aussi commune n’attirerait pas l’attention, jusqu'à ce qu’elle frappe, répondit Alchimiste en prenant un livre à moitié dévoré et recouvert de bave. »

Un cri de colère se fit entendre au loin, ainsi qu’un hurlement rageur de la créature.

« Ombre Terre, marmonna Alchimiste. »

Entendant le nom de mon mentor, je bondis par la sortie à la porte défoncée de la salle, sur les traces de la créature en direction de l’armurerie qui servait de QG à mon Maitre. Je courus dans le corridor, suivant les traces de sang laissées par la créature. Le Milimulou s’acharnait sur une pile d’armures effondrées en tas, se saignant les membres à chaque attaque. Sous les armures, j’entendais mon Maitre bougonner tel un chachat furieux pris au piège. Je dégainais de nouveau Fleur de Mort et la note métallique de mon arme tirée au clair détourna le Milimulou de sa cible. Mon regard croisa celui de la créature. Je lus dans ses yeux la fureur ainsi que la peur qui l’habitait. D’un bond il fut sur moi. Je me fendis et évita la première attaque. Profitant de sa déconcentration je lui envoyais une série de coups de pied dans les tibias, qui normalement aurait du les lui briser. La créature grogna et m’attaqua derechef, alors qu’elle aurait dû s’écraser au sol. Je me laissais tomber au sol et roula sur le côté, les griffes de la créature pulvérisant le sol.

« Je vois que votre nouveau jouet est aussi puissant que promis, maugréa Ombre Terre. »

Jetant un œil par-dessus mon épaule, je vis mon Maitre qui s’était dégagé du monticule d’armures et parlait à Ombre Alchimiste qui devait se tenir dans la porte de l’armurerie. Le Milimulou montra les crocs et se retourna vers Ombre Terre. D’un bond il fut sur lui, et il le faucha. Le corps de mon Maitre alla s’écraser dans un angle de la pièce après avoir traversé plusieurs étagères de gantelet.

« Maitreeeee, hurlais-je. »

Le Milimulou me regarda d’un air désintéressé, avant de se ruer vers sa proie. D’un geste nonchalant, Ombre terre se redressa, comme s’il ne venait pas de prendre un sacré choc, et une volée de pièce fusa vers les étagères entourant le Milimulou. Les râteliers d’armes frémirent et s’effondrer sur la créature, qui se fit transpercer par les nombreuses lames empoisonnées contenues sur les râteliers. La créature hurla et arracha les armes qui saillaient de son corps. Il fit quelques pas en direction d’Ombre Terre avant que celui-ci ne sorte sa vieille pelle arès et ne l’achève d’un coup puissant. Je regardais mon Maitre qui vacilla, s’appuyant sur sa pelle.

« Terre, vieille guimbarde, appelle Vitale pour qu’il te remette sur pied, maugréa Alchimiste. »

« J’en ai pas besoin, répliqua Terre, avant de s’effondrer au sol. »

Je me précipitais à ses cotés, prenant son pouls et sa respiration, qui avait en commun d’être irrégulier et faible. Alchimiste se plaça à mes cotés, et déboucha une des potions dont il se séparait jamais.

« Ca va lui faire du bien, il a le cuir dur cette vieille saloperie, marmonna le maitre alchimiste de la Confrérie. »

« Je m’étonne qu’il se soit fait surprendre par la créature, vu le barouf qu’elle a faite, dis-je. »

« Il ne portait pas son tourmenteur, répondit Alchimiste en portant mon Maitre jusqu'à son bureau. »

« Qu’est-ce que ça change ? m’étonnais-je. »

« Tout Flamboyante, tout, souffla Alchimiste. Le corps de ton maitre est usé, malgré son esprit toujours aussi aiguisé. Il porte avec affection cette arme car elle permet de soutenir son corps vieillissant. Mais sans l’armure, son corps est moins alerte et moins puissant, ce qui peut donner ce genre d’ennui. »

« Combien d’entre nous sont au courant ? interrogeais-je. »

« Ombre Nocturne doit savoir, mais elle affecte de ne rien voir, dit pensivement Ombre Alchimiste. Je dois être le seul sinon, bien peu d’Ombres connaissent réellement ton Maitre. »

J’acquiesçais alors qu’Alchimiste faisait boire à mon Maitre inconscient une seconde potion. Je le regardais avec méfiance.

« Ne te bile pas Flamboyante, pouffa Alchimiste. Je n’ai pas l’attention de tuer l’un de mes plus fidèles soutiens dans la Confrérie. Il devrait être sur pied d’ici quelques jours, d’ici là veille sur lui. »

J’acquiesçais et m’installais sur une chaise, prêt de l’entrée de la porte de l’antre de mon Maitre. Sa voix m’éveilla quelques heures plus tard.

« Flamboyante, fais ton sac, nous partons immédiatement. »

Que l’Ombre s’étende.

0 0
Score : 291

Décision
Cycle : ave demonio

Le rugissement, à la fois terrifié et pleins de rage déchira la quiétude des couloirs enténébrés de l’antre de la Confrérie en Amakna. Malgré la longue séance d’entrainement contre Ombre Terre dans sa salle d’armes, mes muscles endoloris tressautèrent en rythme et sans y penser je saisis ma fidèle Fleur de Mort. Des craquements sonores évoquant parfois le bruit de barres en acier arrachées de leurs fixations se firent entendre dans un staccato s’accélérant de plus en plus. Je réfléchis quelques instants, alors que les craquements secs d’os se brisant se firent entendre avant que des cris de douleurs ne les recouvrent. Les bruits ne semblaient pas provenir de la ménagerie, qui permettait à la Confrérie d’avoir à disposition toutes sortes de créatures utiles, allant de la monture à la réserve de poison ambulante, en passant par les créatures potentiellement meurtrières car celle-ci se trouvait plus loin dans les méandres de corridors de notre antre. La seule autre salle du complexe souterrain où l’on pouvait trouver des créatures autre que les Ombres était le laboratoire d’Ombre Alchimiste, même si l’espérance de vie des créatures amenées dans cette salle était bien courte. Ecartant ses sombres pensées, je bondis dans le couloir en direction de la source des bruits. Ce fut le silence qui m’accueillit, ainsi que le cadavre déchiqueté d’une nouvelle recrue de l’Ombre, qui tomba de la chambranle de la porte que j’ouvris pour pénétrer dans le repaire d’Ombre Alchimiste.

On aurait dit qu’une bataille entre bontariens et brakmariens venaient de s’y dérouler, les tables d’expériences et leurs montages de verrerie étaient écroulés sur le sol, les armoires contenant différentes substances étaient éventrés et finissaient de se répandre dans un bruit de goutte à goutte. Quelques feuilles de livres volaient encore, preuve que l’évènement qui avait tout mis à en désordre était récent. Mon regard s’arrêta quelques instants sur une cage aux barreaux tordus, qui s’était renversé sur le sol.

« Flamboyante … par ici. »

Je reconnus la voie d’Ombre Alchimiste, provenant de sous une armoire couchée. Je le trouvais à moitié bloqué par le meuble massif, sa main libre tenant une épée couverte de sang.

« Que s’est-il passé, lui demandais-je en soulevant le meuble. »

« Un sujet d’expérience un peu trop réactif vient de s’échapper, me répondit-il en se tortillant de dessous le meuble. »

Il s’épousseta avant de regarder son atelier dévasté et les morceaux éparpillés de ses assistants.

« Et c’était quoi comme créature ? demandais-je. »

« Un milimulou avec la puissance de frappe du Meulou, me répondit le laborantin. »

« Qu’alliez-vous faire d’une telle créature ? maugréais-je en écartant un bout de bras qui goutait sur ma cape. »

« Tendre des embuscades ni vu ni connu, une créature aussi commune n’attirerait pas l’attention, jusqu'à ce qu’elle frappe, répondit Alchimiste en prenant un livre à moitié dévoré et recouvert de bave. »

Un cri de colère se fit entendre au loin, ainsi qu’un hurlement rageur de la créature.

« Ombre Terre, marmonna Alchimiste. »

Entendant le nom de mon mentor, je bondis par la sortie à la porte défoncée de la salle, sur les traces de la créature en direction de l’armurerie qui servait de QG à mon Maitre. Je courus dans le corridor, suivant les traces de sang laissées par la créature. Le Milimulou s’acharnait sur une pile d’armures effondrées en tas, se saignant les membres à chaque attaque. Sous les armures, j’entendais mon Maitre bougonner tel un chachat furieux pris au piège. Je dégainais de nouveau Fleur de Mort et la note métallique de mon arme tirée au clair détourna le Milimulou de sa cible. Mon regard croisa celui de la créature. Je lus dans ses yeux la fureur ainsi que la peur qui l’habitait. D’un bond il fut sur moi. Je me fendis et évita la première attaque. Profitant de sa déconcentration je lui envoyais une série de coups de pied dans les tibias, qui normalement aurait du les lui briser. La créature grogna et m’attaqua derechef, alors qu’elle aurait dû s’écraser au sol. Je me laissais tomber au sol et roula sur le côté, les griffes de la créature pulvérisant le sol.

« Je vois que votre nouveau jouet est aussi puissant que promis, maugréa Ombre Terre. »

Jetant un œil par-dessus mon épaule, je vis mon Maitre qui s’était dégagé du monticule d’armures et parlait à Ombre Alchimiste qui devait se tenir dans la porte de l’armurerie. Le Milimulou montra les crocs et se retourna vers Ombre Terre. D’un bond il fut sur lui, et il le faucha. Le corps de mon Maitre alla s’écraser dans un angle de la pièce après avoir traversé plusieurs étagères de gantelet.

« Maitreeeee, hurlais-je. »

Le Milimulou me regarda d’un air désintéressé, avant de se ruer vers sa proie. D’un geste nonchalant, Ombre terre se redressa, comme s’il ne venait pas de prendre un sacré choc, et une volée de pièce fusa vers les étagères entourant le Milimulou. Les râteliers d’armes frémirent et s’effondrer sur la créature, qui se fit transpercer par les nombreuses lames empoisonnées contenues sur les râteliers. La créature hurla et arracha les armes qui saillaient de son corps. Il fit quelques pas en direction d’Ombre Terre avant que celui-ci ne sorte sa vieille pelle arès et ne l’achève d’un coup puissant. Je regardais mon Maitre qui vacilla, s’appuyant sur sa pelle.

« Terre, vieille guimbarde, appelle Vitale pour qu’il te remette sur pied, maugréa Alchimiste. »

« J’en ai pas besoin, répliqua Terre, avant de s’effondrer au sol. »

Je me précipitais à ses cotés, prenant son pouls et sa respiration, qui avait en commun d’être irrégulier et faible. Alchimiste se plaça à mes cotés, et déboucha une des potions dont il se séparait jamais.

« Ca va lui faire du bien, il a le cuir dur cette vieille saloperie, marmonna le maitre alchimiste de la Confrérie. »

« Je m’étonne qu’il se soit fait surprendre par la créature, vu le barouf qu’elle a faite, dis-je. »

« Il ne portait pas son tourmenteur, répondit Alchimiste en portant mon Maitre jusqu'à son bureau. »

« Qu’est-ce que ça change ? m’étonnais-je. »

« Tout Flamboyante, tout, souffla Alchimiste. Le corps de ton maitre est usé, malgré son esprit toujours aussi aiguisé. Il porte avec affection cette arme car elle permet de soutenir son corps vieillissant. Mais sans l’armure, son corps est moins alerte et moins puissant, ce qui peut donner ce genre d’ennui. »

« Combien d’entre nous sont au courant ? interrogeais-je. »

« Ombre Nocturne doit savoir, mais elle affecte de ne rien voir, dit pensivement Ombre Alchimiste. Je dois être le seul sinon, bien peu d’Ombres connaissent réellement ton Maitre. »

J’acquiesçais alors qu’Alchimiste faisait boire à mon Maitre inconscient une seconde potion. Je le regardais avec méfiance.

« Ne te bile pas Flamboyante, pouffa Alchimiste. Je n’ai pas l’attention de tuer l’un de mes plus fidèles soutiens dans la Confrérie. Il devrait être sur pied d’ici quelques jours, d’ici là veille sur lui. »

J’acquiesçais et m’installais sur une chaise, prêt de l’entrée de la porte de l’antre de mon Maitre. Sa voix m’éveilla quelques heures plus tard.

« Flamboyante, fais ton sac, nous partons immédiatement. »

Que l’Ombre s’étende.

0 0
Score : 291

Bataille navale
Cycle : ave demonio

Le pas vif de mon Maitre nous entrainait dans les bas-fonds de Sufokia. Malgré sa blessure récente, il maintenait une allure soutenue sans donner le moindre signe de faiblesse, et ceux depuis que nous étions partie du repaire d’Amakna.
« La puissance d’Ombre Terre est bien plus celle de son esprit et de sa volonté que celle de son corps, avait dit un jour Ombre Nocturne. »
Après les épreuves de cette journée, je ne pouvais qu’accepter cette remarque. Sans le moindre regard derrière lui, Ombre Terre s’engouffra dans une nouvelle ruelle mal éclairé, sa cape claquant sous le vent de cette soirée. S’arrêtant brusquement devant une porte cochère à peine visible dans l’ombre poisseuse des murs y attenant, il frappa trois fois du manche de sa pelle. Une plaque coulissa, révèlant un carré de lumière éblouissant, qui éclaira les immondices, malheureusement fort identifiable, qui maculaient la rue. Le groin d’un sadida aux poils sales apparu et un regard vitreux nous parcourus. D’un geste vif et habile, mon maitre envoya une pièce à l’aspect étrange que le portier récupéra avec une rapidité dont son regard torve ne laissa pas imaginait.
« Je vois que vous z’êtes de la maison, cracha le saddia, mais pas la donzelle qui vous accompagne. »
« Je doute que Rayne Jool apprécie qu’on m’empêche d’entrer à ma guise, grogna mon maitre. »
Le portier grogna et son visage fut remplacer par celui d’une osamodette tatouée.
« Grotto, voyons ne va pas faire d’ennui au Seigneur Ombre Terre, couina-t-elle d’une voie suraigu après avoir aperçu mon Maitre. »
« Mais m’Dame Jool, il a pas de passe pour la donzelle l’accompagnant, maugréa le sadida. »

Le bruit d’un fouet se vit entendre, ainsi qu’un glapissement. Puis la porte s’ouvrit sans un bruit, révélant une courette bien propre, où s’alignaient des box pour dragodindes, tous remplies et éclairée par une multitude de flambeaux. Une osamodette, toute vêtue de cuir noire et à peine plus grande que mon Maitre, s’inclina alors, révélant une grande partie de sa poitrine à mon Maitre.
« Seigneur Ombre Terre, vous auriez du nous avertir par les canaux habituels de votre visite, dit l’osamodette d’un ton obséquieux. »
« Je ne viens pas ici pour le plaisir ma chère Rayne, tu peux donc arrêter de montrer tes appétissants appâts, répondit mon Maitre. »
L’osamodette se redressa quelque peu, un sourire mutin sur son visage halée, mettant en valeur les multiples arabesques de tatouées sur sa joue droite.
« Alors pourquoi venez-vous mon très cher Ombre Terre ? »
« J’ai besoin de savoir si une connaissance est ici, dit tout de go mon maitre. »
« Vous savez que la politique de la maison est de jamais révéler qui va et vient ici, répliqua froidement Rayne. »
« Et vous savez ma très chère Jool que je ne suis pas n’importe qui et que ce genre de règles ne s’appliquent pas à moi et mes confrères, grogna Ombre Terre en jouant avec une plume de corbac. Je suis sur que vous ne voulez pas que ma supérieure se déplace pour vous le rappelez, ajouta-t-il d’un ton doucereux. »
L’osamodette frémit et baissa les yeux vaincus.
« Et qui voulez-vous ? »
« Le capitaine. »
« Dans le troisième salon. »
« Je vous remercie de votre coopération Rayne, je suis sur que la Maitresse des Ombres sera ravie d’apprendre que vous tenez vos engagements, minauda Ombre Terre en la dépassa. »
Emboitant le pas à mon Maitre, je vis l’éclair d’appréhension qui passa dans les yeux de la tenancière.

Traversant la cour d’un pas vif, je suivis mon Maitre quand il ouvrit la porte qui menait à un confortable et spacieux salon, remplie de divans en tissus chatoyant et aux bars remplis de divers nectars.
« Pourquoi nos missions passent quasiment obligatoirement par une de ses maisons de luxure, demandais-je. »
Mon Maitre redressa sa tête d’une bouteille de vin qu’il humait.
« Ceci n’est pas un bordel, mais un club privée où des gens consentants viennent réaliser leurs fantasmes, dit-il d’un ton ennuyé. »
« Il reste que ça ne change guère de chose, remarquais-je. »
« En effet ma chère Flamboyante acquiesça-t-il. Disons que j’apprécie le charme feutrée des maisons de luxure à l’ambiance tapageuse des tavernes et autres tripots. Mais si tu souhaites aller vers des ambiances plus masculines j’y penserais. Enfin bref, met-toi en position, j’y vais. »
Je me m’y prêt de la sortie dissimulé du salon où se trouvait la cible de mon Maitre alors que celui-ci toquait à la porte.
« Kradoc, mon poolay des iles, j’ai à te parler, ronronna-t-il. »
Par instinct je tendis mon bras quand je perçus un mouvement et l’enutrof s’écroula, fauché à la gorge. Je le relevais alors qu’il haletait péniblement, nu comme un vers.
« Rhabille toi ordonna mon Maitre, je n’ai pas envie de choquer la petite avec ta carcasse négligée. »
Jetant un œil rapide sur notre proie, je ne pus que constater que contrairement à mon Maitre dont la corps était encore athlétique, Kradoc commençait à laisser paraitre de pans de graisses dissimulant ses muscles. Toutefois, il avait un magnifique mufafa tatoué sur l’épaule gauche.
« Si elle te connait, des horreurs elle a du en voir un paquet, cracha Kradoc. »
« Chamaillez-vous moins fort, maugréa aigrement Rayne qui venait d’entrée, je n’ai pas envie que mes autres clients apprennent vos petites magouilles. »
« Nous nous en allons, dit Ombre Terre, un sourire en coin. Et tient donc pour le dérangement. »
Une bourse vola dans les airs, et l’osamodette l’attrapa lestement, la faisant immédiatement disparaitre dans une poche dont j’imaginais pas l’existence sur sa combinaison de cuir.
« En route pour ton bateau Kradoc, j’ai besoin de tes services, conclut Ombre Terre en se dirigeant vers la sortie. »

« Naviguez de nuit, mais tu es fou, s’exclama le capitaine en embarquant sur son navire. »
« Surtout qu’il a du mal a conduire à bon port ses passagers de jour, ricanais-je, m’attirant un regard glacial d’Ombre Terre. »
« Arrête de faire ta pucelle Kradoc, tu as ravitaillé en douce la nuit pendant des années l’ile d’Otomai pour le compte de la Confrèrie, ne me prend pas pour une bille et n’oublie pas qui je suis, cracha Ombre Terre. »
La pelle arès d’Ombre Terre parut comme par magie dans ses mains et fit quelques arabesques dans l’air, faisant déglutir difficilement le capitaine.
« Quand à toi Flamboyante, je croyais que tu avais compris que la traversé houleuse pour Otomai n’était qu’un arrangement entre les pirates et cette vieille canaille de Capitaine, ajouta d’un ton acide Ombre Terre. »
« Il n’empêche que je ne sais pas où tu veux aller, et ça c’est un os, dit faiblement le capitaine. »
« Kradoc, mon chère petit frère, tu oublies vite qui je suis et qui je sers, dit d’un ton presque paternel mon Maitre. Nous savons qui tu ravitailles en douce pour te permettre des parties fines chez Rayne Jool. Et nous savons aussi quels seraient les ennuis que tu encourrais si l’existence d’une telle créature venait à s’ébruiter, n’est-ce pas. »
Le capitaine Kradoc s’affaissa littéralement sur lui-même.
« Je doute alors que je n’ai pas le choix, soupira-t-il. De toute façon avec vous autres, je n’en ai jamais eu. »

Le navire de Kradoc glissait en silence, tout feu éteint sur l’onde. Ses hommes d’équipages manœuvraient aussi silencieusement qu’il était possible de le faire, comme s’ils étaient habitué à ce genre de trajet. Sur la dunette arrière, Ombre Terre et Kradoc conversait à voix basse. Le froid nocturne commençait à m’engourdir et mon esprit divaguait de plus en plus loin de mon corps, quand dans l’air une fée d’artifice éclata, éclairant tout les alentours.
« Pirates, hurla la vigie, un à tribord et un autre à bâbord, en approche rapide. »
Ombre Terre qui s’était rapproché de moi jura.
« Kradoc, n’étiez vous pas censé avoir des accords, maugréa mon Maitre. »
« Je crois qu’ils m’en veulent d’avoir oublié le dernier versement, et celui d’avant, bredouilla Kradoc, alors qu’il manoeuvrait à toute vitesse. »
« Andouille de radin stupide, cracha mon Maitre. Flamboyante, celui de bâbord est trop proche pour qu’on l’arrête avant l’abordage, occupe toi de lui, je m’occupe de l’autre. »
« Un bateau entier de pirates contre vous seul, vous n’êtes pas en forme Maitre, raillais-je. »
« Crois-tu que je suis assez bête pour les affronterais à la régulière, railla mon Maitre avant de plonger dans l’eau sombre. »

Sortant Fleur de Mort, je vis l’équipage de Kradoc mettre en batterie un canon qu’ils bourraient de morceaux de ferrailles et de débris de bouteille de rhum au lieu des traditionnels boulets. Je pris appel sur le plate bord, et bondit sur le bateau pirate, défonçant au passage la planche d’abordage qu’ils tentaient de mettre en place. Le canon du Kradoc cracha sa grenaille, explosant à moitié et fauchant la moitié des pirates sur le pont, les morceaux sanguinolents des corps déchiquetés retombant en pluie autour de moi. Je n’eux la vie sauve que grâce à mon instinct qui m’avait fais me coucher sur le sol. Profitant de la confusion qui régnait, je bondis vers mat principal, le fauchant de toute ma puissance avec Fleur de Mort. Le bois se fendit dans un gémissement sinistre et le mat s’abattit dans un fracas du tonnerre sur le pont. La voile s’enflamma sur les braseros qui étaient prévues pour l’attaque, propageant la panique. Un pirate se rendit compte de ma présence, et sa tête roula au sol avant qu’il n’eut le temps de prévenir ses camarades. Ce fut malheureusement trop tard, et tous se tournèrent vers moi, l’arme au clair et les traits défigurés par la colère. Quelque chose m’attrapa et je fus projetée par-dessus bord.
« Un bateau entier de pirates contre vous seul, vous n’êtes pas en forme Ombre Flamboyante, railla mon Maitre avant que nous ne touchions l’onde froide et ténébreuse. »
De deux coups de talons je remontais à la surface, malgré ma cape alourdie par l’eau. Je vis alors les pirates et le dessus du bateau littéralement s’enflammait telle des torches que l’on allumes.
« Je vois que vous aimez toujours autant jouer avec vos potions incendiaires mon maitre, dis-je. Mais qu’en est-il du second bateau. »
« Le temps qu’ils rebouchent les brèches qui sont apparues sous leur ligne de flottaison, nous aurons largement le temps de mettre les voiles. »

Que l’Ombre s’étende

0 0
Score : 291

Staroth

Cycle ave demonio

La chaloupe racla lourdement sur le bas fond sablonneux de la baie. D’un bond vif mon Maitre mit pied à terre et me tendit la main.

« Après toi ma chère apprentie, me dit-il d’un ton enjoleur. »

« J’ai vu que vous avez vacillé lors de votre atterrissage mon Maitre, lui répondis-je avant de sauter lestement sur le sable chaud. Quoi que nous faisons ici je doute que votre corps puisse aller aussi loin que vous le pensez Maitre.»

Le regard ironique qui me gratifia attisa ma colère autant que ma curiosité.

« Je ne voudrais pas faire les rabats joies, maugréa Kradoc. Mais je souhaiterais regagner rapidement le navire, ce n’est pas une plage à touriste ici. »

Regardant la plage tranquille qui menait à une forêt à l’air paisible, je m’étonnais du coté froussard de Kradoc, qui avait pourtant montré un beau courage lors de la bataille navale. Je jetais un coup d’œil à la ronde, et vit à quelques centaines de mètres le sommet d’une autre tour à l’aspect érodé qui dégageait une aura qui me dérangeait au plus haut point. Mon Maitre profita de ma distraction pour se pencher à l’oreille de Kradoc, qui maugréa en envoya nos deux paquetages avant de se remettre à ramer en direction de son navire qui nous attendait à quelques centaines de mètres du rivage.

« N’oublie pas le signal, dit Ombre Terre. »

Le navigateur maugréa, mais le bruit des vagues me rendit sa réponse incompréhensible.

« Maitre, des visiteurs viennent de débarquer sur la plage est avec le galion de notre ami navigateur. »

Le messager frissonna quand le regard rougeoyant de son maitre le transperça avant qu’il ne disparaisse à son tour, son corps se désagrégeant en volutes sombres à partir du point d’entrée de l’épée tenue par le Maitre.

« Pour … Pour … Pourquoi. »

« Tu ne m’as pas dis le plus important, il s’agit du héraut de l’Ombre et de sa suivante … .»

« Je … Je ne sais ce que cela est, arriva à articuler le messager avant de disparaitre entièrement. »

Le Maitre se retourna vivement, faisant claquer sa cape avec un air satisfait.

La forêt qui m’avait paru paisible était en fait aussi inextricable que les fonds du bois des Abraknydes, là où les plus vieilles et dangereuses créatures sylvestres. Fleur de Mort faisait des ravages dans les branchailles et les brousailles, mais pour un centimètre de végétations découpées, j’avais l’impression que deux autres apparaissaient par enchantement. Jetant au loin un nouveau paquet végétal qui m’avait durement entaillé la main, je vis mon Maitre, posé négligemment sur sa vieille pelle arès. Léchant le sang qui goutait de ma main, je regardais mon maitre d’un air hargneux.

« J’aurai cru que vous participeriez plus à notre avancée mon Maitre, vu la diligence que vous avez mis à monter cette expédition. »

« En effet ma très suante apprentie, mais je doute que ta méthode soit la bonne, railla Ombre Terre. »

Je hoquetais de stupeur et de colère, ma colère battant frénétiquement mes tempes pleines de sueurs.

« Et que ferriez-vous pour que nous avancions plus vite, demandais-je d’un ton hargneux. »

« Je m’arrêterais de faucher comme un paysan de la famille Ingalsse en plein mois de Fraouctor et je regarderais mon environ, dit mon Maitre d’un air malicieux, avant d’avaler une gorgée de sa choppe, du whum à l’odeur et un bon d’ailleurs. »

Décontenancé par une énième leçon de mon Maitre, je me laissais tomber par terre, faisant craquer les branches sous moi. Je soufflais d’un air exaspéré et laissa mon regard dérivé autour de moi, s’attardant quelques secondes sur les paquets de végétaux dispersés avant que la frondaison n’attire mon regard.

« Bien sur, cette enchevêtrement est volontaire pour nous guider vers un endroit précis, surement cette tour, m’exclamais-je. »

« Bien mon apprentie, je vois que tu es encore capable de raisonner, félicita mon Maitre. Même si c’est après la bataille. Aller relève toi et en route. »

Je suivis mon Maitre d’un air mi-figue mi-raisin.

Les circonvolutions du labyrinthe végétal me mettaient de plus en plus mal à l’aise. A la périphérie de ma vision, des mouvements furtifs ne cessaient de me déconcentrer.

« Nous sommes surveillé Maitre, finis-je par lâcher entre mes mâchoires crispées. »

« Depuis que nous sommes arrivées à proximité de cette ile, répondit d’un ton jovial Ombre Terre. Mais cela n’est guère étrange au vu du résident de ses lieux. »

Le ton de la fin de phrase d’Ombre Terre me fit comprendre qu’il ne voulait pas que je le questionne. De toute façon la forêt s’écarta et nous laissa face à la tour que j’avais aperçu le sommet de la plage. Débouchant complètement dans la clairière autour de la structure, je me rendis compte qu’elle tenait bien plus de la pyramide à degré que de la tour. Un massif escalier menait au sommet de la tour, où se trouvait une sorte de maisonnette. A chaque degré de la pyramide, des statues de créatures encapuchonnées tenaient des braseros rougeoyant qui flambaient alors que nous étions en plaines journées. Alors qu’un mouvement se dessinait au sommet de la pyramide, je reconnus les glyphes qui en décoraient toutes les façades.

« Par l’Ombre, ce sont des symboles démoniaques. »

« S’il n’y avait que les symboles, ricana alors une voie au timbre profond, à la fois douce comme du velours et tranchante comme le fil d’une épée. »

Je relevais les yeux vers la créature. En effet il n’y avait pas que les glyphes qui étaient démoniaque, un magnifique représentant de son espèce, un immense bipède cornue avec des ailes dans le dos aux chairs musculeuses et allant du rouge au noir se dressait devant moi.

« Je me présente, Staroth, dernier des suivant de Uk encore libre en ce monde … »

« Pour un suivant de Uk, je vous trouve bien discret, perdue dans un ilot caché au milieu de nulle part, railla mon Maitre. »

Le démon le transperça du regard, ses pupilles devenant blanches quelques instants.

« C’est bien le héraut de l’Ombre qui est face à moi, que mes visions m’apportent depuis si longtemps, marmonna le démon, paraissant presque confus. »

Le temps sembla se figer un instant, puis mon Maitre marmonna.

« C’est donc bien le devin qui servait Uk, la partie va être serré. »

Le démon s’anima de nouveau, son immense épée noire fendant l’air.

« Avant toute chose, se débarrasser du superflu. »

Je compris avec stupeur que le coup me visait en voyant l’éclat de la lame ténébreuse fonçait vers moi. Je me rendis compte instantanément que je ne pourrais l’éviter à temps. Un crissement aigu me sortit de ma stupeur, quand la lame du tourmenteur de mon Maitre intercepta celle du démon.

« Tes visions ne t’ont pas dis que je ne tolérais pas que tu touches à mon apprentie, maugréa Ombre Terre. »

Le démon rompit le contact des deux lames, visiblement furieux.

« Comment oses-tu mortel ? »

« Car je suis celui qui te libérera … à moins que tu veuilles que Djaul ne te retrouve et t’emmène voir Rushu, minauda mon Maitre. »

Le démon sembla pâlir.

« Je vois que tu es bien renseigné héraut de l’Ombre, finit par lâcher à contrecœur le démon. »

« C’est mon métier, répliqua d’un ton doucereux mon Maitre. »

Le démon piaffa d’impatience et de frustration, et finit par se focaliser sur moi.

« Elle n’est pas dans mes visions, elle ne peut survivre. »

« Qu’il en soit ainsi, dit sinistrement mon maitre. Que l’Ombre te protège Ombre Flamboyante. »

Je vis son tourmenteur me viser, et instinctivement je me retournais pour m’enfuir. L’onde de choc du tir me toucha le dos, mais au lieu de transpercer mon paquetage, celui explosa, me propulsant en travers de la jungle. Par reflexe je sortis Fleur de Mort, qui brisa les plus gros végétaux pouvant me blesser. Au bout de quelques secondes, j’atterris dans la baie, à quelques encablures du navire de Kradoc, complètement déboussolé. J’entendis les marins crier à mon intention. Un cri de rage déchira la tranquillité de la plage sur l’ile suivit d’une série de détonation. Ma tête se mit à tourner et je me sentis m’enfoncer dans l’eau de la baie, prisonnier de mon corps endolori par le vol plané.

Que l’Ombre s’étende.

[hrp] : excusez moi du délai, mais aout fut agité avec le Goultaminator et Ankadio.

0 0
Score : 291

Sauvetage
Cycle ave demonio

La traversée de retour pris moins de temps que l’aller, aucuns pirates ne venant troubler la navigation du navire, mais elle me parut interminable. J’allais et venais sur le pont, les nerfs à fleur de peau et l’esprit au bord de l’éruption. Les hommes d’équipage de Kradoc en firent les frais, avant que le capitaine ne reprenne la situation en main, l’absence apparente d’Ombre Terre semblant lui donner du cœur au ventre.
« Calmez-vous joli demoiselle, me susurra le capitaine à l’oreille. Ombre Terre est un vieux roublard comme on en fait plus, prenez donc du bon temps au lieu de vous faire du mauvais sang ainsi. »
Le ton doucereux de l’enutrof m’avertit qu’il allait tenter quelque chose, probablement de stupide. La main qui remonta ma jambe gauche le confirma, et d’un magistral coup de coude dans le plexus solaire j’étendis l’enutrof libidineux sur le pont. Saisissant Fleur de Mort, je me campais au dessus de Kradoc.
« Essais ça encore une fois vieil homme et je te montre toute les techniques de persuasions que mon Maitre m’a enseigné. »
Un sourire à glacer les sangs parcourut mon visage, alors que celui de Kradoc se décomposait.
« Je … Je pourrais te balancer par-dessus bord fillette, cracha-t-il en tentant de se donner un air bravache. »
Je jetais un coup d’œil ironique aux marins qui regardaient le spectacle. Voyant mon attention se tendre vers eux, ils battirent en retraite prudemment vers le coté opposé du navire.
« Et avec quelle aide vieil homme, grinçais-je. De plus je doute que mes Maitres apprécient ce genre de chose de ta part. »
La plume de corbac voleta quelques instants dans ma main, bien visible à touts les membres de l’équipage, et Kradoc se ratatina sur le pont, l’air livide.
« Soit, siffla-t-il d’un ton apeuré. Mais cesse d’importuner mon équipage. »
« Tant que nous arrivons terre au plus vite, rétorquais-je, avant de me dégager. »

Le bateau s’aligna en douceur sur le quai bondé de Madrestam, lieu de repli décidé à l’avance en cas de problème entre Kradoc et mon Maitre. Je regardais l’équipage d’un air impatient, tapant du pied en rythme avec une des satanées chansons paillardes que mon Maitre fredonnait lorsqu’il était impatient. Avec une lenteur qui mis à rude épreuve mes nerfs, le navire s’arrima enfin aux quais de pierres. Kradoc lança la passerelle reliant le navire à la terre ferme. Avant de l’emprunter, je tâtais du pied la solidité de la frêle planche et héla l’équipage du navire.
« Merci Messieurs pour cette sortie en mer, ça fut bien plaisant. »
J’attirais à moi Kradoc, et murmura dans son oreille.
« Et la prochaine fois qu’il te vient l’idée de te montrer mal polie avec une demoiselle, pense que je le saurais et que je viendrais accomplir la promesse que je t’ai faites. »
L’enutrof balbutia quelques paroles, mais déjà je ne l’écoutais plus. Un bruit de cape, le reflet d’une face blanche dans la foule. ELLE était là. Je descendis d’un pas souple sur le quai, mais je ne pouvais que sentir l’aura de la maitresse des Ombres. Cette capacité était primordiale pour survivre dans notre ordre. Comme un papillon attirées par une lumière, je m’enfonçais dans les rues de Madrestam et entra dans une maison anonyme. Je descendis dans la cave et ouvrant une porte, je tombais face à Ombre Nocturne, entourée d’Ombre Alchimiste et Ombre Sensuelle. Un frisson me parcourut, mais Alchimiste me fis un signe discret qui me donna un peu de confiance en moi.
« Explique nous ce qu’il c’est passé, dit abruptement Ombre Nocturne. »
Je racontais l’expédition d’une traite, reprenant à peine mon souffle. Lorsque je finis enfin, un lourd silence tomba. La tête casquée d’Ombre Nocturne se tourna vers Ombre Alchimiste.
« Etais-tu au courant ? »
« Je ne suis pas dans tout les petits papiers d’Ombre Terre, maugréa Alchimiste. »
« Je doute que cette vieille fripouille se soit lancé à l’aveugle dans une expédition aussi périlleuse, dit Ombre Nocturne d’un ton doucereux. Il doit avoir un plan … . »
« La question est de savoir si ce plan vous convient Maitresse et ce que nous devons faire intervint d’un ton macabre Ombre Sensuelle. »
L’air se chargea en tension puis Ombre Nocturne me regarda intensément.
« Toi qui le côtois le plus, dit nous quel est ton avis Ombre Flamboyante. »
Le regard d’acier de la Maitresse des Ombres me transperça.
« Je doutes que Mon Maitre se soit risqué à une aventure pareil sans avoir envisagée toute les possibilités, répondis-je. Quand à ce qu’on devrait faire, je pense qu’on devrait monter un commando pour aller lui prêter main forte. »
« De grands risques pour nous cela présente, répliqua Ombre Sensuelle. Venir défier un démon peut présenter des conséquences des plus déplaisantes. »
« Laisser Ombre Terre avec un démon est aussi déplaisant, coupa Ombre Nocturne. L’une comme l’autre des deux parties est extrêmement retors et capable de faire beaucoup de dégâts, juste pour montrer qu’ils en sont capables. »
Nous acquiesçâmes tous de la tête, imaginant les dégâts que pourrait causer ce genre d’alliance entre mon Maitre et un démon. Ombre Nocturne coupa le silence pesant qui s’était installé, alors que je calculais le temps qu’il faudrait à Mon Maitre et à Staroth pour faire tomber la cité blanche et la cité rouge.
« Kradoc, mon cher, nous allons avoir encore besoin de vous. »
« Oui Madame, dis l’enutrof d’un ton plaintif et soumis, alors qu’il se matérialisait par une des portes de la cave, encadré par deux Ombres massives. »
« Quand partons-nous, demanda Ombre Sensuelle. Et avec qui ? »
Ombre Nocturne se retourna vers la sacrieuse.
« Nous attendrons la nuit, évidemment Kradoc vous et vos hommes resteraient cantonner dans votre batiment jusqu'à ce que je vienne vous autoriser à sortir. Biensur vous ne chercherez pas à connaitre l’identité de nos amis. »
« E…E…Evidemment Madame, bafouilla l’enutrof, en s’étalant presque à ses pieds. »
« Et pour le avec qui chère Ombre Nocturne, demanda Ombre Alchimiste. »
« Je vois que vous prenez les désagréables habitudes de cette fripouille de Terre, maugréa la Maitresse des Ombres. Pour ce qui est de nos amis, et bien nous verrons s’ils se rappellent des dettes qu’ils ont envers nous. »

La nuit venait juste de tomber quand Ombre Nocturne arriva sur le port à coté du vaisseau de Kradoc. Elle était entourée par deux douzaines de mercenaires, disciple de Nedora. Tous étaient des hauts gradés de l’ordre, dont le couple que mon Maitre et moi avons battue, et à leurs allures des combattants expérimentés.
« Allons mettre cette lavette de Kradoc en route, dit Ombre Nocturne d’un ton sourd. Le temps joue contre nous. »

L’ile de Staroth se dessina en fin de matinée suivante, lorsque la brume se leva. Nous mimes les canots à la mer et débarquions rapidement sur la plage.
« Aucun bruit, cette ile est vraiment étrange, marmonna un des mercenaires. »
Tous acquiescèrent de la tête en se demandant si la Confrérie ne les avait pas menée en bateau dans le but de les détruire. Une meute de créatures surgis alors. Elles ne ressemblaient à rien de ce que nous connaissions. De petite taille, elles étaient faites entièrement d’une matière ténébreuse qui absorbait la lumière. Elles étaient de constitutions humanoïdes, à part deux longues antennes frétillantes qui sortaient du haut de leurs crânes et de l’absence de traits sur leurs visages, à part deux yeux jaunes et ronds comme des assiettes à soupes. Instinctivement je sortis Fleur de Mort et frappa la première créature qui s’approchait de moi. La tranchant de l’épaule à la hanche, elle disparut dans une vapeur ténébreuse.
« Au moins ça peut mourir comme créature, dit Ombre Nocturne en sortant ses dagues. Et bien, il va falloir s’occuper des laquais avant d’attaquer les choses sérieuses. »
Alchimiste et Sensuelle nous rejoignirent, tandis que les mercenaires formaient un mur d’armes et de boucliers face aux créatures, qui même si elles n’étaient guère résistante avait l’avantage d’être agile et rapide. Toutefois il ne fallut que quelques minutes pour nous en débarrasser.
« Je pense qu’ils savent que nous sommes là, je suggères de faire rapidement mouvement pour ne pas se retrouver encerclée par ses choses, suggéra une mercenaire eniripsa. »
« Vos paroles sont pleines de bons sens, et c’est tout à l’honneur de votre clan, dit Ombre Nocturne. Ombre Flamboyante, ouvre nous le chemin. »

D’un pas vif, je menais notre expédition dans le labyrinthe végétale qui m’avait donné dans de mal lors de mon premier passage. Je captais les mouvements des créatures d’ombres à la périphérie de ma vision, mais elles ne semblaient pas vouloirs nous attaquer, ni nous couper la retraire. Surprise de ne pas avoir vu les dégâts causés lors de mon dernier passage, je débouchais dans la clairière au pied de la tour.
« Ouvrage démoniaque, cracha Alchimiste, d’un air à la fois dégouté et intéressé. »
« Ne perdons pas de temps, ordonna Ombre Nocturne. Je doute que le résident des lieux apprécie notre visite. »
« En effet petite conspiratrice, votre visite me dérange, tonna la voie de Staroth. »
Le démon sortit du haut de la pyramide a degré et descendit jusqu'à mi-hauteur, nous détaillant d’un air froid.
« Je vois que le jouet du héraut de l’Ombre est revenu, et avec d’autres méprisables insectes de sa caste. Oh mais que vois-je, des séides de ce futile Allister et de son frère. »
La colère du démon claqua dans l’air, et les mercenaires disparurent, alors qu’une multitude de créatures de l’ombre sortait littéralement du sol.
« Que ses misérables insectes retournent au chevet de leur roitelet aussi lâche que chanceux, grogna le démon. »

« La je la sens pas du tout cette histoire, remarqua Ombre Alchimiste alors que les créatures se rapprochaient de nous. »
« On peux tenter de briser le cercle des créatures et s’échapper d’ici, suggéra Ombre Sensuelle en sortant des dagues. »
« Jusqu'à ce que le démon nous tombes dessus, maugréais-je. »
Le démon avait finis de descendre la pyramide. C’est alors que mon maitre apparus au sommet. Ce qui me frappa était les impressionnantes runes démoniaques qui marquaient la moitié droite de son corps, visible à travers les amples vêtements noires qu’ils portaient. L’air se figea quelques instants. Ombre Terre nous regarda longtemps, puis Ombre Nocturne dit :
« Baissez vos armes, ils ont gagné cette première manche. »

Que l’Ombre s’étende

0 0
Réagir à ce sujet