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[Solo] Mimisin, pas plus ni moins que les autres.

Par Akhemia#3704 - ANCIEN ABONNÉ - 23 Juillet 2013 - 23:03:43
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                                            - Aventurier _ deuxième victime -


Nous avions fini par rejoindre un petit groupe d'inconnus aux pouvoirs pas forcément impressionnants, mais toujours captivants, et légèrement supérieurs à nous. Et ensemble nous avions décidé de vaincre le monstre le plus craint de la région. Il y avait, paraissait-il, un trésor et une récompense intéressante à la clef, à se partager. Beaucoup voyaient également en cette épreuve un moyen d'évaluer s'ils méritaient de quitter ce havre pour retrouver cette terre plus dangereuse, que l'on pouvait parfois apercevoir à travers les nuages, en contrebas.


Avant de pénétrer son antre l'Ecaflip, nous croyant suffisamment puissants, ou se moquant d'ailleurs que ce soit le cas et juste emporté par sa folie du jeu, avait décidé de parier qu'on pourrait battre la bête avant de tuer ses sbires. Et il faut croire qu'il y avait plus de deux fous en ce Monde, car la majorité accepta le défi.
Cela faisait un bon moment que mes compagnons invoqués encaissaient les coups de ces petits monstres pour les retenir, en rendant parfois quelques-uns de bien calculés, tandis que nous nous chargions tous du Milimilou. Le disciple de Sram avait posé quelques pièges, et celle de Sacrieur y avait attiré l'ennemi en un rire sadique assez étrange. Le monstre était enfin épuisé quand une gigantesque ronce aux aiguillons désordonnés surgit de la terre et frappa de plein fouet la bête qui finit par s'écrouler. Ses sbires suivirent alors rapidement. L'Ecaflip hurla de joie, et quelques autres l'imitèrent.

- Merci à tous, c'était vraiment super, commença le chef de groupe qui avait su nous rassembler. Je suis chaud bouillant pour descendre maintenant, ras-le-bol d'Incarnam ! On s'y reverra peut-être, ce serait cool. Allez bye !

Puis il quitta les lieux. Le groupe se dispersait comme tous les trésors avaient été partagés. Desto, le disciple Sadida, qui se disait mon ami, était resté. Il me restait une dernière tâche à accomplir pour un des "Nhin-potents" ; et il disait vouloir m'accompagner, qu'on soit tous les deux prêts pour quitter Incarnam ensemble.
J'avais donc terminé toutes les quêtes qui m'avaient été confiées, nous avions décidé de passer une dernière nuit à l’abri d'une mine, avant le grand départ. J'étais assoupie, d'un sommeil légèrement agité comme à mon habitude, lorsque le cri de Rage m'alerta. En un réflexe je m'étais retournée et avais planté l'une de mes dagues dans la main du voleur. La main ensanglantée était retenue au sol, et son propriétaire, à quatre pattes, avait retourné son regard vers moi en un mélange de surprise, d'effroi et de colère. L'autre main de Desto était encore plongée dans mon sac, prouvant sa culpabilité. Puis la colère aidant, avec un aplomb excessif incroyable, il osa non pas se défendre mais attaquer :

- Tu crois quoi ? Je l'ai mérité. Sans moi t'aurais rien eu ! Puis c'est moi qui ai tué le Milimilou. Tout ça, c'est à moi.
- Tu pensais partir avec tout... avais-je enfin compris. Est-ce que ça a toujours été ton objectif ?
- T'as jamais fini un seul des monstres ! continuait-il d'accuser pour légitimer ses actes. Sans moi t'aurais jamais rien réussi, t'es incapable de tuer ! Alors fiche-moi la paix, et donne-moi ça ou...

Alors qu'il sortait vivement sa main gauche du sac pour me frapper, Rage fondit sur son visage pour me protéger. Je me redressai alors et le renversai pour finir de le plaquer au sol, tout mon poids posé sur son torse, sa main droite toujours piégée. La haine revenue, je sortais calmement ma montre de sa poche.

- Tu crois que je suis incapable de tuer ? Je vais te laisser quinze minutes pour comprendre tout ce dont je suis capable.

Ainsi disparu un disciple de Sadida qui aurait mieux fait de faire la sieste comme le préconisait son culte.
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- Solitude -
 
Pourquoi ? Pourquoi dois-je me rappeler de tout cela ? Je préférerais que tout s'arrête maintenant. Je l'ai souvent voulu... Pourtant j'ai toujours continué à survivre. J'ai toujours continué d'avancer, même sans but. Pourquoi ? Pourquoi le fait d'en trouver un a tout anéanti ?...


J'avais essuyé le sang de mes poignards sur ses propres vêtements, puis j'avais abandonné là, au fond de cette mine humide et sombre, son cadavre. Il servirait jusqu'au bout les desseins de son dieu, nourrissant les champignons et autres troglobies. Rien à plaindre ou à pleurer, donc. De plus j'y avais récupéré suffisamment de kamas et matériaux pour améliorer de façon notable mon équipement. Rien de négatif, en somme, en cet événement. Il ne me resterait plus qu'à abandonner cet îlot. J'allais trouvais dans les bois un autre abris pour finir la nuit, mieux valait être à bonne distance de la mine lorsque les premières lueurs du jour attireraient les apprentis mineurs. Et le repos suffisant je partirais pour la cité de mon enfance...

Le vent menait à mes narines l'odeur du poisson fraîchement découpé ou fumé, mais aussi celui du pain à peine sorti du four. Un amalgame détonnant et pas plus agréable que de se retrouver dans les rues de cette cité aux souvenirs brûlants. J'avais juste l'intention de rester le temps de confectionner une nouvelle ceinture, de belles bottes solides pour les marches à venir, un plus grand sac, un bâton à la hauteur de mes nouveaux pouvoirs... À quelques rues de l'atelier, l'odeur du cuir m'avait accueillie, et l'espace d'un court instant l'image de ma mère m'était revenue. L'idée de la revoir m'avait traversé l'esprit, mais tout aussi rapidement elle s'était évanouie. Rien d'agréable n'aurait pu en résulter.


Alors que je quittais la zone préférée des adeptes d'Eniripsa, me frayant un chemin parmi cette populace hétéroclite qui se rendait aux ateliers voisins, j’entraperçus au milieu des silhouettes, celles que je ne m'attendais pas à retrouver si tôt.
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- Hésitations -



J'avais imaginé des retrouvailles quelque peu différentes... En réalité on ne peut pas dire que beaucoup d'événements se fussent déroulés comme je les avais imaginés.


Je n'avais eu de cesse que de progresser pour pouvoir les retrouver, sans pour autant savoir ce que cela m'apporterait. Et maintenant qu'ils étaient là, face à moi, je restais pétrifiée.
Ils ne semblaient pas m'avoir remarquée, continuant leur chemin sans se soucier de ma présence. Je les voyais s'éloigner sans pour autant bouger. Kalice parlait beaucoup, Ouroboros l'écoutait, en partie perdu dans ses pensées.
L'inconnu était grand et il n'y aurait pas de marche arrière possible... Y avait-il vraiment en ce monde quelqu'un sur qui s'appuyer ? Quelles étaient leurs véritables intentions ? Et quelles seraient les miennes ? Quel serait le but de cette vie ? Ils avaient été accueillants, et ne m'avaient pas trahie la dernière fois...

Alors que j'étais encore à hésiter Rage s'envola pour retrouver son maître. Mon cœur rata un battement alors que le volatile se posait sur l'épaule droite de l'osamodas, le sortant de ses réflexions. Kalice tourna aussitôt la tête vers moi, l'expression souriante laissant place à un visage sérieux. Pourquoi ce changement d'attitude? N'étaient-ils pas heureux de me revoir ? N'avaient-ils pas désiré que je rejoigne leur clan? N'en avaient-ils pas même volé ma vengeance pour m'arracher ma seule raison d'être encore ?
Rage piaillait aux oreilles d'Ouroboros et j'avais la désagréable impression d'être évaluée, comme si l'animal était capable de lui relater tout ce que j'avais fait. Pour en rajouter Kalice avait dit quelque chose, mais le brouhaha de la foule m'avait empêchée de comprendre. Je devais les rejoindre...
Pourtant mon premier pas se porta en arrière. Ouroboros s'était à peine arrêté une seconde pour me jeter un regard furtif du coin de l’œil. Puis il avait pris la main de son amie pour l'inciter à continuer leur chemin. À m'ignorer ! Ils partaient simplement !

Je serrai les poings et m'élançai finalement vers eux. De ma main gauche j'agrippai son abracape pour le forcer à faire volte-face, ma main droite prête à frapper. Mais Kalice toujours aussi alerte, s'était retournée bien plus vite, la pointe de son bâton appuyée contre ma carotide.
Le temps semblait s'être arrêté sur ces actions. Elle était inflexible. Moi je n'avais d'yeux que pour lui, qui avait enfin daigné me regarder attentivement. Les autres autour avaient également arrêté leurs agissements pour nous fixer avec curiosité, inquiétude, jugement...

- Ça suffit mes miss, le lieu n'est pas propice, dit-il alors posant délicatement une main sur le bâton pour l'abaisser, sans pour autant me quitter des yeux.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ? Toujours en quête de réponses, à ce que je vois...

- Pourquoi ?! insistai-je encore coupant ses paroles vide de sens, serrant sa cape entre mes doigts.
- Vous souvenez-vous vraiment de nous ?

Je n'avais pas répondu. Son regard plongé dans le mien, il avait dû lire, au travers de ma haine, la réponse à ses interrogations. Sa main venait doucement libérer sa cape de mon emprise. Puis il se pencha auprès de mon oreille pour me proposer en un murmure de nous retrouver le soir à la taverne. Enfin il laissa glisser sa main contre la mienne tout en se retournant pour partir, entraînant avec lui la féca redevenue souriante. Elle m'avait adressé un surprenant clin d’œil complice, avant de le suivre.

Et j'étais restée là à les regarder s'éloigner...
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- Accord -

Pourquoi me suis-je sentie si proche d'eux, si rapidement ? Parce qu'ils étaient différents des autres ? Plus animaux ? Parce qu'ils m'avaient volé ma vengeance ? Pas vraiment des amis... Juste un besoin essentiel.


J'entrais dans la taverne. Elle était toujours aussi étouffante que dans mes souvenirs, lorsque j'y accompagnais cet écaflip haï au plus profond de mon être. Par sa chaleur, cette populace hétéroclite qui ne méritait que peu de confiance, cette odeur parfois pire que celle que l'on pouvait sentir dans les rues... Étouffante, oui. Mais plutôt bien tenue.

Ils étaient là, attablés comme convenu, au plus près de l'entrée – ou de la sortie. M'attendant vraiment ? Elle sirotait tranquillement sa bière d'Astrub. Lui me vit en premier. Toujours caché dans son écharpe, malgré la chaleur ambiante, ses yeux souriaient pour sa bouche, de ses petites rides plissées ; puis d'un simple mouvement de la main, il m'incitait à venir m'asseoir face à lui. Et une fois de plus j'accédais à sa demande, sans même un début de réflexion. On aurait pu croire que je l'aimais... Et après tout, en y repensant, je devais bien l'apprécier un peu, c'est vrai... Mais ça c'était arrêter à ce sentiment insignifiant.
Je m'asseyais.
Il devait avoir une bonne vingtaine d'années de plus que moi, et je n'avais vu de lui que ses yeux et sa chevelure, jusqu'à présent.
Elle devait être mon aînée de cinq ou six ans à peine.

- Quelle pourrait être votre boisson préférée? L'une de celles qui excitent... ou... Non... Ce sera donc un lailait, pour ma favorite, finit-il en un clin d’œil qui se voulait complice.
- Vous aviez promis, m'exaspérai-je à nouveau, tandis qu'il faisait signe au tenancier.
- De... ? Ah oui c'est vrai, j'avais oublié. Mais vous non apparemment. Ce sera difficile mais je tâcherai de m'y tenir, acquiesça-t-il d'un hochement de tête.

J'aurais dû être affolée par tout cet inconnu qui se dressait là devant moi, mais non. Mon corps entier était serein. Pas un battement plus haut ou plus rapide qu'un autre, pas un tressaillement de paupière, ou un geste vif entamé. Rien. Juste la paix. J'aurais dû comprendre. J'aurais dû savoir.

La soirée fut longue et ponctuée de règles à fixer, mais aussi de rires, étrangement, et d'amusements, par cette féca pleine de vie et surprenante.

Il était donc ainsi convenu qu'il m'utiliserait pour quelques besognes. Il n'y avait eu là aucun doute, et désormais ce n'était pas un secret. Chaque nécessité se verrait en son heure. En contre-partie il m'assurait que je pourrais étancher ma soif de connaissances en chaque lieu et chaque moment accordés en ce monde. Il ordonnait respect et fraternité au sein du clan. Mais ajouta qu'en dehors, chacun restait libre de mener sa vie comme il l'entendait, sans qu'aucun ne se mêlât ni des faits, ni des gestes, ni des conséquences.


Je finis par serrer sa main, ce qui devait m'engager. Elle se leva carrément pour venir m'enlacer de son exubérance.
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- Compagnons : Kalice -
 


Tant de pétulance, de joie et de beauté... était-ce un atout ou une faiblesse ? Encore aujourd'hui, je ne saurais le dire.


Dès le lendemain nous suivions le sentier de l'ouest. Nous marchions des heures, et eux ne semblaient jamais fatigués. Elle parlait tout le temps, avait toujours un détail à faire remarquer... À la regarder, on aurait pu croire qu'elle pouvait faire cent choses à la fois. Elle parlait, riait, bousculait, plaisantait, dansait, chantait... Et pourtant de nous trois, elle était toujours la première à être alertée par un événement anormal. Et il y avait toujours en elle cette inquiétude sourde pour un frère éloigné, qu'Ouroboros avait envoyé... quelque part, depuis plusieurs mois maintenant.
Parfois elle insistait, arrivait à amener ce chef à l'écart, et partageait avec lui des nouvelles sérieuses voire douloureuses, d'après ses expressions. On ne m'avait pas informée. Je ne demandais rien.

Elle était très certainement ce qu'on pourrait qualifier de vie, dans un groupe composé de morts. Parce qu'il était tout aussi mort que moi. Mais je ne savais pas encore pourquoi.

Dans un premier temps déçue et quelque peu révoltée, j'avais finalement compris et accepté le choix d'Ouroboros de confier mes entraînements au combat à cette petite Féca. S'il était évident qu'elle lui était inférieure en force, elle restait plus loquace, avec une nette propension à vouloir partager son savoir. Lui gardait clairement ses distances avec moi. Sauf la nuit, lorsqu'il continuait à siffloter pour tenter de m'apaiser. Elle était bien plus douée que moi, et était bien plus apte à s'adapter aux situations que nous, car elle utilisait autant son côté sombre que son côté lumineux. Il aurait certainement voulu que j'en sois également capable... Mais c'était peine perdue.
Les entraînements se déroulaient une heure avant les départs, et une heure avant les couchers. J'étais épuisée. Mais je crois bien qu'ils s'en moquaient... Ou bien tout cela était voulu pour maîtriser mes pulsions assassines. Je n'avais plus le temps ni la force de ressasser... Donc peu de colère à relâcher.

Je n'avais encore rien dit sur moi, sur ce qui me hantait chaque nuit, chaque instant, à chaque souffle... Mais elle n'avait pas hésité, parce qu'elle avait fini par m'accorder sa confiance. Elle m'avait tout raconté dès le troisième jour, devant un feu de camp si chaud et agréable qu'il avait permis d'en atténuer un peu le récit:
Si je devais résumer, je dirais que, si je n'avais que peu connu l'amour, son frère et elle ne l'avaient pour ainsi dire jamais vraiment connu... avant Ouroboros ?
Ainsi elle et son frère, Antheyr, avait grandi seuls avec leur père. Seuls... Oui, rien de plus vrai. Un père persuadé que l'être n'utilisait qu'une infime partie de ses capacités, et que le stress était la clef pour évoluer, utiliser bien mieux ses capacités...Alors il avait expérimentait... sur ses propres enfants. Les enfermant dans des cages, frappant, humiliant, tout en les gardant suffisamment proches pour qu'ils ne pensent plus à eux sans penser à l'autre. Et il avait réussi. Kalice et Antheyr avaient un don qu'Ouroboros n'hésitait pas à utiliser. Cette capacité à toujours ressentir l'autre et à pouvoir communiquer à distance avec lui. Leur peur, leur douleur, leur vie étaient à jamais liées, partageant involontairement leur rêve et cauchemar, leur joie et leur peine...

Comment ? Comment pouvait-elle montrer autant d'allégresse ?! J'aurais bien tué son père... Si ce n'était déjà fait.


Voilà donc de quoi je faisais partie : d'un groupe de monstres éduqués différemment.
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- Entente -
 
Parfois la fatigue peut rendre toute chose à la fois agréable et marquée d'impatience. Comme un rire, le bruit d'un claquement sur une épaule... Même un silence.


Ouroboros avait monté un camp de fortune et laissé mijoter quelques mets qu'il avait lui-même chassés, tandis que nous étions parties répéter mes exercices. Enfin à bout de force, je m'emparais de ma part et allais m'asseoir. Lui était reparti dans la tente, vaquer à ses occupations. Jamais il ne mangeait ou buvait avec nous. Savait-il au moins combien il était bon cuisinier ? Peut-être. Elle en emballait toujours une partie dans des feuilles entourées de terre, pour réserver au chaud, et le déposait devant ses affaires, comme une offrande à ce chef.

Moi de mon côté, je restais toujours un peu à l'écart, ne parlais pas beaucoup... Alors que j'amenais l'aliment à ma bouche, me prenant par surprise, Kalice me sauta sur le dos. J'allais réagir vivement mais elle fut plus rapide et enserra mes bras.

- Arrête de faire ça. Un jour ça finira mal, m'agaçai-je.
- Allez, avec nous t'es en sécurité ! riait-elle de ce geste d'autodéfense que j'avais une fois de plus entamé ; refermant plus encore son étreinte, comme un câlin forcé.
- Un jour, c'est toi qui ne le seras pas.
- Pff ! Ne t'inquiète pas pour moi, je suis plus forte que toi.
- Arrête de la taquiner,
se montrait-il enfin.
- Oh ! Allez, je ne fais rien de méchant. Faut qu'elle s'ouvre un peu. Puis... C'est pour l'habituer, Scicyon...

Il se contenta de la regarder intensément, et elle finit par lâcher prise d'un air boudeur, pour s'asseoir à mes côtés. Un peu trop près encore, à mon goût. Il finit par en faire de même, face à nous.

- Demain je partirai pour les marécages nauséabonds. Faites ce que vous voulez. On se retrouvera au village des éleveurs, disons... Dans 4 jours.

À l'annonce, j'avais redressé la tête de mon écuelle, déconcertée. Ils avaient dû comprendre, tous les deux. Car elle claqua sa main contre mon épaule, en un sourire amusé.

- Rappelle-toi, chacun peut faire ce qu'il veut, en dehors du clan. Même Roro. T'inquiète pas, va, un jour il t'emmènera voir la vieille bique. Si tu le souhaites.
- Ne l'appelle pas comme ça,
réagit-il avec patience.
- C'est pas moi, c'est Antheyr qui l'appelle comme ça. Moi je ne l'ai jamais vue, pas intéressée, rajouta-t-elle à mon attention.
- La vieille bique ? répétai-je simplement.
- Elle n'est pas méchante, mais Antheyr n'aime pas trop les gens d'un certain âge, expliquait-il calmement. Par ici tu trouveras des coins de pêche qui devraient te plaire. Au village, on t'aidera à te trouver une monture. En attendant, fais ce que tu veux.
- Elle pourrait venir avec moi, là-bas. Ça lui plaira peut-être.
- Là-bas ?
semblait-il surpris, sans que je ne comprenne pourquoi. Si c'est vraiment ce que tu souhaites, répondit-il simplement.
- Là-bas ? répétai-je à nouveau, sans obtenir de réponse.


Elle avait déjà finit sa part, et s'empressait d'aller se coucher. Son frère devait l'attendre en pensée...
Il restait assis, à contempler les flammes dansantes du feu de camp, silencieux. Peut-être pour me tenir compagnie.


- Là-bas, c'est son endroit. Ne le gâche pas, finit-il malgré tout par lâcher dans un souffle.
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- Liberté -
 
Un souvenir... Une odeur... L'odeur capiteuse du bombu coupé, s'harmonisant si bien à cette humidité ambiante, et cette fragrance de fauve mêlée à l'amertume du Bolet... L'approche de la liberté...


Elle avançait avec entrain. Je suivais simplement. Parce que je n'avais pas grand chose d'autre à faire. Rage nous devançait. J'étais visiblement la seule à ne pas connaître notre destination.
Les arbres aux brins lisses torsadés, recouverts de feuilles entières arrondies, peut-être composées, étaient envahis d'insectes bruyants venus butiner les fleurs presque invisibles. Le bourdonnement pouvait être inquiétant, mais l'espèce n'était pas agressive et bien trop occupée. Je m'approchais curieuse. Elle remarqua mon détour et m'accompagna.

- Tu savais que les bourdons pouvaient percevoir le faible champ électrique émis par les fleurs. Grâce à cela ils sont capables de savoir lesquelles sont encore gorgées de nectar.
- Tu sais trop de choses.


Sa réponse m'avait renvoyée aux paroles d'Ouroboros, la veille. "Ne le gâche pas". Etait-ce le cas ? En y repensant, son ton n'avait rien d'une critique, à peine une constatation. Mais sans rien ajouter, j'avais finalement abandonné l'arbre, pour reprendre notre chemin. Elle me rattrapait pour me bousculer, de sa joie de vivre exacerbée :

- Écoute !

J'obéissais. Pour lui plaire ?
Je fermais les yeux pour mieux me concentrer, abandonner les bourdonnements incessants qui n'avaient apparemment que peu d'intérêt pour elle, pour repérer ce qui pouvait l'animer.

- Tu entends ?
- De l'eau... Une cascade ?
- Oui ! Viens !


Elle m'attrapa le bras et m’entraîna vers ce lieu.
Je n'y voyais rien de bien fabuleux au premier abord. La brume venait lécher notre visage, rafraîchissant par la même les pensées. La roche fermait le passage, et seule l'eau arrivait à s'en échapper. Une tente était déjà montée. Était-ce leur œuvre, ou d'autres avaient-ils su apprécier le lieu ?
Elle s'arrêta net devant le mur d'eau. Ses yeux brillaient plus encore qu'à l'accoutumé.
Puis elle me raconta. Son premier jour de liberté. C'était ici-même qu'elle et son frère avaient quitté leur cage, perdu leur père. C'était le premier endroit qu'elle avait savouré.
"Ne le gâche pas".
J'essayais de ressentir, comprendre. J'effaçais ma présence, pour qu'elle trouvât la paix qu'elle était venue chercher.
Mais elle ne m'oubliait pas, continuait de me parler, sans pour autant me regarder. Elle m'assurait qu'ici mon art de la pêche pourrait se confronter aux plus beaux des brochets.
Ses yeux restaient fixés sur l'eau vive. Et soudainement son sourire s'effaça.

- Tu ne nous trahiras pas, n'est-ce pas ? demanda-t-elle soudain.
- Me trahirez-vous, vous ? avais-je répondu en un réflexe, que je regrettais aussitôt.

"Ne le gâche pas". Mais après tout, j'avais répondu le plus sincèrement du monde à sa question. Si elle voulait être en paix, il ne fallait pas la poser.
Elle ne répondit rien. Quelques larmes caressaient ses joues... Puis tout aussi subitement, elle s'élança dans l'eau, en m'enjoignant de la rejoindre. J'obtempérais. Tant pis pour les poissons.
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