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[Animation] Récits d'Invention #5 : Vous êtes transi de froid...

Par RaphaelLeMeurdeBretagne - SADEUR - 24 Janvier 2019 - 18:00:00
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Vous êtes transi de froid, la route a été pénible, mais vous apercevez enfin une colonne de fumée qui s’échappe d’un bâtiment au loin. Il s’agit de votre ultime refuge dans ce blizzard qui dure depuis des heures. Arrivé(e) devant l’édifice, vous pouvez lire « Auberge de Mandine », ainsi qu’un autre panneau : « Ocre-roche : 2 jours ». 

La route que vous empruntez est la seule qui mène au village montagnard d’Ocre-roche, nichée dans l’impénétrable massif de Cania. Cette bourgade isolée est connue pour ses mines d’or et de cuivre, ses spécialités à base de fromage, et ses habitants bourrus.

Après avoir attelé votre monture dans l’étable adjacente, vous poussez enfin la porte de l’auberge. Manifestement, vous n’étiez pas le ou la seul(e) à vous être fait surprendre par la tempête de neige. Beaucoup sont déjà agglutinés autour de la cheminée pour se réchauffer les arpions. Mandine, la tenancière bien en chair, soupire quelques jurons tout en rajustant les proportions du ragoût qu’elle était en train de préparer.

À la nuit tombée, un peu avant le souper, la vieille Diane — une retraitée apparemment habituée des lieux — lance un défi aux prisonniers de l’auberge depuis son fauteuil près de la cheminée :

« Puisque nous sommes tous condamnés à rester ici le temps que ce maudit blizzard se calme, je vous propose une petite distraction. Ça fait dix ans que j’ai pris ma retraite et que je ne peux plus exercer mon activité favorite : la chasse. Celui ou celle qui me racontera la meilleure histoire sur ce thème, quels que soient les lieux et les proies, sera récompensé par cette somptueuse bague. »

Tout en mettant en évidence son bijou, la vieille Diane s’amuse des regards circonspects des voyageurs. Vont-ils lui faire revivre ses sensation d’antan ?
 
[HRP]
Pour plus d'informations sur le fonctionnement de l'animation :  Topic HRP
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[HRP : Voici la première participation, qui vous servira d’exemple pour vous inspirer lors de la rédaction de votre récit. Il ne s’agit bien sûr que d’une des nombreuses possibilités d’histoires que vous pourrez raconter, n’hésitez donc pas à proposer une intrigue totalement inédite !]

La bête d’Amakna

Au fond de la salle se trouvait un vieux Sacrieur barbu qui était assis seul à une table. Lorsqu’il entendit la requête de Diane, celui-ci se leva brusquement, et, sans dire un mot, il s’avança et vint s’asseoir à la grande table située à côté de la cheminée. Là, tous les regards se tournèrent vers cet homme, dont la mine sombre laissait planer une atmosphère inquiétante.

Le Sacrieur sortit ensuite une pipe de sa poche, qu’il alluma et mit en bouche, puis regarda tour à tour chacun de ses voisins de table, pour s’assurer qu’il avait l’attention de tous. Soudain, le vieil homme rompit le silence et déclara :


« Je suis Caspal Ombière et je suis venu vous raconter mon histoire. Je ne sais pas si vous êtes tous prêts à l’entendre, car ce n’est pas le genre de récit que l’on raconte à n’importe qui. Donc, s’il y a des âmes sensibles dans la salle, qu’elles s’éloignent d’ici ».

Cet avertissement prononcé, Caspal se tut et regarda une nouvelle fois chacune des personnes attablées. Certaines, prises de frayeur, se levèrent aussitôt de table et partirent rejoindre le bar à l’autre bout de la pièce. D’autres, au contraire, s’approchèrent du Sacrieur, et quelques curieux vinrent même s’asseoir à sa table pour occuper les sièges devenus vacants.

Lorsque tout le monde fût installé, Caspal prit une grande inspiration et entama son histoire :


« C’était il y a bien longtemps, lorsque j’étais encore un jeune aventurier. J’habitais dans une petite maison du village d’Amakna et venais souvent me rafraîchir à la taverne, en compagnie de mes amis et de quelques voisins de la cité. Là, nous pouvions nous détendre, parler de notre quotidien et plaisanter autour d’un jeu de cartes, tout en écoutant les nouvelles qui circulaient.

Cependant, un jour, alors que j’entrai m’abreuver en ce lieu, l’ambiance animée qu’il y avait d’ordinaire n’était plus là : à la place, c’était le calme plat, et tous les clients avaient désormais un visage triste et inquiet.
Lorsque je demandai quelle était la raison de cette atmosphère pesante, on me répondit que des gardes du village venaient de trouver, dans la forêt d’Amakna, des corps de randonneurs dépecés ».

Le Sacrieur marqua une pause dans son récit pour observer la réaction de son public. La peur se lisait déjà dans le regard de quelques-unes des personnes attablées, qui craignaient le pire pour la suite de l’histoire. Satisfait, Caspal souffla quelques boules de fumée avec sa pipe, puis reprit :

« Ce n’était pas la première fois que ce genre de drame se produisait : les semaines précédentes, il y avait eu de nombreux cas de victimes déchiquetées par une créature mystérieuse. Mais de quoi s’agissait-il ? Il y avait des rumeurs… Certains disaient que ces morts étaient l’œuvre d’une bête possédant une force et une rapidité bien supérieures à la moyenne de la faune locale. Ses dents acérées étaient, selon leurs dires, aussi tranchantes qu’une lame de rasoir.

Les crimes de cette créature n’avaient fait qu’augmenter ces derniers jours, à tel point que plus personne n’osait se balader seul dans les bois. De nombreux aventuriers avaient pénétré dans la forêt pour tenter d’affronter la bête, mais aucun n’en était sorti vivant. Lassé d’entendre chaque jour ces tristes nouvelles, je me suis dressé devant le comptoir de la taverne et me suis écrié : “Je vais le faire… je vais le faire !”.

Tous les clients se mirent alors à m’observer, à la fois admiratifs et terrifiés. Je poursuivis : “Il est temps de mettre un terme aux agissements de ce monstre cruel et sans pitié, et je compte venger aujourd’hui le sang des innombrables victimes qu’il a décimées ! Qui est avec moi ?”. Personne ne répondit, et à la place, ce fut le silence total ».

Caspal s’interrompit à nouveau et but une gorgée d’une bière qu’on venait de lui servir. Lorsqu’il leva les yeux vers ses auditeurs, le vieillard remarqua que de nombreux curieux s’étaient rassemblés à sa table pour venir l’écouter. En effet, ces gens avaient pressenti qu’on approchait du cœur du récit et que les choses intéressantes allaient enfin commencer. Après s’être rafraîchi la gorge, le Sacrieur continua :

« De longues minutes s’écoulèrent sans que personne ne réagisse. Soudain, Stanislas, un Iop habitué de la taverne, s’avança vers moi et me déclara : “Je viens avec toi ! On va chasser cette bestiole pour lui donner une bonne raclée, et après notre victoire, notre épopée entrera dans légende !”. Peu après, deux autres rejoignirent l’équipe : Billy, un Pandawa qui cherchait du travail, et Aldina, une Roublarde en quête de missions explosives.

Une fois notre groupe constitué, nous quittâmes la taverne, devant les yeux ébahis des clients, qui s’attendaient à ne jamais nous revoir, puis nous partîmes en direction de la forêt. Nous marchâmes ainsi pendant plusieurs heures, discutant de nos loisirs et occupations respectives, puis, lorsque le ciel commença à s’assombrir, nous arrivâmes à l’orée du bois d’Amakna.

Alors que nous nous apprêtions à pénétrer dans la zone, un chasseur Crâ vint nous arrêter : “Hey, pas si vite ! Si vous voulez survivre dans cette forêt, vous allez avoir besoin d’un guide, et ça tombe bien, car je suis Kyle, l’expert du coin ! Allez, suivez-moi”. Kyle nous emmena donc dans les bois, en nous demandant de marcher discrètement pour ne pas attirer l’attention du gibier et de la bête.

Après quelques centaines de kamètres, le Crâ s’arrêta net, car il avait vu quelque chose. Il fit alors quelques pas sur la pointe des pieds, puis banda son arc, se concentra un instant et décocha une flèche. Quelques secondes plus tard, il avait touché sa cible ! Nous le suivîmes donc pour voir de quoi il s’agissait, et c’est là que nous vîmes que l’animal tué était un gros sanglier. Kyle mit ensuite l’animal sur ses épaules et nous annonça qu’il allait porter sa prise jusqu’à son campement, où nous allions pouvoir manger.

En chemin, alors que nous marchions tranquillement, nous entendîmes soudain du bruit et le Crâ nous cria de courir le plus vite possible. Intrigué par ce qu’il se tramait, je regardai derrière moi et vis qu’une meute de milimulous était à nos trousses. Nous fuîmes alors loin dans la forêt pour tenter d’échapper à nos poursuivants. Hélas, malgré nos vaines tentatives pour nous camoufler et les semer derrière des buissons, ils ne nous lâchèrent pas.

Pour ne rien arranger, nous commencions à ressentir la fatigue et craignions de finir dans l’estomac de ces prédateurs enragés… ».

Dans ce suspense insoutenable, Caspal arrêta temporairement sa narration et balaya du regard la scène pour inspecter le visage de ses spectateurs. Beaucoup d’entre eux tremblaient, et de la sueur perlait même sur le front de quelques-uns. Ceux-ci s’inquiétaient naturellement pour la survie des héros de l’histoire : allaient-ils s’en sortir indemnes ? Et si oui, par quel miracle ? De toute évidence, le public semblait maintenant plus inquiété par la tournure de l’histoire que par le blizzard qui le retenait prisonnier.

Le Sacrieur resta silencieux pendant de longues minutes interminables pour laisser planer le mystère, puis reprit là où il s’était arrêté :


« Alors que nous étions à bout de souffle et que nous croyions que notre heure était venue, les yeux du chasseur s’illuminèrent : nous approchions du campement ! Nous nous réfugiâmes donc dans celui-ci et nous nous abritâmes derrière une des tentes.
Peu après, les milimulous arrivèrent, mais au moment où ils pénétrèrent dans le lieu, un bon nombre d’entre eux tomba précipitamment dans un grand fossé caché par des feuilles : le chasseur avait posé des trappes tout autour du cantonnement !

Nous sortîmes alors de la tente, équipés d’armes trouvées sur place, et décimâmes le reste de la meute. Une fois le dernier milimulou occis, le chasseur rassembla les corps des bêtes dans sa réserve, puis prit son sanglier, coupa et retira la peau de celui-ci, et trancha la viande de l’animal avant de la faire rôtir sur un feu de camp.

Pendant que nous profitions de notre festin, Kyle nous fit part de ses inquiétudes sur l’avenir de sa profession, car il était désormais difficile de chasser. En effet, depuis que la terrible créature rôdait dans la forêt, la plupart de ses collègues avaient quitté la zone, s’ils n’avaient pas tout simplement perdu la vie avant. De plus, le gibier se faisait de plus en plus rare, car les animaux se cachaient pour échapper à la bête d’Amakna.

Sur ce constat alarmant, le Crâ se leva d’un bond, puis déclara qu’il était temps d’en finir avec cette bête, car cette situation ne pouvait plus durer. Après avoir terminé notre repas, nous le suivîmes donc dans les bois, et entamâmes un long parcours pour tenter de débusquer cette créature.

Sur le chemin, nous vîmes des cadavres de victimes qui jonchaient le sol et augmentaient au fur et à mesure que nous nous rapprochions du lieu où se terrait le monstre. Après une longue randonnée, nous aperçûmes des traces de sang sur le sentier, qui menaient tout droit vers une grotte, devant laquelle se trouvait une pile d’ossements et de dépouilles ».

Alors que la tension était à son comble, le narrateur décida une fois de plus d’interrompre son récit. Ses auditeurs, angoissés, n’en pouvaient plus : pourquoi cet homme s’efforçait-il à les faire souffrir en arrêtant à chaque fois son histoire au pire moment ? Etais-ce à cause des préceptes de sa divinité, l’adepte des douleurs ? Ou bien agissait-il par pur sadisme ? Nul ne le savait.

Après une petite entracte qui sembla durer une éternité, le Sacrieur sortit de son silence et reprit de plus belle :


« Lorsque nous nous apprêtâmes à aller voir de plus près, un vieil Enutrof surgit pour nous barrer la route : “N’approchez pas, car dans cette grotte se trouve la bête ! Vite, cachez-vous derrière ce rocher pendant qu’il en est encore temps !”. Le vieillard nous fit signe de le suivre pour s’accroupir à l’arrière d’un bloc de pierre, d’où nous pouvions observer la zone sans être repérés. Soudain, un petit wabbit blanc sortit de la grotte pour flairer ses nouveaux visiteurs.

Terrifié, l’Enutrof chuchota : “C’est elle !”. Stanislas, perplexe, demanda : “La bête se trouve derrière le wabbit ?”, ce à quoi son interlocuteur répondit : “Non, C’EST le wabbit !”. Le Iop, énervé, s’exclama : “Vous vous moquez de nous, c’est ça ?!”, mais l’Enutrof rétorqua : “Non, ce n’est pas un wabbit comme les autres, celui-là est cruel et vicieux ! Regardez les os autour de lui !”. A ces mots, le guerrier, qui ne supportait plus cette comédie, défourailla son épée et courut attaquer la bête, qui se jeta aussitôt sur lui et lui trancha le cou de ses dents pointues.

Après cet atroce spectacle, le vieil homme s’écria : “Je l’avais dit ! A chaque fois c’est pareil, les gens ne m’écoutent pas !”. Furieux, le chasseur affirma qu’à plusieurs, la bête n’aurait aucune chance contre nous. Nous prîmes alors nos armes et foncèrent tête baissée vers le wabbit, prêts à en découdre avec lui. Les coups plurent de tous les côtés, mais hélas, la bête était tellement rapide qu’elle esquivât facilement toutes les attaques, et dans la mêlée, elle ôta la vie de Billy et de Kyle, qui n’eurent pas le temps de réagir.

Face à ce massacre, je m’écriai : “Fuyez !”, et nous courûmes donc nous réfugier derrière le rocher. Il ne restait donc que la Roublarde, moi-même, ainsi que l’Enutrof, qui ne cessait de nous sermonner pour notre acte insensé. Alors que la situation semblait désespérée, Aldina eût soudain une idée : dans son arsenal, elle possédait une arme redoutable, l’Absinthe Grenade, une bombe dont l’explosion était à coup sûr fatale.

La Roublarde alluma alors la mèche de sa bombe, compta jusqu’à trois puis la jeta droit devant elle. L’Absinthe Grenade atterrit juste à côté du wabbit, puis explosa aussitôt dans une puissante détonation. Quelques instants plus tard, il ne restait plus rien de l’horrible bête : à la place, il n’y avait que des cendres et de la fumée. Nous nous réjouîmes de cet exploit et partîmes annoncer notre victoire au village d’Amakna. Ce soir-là, il y eut une grande fête, car chacun savait que la forêt était sûre désormais ».


Caspal souffla un large cercle de fumée de sa pipe, puis conclut en disant : « Et c’est ici que se termine mon histoire ». Le Sacrieur se leva ensuite de son siège, puis alla se détendre au coin de la cheminée. Le public, quant à lui, était resté sans voix : cet homme avait-il réellement combattu une bête aussi redoutable, ou bien avait-il tout inventé ? Et, surtout, était-il possible qu’un wabbit d’apparence inoffensive puisse décimer autant d’aventuriers ?

Nul n’avait de réponses à ces questions, mais ce qui était certain, c’est que cette histoire resterait dans les mémoires. En serait-il de même pour les récits qui allaient suivre ?

 

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Score : 950

J'aimerais beaucoup faire parler Caspal dans mon histoire, juste pour quelques répliques, est-ce que cela te dérangerait? smile

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[HRP: Voilà ma participation et également mon premier récit d'invention à thème (Merci d'être indulgent :3). J’espère que ça vous plaira et désolé pour les fautes d'orthographes xD]


Chasse à l'Ombre
 
Après l'histoire comté par ce sacrieur, une personne encapuchonné qui jusque-là étais tapis dans l’obscurité se leva et se dirigea vers la cheminée.. Dans sa démarche lente, aucun mot ne sortit et une étrange sensation de malaise et d'inquiétude s'installa.

Quelque chose clochait.. comme si il manquait quelque chose à cette personne ?  Mais nous y reviendront un peu plus tard..

Arrivé devant la cheminée, la personne ôta sa capuche et prononça d'un ton timide : "Bb-Bonjour .! Je suis Yazz' je vais vous raconter mon histoire, moi aussi ! "
l
es spectateurs découvrirent le visage souriante d'une jeune aventurière, qui fit redescendre la tension. 

"Euh.. Alors ? Ah ! Cette histoire commence là ou bon nombre d'autres se terminent, Je suis une steameuse natif de La vieille ville de Sufokia. J'occupais autrefois mes journées à aider mon père dans son laboratoire d'alchimiste et .. euh c'est peut être un peu loin ça ? 

HumHum..

Tout ça pour dire que je menais des recherches sur la fabrication de "Stasis pure" ! Et que cela m'a amenée à perdre quelque chose de précieux. En effet le Stasis est une matière rare et dangereuse ! Et à savoir que tout ce qui est rare est précieux. Et tous ceux qui s'en emparent font des envieux..

Avancée dans mes recherches j'eu la chance d'être invitée par l'alchimiste Merlan qui menait ses recherches à Bonta. Prête à partir en terres saintes, Je pris la première diligence. Pensant que le chemin se passerai sans encombres.

Mais vous vous doutez bien que je ne serais pas là à vous parler si tel était pas le cas !

En effet lors de notre premier bivouac dans la forêt d'Amakna, la nuit sembla calme et apaisante, lorsque nous nous fûmes attaqués par des étranges créatures qui semblèrent répondre aux ordres d'une étrange Silhouette. N'eus le temps de faire quoique ce soit,  je me fis aspirée dans un portail menant dans une dimension obscure. 

Lorsque j'ouvris les yeux je me tenais face à cette Silhouette qui paraissait plus imposante.
Cette créature à ressemblance de Démon me questionna sur l'avancement de mes travaux et m'ordonna de tout lui révéler.. Ce que je m'empressa de refuser. Mes recherches pourraient amener le mondes des 12 en grand danger, si le stasis se retrouvait entre de mauvaises mains ! C'est alors que prit de rage il me lança comme une simple poupée d'chiffon et me jeta une malédiction.

"Sais tu à qui tu parles Mortel ?! Je suis le puissant Ombre ! Si tu ne veux rien me dire, je vais te priver de ton ombre ! Et tu resteras ici à errer dans cette dimension jusqu'à ce que tu te décides à tout me dire ! Pour information si tu tentes de t'échapper d'ici, sache que tu ne tiendrais pas plus d'une minute à la lumière du soleil ! Tu resteras donc à tout jamais dans les ténèbres, mortel !"

À ce moment là,  les personnes de l'auberge restent dubitatifs à ce qu'ils viennent d’entendre. Et la jeune Steameuse s'en rend bien compte. Elle détache donc sa Coule et laisse ces aventuriers entrevoir quelques instants que ce qu'elle dit est vrai ! 

"Regarder bien derrière moi, la cheminée éclaire une partie de la pièce et pourtant rien ne se trouve collé à mes pieds ! Cela fait longtemps que je cherche un moyen de me libérer de se sortilège ! C'est un peu une chasse à moi-même je dirais.

J'ai tout de même réussie à m'échapper des Griffes d'Ombre mais depuis, je dois rester à l'écart du soleil.. Vous trouvez le blizzard terrible ? Pour moi c'est une aubaine ! Même si tout comme vous je me retrouve bloquée ici.. 

Je suis donc encore aujourd'hui en chasse de mon ombre, effectuant encore et encore des traversées périlleuses mais je sens que j'arrive bientôt à la fin de mon voyage ! Sachant qu'il s'agit d'une malédiction, je suis partie écouter les conseilles du maître des Dopeuls Osamodas qui me dicta de me rendre vers les marécages nauséabonds pour y rencontrer une vieille sorcière répondant au nom de Mériana qui m'annonça que si il s'agissait de Ombre, je devais allez à la rencontre d'un/e Sram/ette suffisamment puissant/e, j'ai donc décidée de me rendre à Srambad afin derencontrer la Reine des voleurs qui ... *Reprend son soufle* ... contre une somme de kamas m'a annoncée que le seul moyen pour lever ce genre de malédiction était d’assassiner le lanceur de celui-ci, cependant elle me mit en garde sur le fait qu'Ombre est Immortel.

Désespérée je me suis écroulée, pensant ne plus jamais revoir un jour les rayons du soleil. Explosée de rire en se moquant de mon sort, la Reine des Voleurs m'avertit tout de même qu'à contrario de ce qu'elle aurait fait (c'est à dire assassiner). Le simple fait mais bien moins amusant pour elle, serait de l'assommer. Elle me conseilla alors d'allez voir la seule personne qui encore aujourd'hui à été capable de le mettre K.O, il s'agit d'un iop prénommé "Captain Amakana" qui selon mes sources, se trouverait à Ocre-Roche pour une affaire de Kanigrou Mutant. Je m'en vais donc le trouver afin de lui demander de l'aide..et ..Hum Voilà tout ce qui concerne mon histoire." :3

Sur ces derniers mots de la courte hisoire de Yazz' elle retourna de façon niaise s'asseoir, comme si tout cela lui semblait normal.. Evidemment beaucoup de questions resteront sans réponses car à peine assise, une autre personne s’élança compter une nouvelle histoire ! 
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Je me demande bien d'où sort la phrase qui introduit ton histoire x'D Bravo bravo

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[HRP : Première fois que je participe à ce genre d’événements. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ces 2 381 mots que j'ai eu à les écrire ! Si jamais ce texte vous plaît n'hésitez pas à me le faire savoir. J'ai une chaîne Youtube et je pourrais crée une vidéo où je lis le texte. Un genre d'audiobook. Bonne lecture smile ]

Je me prélassais tranquillement dans un coin de la salle, profitant de la chaleur du feu, du piano joué par un étranger et des histoires tantôt drôles, tantôt épiques, tantôt émouvantes, tantôt tellement abracadabrantesques qu’on ne pouvait que douter de leur authenticité. Je regardais Diane écouter avec une oreille distraite et jouer avec sa bague comme si ce qui se disait n’était qu’un pâle écho de la vie qu’elle avait mené. C’est elle qui avait mis ce bijou en gage mais j’avais comme l’impression qu’elle n’était pas prête a s’en séparer. Comme si elle voulait oublier ce bijou et ce qu’il représentait mais qu’elle en était incapable.

Quand à la fin d’une mélodie le pianiste se leva en silence. Je ne l’avais pas remarqué jusqu'ici, il sortit de l’ombre et alla s’installer au milieu de la salle de biais à Diane et face à moi. L’étranger s’était déplacé avec calme et douceur mais je sentais au plus profond de mon être qu’il serait prêt à réagir à n’importe quelle situation. Encapuchonné on ne voyait pas son visage mais ses yeux reflétaient la lumière des bougies et quand nos regards se croisèrent je ne pu que détourner le miens. Il était vêtu d’une tenue de cuir souple, de deux dagues forgées d’un alliage sombre à la ceinture et d'une épée d’une taille telle qu’il aurait fallût être un Demi-Dieu pour la déplacer dans le dos. Ce qui en soit était surprenant puisque comme chacun sait les dagues sont utilisées par les classes assassines comme les adeptes de Sram qui privilégient la subtilité et l’ombre, et l’épée par les fiers guerriers tels les Iops.

Mais ce qui m’intrigua le plus fut la présence qu’il occupait dans la salle. Il n’avait pas encore parler que la salle semblait hypnotisée, le seul bruit qu’on entendait était la tempête qui se déchaînait à l’extérieur et le craquement du feu. Les yeux rivés sur lui chacun sentait que ce qui allait suivre allait laisser un souvenir intemporel dans nos mémoires.

Il débutât son récit ainsi : « L’histoire que je vais vous conter est la plus stricte des vérités. Du moins la vérité vue par un adolescent de quinze ans. Je serai un des personnages de cette intrigue. Mais c’est la vie d’un autre, que je souhaite vous partager. Ou plutôt, sa mort… »
Si c'était possible, la tension monta encore plus dans la salle et chacun semblait boire ses paroles. Même Diane qui jusque là avait à peine tendu l’oreille pour un concours qu’elle avait elle-même lancé se redressa dans son fauteuil et bien que son visage fût tourné vers le feu je voyais que son attention était focalisée vers la salle.

« J’ai grandi dans un village proche des frontières entre Bonta et Brâkmar. Si bien, qu’en fonction des avancées de la guerre nous pouvions nous réveiller Bontarien et nous endormir Brâkmarien. A cette époque Bonta et Brâkmar se livraient une guerre sans merci, que ce soit sur le plan militaire ou sur le plan technologique. Bonta construisait un bateau qui ferait passer les bâtiments Steameur pour des bateaux d’eau douce. Brâkmar se sentait obligée d’investir dans des transports brigandins capables de déplacer toute son armée. Si Brâkmar envoyait un régiment à Otomai, alors Bonta répondait en envoyant un escadron d’élite sur Moon. Bien sûr, à l’époque tout cela dépassait complètement ma compréhension. Je n’étais qu’un jeune Iop fougueux, avide d’aventure et prêt à en découdre avec n’importe quel piou ou boufton passant par-là ! » (C’était donc un Iop ! Mais pourquoi ces dagues ?) « C’est comme ça que je grandis m’amusant tantôt avec les soldats Bontariens, tantôt avec les soldats Brâkmariens. Les soldats passaient souvent leur temps libre avec moi, m’apprenant à manier l’épée, me permettant de participer à leurs rudes entraînements tout en me racontant leurs exploits sur le champ de bataille. Je pense qu’ils retrouvaient en moi leur fils qu’ils avaient dû laisser derrière eux pour participer à cette guerre qu’ils ne semblaient pas comprendre eux-mêmes. Quand je le vis pour la première fois… »

Par Xelor je jure que le temps semblait avoir ralenti, chacun était crispé sur sa chaise avide d'en savoir plus. L’ambiance était électrique. Diane semblait captivée par les flammes mais j’étais certain que parmi toutes les personnes présentes c’était elle qui était la plus concentrée. Comme si les paroles de l’étranger éveillaient en elle un lointain souvenir étouffé.

« Je venais d’avoir douze ans, l’hiver atteignait son paroxysme. J’avais participé à un entraînement, bien que participer fût un bien grand mot j’essayais tant bien que mal de copier les mouvements des soldats Brâkmariens. Il était là, torse nu, dans le froid combattant dix des plus puissants guerriers présents. Son corps musclé et souple était couvert de cicatrices. Il jouait avec eux comme un ventriloque joue avec sa marionnette. Retournant leurs forces, repoussant leurs assauts, bloquant des coups de hache qui auraient pu traverser un tronc… Armé uniquement de deux dagues. A la fin de la joute, il ne semblait même pas essoufflé. Les dix guerriers écroulés ne pouvaient que se soumettre à sa supériorité, j’étais conquis. Je ne sais pas si ce combat dura une heure ou une minute mais ma décision était prise. Je ferais de lui mon maître. Un Iop en admiration devant un Iop utilisant des armes de Sram, mon père aurait pu sortir de sa tombe me rosser jusqu’à la mort plutôt que d’accepter cette ignominie. Je le suivis donc à distance le plus discrètement possible pour savoir où il logeait. Il retourna vers le village et au détour d’une ruelle disparut. J’étais sur le point de désespérer quand une voix s’éleva derrière moi : « Suivre quelqu’un est fort mal élevé mais la suivre avec aussi peu de discrétion et de classe j’en serai presque vexé… » Je me retournais. C’ÉTAIT LUI !!! »

Personne ne bougeait, personne ne parlait, la tempête elle-même semblait se calmer pour que chacun puisse entendre la suite. L’expression de Diane avait changer elle semblait tendue à la fois désireuse d’entendre la suite et en même temps elle donnait l’impression de la craindre.

« Je n’osais parler. Je le regardais avec de grands yeux ronds. J’avais presque oublié pourquoi je le suivais tant sa présence m’écrasait. Il eut l’air de comprendre il sourit et me dit : « Tu voulais quelque chose gamin ? »  « …ENTRAINEZ-MOI … » Cette fois c’était lui qui semblait surpris... Il me regardait d’un air songeur. « S’il vous plaît j’aimerai que vous m’appreniez à me battre comme vous ! » Il répondit : « Un Iop n’est pas fais pour se battre comme un Sram. » Et vous alors me dis-je ? « Alors je deviendrais un Sram » répondis-je. Il me regarda et explosa de rire « On peut dire que tu as du répondant gamin. Je peux t’enseigner une ou deux choses mais je doute que tu sois capable d’apprendre les arts Sram. » Ainsi en trois phrases je venais de faire changer ma vie à tous jamais. L’entraînement débuta et très vite en effet, mon caractère Iop entra en conflit avec les préceptes que m’enseignait mon maître. Mais je ne me laissais pas abattre, je m’entraînais d’arrache-pied. Et, bien que je m’améliorais, les arts Sram restaient hors de ma portée. L’utilisation des dagues m’était particulièrement difficile. Pourtant mon maître magnait l’épée et les dagues mieux que n’importe qui. Pourquoi n’arriverais-je pas à magner les dagues comme un Sram ? Il ne cessait de me répéter « La tête, la tête on se bat avec la tête et non avec le cœur » Cette phrase qui allait à l’encontre de tous les principes Iop il me fallut des années pour la mettre en pratique et c’est dans la douleur que je l’assimilerai. »

Mais qui était donc ce grand maître dont je n’avais jamais entendu parler. Un Iop usant de dagues ayant de hauts faits sur le champ de bataille. Cela aurait du faire le tour du Krosmoz.
« Contrairement a ce que je pensais mon maître n’était pas Brâkmarien, c’était un chasseur de tête. Il tuait non pour les rois mais pour l'acier. Encore une fois mon côté Iop avait du mal à comprendre. Je lui posais donc la question. Il me répondit « Regarde ces guerriers d’ici un an plus de la moitié seront morts et si tu leur demandais pourquoi ils se battent, ils te répondront sûrement : « Pour mon Roi ! Pour mon pays ! ». Je ne souhaite pas leur manquer de respect mais mourir pour un homme qui passe sa journée bien au chaud dans son château à compter son argent et à donner des ordres aux autres, très peu pour moi. Mourir pour un concept aussi absurde que des frontières qui n’influencent que peu mon existence non plus d’ailleurs… Y a-t-il une grosse différence dans ton village quand il appartient à Bonta ou Brâkmar ? » « …Non… Mais pourquoi vous battez vous alors ? » « Ah en voilà une bonne question gamin. Au départ je ne me battais que pour moi… Mais depuis peu je me bats pour quelqu’un d’autre. Vois-tu, il y a une personne à qui je tiens plus qu’à ma vie. Je n’ai pas le droit de mourir je dois retourner auprès d’elle. » « Pourquoi ne pas rester avec elle dans ce cas ? » Il sourit et me dit « Ah Jac Quebrel a dit un jour : « Je crois qu’un homme est un nomade… Il est fait pour se promener, pour aller voir de l’autre côté de la colline… » Je pense qu’il avait raison. » Et c’est sur ces paroles qui me semblaient complètement absurdes que la discussion prit fin. Mon entraînement continua, plusieurs années passèrent j’avais maintenant quinze ans. Mon maître, n’avait bien sûr pas toujours été présent. Quelque fois ses contrats l’amenaient d’un bout à l’autre du Krosmoz. Mais à mes quinze ans il me jugea prêt à l’accompagner. Nous partîmes donc en chasse, la cible était un ex lieutenant Brâkmarien surnommé le Faucheur du à l’arme qu’il utilisait. Qui, lasse de faucher des vies sur le champ de bataille c’était mis en tête de faucher des paysans sans défense.C’est dans les Landes de Sidimotes que nous retrouvâmes le Faucheur. Il ne fut pas bien difficile à trouver puisque derrière lui il laissait une piste de sang et de paysans en lambeaux. »

Je ne voyais plus la taverne, la salle ou quoi que ce soit d’autre que le reflet des yeux de l’étranger et le visage de Diane pâlir à mesure que le récit avançait.

« Cependant mon maître n’avait pas prévu que le Faucheur sut que nous étions à sa recherche, et avait donc préparé une embuscade. Le faucheur et cinquante guerriers nous attaquèrent par surprise alors que nous étions en train de monter notre campement. Mais cinquante ou mille ils n’auraient eu aucune chance contre mon maître qui en plus de garder un œil sur moi pénétrait les lignes ennemies comme si de rien n’était. Il tuait plus vite que son ombre. Ne visant que les organes vitaux ou les artères principales. Ils n’étaient plus que dix, notre victoire était assurée… Mais mon imprudence nous perdit. Alors que la victoire était proche je baissais ma garde pour regarder plein de fierté le carnage que nous avions effectué. Cinq Cras jusqu’alors cachés dans les fourrées lâchèrent une volée. Mon maître ne pouvait que me regarder tomber ou s’interposer. C’est avec horreur que je vis les traits empoisonnés traverser son corps de part et d’autre. N’importe quel homme se serait écroulé, ne dit-on pas que le grand Beauromir lui-même s’est écroulé à la troisième flèche ? Mais pas mon maître ! Il devint encore plus foudroyant que la mort, il tua les Cras et les guerriers restants. Seul restait le Faucheur. C’était un guerrier redoutable utilisant les plus viles méthodes pour vaincre ses adversaires. Rien de bien compliqué pour mon maître… Mais trop de son sang avait coulé et le peu qui lui restait était infecté de poison. Avec horreur je vis la faux s’abattre sur mon maître. Je me ruais avec mon épée mais forcé d’avouer que je n’étais pas prêt à combattre seul un tel ennemi. Mon maître ne pouvait que regarder impuissant. Petit à petit le Faucheur me poussait dans mes retranchements, de nombreuses blessures commençaient à apparaître, superficielles certes, mais annonciatrices d’une mort certaine. Il me désarma et se prépara à m’assener le coup fatal. Dans un ultime effort mon maître me lança ses dagues et je le sentis plus que je ne l’entendis : « La tête, la tête on se bat avec la tête et non avec le cœur ». J’enchaînais coups et parades je faisais mines de viser sa jambe mais c’est dans le ventre que la première entaille apparut. J’armais un coup de dagues pour frapper la rotule avec mon pied. Pour finir ma dague traça un sillon sanglant dans sa gorge. J’avais vaincu… Je me précipitais aux côtés de mon maître gisant sur le sol. Il m’attendait comme s’il eut pu empêcher la mort elle-même de le faucher avant qu’il puisse délivrer son ultime message : « Tu retrouveras la femme que j’aime et tu lui raconteras, je lui ai parler de toi, elle comprendra. Pour la reconnaître sache qu’elle possède un bijou d’une rare beauté. C’est moi qui le lui ai donné. » Et dans un dernier murmure il me révéla son prénom. »

Je pense que je fus le seul à avoir remarqué que les yeux de l’homme durant la dernière partie de son récit étaient fixé vers le feu. Je fus aussi le seul à voir Diane aussi pâle que la mort, les lèvres tremblantes.

 « Comment s’appelait-elle ? » demanda quelqu’un. Il n’y eu pour seule réponse, que le crépitement du feu…
« L’avez-vous trouvé ? » Demanda un autre « Je la cherche depuis 30 ans »
Après un ultime silence je demandais : « Comment s’appelait ce grand maître ? »
Il répondit dans un souffle « Blackdofu »

A ces mots je vis Diane fermer les yeux et une seule longue et silencieuse larme coula le long de sa joue. L’étranger se leva et retourna jouer au piano.

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Score : 751

Wow juste génial ! A la fin on comprend tout de suite qui est Diane. Bravo ! ohmy

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Score : 42
[HRP : C'est la toute première fois que je participe, j'espère que cela va vous plaire smile je vous souhaite une bonne lecture]
 
Grillade à la Brakmarienne
Un sram, assis au bar, bu cul-sec sa chopine de bière et la reposa bruyamment sur le comptoir. Il se leva et traversa l'auberge en titubant sous les quelques remarques moqueuses des client dont la vieille Diane. Il finit, tant bien que mal, par arriver dans la cuisine et sortit de dessous sa cape un sac en toile recouvert de sang séché et un couteau. Les convives, intrigués, regardaient l'individu sans un bruit. Le sram sortit alors du sac, un épis de seigle, une fiole contenant une étrange poudre blanche ressemblant à du sel et un énorme morceau de viande.
"Qu'est-ce que vous allez nous préparer de bon ? demanda Diane en souriant.
- Un plat typique de chez moi"; répondit le sram sous l'effet de l'alcool. Il posa ses mains sur le plan de travail et plongea alors dans une concentration si profonde que l'alcool semblait déjà avoir disparu. Soudain il ouvrit les yeux, commença à se mettre aux fourneaux, et à raconter son histoire.

"Quand j'étais plus jeune, ma carrière de cuisinier débuta dans un restaurant à Brakmar, dont la spécialité était La Grillade à la Brakmarienne. Ce restaurant était très célèbre et mon patron était connu comme le Croc Gland. Un matin, alors que je nettoyais la cuisine, quelqu'un toqua à la porte de derrière. Mon chef lui ouvrit, ils discutèrent un moment et le visiteur partit. Mon patron, me fit signe alors d'interrompre le ménage et de le rejoindre, ce que je fis. Il ouvrit le sac, y jeta un coup d’œil et me dit :
- Sais-tu avec quelle viande, je fais ma spécialité ?
Pris par la surprise, je ne puis lui répondre que d'un "Non" de la tête. Il sourit et reprit :
- C'est de la viande de tofu, mais pas n'importe lesquels, il faut qu'ils soient issus du Tofulaillier Royal. La grillade est un plat typique de Brakmar, mais les alentours de la ville ne sont pas terrible pour y trouver de bons produits. Avant on utilisait de la viande Scorbute, de Corbac ou de Bontarien mais c'était franchement dégueulasse. Alors les marchands et les grossistes ont décidés de se rendre à Amakna pour ramener de meilleurs denrées. Et c'est alors qu'ils ont trouvé les ingrédients parfaits pour la grillade ; du seigle, de la cendre éternelle et surtout de la viande saignante de Gros tofu. Mais il existe un ingrédient encore meilleur.
Il sortit alors du sac un morceau de viande d'un beige vif brillant comme une étoile. 
- De la bidoche de Tofu Royal ; repris mon chef ; un met rare, très rare.
- Et qu'allez-vous en faire ? lui demandas-je.
- Quelle question, je vais la cuisiner, je connais des personnes qui sont prêt à tuer leur familles pour ne serait-ce qu'une bouchée. Fini le ménage et va préparer la table V.V.I.P, nous allons avoir des invités de marques ce midi.
Et le midi venu, la salle V.V.I.P était réservé par une partie du gratin de Brakmar, cette bidoche doit véritablement être exceptionnelle pour rassembler autant de grandes personnes dans une si petite pièce."

Le sram termina alors la préparation de son plat ainsi que sa narration. Il servit aux clients de l'auberge ainsi qu'à Diane et Mandine une assiette de cette fameuse grillade à la brakmarienne. Et dans un "Bon Appétit" tous se jetèrent sur leur repas. Les convives tombèrent comme des mouches sous le charmes de ce plat. La chaleur qui en émanait suffit à réchauffer les corps et les cœurs si bien que le blizzard et le froid ne semblait plus inquiété qui que ce soit.
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Score : 66
[HRP : Bien le bonjours chers douziens. Voyez ci-après ma participation. Ce fut très difficile de se conformer à la petite limite du nombre de mots mais j'ai apprécie de me soumettre à l'épreuve. J'espère que mon récit n'en pas trop appauvri, et qu'il vous divertira au mieux.]

Panique au château

Déjà plusieurs récits avaient fasciné l'auditoire. Les clients de l’Auberge de Mandine étaient sidérés par les incroyables histoires qu'ils venaient d'entendre. Tantôt effrayés, tantôt émus, les habitués comme les marchands et aventuriers de passage, avaient eu droit à une dose d'émotions conséquente. Ils n'étaient pas au bout de leurs surprises.

Silencieuse, Diane vivait de nouvelles aventures passionnantes à travers les péripéties des conteurs. On sentait son impatience d'en entendre d'autres et l'atmosphère était porteuse d'une tension palpable. Toutes les personnes en présence s'étaient agglutinées autour de la grande table pour suivre ces aventures. Toutes, à l'exception de trois silhouettes restées près de l'entrée, se réchauffant près du poêle.

À la suite d'une histoire particulièrement rocambolesque, un silence se fit dans l'assemblée.C'est alors qu'une voix d'homme, puissante et éraillée, retentit et vint briser le pesant mutisme général. « A présent que l'ambiance est satisfaisante, je vais vous conter une chasse qui va changer jusqu'à votre perception du Monde des Douze... »

Tous se retournèrent vers l'une des silhouettes excentrée près du poêle. L'individu, très grand et d'une carrure imposante, retira la capuche de son long manteau de cuir. Apparut alors, sa tête canine aux poils noirs. Il était rare de croiser un Ouginak sur la route qui mène vers Ocre-roche et la stupéfaction se lut sur les visages.

Content de son effet, l'individu reprit la parole après avoir laissé les murmures s'estomper.
« Je me nomme Frail, chasseur du sud de Saharach. La chasse que je vais vous exposer a pour point de départ le château d'Amakna et viens tout juste d'avoir lieu, dans les jours précédents. Vous serez donc les premiers à avoir connaissance de ces événements qui feront couler beaucoup d'encre d'ici peu. » Annonça-t-il en avançant de quelques pas vers la table.

Il s'apprêtait à enchaîner lorsqu'une voix plus douce, lui soutira l'attention générale.« Dis-moi, Frail, ne serait-il pas plus correcte de nous introduire avant de te lancer dans cette narration. »
Puis avec une pointe de malice, la voix ajouta.
« Après tout, on en est, et pas qu'un peu. Peut-être même plus que toi... »

Le regard fixèrent un autre individu qui, quelques minutes plus tôt, n'était qu'une silhouette encapuchonnée se réchauffant. Il avait ôté son manteau miteux aillant un aspect de guenille et, lorsqu'il s'avança à la lumière, tous découvrirent un Ecaflip au corps svelte, dont la tête féline était ornée d’un bandeau pandawushu. Il était vêtu d'une tunique de lin et équipé de protections en cuir de porkass au niveau articulations. Il avait l'œil vif et l'air décontracté de ceux que rien ne peut surprendre.

« Surtout qu’il risque d’oublier la moitié des évènements, avec sa mémoire de Iop » surenchérit la voix féminine du troisième individu à capuche qui s’approcha à son tour de l’assistance en révélant son visage. Elle appartenait, sans doute possible, au peuple Sadida, grands amoureux de la nature. En témoignait la feuille de Chêne Mou tatouée sur son front et les branches blanches qui maintenaient son épaisse chevelure en une coiffure sophistiquée. La sadidette était jeune, d’une quinzaine d’années tout au plus.

« D’accord, on reprend avec des présentations à ton gout alors » grommela Frail quelque peu irrité par l’intervention de ses compagnons avant de poursuivre.
« Commençons donc par l’essentiel. Beaucoup nous connaissent de réputation mais rares sont ceux connaissant nos visages. Nous sommes les Lershock-Mehols. » Affirma-t-il plein d’assurance.

A ces mots, un silence absolu se fit dans l’auberge. Même le vieil Enutrof jouant du piano en fond de salle s’était arrêté. Le silence fut cependant rapidement rompu par les éclats de rire d’un Pandawa aux habits excentriques qui cogna sa chope de bière sur la table à trois reprises et s’esclaffa.
« Les Lershock-Mehols ? Les plus grands chasseurs de prime de notre ère. Sérieusement, ce serait vous ? Un vieux loubard, un gringalet et une gamine ? »

Toute l’auberge éclata de rire à la suite de cette tirade, à l’exception de Diane qui regardait fixement cette petite équipe d’un air avisé. Quand les rires se calmèrent, elle prit alors la parole.
« Je ne les connais pas, mais il s’agit probablement les vrais Lershock-Mehols ».
Cette déclaration créa un nouveau silence qui en disait long sur le respect qu’inspirait Diane, qui poursuivi pour étayer son propos.
« Seul un fou oserai prétendre une telle chose en public. Les Lershock-Mehols possèdent des nombreux ennemis de par le monde, une telle affirmation équivaudrait à un suicide. Ce sont bien eux, écoutons les ». Les sourires disparurent des visages et le sérieux revint dans la pièce.

L’Ecaflip pris le relais.« Puisque nous sommes d’accords, reprenons. » amorça-t-il en parlant posément d’une voix mélodieuse avant d’enchainer. « Comme il vous l’a dit, le gros Ouginak grognon c’est Frail. Il a chassé toutes sortes de créatures sans jamais rien trouvé qui soit, comme il dit, à sa hauteur. Il est venu me trouver un jour pour me proposer de faire équipe pour des traques. Les montres ne lui suffisant pas, il voulait se lancer à la chasse aux criminels pour connaitre enfin de vrais frissons » énonça l’Ecaflip, une pointe d’amusement dans la voix.

Après un clin d’œil à son compagnon, il fit un geste de salut exagérément révérencieux et poursuivit.
« Pour ma part, je me nomme Tenloque. J’ai longtemps vécu d’arnaques en tout genre. Jusqu’au jour où l’une de mes victimes a mis fin à ses jours. J’ai alors pris conscience du mal que je faisais et je suis depuis le chemin de la rédemption essayant à tout prix d’arrêter ceux qui ont suivi de mauvaises voies. »

La sadidette repris alors le fil des présentations.
« Quant à moi, je m’appelle Sytincte. Mes parents ont été assassinés sous mes yeux quand j’avais douze ans. Depuis je baroude avec ces gaillards pour essayer de mettre la main sur l’ordure qui m’a rendu une orpheline.
Frail rebondit sur ces propos.=12.0pt«  Ne vous y trompez pas, c’est encore une enfant, mais les circonstances ont forcé l’éveil très tôt de ses capacités et elle a une puissance hors du commun. »
« Allez, avoue le mon gros ! Elle te fiche la trouille ». Piqua Tenloque avec un sourire malicieux.
« Ces deux-là s’entendent comme chien et chat. » soupira Sytincte en voyant Frail jeter un regard assassin à Tenloque.

« Revenons à nos bouftous, car il semble que l’on a encore notre histoire à raconter, comme le souhaite dame Diane » conclut Frail, apercevant le regard amusé et impatient de la retraitée. Cette dernière leva sa chope et brailla enthousiasmée.
« Patron ! Une tournée générale de =12.0ptFrigrowka, à mettre sur mon compte. Une bonne histoire et une bonne boisson, c’est bon pour attendre la fin de la tempête. »
Cinq minutes s’écoulèrent le temps du service, puis Sytincte repris la parole après avoir bu son verre d’une traite.

« Nous étions au château d’Amakna, dans la milice pour y consulter les nouveaux avis de recherches. Soudain, un soldat est entré en trombe et en hurlant pour alerter son capitaine. Nous avons alors assistés à son échange avec le gradé. Le soldat expliqua qu’il arrivait droit du bâtiment ou réside le roi d’Amakna et sa cour. Il raconta que, suite à des cris et bruits de lutte dans la bibliothèque, on y a retrouvé un important représentant diplomatique du pays assassiné. » Confia-t-elle.

« Et bien sûr, l’auteur du crime avait foutu le camp à la barbe de la garde aussi mystérieusement qu’il était entré » ajouta Frail devant de nombreux yeux écarquillés.
« L’armée du château était en effervescence et nous fumes conviés à un briefing du capitaine de la milice. Briefing auquel étaient également conviés d’autres équipes de chasseurs de primes, ce qui souligne le peu de confiance du capitaine en ses hommes concernant leur capacité à retrouver le coupable. La chasse à l’homme était lancée. » Compléta Tenloque avec un sourire narquois.

Quelques légers rires amusés s’élevèrent de l’auditoire avant que Tenloque reprenne la parole.
« Après ce briefing vide d’informations réellement utiles, nous avons demandé à voir la scène du crime. Nous y avons été escortés par le capitaine. En fouillant la pièce, nous avons trouvé une dague empoisonnée maculée de sang. L’arme du crime à n’en pas douter. Les caractéristiques de l’arme étant bien particulières, nous nous sommes rendus chez le seul forgeron susceptible de produire un tel travail. »

Frail repris le cours du récit pendant que Tenloque se commandais un énième verre.
«  Le forgeron a consulté ses registres et nous a appris à qui il avais vendu l’objet de mort. Le propriétaire était un Sram, formé aux arts de la guerre et originaire de Brakmar. Nous fumes chez lui en très peu de temps et par chance il s’y trouvait aussi. »

« Tenloque l’a interrogé avec ses techniques d’arnaqueur manipulateur mais il a plaidé innocent jusqu’au bout sans donner le moindre indice. Il prétendait que l’arme lui avait été volée quelques jours plus tôt. Nous commencions à douter. » Déplora Sytincte.
« Mais c’était sans compter sur mon esprit de déduction à toute épreuve » fanfaronna Tenloque

Il expliqua alors le résonnement qui les sortit de l’impasse.
« Le Sram suspect était formé aux arts guerriers, il aurait sans problème pu se débarrasser d’un diplomate sans que sa lame ne soit empoisonnée. Il l’aurait tué d’un coup, rapidement. Là, il s’agissait d’un affrontement qui a dévasté la pièce, c’était totalement illogique. J’en ai donc déduis que nous  faisions fausse route. Le Sram était innocent et quelqu’un tentais de l’accuser du crime. »

« Rapport fait au capitaine, il nous apporta deux précisions. Il voulait absolument le coupable vivant, pour connaitre son commanditaire et faire la lumière sur tout ça. Il nous a également informés qu’à l’heure du crime, les portes du château avaient déjà été fermées pour la nuit, le coupable était donc encore dans l’enceinte du rempart. » Continua posément Frail.

Sytincte s’empressa de poursuivre voyant les yeux Diane émerveillés devant notre histoire.
« La garde nous aidant, nous avons fouillé chaque recoins du château, interrogé chaque résident et visiteur. Pas d’indice, et malheureusement, chacun avait un alibi, confirmé par d’autres qui étaient en sa présence. Il nous fallait autre chose pour continuer cette chasse à l’assassin. »

« Et c’est là que j’ai eu une idée de génie » annonça Frail fièrement.
Tenloque toussotât et dit à voix basse.
« Pour la première fois de ta vie, crane de piou… »
Frail lui lança un regard de braise et riposta avant de poursuivre sous le regard blasé de Sytincte.
«  Je finis de causer et je te bouffe, chat de gouttière. Quand à mon idée, j’ai tout simplement suggéré d’examiner le corps de la victime. Une autopsie aurait peut-être des informations à nous livrer. »

Sytincte repris le flambeau de la narration en regardant, consternée, ceux deux compères qui réglaient leur comptes à celui qui boira le plus de bière de bwork en une minute. Hélas, l’autopsie ne nous apprie rien, la victime était un Iop. Ses plaies étaient multiples et sans spécificités. Le poison quant à lui était banalement un concentré de sang de scorbute. J’ai alors injecté une graine dans le corps encore chaud de la victime et l’ai fait remonter jusqu’à son cerveau pour sonder sa mémoire immédiate.

« Et trouver le cerveau d’un Iop, ce n’est pas de la rigolade » railla Tenloque à qui la bière commençait visiblement à monter à la tête après les huit dernières pintes.
Sytincte ignora l’interruption de son compère éméché et continua sur sa lancée.
«  J’ai alors pu voir les dernières images vues par la victime, et cela m’a retourné l’estomac. J’y ai reconnus l’assassin. Il s’agissait du meurtrier de mes parents, un Sacrieur aux bras tatoués. Un véritable forcené capable du pire. »

Frail finit son verre, éructa bruyamment et poursuivit.
«  Aucune autre information ne nous ayant été révélée par ce procédé, nous reprenions le chemin de la milice pour livrer le signalement du coupable. Et c’est en route que j’eu une l’idée du siècle. »
« Deux fois en une journée, t’as épuisé ton quotas pour les quinze ans à venir » lui envoya Tenloque en explosant de rire.

Les deux compagnons s’empoignèrent l’un l’autre et commencèrent à luter hargneusement au sol, laissant à Sytincte la fin de l’histoire.
« Frail a pensé au seul endroit, oublié, pour sortir du château discrètement. Les souterrains d’Amakna. Nous sommes descendus dans ces galeries et Frail s’est servi de son flaire surpuissant et de son expérience de chasseur pour pister l’odeur de l’assassin, identifiée sur les lieux du crime. » Expliqua-t-elle.

Diane, voyant l’histoire approcher de son dénouement, avait délaissé son verre et buvait chaque parole de la sadidette qui commençait à trembler à mesure qu’approchait la fin du récit.
«  La piste nous a conduit à Astrub, citée mercenaire où nous avons finalement trouvé notre homme. Nous ne pouvions l’attaquer à cet endroit, trop de mercenaires alentours pouvaient venir à son secours. Tenloque l’a abordé avec son tact habituel et lui a donné rendez-vous à Tainela pour soi-disant lui proposer un contrat. » Continua la jeune femme, la sueur perlant sur son front.

Elle pleura presque en racontant la fin de leur périple. Tout son auditoire était tenu en haleine.
« Nous lui avons tendu une embuscade minutieuse, mais quand il est arrivé, j’ai repensé à mes parents et j’ai explosé de fureur. Mes pouvoirs Sadida se sont déchainés malgré moi. Je n’avais qu’une idée en tête, le supprimer. Mes alliés ont dû me maitriser pour le sauver de justesse. » Susurra-t-elle tremblante comme une feuille.
« Nous l’avons livré à la garde et il finit par livrer son commanditaire. Il s’agissait du roi de Bonta en personne qui voulait faire accuser Brakmar et déclencher une guerre entre ces derniers et Amakna pour les affaiblir. Une véritable honte pour quelqu’un qui prétends défendre la justice. » Dévoila-t-elle aux auditeurs stupéfaits.

Elle apporta alors une conclusion digne de cette histoire haute en couleurs.
« En tout cas, on va avoir les pieds dans le fumier de boufmouth avec les changements géopolitiques qui vont en découdre. »

Elle vida son dernier verre en une fois et éructa, plus bruyamment que Frail ne l’aurait fait, avant de conclure.
« Tout ça, c’est du beau ! C’est du bon ! C’est le bord…. »

Elle s’effondra au sol avant d’avoir pu finir sa phrase, endormie, à côté de ses deux frères d’armes qui ronflaient déjà à terre bruyamment.
4 0
Score : 88
Le Meulou de Ouaulestrite
       Après cette histoire dont les retombées pourraient être catastrophiques, les deux personnes assises dans les fauteuils devant la cheminée se levèrent. Ils échangèrent un signe de tête, et la Xelor se dirigea vers le vieux piano, tandis que le grand Zobal se plaça au milieu de la salle et frappa trois fois le sol de son bâton. Le silence se fit, et les premières notes de musique vinrent couvrir le bruit du vent et de la neige frappant les carreaux.
L'imposant personnage affublé d'un large chapeau releva la tête, découvrant un masque en bois gravé de motifs végétaux vert sombre, dont dépassait son long nez pointu.

       « Je suis Palkinto, et ma partenaire se nomme Haskari. Nous sommes également chasseurs de primes, et l'histoire que nous allons vous raconter est une chasse à l'homme. »
A ces mots, un murmure parcourut la salle. Le Zobal attendit que le calme revienne pour reprendre la parole.
« Cela s'est déroulé il y a trois ans, sous les sombres cieux des Landes de Sidimote. Nous fûmes contactés par l'Union des Artisans de Brâkmar pour mettre fin aux agissements d'un Osamodas qui se faisait appeler Ybstag le Mirifique. Ce félon avait découvert un moyen de contrôler le Meulou, le terrible chef du gang de la route 666, l'utilisant pour bloquer le commerce et l'accès aux ressources de la zone. De ce fait, le prix des produits venant du Nord explosa très vite, et comme vous le savez, tout est au Nord de Brâkmar. La vie restait possible grâce aux routes maritimes vers Otomaï et Sufokia, mais de nombreuses pénuries menaçaient la ville en crise. Les équipes de miliciens envoyées par les autorités se faisaient repousser une par une, et l'UAB se décida à engager des professionnels. »

       Il y eut un râté dans la musique, et toute l'assemblée captivée sursauta lorsque la petite silhouette de la Xelor apparut au côté de Palkinto. Toutes les têtes se tournèrent vers le fond de la salle lorsque les clients se rendirent compte que la mélodie ne s'était pas arrêtée. Une ombre transparente était assise sur le tabouret et jouait du piano ; c'était une manipulation temporelle d'Haskari.
Tous se retournèrent lorsque la profonde voix rauque de la Xelor retentit.
« Ellipse. Nous trouvons Lemik dans une cage suspendue, bâillonné et attaché. Il nous explique que l'Osamodas l'a mis là, pour le punir d'avoir résisté. Nous entrons dans le repaire du Meulou.
Flashback. Nous empruntâmes la route 666, à travers les brouillards nauséabonds de la Désolation, passâmes dans le territoire des Riktus, et arrivâmes enfin à notre destination première : le chapiteau de Choudini. Il est un dicton de la cité australe qui dit : ''Il a beau être fou, des Landes Choudini sait tout''. Il nous renseigna effectivement sur la position de notre cible, à sa façon, en nous chantonnant d'aller voir Lemik-euh, Lemik-euh, Lemik-euh ! Illmisterrr lui il saurrra, où se trrrouve l'Osamodas !
Retour en avant. A peine entrés, nous nous faisons attaquer par une bande de Mulous enragés, qui tentent de nous pousser vers la sortie. Nous les tabassons sans problème.
Bond dans le futur. Enfin, nous voilà devant le trône du terrifiant Meulou ! »

       La Xelor clignote et disparaît, son ombre reprend consistance devant le piano. Le Zobal finit sa chope de bière et reprend position pour la suite de l'histoire.
« Ybstag était là, assis sur un tapis au pied du trône d'ossements de l'imposant bovi-canidé. Il était en transe, en train de contrôler les monstres de la zone. Le Meulou aussi dormait, mais il se réveilla à notre arrivée. La bête se leva avec un grognement menaçant et nous toisa de ses yeux jaunes, animés d'une lueur bien trop intelligente pour une telle créature. Nous ne fûmes pas vraiment surpris lorsqu'il se mit à parler :
''Ainsi vous êtes venus défier Ybstag le Mirifique ! Vous n'avez aucune chance à deux contre ce corps que je me suis trouvé. Mourez !'' ».
Le cri de Palkinto fit reculer les auditeurs les plus proches.
« Le monstre violet se jeta sur nous avec un mugissement féroce. Après un combat acharné, nous réussîmes à assommer le Meulou. L'Osamodas se réveilla en sursaut et nous fixa avec un regard effrayé. Puis ses yeux se durcirent, et il se mit à chanter une incantation. Nous essayâmes de l'attaquer avant qu'il puisse finir, mais un Bouftou à la peau d'acier s'interposa pour protéger son maître. Tous les mulous de la grotte se mirent à hurler alors que nous essayions d'atteindre Ybstag, il avait relâché son contrôle sur leur esprit et ils devenaient fous. »

       A ce moment-là, Haskari cessa de jouer du piano, et tous frissonnèrent en entendant les sifflements du vent, qui leur firent penser aux hurlements des mulous. La petite Xelor tira un des tabourets du bar vers le centre de l'auberge, monta dessus et entreprit d'allumer une longue pipe. Après quelques bouffées, elle reprit le récit :
« Le Bouftou d'acier finit par s'épuiser, s'allonger et fondre sur le sol. Mais son maître avait eu le temps de finir son invocation. Il s'envola sur le dragon noir qu'il venait de faire surgir, pendant que des crapauds ouvraient les grilles de la salle aux hordes de mulous furibonds. Un combat ardu s'ensuivit, nous devions combattre une considérable horde de monstres tout en évitant les jets de flammes du dragon.
L'ouragan de crocs, de griffes et de poils finit par se calmer, et nous fonçâmes bloquer la porte pour que notre cible ne puisse pas s'enfuir. »
Elle fit un geste des doigts au-dessus de sa pipe, et la fumée se mit à s'animer, réagissant à ses mots et recréant les scènes qu'elle racontait.
« Il se pose, et utilise l'énergie contenue dans son dragon pour invoquer un Craqueleur. Il dégaine une courte épée et détache son fouet de sa ceinture. Je pense pouvoir me charger de lui, et je dis à Pal d'occuper le golem. Mais il s'avère que cet Osa-là n'a pas pour habitude de se cacher derrière ses invocations, et il me pose beaucoup plus de problèmes que je n'avais anticipé. La portée de son fouet, qu'il maîtrise à la perfection, est mon principal souci, étant donné que je me bats avec des dagues. Même mes manipulations temporelles ne parviennent pas à créer d'ouvertures. »
« Pendant ce temps, reprend le Zobal, je m'évertue à esquiver les frappes surpuissantes du Craqueleur, tout en le maintenant à bonne distance d'Haska. Lorsqu'il se met en plus à jeter des pierres, je dois aussi contrôler l'angle vers lequel je l'oriente. Je jette un œil vers ma camarade, m'attendant à la voir rapidement finir son adversaire, mais c'est elle qui est en difficulté. Nous comprenons alors pourquoi cet Ybstag posait tant de problèmes à la milice.
Il faut changer de plan, on ne tiendra pas longtemps comme ça. Je commence à m'habituer aux attaques de l'invocation en face de moi. Je rassemble mes forces, et je choisis le bon moment pour frapper le coude du Craqueleur, brisant son bras. La moitié libre file vers l'Osamodas, qui est obligé de se déséquilibrer pour l'éviter. Comme je m'y attendais, Haska ne manque pas cette opportunité et plonge une de ses dagues dans l’œil d'Ytsbag. »
« Son hurlement de douleur se transforme rapidement en gargouillis sanglant quand ma deuxième dague lui tranche la gorge. Fin. »

​​​​​​​Un lourd silence suivit la dernière phrase du récit.
« Nous espérons que notre histoire vous aura plu. Bonne soirée à tous. »
Et ils retournèrent s'asseoir au coin du feu.
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Score : 969

Hello,

Serait-il possible que tu acceptes ma demande d'ajout sur l'Ankabox pour que je puisse discuter avec toi en privé de l'utilisation de tes personnages dans mes récits ?

D'avance merci,
Cow

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Score : 3167
Le créature.

Après moult récits tous plus intéressants que les autres, Diane se mit à ramasser un livre qui venait d'apparaître à ses pieds. Il semblait venir de loin. Le livre était incrusté  de minerai tous plus rares les uns que les autres, la couleur du livre rappelait vaguement les océans de Sufokia et ses nombreuses couleurs. La première de couverture était orné d'une magnifique représentation du dieu Oktapodas en relief argenté. 

Diane ouvra le livre, certaines pages semblent effacé, l'état du livre laisse à désirer.
Journal de bord 
Jour 39  :

J'ai fini par réparer Spauke, ce vaisseau en aura vu de toutes les couleurs ces derniers temps, mais je ne peux me passer de lui, nous avons vu et fait tellement de choses ensemble qu'il est une partie de moi. Nous repartirons ce soir à la tombée de la nuit et je trouverais qui a fait ça.



Jour 43 : 

D'après les marques que j'ai pu apercevoir sur la face avant du cockpit, il est question d'une créature énorme, faisant au moins 2 fois la taille de Spauke. Ce genre de créature ne court pas les rues, je finirais bien par récolter d'autres indices, notamment auprès des villageois, j'ai cru apercevoir un village non loin d'ici, à quelques heures de marche.

Jour 44 : 

Je suis enfin *la suite semble être effacé* les habitants de ce village sont assez sympathique, j'ai pu rencontrer un jeune Roublard, d'après les dires, ces derniers seraient aussi rusés que vicieux, mais celui-ci était une gentillesse incommensurable. D'après-lui, la créature qui nous a attaqué Spauke et moi, se nommerait "Écureuil"  il paraît qu'elle a déjà massacré des millions de Douziens. Je t'annonce, cher journal, que son règne de terreur est terminé.

Jour 53 : 

J'ai continuée de récolter quelques indices, le dénommé "Écureuil" : 
  • Son repas favoris est le "Gland", une genre de petite coquille renfermant ce que habitants de la terre-ferme nomment "Noisette".
  • Il fait au moins 20 mètres de haut.
  • Il aime parfois tuer des innocents pour le plaisir.
  • Il se nourrit de jeune femme vierge tout les 34 du mois, à noté, je ne savais pas que les habitants de la terre avaient plus de 34 jours dans leur calendrier.

Jour 54 : 

J'ai découvert qu'il existait une forêt dont les arbres pourraient bien cacher une telle créature, certains disent que cette forêt est habitée par les "Brigadins" je ne sais pas qui ils sont, mais je suis sûr qu'ils sauront m'aider. *la suite semble effacée*

Jour 55 : 

J'ai dû laisser Spauke à l'orée de la forêt, celle-ci étant trop danse pour que lui et moi nous y baladions. J'ai fini par trouver une entrée et j'y ai rencontré une femme assez étrange, lorsque je lui ai parlé du dénommé "Écureuil" elle m'a ri au nez, l'air de dire "Vous n'y arriverez jamais !" j'ai décidée de ne pas me laisser faire et lui prouver qu'elle avait tort.

Jour 96 : 

Spauke est de plus en plus à la traîne j'ai l'impression que ses moteurs ne vont pas tarder à lâcher, et Écureuil se cache toujours aussi bien, comment une créature de 20 mètres pourrait elle passer inaperçus aussi longtemps.

Jour 106 : 

Après le crash de Spauke j'ai fini par me décider à le réparer une nouvelle fois, et j'ai trouvé où était le problème, une jeune créature s'était réfugié dans les moteurs, vu la sciure d'Acajou qui l'enrobait elle devait sûrement y être caché depuis au moins 2 mois. Elle a dû s'y réfugier lorsque Écureuil nous a attaqués. Au début je voulais la relâcher mais elle n'arrête plus de me suivre, j'ai donc décidé de lui faire une place à bord, elle a l'air de se plaire avec Spauke et moi. Je ne savais pas comment l’appeler alors j'ai décidé de le nommer "Mékraby". Ce qui m'a vite fait penser que Mékraby me manquait. C'est mon Mékrabe après tout, il doit s'inquiéter de ne pas me voir rentrer. 

(HRP : Désolé pour la qualité d'image)
 
[left]Jour 137 : 

C'est étrange, la réserve de gland pour la chasse semble s’amoindrir. Je n'aime pas ça, j'ai l'impression qu'Ecureuil me suit à la trace et se joue de moi. *La suite semble raturée et par conséquent  illisible*.

Jour 138 : 

Mékraby II & moi-même sommes partis à la recherche d'indice, bizarrement tout le monde se mettait à rire chaque fois que je parlais d’Écureuil, j'ai l'impression que personne sur la terre ne fait confiance aux Steamers pour ce genre d'affaire. Ils verront ce dont une Steameuse de mon calibre est capable. 

Jour 142 : 

J'ai fini par recroiser le jeune roublard de la dernière fois, il m'a indiqué une route à prendre, d'après-lui, Écureuil se cacherait quelque part dans une contrée nommée Cania, cela me prendra quelques jours pour m'y rendre mais je sens que je m'approche du but.

Jour 150 : 

J'ai *plus rien ne semble avoir était écris*

Diane, amusée par le récit qu'elle venait de lire voulut en savoir plus sur cette Steameuse qui aurait oublié son Journal de Bord, c'est alors, qu'elle la vit, assise au piano, elle vit la jeune Calligraphie, appuyant touche par touche sur le piano à la recherche de l'utilité de cette chose. Un Écureuil était allongé sur son chapeau bleu et semblait dormir. 
Elle s'approcha de la jeune Steameuse et lui rendit son livre en y ajoutant "J'ai hâte de découvrir la suite de cette histoire" puis elle donna un clin d’œil à la créature qui accompagnait Calligraphie avant de faire volte-face et de se rasseoir. 


(Voilà, j'espère que ça vous plaira, j'ai eu beaucoup de mal à qui garde un ton humoristique propre à l'univers de DOFUS et qui ^puisse être lu et compris par tous. J'espère ne pas vous décevoir *souris* Bonne chance à toutes et à tous.)[/left]
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Score : 168

 

kra-tastrophe|25/01/2019 - 21:06:06
Wow juste génial ! A la fin on comprend tout de suite qui est Diane. Bravo ! ohmy


Merci beaucoup pour ton message ! Je suis vraiment heureux que mon texte t'ai touché ! 
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Score : 214
[HRP Yes un event de récit d'invention ! J'adore écrire alors si c'est sur Dofus, ça mérite que j'y investisse du temps et de l'énergie. J'ai fait au mieux pour essayer de vous distraire, vous faire rire ou pleurer. Bonne lecture smile]
 

Capture-moi, je te fuis
 
La soirée était déjà bien entamée alors Lhyn estima que l'ambiance était désormais assez conviviale et chaleureuse pour accueillir son histoire. L'osamodas se leva de sa table. En traversant la salle il s'arrêta près de la cheminée et tendit à un des occupants du fauteuil son familier. «C'est peut-être un koalak mais faites attention, il mord». Il continua sa route et, arrivé à hauteur du piano, s'assit sur le tabouret puis fit glisser ses doigts sur les touches. La mélodie apaisa les esprits et réchauffa les cœurs. Tandis que le brouhaha ambiant s'étiolait pour laisser place au silence, les regards se tournèrent vers le pianiste et les oreilles se tendirent. C'est alors que Lhyn se mit a chanter.


Une histoire de chasse
Par un osamodas.
Non loin de la montagne des koalaks,
Libre comme l'air, je poursuis ma route.
Je monte mon bouftou et lève le bivouac
Faisant une offrande à Foya des restes de mon casse-croûte,
Le Méryde de la maladresse n'apprécie pas le geste.
Alors je subis son courroux et me voilà qui empeste…



En effet, comme le conte la chanson, notre histoire nous emmène dans les territoires sauvages de la montagne des koalaks. Et notre jeune osamodas empeste, terriblement. A dos de son bouftou, il n'imaginait pas l'enchaînement causal qu'il allait subir sous l'effet Méryde. Lhyn vagabondait vaillament quand il aperçut une peluche au sol. Pris de pitié, il la ramassa tendrement. Alors qu'il la tend devant lui, niais et enfantin, il lui tint cette promesse : «n'aie crainte, avec moi tu seras en sécurité». A ces mots, le doudou ouvrit les yeux et afficha un affreux rictus. Ses dents acérées allèrent se planter droit dans le nez de notre héros. Lhyn tomba à la renverse et s'écrasa dans une bouse. Maintenant poursuivi par une horde de moskitos attirés par l'odeur irrésistible d'un repas fumant, il prit ses jambes a son cou. Malencontreusement il glissa et dévala acrobatiquement une pente qu'il longeait pour terminer sa course avec fracas au bord d'un précipice.


Il reprend ses esprits, haletant. En se redressant, il comprends qu'il était allongé sur une pauvre bestiole. «Heureusement qu'elle a amorti ma chute. Sans elle je serais cent kamètres plus bas»  pensa-t-il. La dragodinde, éreintée d'avoir été percutée, peine à se remettre debout. Une fois levée, elle prend hâtivement la fuite d'un pas boiteux.


Lhyn n'eut pas le temps de reprendre son souffle qu'une belle osamodas apparut devant lui. Un rêve. De longs cheveux bruns, deux petites cornes ivoires, elle dégageait un doux parfum… «Non mais vraiment» hurla-t-elle, «j'étais sur le point de la capturer et tu l'as fait fuir». Elle marqua une courte pause, mais de continuer «quelle puanteur tu dégages, c'est infecte ! » Et lui assène un coup brutal qui le précipite du haut du ravin.


L'eau glacée s'écoule au fond du canyon, le choc thermique ramène Lhyn à la réalité. Il émerge en panique et entend déjà crier d'en haut «maintenant que tu es propre, je te laisse une minute pour remonter ! ». Trempé, épuisé et les mains égratignées, Lhyn parvint à escalader la roche. Malgré son pitoyable état, il ne put s'empêcher d'esquisser un sourire et d'adresser malicieusement : «par chance tu es très mignonne, ça compense ton caractère de chienchien». Cette remarque la fit terriblement rougir. Elle dégaina son fouet et dit : «Je ne te laisserai pas t'en aller tant que tu n'auras pas capturé cette dragodinde. Si elle est partie c'est de ta faute».


La nuit commence à tomber sur la jungle. Il se fait tard. Adelyne, ma nouvelle partenaire, décide de m'offrir généreusement le gîte et le couvert. «Ne croit pas que c'est l'hôtel, tu feras la vaisselle et dormiras par terre» me précise-t-elle d'un ton autoritaire.


Nous arrivons à sa demeure. Une maison de pierre austère en parfait accord avec sa personnalité. Elle ouvre la porte grinçante et je franchis le pas. Je suis stupéfait. L'intérieur rompt radicalement avec l'apparence externe. Les bougies flamboient et libèrent une lueur amicale. Les murs et le sol sont de bois. Quelques plantes disséminées ici et là viennent insuffler la vie à l'atmosphère de la pièce. Un chacha noir vient nous accueillir. Adelyne le prend dans ses bras. «Je te présente Ronron». Depuis que nous sommes entrés, son tempérament semble s'être adouci. Elle ne hurle plus à tout-va et je la surprends même à sourire…


Nous nous installâmes et commençons à discutailler et à nous enivrer de thé. Rassasié et légèrement ivre je pris un ton sérieux et lui demanda «pourquoi tiens-tu tant à capturer cette dragodinde ? » Elle baissa le regard et quelques larmes commencèrent à perler autour de ses yeux. D'une voix triste elle m'expliqua : «je viens d'une famille d'éleveurs. Mon père fournissait la garde du roi d'Amakna. Nous jouissions d'une grande réputation dans le milieu. Un jour, un craqueleur nommé Koulosse, installé plus haut dans la montagne, furieux que nous épuisions les quantités de kalyptus pour nourrir nos montures, ourdit un complot contre nous. Il empoisonna nos réserves. Une semaine plus tard, mon père, qui ne s'en était pas rendu compte, livra une garnison au roi d'une centaine de dragodindes. Infectées, elles succombèrent toutes trois jours plus tard. Et mon père avec. Il avait pour habitude de boire régulièrement des infusions au kalyptus. Lui qui fut autrefois respecté, il décéda seul et dans la honte. Si je souhaite à mon tour me lancer dans l'élevage c'est afin de réhabiliter le nom de mon père et de notre famille. C'est pour lui que je le fais, pour son honneur. Attraper un archimonstre comme première dragodinde redorera à coup sûr notre blason». Ses paroles me travaillèrent une bonne partie de la nuit avant de m'endormir, exténué.


Les rayons du soleil percent la fenêtre et caressent mon visage. La chaleur humide du matin tropical embrume mes songes. Cependant il n'existe pas plus doux réveil qu'Adelyne. «DEBOUT sale feignasse ! Au travail, ramène-moi cette fichue dragodinde».


Je suis dehors, perdu dans la jungle, le soleil est au zénith. L'atmosphère pesante de cette forêt alourdit mes pas et je ressasse son histoire dans ma tête. Le souvenir de son visage désappointé me motive. Adelyne, tu peux compter sur moi, je t'aiderai.


Voilà quatre heures que je déambule à la recherche de mon objectif et le soir commence a poindre. Quand tout à coup une ombre furtive glisse dans les bois. Mon attention grimpe, je me concentre. Une brindille craque sur ma gauche, un courant d'air vient de la droite. Je suis a l'affût. Je tourne sur moi-même. Il ne fait aucun doute, je ne suis pas seul. Au loin le croassement des corbacs précède leur envol. Une odeur particulière m'entoure. A gauche ? Devant ? Je me retourne. A dix centikamètres de mon visage deux grands yeux globuleux me fixent. Ces yeux (avec un strabisme insoutenable) appartiennent à un visage qui exprime une débilité profonde. Une longue langue pend de sa bouche comme anesthésiée. Surpris de cette apparition, je recule par réflexe. Je réalise alors «toi ! ». Je bondis sur ma proie tel un mulou affamé. Elle réagit dans l'instant et s'enfuit rapidement. Par chance je parviens à agripper le bout de sa queue. Elle augmente l'allure et suis traîné derrière. Le frottement du sol commence à me brûler mais je ne desserre pas. La dragodinde affolée continue sa course effrénée. Je me répète en boucle «je tiendrai, je tiendrai, je tiendrai». Elle tente de me faire lâcher prise, elle virevolte, tourne, saute, freine puis accélère. Le cirque dure depuis une heure et enfin elle fatigue. Son trot, tout à l'heure saccadé, commence à ralentir. puis elle s'arrête, enfin. «J'ai gagné» me réjouissé-je. Alors que j'allais savourer ma victoire, inopinément un vrombissement sonore retentit. Sa queue trembla et un gaz vert fluorescent se répendit en sustentation autour de ma tête. J'arrêterai ici la description car l'odeur qui suivit directement me plongea en pleine shukrute. Dès lors je suis convaincu d'une vérité : pas un seul douzien au monde ne peut lutter contre le pet d'une dragodinde, encore moins lorsqu'il s'agit d'un archimonstre.


Je rentrais bredouille. Arrivé après un long retour, Je frappai à la porte. Adelyne m'ouvrit et je dus m'excuser platement en essayant de trouver les mots pour expliquer mon échec. Les injures fusaient. Après avoir accusé les cris et quelques coups de fouet, je lui tendis une orchidée freyesque que j'avais cueillie sur le chemin. Malgré sa tentative de masquer son émotion, je pus deviner que mon geste la toucha.


Le lendemain, le réveil fut aussi tendre que le précédent, pourtant quelque chose changea. Aujourd'hui elle avait décidé de m'accompagner. N'allez pas vous imaginer que cela allait modifier quoi que ce soit. Non, cette seconde tentative fut aussi manquée que la première à la différence que cette fois j'avais une osamodas qui me courrait derrière et me hurlait ses ordres à coups de fouet. C'était pire. A la tombée du jour, ma compagne se blessa à la main d'avoir trop usé de la cravache et je dus la ramener.


Après cette faillite commune nous parvînmes à la conclusion qu'il nous fallait un plan. Nous devions la jouer fine et agir en équipe. Un jour passa à la mise en place d'une stratégie et le lendemain, au quatrième jour, nous étions fin prêt.


La tactique reposait sur une logique implacable : notre cible était un adversaire coriace donc nous devions miser sur la ruse.


Un piège, préparé à l'avance, devait cueillir la dragodinde. Un filet de capture camouflé au sol se refermerait sur la bête une fois entre ses mailles.


Notre rôle était d'amener la dragodinde droit sur la trappe. Pour cela nous devions l'encercler en la cernant par un grand nombre d'acteurs puis rétrécir le cercle pour la forcer à se diriger sur le piège.


Où recruter les participants ?


Je vous rappelle que nous sommes des osamodas. Adelyne serait chargée de diriger le front Nord. Une meute en demi-cercle constituée de nos invocations communes qu'elle dirigerait.


Quant à moi je serais occupé à former le front Sud. Vous vous souvenez du bébé koalak ? Hé bien notre espoir réside en lui. Je devais kidnapper cette affreuse peluche vivante afin de motiver la tribu koalak à me poursuivre. Une horde furieuse à mes trousses et une meute domptée convergeraient vers un point commun : le filet, obligeant notre cible, au centre à se recroqueviller dessus. Eloignés, nous aurions des fées d'artifice afin de communiquer nos position et nos déplacements. Afin que je ne me retrouve pas seul, nous avions convenu que Ronron m'accompagnerait.


Il est l'heure. Le plan est en marche et tandis qu'Adelyne prend position au nord, je me dirige vers la tribu koalak. Soudain un choc violent à la tête me fit sombrer dans les ténèbres. Je me réveillai les mains ligotées dans le dos. D'innombrables koalaks me scrutaient méchamment. Au milieu d'eux se tenait narguant, le bébé poilu. Je suppose qu'il avait dû leur raconter notre précédente rencontre, et les koalaks, m'ayant reconnu, m'ont capturé par surprise.


Le chef du clan apparaît et s'avance vers moi tenant dans ses bras Ronron. Il prend alors la parole. D'une voix rauque il me demande : «la mort ou le chacha ? » Quelle cruelle vengeance disproportionnée… «La mort ? » pensé-je à voix haute. Le chef pris ma pensée comme une réponse et continua : «tu as choisi la mort… mais d'abord le chacha ! » A l'annonce de son jugement «hahou hahou» s'écriait en cœur la tribu. Comprenant l'urgence de la situation je devais agir, et vite. Dans un tel moment seul un miracle peut vous aider. A cet instant une fée d'artifice éclata au loin dans le ciel : «Adelyne». L'évènement distrayait momentanément les koalaks qui observèrent l'éclat lumineux. J'en profitais pour me saisir discrètement du couteau à la ceinture d'un koalak à proximité. Mes liens coupés, je courus et me saisit de Ronron et du bébé teigneux. Pris au dépourvu, ils s'enragèrent et me poursuivirent furieux. Parfait, le plan continue. En route, je fais exploser une fée et me dirige, une horde à mes talons, vers le point de convergence.


Nous y sommes. J'aperçois devant moi la meute de bouftous avec à sa tête mon amie. Entre nous la dragodinde qui ne sait plus ou fuir. Les deux fronts fonçant l'un vers l'autre, ne peuvent plus s'arrêter et vont s'entrechoquer. La dragodinde acculée se dirige comme prévu sur le filet. Adelyne et moi comprenons que le seul moyen de nous en sortir est de sauter dans le piège également. Nous bondissons, les mailles se referment sur nous, la dragodinde et le bébé que je tenais. Nous sommes suspendu dans le filet pendant que la guerre éclate en dessous entre invocations et koalaks. Quelques heures plus tard, l'anarchie s'est dissipée. Et nous rions a cœur joie.


Rentrés, le groupe de cinq firent la fête jusqu'au soir. Une fois les compagnons assoupis, les deux osamodas purent échanger un baiser et s'endormirent paisiblement.


L'anecdote de Lhyn parvenait a sa fin. Les clients de l'auberge, captivés par son histoire, l'avaient bien compris et ils profitaient dans le calme des derniers vers de la chanson clôturant cette longue diatribe.


Une histoire de chasse
Par un osamodas.
Non loin de la montagne des koalak,
Libre comme l'air, je poursuis ma route.
Je monte mon bouftou et lève le bivouac
Faisant une offrande à Eboren des restes de mon casse-croûte,
Le Méryde de l'embonpoint n'apprécie pas mon avoir.
Mais je m'arrête ici car c'est une autre histoire…



Tandis que la note finale retentissait et que le silence reprenait ses droits, Lhyn se tourna vers ses auditeurs. «Si vous pensez que j'ai fait une belle prise avec cette dragodinde, vous vous méprenez. Ce jour-ci, c'est le cœur d'Adelyne que je réussis à capturer et de toutes les créatures que j'ai croisé sur ma route, cette charmante demoiselle est de loin mon plus beau trophée». Sur cette morale, Lhyn se leva, récupéra son familier et alla s'assoir à une des tables à proximité du bar prêt à écouter les prochaines histoires.
 
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Score : 7105
Le dévoreur d’âmes

Moi aussi j’ai participé à une chasse qui n’était pas comme les autres... Oh, ce n’est pas la peine ne me regarder pas comme ça ; je sais ce que vous pensez ! Cependant, il ne faut pas se fier aux apparences : ce n’est pas parce que je suis blonde et que je porte des vêtements rose que je suis douillette, vous savez ? J’ai participé à un certain nombre de traques en tous genres et, sans être une professionnelle, je ne suis pas la plus mauvaise des chasseuses, figurez-vous.

Mais, peut être aurais-je dû commencer par me présenter : je m’appelle Fantomine et je viens de Bonta. Ma mère y tenais une bijouterie autrefois. Enfin, avant qu’elle ne soit accusée d’écouler les pierre précieuses que mon père volait pendant la nuit. Mais, c’est une autre histoire…

Celle que je vais vous raconter, Dame Diane, s’est déroulée ici, dans les monts de Cania, il y a quelque temps déjà. J’étais alors une jeune sramette, volontaire et spontanée ; sans doute un peu naïve aussi... J’avais l’impression que le monde entier m’appartenait. Pour tout vous dire, j’étais venue ici en quête du Dofus Emeraude. On racontait qu’il était détenu par un groupe de bandits qui sévissait dans le coin et j’étais tellement inexpérimentée que j’imaginais qu’il suffisait de trouver leur cachette pour mettre la main dessus ! Ils auraient été vus, peu de temps auparavant, au village d’Ocre-roche, m’a-t-on dit. Alors j’avais décidé de m’y rendre et, en chemin, me suis arrêtée ici même, à l’Auberge de Mandine.

Il pleuvait des trombes d’eau depuis plusieurs jours et je n’étais pas la seule à y être venue m’y réfugier. Il y avait un groupe de mineurs aux visages patibulaires, des énutrofs je crois, qui discutaient à voix basse autour du poêle, comme s’ils étaient en train de comploter. Les autres clients s’étaient regroupés devant la cheminée, un peu comme aujourd’hui, pour se sécher : un écaflip, un iop et un sacrieur, autant que je m’en souvienne… Et puis il y avait ce vieux roublard, accoudé au bar, à côté de l’entrée. A l’époque je m’habillais en rouge et quand j’ai enlevé mon capuchon, après avoir franchi la porte, il m’a adressé un sourire et j’ai tout de suite compris que je lui plaisais.

Il faut reconnaître que je suis plutôt bien faite. J’attire souvent les regards et celui que m’avait lancé le roublard était plein de convoitise. Quand j’y repense, il y avait une drôle d’odeur dans la pièce et, avec ces énutrofs juste à côté, j’avais l’impression d’être comme une friandise au milieu d’un plateau de fromages. Mais, j’ai l’habitude vous savez et, ce jour-là, j’avais bien l’intention de profiter de cet avantage. Alors, j’ai décidé d’adopter la technique du pêcheur : le poisson était déjà appâté, il ne me restait plus qu’à laisser « filer la ligne »… Je suis donc allée m’assoir à l’écart, là-bas, dans le coin de la salle. Et, bien sûr, ça n’a pas loupé : quelques minutes plus tard, le vieux roublard est venu m’y rejoindre.

Il s’est assis à ma table, en me faisant le coup du regard complice, avant de me demander à voix basse, pour que les autres n’entendent pas :
- Tu es venue ici pour la chasse, toi aussi ?
- Cela dépend de quelle chasse tu parles…
Alors, se rapprochant, il m’a répondu en parlant tout bas :
- Mais, de la chasse au dahü, bien sûr !
- Le « da-hue » ? Qu’est-ce que c’est ?
- Comment, te ne sais pas ? Non, ce n’est pas possible : tu te moques de moi…
Et, comme je ne disais rien, il a encore rapproché sa chaise de la table et s’est penché en avant, pour que nous soyons pratiquement tête contre tête.
- Le dahü est tout simplement le meilleur de tous les familiers. Non, c’est mieux que ça : c’est le plus extraordinaire de tous les compagnons ! Celui que tu emmènes avec toi pour combattre le Kralamoure Géant, si tu vois ce que je veux dire ? Ses aptitudes sont dé-men-tielles ! Et, bien sûr, il est rare d’en trouver. Que dis-je, il est rarissime de pouvoir mettre la main dessus...
- Hooo ! Non, je ne savais pas. Enfin, si, j’en avais entendu parler, bien sûr ; mais j’ignorais qu’il y en avait dans les monts de Cania…
- Chuuut ! Moins fort !
Il a jeté un regard suspicieux au groupe d’aventuriers regroupés devant la cheminée avant de poursuivre :
- Le dahü est un animal solitaire qui ne vit qu’en très haute altitude : il a les jambes plus courtes d’un côté que de l’autre, pour pouvoir se déplacer plus facilement à flanc de montagne. C’est pour ça qu’il est très difficile d’en trouver. Mais, une fois par an, à la période des amours, il redescend à la recherche d’une femelle, pour s’accoupler. Et, justement, la période des amours : c’est maintenant…
- Hooo ? Mais, dis-moi, tu en sais des choses toi alors...
Et, disant cela, je bombais le torse en essayant d’avoir le regard aussi admiratif que possible. Car ma décision était prise : le Dofus Emeraude pouvait attendre ! Et, d’ailleurs, il serait plus facile de poursuivre la quête une fois que j’aurais capturé l’un de ces familiers...

Finalement, je n’eus aucune difficulté à convaincre le vieux de roublard de m’emmener avec lui à la chasse aux dahüs. Sans rien lui promettre et encore moins qu’il pourrait profiter de mes charmes, je lui avais laissé entendre que je serais très reconnaissante s’il pouvait m’aider à capturer l’une de ces créatures… Et ce fut largement suffisant !

Nous avons quitté l’auberge en fin d’après-midi, car les dahüs sortent de leurs cachettes à la tombée de la nuit, en poussant des petits cris pour essayer de se faire remarquer par leurs futurs partenaires. Le roublard m’a entraîné sur des sentiers tortueux, qui semblaient se diriger vers le sommet de la montagne la plus proche. Et, bien sûr, j’ai profité de cette marche pour essayer d’en savoir plus sur ce familier exceptionnel :
- Au fait, comment fait-on pour apprivoiser un dahü, une fois qu’on l’a capturé ? Pour le dresser, je  veux dire : le rendre plus fort ?
- Oh, c’est très facile, le dahü est un « dévoreur d’âmes », Fantomine : il se nourrit des âmes des monstres que tu as tués. Tu n’as donc rien à faire ! Il suffit de l’emmener au combat avec toi et le reste se fait tout seul…
- C’est vrai ? Ca alors... C’est pratique !

Au bout d’une heure de marche, j’ai entendu une sorte de cri, comme si on voulait appeler quelqu’un. Mon guide m’a alors fait signe de ne pas faire de bruit avant de bifurquer dans la direction d’où venait ce cri et, bien sûr, je l’ai suivi. Au fur et à mesure que nous avancions, les cris du dahü ressemblaient de plus en plus à celui d’une chouette, mais en un peu plus long. Peut être en un peu plus aigu aussi. Toujours est-il que j’avais l’impression d’avoir déjà entendu ce type de cri, mais sans parvenir le reconnaître…

Nous avons dû marcher encore une heure environ et lorsque nous sommes arrivés sur un espèce de plateau, il faisait presque nuit noire. Le dahü ne devait plus être bien loin et, alors que je m’apprêtais à en faire la réflexion, un nouveau cri retentit. C’était un cri long, modulé et parfaitement reconnaissable cette fois : celui d’un mulou qui devait se trouver juste à côté.
- Qu’est-ce que c’était ? On aurait dit un mulou !
- Ca, c’est ton dahü ma belle...
Et, devant mon air étonné, le roublard se mit à rire à gorge déployée :
- Pauvre idiote ! Les dahüs n’existent pas : c’est une histoire qu’on raconte aux enfants... Mais, les dévoreurs d’âmes par contre, eux ils existent. Celui-ci raffole des âmes jeunes et innocentes : la tienne va me rapporter un beau paquet de kamas !

Avant que je n’eus le temps de réagir, le roublard avait disparu derrière un rocher, tandis qu’une silhouette, plus sombre encore que le nuit, se faufilait, comme une ombre, derrière mon dos. C’est son odeur qui l’a trahi : celle d’un vieux fromage qui aurait été oublié sur une étagère... Instinctivement, je me suis mise invisible avant de filer dans la direction opposée. Mais, malheureusement pour moi, j’étais moi aussi trahie par ma propre odeur : celle de la peur dont je ne parvenais pas à me défaire et qu’il lui semblait aussi facile à suivre que si j’avais laissé des petits cailloux sur mon passage ! Cette peur qui me coupait le souffle, tandis que la bête m’avait prise en chasse. Car c’était moi le petit poisson : le roublard m’avait attrapée dans ses filets avant de me vendre à un redoutable chasseur, dont j’étais devenue le gibier ! Et, finalement, c’est moi qui était traquée comme un bête sauvage.

Le mulou courrait derrière moi à toute allure et, ayant du mal à respirer, je m’étais mise à haleter. J’entendais nettement les foulées du fauve qui me poursuivait et, au bout de quelques kilomètres, j’ai commencé à ressentir un point de côté. J’étais persuadée que je n’arriverai pas à le distancer. Et puis, si ce monstre peut me trouver aussi facilement alors que je suis invisible, me disais-je, il est inutile d’essayer de se cacher. Je suis partie brusquement à droite, puis à gauche, comme si cela pouvait changer quelque chose, avant de me retrouver acculée contre des rochers. C’est alors que j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne pourrai pas lui échapper. Dégainant mes dagues, j’ai fait face à la bête, en m’apprêtant à me défendre corps et âme.

Ce n’était manifestement pas un mulou comme les autres. Non seulement il payait un roublard pour qu’il rabatte ses proies et il avait sû imiter le cri de la chouette, mais il avait l’air rusé comme un renard, pour ne pas dire sournois. En outre, il avait je ne sais quoi d’humain dans le regard et puis, cette odeur...Bien qu’il fut éloigné de six ou sept pas, j’en avais déjà la nausée ! J’allais lui balancer mon poison, quand une voix a demandé :
- Salut ! Tu as besoin d’aide ?
Cela venait de derrière moi, au-dessus des rochers auxquels je m’étais adossée. Et avant même que je puisse répondre j’entendis :
- Eh, venez : on va se faire un milimulou !
- Un mulou, où ça ?
- Non, tu dois te tromper : il n’y a pas de milimulou dans les Monts de Cania.
- Si, là, regarde. Et il faudrait pas trop traîner d’ailleurs…
- Ce n’est pas un milimulou, mais oui, tu as raison : la pauvre, elle ne va pas s’en sortir toute seule.
- Allez, on y va !

Je vis alors un groupe d’aventuriers descendre des rochers avant de s’interposer entre le monstre et moi. Ils étaient tous bien plus chevronnés que je ne l’étais et ils n’auraient eu aucune difficulté à donner une bonne correction à cet étrange mulou ! Mais, celui-ci ne leur en a pas laissé l’occasion : il fit brusquement volte-face, avant de disparaître dans la nuit. Enfin, je crois que sans l’arrivée providentielle de ces aventuriers, je serais morte ce jour là. Depuis, ils m’ont intégré dans leur guilde et... Mais, c’est une autre histoire.

Toujours est-il que je recherche un vieux roublard : cheveux blancs, l’air sympathique, beau parleur... Est-ce que l’un d’entre vous l’aurait croisé, par hasard ?
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Score : 66
MON RÉCIT EST Disponible en version audio (avec bruitages / musiques) à cette adresse :
    https://www.youtube.com/watch?v=igjBPCUfSxc

     Il ne restait plus grand monde dans l’auberge. La plupart des réfugiés climatiques avaient profité d’une légère accalmie de la tempête pour tenter de rebrousser chemin plutôt que devoir dormir par- terre. Ne restaient dans l’Auberge de Mandine qu'une poignée de personnes.

     Presque tous s’étaient pliés au jeu du récit de chasse lancé par Diane. De nombreuses histoires furent narrées, avec plus ou moins de succès.

     La plupart des protagonistes avaient cherché leurs mots longuement et furent à peine écoutés par leur auditoire. D’autres, au contraire, avaient fait preuve d’une grande éloquence et avaient su s’attirer l’attention de toute l’assemblée. Les clients avaient bu leurs paroles avec autant de plaisir qu’un Pandawa savourant sa cent cinquante et unième bière de la matinée.

     Mais dans la salle demeuraient certains sceptiques, dont un Enutrof bègue répondant au nom de Bredouillard Pelle-mêle. C’était, tout comme Diane, un habitué. Ce dernier se leva précipitamment de son tabouret et monta sur une table.
     — Hey ! Descend de là, tu vas pourrir le mobilier ! Lui lança le barman qui nettoyait un verre avec un chiffon.
     — Fou-Fou moi la-la paix ! j’ai une a-annonce à faire ! Lui cria le vieillard.

     Le Barman, un Osamodas obèse portant une grosse barbe noire soupira et s’empara d’un marteau qu’il cachait sous le bar. Mandine, sa compagne et propriétaire de l’établissement, lui demanda de laisser faire l’Enutrof. Elle était curieuse de l’entendre. Son mari grogna et rangea son marteau.
     — Je te préviens Bredouillard, je te connais. Si ton historie dure dix-plombes j’invoquerai des centaines de tofus pour qu’ils te picorent pendant des heures, parole d’Osamodas !
Bredouillard déglutit.
     — Je-je ne v-veux pas raconter une histoire. Je veux dénoncer c-celles des autres. Ca-Car oui, je le dis, D-Diane, la plupart d-des personnes présentes ici t’ont men-menti ! Tel Elime Zola, célèbre Enutrof qui défendit un Eniripsa accusé d’espionnage lors du procès d’Astrub, j’accuse ! Oui j’accuse les gens ici présents d’avoir menti !

     La vieille Diane semblait prêter une grande attention aux paroles de Bredouillard.

Un Iop se mit en colère.
     — Comment osez-vous, vieillard, m’accuser, moi, Maxiceps, le Iop aux gros Biceps d’avoir menti ?
     — Tu-tu as dit a-avoir a-affronté seul un Meulou à Incarnam alors que tu chassais le sanglier. Or-Or il n’y a pas de Meulou à In-Incarnam.
     — C’est vrai ça, compléta Diane. Une explication ?
Maxiceps baissa les yeux.
     — Il se pourrait que j’aie confondu Meulou et Milimilou…
Bredouillard sourit. D’autres aventuriers se sentant menacés d’être découverts, voulurent changer de sujet.
     — Et si nous jouions du Piano ! Je connais une balade Bontarienne dont vous me donnerez des nouvelles. Lança un Crâ en se dirigeant vers l’instrument.
     — Pas si vite ! s’exclama Bredouillard. T-toi aussi tu as menti.

Le Crâ se figea. Bredouillard reprit.

     — Tu-Tu as dit qu’a-avant-hier tu as ch-chassé le Boufmouth sur Frigost et que tu as failli te faire dévorer tout cru…
     — C’est exact ! s’exclama le Crâ.
     — Tu-tu as fait comment le trajet jusqu’ici alors que rien que la traversée depuis le Port de F-Frigost jusqu’à la B-Baie de Ca-Cania met cinq jours ?
     — Tout cela est un peu confus dans ma tête ! répondit le Crâ.
     — Il est peut-être revenu grâce à un Zaap ! s’exclama un jeune Sadida.
Voyant une opportunité de se rattraper, le Crâ rebondit sur les propos de l’enfant.
     — Ah oui c’est exact ! Ça me revient maintenant, j’ai pris le Zaap qui conduit aux plaines de Cania et j’ai fait le reste du trajet à pied jusqu’ici…
     — Le Zaap de Cania est à trois jours de marche d’ici. Lança le Barman d’un ton sec.
     — J’avais une dragodinde ! répliquât le Crâ.
     — Et elle est où cette dra-dragodinde ? Demanda Bredouillard. Attachée dehors dans le froid du blizzard ? C-c’est bizarre, je l’ai p-pas vue en rentrant et tu étais l-là avant moi…
Se sentant piégé, le Crâ abandonna.
     — Très bien, j’avoue, j’ai menti ! Je n’ai jamais mis les pieds sur Frigost… Il y fait beaucoup trop froid...

     Sur ces paroles, l’archer, honteux, se fit tout petit et commanda une pinte de bière pour oublier sa déculottée.
     Bredouillard continua son petit numéro visant à démonter les récits de chacun durant plusieurs minutes. Au final, à part une ou deux personnes dont les histoires de chasse étaient d’une banalité déconcertante, tous avaient mentis pour tenter d’obtenir la bague de Diane.
La vielle femme prit la parole.
     — Est-ce qu’il y a une seule personne dans cette pièce dont le récit fut à la fois vrai et un minimum stimulant ? demanda-t-elle, dépitée, tandis que Bredouillard descendait de la table.
     — Bah ouais, le miens ! s’exclama un Pandawa totalement saoul.
     — Je ne vois pas en quoi uriner sur un sanglier des plaines est un récit de chasse stimulant… répondit Diane.
     — Bah c’est que ça l’a fait fuir ! Il aurait pu me tuer !
     — C’est surtout une cirrhose qui va vous tuer.
     — Une six-rose ? Mais j’ai pas besoin de scie, moi … Je coupe le bois à main nue ! Parole de Pandawa ! Hey, patron, une autre pinte ! Lança l’ivrogne en se précipitant vers le bar tandis que Diane soupirait, vautrée dans son fauteuil.
    
     Mandine, la propriétaire des lieux, s’approcha de la vieille femme qui se demandait à qui elle pouvait bien offrir sa bague. Elle se pencha et lui chuchota quelques mots à l’oreille. Diane sourit.
     — Votre attention, s’il vous plait ! s’exclama la vielle dame. J’ai décidé de donner ma bague ….
Un silence de plomb s’installa et tous les yeux se rivèrent vers Diane.
     — A Bredouillard ! Il nous a fait la démonstration d’une formidable chasse aux menteurs, j’avoue avoir été très impressionnée par sa capacité d’analyse. On peut l’applaudir ! s’exclama la vielle femme en tendant sa bague dans la direction de Bredouillard.

     Tout le monde se mit à applaudir mollement le vieil Enutrof bègue, la plupart à contre cœur. Voyant le manque d’entrain dont faisaient preuve ses clients, le barman décida de sortir son énorme marteau. La plupart, ne voulant pas finir la tête écrasée contre, se mirent à applaudir d’une manière un peu plus énergique….

     Lorsque Bredouillard eût entre ses mains la bague de Diane, il la mordit, l’observa attentivement et s’exclama :
     — T-Toi aussi t’es une menteuse, Diane ! Ta-ta b-bague vaut pas un clou.

Sur ces mots, le vieillard jeta l’objet par-dessus son épaule et tout le monde éclata de rire.

FIN.

 
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Score : 969

Mais non ! Superflame lui même nous fait l'honneur de sa participation ! Un vrai plaisir d'écouter l'audio, comme j'y ai pris l'habitude dans tes Superflame Story ! 

Cela va être un honneur de concourir à tes côtés ! 

Super travail, merci pour tout ce que tu produis sur YouTube et bonne continuation là dedans ! 

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Score : 9308
Pulsion de vie, ombre de mort
 
Après que les rires se soient calmés, un long silence s'installa dans la salle de l'auberge. Le vent ne cessait de hurler dehors, et le feu crépitait joyeusement dans la cheminée. Un bruit métallique, sec et régulier, inlassablement répété, accompagnait les habituels sons de l'hiver. C'était un Iop, assis seul à l'une des tables, en train d'aiguiser une belle épée placée sur ses genoux. Absorbé à son ouvrage, il n'avait jusque-là pas dit mot. A vrai dire, il ne paraissait pas particulièrement bavard. La peau pâle, les cheveux roux, portant une tunique rouge sombre ornée d'une croix noire par-dessus une cotte de mailles ; ayant une chaude cape en peau de mulou sur le dos et un solide casque à cornes reposant à ses pieds, le Iop continuait son œuvre patiemment, n'ayant pas l'air de s'être jusque-là beaucoup soucié du monde qui l'entourait.

« J'ai une histoire à raconter également. »

C'est à peine s'il avait levé les yeux : il répétait toujours les mêmes gestes, sûrs et précis, exécutés de nombreuses fois déjà par le passé. Son visage était impassible. Il devait avoir trente ans, quelque chose comme ça. Il avait des traits réguliers et harmonieux, un corps bien fait. Il paraissait serein, mais c'était difficile à dire : sous les airs calmes sourdait comme une angoisse — une inquiétude, une ombre. Les regards se tournaient vers lui, mais il n'y accordait pas d'attention. Rien ne semblait beaucoup le troubler d'ailleurs. Avait-il ri avec les autres tout à l'heure ? L'humeur générale, qui était joyeuse quelques minutes auparavant, n'avait pas l'air de l'avoir beaucoup affecté. Il reprit simplement, d'une voix calme, grave et sobre :

« C'était en 639, il y a presque dix ans, au mois de maisial je pense. C'était une journée magnifique. J'avais passé l'hiver à survivre dans les bois : le retour du soleil était donc bienvenu, tout comme le nouveau travail que j'avais trouvé. Plus jeune, un maître de mon village m'avait enseigné le métier de chasseur et de boucher, mais je ne l'avais pas beaucoup exercé jusque-là. »

Il déposa doucement sa pierre à aiguiser par terre, et souleva sa lame avec ses deux mains, pour l'examiner à la lumière des bougies. Une fois l'inspection faite, il remit son épée sur ses genoux et entreprit d'aiguiser le deuxième côté de la lame.

« C'était en Amakna. Il faisait assez chaud. Les blés à peine sortis de terre, encore verts, ondoyaient au gré du vent. Je me souviens avoir passé un magnifique verger en fleurs — des pommiers, il me semble — puis d'avoir traversé une paisible rivière. Je laissai ma dragodinde s'abreuver, mais je ne devais pas trop traîner. Plus loin, au détour d'une haie, j'avais enfin aperçu ma cible : elle correspondait bien à ce que décrivait le parchemin que m'avait donné mon commanditaire. Préférant rester discret, je mis pied à terre et j'accrochai ma fidèle dragodinde à un jeune merisier éclatant de fleurs blanches qui poussait au bord d'un champ. Après avoir fait quelques prières pour que Iop me donne plus de force, je tâchai de m'approcher discrètement, mon arc dans une main — un Arc de Boo qui m'a servi longtemps — et une flèche dans l'autre, prêt à tirer. Hélas, la discrétion n'a jamais été mon fort : m'ayant entendu approcher, ma proie s'enfuit immédiatement. »

« Je tentais maladroitement d'envoyer une flèche, mais je ratai ma cible. Je m'élançais donc à sa poursuite, en courant à travers le champ. La chasse était lancée, mon cœur palpitait, tandis qu'une délicieuse et stimulante angoisse me montait aux lèvres : qui de nous deux s'en sortira vivant ? Voilà le plus parfait sentiment de vie, si vous voulez mon avis. Donc, j'étais toujours aux trousses de ma cible : celle-ci avait passé une haie et s'engageait maintenant dans un pré de fauche aux herbes déjà bien hautes, suffisamment pour que je ne voie que ses cornes en dépasser. Je continuais donc ma course, souffle régulier, dans l'herbe irritante, sentant les insectes que je dérangeais filer dans mes oreilles. A la sortie du champ, j'avais la vue dégagée. Je m'arrêtai donc pour tenter un deuxième tir. Raté, mais de peu. »

« Il fallait donc reprendre la course. Je traversais maintenant un chemin de terre. Il avait plu ce matin : la boue épaisse, encore humide, était sillonnée des grandes traces qu'avait laissé une charrette en passant. Ça n'a pas loupé : trop impatient pour ralentir, je glissai. Je me relevai avec précaution, recouvert de boue, juste à temps pour voir ma proie entrer dans un bois juste en face. Ayant toujours mon arc en main, j'y pénétrais à mon tour. Les multiples fleurs sauvages des bords du chemin laissaient place aux fougères, aux champignons et aux feuilles mortes. L'ombre de la sylve apportait une fraîcheur bien agréable : mon corps bouillait. Le souffle court, le visage ruisselant de sueur, j'avançais lentement en scrutant le sous-bois. Il me fallut un peu de temps pour m'habituer à la pénombre, mais je ne voyais guère de traces de ma cible. Je soupçonnais qu'elle se soit cachée quelque part, espérant me prendre au dépourvu. C'était bien le genre. »

« Je ne m'étais pas trompé. Et apparemment, elle n'était pas seule — ce à quoi il fallait s'attendre aussi — : un immense sanglier, les soies dressées et les prunelles en feu, sortit soudain d'un buisson, me chargeant à toute allure. Je campai solidement sur mes jambes, prêt à encaisser le choc. Celui-ci me propulsa un bon mètre plus loin : je me fracassais contre le tronc d'un chêne. Heureusement, mon casque — qui avait dû appartenir à un Chafer d’Élite il fut un temps — m'avait protégé la tête. Je me relevai d'un bond, laissant tomber mon arc pour dégainer mon épée. Le sanglier revenait à la charge : il me percuta à nouveau et m'expédia cette fois-ci dans les ronces. Était-ce bien mieux ? Je n'avais guère le luxe de me poser la question. Il s'ensuivit un redoutable corps-à-corps, au terme duquel j'éventrais la bête. »

« Je tâchai de reprendre mon souffle. Mais je n'avais pas le temps : je voyais ma cible s'enfuir à nouveau, la queue dépassant des fougères. Faisant appel à la magie de mon dieu, dans un élan impétueux je bondis jusqu'à elle. L'épée au clair, je tentais de trouver une ouverture. Ses griffes cinglantes me déchiraient la peau. J'avais réussi à lui entailler la jambe. Mais ma proie parvint à se dérober, tandis qu'un deuxième sanglier surgit de nulle part. Le coup me projeta une nouvelle fois à terre. Mais lorsque l'animal chargea à nouveau, je parvins à l'empaler avec mon épée. J'étais un brin amoché, mais Iop m'accorda un peu de vitalité. De quoi repartir à l'assaut. Ma cible était désormais seule, je la tenais entre mes griffes. Elle sentait son heure venir : dans un ultime effort, elle invoqua un puissant poing de pierre qui tombait vers le sol. Je ne parvins à l'éviter qu'en me jetant sur ma proie, l'entraînant dans ma chute. Je me relevais d'un bond, puis je levais mon épée bien haut des deux mains. Un délicieux frisson me parcourut tout le corps ; j'avais un goût sauvage, enivrant, aux lèvres. Dans un énième effort, j'abattis une dernière épée du jugement. »

« L'Osamodas gisait sans vie. Son âme devait déjà être en Externam. Il avait été malin : il avait voulu combattre dans la forêt où ses sangliers seraient plus efficaces qu'en terrain ouvert. Je m'accordai le temps de reprendre mon souffle. Petit à petit, je prenais conscience des mille désagréments, petits et grands, que subissait mon corps : la boue séchée sur mes jambes nues, les feuilles mortes et les insectes — par l'intermédiaire de ma sueur — collés sur mes bras et sur ma nuque ; les épines fichées dans la chair, les entailles d'où gouttaient encore mollement d'un peu de sang. J'ensevelis tout de même le corps du bontarien, avant d'accomplir les rituels en usage à Brâkmar depuis les temps ancestraux : il fallait honorer les morts, ceux de ses ennemis autant que les siens. Je sortis ensuite du bois, puis retournais auprès de ma dragodinde. Je la guidais, par la bride, jusqu'à la rivière que nous avions traversée tout à l'heure, à côté du joli verger en fleurs. Je me déshabillais avant d'entrer dans l'onde fraîche, où je nettoyai sueur, boue, feuilles et sang. Une fois propre, je retournai sur la rive et je m'allongeai sur l'herbe tendre. Les oiseaux chantaient, le soleil réchauffait ma peau et la séchait. Je pris une petite flûte dans le paquetage de ma dragodinde, et je commençais à chercher du bout des doigts des harmonies qui me convenaient... »

Le Iop posa à nouveau sa pierre à aiguiser au sol, puis examina une fois de plus son épée. Estimant l'ouvrage bien fait, il rangea l'arme dans son fourreau, qu'il laissa reposer entre ses jambes. Il se souvint de son verre de vin rouge qu'il avait abandonné pendant ce temps sur la table, et en but quelques gorgées avant de conclure sobrement :

« C'était un beau combat. Bien sûr, Emma Sacre me donna quelques kamas pour la traque. Mais j'espérais surtout avoir bien servi ma Cité. »

Ce disant, il jeta un bref regard au conteur précédent qui prônait il-ne-savait-quel nomadisme, ou quelque chose comme ça. Il fallait dire, Rarax Ergeroth avait eu au cours de sa vie l'occasion de développer un sentiment aigu — et quelque peu malheureux — de l'héritage. Mais c'était une autre histoire. Il en avait assez dit pour la soirée — beaucoup trop même. Il replongea dans ses pensées, dans l'ombre qui empoisonnait son cœur, dans l'angoisse tenace qui pulsait au creux de son ventre au rythme cruel et tragique de la vie.
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Score : 2549
Dans la confortable Auberge de Mandine, l’atmosphère était plus vivante que quelques heures auparavant. Entre les bruits sourds, accompagnés d’une agréable odeur de ragoût, provenant de la cuisine, le crépitement du feu et les récits des uns et autres lancés sous l’impulsion de la vieille Diane, il régnait une cacophonie hors du commun. 

Hélia Von Rosa, Comtesse et conteuse, se maudissait intérieurement pour avoir eu l’idée saugrenue de rejoindre, seule, Ocre-Roche pour peut-être y découvrir de nouvelles ressources qui finiraient bien entendu dans son thé. Elle se considérait comme une grande spécialiste du thé, les seuls qui n’appréciaient pas ce dernier montraient un flagrant manque de goût. Quittant sa maison pour ce périple, elle n’avait pas voulu qu’on l’accompagne et surtout pas Ratino. Elle ne voulait pas que les autres, ses habituels compagnons, puissent penser qu’elle ne pouvait pas se débrouiller toute seule. Seul son petit Bubulle lui manquait vraiment et elle priait Iop tous les jours pour que personne n’oublie de le nourrir. 

Quoi qu’il en soit, là était le résultat d’une bonne dose de fierté mal placée : elle était coincée dans cette auberge à cause d’un horrible blizzard avec tout un tas d’inconnus avec très peu de tenue et de manières pour certains. Quand la vieille Diane avait proposé d’échanger des récits de chasse en échange d’une bague, certains s’étaient empressés de raconter leur histoire. Hélia avait beaucoup de bijoux, mais n’était jamais en reste quand il s’agissait d’agrandir sa collection sans rien dépenser.

La Iop avait fait la grimace en écoutant ce vieux Sacrieur parler avec des détails graveleux d’une de ses parties de chasse et en voyant la pipe s’agiter à mesure qu’il ouvrait la bouche. Elle pensa à ne surtout pas se mettre à cette place pour le souper. Ensuite vint le tour d’une aventurière dont elle n’écouta pas le récit tant son esprit vagabondait sur le fait que les vêtements portés ne soient ni beaux ni seyants. Un pianiste évoqua Brâkmar et cela lui rappela sa douce et belle maison qui lui manquait terriblement. Un autre osa lui présenter un met de viande sous le nez, ce qu’elle refusa tout net. Un trio sembla après se complaire à raconter tout un tas de théories du complot, elle soupira discrètement en secouant la tête. Les pianistes semblaient au rendez-vous puisque plusieurs s’essayèrent à la musique et si ce ne fut pas une réussite pour tous, c’était un doux accompagnement. Elle piqua légèrement du nez pendant le récit qui suivit avant de quitter ses rêveries en sursaut par ce vieil habitué bégayant qui accusait tout le monde d’être un menteur. Elle venait d’écouter le récit du Iop attablé non loin d’elle et se dit qu’il était temps qu’elle montre ses talents de conteuse. 

Assise à une table, seule, elle se leva et déposa délicatement son manteau épais et confortable sur la chaise. Elle prit soin de lisser sa robe aussi rose que le ruban noué dans ses longs cheveux blonds. Hélia se savait élégante, voyager ne voulait pas dire se promener sans aucun charme après tout. Elle alla d’un pas souple vers la cheminée et se tourna vers l’assemblée. Un air paisible sur le visage, elle commença son histoire : 

« C’était ma première chasse épique et glorieuse,
Dans le plat pays d’Astrub où je me trouvais,
Rassurez-vous, ce n’en fut qu’une très joyeuse,
Laissez-moi donc, en vers jolis, vous la conter.

Par une douce journée, j’étais dans les champs,
Profitant du soleil de maisial, allongée,
J’observais par-delà les grands épis de blé,
Ce paysage simple, absolument charmant.

Depuis le merveilleux royaume de mes songes,
Je rêvais d’une grande et épique aventure,
Je priais Iop que cela dure et se prolonge,
Ah, quel bon plaisir que d’être en pleine nature. 

C’est alors qu’un bruit vint troubler ma quiétude,
Je me relevais d’un bond et je l’observais,
Tranquille, comme un petit boufton dans les prés,
Elle osait adopter une vile attitude.

Son corps mince supportait une grosse tête,
Seule sa belle teinte attirait mon regard,
Une idée me vint pour cette vilaine bête,
Moi, je n’avais pas un caractère fuyard !

Je sortais donc mon épée et me préparais,
J’élaborais là une ingénieuse tactique,
En espérant que jamais elle ne me pique,
Désormais prête, épée en main, je m’élançais.

Pour une obscure raison, elle prit la fuite,
J’étais pourtant toute de rose habillée,
J’accélérais et me lançais à sa poursuite,
Elle courrait ; je ne la laissais pas filer.

En lui sautant dessus, je voulais l’accueillir,
Ses pétales démoniaques seraient à moi,
Et j’avoue que ça ne me causa pas d’émoi,
Elle était mienne et je la vis défaillir.

Vous pensez que je chassais par oisiveté ?
Mais mon seul but était de faire du bon thé,
C’est la cause de ma présence ici ce jour, 
Je ne suis pas venue pour faire demi-tour.

Quand on veut faire un bon thé et le partager,
Il faut pouvoir de vastes contrées parcourir,
Mais entre nous ce qui me fait le plus plaisir,
C’est de vous faire déguster mon thé rosé ! »


La demoiselle Iop ponctua son récit d’une aimable question, en souriant, avant de se rasseoir tranquillement pour attendre la fin de la tempête enneigée au rythme des récits à venir. 

- Quelqu’un veut une tasse de thé ? 
 [HRP : Ce dessin m'a été offert par Sniam-Aspirine - il y a quelques temps - et a inspiré en grande partie l'histoire présentée ci-dessus.]
5 0
Score : 983
[HRP : J'espère que ça plaira et que ça passera dans le thème, bonne chance à tous]

La majeur partie des voyageurs piégés dans l’auberge était absorbée par les récits qui s'enchaînaient les uns après les autres. 
Si bien que la plupart avaient abandonnés, ou vidés, leurs chopes de bière sans y faire attention. Même Mandine qui s’occupait de gérer ses portions de ragoût avait abandonné son activité, subjugué par toutes ces histoires.


    Le dernier conteur venait d’achever la présentation de son aventure, lorsque un rot sonore retentit. 
Tous les regards se braquèrent sur un petit être momifié qui venait de plonger une grande louche dans la marmite où mijotait le repas du soir…
La cuisinière fut la première à réagir.
    -Que fais tu dans ma cuisine ?! hurla-t-elle.
Le xélor ramena rapidement ustensile de cuisine à son visage et avala goulûment une énorme portion de ragoût.
    -Ch’affais faim ! répondit celui-ci la bouche pleine.
Tous les réfugiés étaient choqués. Qui était ce type qui avait profité de la distraction générale pour se servir dans la pitance de tous ? Mandine sembla devenir folle de rage lorsque le petit individu se lécha les babines avant de racler le fond du récipient, qui, par le son qu’il produisit, s’avéra être vide.
C’est alors que tous comprirent, le voyou venait de s’enfiler toute la marmite de ragoût, n’en laissant pas une miette. Les râles commencèrent à se faire entendre, et les premières insultes fusèrent.
Malice aux coins des yeux, le xélor bomba le torse, fier.
    -C’était rudement bon !  railla-t-il à son auditoire.
    -Il se fiche de nous ! cria quelqu’un dans la salle. Attrapez le !
Et le chaos se déchaîna.

    Une brute décérébrée, pour ne pas dire iop, se jeta sur lui. Alors que le xélor était derrière l’une des table de la cuisine, il projeta le chaudron vide sur son assaillant, qui le reçut en plein sur la tête. Évidemment, ce léger détail ne stoppa pas l’homme qui continua de charger à l’aveugle, avant d’être arrêté net par le mur de l’auberge "Bannnnng".
    -Au suivant ! nargua la momie, un air de défi dans le regard.
Une chope fit irruption dans son champ de vision à une vitesse folle et il parvint à l’esquiver au tout dernier moment alors que quelqu’un se ruait sur lui.
Habillement, le xélor bondit sur un meuble proche pour éviter la charge, et se déroba de peu. 
Debout sur sa table, il constata que tout le monde le regardait avec un œil mauvais, il se réjouit de la situation.
D’autres hommes se levèrent pour essayer d’attraper le voleur. L’un d’eux était particulièrement imposant et la momie se dit que, s’il se faisait avoir il passerait un mauvais quart d’heure. Il sauta donc sur le piano, qui produisit quelques affreuses notes qui ne manquèrent de pas réveiller les rares ivrognes qui s’étaient endormis, avant de détaler vers la porte d’entrée.
    Il se retrouva alors encerclé, hommes comme femmes s’étaient regroupés autour de lui pour le piéger.
    -Uhm, attendez on peut peut être discuter non ? négocia le xélor en mauvaise position.
Au même moment un sram se matérialisa derrière lui et le ceintura !    
    -Je ne crois pas non ! retentit une voix gutturale dans son dos. Je le tiens les gars !
    -Faisons lui payer ! se fit entendre une voix féminine dans la salle.
Le colosse que la momie avait repéré s’avança alors sur lui, brandissant son poing.
    -Arrêtez, arrêtez c’était pour rire ! objecta le petit homme.
Mais la brute n’eut que faire de ses paroles et balança son bras puissant en direction du xélor qui se débattait, toujours retenu par l’homme squelettique.
    -Téléportation… souffla ce dernier avant de se volatiliser.
L’énorme masse s'abattit avec un bruit d’os brisé sur le sram et l’envoya valser contre le poêle. Une eniripsa se pressa au côté de la victime étourdie pour voir si tout allait bien, mais elle était inconsciente.
La grosse brute cracha un vilain juron à l’intention du xélor, qui était réapparu un peu plus loin, assis au bar. Il brandit haut en l’air une bière qu’il vida d’un trait. Les lèvres pleines de mousse il les nargua.
    -Alors c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?!
A ces mots, une écaflip qu’il n’avait pas repéré bondit sur lui, toutes griffes dehors.
Surpris, il ne put éviter l’attaque de la féline et fut touché à l’épaule. Sa manche était déchirée et les bandelettes qui se trouvaient dessous se teintèrent légèrement de son sang. Il grogna mais n’eut pas le temps de riposter car il distingua quelque chose arriver sur son revers. 
Il rentra juste à temps la tête dans les épaules avant que l’air ne siffla juste au dessus de lui. Du coin de l’oeil il aperçu clairement la jeune et robuste fécatte qui agitait un imposant bâton. Un nouveau coup partit, cette fois le xélor s’élança en l’air pour s’accrocher au gros lustre avant de se propulser plus loin dans la salle. Il entendit derrière lui l’arme s'abattre, éclatant le comptoir en mille morceau de bois qui jaillirent dans tous les sens.
Tous les occupants de la salle étaient à ses trousses. Se gênant entre eux aucuns ne parvint à attraper la momie qui valdinguait dans tous les sens. Échappant aux bras qui se tendaient vers lui en se baissant,   esquivant  gracieusement projectiles et armes qui  volaient à travers la pièce, se téléportant de temps à autre quand une situation était un peu trop délicate à son gout.
    Alors qu’il se réceptionnait mollement sur le matelas du seul lit de la salle, il réalisa, un peu tard, qu’il était cette fois bel et bien cerné, et à bout de pouvoir. Dans l’auberge, tous les réfugiés du blizzard s’étaient rassemblés autour de lui, menaçants. Et avant qu’il n’ait pu dire un mot, tous fondirent sur le xélor dans un seul et même mouvement.
Il tenta en vain de parer quelques coups, de se défaire de la marée qui déferlait sur lui, mais en vain. Il reçut plusieurs pains et, rapidement, il fut débordé. 

    Quand la momie reprit conscience, tout lui sembla s’en dessus dessous. Et pour cause, bien que la moitié du refuge ait été détruite dans le feu de l’action, il était ligoté au lustre, la tête en bas.
Les aventuriers piégés par le froid s’étaient désintéressés de lui et étaient retournés autour des quelques tables encore en état pour se désaltérer. Les récits avaient repris, et tous étaient à nouveau plonger dans de fabuleuses histoires…

    Bien que suspendu comme un vulgaire porkass, il discerna du coin du regard, Diane, toujours assise dans son petit fauteuil contre la cheminée où le feu crépitait.
Celle-ci lui sourit très furtivement et lui adressa un bref clin d’œil avant de reporter son attention sur les gens qui parlaient.

    En provoquant toutes les personnes présentes, et en ayant semé le désordre, avait-il réussi à faire ressentir à Diane tout ce qu’elle avait pu vivre dans sa jeunesse lors de ses chasses ?
D’après sa réaction il le croyait, et cela le satisfit.
Tout bas il souffla.
    -Raulebaque…
    Grâce à ses pouvoirs, en un battement de cils, le refuge retrouva son état d’origine. Absorbés par ce qui leur était compté, personne ne remarqua rien, excepté Mandine qui jeta un regard reconnaissant à la momie lorsqu’elle se rendit compte que sa marmite était à nouveau pleine de ragoût.

    L'épisode de la chasse au xélor dans l’Auberge de Mandine s'acheva ainsi.
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"Une bière siouplait, une Crâlberg."
Ce blizzard m'faisait perdre mon temps et donc mes kamas. C'est toujours pareil. Ocr'roche est maudit ! Mandine est gentille, mais son ragoût est dégueu, y'a plus de pisse de bwork que d'viande de piou là d'dans.
M'enfin comme elle dit "Si mon ragoût t'plait pas, j'peux t'faire gouter la porte !".
Tiens, v'là la vieille Diane qui parle, c'est pas d'là neige qui va tomber mais plutôt d'la... MAIS PAR ENUTROF ! CET ANNEAU DOIT VALOIR UNE FORTUNE !!!
Mon vieu voyons voir ce qui se passe là bas. Je reste dans mon coin un peu en retrait pour écouter les gens raconter leurs histoires plus rocambolesques les unes que les autres. Mais c'est à croire que leurs vies sont plates et sans aucun kamas ou autre richesse ! Diane m'a vue, enfin, pas sûr, parce qu'avec l'âge, il n'y a pas qu'la patte qui est folle :
-"Et Toi l'vieux débris, depuis le temps que tu roules ta bosse, tu dois bien avoir une histoire à nous raconter ?"
Elle m'a piqué au vif.
-"Et bien Diane, tu fais bien dire. Je m'appelle Ieno Gorudo mais tout le monde m'appelle... Bien on ne m'a pas appelé depuis longtemps, parce que soit disant je pique la part de trésor des autres... M'enfin. J'ai bien une histoire à raconter. Mais ça s'est passé il y a bien longtemps ! Frigost n'était encore qu'une petit bourgade quasi inexplorable et Bonta et Brakmar se mettaient encore des roustes digne de c'nom ! J'étais à ce moment un disciple Enutrof louant ses services de chasseur de trésors au plus offrant ! J'ai pu dénicher des trésors dont vous imaginez encore leurs valeurs !"

J'ai la gorge asséchée, je n'avais pas parlé autant et d'un trait depuis bien longtemps. Heureusement qu'il me reste d'la binouze...Voilà :
-"Où en étais-je déjà ?"

-"Une chasse aux trésors !" cri une jeune Osamodas, ses yeux brillent autant qu'des kamas tout neufs.

"Ah oui et justement, une jolie Osamodas comme toi m'avait engagé pour une chasse des plus folles ! Celle du Crocabulia !!"

J'entendais bien leurs rires moqueurs

"Woh, elle était jeune à c't'époque, la Missiz Frizz n'était qu'une gosse et même aujourd'hui, elle ne rivaliserait pas avec la Croca d'autrefois, croyez moi !"

J'ai du taper dans l'mille parce que ça en avait calmé plus d'un héhé.

"Cette Osa' s'appelait.... Moëlle. Voilà donc cette Osa, Moëlle, bah elle voulait terrasser le Croca avec ses compagnons d'aventures mais elle avait besoin d'un disciple d'Enutrof pour dérober l'oeuf que gardait ce dragon... le VULBIS !"

J'n'ai même pas eu le temps de gonfler mes vieux pectoraux pour faire le fier qu'ils s'étaient tous retournés. Fallait voir leurs têtes . L'audience était tout à moi. Après tout, on a tous une part d'Enutrof en nous...

« Faut savoir que beaucoup d'aventuriers avaient déjà tenté de s'en emparer, et même de très bon mercenaires mais j'étais devenu le meilleur depuis mon coup chez le Maitre Corbac ! J'avais réussi à choper tellement de Clakoss qu'il avait du refaire son donjon pour protéger du mieux que possible ce qu'il lui restait héhé, j'n'en suis pas peu...fier... »

Je voyais cette cervelle de Iop glousser comme un ventripotent :

« Qu'est-ce qui t'fait marrer ? A glousser comme ça, Mandine va t'garder pour le r'pas d'Nowel

- « Mais mon vieux, ça sert plus à rien les Clakoss, c'est so 647 ! »
-« Certes, mais avant c'était autant cherché qu'un Ethmoïde de Stalak ! Bref, Moelle, et ses compagnons, revoyaient leur stratégie pour terrasser ce dragon tandis que moi, je me préparais. Exercice pour s'échauffer, je revoyais mes notes prises après avoir parcouru tout les livres de la bibliothèque mentionnant de près ou de loin ce fameux Vulbis... Bah oui comme quoi, ce n'est pas à la portée de tout le monde ! Notre équipe de 6 se composait de : « Moëlle », de 2 Iops « Bourpif et Sruonilak», d'un Crâ « Kompot », un Sacrieur « Bryand » et enfin, Moi. Les protecteurs du Croca n'avaient été qu'un tout petit problème, ayant mis K.O. le plus agile des 2 Iops, mon coffre animé était déjà bien rempli. Il ne restait plus que le Croca . Sa rage était digne de Grozilla et Grasmera réunit, les Craqueleurs invoqués ne suffisaient plus pour contenir ses coups, et un à un les compagnons se retirer pour reprendre un peu de force. Et c'est à ce moment que j'aperçois un éclat légèrement brillant un peu plus bas. Je ne pouvais pas vraiment distinguer ce que c'était... »

Je reprends une gorgée histoire de dessécher tout ça oh et puis, cul sec ! Haaaaa ça fait du bien par où ça passe !
- « Alors c'était quoi ? »
- « C'était le Vulbis ? »
- « Comment vous avez fait pour le récupérer ? »

Je prends soin de regarder tout ces gens me posant toutes cex questions, je leur souris bêtement comme pour rajouter un poil d'Wabbit de suspens !
« Et bien les amis, en y voyant de plus près, j'ai vite compris qu'on avait affaire à, accrochez vous bien, une corne de Dragoeuf volant... Héhé, dites vous que je me suis fais avoir le premier ! Mais ça m'a permis de voir la Maman cachait son œuf sacrée. Elle le gardait entre ses écailles sous sa queue. Moëlle et ses compagnons avaient repris le dessus sur la bête, qui en s'affaiblissant, négligeait de plus en plus la protection de son bien précieux afin de se concentrait sur sa survie. Mes Maladresses et mes Pelles de Jugement permettaient de garder la bestiole éloignée le temps de pouvoir élaborer un plan pour réussir ma mission !»

Je lève les yeux et je vois bien que tout le monde est pendu à mes lèvres, Diane, ne connaît pas cette histoire, elle se rappelle très bien de mon « Dofus » Cawotte trouvé dans une poubelle certes, mais là je l'ai captivé la p'tite dame, on est pas prêt d'l'entendre ronfler sur son fauteuil !

« Sachez que si nous mettions le Croca hors de combat avant de récupérer son Vulbis, il fallait recommencer le donjon jusqu'à le dénicher ! Ses écailles étant trop résistantes pour être brisées, alors même si on essayait, elle se serait réveillée à temps et nous aurions fini avalé plus vite que des nuggets de Tofu ! Ah oui, fallait donc faire vite parce que nous pouvions pas arrêter de la harceler de coup. Du coup, en terme de stratégie, on a mis le Sacrieur devant, basique, et le Crâ, à l'aide de ses flèches explosives, faisait diversion. Le Iop faisait Pression tandis que Moëlle soignait tant bien que mal ses compagnons. Je n'avais plus qu'à me faufiler mais j'étais aussi discret qu'un Sram à paillette et mine de rien, c'était une bonne mère qui protégeait bien son p'tit. J'ai dû faire une Accélération, utiliser ma Clé réductrice pour l'aveugler ne serais-ce qu'un peu pour parvenir à me positionner pile poil au bonne endroit, ma Pelle Emelaka glissée entre les 2 écailles me permettait d'entrevoir le Vulbis et rien qu'à le regarder, je me sentais plus vif ! J'ai hurlé de tout ce que je pouvais « Allez y !!!!!!!!!!! » »
 
Houla, je viens de réveiller les pilliers d'bars dans le fond et fais sursauter la jolie petite Osa devant, on y retourne :
«Le Sacrieur punit le Crocabulia qui, à bout de souffle s’effondre ! Mais j'avais eu pile le temps de retirer le Vulbis de sa prison d'écaille, je le tenais ! Je le tenais comme je tiens ma chope à l'instant ! »

Tout le monde semble époustouflé, certains m'applaudissent, c'est fantastique ! Le Iop regarde ma chope et ne comprend pas le lien avec l'histoire...
« J'avais réussi l'impossible, le coup du siècle, la chasse aux trésors de toute une vie ! Plusieurs avant moi avaient essayés sans jamais y parvenir ! Tordu Génial, Lee Diana Jones, Bora l'excavatrice ou encore Lara Drofp! C'était l'apogée de ma carrière mais aussi la fin. Hélas, étant sous contrat et sous la bénédiction du Dieu Enutrof, je me devais de le respecter pour ne pas le trahir.
J'avais rendu le Vulbis à Moëlle et empochait les centaines de millions de Kamas. Depuis j'ai vécu reclus en Feudala.
Mais imaginez, il y avait, et il y a toujours, tant de convoitise pour cet œuf qu'une fois l'histoire ébruité ce fût la folie sanguinaire ! Et il n'a malheureusement pas fallu longtemps pour que la Compagnie du Hibou doré soit assassinée. Ah oui, la Compagnie du Hibou Doré, c'est le nom de la Guilde de mercenaires qui m'avait engagé. Peu de temps avant de disparaître, Kompot m'avait confié l'endroit ou ils avaient caché le Vulbis me suppliant de le protéger. Je n'ai pu que constater les milliers de tentatives des Disciples de Vil Smith, de Brakmar et même de Bonta ! Pour obtenir cette œuf sacré. J'étais fatigué de réarmer les pièges constamment, de nettoyer les cadavres d'aventuriers peu scrupuleux... Alors, secrètement, je l'ai gardé très longtemps avec moi, le déguisant en Dofawa, vous imaginez, une copie de copie, j'en suis encore fier de ce coup là ahaha »

Ahhh ça fait du bien de les voir rires un peu, j'ai légèrement plombé l'ambiance...

-« Mais, mais, il est où maintenant le Vulbis ? »
-« Est-ce que c'est vrai qu'il peut servir de témoin pour la cuisson des œufs de Tofus ? »
-« Est-ce qu'il brille même dans le noir ? »
-« Est-ce que c'est normal de zoner près du Zaap d'Amakna ? »
-« Est-ce qu'il y a réellement de la viande de piou de l'ragout d'piou ? »
-« Est-ce que.. »

Bon sang mais ils s'excitent les jeunes de nos jours ! 

« Eh bien mes amis, je n'ai pas testé le Vulbis pour la cuisson de mes œufs, et oui, il scintille un peu dans le noir. Tu peux zoner si tu as fais ta prière auprès du Méryde du jour et concernant le ragoût, vu le regard de la patronne, je ne vais pas répondre à cette question »

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

HRP Ieno tente un clin d'oeil, mais comme il est vieux, il passe pour un pervers mais ça... Fin HRP
« Vous en avez fait quoi alors ??? »« Alors, je l'ai tout simplement confié au meilleur gardien qu'il soit. La Crocabulia. Elle a su le protéger durant des siècles, je savais qu'avec elle, il serait en sécurité. »Ah ah, en vrai, je l'ai toujours ! Qu'ils continuent à chercher, ça leurs fera les pieds !

« Sur ces paroles, j'me reprendrais bien une tite ambrée! »

J'avais rendu la foi à tout ces aventuriers qui ont soif de triomphe et de gloire. J'ai à peine le temps de finir qu'un autre prend déjà la parole pour raconter sa plus belle histoire.
Diane était ravie, cette vieille bourrique en avait vécues des histoires, jusqu'à ce qu'elle se prenne une flèche dans le genou... Je l'ai même vu sourire parfois, et bon sang que c'est aussi rare qu'un Archimonstre ! J'vais lui prendre un thé à la bananagrume tiens, ça va lui donner envie d'pisser et ça va emmerder tout le monde ahah ! C'est fou comme quoi, un blizzard qui m'grissait m'a finalement remis l'eau à la bouche ! Littéralement parce que là je n'ai plus la bouche toute sèche ! Aller, je sirote et je vais m'piotter.
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Score : 1626
L’auberge semblait minuscule tellement l’on avait du mal à y circuler. Était-ce déjà le temps des fameuses festivités d’Ocre-roche ? Cela justifierait la présence de tout ce beau monde dans le refuge de Mandine.
Pacôme, lui, n’en pouvait plus. Il préférait la solitude à tout ce brouhaha. Il avait toujours aimé se sentir différent – non pas pour satisfaire un désir de supériorité. Sa mère, Adrienne Lezotre, lui répétait souvent à quel point il était particulier, qu’il faisait la fierté du nom familial. Dans le fond le jeune Féca ne cherchait peut-être qu’à lui donner raison.

Pacôme ferma les yeux et déambula dans ses pensées à la recherche d’un point repère...

... rien. Juste le bruit incessant des conversations. Même les yeux clos il avait l’impression de voir très clairement l’intérieur de la maison.

Il regarda l’heure, soupira. La nuit allait être longue.



« … une affaire de Kanigrou Mutant. Je m’en vais donc le trouver afin de... »



Le brouhaha était toujours présent - quand bien même l'attention était généralement tournée vers une personne en particulier à chaque fois.
Accroché à la fenêtre de l’auberge comme un kaskargo à sa bave, le jeune Pacôme paraissait préoccupé par le blizzard. Du moins c’est ce qu’il était possible de penser en l’observant. En réalité Pacôme ne savait pas ce qu’il faisait – ni ici  ni partout.
De sa courte existence, il n’avait encore rien réalisé, rien accompli. Pas comme tous ces aventuriers qui narraient à tour de rôle une anecdote de leur passé. Ou quelque chose comme ça. Après tout il n’avait pas vraiment pris part à l’attroupement et ne savait pas réellement ce qu’il se passait...




« Et dans un dernier murmure, il me révéla son prénom... »



… Pacôme applaudit la fin du récit en pensant que cela était de circonstance. Lorsqu’il vit certains regards interrogatifs se poser sur lui il fit mine de transformer ses applaudissements en une méthode atypique visant à se réchauffer les mains. Un peu gêné il partit trouver refuge dans la nourriture et se dirigea vers la cuisine. Son périple fut malencontreusement interrompu par un disciple de Sram qui, en dépit de sa démarche hasardeuse, atteignit les fourneaux en premier. Bien embêté Pacôme ne sut quoi faire et décida de ne plus bouger. Heureusement pour lui le Sram, tout en préparant quelque chose à manger, s’était mis à parler - aussi sa drôle de danse ne fut pas trop remarquée.


Pacôme était subjugué par tout ce qu’il entendait. Du bas de son kamètre trente-six il rêvait pourtant grand. La belle aventure, la fortune, la célébrité… le courage, oh tout ça il le désirait ardemment.
Oui, être enfin l’homme qu’il n’est pas, celui capable d’avouer sa flamme à ce beau Antonin, de soulever des montagnes, de brûler de passion, de…
 



« Ahe-touchme ! éternua Pacôme, comme pour chasser ses pensées : rêver de ce qu’on n’est pas n’est jamais bon – encore fallait-il s’en persuader. 


-Oui, petit ? Tu veux nous faire part de quelque chose ? Toi aussi tu as un exploit de chasseur à ton actif ? demanda calmement Diane, accoudée à son fauteuil. Oh oui, la chasse une belle histoire de chasse vaut bien la peine que nous inflige ce blizzard, soupira-t-elle enfin, songeuse. 


- Moi je ? »



Le cœur de Pacôme venait d’exploser comme une bulle de savon. En un rien de temps de nombreux yeux aussi ronds que des nodkokos s’étaient tournés dans sa direction. Le jeune Féca avait l’impression de fondre sur place. De grosses gouttes perlaient, entre autres, sur son front.
Toutefois, dans cette descente jusqu’au plus profond des abysses, il aperçut une bouée. Peut-être qu’enfin son moment était arrivé ? Peut-être… non : voilà certainement, affirmativement, définitivement, positivement son heure de gloire. C’est alors avec assurance qu’il ouvrit la bouche pour bredouiller :




« J...e où se j-j’ai besoin d’al-aller aux toi-toilettes. Je dois fai-faire comment ?


- La barbe, mordienne ! C’est qu’tu veux aller aux p’tit coin ? Eh c’est qu’t’as pas vu l’temps !répondit un peu agacée Mandine, en touillant son ragoût. Va f’lloir qu’tu te dépêches, hein ! C’tout droit d’vant toi une fois dehors, à une centaine de pas oh comptes en donc l’double vu l’tempête. »



Pacôme baissa la tête en entendant le rire de certains aventuriers.
Il se dirigea vers la porte d’entrée. À peine avait-il posé sa main contre la poignée qu’il eut l’impression de geler sur place. Mais devant le fait accompli il ne pouvait plus reculer, pas une seconde fois en tout cas. Grelottant d’avance – et pas qu’à cause du froid – il ouvrit la porte et sortit sans se retourner.
 




Voilà maintenant une bonne heure que le Féca était sorti. Si certains se posaient des questions, d’autres ne s’en souciaient pas – pour leur défense l’auberge regorgeait tout de même d’une multitude de visages différents.
C’est donc tout naturellement que les récits des aventuriers continuaient d’aller bon train.




« … c’est pour cette raison que je suis en route vers Ocre-roche. V’z’allez me dire qu’on entend tout et n’importe quoi au sujet de cet endroit, mais pour sûr qu’il rôde dans les environs ce Yiti des montagnes ! Et croyez-moi …  en matière de Yiti, faut d’mander à bibi ! C’est bien simple mes mulous : dans l’milieu y a rien d’mieux ! »



Le Cra à l’œil recouvert se pavanait comme un piou en parade. Retirant son bandeau il laissa aux convives de l’auberge le soin apercevoir le trou béant logé dans son orbite gauche.



« Une erreur. Rien qu’une ma deuxième chasse. Une horde – une foutue horde – de Yiti des neiges m’a pris par surprise. J’aurai pu y passer, c’est certain mais je disposais d’un avantage : je maîtrise la pose de pièges à Yiti comme personne. Crac ! Boum ! En voilà un tombé dans une cavité, impossible pour lui de remonter. Et là, un autre transpercé par des piques en bois dissimulées dans des fourrés, racontait le Cra à l’aide de grands gestes. Malheureusement l’un des pièges n’a pas fonctionné et il a fallu que je m’approche au plus près trop près. Enfin, depuis ce jour je ne me fais plus avoir. Si un piège ne marche pas correctement, j’en ai déjà installé trois autres pour assurer le coup !
Le secret du bon chasseur c’est d’être bien préparé, vous savez. Avoir tout son matériel bien en place, fixé. C’est d’ailleurs ce qui le différencie du mauvais chasseur qui peut être bien préparé, avoir son matériel en place certes, sauf que vous savez, c’est pas pareil. Alors que moi, je suis bien préparé, rigola-t-il avant d’afficher une mine plus sérieuse. Pour de vrai quoi. Et j’peux vous dire que ce Yiti des montagnes il est à moi. ‘Paraît qu’il a des griffes longues comme des dents de trémorse. Son hurlement serait aussi aigu et strident qu’un poolay à l’agonie. Une belle bête ! Oh, mais r’gardez donc l’attirail que j’ai prépa... »



La porte de l’auberge s’ouvrit dans un fracas retentissant. À moins d’être complètement sourds, chaque personne présente reporta son attention sur la silhouette qui devenait de plus en plus reconnaissable.
Le souffle glacial de la tempête s’engouffra dans la bâtisse. Interloqués par l’apparition, pas un mot ne sortait de la bouche des aventuriers. Ce fut finalement Mandine qui rouspéta et maugréa à un Iop adossé au bar de se dépêcher de fermer cette satanée porte.
Le calme investit de nouveau la pièce. Pendant un court instant en tout cas – juste le temps de reprendre ses esprits et de regarder de nouveau l’individu qui venait de pénétrer dans le refuge. Aucun doute, Pacôme, le jeune Féca était de retour. Et il était méconnaissable.




« Mon garçon, que t’est-il arrivé ? Tutu vas bien ? Oh, par les Douze ! s’inquiéta Diane en le regardant.


- Eh, gamintiens, çaça coule là, etet là aussi… bredouilla un Enutrof en tendant un tissu. »



Pacôme avait le visage ensanglanté. Ses vêtements étaient lacérés sur de nombreux centikamètres. Ses bras étaient entaillés, comme couverts de griffures. Sa peau si pâle oscillait entre le bleu givre et le noir sang. Il boitait.
Le jeune homme cherchait à parler mais aucun son ne sortait de sa bouche particulièrement gercée. On le fit s’asseoir. On lui donna de quoi se réchauffer : vêtements, boissons, paroles douces… tout y passait.



Quelques instants plus tard Pacôme semblait reprendre ses esprits.




« Je-je j’ai e-eu un un un pro-problè-ème-me de-de ch chasse Un problème de chasse, réussit-il à dire le souffle coupé. » 



C’est sur cette lancée, dans une tonalité morbide, qu’il raconta sa mésaventure. Tandis que ceux qui le regardaient et l’écoutaient étaient comme captivés, d’autres paraissaient lorgner sur le ragoût en préparation. Aussi, ces derniers ne ressentirent pas intérieurement les mots entrecoupés prononcés par Pacôme. Les premiers, eux, si la sensibilité le leur permettait furent percutés au point de visualiser le récit du jeune homme.



«
J-je suis sorti dehors. Je n’av-avais rien à à raconter alors je suis sorti dehors aux toilettes, reprit le Féca en buvant – non sans un léger rictus - une tasse de thé qu’une disciple de Iop lui avait apporté. Et j’ai marché, longtemps je longtemps, oui... dans le froid... l’obscurité...



- … je n’y voyais pas grand-chose. Le blizzard il m’avalait progressivement. J’étais comme happé et les bruits. Il y avait de ces bruits dehors ! D’abord un gros bruit assourdissant, lourd un bourdonnement dans mes oreilles... »



Pacôme approcha une main de son visage, laissant son récit en suspens pendant quelques secondes avant de reprendre.



« … un vent sifflant. Je n’entendais que ça. J-je et les hurlements, dans le lointain. La neige qui tombait me fouettait le visage. J’ai pressé le pas, j’ai avan-van-vancé tout droit, comme vous me l’aviez indiqué, dit-il en regardant Mandine. Tout droit les deux cents pas. Et j-je je me-me suis pris une porte. Paf ! J’a-avais cru être tombé sur un craqueleur. Mais non c’était la porte je ne l’avais pas vu avec le man-manteau gris du ciel. Oh je n’ai pas eu mal, ajouta t-il en constant un visage apparemment désolé pour lui. Mon-m-mon nez était dé-déjà tout glacé La poignée aussi, j’ai du tirer de de toutes mes forces toutes... pou-pour l’ouvrir Et enfin j’ai pu me réfugier dans l’abri... enfin les toi-toilettes. Il il faisait froid là-bas aussi, mais ça ne me dérangeait pas beaucoup. Non je ne je préférais y rester un peu avant de re-revenir ici. Finalement je m’y suis endormi après avoir enfin ce qu’on fait dans vous savez, bafouilla Pacôme. » 



« A mon réveil j’avais mal au dos alors je me suis dis quitte à dormir, peut-être que le lit de l’auberge serait plus confortable. J’ai donc rebroussé chemin, un peu à l’aveuglette la neige avait déjà recouvert tous mes pas. Finalement je n’ai pas eu tro-trop de mal à revenir jusqu'ici mais arrivé devant la porte j-je Je me suis souvenu qu que Je ne pouvais pas entrer enfin je j’avais je suis resté comme immobile devant cette porte parce que... » 




Les yeux du Féca s’embuaient. Peut-être par tristesse, peur, inquiétude… ? À moins que la raison ne soit tout autre. Il reprit, toujours chancelant.



« … j’avais oublié de tirer la chasse... Je ne voulais pas y retourner, j’étais gelé mais et si quelqu’un voulait passer après moi et que je n’avais pas tiré la chasse ? Oh je ça aurait été ma fin je n’ai déjà pas d’histoire à raconter mais si à cela s’ajoutait la hon-honte l’emba-barras d’être celui qui a oublié de tirer la chasse non je j’ai fait demi-tour pour retourner aux toilettes Et c’est là que queaprès avoir faitfait une centaine de pasj-j’ai... »


Pacôme n’osait plus regarder les habitants d’un soir de l’auberge. Ses yeux fixaient le plancher comme un Enutrof fixe ses kamas.



« J’ai tré-trébuchéje me suis écrasé par terre. En essayant de me relever j’ai glissé sur une plaque de verglas, expliquait-il honteusement tout en faisait de petits mouvements avec ses mains, les yeux toujours baissés. Je je n’avais pas vu le précipice et je l’ai déva-valé. J’ai bien essayé de m’accrocher à quelques branches dans ma chutemais elles étaient si coupantes qu’elles m’arrachaient la peau... »


Le jeune Féca triturait anxieusement sa tunique verte en lambeaux.



« J’ai atterri sur un rocher. Ma ma jam-jambe a craqué en s’y cognant... Un peu plus en contrebas j’entendais des hurlements de bêtes alors j’ai pris peur je me suis redressé tant bien que mal et j’ai essayé de remonter la pente. Je ne pensais pas pouvoir y arriver non, vraiment pas. Mais je l’ai fait je l’ai oui ! 
La roche a eu raison de ma combinaison
, reconnu-t-il en s’enfonçant toujours plus dans le sol. J’étais à bout de force une fois en haut. J’avais-j’aij’ai mal et jeje suis désolé de vous imposer çajeje chouichoui, sanglotait désormais le pauvre Féca. »



Pacôme essayait de calmer ses pleurs, sans succès. La présence bienveillante de certains aventuriers autour de lui le mettait mal à l’aise et à cet instant il désirait plus que tout ne pas avoir quitté ces fichues toilettes.
C’est alors que Mandine coupa court à ses lamentations.




« Eh, mais c’est qu’t’es pas malin. T’as pas r’marqué qu’c’était des toilettes sèches ? Y a pas d’chasse là d’dans !»
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Score : 7105

Merci pour cette belle histoire et bravo pour tes illustrations. Je ne sais pas comment tu as fait pour reconstituer l'auberge de Mandine, mais tout y est : même ma sramette ! biggrin

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Score : 77
[Je suis heureuse de vous présenter mon histoire que j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire et qui compte 2 367 mots, j'espère qu'elle vous plaira, cordialement, Saramande.]

Le Bonhomme de rêve

La tempête de froid dure depuis ce matin déjà, nous sommes le 30 Novamaire 648 et Inooni s'est une fois de plus pris un vent par la déesse Sacrieur et comme d'habitude c'est le Monde des Douze tout entier qui en paie le prix. Du haut de ses nuages, il contemple son œuvre et se rassure en voyant que les habitants du Monde des Douze sont forcés de rester bien au chaud dans les tavernes s'ils ne veulent pas finir déguisés en tofus givrés! Inévitablement, il n'y voyait pas grand-chose car dehors, dans le froid, se trouvaient trois silhouettes encapuchonnées, tout juste entrées dans l'Auberge de Mandine après avoir attelé leur monture respective dans l'étable adjacente. Impossible de savoir s'il s'agit de trois hommes, trois femmes ou de trois Porkass qui résistaient au froid grâce à leur graisse, ce qui est sûr c'est que l'un d'eux traîne sur son dos un énorme morceau de chair… Peut être même un cadavre entier. A l'intérieur, beaucoup se sont déjà réfugiés de la tempête de givre qu'ils ont vécu comme un fouet d'Osamodas en pleine face. Tous sont tassés près de la cheminée, échangeant quelques mots aux pieds d'une vieille femme qui semble fortement s'ennuyer dans son fauteuil, jouant avec ce qui semble être un anneau. En face d'elle, un fauteuil vide identique au sien attend avec impatience d'être occupé. Toutes les tables sont désertes, seul un vieil Enutrof ici depuis plusieurs jours semble hiberner dans un lit couvert de draps pour le coup aussi vieux que lui. Au fourneau, Mandine la tenancière semble absente et ne cesse de mélanger son bouillon en fixant la dernière tâche de jus de goujon qu'elle a malencontreusement faite sur le mur. Non loin d'elle se trouve un piano poussiéreux mais en parfait état sur lequel un chacha pique un roupillon. A la nuit tombée, après des heures d'ennui et d'attente d'on ne sait quoi, la vielle Diane toujours cloîtrée dans son fauteuil s'apprête à lancer un défi aux prisonniers de l'auberge : « Puisque nous sommes tous condamnés à rester ici le temps que ce maudit blizzard se calme, je vous propose une petite distraction. Cela fait bien dix longues années que… ». Soudain, la porte s'ouvre avec fracas et se referme aussitôt mais reste ouverte assez longtemps pour laisser un nuage de brouillard givré pénétrer l'auberge. Serait-ce la tempête, qui, par un coup de vent aurait ouvert la porte le temps de quelques secondes afin qu'on ne l'oublie pas? Le brouillard se dissipe, et derrière lui trois silhouettes se dessinent... Il s'agit bien de nos trois jeunes âmes encapuchonnés. Diane, les sourcils froncés s'apprête à s'énerver lorsqu'elle aperçoit un énorme morceau de viande d'une teinte bleue étoilée reposant sur l'épaule d'une des trois venues. On aurait dit que la galaxie se trouvait enfermée dans la cuisse d'un sanglacier géant… Elle n'en revenait pas, elle n'y croyait pas, elle ne pouvait pas y croire. Mais ne nous précipitons pas, peut être est-ce le fruit de son imagination… Un sourire malicieux se dessine sur ses lèvres, elle reprend son calme et invite les trois venues à s'avancer et à montrer leur visage. Tout le monde reste de marbre en attendant de découvrir à qui ils ont affaire. Malgré les vêtements amples et sombres, on devine que ce sont des silhouettes de femmes qui se cachent sous ces capes. Les masques tombent, on découvre alors trois femmes, trois belles femmes à faire tomber les cœurs… Ou les corps. Les réfugiés restent silencieux, Diane semble très intéressée par ce que ces trois jeunes femmes apportent tant par leur carrure que par ce que l'une d'entre elles tient sur le dos, tandis que Mandine fixe sa tâche de jus de poisson, toujours dans la lune. Parmi elles, la plus jeune mais pas la plus discrète est une disciple de Sram, tatouée d'une dague dans le cou, les cheveux longs, blancs et brillants, plutôt sympathique ou… inquiétante, se dirige en souriant vers le piano. Derrière elle, une disciple de Pandawa se tient debout, droite et fière, le regard noir mais qui, étrangement, reflète un air plutôt sympathique. A la tête des trois femmes se tient une Feca portant sur son épaule ce fameux morceau de viande…
Diane reprend alors ce qu'elle disait, l'air plus intéressé que jamais en espérant entendre des merveilles sortir de la bouche d'une des trois venues:« Je disais donc… Puisque nous sommes tous condamnés à rester ici le temps que ce maudit blizzard se calme, je vous propose une petite distraction. Cela fait bien dix ans que j’ai pris ma retraite et que je ne peux plus exercer mon activité favorite : la chasse. Celui ou celle qui me racontera la meilleure histoire sur ce thème, quels que soient les lieux et les proies, sera récompensé par cette somptueuse bague. ». Personne n'ose prendre la parole, trop intrigués par ce qu'il s'apprête à se dire des trois venues. La mystérieuse Feca semble totalement désintéressée par l'anneau dont la vieille prétend récompenser celui qui la divertira, elle se dirige vers la cuisine accompagnée de la Pandawa. Elle jette le morceau de viande d'un puissant mouvement sur le plan de travail en regardant son amie, un seul regard suffit pour qu'elle comprenne: elle sort ses couteaux aiguisés et se met à cuisiner en ne prenant pas en compte que Mandine est derrière elle, toujours ailleurs. Tout de suite, la Sram s'installe au piano. La Feca se dirige vers le fauteuil vide, retire sa cape et s'installe. Le silence rompt. Dès la première parole qu'elle prononça, retentit le son d'une musique douce et mélodieuse. « Je me présente, Sana, disciple de Feca. Je suis accompagnée de mes deux alliées depuis toujours: Jenny, surnommée «Dague mélodieuse» et Haley, «Chopine en fer». Nous sommes toutes trois chasseuses de têtes. » La vielle Diane et tous les autres leur souhaitent la bienvenue, bien que stupéfaits et intimidés ils n'ont qu'une idée en tête: entendre ce que cette étrangère a à leur conter. Diane, encore plus attentive et impatiente d'entendre cette histoire que toutes les personnes réunies dans cette pièce enfile sa bague au doigt et regarde fixement Sana en attendant la suite de l'histoire. Elle reprit:« Nous avions pourtant l'habitude de la chasse à l'Homme, quand nous fûmes appelées à la Milice de Brâkmar, lieu de notre QG. Jusqu'ici nous avions éliminé toutes les menaces recensées par laMilice, du moins toutes les menaces qui étaient à la hauteur de nos attentes. C'est alors qu'arrivées là bas, nous fûmes accueillies en panique comme si Ogrest lui-même était de retour...» La mélodie du piano allait au rythme de ses paroles et les sons de la lame aiguisée de Haley accompagnaient le tout, l'ambiance était parfaite et à l'écoute de tous ces sons on pouvait vivre l'histoire comme si ça se passait ici et maintenant. Tout ceci annonçait une histoire à la hauteur des attentes de Diane, toujours à l'écoute. Sana sort un parchemin de sa poche, qu'elle tend à son auditoire et poursuit son histoire:« Voici ce qui nous attendait, comme vous pouvez le lire sur ce parchemin un seul nom et aucune indication: nous partions en chasse du Bonhomme de rêve. ».

Diane reprit sa bague et jongla de nouveau avec, comme si elle était stressée ou angoissée par la nouvelle qu'elle venait d'apprendre. Elle jeta un rapide coup d’œil sur le parchemin que l'un des réfugiés avait déplié devant ses yeux: elle disait vrai. On avait bien demandé à ces trois jeunes filles d'achever le Bonhomme de rêve! Peu de personnes savent qui est ce Bonhomme de rêve, ou plutôt ce qu'il est. Tous semblaient étonnés, certains prenaient même cette annonce stupéfiante pour une vaste blague quand un vieux Sacrieur, assis au comptoir prit la parole (personne ne sait ou et quand il a atterri là), le piano s'arrête, seul le son creux du couteau de cuisine contre la planche en bois se fait entendre:« Le Bonhomme de rêve… Est une créature (si on peut l'appeler ainsi) que l'on peut voir seulement la nuit. Elle peut être n'importe ou dans le Monde des Douze à n'importe quel moment de la nuit jusqu'au matin. Quiconque la croise ne voit pas sa réelle apparence, car celui-ci prend immédiatement le visage de la personne qui vous est la plus chèreau monde. Ce phénomène n'a été aperçu qu'une seule fois, près de la fontaine maudite en un lieu isolé. Un jeune homme aurait aperçu sa bien aimée disparue depuis des années, fou de joie d'enfin la retrouver il aurait couru vers elle avant qu'elle lui inflige une blessure mortelle à laquelle il aurait succombé si un Eniripsa n'était pas passé par là. Tout le monde l'a prit pour un fou et personne ne l'a cru, depuis, plus un seul témoignage de ce genre n'a été recensé et c'est là qu'est née la légende du «Bonhomme de rêve». Cependant plusieurs décès ont été causés de la même manière: en pleine nuit et par la même blessure mortelle que la «chose»aurait infligé à ce jeune homme.».
Le silence s'installe, Jenny est toujours assise au piano et caresse le chacha qui semble apprécier la douceur du geste. Haley quant à elle a terminé de couper le morceau de viande toujours bleu étoilé et s'apprête à le cuisiner. Sana reprend en réponse au Sacrieur: «Tu en sais beaucoup et ça m'impressionne, mais pas encore assez!» Le Sacrieur la regarde en souriant, attendant la suite de son argumentation.«Le Bonhomme de rêve prend l'apparence de la personne qui est la plus chère à vos yeux OU celle de votre rêve le plus fou!». Au même moment, Haley et Jenny échangèrent un regard en souriant, le piano reprit de plus belle et le bouillon y ajoutait un son agréable et entrainant. Diane quant à elle est toujours assise sur son fauteuil, jouant avec l'anneau et attentive à tout ce qui se dit: plus l'histoire avance et plus son cœur bat vite, et ses yeux fuient le regard de Sana.
La jeune Feca reprit sur le rythme de ses coéquipières:«Lorsque nous sommes tombées sur le Bonhomme de rêve, celui-ci se trouvait dans le village enseveli à Frigost. Nous étions ici dans le but de nous défouler sur les Givrefoux quand nous vîmes au loin une sorte de… bonhomme de neige. Aucun enfant (ni adulte d'ailleurs) ne vivait ici à cause des Givrefoux, alors comment a t-il pu atterrir ici? Il s'agissait en fait, de la véritable apparence du Bonhomme de rêve et peut être même que le village enseveli était son sanctuaire de repos le jour durant. Il n'avait pas senti notre présence, il était alors vulnérable et à notre portée et le jour était à notre avantage. C'est du moins ce que nous pensions… Au moment de l'attaque, le Bonhomme de rêve nous a tout de suite senti et s'est transformé en Faucheuse...».
L'auditoire est stupéfait, la musique va de plus en plus vite, le bouillon de plus en plus fort, les trois chasseuses de têtes semblent revivre le moment et emportent toutes les âmes à leur écoute avec elles… Pourquoi la Faucheuse? Le Bonhomme de rêve n'est-il pas sensé prendre l'apparence de la personne qu'on aime le plus au monde? A moins que… «Notre plus grand rêve à toutes les trois, et nous l'avons compris à ce moment là, c'est de tuer la mort elle même. Alors le Bonhomme de rêve en prit l'apparence.». Tout le monde était bouche bée, cette fois c'était le bouquet final qui les attendait: la fin du récit.«C'est alors que le combat fut le plus difficile que nous ayons vécu jusqu'ici et tout y est passé: du plus puissant des boucliers à la plus aiguisée des dagues. Mais la mort est invincible, la mort est nécessaire, la mort est inévitable. Nous aurions du mourir, cependant c'est quelque chose que le Bonhomme de rêve ne peut accomplir car pour ainsi dire prendre la place de la mort vous assure une fin cruelle et douloureuse, rien n'est plus douloureux que de devenir, non, que d'être la Faucheuse. Le Bonhomme n'avait que d'autre choix que de reprendre son apparence initiale mais il n'en restait pas moins puissant et redoutable, et c'est à ce moment là que nous l'avons achevé.»

La musique s'arrête, Jenny a donné toutes ses notes les plus puissantes pour cette histoire, quant à la cuisson de la viande, elle était terminée et toute l'auberge pouvait passer à table. Le vieux Sacrieur, toujours au bar ajouta:«La viande du Bonhomme de rêve, tout comme son nom l'indique, prend la forme de la viande que vous rêvez de manger plus que tout, c'est là la récompense de ceux qui l'achèvent.». Tous passèrent à table dans la bonne humeur après avoir entendu la fantastique histoire du Bonhomme de rêve, Haley était la plus conquise de servir la viande qu'elle même avait achevée et préparée avec soin tandis qu'au piano; Jenny repris avec une nouvelle prestation et une ambiance des plus chaleureuses. Même Diane, qui, subjuguée par l'histoire que l'on venait de lui conter n'arrivait plus à dire un mot, mangea la viande de ses rêves à son tour (qu'elle avait bien entendu déjà chassé et mangé par le passé). Avant de passer à table, Sana s'adressa une dernière fois au vieux Sacrieur avant de se retourner vers lui:«En attendant mon vieux, tu en savais un paquet sur le Bonhomme de rêve, voire même un peu trop à mon goût pour quelqu'un qui aurait entendu une histoire si peu connue. Alors dit moi… Le jeune homme que l'on a traité de fou, c'est toi, pas vrai?». Le vieux Sacrieur sourit, baissant les yeux vers une bague de fiançailles qu'il tenait entre ses doigts, avant de la poser sur le comptoir et de disparaître sans laisser de réponse. Sana se leva et se tourna vers le bar et constata que, sans surprise, le vieillard avait disparu, elle récupéra la bague sur le comptoir et baissa les yeux l'air pensive avant de les fermer. Au même moment, les trois chasseuses de têtes sourirent, avec fierté et honneur.
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Score : 168

Très bon récit. Je savais que tu avais lu mon histoire et au début j'ai eu peur que nos histoires se ressemblent. Et même si j'y ai vus quelques similitudes pas du tout !
Cette idée du Bonhomme de rêve qui se transforme en Faucheuse fonctionne très bien ! J'ai presque envie d'appeler tes héroïnes les sœurs Pevrell wink
Et une fois vaincu "prend la forme de la viande que vous rêvez de manger plus que tout" permettant à ton récit d'être encore plus raccord au thème. Bien joué !
Bref c'est intelligent, subtil et en plus tu rajoutes des héroïnes dans ce concours où beaucoup (trop?) de héros sont mis en avant !

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Score : 1142

Dans un calme entrecoupé par le bruit d’une lame contre une pierre, un simple craquement de bois retentit tel un coup de canon. A l’unisson, nos têtes se tournèrent vers l’entrée, où une silhouette sombre, vêtue d’un long manteau de voyage, achevait de passer le seuil. S’il avait conscience de la vingtaine de paires d’yeux braqués sur lui, l’individu n’en montra rien ; d’une démarche assurée, il se dirigea vers le fond de la salle et, sans un mot, pris place à la seule table restée jusqu’ici inoccupée.

« Qui c’est, celui-là ? »

La voix me parut si lointaine qu’il me fallu quelques secondes pour recentrer mon attention. D’un coup d’œil, je vis qu’il en allait de même pour les autres. L’entrée de l’individu semblait, pendant un court instant, avoir hypnotisé les convives.

« Grmblblbblrmgmm… Sploutch ! ».

Enfin, peut-être pas tous : aux vigoureux coups de louche et aux bruits étouffés qui parvenaient de ma gauche, je m’imaginais sans la regarder Mandine se débattre avec le plat du soir.

Celle qui avait parlé était une femme, sur ma gauche. Curieuse, je tournais également la tête vers Diane.

« Aucune idée… », répondit-elle à voix basse. « Cela va faire deux jours qu’il est arrivé, et il n’a quasiment pas décroché un mot. Tout juste a-t-il payé la patronne pour le lit. Et il n’a même pas répondu quand je lui ai demandé son nom, c’est dire ! D’ailleurs, c’est bien la première fois que je le vois à l’heure du repas. Qu’importe ! Allons, allons, je suis sûre que vous avez tous de belles histoires à me raconter ! »

Depuis un coin d’ombre, un vieux Sacrieur se manifesta. D’un geste, Diane invita les convives à se rapprocher d’elle. Il ne suffit que de quelques mouvements de tables et de chaises pour transformer ce qui n’étais que tablées disparates en joyeuse assemblée ; où tout le monde ne pris pas place, toutefois, remarquais-je.

Je m’y assis, à gauche de la vieille femme, restée enfoncée dans son fauteuil. Avec calme, l’homme débuta son histoire – quelque chose à propos d’une aventure, d’un Wabbit et de Milimulous – encouragé par les exclamations, tour à tour surprises ou admiratives, des autres participants.

En réalité, je n’y prêtais que peu d’attention. Diane, en revanche, hochait fréquemment la tête au fil des péripéties. Lorsque l’histoire pris fin, des murmures approbateurs se firent entendre ; satisfait de sa performance, le Sacrieur tira une dernière fois sur sa pipe avant de se retirer.

Presque aussitôt, une autre pris la parole – une jeune Steameuse, à son allure – et capta à son tour l’auditoire. Aussi peu intéressée par son aventure – une sombre histoire de démons – que par la précédente, je fixais le fond de ma chope, et constatait tristement qu’elle était encore à moitié pleine. Cela faisait presque une heure que ce petit jeu avait débuté, et en bonne disciple de Pandawa, je m’imaginais assez bien le nombre de bières qu’en d’autres circonstances, j’aurais facilement pu descendre… Une tape sur l’épaule mis fin à ma rêverie.

« Ragoût ?! »

Je n’avais pas entendu Mandine arriver, et à son air peu commode, je devinais qu’elle devait attendre depuis un petit moment derrière moi, louche en l’air. M’excusant, je lui tendis mon bol, où elle versa une portion de ragoût suffisante pour nourrir un bébé Gloutovore pendant une journée. Tout en portant les premières cuillérées à ma bouche, je me mis à penser au moment où viendrait mon tour. Je n’étais pas très bonne conteuse, et, après réflexion, l’histoire que j’avais en tête faisait remonter des souvenirs trop personnels pour les partager avec un banquet d’inconnus. Tandis que le récit d’une troisième épopée touchait à sa fin, je sentis le regard de Diane se poser sur moi.

« Et toi, quelque chose à nous raconter ? Vu la taille de tes sacoches et le volkorne que tu as laissé dans l’étable, je suis sûr que tu en as vécues, de belles chasses ! »

« Vraiment ? En fait, je pourrais tout aussi bien vivre depuis toujours en bas de la montagne que vous n’en sauriez rien », répondis-je en fixant sa jambe.

Je n’avais pas voulu paraître aussi agressive, mais j’avais horreur de ceux qui se mêlaient de mes affaires. Finalement, je me radoucis aussitôt :

« Désolée. Mais je ne suis pas vraiment d’humeur. Un autre soir, peut-être. » Elle n’insista pas, et l’espace d’un court instant, chacun sembla vouloir se replonger dans ses pensées. Je m’en voulais un peu d’avoir gâché l’ambiance : même si je n’écoutais les histoires que d’une oreille, avoir une compagnie enjouée était un plaisir que je n’avais eu récemment que trop peu l’occasion de goûter.

Heureusement, ce moment de malaise fut de courte durée : les récits reprirent, plus extravagants les uns que les autres, parfois ponctués de chants ou accompagnés au piano. Je me surpris à accepter une tranche de viande, plus par politesse que par envie. Même le Iop attablé dans un coin de la salle s’arrêta un instant d’aiguiser son épée et daigna participer.

Finalement, après la sortie d’un jeune Féca pour se soulager, le silence, ponctué à intervalles réguliers par les ronflements de trois compères effondrés sur le sol, commença à reprendre ses droits. Une voix se fit alors entendre :

« Bon, hum… La chasse, très peu pour moi ! Mais des histoires, je peux vous en raconter ! Celle que j’ai en tête n’date pas d’hier, mais c’est pas si vieux ! A l’époque, j’étais encore au Kolizéum ! ».

Je relevais la tête et dévisageais l’individu, assis en face de moi. Presque deux kamètres à vue de nez, plutôt charismatique et relativement musclé, il était si large qu’il occupait deux places à lui seul. Un guerrier, probablement. Peut-être même officier ? Avec sa voix grave et portante, je n’avais aucune peine à l’imaginer haranguer ses hommes. En y réfléchissant, j’aurais pu, après un certain nombre de bières, le trouver attirant, si ce n’est… Je sentis bien quelque chose de dérangeant chez lui, même si j’étais bien incapable de dire quoi.

Diane fit la moue.

« Ce n’est pas vraiment ce que j’ai envie d’entendre, mais après tout… Je ne suis pas seule autour de cette table. »

Effectivement, étant le dernier à prendre la parole, l’homme avait eu le petit effet qu’il escomptait : d’un œil, je vis que les autres l’invitaient à poursuivre.

« J’les ai vu arriver en début d’été, un soir. Deux voyageurs. », commença-t-il, en s’emparant du pichet posé sur la table. Au vu de la quantité qu’il versa dans sa chope, je sus que l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter risquait d’être longue. Comme pour les autres, j’en écouterai au moins quelques bribes.

« Elle, c’était Alisa. Des traits fins, et la prestance des lignées plus habituées à tenir une plume qu’une épée ; même si son physique disait tout le contraire. Grande, belle, athlétique, des yeux vert émeraude et les avant-bras des combattants rompus aux armes lourdes, hallebardes ou espadons. Pas d’uniforme, pourtant. D’ailleurs, à son allure générale, j’ai rapidement soupçonné une déserteuse ; même si elle avait essayé d’les cacher, elle avait les même cheveux blanc neige que certains brâkmariens. Bref, le genre de femme qui suscitait la convoitise ; bien différente de certaines d’ici, si vous voyez ce que je veux dire », dit-il en faisant un clin d’œil à son auditoire.

Diane resta impassible. Quant à Mandine, elle s’arrêta un instant de récurer sa marmite et adressa un geste obscène à l’homme. Je réprimais un sourire.

« Lui, c’était le contraire », reprit-il. « Assez petit, un physique quelconque, le genre de type qu’on croise sans y prêter attention, ou qu’on oublie aussitôt après l’avoir rencontré. La seule chose qu’on remarquait, c’était ses yeux : bleu nuit, presque violet, avec une pointe de malice. En vrai, j’serais bien incapable d’en dire plus, sauf que c’était un Crâ. Zhu ou… Zho quelque chose, je crois bien avoir entendu la fille l’appeler comme ça. »

Comme je l’avais supposé, l’homme était beau parleur. Ses mots n’avaient aucune difficulté à imprimer nos esprits, et ses pauses étaient soigneusement choisies pour laisser place à l’imagination. L’assemblée semblait suspendue à ses lèvres.

Cependant, l’atmosphère avait changé dans la pièce, et il me fallu un petit moment pour comprendre pourquoi : l’individu à la longue cape avait finalement pris place au piano et commencé à jouer. Je ne connaissais pas ce morceau ; les premières notes m’évoquaient toutefois une ballade, teintée de mélancolie.

« On avait du mal à comprendre pourquoi une fille pareille se baladait avec un type dans son genre. Son page, j’crois, ou son disciple, j’l’ai jamais vraiment su ; pas plus que ce qu’ils étaient venus faire, d’ailleurs. En tout cas, dans l’arène, ils étaient sacrément efficaces. Elle n’avait pas un style de combat spectaculaire ; presque uniquement de la force brute : frapper, plus vite et plus fort que les autres, éviter, encaisser... Je l’ai vu se relever de coups qui auraient rendu infirmes beaucoup d’hommes. Lui était davantage dans la finesse : des flèches nettes et précises, des déplacements millimétrés, des envoûtements intelligemment distribués… Et surtout, il maîtrisait le Nécronyx. »

« Quel rapport ? », murmura quelqu’un. Ayant une certaine expérience du Kolizéum, je connaissais déjà la réponse.

« Parce qu’à l’époque, on s’amusait à faire entrer des Trépamorts dans l’arène. Ça permettait d’échauffer les combattants et le public ! Parce que contrairement aux aventuriers, eux, ils se relevaient indéfiniment ! Et pour les spectateurs, quoi de plus hilarant que de les voir ramper avec bras, jambes et parfois tête en moins ! Bon, en général, on s’arrangeait quand même pour qu’au moins un des guerriers connaisse le sortilège ; après, c’était pas toujours le cas et parfois c’est les cadavres qui gagnaient, mais bon, y’avais que des volontaires, hein ! »

Au fond de la pièce, la mélodie jouée par l’inconnu se faisait de plus en plus insistante.

« En une saison, ils ont presque tout gagné », continua l’homme, sans y prêter attention. « Alisa avait l’aura d’une championne : seule, en duo, en équipe avec des inconnus, peu importe, elle remportait toujours ses combats. A vrai dire, la seule chose qu’elle évitait, c’était de combattre seule ces Trépamorts. Une fois, j’lui avais demandé pourquoi. « Pour maîtriser le Nécronyx, il faut être béni des dieux. Cela fait longtemps que ce n’est plus mon cas », voilà c’qu’elle m’avait répondu. »

L’homme avait désormais toute mon attention. Toujours conscient de l’effet qu’il produisait, il embraya de plus belle :

« Ce jour-là, elle avait décidé d’affronter seule un autre champion ; un certain Sacrieur, connu dans l’ensemble du monde des Douze. J’n’avais jamais vu autant de monde ! Comme d’habitude, les premiers combats ont eu lieu sans surprise. J’crois que Zho en faisait partie, et, si j’me souviens bien, lui et son équipe ont facilement remporté le leur. Quand les gardiens ont fini de nettoyer, elle est entrée en première, par la grande porte, attendant son adversaire. Pourtant, ce jour-là, c’est une autre porte qui s’est ouverte. »

Quand l’homme marqua une nouvelle pause, je remarquais, à l’oreille, que ce qui au départ n’était qu’une symphonie mélancolique tournait, au fur et à mesure des accords, à l’ode funèbre.

« L’odeur de la mort a assailli nos narines bien avant que nous ne puissions voir les premiers Trépamorts. C’était bien la première fois que j’entendais l’arène silencieuse. Elle a vite compris ce qui se passait, et quand ils ont commencé à avancer, elle n’a pas hésité une seconde. A défaut de pouvoir les tuer, sa lame a coupé, tranché, arraché tout ce qui pouvait l’être. Mais le flot ne se tarissait pas, alors certains ont commencé à se jeter dans l’arène pour l’aider ; en peu de temps, elle avait gagné l’amour du public, et il n’était pas décidé à laisser partir sa championne comme ça. »

« Finalement, c’est l’ensemble des Trépamorts supposés être enfermés qui a déferlé dans l’arène ce jour-là. Beaucoup de braves sont morts. », acheva-t-il.

« Et Alisa ? », demandais-je, bien que j’eusse deviné la réponse.

« Malheureusement, elle en faisait partie. »

« Que s’est-il passé ? », demandais-je, plantant mes yeux dans les siens. « Tu disais il y a un instant que chacun savait qu’elle était démunie contre ces créatures, non ? »

« La porte était restée ouverte, voilà tout », dit-il, le regard fuyant. « Comme je l’ai dit, les accidents, ça arrive ».

En cet instant, alors que la mélodie atteignait son apothéose, je mis enfin le doigt sur ce qui, depuis le début, me dérangeais chez cet homme. Ma perception changea alors du tout au tout. Dans sa voix, là où il y a une minute encore je sentais la confiance, il m’était d’un coup devenu impossible de déceler autre chose que les accents de la lâcheté.

« Tu n’y as jamais combattu, n’est-ce pas ? », fis-je, prise d’une intuition soudaine.

L’homme se redressa de toute son – imposante – stature :

« Non. J’étais gardien. »

Il ne m’en fallu guère plus pour comprendre.

« Pourquoi ? », demandais-je dans un souffle. J’avais conscience de prendre un risque en le poussant de la sorte ; si les choses venaient à dégénérer, je n’étais clairement pas de taille à affronter cet homme, mais au moins, j’espérais gagner le soutien de l’assistance.

« Parce que j’avais pas le choix ! ». Cette fois-ci, le ton était hostile. « J’ai jamais voulu laisser cette foutue porte ouverte, mais j’avais des ordres ! Et puis, on m’a payé. Et pas le genre de paiement que tu refuses, si tu comptes rester en vie. »

Je n’arrivais pas à éprouver de pitié pour cet homme. Plutôt du dégoût. Aux regards médusés que s’échangeaient les convives, je compris que je n’étais pas la seule. Absorbée dans la conversation, je n’avais même pas remarqué que le piano était redevenu silencieux.

Je n’entendis même pas la flèche siffler. Alors qu’il se levait, l’homme regarda avec stupéfaction la pointe qui dépassait de sa gorge. Au moment où il s’écroula, je vis tour à tour passer dans ses yeux terreur et résignation, avant qu’ils ne se vident définitivement.

« Vous vouliez une histoire de chasse, n’est-ce pas ? »

La voix était douce, mais impitoyable. L’individu au piano s’était levé, et rivait désormais ses yeux sur l’assemblée. D’ici, je distinguai très clairement sous la capuche les reflets violets qui les animaient. « Bien mieux : vous en assistez à la conclusion. »

D’un pas aérien, il traversa la pièce, retira la flèche du corps effondré sur la table, et la glissa sous sa cape. Puis il se dirigea vers la porte, non sans un dernier regard pour Diane :

« Quand je suis arrivé ici, tu m’as demandé mon nom. Je me nomme Senzho. »

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Score : 324
La Chasse à l’élégance

Assis à la table de la cuisine, un jeune disciple de Crâ, fringant et très soigné sur lui, était en pleine introspection pendant les discours des naufragés du blizzard :

« Qu’ai-je fait pour mériter cela ? » marmonnais-je tout bas dans mon écharpe. Je repensais à ces dernières semaines avec un air de dégoût qui ne faisait que s’accentuer à chaque fois que je posais mon regard sur quelque chose autour de moi.
Moi, Xam, dernier des fils de la très respectueuse famille Rebew, famille la plus proche du pouvoir en Amakna, me voilà au fin fond du monde, entouré d’ignares et de brutasses tous aussi répugnants les uns que les autres. Ma famille est depuis des générations chargée d’encadrer toutes les procédures administratives de la région. J’ai été forcé d’accepter une mission de recensement dans les TFPD, Terres à Fort Potentiel de Développement. Tout ça parce que je n’ai pas pu résister aux charmes d’une femme qui s’est avérée être par la suite la petite cousine du Roi… J’aurai pu être jeté au cachot ou bien envoyé en mission militaire à Sidimote, mais je ne sais pas ce qui est pire entre mourir oublié de tous ou bien continuer de vivre au milieu de la puanteur de ces vagabonds sans-le-kamas.

Ocre-roche…Il faut être fou pour avoir ne serait-ce que l’idée de développer quelque chose là-bas. Le simple fait d’y penser me rappelle le fromage agonisant sur la table à côté de moi et me suffit pour avoir un relent gastrique.  
Non, je ne suis pas un guerrier et encore moins un aventurier. Oui, j’aime mon confort et les avantages du palais au château. J’éprouve une haine viscérale contre tout ce qui n’est pas raffiné ou scintillant, et je le revendique. Autant dire que je préfèrerai que le blizzard emporte la bâtisse et moi avec plutôt que de devoir rester un jour de plus dans cet antre nauséabond.

Cela va faire depuis la mi-journée que je n’ai rien avalé, j’espère au moins que la nourriture ici est correcte. Je ne m’attends pas à de la grande gastronomie, je me rassure en me disant qu’au moins ça sera chaud et donc avec moins de bactéries…
Les contes allaient bon train, chaque énergumène voulait faire part de sa dernière épopée « fantastique » à base de monstres ragoutants, de combats violents tout cela parsemé d’anecdotes grivoises. J’étais bien plus occupé à juger un par un leur accoutrement ridicule d’un autre temps et à me moquer discrètement d’eux, emmitouflé dans mon manteau sur-mesure.

D’autres personnes rentrèrent dans l’auberge, nous commencions à être trop nombreux à mon goût. Les vapeurs d’alcool montaient à la tête, le brouhaha était ininterrompu, certains se mettaient à jouer du piano et à chanter dans une dissonance qui surpasserait même un orchestre de Porkass.
Il suffit ! Je devais absolument prendre l’air, j’étouffais. Cela dit, j'étais tiraillé par le fait de perdre ma place assise proche de la cheminée. Une envie soudaine de me soulager me prit tout à coup, il n’y a pas que les habitants qui sont traîtres ici, la boisson l’est aussi d’après ce que je vois.

Je demanda à un Feca assis à côté de moi -qui semblait être le moins acrimonieux de tous- où se situaient les sanitaires. Quelle erreur j’ai commis ! Dans mon entrain de sociabilité soudaine envers ses fielleuses personnes je découvris que le visage de mon voisin était complètement boursouflé, asymétrique et même éraflé. Mes yeux se crispèrent à la vue de cette ignominie et je ne payais attention qu’à certains mots de sa réponse. J’arrive tout de même à comprendre que cette chose qui me sert de voisin de table se nomme Pacôme et me met en garde sur le fait que les toilettes se trouvaient à l’extérieur et qu’elles étaient sèches… juste avant de fondre en larme pour aucune raison. Pauvre homme ! je me dis que moi aussi je serais dans cet état mental si je devais vivre à plein temps dans cette région.

Je décida de prendre mon courage à deux mains et de traverser ce tableau de débauche innommable qui me servait d’abri en évitant le moindre contact avec ces grotesques personnes. Arrivé dans l’entrée, je m'inquiétais tout de même du temps qu’il faisait dehors avant de franchir la porte. Je décida de regarder par la fenêtre afin d’estimer la force de la tempête. Après une courte estimation, et après avoir repensé à mes bottes quasiment neuves, il ne m’a pas fallu longtemps pour renoncer à cette idée saugrenue de prendre l’air. Après tout, mon envie n’était pas si pressante.
Je me rendis à l’évidence que mes cinq sens devaient subir cette torture encore un moment.A cet instant précis, je sentis comme un souvenir chaleureux. L’espace d’une seconde, mon corps se décrispa. Quel était cet étrange phénomène ? Je sentis comme une odeur familière, comme la promesse d’un espoir dans cette inqualifiable bicoque. Une douce note sucrée de cerise accompagnée d’un subtil mélange de fleur, une véritable rédemption pour mes narines.

Le parfum venait du sol, je découvris une petite pièce de tissu à mes pieds. D’une couleur aussi délicate que sa fragrance. Je me pencha rapidement pour le récupérer tel un Piou venant de trouver une graine de sésame. Moi qui pensais avoir affaire à des personnes incultes et indécentes, me voilà fort dépourvu de savoir qu’une âme ici présente fusse preuve d’un aussi bon goût. Tel chargé d’une mission divine et pour ma propre survie, je me devais de retrouver à qui appartenait ce tissu et enfin trouver une alliée dans ce désordre beuglant. Plus que jamais, mes sens étaient en éveil malgré les attaques soutenues qu’ils subissaient depuis quelques heures. Tel un prédateur traquant sa proie, mon regard balayait l’assemblée à la recherche de l’âme promise. 

Je retourna me mêler à la populace…le moindre indice pouvait me mener au purgatoire : une tenue vestimentaire, un élément de langage, un geste typique de la cour…Je passais chaque âme au peigne fin, quitte à passer pour un fou, ma mission était un véritable salut pour mon ennui mais aussi pour ma condition physique : je me servais de ce bout de tissus pour prendre ma respiration et ainsi filtrer les odeurs fétides de la pièce.

J’inspectais scrupuleusement les membres de la pièce, à qui cela pouvait-il appartenir ? 
Mon regard se posa sur Mandine. Non, impossible, ce parfum ne pouvait pas être celui d’une femme dont l’odeur corporel pourrait se marier à celui d’un ragoût de blops. Je continua donc ma chasse…
Autre prétendante : une sram, brakmarienne sans doute vu la façon de porter ses armes. Une femme si livide et si pâle ne peut-être attiré que par le glauque et tout ce qui se rapporte à la mort ! Arrivé à sa hauteur je l’interrompis en train d’expliquer à un vieil énutrof ses meilleures techniques pour vider un sanglier des plaines... En faisant attention, je remarqua qu’elle n’avait pas non plus de poche où elle aurait pu glisser ce morceau de tissu. Passons à la suivante…

Mes yeux se posèrent alors sur une jeune steameuse, en m’approchant d’elle je sentis comme une odeur de soufre me piquer la gorge. J’ai cru entendre dans les récits qu’elle était alchimiste… Les potions et tous les autres joujoux d’artificiers m’ont toujours angoissé de peur que cela m’explose à la figure. N’étant pas rassuré par le fait d’aller lui parler, je me conforta dans l’idée que cela devait être le genre trop occupé pour être coquette, je devais continuer à chercher !

Deux prétendantes sortaient encore du lot, l’une, disciple de Sadida et membre des Lershock-Mehols l’autre une élégante iop aux cheveux blonds. Etant légèrement intimidé par cette dernière que je n’avais pas repéré parmi la foule, je me dirige d’abord vers la Sadida pour voir si elle pouvait correspondre à la personne que je recherchais. Elle était jeune et semblait être seulement préoccupée par ses poupées.
A peine suis-je arrivé à quelques mètres d’elle qu’une chose enlaça mon pied. Un piège ? Non, pas vraiment, une de ces horrible poupées Voodoo avait confondu ma botte avec un arbre à chacha, sa tête inexpressive et rafistolée au fil à coudre se releva vers mon visage et me glaça le sang en un instant. Je fis un bond en arrière, manquant de trébucher sur la lame d’une brute alcoolisée.

Je mis une bonne minute à récupérer mon sang froid et pour arrêter de trembler comme une feuille. Je repris mes esprits en sentant à nouveau le bout de tissu. Bien décidé à retrouver sa propriétaire, il me restait une seule option : la iop buveuse de thé. J'allais enfin pouvoir trouver refuge avec quelqu’un qui n’était pas un insipide soiffard malodorant.
Je me diriga alors vers cette âme pure, que dis-je, vers la délivrance qui m’aidera à supporter ces prochaines heures dans ce grotesque capharnaüm. Plus rien ne pouvait m’arrêter, le tissu en main je me sentais fort et brave tel un chevalier ayant vaincu un dragon et allant récupérer la princesse enfermée dans son donjon méphitique.
Arrivé à sa hauteur, j’allais pour m’adresser à la Iop quand tout à coup une main froide et rugueuse me saisissa le poignet dans lequel je tenais le bout de tissu.

Je me retourna aussitôt pour faire face à la personne qui eut le toupet de se mettre au travers de mon chemin, m’interrompant ainsi dans mon élan glorieux. L’énutrof Bredouillard, qui d’après ce que j’ai compris était un habitué de l’endroit, se tenait devant moi dans sa guenille avec son air suffisant.
« Ben t-tiens mon ami, je-je vois que tu as retrouvé mon mouchoir » me lance-t-il.

J’entendis ces mots avec une certaine incompréhension et même avec une incompréhension certaine. Par désorientation ou bien par seul mimétisme de mon interlocuteur je me suis mis à bégayer quelques mots :

«  Vous..comment ça vo-votre mouchoir ? Je ne comprend pas…Mais ce..ce parfum..c’est vous ? » lui répondis-je voyant ma promesse de bonne compagnie s’éloigner par la même occasion.

« A-Absolument, je m’en sers pour sé-sécher un vieux bou-bouton qui ne veut pas guérir » me réplica-t-il en me prenant le tissu de ma main tremblante.

C’est alors que devant mon air horrifié, le vieil homme souleva sa barbe et me dévoila un furoncle proéminent et suintant. Il se passa alors le mouchoir dessus avec une monotonie associée à une légère satisfaction d’avoir retrouvé son outil.

« V-Vous aussi vous avez remarqué cette odeur qui s’en dégage ? On-on dirait de la ce-cerise » me dit-il.

C’est donc à cet instant que je perdis connaissance.

Je me réveilla le lendemain, tout le monde était déjà parti de l’auberge. La lumière du soleil pénétrait dans la salle à travers les fenêtres. Mandine et son mari étaient occupé à ranger péniblement le désordre de la veillée. Finalement, perdre connaissance n’était pas si mal, je n’ai pas eu à supporter plus longtemps ces rustres. Ma mission de recensement ne faisait que commencer dans cette contrée tout comme la chasse à l’élégance qui me paraît bien perdue d’avance.

 
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