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[Animation] Récits d'Invention #7 : Vous êtes parcouru d'un frisson...

Par jcovingt - ABONNÉ - 25 Octobre 2019 - 10:22:34
Vous êtes parcouru d'un frisson en arrivant devant la bâtisse qui vous a été indiquée. Elle est en plus piteux état encore que vous ne l'imaginiez, et la légère brume de cette sombre soirée d'octolliard ajoute encore à l'ambiance sinistre que l'endroit dégage. Le message que vous avez aperçu sur un panneau d'affichage, et qui vous donnait rendez-vous ici pour "affronter vos peurs", semble prendre tout son sens.

Un craquement caractéristique provient du parquet tandis que vous franchissez le pas de la maison délabrée. D'autres âmes courageuses sont déjà rassemblées en ce lieu, leurs ombres dansant sur les murs à la lueur d'une bougie sous cloche posée sur une table de chevet au centre de l'unique pièce. Un bref coup d'oeil circulaire ne vous en apprend pas beaucoup plus : un tableau en lambeaux sur un mur, un trou de sousouris dans un autre, un morceau de tuyauterie bancale dans un coin, une porte scellée qui semble ne mener nulle part, quelques bibelots ébréchés sur une étagère... Le mal pourrait venir de n'importe où, ou ne pas venir du tout.

Quelques minutes silencieuses passent, d'autres personnages, sûrement aussi intrigués que vous par l'annonce, entrent dans la cabane vétuste. Derrière le dernier d'entre eux, la porte se referme brusquement. La voie est close. La flamme de la bougie vacille dangereusement. Un murmure emplit l'air, rauque, lugubre, semblant sortir de tous les murs à la fois.

« Je vois Tout. Chacun d'entre vous a une faiblesse ; chacun d'entre vous a une peur. Vous l'enfouissez, vous la cultivez, vous la cachez, vous tentez de la bannir de votre conscience. Ce soir, elle vous sera révélée ; affrontez-la. Ceux dont l'odyssée se montrera digne d'intérêt seront récompensés. »

La voix se tait, et depuis la canalisation fendue s'échappe un nuage de fumée épaisse qui embaume petit à petit l'entièreté de la maison. L'odeur vous monte à la tête, trouble votre vision, certains des badauds commencent déjà à vaciller ou à pousser des cris d'effroi.

Votre cauchemar peut commencer.

[HRP] Pour avoir toutes les informations relatives au concours et poster vos commentaires, vous pouvez consulter le topic HRP [/HRP]
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Score : 2328

Gérard Nak, un disciple de Sram, s’était rendu dans une maison pour échapper à quelqu’un à qui il venait de dérober son bien. Gérard avait en effet l’habitude de vagabonder dans les ruelles des différentes cités, pillant et volant les honnêtes personnes tout en échappant aux autorités. Une fois à l’intérieur, le Sram se retrouva au milieu d’autres visiteurs, ce qui l’arrangeait bien car il pouvait facilement s’y dissimuler en passant inaperçu. Soudain, Gérard entendit un murmure dont les paroles glaçaient le sang, un comble lorsqu’on n’a que des os ! Le voleur comprit bien vite qu’il s’était réfugié dans une maison hantée et se demanda ce qui pouvait bien être pire entre affronter ses peurs et se faire arrêter par la milice.

Lorsque le gaz se répandit dans la salle, Gérard fut d’abord déstabilisé, ayant du mal à s’orienter et à distinguer le visage des individus à cause de l’épaisse brume qui recouvrait peu à peu ses orbites. Alors que le Sram tâtonnait les murs de ses phalanges pour tenter de trouver la porte de sortie, il fut soudain pris de vertiges et tomba finalement dans les pommes, tandis que d’autres visiteurs commencèrent à halluciner. Quand Gérard se réveilla après une durée qu’il ne put déterminer, il fut surpris de se retrouver assis à une grande table avec ses mains attachées à sa chaise. Devant lui était disposé un large buffet comportant une grande variété de plats allant de l’entrée au dessert, qui étaient tellement nombreux qu’ils auraient pu nourrir un troupeau entier de bouftous affamés. Cependant, des Douziens n’auraient sans doute pas eu le même appétit que ces bêtes, car tous les plats étaient composés exclusivement d’insectes, qu’il s’agisse de pyrasites, de sakariens ou de migrillons, dont certains étaient encore vivants. Cela dégoûta le voleur, qui fut pris de frayeur et se demanda qui pouvait bien l’avoir ligoté devant un repas aussi répugnant. Paniqué, il commença à se débattre avant d’être surpris par une voix qui semblait résonner de nulle part :

- « Enfin réveillé ! C’est pas trop tôt, ho ho ! »

Gérard regarda tout autour de lui et aperçut les autres visiteurs, dont certains le regardaient d’un air étonné et ne semblaient pas voir qu’il se trouvait devant un buffet immonde, tandis que d’autres se baladaient et étaient perdus dans leurs hallucinations cauchemardesques. Parmi toute cette foule, aucun individu ne semblait être celui qui s’était adressé à lui : d’où la voix pouvait-elle donc venir ?

Le Sram tourna la tête dans tous les sens pour tenter de trouver son ravisseur, jusqu’à ce qu’une épaisse fumée rouge recouvre la chaise vide qui se trouvait à l’autre bout de la table. C’est alors qu’un étrange personnage apparut assis en face de lui et lui fit un large sourire de ses dents acérées. Celui-ci était vêtu d’une écharpe grise, d’un pantalon de la même couleur ainsi que d’un cardigan noir et avait une chevelure noire décoiffée. Mal à l’aise, Gérard lui demanda d’une voix tremblante :

- « Où est-ce que je suis et c’est quoi tous ces insectes ?! »

L’individu prit alors une brochette de cafard et la trempa tranquillement dans de la sauce piquante avant de répondre :

- « On est dans une maison hantée, tu devrais le savoir, pourtant ! Et ces insectes, c’est notre repas. Tu verras, ils sont délicieux ! »

- « Mais c’est dégoûtant ! », s’exclama le Sram en réprimant une grimace.

A ces mots, le sombre personnage brandit sa brochette et la fit manger de force au voleur en la plongeant dans sa mâchoire :

- « Allez, ne fais pas le difficile et goûte-moi ça ! »

Face à ce coup de force, Gérard resta immobile, n’osant pas avaler ni recracher le cafard qui était désormais coincé entre ses dents et se contenta de fixer l’homme aux cheveux décoiffés, qui servit une boisson verte et visqueuse dans un grand récipient qu’il poussa devant lui :

- « Tu en fais, une tête ! T’as besoin d’un remontant ? T’en fais pas, j’ai un jus de sakarien fait maison ! »

Voyant le breuvage qu’on s’apprêtait à lui servir, le Sram recracha aussitôt son cafard et s’écria avec une mine de dégoût :

- « Pouah ! Kof kof… non… kof… merci ! »
- « T’es sûr ? Tu étouffes, là ! »

L’individu brandit alors une autre brochette d’insecte, sucrée cette fois, qu’il tendit à Gérard :

- « Passons au dessert, alors ! J’ai un succulent migrillon au miel, tu en veux ? »
- « Sans façon ! »

Vexé, l’homme loufoque avala sa brochette en une bouchée et se pencha vers son interlocuteur pour lui demander :

- « Décidément, t’es difficile ! Que veux-tu, alors ? »

Gérard, qui avait les orbites rivés sur un céglumen qui escaladait son avant-bras droit, répondit d’un air mal assuré :

- « Je veux juste savoir qui tu es et ce que tu me veux ! »
- « Qui je suis ? Mais j’ai toujours été là, mon gars ! »

Le décoiffé se leva ensuite d’un coup de son siège et leva ses bras en l’air en s’écriant :

- « Je suis Germain Sekt, ton angoisse ! Autrefois, j’étais bloqué dans un coin de ta tête, mais aujourd’hui, grâce à toi, je suis liiibre ! »

D’abord intimidé face à cette affirmation, le voleur se ressaisit rapidement et lança d’une voix colérique :

- « Sauf que t’as rien à faire là, alors tire-toi d’ici, avec tes insectes ! »

Restant de marbre, le dénommé Germain se contenta de sourire en répliquant d’un ton froid :

- « Ho ho, du calme, mon grand ! Ici, avant, c’était ton refuge, mais maintenant, ça sera ton pire cauchemar ! »

Certains visiteurs qui n’avaient pas encore l’esprit totalement occupé par leurs hallucinations arrêtèrent leur regard sur le pauvre Gérard et se demandèrent avec qui il pouvait bien discuter, ne voyant qu’un Sram attablé en face d’une chaise vide.
Gérard, qui lui était terrorisé, gesticula dans tous les sens pour tenter de s’extirper lorsque les liens qui attachaient ses mains s’évaporèrent tout d’un coup, le libérant ainsi de sa chaise. Il en profita alors pour prendre son poignard attaché à sa ceinture et se précipita sur Germain, qui disparut dans un nouveau nuage de fumée rouge. Se croyant désormais sain et sauf, le voleur poussa un soupir de soulagement, jusqu’à ce que des bruits de pattes et de bourdonnements attirent son attention. Il regarda alors derrière lui et vit qu’une armée de vilinsekts géants se ruait sur lui ! Affolé, il se retourna et voulut se précipiter vers la sortie, mais il ne put pas aller bien loin car très vite, d’autres insectes tout aussi grands vinrent lui barrer la route : il était désormais cerné de tous les côtés et n’avait d’autre choix que d’affronter littéralement ses peurs !

Pris de panique, Gérard donna de grands coups de couteau dans tous les sens tandis que des hordes de vilinsekts l’attaquaient avec leurs pattes crochues et leurs mandibules. Heureusement pour lui qu’il n’avait pas de peau, sinon celle-ci aurait probablement été grignotée à petit feu ! Malgré cela, ses assaillants lui donnaient du fil à retordre et le déstabilisaient par leur nombre, mais cela ne découragea pas le brave Sram, qui trancha et démembra ceux-ci au fur et à mesure, résistant à la fatigue qui le gagnait peu à peu. Quel spectacle pouvait bien donner Gérard aux autres voyageurs s'étant engagés dans cette cabane abandonnée, lui qui agitait son poignard dans le vide ... Était-il devenu fou ?

Les efforts du voleur finirent peu à peu par payer et les insectes, effrayés, prirent leurs distances, lui laissant un instant de répit. Cela ne dura pas, car soudain, Germain apparut de nouveau devant lui, tenant une faux de ses deux mains, et lui déclara :

- « Puisque mes insectes n’ont pas su faire le boulot, je vais m’occuper moi-même de ton cas, mon coco ! »

Le personnage loufoque s’élança alors tête baissée vers Gérard et lui donna un grand coup de faux, que celui-ci esquiva de peu en tombant à la renverse. Pris au dépourvu, le Sram ramassa un long tuyau en acier qui traînait sur le sol pour une raison inexpliquée, se releva d’un bond et abattit l’objet sur le visage de Germain. Ce dernier, bien que légèrement amoché, ne sembla étrangement pas déstabilisé par le coup et revint même à la charge plus déchaîné que jamais. Le voleur se défendit tant bien que mal avec son arme improvisée, mais finit par la lâcher après avoir été atteint aux côtes. Désormais désarmé, Gérard se ressaisit et souleva une chaise qu’il fracassa sur la tête de son assaillant, qui fut cette fois bien sonné et commença à perdre l’équilibre. Son adversaire en profita pour le faire tomber en lui donnant un sévère coup de chaise à l’horizontal. Tous ces bruits de coups et de fracas attirèrent l’attention des insectes, qui, voyant une nouvelle proie facile, se précipitèrent sur Germain pour le dévorer vivant. Alors qu’il se faisait déchiqueter, celui-ci cria « Je reviendraiii ! » avant que lui et ses bêtes ne disparaissent dans un grand nuage de fumée. C’est ainsi que prit fin l’hallucination du Sram, qui se retrouva de nouveau seul au milieu de la foule, dans laquelle les gens conscients se mélangeaient à ceux qui étaient victimes d’hallucinations.

Gérard se remit doucement de ses émotions et tenta de se rassurer en se disant que toutes les peurs qu’il avait affrontées n’étaient que le fruit de son imagination. Soudain, il entendit une voix lointaine qui lui cria : « Ah je savais bien que vous étiez entré ici ! Attendez un peu que je vous rattrape, sale voleur ! ».

Comprenant qu'on l'avait retrouvé, le voleur se rendit invisible pour tenter d’échapper à la personne qui le poursuivait. S’il s’en sortit ou non est une autre histoire…

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Score : 746
Psschhhht. Boum. Noir total, poc. Tchac ! Iiiiik ! Lumière.

Des comme vous, il n’y en a pas cent. Peut-être cinquante, mais pas cent. Dans le milieu, on vous considère comme un brave, un aventurier, un caïd, le boss des intrépides et des quatre-cent coups. Toujours le museau fourré dans les pires histoires, les pires trous à Rats Klure mais souvent, ça en vaut le coup et pas qu’un peu. Vous en avez vu des horreurs dans votre vie, et ce n’est pas une maison soit-disant hantée qui vous fera peur. Vous avez rencontré des pièges mortels, des instruments de torture et même quelques immenses créatures aussi noires que la nuit aux dents aussi tranchantes que les griffes les banquiers du Monde des Douze. Ceux-là, vous ne les aimez pas du tout d'ailleurs… toujours à vous guetter de leurs grands yeux et à vous chasser dès que vous vous approchez de leurs précieux coffres. Sans coeur ! Vous aviez simplement faim et ces vautours ont tenté de vous coincer dans leur bec comme un corbac le ferait avec un Clakoss ! Mais ne nous étalons pas… Le présent est à cette étrange maison. Vous attendiez votre tour depuis le petit matin, guettant l’ouverture idéale pour vous faufiler discrètement à l’intérieur, chose faite grâce à un tas d’os ambulant rentré un peu vite permettant votre plus discrète infiltration.

La maison était sympathique. Vous pourriez y installer votre famille. Pas de voisinage ennuyeux, peu de concurrence, une lumière tamisée toute la journée et des coins confortables et à l’abri un peu partout. Vous notez l’adresse dans un coin de votre tête alors que vous essayez de vous glisser à l’écart de tous ces géants, ombres difformes et naturellement antipathiques qui déambulent sans raison tels des abraknydes sombres endormis bercés par la brise qui se glisse entre les troncs centenaires. Eux non plus, vous ne les aimez pas et ils sont beaucoup trop nombreux à votre goût. Au moins vous laissent-ils tranquille pour le moment…

D’un coup d’oeil, vous repérez un trou grand luxe dans un recoin de la demeure. C’est parfait pour vous ! En moins de temps qu’il n’en faut pour dire “fromage” vous êtes déjà sur les traces de votre nouveau palace mais c’était sans compter sur un grondement qui s’élève dans la pièce. Étonnante constatation que la vôtre car il ne semble pas venir des géants dans la même pièce que vous. Le mystère n’a guère le temps de s’étoffer qu’un gaz se répand dans la pièce et vos sens se mettent en éveil.

Psschhhht.

Les géants s’agitent, titubent et manquent de peu de vous écraser. Vous qui vous attendiez à un petit butin facile contre quelques frayeurs, vous voilà dans une véritable tempête d’êtres qui tentent de vous écrabouiller.  Un des géants s’effondre juste devant vous.

Boum.

Dans votre tentative d’échapper aux bottes impitoyables des géants, vous le percutez en pleine tête -poc !- . Le chaos règne et vous en profitez pour vous faire oublier, par la même occasion. Étrangement, vous vous sentez vacillant, désorienté… Vous avez pourtant déjà percuté des crânes plus solides et probablement plus remplis que celui-là...

Le calme aura été de courte durée. Si les géants semblent s’être momentanément calmés autour de vous, l’un s’énerve, le géant-tas-d’os plus précisément, s’excite tout seul à une table. Décidément, vous ne les comprendrez jamais ces grands dadais.

Vous repérez un grand tuyau par terre qui vous fera un excellent abri en attendant que les énergumènes se calment. Dans la quiétude momentanée, vos petits bruits de pas semblent attirer le regard du tas d’os qui s’en agace visiblement. Il agite sa dague en votre direction. Ridicule, il vise beaucoup trop haut, vous n’êtes pas si grand ! En tous cas, vous atteignez aisément l’abri du cylindre et pouvez enfin souffler. Souffler ? Mort de rire, dirait un cadavre. A peine l’adrénaline commençait à tomber qu’un géant, toujours le même, saisit le tuyau dans lequel vous êtes caché et l’agite dans les airs sur une cible invisible. Vous effectuez votre plus beau vol plané, votre prestation, jamais égalée, aurait sans doute valu un onze sur dix dans la discipline.

Vous vous écrasez mollement au sol en vous promettant d’aller ronger un bout ou deux à votre bourreau. Vérifiant que vos quatre pattes sont toujours là, vous faites un tour de la situation. Vous avez atterri de l’autre côté du géant tombé au sol et derrière vous… miracle ! Vous êtes tout juste devant le trou de luxe qui ne semblait que vous attendre. Lissant votre poil et ajustant votre moustache, vous entrez dans l’ombre. Après tout, vous pourriez rencontrer des cousins.

Dans la pénombre, après seulement quelques pas, votre coeur s’arrête. Vous vous retrouvez effectivement devant une vieille connaissance mais celle-ci ne vous serrera pas la pince mais bien le cou. Un merveilleux bout de Clakoss trône sur cette atroce machine de mort. Ce cercueil à ciel ouvert n’attend que votre gourmandise pour vous tirer de force contre sa planche de bois mais vous n’êtes pas dupe. Vous le savez… si votre pire ennemi, la faim, prend le pas sur votre raison, si vous vous laissez tenter par ce succulent bout de fromage… une guillotine infernale viendra vous briser, impitoyable, froide et sans coeur, cette table de torture n’attend que d’exploiter votre besoin le plus primaire… mais ce Clakoss, il sent si bon, tellement plus bon que cette aura de mort… Vous approchez la patte de votre festin présumé. Il est là, votre trésor. La tête en berne et l’instinct étouffé, l’estomac grondant, vous pousse à renifler une fois de plus, une fois de trop, cette nourriture dorée. Une fois de trop, car l’odeur délicieuse vous pousse à soulager le met d’un croc de sa consistance. Une fois de trop, car alors le piège s’applique à soulager votre de corps de votre vie - Tchac ! - comme un Fauchalak qui viendrait cueillir sa proie, la barre de fer resserre son emprise sur vous et rien ni personne ne vous aidera.

L’air vous manque, la douleur est forte et alors que votre plus grand plaisir trône presque à portée de vos crocs, vous sentez le froid métal vous sanctionner d’avoir suivi vos instincts. Quelque chose remue près de vous. La vie commence à vous quitter.

Noir total.

L’homme qui s’était effondré ouvre un oeil, puis l’autre, le coeur battant et le sang froid, comme s’il venait de mourir. Quel rêve étrange avait pu lui tirer une mine si pâle ? Le disciple de Iop, curieux, c’était approché d’une aspérité et s’était pris une belle quantité de gaz. Il s’en souvient maintenant. “Psschhhht, boum”, il était alors tombé évanoui… et quelque chose lui était rentré en plein front. Un claquement sec l’avait sorti de sa torpeur, un “ tchac !” étrange. Reprenant un peu ses esprits, il constata qu’un petit trou de sousouris était devant lui et parlant de sousouris, le spectacle devant lui était bien macabre : à un doigt de l’entrée du trou, un piège à sousouris retenait sa victime dans son étau mortel. La vision le rendit beaucoup plus triste et maussade qu’il ne l’aurait imaginé. Après tout, ce n’était qu’une sousouris parmis tant d’autres… ce n’est pas comme si il la connaissait.

“Iiiiik !”

Le sang, déjà pas très chaud dans le corps du Iop à la tunique verte et noire, se figea. Ce cri venait d’elle. La sousouris était encore en vie ! Plongeant la main dans le trou, il sortit la frêle créature et la dégagea de son piège. Il ne pouvait quand même pas la laisser à l’agonie…

La sousouris ouvre lentement les yeux alors que le Iop la glisse au chaud dans son Lonne de mercenaire. C’est étrange… elle a les mêmes yeux que lui. Une drôle d’impression lui travaille l’estomac, comme s’il tenait une connaissance devant lui. Leurs yeux, en tous cas, sont ouverts.

Lumière.

Le Iop relève la tête juste à temps pour voir le disciple de Sram disparaître. Quel drôle d’endroit… Il restera à veiller sur la sousouris sans trop bouger, se demandant bien qu’est-ce qui peut bien avoir glacé son sang ainsi. Quelle idée stupide avait-il eu de pointer le bout de son épée à cette étrange soirée ? 
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Des éclats de lumières rapides entrecoupés d'ombres menaçantes, la jeune disciple de Féca a observé le Sram qui plongeait son poignard convulsivement ça et là dans le vide et ce Iop qui semble glisser quelque chose sous son chapeau, rêve ou réalité ?

Le gaz brumeux l'enveloppe, inexorablement, écarquillant ses prunelles améthyste de terreur, les hallucinations se dessinant peu à peu sous la forme d'une arakne presque aussi grande que la pièce principale... Comment est-elle entrée d'ailleurs dans cet espace trop exigu pour elle ?

La jeune fille pousse un cri d'effroi au milieu des autres convives, elle surprend quelques regards, mais c'est déjà trop tard. Son esprit s'affole dévoilant des milliers d'araknes de la taille de sa main qui se précipitent vers elle. 


Sans les attendre, elle s'échappe, sans le vouloir poussant de son corps un pan du mur qui bascule en se refermant derrière elle...

- Où-suis-je ?

Soliloque-t-elle, se croyant hors de danger dans cette pièce si sombre qu'elle ne distingue rien... Lentement, ses yeux s'accoutument à la profonde obscurité... La terreur se lit alors de nouveau sur son visage lorsqu'elle découvre ces énormes cocons. Elle est tombée dans le garde-manger de la créature. A l'aide de son épée, elle ouvre délicatement une ouverture dans l'un des amas et ne peut retenir son cri qui n'a plus rien d'humain en découvrant le corps exsangue d'un Sacrieur, fripé comme un pruneau qui aurait macéré dans le chaudron de Mériana. Puis un autre et un autre encore, et pas seulement des Sacrieurs... Elle frémit lorsqu'elle dévoile le corps d'un Féca... Voulant s'éloigner de ce lieu maudit ou pas une seule âme a survécu, elle esquisse un pas de côté...

Prudemment, sans faire de bruit, elle entreprend de sortir de la pièce à reculons ! Soudain les corps sans vie se lèvent menaçants, de leur bouche entrouverte s'échappent de minuscules araknes qui doublent de volume en touchant le sol réveillant sa peur ancestrale qui la paralyse. Incapable de faire le moindre mouvement, elle sent les milliers de petites pattes trottiner sur elle en de savants aller-retour. Anéantie, elle ferme les yeux se laissant sombrer jusqu'au moment où elle entend cette complainte : "Tisser en nous promenant, lalala..."

'Cette fois c'est sûr, j'ai perdu la raison' songe-t-elle dans un éclair de lucidité... Une voix percute son tympan, moqueuse...

- Seriez-vous capable d'affronter vos peurs ? 

Suivi d'un rire à vous glacer le sang !

Son sang, quant à lui, ne fait qu'un tour ! Ouvrant les yeux, elle récupère enfin l'usage de ses muscles et rapidement gesticule se frappant pour faire tomber les insectes de son corps. Sa longue chevelure est recouverte d'une épaisse toile gluante qu'elle semble avoir bien du mal à retirer sans s'arracher quelques cheveux... A force de se débattre comme un gobelin qu'un bwork aurait attrapé, la demoiselle traverse un autre mur. La salle est remplie de voyageurs qui comme elle se sont perdus dans le dédale inextricable de cette maison... 

Son entrée, dansant la gigue, est fort remarquée par ceux qui sont encore conscients. Probable qu'ils observent, ébahis, cette jeune femme dont la jupe a dû se déchirer sur une aspérité, tournoyant sur elle-même et agitant les bras comme un manège de la foire du Troll qui aurait échappé à tout contrôle...

Pour elle, son corps, ses cheveux grouillent de ces insectes, entremêlés dans le bleu cyan, des tâches noires et mouvantes... De nouveau son imagination s'emballe, elle enlève par poignées ces créatures indésirables, fermant les yeux en se frottant le visage, avançant à l'aveuglette et glisse sur la première marche d'un escalier qui prenant vie, l'entraîne par vagues jusqu'au sous-sol.

Perdant l'équilibre, c'est sur les fesses qu'elle finit sa course sur une sorte de tapis relativement moelleux... Elle soupire et respire alors que ce dernier se met en mouvement, un tapis de Dardalaines, à n'en pas douter... Malgré le roulis, la jeune femme tente de se relever pour retomber aussitôt, n'écrasant même pas ces porteuses... A deux mètres d'elle, se tient une Néfileuse aux côtés d'une Arapex. Son esprit, fort heureusement entraîné par sa qualité de mercenaire, réalise le danger et dans un sursaut de désespoir, elle saute en bas du tapis mouvant !

Elle se relève prestement et détale plus vite qu'un Iop qui aurait vu un Gloutovore... Elle parcourt ainsi un long couloir, s'arrêtant net devant un vieux miroir piqué qui lui renvoie une image peu flatteuse. Ses vêtements sont dans un triste état, aussi gris de poussière que ses cheveux et surtout dans le reflet... Derrière elle... La pièce est vide ! L'objet entrave son évasion, il semble ne pas y avoir d'issue !

Elle se retourne, sentant une présence, la Néfileuse n'est qu'à une enjambée, suivie de près par sa complice. Effrayée, elle pousse sur le miroir de toutes ses forces afin de pouvoir passer et bascule en le traversant à sa grande surprise... Dans cette pièce, tout est inversé, les voyageurs baissent les yeux vers elle alors qu'elle trébuche sur une poutre du plafond sur lequel elle marche sans comprendre, avant de se retrouver, comme les autres, la tête en bas !

Les autres Douziens parlent et rient, mais elle n'entend que des couinements menaçants... Un jeune homme, non encore affecté, semble s'inquiéter de son état, il bouge ses lèvres, il ouvre la bouche et elle ne comprend rien.

Son esprit, embrumé par les effets du gaz, ne lui permet plus de distinguer la réalité de ses hallucinations... Certains se transforment sous ses yeux en d'horribles araknes qu'elle repousse à coups d'épées. Fort heureusement, sa vue se dédouble et ses coups finissent dans le vide sans blesser personne !


Une fois encore, alors que sa raison est si prête de vaciller, elle perçoit cette voix d'outre-tombe qui répète comme un leitmotiv :

- Seriez-vous capable d'affronter vos peurs ?

Sans oublier le rire démoniaque !

Respirant profondément, aspirant de grandes goulées de gaz, à présent dilué dans l'air ambiant de la salle, la Disciple de Féca se retourne brutalement face à l'arakne mère qui est de nouveau devant elle. Voulant sans doute l’impressionner, mais surtout se rassurer, elle crie à plein poumons :

-Je n'ai pas peur de toi !

Ses jambes la supportent à peine, d'une main tremblante elle brandit son épée vers la créature qui prend alors la forme d'une  Cauchemarakne...

Cette vision agit comme une révélation, achevant peut-être de lui faire perdre la raison :

'Halouine, bien sûr ! Nous sommes la nuit d'Halouine !' réalise-t-elle soudain !

Hoquetant, riant nerveusement, virevoltant, la jeune fille sautille partout en criant: 

- Halouine, c'est Halouine !

Elle ne rencontre que des regards Hagards qui ne comprennent pas où elle veut en venir et riant et criant comme une démente... Elle prend à témoin les voyageurs, essayant de les secouer en hurlant de plus belle et pirouettant dans tous les sens : 

- C'est Halouine, vous m'entendez ? Vous ne comprenez pas ? C'est la nuit d'Halouine !

Continuant de gesticuler comme une folle et à effrayer les voyageurs, elle ouvre son sac et en extrait de pleines poignées de friandises qu'elle lance sur la créature...

- Halouine, c'est Halouine ! Et cette nuit les bonbons sont plus efficaces que n'importe quelle lame !

Continue-t-elle à scander, regardant les araknes disparaître, une à une, au contact des bonbons.

Le gaz a dû cesser de faire effet... La réalité a repris le dessus, le Sram a disparu, le Iop semble inquiet, mais elle ? En sortira-t-elle indemne ?
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Dix neuf heures et onze minutes. Serge est avachi dans le canapé de son modeste salon, fixant un carreau crasseux de la fenêtre. Le contenu de sa pipe brûle lentement, ou bien est-ce Serge lui-même qui se consume à petit feu ? Ses yeux sont livides, et les cernes qui les accompagnent racontent des insomnies chroniques. Il expulse un interminable soupir : il n’avait pas envie d’aller à cette étrange fête. C’était le docteur Dall qui l’en avait convaincu — un disciple Éniripsa qui tentait de ramener Serge parmi les vivants.
 
À contrecœur, il s’extirpa de sa prison molletonnée, puis alla se débarbouiller le visage. Malheureusement, rien ne pouvait laver sa sempiternelle gueule grise. Il enfila son manteau en laine de boufton noir et quitta sa piètre demeure.
 
Serge déambula sur les pavés humides de la cité d’Astrub, en quête de la bonne adresse. Il passa par le quartier des artisans et songea à ce que son ami lui avait dit : « Si tu ne peux plus jouer, alors deviens ébéniste ». Il regarda ses grandes mains, et les imagina en train de poncer, de tailler, de raboter. Cette idée n’était pas plaisante, mais il avait besoin d’argent. « J’irai demain », pensa-t-il, défaitiste.
 
Enfin, après quelques détours inutiles pour rallonger l’inévitable, le grand énergumène pointa devant l’étrange maisonnée. Elle était presque aussi maussade que lui. Il ouvrit le portillon rouillé qui grinça dans un tintamarre dissonant. En voulant toquer à la porte, celle-ci s’ouvrit d’elle-même, n’étant pas fermée. Désabusé, Serge entra dans le hall qui comprenait déjà une dizaine de personnes. Comme il le redoutait, voir tous ces visages, ces paires d’yeux se posant sur sa silhouette morbide, le rendait anxieux.
 
Il posa son immense manteau sur le dossier d’une chaise, et s’y assied, espérant qu’on le confonde avec un meuble et qu’ainsi on ne lui adresse pas la parole. Malgré ses précautions, quelques personnes tentèrent de briser la glace. Il répondait avec lassitude et d’une voix d’outre-tombe rongée par de nombreuses années de fumerie.
 
Peu de choses l’intéressaient désormais, et certainement pas ses semblables. Perdu au ras du sol, son regard croisa celui d’un rongeur, affairé à ne pas se faire écraser par les souliers aveugles des convives entassés dans l’étroite antichambre. Allait-il survivre ? Serge ne le sut jamais, car un petit homme ventripotent venait juste de prendre place devant lui.
 
Enfin, comme la délivrance de cette insoutenable attente, dans cette pièce dont l’atmosphère devenait moite et quasiment irrespirable, le mystérieux amphitryon énonça les règles du jeu :
 
« Je vois Tout. Chacun d'entre vous a une faiblesse ; chacun d'entre vous a une peur. Vous l'enfouissez, vous la cultivez, vous la cachez, vous tentez de la bannir de votre conscience. Ce soir, elle vous sera révélée ; affrontez-la. Ceux dont l'odyssée se montrera digne d'intérêt seront récompensés. »

Sans que Serge ou les autres convives aient le temps d’analyser les paroles qui venaient d’être prononcées, un gaz se dispersa, et les yeux se fermèrent.
 

* * *

 
Serge se réveilla lentement, non pas à cause du petit gros qui était affalé sur ses genoux, ni de l’odeur étrange qui planait près de ses nasaux, mais en raison d’une mélodie subtile qui résonnait très doucement dans les airs, comme les pas feutrés d’un Sram prêt à méfaire. Les notes étouffées intriguèrent le grand morne, qui, dans une initiative insoupçonnée, se leva de sa sinistre chaise et laissa choir le petit gros.
 
Ses oreilles décollées le guidèrent au travers des couloirs craquants du manoir. Il cherchait la source de ce ruban harmonieux. Le son était si faible, si délicat, qu’il avançait sur la pointe des pieds. De temps en temps, un vagabond se mangeait un mur, ou bien tentait de décapiter une statue, mais cela ne troublait en rien l’imperturbable Serge dans sa quête acoustique.
 
Enfin, il arriva dans ce qui semblait être le grand salon du manoir. Une pièce dotée d’un grand volume et dont les meubles étaient poussés contre les murs afin de laisser un vaste espace en son centre — probablement pour pouvoir y danser. Dès qu’il fut entré, le son s’estompa.
 
Tout au fond siégeait une femme en robe blanche, dont les mains étaient encore posées sur le clavier d’un vieux piano droit. Figée dans son mouvement, elle fixait l’intrus. Il s’en voulait, par sa présence, d’avoir interrompu un si bel oiseau. Il voulait qu’elle continue, il voulait entendre ce morceau autrement que par des susurrements.
 
Au lieu de reprendre son entreprise, la belle immaculée l’invita d’un geste sans équivoque. Il approcha en pressant le pas. Elle se décala à droite de la banquette en cuir, invitant le grand morne à prendre place à côté d’elle. Cela faisait déjà plusieurs mois qu’il n’avait plus touché à un piano. Il avait abandonné son art, et ses trésors. Il avait délaissé son talent, incapable de passer outre les échecs amers de ses dernières prestations. Il ne se sentait plus digne, il n’avait plus envie. Mais cette femme, avenante et sibylline, méritait bien qu’il essaye à nouveau. Alors, il prit place.
 
Le livret sur le pupitre central était ouvert au début d’un morceau à quatre mains. Sans qu’il eût le temps de s’installer convenablement, sa coéquipière venait déjà de caresser la première note de l'œuvre. Comme un réflexe, Serge déchiffra instantanément le début de la partition. Ses doigts lourds s’enfoncèrent sur les vieilles touches du clavier, provoquant un son grave et étonnamment juste. Le rythme lancinant de la pièce était donné par sa compagnonne, qui faisait rouler les notes sous ses mains galopantes. Lui ne faisait qu’accompagner, avec des accords simples et profonds.
 
Cette musique avait quelque chose d’enivrant, et Serge se laissait peu à peu happer par les allers et retours cycliques du thème principal. D’ailleurs, machinalement, son crâne se mit à décrire de petits puis de grands cercles, dans une séquence quasiment hypnotique. Lorsque sa tête remontait du côté de sa partenaire, il put l’observer d’un peu plus près.
 
Sa chevelure roussoyante ondulait sur ses épaules, tel un ruisseau magmatique sur les flancs d’un volcan. Le teint de sa peau se confondait avec le tissu de sa robe, d’un blanc pur et divin. Il se demanda si par ses traits, elle n’avait pas emprunté la beauté de la Déesse Crâ.
 
Alors qu’il tombait en transe, sous le poids de cette mélodie dévorante que ses mains s’obligeaient à jouer, il vit sur son visage angélique un sourire se dessiner. Un sourire sincère et chaleureux. Cela lui rappela son enfance, dans les contrées pastorales du centre d’Amakna. Là où les épis dorés se mêlent aux rires d’enfants qui jouent avec des épées de bois, où les tofus voleurs essayent de picorer la tarte qui refroidit sur le bord de la fenêtre, où l’on chante ces airs qui retentissent depuis des siècles dans le cœur des paysans.
 
Ses mains parcouraient le clavier sans même qu’il ait besoin de lire la partition, dont les pages se tournaient d’elles-mêmes. La rousse enchanteresse avait pivoté la tête, et le fixait tendrement de ses yeux verts et sombres. Elle était jeune ; sa peau lisse était parcourue d’une myriade de taches de rousseurs. Serge se perdit dans son regard, duquel il ne pouvait plus s’extirper. Le contraste était trop important entre son quotidien éternellement mélancolique, et cet être de lumière qui irradiait l’espoir de jours plus heureux.
 
La soupe musicale s’écoulait du piano dans un flux ininterrompu, inondant la pièce de ses redondances et de ses variations. Harponné par les prunelles de la pianiste, Serge eut plusieurs visions : ils jouaient tous les deux devant une assemblée de nobles bontariens, il se voyait frais et ragaillardi, interprétant avec passion les morceaux du moment. Ils avaient une complicité naturelle, et les gazettes titraient « Le couple musical de l’année ! » Les critiques faisaient leur apologie, avec les termes pompeux qui sont les leurs. La foule les acclamait. Ils déambulaient en carrosse sous la porte Sud, on leur jetait des fleurs. Dans un salon d’Astrub, les autres musiciens les respectaient ; il fumait la pipe en riant.
 
Puis, le morceau prit fin, comme inachevé. La dernière note résonna quelques secondes avant de disparaître dans l’immensité de la pièce, redevenue vide. Un sentiment d’incomplétude emplissait l’atmosphère. L’air exalté de Serge se liquéfia en déception.
 
La fille avait cessé de sourire, et plaça un autre livret devant le premier. Une autre pièce. Qu’importe s’il fallait jouer jusqu’à l’éternité pour Serge, il voulait revivre ce qu’il venait d’expérimenter. Encore.
 
Dès qu’il joua la première note, Serge sentit que ce morceau serait différent. Le rythme était frénétique et imperturbable. Au-delà de ça, il lui sembla que les touches du clavier étaient légèrement différentes, comme plus râpeuses. Cette fois-ci, sa comparse était concentrée, et exécutait la partition avec méthode.
 
Serge martelait le clavier afin de ne pas perdre le rythme, il frappait ces touches dont la surface se hérissait petit à petit de dents tranchantes. Il ne fallut pas longtemps pour que la pulpe de ses doigts se déchire au contact de l’ivoire affamé. Horrifié, Serge ne put néanmoins arrêter la boucherie qui était à l’œuvre, comme tout à l’heure, ses mains étaient hors de son contrôle, et jouaient la partition, quoi qu’il en coûte.
 
Du sang se répandait lentement sur l’instrument. Des triangles blancs bourgeonnaient çà et là sur la tranche du couvercle, ce qui en faisait désormais la mâchoire supérieure de cette grande gueule dans laquelle Serge jouait ce morceau rushuesque. Une langue pointue sortit derrière les touches au centre du clavier, et vint laper de délicieuses flaques de sang.
 
Sa partenaire, quant à elle, était tellement obnubilée par l’exécution de la partition qu’elle ne se rendit pas compte de ce qui était en train de se jouer. Penchée en avant, elle donnait de tout son être afin de faire résonner l’exact son voulu par le compositeur. Serge voulut lui crier d’arrêter, mais il n’arriva pas à articuler un seul mot. Comme si, à ce moment, la musique était plus importante que tout, et qu’aucun son parasite ne devait perturber son déroulé.
 
Le vêtement autrefois opalin de la rousse aux yeux verts était désormais maculé d’éclaboussures rouge vif. Ses cheveux pendaient devant elle, alourdis par le sang qu’ils contenaient. Elle était voutée au-dessus de la mâchoire-instrument, enivrée par le motif répétitif et interminable de la pièce. Le couvercle supérieur, désormais garni de millier de dents fines et acérées, se referma brutalement.
 
Serge pleurait les larmes qui lui restaient, voyant la moitié de son amie se faire engloutir par le piano insatiable. Incapable de fuir, il demeurait face à cette bête immonde et sanguinaire. Il se rendit alors compte que ses mains aussi avaient été happées par la précédente morsure, et qu’il ne lui restait plus que des moignons difformes pour taper sur le dentier articulé.
 
Sa chair partait en lambeaux à chaque enchaînement, tant et si bien que les os furent rapidement rendus saillants. Il frappait, encore et encore, espérant peut-être briser une dent à l’animal. Mais il ne fit que rendre hommage au morceau qui bourdonnait incessamment dans ses grandes oreilles. La pédale se hérissa d’une pointe, qui s’enfonça dans la chaussure usée du pianiste dévasté.
 
Il souffrait et implorait que termine son calvaire. Alors que la fin du morceau approchait, les dents se rétractèrent doucement, la langue turgescente repartit dans les tréfonds de l’instrument, les touches s’aplanirent et reprirent leur forme originelle. Le livret refit surface sur le pupitre, c’était la dernière page, la dernière ligne, la dernière mesure, la dernière note. Serge se souvint alors que cette pièce et la précédente étaient de son fait, au tout début de sa carrière de compositeur. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Il n’eut pas le temps d’y songer davantage, puisqu’une fois son tourment achevé, un malaise mérité lui fit perdre connaissance.
 
* * *

 
Cette fois-ci ce n’est pas une mélodie qui le tire de son état somnolent, mais le contact dur et froid de bonbons cognant contre son crâne. La coupable est une disciple Féca qui arbore un air insensé, et qui scande : « Halouine, c'est Halouine ! Et cette nuit les bonbons sont plus efficaces que n'importe quelle lame ! »

Serge se relève avec la nausée. D’un coup il réalise, et regarde ses mains. Elles sont là, toujours aussi grandes. Il les articule, les fait gesticuler, les palpes. Elles sont bien là. Non, demain il n’ira pas postuler chez l’ébéniste. Demain, il reprendra le Travail.
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Score : 2089

J'attendais devant cette porte depuis plus de 30 minutes et en voyant les secondes défilées, je me demandais bien ce qu'il pouvait y avoir dans cette maison soit disant hantée. J'avais mis mon plus beau masque de Psychopathe pour l'occasion et j'étais comme un enfant avant d'aller sur l'île de Nowel.
Au loin, un garde d'Astrub faisait sa ronde, il me regarda et cria:

- Hey Guy ! Tu comptes vraiment aller dans cette vieille maison hantée?
- Bien sûr, tu me connais, j'ai peur de rien !


Il partit en riant. Je ne savais plus son prénom mais je savais que je l'aimais bien. Un chic type, toujours là pour prendre soin des concitoyens.

20h00 ! Comme convenu, la porte s'ouvra, j'étais le premier à entrer dans cette vieille bicoque suivi d'une dizaine d'autres personnes. A première vue, rien de bien effrayant, un tableau de la Bouchère de Brâkmar plutôt abîmé était pendu au mur. Sur une étagère en piteuse état se trouvait quelques bibelots.
Pour tuer le temps, je discutais avec les autres courageux qui venaient vaincre leurs peurs. Un Sram entra, il était essoufflé et il essaya de se cacher, suivi d'un iop, d'une Féca et de quelques personnes encapuchonnées.
En regardant de plus près les bibelots, il y avait quelque chose qui m'intriguait. Il y avait une statuette du Roi Allister avec un bouftou, je décida de la prendre dans les mains pour l'observer.

*Clic*
- Clic? Dis-je à voix haute.
*Clac*
- Clac?

La porte s'était refermée brusquement, une voix à peine audible donnait l'impression de sortir des murs.

- Je vois tout... faiblesse... une peur... cultivez .... bannir ... ce soir ...

Puis une fumée embauma la pièce, d'un coup les autres personnes portaient elles aussi un masque. Je me frotta les yeux, regarda de nouveau mais les masques étaient toujours là. Ils semblaient venir d'un autre monde, un large sourire rouge et une tête blanche avec de grands yeux verts.
La voix rauque résonna dans ma tête:

- Alors petit piou, on a peur d'un masque qui n'est pas le sien?
- Peur? Moi? Jamais de la vie.


Des Moskitos commençaient à sortir des yeux verts de chaque personne, un frisson me parcourra tout le corps. Comme si je ne pouvais plus contrôler mon visage, ma bouche s'ouvra et une larve de Rushu en sortit, dégoulinante et pleine de sang.
Toutes les autres personnes s'approchaient de moi et me disaient en ricanant:

- Alors petite larve, on a peur d'un masque qui n'est pas le sien?

J'essayais de les repousser et de m'extirper de là en prenant appui sur l'un d'entre eux. Une ombre derrière moi m'agrippa le bras et en me retournant je découvris une personne me ressemblant masque pour masque. Il se transforma en miroir de Dopeul.
Quel soulagement de voir mon beau masque de Psychopathe avec ses cornes de Bouftou Royal.
A peine le temps de penser à ça, que le masque se transforma en cette horrible chose que portaient les autres.
La voix rauque repris de plus belle:

- Ah voilà, tu es mieux comme ça. Regarde toi, tu nous ressemble maintenant, tu n'es plus unique. Plus besoin de te cacher derrière tes différentes personnalités, nous sommes toi et tu es nous.

Je n'y comprenais rien, la peur m'envahissait, moi qui pensait n'avoir aucune craintes, qui pouvait me cacher derrière ces masques. A quoi bon avoir un masque si tout le monde est comme moi?!

- Qu'est-ce que tu me veux ?!
- Qu'est-ce que je te veux? 
me répondit la voix rauque. Tu sais très bien ce que souhaite...

Pendant que les autres personnes s'approchaient de moi, je fermai les yeux, pris une grande inspiration et tenta de me calmer. Et en me parlant à moi même à voix basse.

- De quoi ai-je peur?
- DE TOI MEME !! 
cria la voix rauque.

Je décida d'enlever mon masque, mon visage meurtrit par un incendie se dévoilait, toutes les personnes présentes se transformèrent en Miroir de Dopeul. Il n'y avait plus que mon reflet, triste, brûlé et sans âme. Puis les reflets se mirent à sourire, pas d'un air moqueur non, mais plutôt d'un air bienveillant. Comme s'ils me disaient d'accepter qui je suis et de sourire à la vie ! 

Pris d'un élan de courage, je jeta mon masque à terre et l'écrasa de toutes mes forces. En se brisant, le masque reprit sa forme originelle de Psychopathe.
Je releva la tête, les miroirs avaient disparu et laissés place aux vrais personnes qui étaient avec moi avant ce fameux "Clic". Tous aussi délirant les uns que les autres. Le Sram frappait dans le vide et la Féca était en train de crier comme une folle. D'autres se cognaient la tête par terre ou contre les murs...

Je compris qu'ils étaient en train d'affronter leurs peurs, je pris donc une chaise pour assister au spectacle. Un large sourire se dessinait sur mon visage et des larmes de joie coulaient le long de mes joues.

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Score : 314

([HRP] J'envoie mon texte sans candidater pour les récompenses (deux Anneaux Dyssée, c'est déjà bien assez), mais n'hésitez pas à intégrer ses événements à vos récits ! Et les retours, eux, continuent évidemment à m'intéresser. [/HRP])

L’affiche, perdue au beau milieu d’un panneau d’affichage astrubien, indiquait sobrement « Arriverez-vous à surmonter vos peurs ? » en donnant l’adresse de la masure, une vague reproduction de ladite masure, et la date du 31 Octolliard, 20h. Je me souvenais avoir noté machinalement ces informations pour je ne sais quelle raison tandis que je tergiversais non loin, incapable de franchir la porte d’une maison coquette aux fenêtres brisées. Comme toujours, j’avais fini par renoncer à mon entreprise. Je préférais de loin l’idée d’entrer dans une demeure prétendument hantée.
La même affiche s’était de nouveau présentée dans mon champ de vision quelques jours plus tard. Par hasard, aurait dit Lynne, fidèle à son culte. Ou parce que c’était mon destin. Une ioperie comme ça, ou plutôt une ecafliperie.
Que ce soit clair : je suis VOLONTAIREMENT passée deux fois par la même ruelle, et c’est dû à toi, Lynne, d’ailleurs ; et j’ai CHOISI d’aller dans cette bâtisse en bois moisi. Parce que l’annonce avait par deux fois accroché mon regard. Parce que j’étais curieuse. Peut-être aussi parce que je voulais y voir un signe du Divin Limier, une épreuve à surmonter. Mais que tu n’ailles pas me parler de destin, ou de hasard. Les choix et seuls les choix comptent. Comme disait un prophète Ouginak : « Il n’y a pas de destin, mais ce que nous faisons. ».

Toujours est-il que je viens d’entrer dans cette cabane craquante, brumeuse et délabrée. Mes poils se sont hérissés en la voyant, et je sens maintenant la petite boule d’adrénaline bestiale se nouer au creux de mon ventre, menaçant d’envahir mon corps, comme souvent ces trois dernières années. Je me contiens. Je peux le faire. Je ne laisserai pas triompher la Bête. Elle n’a déjà gagné que trop de terrain.
Pour autant, je dois bien admettre que je ne sais pas franchement à quoi m’attendre. Affronter mes peurs, hein ? J’ai pris mon fidèle kriss au cas où, mais je suis dubitative quant à ce qui pourrait bien me faire face. Ou plutôt, nous faire face. J’échange quelques théories avec d’autres badauds : Monstres terrifiants ? Rite à la gloire de Rushu ? Visions macabres ou dérangeantes ? Nous ne parvenons pas à tomber d’accord sur ce qui pourrait bien être au programme. Pas que je sois sans peur, bien sûr ! Mais j’ai eu ma dose d’horreurs parmi les sables de Saharach, et je me pense plutôt résistante, malgré l’ambiance vraiment glauque des lieux. La pire idée qui me vienne à l’esprit sur le moment est une invasion de Chachas ou autres félidés, mais je suis prête à parier que ce n’est pas la plus grande peur de la plupart des gens présents. Ha ! Prête à parier. Qu’Ouginak me pardonne, on croirait entendre Lynne. Eurk.
Mais voilà que soudain la porte se referme dans un grand bruit et qu’une voix lugubre résonne.
« Je vois Tout. Chacun d'entre vous a une faiblesse ; chacun d'entre vous a une peur. Vous l'enfouissez, vous la cultivez, vous la cachez, vous tentez de la bannir de votre conscience. Ce soir, elle vous sera révélée ; affrontez-la. Ceux dont l'odyssée se montrera digne d'intérêt seront récompensés. »
Je ne peux retenir un grognement sourd, venu du fond de ma gorge. Je respire. Ne pas m’emporter. Ne pas paniquer. Ne pas… Qu’est-ce que c’est que cette odeur ?

Tandis que les premiers visiteurs s’effondrent et crient, mes réflexes saharachiens prennent le dessus. Je déroule un pan d’étoffe de mes propres vêtements et je le plaque sur mon visage, espérant qu’il puisse filtrer les gaz comme il filtre le sable. L’efficacité est relative : je sens la tête me tourner. Je tiens bon, pourtant ; assez du moins pour constater le chaos qui m’entoure au milieu de la brume qui a envahi la pièce. Une bonne moitié des visiteurs s’est purement et simplement effondrée. Parmi ceux encore debout, la plupart semblent en proie au délire – coups de dague dans le vide, adresse à des personnes absentes...
Je repère quelques autres aventuriers qui ont eu une idée similaire à la mienne : là une pince à linge, ici un masque Zobal… Nous nous regroupons naturellement, tentons de forcer la porte par laquelle nous sommes entrés – en vain. C’est lorsque j’aperçois une Fécatte pousser par hasard un pan de mur dans sa fuite que l’idée d’un passage secret me vient enfin. Nous sommes quelques-uns encore lucides à nous rendre à l’endroit où elle a disparu et à sonder la paroi, mais rien ne se produit. Mes sens se brouillent. J’entends d’autres corps tomber, vaincus. J’ignore toujours ce qu’est ce piège, mais il nous faut sortir vite.

Nous avons frappé sur tous les murs, sans résultat. Nous ne sommes plus qu’un petit groupe de trois personnes lorsque nous remarquons le tableau en lambeaux. Nous tentons de le décrocher, persuadés qu’une issue se trouve derrière, lorsque les restes de peinture accrochent mon regard.
Mes jambes vacillent, de surprise peut-être, mais plus vraisemblablement car la fumée a enfin envahi mon corps en quantité suffisante.

Noir.
Mâchoires qui claquent.
Pattes qui broient.
Griffes qui tranchent.
Plaisir.

« Ocrine… Tu me fais peur… »

Je me réveille en hurlant d’un aboiement rauque, trop proche du Mulou à mon goût. Lynne. C’était la voix de Lynne. Malheureusement, je n’y vois pas à un kamètre : je suis, je crois, dans une nouvelle pièce. Derrière le tableau ? Je l’ignore.
Quoi qu’il en soit, mes yeux s’acclimatent progressivement à la pénombre. Et la première chose qu’ils distinguent, c’est… Moi. Je me tiens face à moi-même. Je suis encore un peu sonnée, je crois, car la chose ne me surprend pas vraiment. Je scrute mon propre visage : il me semble fermé, dur, impitoyable. « Ouginak serait fier. », je pense un bref instant. Sur cette même fraction de seconde, le regard de mon double semble s’illuminer d’une lueur féroce. Je recule instinctivement… Et voilà que mon imitation recule aussi. Alors, le jour se fait dans mon esprit : un miroir. C’est un miroir.

Je ris nerveusement, d’un rire qui sonne faux, qui ressemble davantage au crissement des crocs contre les crocs. Je tourne sur moi-même pour constater que mille autres reflets m’entourent. Un palais des glaces. Bizarrement, l’idée me met bien plus mal à l’aise que l’invasion de Chachas que j’envisageais tout à l’heure. Je me distingue maintenant tout à fait, écho multiple, démultiplié. Je me sens suffoquer d’un excès de moi-même. J’avance, d’abord lentement, puis de plus en plus vite, entre les surfaces réfléchissantes. Une sortie. Il y a forcément une sortie. Pourtant, plus je cours et plus les miroirs semblent nombreux ; et plus l’image qu’ils me renvoient paraît se distordre. A chaque nouveau reflet que j’aperçois, l’étincelle dans mon regard se fait plus vive. Bientôt, elle a l’air d’embraser mon visage tout entier, tordu par une rage nouvelle.
La Bête est en train de me ronger.

Je hurle, de panique, dans un cri qui traverse toute la bâtisse. Pas encore. Pas encore. Pas encore ! Je sens monter en moi l’animal sauvage, irrépressible, rendu fou par le refoulement. J’assiste, impuissante, à la mutation de mes membres dans les miroirs qui m’entourent. Je regarde la rage s’emparer de mes reflets. Partout autour, un monstre. Museau long, babines retroussées, canines acérées ; le portrait est sans équivoque. Je contemple cette forme terrifiante qui me suit depuis trois ans déjà. La Bête. Lorsqu’elle est venue à moi pour la première fois, je l’ai prise pour une épreuve du Molosse Noir, une aide aussi, face à la faune hostile de Saharach. Depuis… Je ne sais pas.
Les miroirs soudain montrent des dunes sous la lune. Instinctivement, je hurle. Saharach. J’y reviens toujours. Echouer à protéger, enterrer des morts, vivre dans une mer de sable et de sang et laisser la rage, la rage et le deuil, faire claquer les crocs et craquer les os. La Bête. Je suis devenue la Bête. Comment s’étonner, alors, de ce qui s’est produit depuis mon retour à la ville ?

Non… Non… Non. Il ne s’est rien produit. Il ne s’est rien produit. Il ne s’est rien produit ! Mes pensées tournent en rond et mon corps tout autant, une cage de férocité dont mon esprit est prisonnier. Je me jette sur un miroir, espérant briser la malédiction en brisant le reflet. Le miroir éclate dans un fracas retentissant. Rien ne se passe. Alors je me jette sur un autre, puis un autre encore, incapable de calmer la rage qui bouillonne, forçant le passage à travers le labyrinthe, incapable de me contrôler. Jusqu’à ce que l’un des miroirs… Jusqu’à ce que l’un des miroirs montre un visage que je connais. Le visage de Lynne.
Je m’arrête net. Je sens la rage refluer, remplacée par la terreur, la peur de moi-même.
Qu’est-ce que j’ai fait ?

Le miroir devant lequel je me tiens est sobre, bordé de noir. Pour la première fois, il ne reflète ni moi, ni la Bête. Il montre une coquette maison d’Astrub aux vitres intactes. Il montre l’Ecaflipette dans l’embrasure de la porte. Il montre son sourire, le bonheur qui pétille dans ses yeux, le bonheur de me voir. Elle se tient là, devant moi. Il me semble sentir, en me pressant contre le verre, la douceur de sa fourrure, la chaleur de son étreinte. Je l’embrasse. Un baiser froid, un baiser qui n’a pas l’avidité du désir que je lui connais.
L’immersion est rompue d’un seul coup. Je me mens. Je le sais.
Je fracasse le miroir d’un coup de poing. A quoi bon me torturer avec ces images ? Je sens la Bête me gagner, provenir de ma main, des estafilades que le verre y fait. Soudain, ce n’est plus une main.
C’est une gigantesque griffe.

Le cadre noir s’effondre sur lui-même, révélant un second miroir derrière le premier, un miroir à bordure rouge, torturée. La même maison coquette s’y trouve, la même Ecaflipette dans l’embrasure de la porte. Cette fois, son visage est tordu par le reproche. Il n’y a pas de son, mais je sais ce qu’elle dit. Elle me reproche d’agir impulsivement, sans évaluer les risques, en niant le hasard. Elle fait ces mille petites réflexions qui m’irritent. Elle m’en veut, elle m’en veut pour tout ce que je fais au quotidien, pour tous ces petits accrochages, pour tout ce en quoi je crois. Je me tais. J’encaisse. Pourtant, le grognement revient dans ma gorge. Pourtant, la Bête envahit mon corps tout entier. J’ai envie de me jeter sur elle. Je m’élance sur le miroir au bord rougeoyant, qui craque et s’effondre à son tour.

Un troisième miroir. Son bord est vert, rond, arrondissant les angles en somme. Il reflète toujours le même environnement, la même personne sur le seuil d’une porte. Ici, le visage inquiet, elle découvre qui je suis réellement. Elle découvre la Bête. J’ai peur, si peur de lui faire peur. Elle me parle, tente de m’apaiser, de me dire que ce n’est pas grave, que j’ai le droit de ne pas savoir me maîtriser. Je sens sa fourrure contre la mienne, ses caresses tentant de me consoler. Mais elle n’y croit pas. Et je n’y crois pas non plus. Lentement, ressassant nos disputes sur nos cultes respectifs, je sens le monstre prendre le dessus, la rage, l’envie de détruire, de casser cette relation qui ne fonctionne pas, qui ne peut pas fonctionner. Ma conscience disparaît et je vois, dans ses yeux, les miens devenir sauvages tout à fait. Le miroir montre une dernière fois son air dévasté, vaincu, puis vole en éclats de lui-même.

Le quatrième miroir est orné d’un fin liseré bleu. Je suis monstre tout à fait, désormais. Haïssable. Haïe. Je me vois, cette fois, franchir la porte comme une tornade bestiale, détruire le mobilier, briser les vitres… Attaquer Lynne. Et elle, le visage terrifié, ne voulant pas tout à fait y croire, qui me dit : « Ocrine, tu me fais peur... ». Mes griffes lacèrent, déchirent, jusqu’à voir perler le sang sur la peau aimée, et alors je m’arrête net, et j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur de moi-même, je tremble, je fuis. Seule, perdue dans les ruelles, Ouginak à nouveau, j’éclate en sanglots, et le miroir avec moi.

Un dernier miroir m’accueille, porteur d’un grand cadre blanc. Je sens les fragments de verre s’accumuler dans mon pelage, comme autant de fragments de moi que je n’ai pas su dompter. J’ai tant… Retenu, embouteillé de petites colères, de frustrations d’un instant que je ne voulais pas montrer, de réflexions qui m’ont dérangée et dont je n’ai pas reparlé. Parce que c’était tellement plus simple d’en parler plus tard. De ne pas perturber l’idylle. De fermer les yeux sur les dissonances… Jusqu’à ce qu’elles prennent toute la place en moi, incontrôlées, incontrôlables.
Cette fois, je garde les yeux ouverts. Je fais face.
Dans le dernier miroir, je vois ma relation avec Lynne telle qu’elle a été : toxique. Et j’ai créé ça, et j’ai laissé créer ça, parce que c’était facile, au fond, de blâmer les Ecaflips pour leur façon de penser, d’enfermer les contrariétés, de garder pour moi toutes les petites piques qui s’amplifiaient à chaque dispute. Sans me rendre compte qu’elles venaient nourrir la Bête.
Dans le dernier miroir, je vois Lynne, au bord de son lit, qui me regarde avec ses grands yeux tristes, et qui me dit : « C’est fini. ».
Dans le dernier miroir, j’accepte.
« Merci de m’avoir aimée. Merci pour ce bonheur éphémère. »

Alors, tout autour de moi, voilà que le palais des glaces renvoie une autre image, ni tout à fait Bête, ni tout à fait Ocrine – une esquisse d’équilibre, un début d’unisson.
Et pour la première fois, peut-être, je crois au hasard qui m’a menée ici, et je crois au destin.

***

Lorsque je reviens à moi, je suis à nouveau dans la salle principale. Réveillée par une pluie de confiseries que la Fécatte de tout à l’heure lance sur mon visage, je balaye la pièce du regard. Des invités observent leurs mains, l’intérieur de leur chapeau, voire, dans le cas d’un être au visage brûlé, les autres.
Soudain, mes yeux s’arrêtent sur ce que j’ai aperçu avant de sombrer. Hallucination ? Dans la peinture du tableau en lambeaux, comme un miroir d’une relation qui l’est tout autant, je reconnais Lynne.
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Score : 99

Très bien écrit

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Le dernier verre

1. L’agence touriste

Comme d’habitude en poussant la porte de la taverne de bonne heure, Benoit savait qu’il allait passer une bonne journée. Ce n’était pas dans ses plans de la terminer ici, il était en effet là pour affaire. Son rendez-vous se leva lorsqu’il le vit entrer, comme pour indiquer sa place. L’habitué ne se dirigea cependant pas vers son hôte, mais fit un tour au bar afin de se servir une bonne pinte de mousse. Phil Meurt-Dock, le vice-président de l’agence Touriste, estimait beaucoup la ponctualité. Cela faisait déjà une bonne demi-heure qu’il attendait Benoît, et ce dernier n’avait pas l’air gêné pour un soûl. Justement, son état d’ébriété se voyait de loin. Les yeux pochés de noirs, la barbe hirsute et le dos vouté donnait du mal à quiconque de distinguer à quel Dieu Benoit se vouait, Pandawa ou Enutrof. Dans ses habitudes, il réussissait à honorer les deux.
Benoit s’assit enfin à la table de Phil avec fracas.

« Phil Meurt-Dock ! Ca fait longtemps mon vieux ! »
La chaleur de Benoit fit fondre l’apparente nonchalance de Phil qui se rappela dans la foulée pourquoi Benoit pouvait être si apprécié. C’était un bon vivant, dont le train de vie, même si il n’était pas envié souvent, distribuait une bonne humeur à tout compagnon qu’il croisait.
« Salut Ben’. Je vois que tu n’as pas changé.
- Je n’ai pas changé ? Tu as mal regardé ! »
Phil risqua un nouveau regard. Effectivement, quelque chose avait changé. Benoit semblait avoir stabilisé ses finances, son hygiène était bonne et ses habits soignés indiquaient qu’il avait finit par acquérir un domicile.
« Effectivement, j’applaudis les efforts vestimentaires.
- Ce n’est pas que vestimentaire très cher, j’essaie de changer mon style de vie vois-tu. Je ne suis plus tout jeune, et j’aurais bientôt assez de kamas de côté pour m’assurer une retraite sans labeur.
- Fort bien, c’est ta famille qui doit se réjouir. »

Il y avait un sujet qu’on savait devoir éviter avec Benoit, et c’était celui de la famille. Il pouvait parfois être sanguin lorsqu’on le lançait sur ce sujet là. L’histoire n’était pas bien claire, mais on racontait à qui voulait l’entendre qu’il s’était fait sortir de son foyer. Les versions alternaient sur les raisons, personnelles ou non. Toujours est-il que Benoît avait eu des progénitures qui n’avaient plus de père. Ce dernier en rigolait, mais s’était parfois montré violent lorsqu’on pointait du doigt ses irresponsabilités parentales.
« Bah ! Laisse-la où elle est, c’est mieux pour tout le monde ! L’assemblée de la taverne se détendit en même temps que Benoit.
« Dis moi plutôt, pourquoi ce rendez-vous ? demanda-t-il
- J’ai cru voir ton nom pour le programme « Affronter vos peurs » placardé un peu partout. Je suis venu te voir à propos de ça.
- Tu connais ma passion pour les expéditions ! »
Pendant que Benoit s’hydratait de quelques gorgées, Phil repensa aux moments où il avait eu affaire à lui. Benoit avait rempli les missions proposées par l’agence, et s’était taillé une solide réputation d’explorateur. Véritable tête brulée en quête de trésors, les lieux qu’il n’avait pas foulés étaient rares. Rien ne lui faisait peur, et l’affiche placardée partout aurait pu être écrite pour lui.

« Je sais reconnaître les grands explorateurs. Je vais aller droit au but, si j’ai souhaité te voir, c’est pour te convaincre de ne pas participer à cette mission là.
- C’était donc ça, s’éclaira Benoit en esquissant un sourire, je me demandais pourquoi quelqu’un comme toi souhaitait une entrevue. Ecoute-moi bien Hannibal, si j’avais obéit à tous ceux qui m’avaient mis en garde, je ne serai pas où j’en suis aujourd’hui.
- Et ça n’aurait peut-être pas été pire. J’ai de l’affection pour toi, vraiment. Tu es un explorateur de talents sans peur, et c’est précisément pour ça que je ne souhaite pas que tu te rendes à La Maison. Je connais cet endroit sombre Benoit, et j’ai vu d’autres y partir…
- Tu peux t’arrêter là, Benoit leva la main grande ouverte vers Hannibal. L’or que j’ai eu, et le succès que j’ai rencontré, vienne de ma capacité d’adaptation. Cet endroit te fait peur ? Je t’en ramènerai des esquisses. Tu le dis lugubre ? J’y apporterai de la lumière.
- Ecoute-moi, coupa Hannibal. Je te demande juste de m’écouter jusqu’au bout, tu prends ta décision ensuite. »
Hannibal saisit la pinte de Benoit et se l’enfila cul-sec. Il la reposa sur la table, vide.

« Chaque année, toute la ville est recouverte de ces tracts à la même période. Chaque année, des dizaines d’aventuriers répondent à l’appel. Sur les quelques aventuriers qui en sont revenus, je n’ai jamais entendu personne parler de ce qui s’y était passé. Certains sont devenus mutiques, d’autres fous. Plusieurs cadavres y ont été découverts.
- Hannibal Smisse croit désormais aux histoires de fantômes… » Benoit se frotta la chair de poule qu’il avait sur le bras.
« La Maison n’est pas une histoire. En tant que président de l’agence Touriste, je te prie de croire à la véracité de mes dires. Un membre de notre agence y a mis les pieds cet été. Il a suivi des plans trouvés en octobre passé, et est arrivé sur les lieux à la nuit tombée. Il cherchait des collègues dont nous n’avions pas eu de nouvelles. Il m’a raconté avoir eu des migraines dès le premier pied sur le palier. La Maison avait l’air abandonnée et il s’apprêtait à partir quand il a vu que toutes les lumières étaient allumées à l’intérieur. Il ne s’en était pas rendu compte avant. Lorsqu’il a approché la tête, il a entendu les voix de ses compagnons qui festoyaient.
- C’est exactement pour ça que je souhaite m’y rendre.
- Sa femme était présente avec eux à l’intérieur. En s’approchant d’une fenêtre, il a pu la distinguer. Elle sautait aux cous de ses anciens camarades. Elle l’a vu aussi, mais n’a pas arrêté son ménage pour autant.
- Ton collègue a du être énervé.
- Pas du tout. Il est reparti. Il a mis 5 minutes à trouver le chemin vers le château d’Amakna. Il n’est plus jamais retourné dans cette maison.
- Et sa femme ?
- Sa femme était morte il y a déjà 5 ans Ben. »
Benoit avala sa salive. Il commençait à suer doucement. Hannibal avait choisi cette histoire parce qu’il savait quel impact elle aurait sur Benoit.
« Et ce n’est qu’une petite anecdote. Tu as déjà dû entendre parler de tous ceux qui se perdent dans la forêt maléfique du DarkVlad. Sais-tu combien se perdent autour de La Maison ? Sais-tu que c’est le seul endroit d’Amakna, que dis-je, du Monde des Douze, non couvert par le bestiaire de l’encyclopédie ? Aucune archive ne fait mention de la construction de cette maison, aucune  n’indique d’où viennent les affiches. Je les ai arrachées plusieurs fois, mais elles reviennent systématiquement au même endroit. Cette maison n’est pas un mystère Benoit, c’est juste un endroit abandonné des Dieux, destiné à être laissé à l’abandon. Ne t’y rend pas, il y a un autre endroit que tu devrais visiter... »
Comme pour l’interrompre, Benoit se leva. Il se préparait à sortir.
« Je te laisse payé la bière, après tout, tu en as bu la moitié. Je m’en vais sans rancoeur, même si c’est la deuxième fois que tu évoques ma famille. Je prends tes avertissements comme de l’affection et je te remercie pour ça. J’ai du mal à en avoir ces temps-ci. Je ferai peut-être un tour à la maison après cette aventure.
- Si tu y vas Benoit, fais attention à toi. Ne consomme rien sur place, et évite la cave. C’est dans la cave qu’elle est la plus puissante… »
Benoit s’immobilisa et regarda Hannibal. C’est la première fois qu’il le voyait si sérieux. Il haussa les épaules et se dirigea vers la sortie en titubant. Le soir même, il était devant le terrible édifice.


2. Nuit

Il y avait la cohue. Le bruit de la foule était désagréable. Devant le palier de la porte, Benoit entendit le son familier d’une bouteille qu’on débouche. Un Pandawa sur sa gauche, probablement là pour les mêmes raisons que lui, se désaltérait d’un breuvage dont les effluves alcoolisées parvenaient jusqu’à Ben. Voyant son regard torve, le pandawa lui tendit le flacon, que Benoit s’empressa de vider. L’alcool coula le long de sa gorge et par un miraculeux phénomène scientifique, finit par dilater ses pupilles. Ses perceptions de l’endroit changèrent, il se sentit instantanément bien.
Il prit alors conscience de l’endroit où il se trouvait. Seul sur le palier, tout était silencieux. Rien, pas un bruit malgré la forêt. Il pouvait voir l’agitation à l’intérieur, mais n’entendait toujours aucun bruit. Le son ne passait pas les trous visibles du mur et des fenêtres.
« C’est pas banal ça » pensa Benoit.

Il poussa la porte et perçu l’agitation violente du lieu. Tous les aventuriers semblaient réunis dans une entrée délabrée. Ils étaient une bonne vingtaine dans La Maison cette nuit. Une migraine commençait à prendre Benoit lorsque La Voix retentit : 

« Je vois tout. Chacun d’entre vous a une faiblesse ; chacun d’entre vous a une peur. Vous l’enfouissez, vous la cultivez, vous la cachez, vous tentez de la bannir de votre conscience. Ce soir, elle vous sera révélée ; affrontez-la. Ceux dont l’odyssée se montrera digne d’intérêt seront récompensés. »

Le bruit reprit alors de plus belle. Pendant que l’odeur de la pièce changeait, la folie s’emparant de ses occupants ; ces derniers semblaient voir des choses qui n’existaient qu’à leurs yeux.
Pris de panique en constatant l’horreur du rez-de-chaussée, Benoit ressentit le besoin de s’isoler le plus vite possible. Il fonça vers l’escalier. Il constata alors quelque chose. 
Une personne présente sur les lieux pris des notes et observa les convives présents dans La Maison. Il pu noter que Benoit dit « Doucement les marches. ». Cette déclaration, semblant étrange, n’est rien par rapport à ses monologues suivants. 
Aucune marche ne semblait identique à une l’autre. Elles différaient en hauteur et en largeur à mesure que Benoit gravissait l’escalier. Chaque marche passée semblait le dessoûler un peu. Ses perceptions se faisaient plus vives, sa vue plus nette. Et pourtant les marches semblaient toujours se modifier, les murs sales l’oppresser. Arrivé en haut, à bout de souffle, il pénétra une pièce calme à l’étage.

Conscient du malaise qu’il ressentait, il se sermonna. « Une nuit, et après à la maison. La vraie maison. ». Trempé de la tête au pied, avec un rythme cardiaque s’affolant, il profita de sa solitude temporaire pour se calmer.
       Il ferma les yeux et s’isola mentalement. Malgré son mal de crâne, c’était la première fois qu’il avait une vision aussi nette de sa vie. Il parvenait à penser correctement sans mal, et se questionna sur la dernière fois qu’il avait été sobre. Cela devait remonter à il y a trop longtemps. 
Il rouvrit les yeux, calme, et regarda autour de lui. La pièce était faiblement éclairée, luxueuse. Une bibliothèque en bois massif, ornée de nombreuses sculptures occupait tout le mur droit de la pièce. Face à elle, de larges fenêtres aux poignées dorées. De doux accords de piano étouffés parvenaient jusqu’aux oreilles de Benoit. En face de lui, au bout de la pièce, un bar. Un barman, fin et gracieux, semblait nettoyer des verres.

« Monsieur ! Nous vous attendions !
- Tu m’attendais ?
- C’est un honneur pour une Maison comme la notre, de recevoir le célèbre, le festif, le bon-vivant Benoit ! Installez-vous, qu’est-ce que ce sera ?
- Je crois que j’ai besoin d’un verre d’eau…
- Ah non ! Ne me dites pas des choses pareilles ! »
Benoit regarda les yeux luisants du barman. Son regard ne suivait pas le sourire de ses lèvres. Il était froid.
« Pourquoi ne pas prendre un verre ? Vous avez peur de quelque chose ?
- Peur ? Pas du tout non… J’ai assez bu.
- Allons allons, c’est votre famille qui vous inquiète ? Les enfants souhaitent que leurs parents passent un peu de bon temps vous savez !
- Ma famille ? Non ce n’est pas ça. Ils me préfèreraient sobre. Elle me l’a dit.
- Vraiment ? Si votre famille tenait à vous, elle vous laisserait passer des moments agréables ! »
Le Serveur se retourna pour attraper une bouteille en hauteur. A l’arrière de sa tête, un trou béant. Il remplit alors un verre à destination de Benoit. Le son du piano se fit plus fort.

« Prenez un petit verre mon ami ! Un père de famille est fait pour ramener l’argent sur la table, chose dont vous vous acquitterez ! Profitez maintenant !
- Je crois que cette fois, non. Je vais rentrer. Ils m’attendent…
- Ils vous donnent du remord ? Vous voulez un conseil ?
- Allez-y oui. »
Le barman sourit jusqu’aux oreilles, révélant plusieurs rangées de dents.
« Rentrez chez vous. Égorgez votre femme pendant qu’elle dort, étouffez vos enfants, retrouvez votre liberté. »
La stupeur s’empara de Benoit. Il parti en reculant et tomba à la renverse. Il constata alors qu’il n’était pas seul dans la pièce, et que nombreux étaient ceux qui l’observaient. Tous lui souriaient jusqu’aux oreilles. Il cru distinguer le badge de l’agence touriste sur certains, des masques sur d’autres. Le bruit du piano était irrégulier et assourdissant. Benoit se releva rapidement, et couru vers l’escalier, descendit les deux étages, et s’enferma dans une grande pièce.

Tout était noir. Il distinguait juste des petites fenêtres en haut des murs qui faisaient rentrer une faible lumière dans la pièce. Au coin de celle-ci, il vit deux yeux briller.
« Toi… toi aussi tu l’as vu ? » Sortant de l’ombre, Benoit pu distinguer le pandawa qu’il avait vu à l’entrée. Il était adossé au mur et semblait aussi terrifié que lui.
« On… On peut sortir par là ! »
Le pandawa pointa du doigt, tout en continuant de fixer Benoit, vers une petite fenêtre ouverte. Avec sa main libre, il prit une bouteille de sa veste et se mit à la boire. Le bruit du bouchon calma soudainement Benoit, qui se retrouva en sécurité. 
« Tu en veux ?
- Oui. J’en veux. J’en ai besoin même ! »
 Benoit se précipita pour finir bouteille. Tous deux sortirent alors par la fenêtre. Benoit courut longtemps. Si longtemps. 
Il arriva chez lui après des années d’absence, sobre. Il prit sa famille dans ses bras, envieux de rattraper ses mauvaises décisions. 

Mais une bonne décision ne peut rattraper une série de mauvaises, et tandis qu’il s’étouffait comateux dans la cave de La Maison, il sut qu’il n’y avait personne qui l’attendrait à son enterrement.
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La porte se referma brusquement.

Les murmures des personnes présentes dans la pièce couvrirent le bruit de sa respiration tandis qu’il reprenait son souffle, le corps plié en deux. Tous s’étaient retournés mais ce n’était pas lui qu’ils regardaient. Leurs yeux étaient dirigés vers une entrée désormais close.

Où suis-je ?

L’endroit était lugubre, bien plus que ne l’était la maison de sa grand-mère jadis. L’unique source de lumière menaçait dangereusement de s’éteindre, mais peut être cela n’était pas une mauvaise chose. Les tableaux accrochés aux murs semblaient vivants, entrain de les observer. Kelsier venait d’apercevoir un œil au travers de l’œuvre en face de lui, il en était persuadé.

-… Affrontez la. Ceux dont l’odyssée se montrera digne d’intérêt seront récompensés.

Une voix rauque terminait une annonce que Kelsier n’avait que partiellement entendu. La pièce était remplie, et il semblait être le dernier arrivé. D’un pas, il se dirigea vers la personne la plus proche de lui – un grand Sadida à la barbe fournie – et attira son attention d’un geste de la main mais celui-ci ne réagit pas, occupé qu’il était à déchiffrer un message sur le mur. Machinalement, Kelsier se pencha par dessus son épaule pour découvrir un texte en langue ancienne.

Je connais cette phrase… songea-t-il.

Puis un gaz se répandit dans la pièce. Cette brume épaisse tomba sur le parquet de chêne avant de se répandre langoureusement pour engloutir un à un les aventuriers. Kelsier ressenti une légère attirance pour ces volutes blanches intangibles. Elles avaient quelque chose… d’envoûtant. Cependant, les effets qu’elles produisirent les présentèrent comme tout sauf inoffensives. Beaucoup de personnes s’effondrèrent brutalement, quand d’autres se débattirent avec une rage terrifiante. Une Feca disparue par un passage dérobé sous les yeux de Kelsier, pourtant il n’aurait pu dire comment le mécanisme s’était enclenché. Il ne fut pas le seul à l’apercevoir cela dit, puisque l’instant d’après une Ouginak accompagnée d’un grand Iop et d’un Crâ sondèrent furieusement le mur qui avait englouti la jeune fille, sans succès apparent. Pourquoi étaient-ils tous autant paniqués ? Les deux compagnons de la guerrière s’effondrèrent tandis qu’elle toussait durement dans un morceau de tissu placé devant sa bouche. Il ne restait plus grand monde dans la salle à présent, plus grand monde debout en tout cas. Enfin le dernier s’effondra – le grand Sadida que Kelsier avait surpris entrain de lire – et il se retrouva seul au milieu de la pièce. Alors la peur commença à s’insinuer en lui. Pourquoi les brumes ne l’atteignaient-elles pas ? Elles dansaient autour de lui en se refusant à son contact, préférant dissimuler le sol et les personnes qui s’y trouvaient. On aurait dit qu’il marchait sur un nuage.

Lentement, à la lueur de la bougie qui avait tenu le coup, Kelsier s’approcha d’un mur et entreprit de le sonder, comme il avait vu le faire les aventuriers précédemment. Après plusieurs minutes, il se retrouva face à un chandelier privé de ses cierges qu’il manipula par réflexe, et sans bien qu’il ne comprenne comment, un passage s’ouvrit sous l’un des tableaux. C’était une représentation d’une bataille entre Bonta et Brâkmar, mais le bas de la toile avait était déchirée. S’arrachant à la contemplation, il franchit le passage exiguë et se retrouva dans un couloir richement fourni. Par chance, il était éclairé par plusieurs candélabres, dont un était même à sa disposition, posé sur une table de chevet au départ de l’allée. Il s’en saisit mais fut surpris pas sa légèreté, si bien qu’il percuta par mégarde un magnifique vase en porcelaine, qui tomba de son socle et se brisa en mille morceaux sur le sol. Le bruit déclencha un cri soudain quelque part dans le manoir et fit sursauter Kelsier.

Je n’ai vu personne d’autre quitter la pièce hormis cette jeune Feca. Y en a t-il eu d’autres ? 

Cette idée le rassurait. Tant qu’il ne serait pas seul, tout irait bien pour lui. Et puis la voix réapparu.

-Bien bien bien… Qui avons nous là ?

Kelsier regarda au plafond mais il ne distinguait rien, la voix semblait venir de tout les côtés en même temps.

-Je vois… Je ressens tes craintes… prêt pour l’expérience ?

Kelsier s’apprêtait à poser plusieurs questions, notamment pourquoi il ressentait une telle attirance vers le coeur du manoir, mais elle disparut. Quelque chose en lui qu’il n’aurait jamais pu mieux définir que comme sa « perception du monde », une chose inconsciente qu’il possédait depuis toujours.

Ce monstre venait de la lui prendre.

Toutes les âmes qu’il entendait se turent tandis qu’un grand froid s’installait en lui. Sa main vint agripper son coeur mais même lui, il ne l’entendait plus. Désespéré, il se retourna pour retrouver la pièce principale mais le passage s’était refermé et aucune de ses tentatives ne parvinrent à le rouvrir. Il se mit alors à courir, suivi de près par un rire glacial. Les tableaux du couloir défilèrent en images floues sur les cotés alors qu’il tentait d’arriver au bout d’une galerie interminable.

-La solitude… murmura la voix. Une peur rare mais si puissante !

Enfin, Kelsier arriva dans une nouvelle pièce, semblable à la première, mais avec cette fois trois portes distinctes sur chaque murs, en plus d’une unique bougie sous cloche au centre de la pièce. La panique pris le pas sur le raisonnement et Kelsier se jeta sur la porte à sa gauche, cherchant à l’ouvrir tel un forcené. Mais la serrure résistait.

-Veux-tu ouvrir la porte par hasard ?

-Rendez moi les voix, je vous en supplie !

-Prends garde !

C’est alors qu’un vent puissant le projeta en arrière tandis que les trois portes s’ouvraient en claquant contre les murs. Elles donnaient tous sur le néant. Une immensité vide de toute émotions.

-Non… pitié, non…

La silhouette désormais recroquevillée de Kelsier rampa jusqu’au socle central pour s’y accrocher, comme si c’était la dernière chose qui le maintenait en vie. L’aspect réel du bois avait quelque chose de rassurant, mais pas suffisamment pour calmer la terreur qui couvait en lui. Désormais couché sur le sol, la peur semblait le dévorer. C’est alors que les mots qu’il avait lu lui revinrent à l’esprit.

-Épargne la peur aux tourmentés, murmura-t-il.

Il n’aurait su dire combien de temps s’écoula avant qu’un bruit n’attire son attention. Une silhouette sombre se dressait devant lui, calme, les mains jointes derrière son dos. Elle le fixait mais Kelsier ne parvenait pas à distinguer son visage. Enfin, elle se baissa et posa une main sur sa poitrine.

Les voix revinrent.

Le choc qu’il subit manqua de le faire crier. Il ressentit à nouveau les âmes autour de lui. Il n’était plus seul.

-Tu ne devrais pas être ici, fit la silhouette d’une voix douce.

Kelsier observa son interlocuteur et remarqua trois anneaux à sa main gauche lorsqu’il la porta devant ses yeux.

-Qui aurait cru que ces anneaux avaient un réel pouvoir ? Poursuivit-il. "Une précaution bienvenue, l'ancienne langue, n'est-ce pas ?"

Kelsier ne répondit rien, le regard simplement attiré par le métal brillant des alliances.

-Va-t-en esprit errant, termina l’homme en se retournant. « La paix que tu cherches ne se trouve pas dans mon manoir » .

Et puis il le laissa seul.

Enfin, pas vraiment en réalité.

Kelsier se releva et retourna doucement sur ses pas. La traversée du couloir parut beaucoup moins longue, les tableaux bien moins malveillants. Il trouva le premier passage secret ouvert, et enfin il retrouva la pièce principale. Plusieurs personnes – réveillées cette fois – s’y trouvaient. L’une dansait et chantait. Elle paraissait joyeuse. Kelsier reconnut l’Ouginak, elle paraissait aller bien elle aussi. Il pouvait sortir dès à présent mais pourquoi le ferait-il ? Il tira une chaise – ce qui fit sursauter un Zobal dans la salle – et s’y assit. Il y avait du monde autour de lui.

Il pouvait bien rester encore un peu.

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Ainsi parlait Jah-Dagga

Un compte d’Hallouine

Depuis mon enfance, mes rêves d’aventures étaient bercés par la splendeur des aventuriers qui avaient su, non pas revenir en héro, mais revenir libre pour un dernier au-revoir. Après plusieurs vies à avoir cherché cette liberté en mon cœur et à libérer celui des autres des tourments, il me restait encore à découvrir qui j’étais et pour cela, quelle était ma plus grande peur.

Je me promenais dans une des petites rues du quartier chic d’Astrub quand je vis une affiche qui pris tout son sens :

Rends-toi dans la maison de la peur,
Tu y trouveras les gladiateurs
Qui comme toi cherchent à se libérer de leur angoissent…

RDV à 20h Paf 8 Kamas*

J’ouvris la porte de ce manoir qui me semblait être une cabane hantée vue de l’extérieur...

A l’intérieur j’y vis des guerriers, des guérisseurs et des mages des quatre coins du monde des douze. Ces visages aimables semblaient tourmentés et ces langues crispées ne semblaient se délier que pour laisser échapper des frissons et des claquements.

La peur, tel un vent glacial, avait parcouru les lieux avant d’en devenir maitresse : Elle n’était pas encore prête, elle se préparait dans sa chambre ; une des nombreuses et somptueuses, sombres et tortueuses pièces de ce manoir funeste.

Sur le pas de la porte personne ne m’avait remarqué. Je devais être le dernier comme à mon habitude…

CLACK !!!

La porte venait de se fermer.

Tous les visages se tournaient vers moi, plus pâle. Étais-je le seul à avoir remarqué que l’intensité de la lumière avait changée ?

Alors que j’avançais dans la pièce principale en direction de la cheminée, les aventuriers se séparaient devant moi, un à un, pour ouvrir un chemin qui me permis enfin d’apercevoir le feu : unique fenêtre de ce monde gelé.

Cet âtre était le mari de la peur maitresse des lieux.

En face du brasier, onze guerriers m’attendaient. Ils semblaient plus valeureux et préparés que les aventuriers tapis dans la pénombre derrière eux.

Je fermais le cercle.

« Bon je pense que ça va commencer. »

Une Iopette avec un corp de déesse venais de prendre la parole et me regardais avec ses grands yeux et un sourire en coin.

« Alors t’es qui ? J’ai hâte d’en finir moi, on s’est déjà tous présenté il ne manque plus que toi. Quelle est ta plus grande peur ? Apparemment, ce soir, nous devrons chacun l’affronter lors d’une agression très périlleuse… »

« Je suis celui qu’on appelait Jah-Dagga. Je ne sais pas de quoi j’ai peur. Je sais que la mort à peur de moi, je tente de la rassurer, peut-être ai-je peur de ne point pouvoir. »

A cet instant, je n’entendis que l’échos de grands rires qui se transformais ironiquement en raillerie nasardes et méprisantes.

Le silence se fit quand un crâ, décoré de médailles de guerres, pris la parole.

« Tu ne manques pas de culot toi. Si ma plus grande peur est de manquer ma dernière cible avant mon dernier souffle, je ne manquerai pas de te remettre à ta place. »

« Ne t’occupe pas de lui. »

Une petite Eniripsa me tirait le pantalon.

« Arrow, ce vieux crâ est toujours grincheux, et Bella dont tu ne détache le regard depuis tout à l’heure, sa seule peur c’est de ne pas être assez forte. Pourtant crois moi c’est de loin la plus aguerrie. Je m’appelle Damona, ma seule peur c’est de ne pas pouvoir vous sauver …»

« Enchanté Damona.» Dis-je.

« Moi c’est Fortun, j’ai peur que ma chance me quitte un jour… En parlant de chance je crois que quelque chose arrive… »

En reculant, l’Eca fit tomber quelques pièces qu’il s’empressa de ramasser. Je remarquai qu’il ramassa quelque chose d’autre, qui était déjà sur le sol. Les regards eux étaient tournées vers les escaliers, d’où une ombre avait fait son apparition.

Cette ombre avait la forme de Bella. On ne put distinguer en ce double que la blancheur de ses yeux et de son sourire en coin qui murmura une fois arrivé à ma droite :

« Je viens pour toi Bella. »

Bella, elle ne bougeait plus. Elle était prête. Elle faisait face à son alter égo démoniaque. Était-elle devenue assez forte pour se vaincre elle-même ?

Elle s’élança d’un bon.Dans un incroyable combo de puissance et de concentration elle parvint à atteindre son ombre avec son épée céleste avant de lui appliquer une érosion avec un énorme coup de pression.

Malheureusement, cela ne suffit pas. L’ombre n’avait rien sentit et se tenais désormais au-dessus de Bella en la menaçant de l’écraser d’une sentence et d’une colère qui désintègrerai Bella en seulement One-Shoot.

Alors, cela ce produit …

Une lumière rayonnante jaillit de Bella et inonda la pièce en désintégrant l’ombre qui n’eut même pas le temps de gémir d’effroi.

Quand tout revint à la normale, Damona s’empressa de demander à Bella:

« Qu’es ce qui s’est passé ?! Bella ! Dis-moi que ça va ! »

« Oui, oui ça va Damona. J’ai compris comment les vaincre ! »

« De quoi tu parles ? Tu as failli y passer ! As-tu perdu la raison ?! »

« Non Damona, j’ai compris. J’ai compris que nos peurs étaient des réflexions de nous-même ; et que le seul moyen de les surmonter était de les laisser nous vaincre. Car une fois vaincu, nous nous relevons, cependant, une fois vaincu, nos peurs disparaissent à jamais. »

« Oui mais tu es bien réelle toi !  Et si tu venais à disparaitre, je m’en voudrai éternellement de ne pas t’avoir sauvée, sachant que j’aurai pu. »

« Tu n’aura plus jamais à me sauver Damona, car désormais je suis libre de mes peurs. Ma fin, c’est moi qui l’écrirai en ta compagnie tant appréciée. »

Une lumière rayonnante jaillit alors de Damona et inonda la pièce en désintégrant l’ombre qui rampais sournoisement autour des chevilles de la petite Eniripsa.

Partout dans la gigantesque maison, des voix s’exclamaient d’effroi et de joie alors que des rayons d’une lumière pure ricochaient sur les murs avant de s’éteindre contre les derniers valeureux qui ne s’était jetés par la fenêtre et unique sortie : le feu de la cheminée.

Mes pupilles avaient reflétées la flamme toute la nuit, l’aube allait bientôt faire son entrée.Je dis à mes compagnons restés près du feu avec moi :

« Je pense avoir trouvé ce dont j’avais peur. J’avais peur d’être livré à ma solitude. Ayant airé seul durant plusieurs lunes j’avais oublié ma peur et m’était noyé dedans. C’est en vous voyant joyeux et aimant que je suis délivré : Je sais désormais que je n’aurai plus peur de perdre ceux que j’aime tant qu’ils n’auront plus peur de me perdre. Sur ce, je m’en vais. »

La lueur du feu transperçait encore la brume au petit matin quand je m’éloignais de la maison des Peurs, avec la hâte d’y retourner la saison prochaine.
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    L'obscurité, le froid et le silence... Il lui semblait flotter en leurs seins depuis une éternité, mais petit à petit, les brumes de l'inconscience se dissipaient. Accompagnées d'un mal de crâne lancinant, des odeurs de moisi et de poussière s'imposaient progressivement à lui.
    Ce fut un hurlement strident de terreur, qui finit par le sortir de sa torpeur. Se redressant par réflexe, il faillit s'assommer de nouveau! Un instant désorienté par le choc et l'épaisse pénombre qui régnait en ces lieux, ses yeux de félin finirent par s'habituer et les limites de sa "prison" lui apparurent bientôt clairement.
" Par Ecaflip! Comment diantre, avait-il pu se retrouver enfermer dans cette boite? "
    Les parois et le fond étaient recouverts de capitons, mais son couvercle laissait à nu du kaliptus verni. Du dehors, continuaient à lui parvenir , par intermittence, des cris d'effroi et d'autres bruits dérangeant. Sentant poindre en lui un début de claustrophobie, il entreprit de s'en extraire au plus vite.
    Evidemment, elle avait été scellée... Mais la panique aidant, il parvint finalement à faire sauter le couvercle d'un vigoureux coup de paume, pour jaillir au-dehors comme un diable hors de sa boite! Il atterrit souplement sur le sol dallé, balayant les alentours du regard afin de prévenir tout nouveau danger.
    Drôle d'endroit au demeurant... Il s'agissait visiblement d'une crypte ou d'un caveau, peux-être même d'une cave? Quoique, à y réfléchir, la présence d'imposants sarcophages de marbre, sous les voûtes en plein cintre, tendait à écarter cette dernière hypothèse. La dizaine de torches accrochées aux murs, dispensaient assez de clarté pour que le jeune ecaflip soit assuré d'être seul en ces lieux: Poussant un profond soupir de soulagement, il relacha légèrement sa vigilance et évacua un peu de la tension qui l'habitait.
    Son calme retrouvé, il entreprit de fouiller dans sa mémoire. Comment avait-il bien pu arriver là! Malheureusement, la chose n'était pas si aisée. Ses souvenirs étaient comme brouillés et des vertiges persistants, ne cessaient de l'assaillir depuis son réveil , Pour couronner le tout, ses maux de tête, aggravés par le choc précédent, n'arrangeaient pas ses affaires.
    Cependant, en insistant, il finit par relier les points entre-eux et à retracer le fil des événements.

    Il s'appelait Alohicius Strange. Jeune ecaflip engagé au sein des services secrets du Royaume d'Amakna et de sa Majesté le roi Allister. 
    On lui avait confié l'enquête sur d'étranges et inquiétantes disparitions en séries qui sévissaient depuis déjà plusieurs années dans le Royaume et ce, toujours à la même période : dans les trois semaines précédant le 31 Octillard.
    Il n'avait pas été bien difficile de faire le lien avec les étranges transformations  subies par les bouftous et autres tofus durant cette période. Ses soupçons c'étaient très vite portés sur un sinistre paysan du nom d'Halouine. Son enquête avait bien vite révélée que l'ignoble individu, se mêlant de magie Bwork, se livrait durant cette période à d'horribles expériences sur la faune et la flore du Royaume. Transformant de paisibles animaux en bêtes féroces étranges et dangereuses ou en monstres assoiffés de sang tel que son terrible Dévhorreur. Tout cela dans le seul et unique but d'assouvir une obscure vengeance !
    Si Halouine ne se satisfaisait plus de simples cobayes animal ou végétal mais avait décidé d'expérimenter sur des Douziens, alors cela expliquerait les disparitions en série! Alohicius avait donc enquêté dans  l'entourage du paysan. Finalement, un informateur avait fini par attirer son attention sur d'étranges affiches, placardées un peu partout dans le monde des Douze. Affiches supposément posées par le sieur Halouine et invitant le lecteur à se livrer à une  expérience d'enfermement collectif et volontaire, le soir du 31 Octillard justement! Date du plus grand nombre de disparitions marquant aussi leur fin pour une année entière.
    Le but de l'expérience, selon les affiches : "dépasser ses peurs". Mais Alohicius supposait plutôt ,qu'il s'agissait là d'un habile subterfuge, afin de se procurer des cobayes pour une nouvelle années d'expériences maléfiques.

    Le 31, à l'heure exacte indiquée sur l'affiche: 20h, il se trouvait donc parmi la foule de curieux ayant répondue à l'appel. Agglutinés dans une pièce, au rez-de-chaussée d'une inquiétante bâtisse délabrée, à l'orée de la forêt dîtes des "Abraknydes". Il y avait là un bel echantillon de douziens, dont un grand nombre de iops téméraires, quelques curieux et même deux ou trois féca qui devaient simplement être entrés par hasard. A la lumière de l'unique chandelle, le jeune ecaflip remarqua une sousouris qui se faufilait courageusement entre les pieds d'un sram exagérément anxieux. Le disciple du Dieu fourbe ne cessait de jeter des regards de plus en plus suspicieux autour de lui, au fur et à mesure que l'heure avançait. Alohicius aurait bien aimé prévenir tout ces gens de ce qui les attendait mais il aurait alors couru le risque de laisser le kidnappeur lui échapper!
   Finalement, à 21h sonnante, la porte d'entrée claqua et se verrouilla derrière eux. Une voix inconnue s'éleva du néant, exhortant l'assemblée stupéfaite à faire face à ses plus grandes peurs et promettant d'élever ceux qui y arriveraient.Dans le même temps, un curieux gaz, sortit dont ne sais où, envahit la pièce...

   Ensuite, c'était le néant jusqu'à ce qu'il se réveille dans cette boite... Le regard justement attiré par ladite boite, le jeune ecaflip aperçut, sur le couvercle, une plaque de cuivre. Elle était gravée d'une unique phrase : "Alohicius Strange Fervent défenseur de la loi et du Royaume : Puisse-t-il reposer en paix".
    Alors seulement, il comprit que, ce qu'il avait pris pour une simple boite, était en réalité un cercueil fait sur-mesure, orné d'une épitaphe à son nom! Un frisson désagréable lui parcourut l'échine et des sueurs froides dégoulinèrent le long de sa nuque.
   Pour ne rien arranger, un rire hystérique éclata soudain dans la crypte. Semblant venir de partout et nul part, il résonna de voûtes en voûtes et de murs en murs, s'amplifiant au fur et à mesure, jusqu'à en devenir presque insupportable. Puis, tout aussi étrangement qu'il était apparu, il cessa subitement. 
    Dans le silence presque surnaturel qui s'ensuivit, des grattements hystériques montèrent de l'intérieur des sarcophages. Entouré par les blocs de marbres, Alohicius voulut se saisir de ses dagues , mais s'aperçut qu'on l'en avait délesté. Pétrifié, il observa les imposantes plaques scellant les tombes, se mettre à bouger, centimètres par centimètres, jusqu'à bientôt laisser apparaître, des mains noires et griffues.
    Horrifié, il observa, une horde de Goules s'extraire de leurs prisons de pierres. Crânes blanchâtres et peau d'ébène, d'innombrables et chétives gouliganes, accompagnées de gigantesques et monstrueuses goultimes, se tenaient à présent entre lui et une hypothétique sortie. Depuis un malheureux incident dans son enfance, il avait une peur panique de ces créatures. Malgré tout son entraînement, son esprit se trouvait comme court-circuité devant la menace.
    Incapable de réagir, submergé par le nombre, il se retrouva très vite happé par la horde. Avant que les créatures n'entreprennent de le démembrer et de le dévorer, son esprit s'était déjà dissocié de son corps et avait basculé dans une folie et un oubli salvateur.

    Poussant un soupir découragé, Asid retira ses doigts spectraux du crâne de l'ecaflip. Encore un echec! Une fois l'an les Douze lui permettaient de  chercher des êtres capables de s'affranchir entièrement de leur peur et de les récompenser à la hauteur de l'exploit. Dommage ! Il était sur la bonne voie au début, avec celui là. Il avait presque pensé avoir trouvé le premier gagnant de la soirée. Mais la pauvre petite chose avait paniqué bien vite finalement ... Au lieu de lutter, elle s'était abandonnée entièrement à la peur et en avait perdu l'esprit ... Il la laisserait partir à l'aube, mais il y avait peu de chance qu'elle redevienne un jour ce qu'elle avait été. Enfin... C'était le jeu après tout. Espérons que le prochain soit plus intéressant.
    Abandonnant le corps inanimé d'Alohicius sur le plancher poussiéreux, le Méryde de la Peur se tourna joyeusement vers le prochain sujet de ses attentions, jetant au passage un regard gourmand sur la longue file de corps inanimés et d'esprits apeurés qui l'attendaient.  


              

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Score : 52
Reine-De-Merkator se laissa submerger par l’épaisse fumée qui embaumait la maison. La mystérieuse voix chuchota dans le creux de son oreille..


«  Reine la fin de ton règne approche, sauras-tu faire face aux futurs reproches ? 
Ton destin est scellé je vois en toi comme dans un livre ouvert,  pour moi c’est l’heure du festin prépares tes couverts.
D’entrée de jeu je sortirais gagnante, vois-tu l’enjeu sais-tu pourquoi je te hante ?
Sois patientes, je suis à la fois ton poison et ton remède,
Sois ma patiente, aux piqûres de rappel il faut que tu cèdes.
Tu me supplieras de toutes tes forces, mais n’oublies pas ce lien nous unis et nous renforces.
La beauté de ton monde n’est qu’une illusion, avec moi tu auras la vraie vision.
Aujourd’hui c’est une mise à nu, même si demain je ne serais qu’une inconnue.
Inutile de te marquer au fer rouge, l’utile est en toi en ce moment il bouge.
Vois-tu cette couronne d’épines, ainsi que le sang du sacrieur qui rumine ?
Cette couleur semble être familière, tu l’as dans tes veines sois en fière !
Tes larmes sont-elles sincères ? Autant que tes lames qui dans tes ennemies s’insèrent ?
Pleures-tu en secret sur ton sort ? Implores-tu secrètement les Dieux lorsque tu t’en sors ?
Dans le monde des 12 tu penses être unique, mais pour toi j’ai un traitement runique.
Saches que ton bouclier élémentaire sera inefficace, seul ton coeur y laissera une trace.
Bien il m’a l’air que tu sembles prête à jouer, je vais donc te réveiller !  »

Reine-De-Merkator regagna ses esprits, elle qui pendant un moment avait cru perdre la raison.
Elle se releva puis tourna son visage, voyant son amie Allie qui était présente à ses côtés elle sembla rassurée. Toutefois elle souvint vaguement des quelques phrases entendues auparavant. Elle regarda si sa belle tenue malicieuse n’avait pas été abimée après sa chute. Celle-ci n’avait aucune déchirure, néanmoins l’orange s’était quelque peu assombri.
Un livre tomba entre ses mains, il était légèrement poussiéreux et des toiles d’araknes ornées la couverture. Mais il n’y avait aucun titre, elle s’empressa donc de l’ouvrir.
Sur la première page il était noté  : " Reine-De-Merkator il est l’heure de commencer la partie ! "



Suite à cette lecture, elle perdit connaissance, la fameuse voix fit de nouveau son apparition.

«  Reine, tu n’es pas dans un songe, et ma voix n’est pas un mensonge,
Je suis la personnification de tes maux qui te rongent,
La réunification de tes mots t’aideront ils à surmonter cet univers où tu plonges ?
Tu as les cartes en main comme le Dieu écaflip, en ce soir d’Halouine est-ce que tu flippes ?
Si c’est le cas c’est mon jour de chance !
Sois sans craintes je suis moins cruelle que Malice,
La preuve pour t’en sortir je vais te donner des indices…
Sois-toi même et tu sauras te libérer,
De ce jugement délibéré.
 
Tu devras te servir de ta plume comme d’une épée,
En vers ou en prose du moment que tu obtiens la paix…  »

  
Reine-De-Merkator se réveilla, elle attrapa Allie par le bras, celle-ci était inconsciente, elle comprit que comme elle, la Voix prenait le contrôle sur les hôtes, et c’est ainsi qu’elle ouvrit le livre et commença ses notes. Sur la plume il était noté verser son sang et faire preuve de bon sens. Reine devait donc utiliser son sang pour pouvoir noter dans ce livre, elle se souvint que l’importance du coeur permettait de laisser une trace. Elle savait aussi qu’elle ne pouvait pas gâcher inutilement un goutte de son sang, et par conséquent aller droit au but.


                                                        
Moi Reine-De-Merkator, 


De par mon sang versé, le bon sens m’a traversé, de ce rouge encré, j’espère voir mes fautes s’inverser.
 
Je ne peux pas oublier le passé, même si je suis tracassée, de cet état je dois m’en passer, c’est la seule manière d’avancer.
Comme un grain de sable dans le sablier Xelor, le temps joue contre moi un mauvais sort.
J’assume mon manque de foi dans le monde des 12, j’ai commis des impairs en tant qu’épouse.

J’ai écarté mes prières pour m’adonner aux plaisirs de la chair, comme d’une Fricadelle j’ai fait bonne chère.
Pardonnez moi O-Dieux, mon comportement a été plus qu’odieux.
A partir de ce jour, vous me verrez plus à vos temples plutôt qu’à ma tour !
Permettez moi un retour, que je puisse vous offrir à nouveau mon amour.

Une négligence de ma part aussi envers autrui, ne pensant qu’égoïstement à mon profit,
Je perds la face je n’ai pas le profil, si l’encre s’efface c’est que ma mort se faufile…
Je sens mon coeur battre, et ma conscience combattre,
Dois-je me laisser abattre ? La vie est-elle une pièce de théâtre ?


Une tragédie de mourir en pensant au visage de Dramak,
Le maitre des pantins tire une ficelle je sens son attaque,
Le poids de mes erreurs semblent être intenable,
Finalement ce procès me rend t-il coupable ?  »


Reine-De-Merkator s’évanouit, elle semblait presque inerte. Quand soudain le Livre se vida des écrits de la Reine, les mots se transformèrent en plusieurs gouttes de sang qui dégoulinèrent sur le visage de celle-ci, elle était méconnaissable. Une fois entièrement vidé le Livre se projeta dans le coeur de la Reine. Une drôle d’émotion s’empara alors d’elle qui reprit subitement vie, elle n’avait que peu de souvenirs. Elle se releva, tenta de se remémorer davantage mais elle n’y parvint pas pour le moment.


Elle scruta autour d’elle, espérant trouver le moindre indice…
Un tableau se mit à apparaître en face d’elle, Il était noté dessus :  "  Félicitations Reine-De-Merkator vous êtes délivrée ! Patientez jusqu’au levé du jour, mais en attendant aidez votre amie Allie, c’est à son tour, de mener son combat pour la vie…  "


Dans sa tête, tout commençait à devenir plus clair, elle savait maintenant qu’elle n’était pas folle. Le Livre avait bel et bien existé, mais avant de se lancer à sa recherche elle devait retrouver Allie.Elle la retrouva rapidement parmi les autres hôtes, en effet sa magnifique Chaplume était facilement repérable. Le soutient à la fois physique et moral de la Reine envers sa amie l’aida. Même si elle n’en était pas consciente, elle lui serra la main. En attendant son réveil, elle fouilla dans les alentours à la recherche de ce fameux livre.


 
Quand tout à coup, Allie cria sur la Reine !       
           Bah alors la Reine s’est bien reposée  ?
           
           Pardon ? Je m’étais endormie 

           T’es sérieuse ! Je t’ai laissé dormir 1h 
  • 1h ? Oh mais attends que fais-tu depuis tout à l’heure ?
  • Rien, je t’ai à l’oeil, et avec d’autres participants nous visitons la maison.
  • Attends, c’est bien Halouine aujourd’hui, nous sommes dans le manoir ?
          Tu te moques vraiment de moi, oui évidemment, nous y sommes !
          Oh ! Tu as eu ton livre ?
          Hum... Non lequel ? 
          Non, rien j'ai dû rêver...
 


Reine-De-Merkator ne savait plus où donner de la tête, elle décida de se mettre à l’écart un moment, elle marcha quelques mètres tout en faisant attention où elle mettait les pieds. En regardant au sol, elle trouva un miroir, elle l’attrapa, elle s’admira notamment sa belle chevelure violette. Quand son reflet se mit à changer, pour laisser place à une phrase : " Reine ce n’était pas un rêve… "  

Elle lâcha le miroir, étrangement il ne se brisa pas, elle tenta de crier de toutes ses forces mais une main l’en empêcha.On ne pouvait voir le visage, mais on susurra à l’oreille de la Reine
«  Silence, c’est aux autres de jouer maintenant !  »
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[HRP] Cette participation ne sera pas prise en compte par le jury des Récits d'Invention. [/HRP]

          Cette petite idée me trottait dans la tête depuis un moment, celle d’étouffer les rires de ce vicieux détracteur qui ne comprenait décidément rien à l’art. Le petit jeu sur les peurs intimes n’avait rien de nouveau, il s’agissait d’une danse bien connue et sans aucune finesse… Mais je pouvais enfin lui montrer que je ne craignais pas son influence. Les imbéciles d’Astrub mentent et empoisonnent l’air, de la même façon sûrement que l’ignare aux commandes de la fête de ce soir. Une sorte de gaz serein, franchement très utile dans un environnement pareil. Pensait-il nous faire halluciner ? Peut-être. Je ne me souvenais pas avoir aperçu la nuit tomber.

Je lisais sur le visage des uns une drôle d’excitation, discernant ceux qui s’étaient plongés dans l’aventure bien volontiers, de ces autres zouaves qui s’étaient laissés influencer dans la manigance par des amis entreprenants. Lorsque l’horreur s’est installée, quand les jambes ont vraiment commencé à trembler après le petit discours du maître d’œuvre, ce sont les cris les premiers qui ont assommé l’ambiance. Des terreurs bruyantes, inimitables de vérité, presque délicieuses en fait si je n’avais pas eu à les subir de plein fouet. Le regard hébété des convives me faisait comprendre qu’aucun d’eux n’avait mes qualités. À quel autre genre de spectacle s’attendaient-ils ?

Meilleur maître de mon état que ces gens-là, j’observais la mine affreuse que certains tiraient en caressant la maudite tuyauterie ou en discutant sans que quiconque soit près d’eux pour leur répondre. Un petit groupe finissait de décrocher le portrait de l’admirable Julith, déjà dans son pire état. Sans rire, ils cherchaient un passage derrière, quel coup classique. Je voulais comprendre ce qui trottait dans la caboche de cet autre-là, à lécher et ramper sur le parquet usé avec une insistance écœurante. D’autres monopolisaient les chaises, l’un d’eux venant même de tomber de la sienne à mes pieds en vomissant une bile affreuse. Il convulsait avec le sourire, ce pauvre crétin. Je voulais bien leur donner un coup de main, mais ils étaient trop nombreux, trop saccagés, bientôt trop dangereux. Et je n’avais plus la tête de l’emploi depuis un bout de temps.

Le vénéfice – probablement celui d’un adepte de Sram – faisait doucement son petit effet ; ce n’était plus le moment de contempler les idiots. Il arrivait enfin l’heure des professionnels. Certains me dévisageaient et m’enviaient quand j’ai emprunté le passage dérobé, celui-là, oui, tout de suite après l’entrée. J’en ai franchi le seuil, bloquant la voie à ma suite sans laisser quiconque me pourchasser.

Tout devient plus tranquille, mes pensées s’éclaircissent enfin.

          J’ignore quelle heure il peut bien être. Cette pièce de la bicoque est éclairée d’une lumière paisible et cela semble faire un sacré moment que je reprends mon souffle. J’ai beau entendre encore les couinements des originaux à côté, je sais qu’ils ne peuvent plus m’atteindre à présent. D’ailleurs, quels imbéciles se lancent dans une épreuve sans avoir la compétence pour l’accomplir ? Le matin venu, la vie va reprendre son cours et retrouver tout son sens. Il suffit de patienter ici.

Cela m’avait échappé, peut-être parce que je n’attendais plus grand-chose de cette baraque vétuste, mais je crois bien me trouver dans une étude décorée. Peut-être s’agit-il plutôt d’une petite salle d’exposition avec d’étranges quantités de livres ? En parcourant les trois petites allées tracées par les étagères au bois verni, je découvre des tableaux accrochés sur le mur au fond de chacune d’elles. Je ne peux pas en juger d’emblée, mais il y a comme une faute de goût dérangeante entre ces décorations et l’ambiance environnante. J’ai mon explication sur le bout de la langue…

En consultant de plus près le premier paysage encadré, je reconnais un cimetière au bord de l’eau, décoré ici de quatre pontons et de stèles tournées vers les grandes mers du nord. Je me frustre de ne pas arriver à me figurer quelle couleur l’eau peut bien avoir ce matin-là. Il y a une petite peau accrochée depuis la toile jusqu’au cadre en haut, bêtement placée comme pour masquer une partie de l’œuvre. Je la gratte jusqu’à casser mes ongles. C’est probablement impoli déjà de la griffer, mais me sachant seul dans la pièce, je finis de l’arracher avec les dents. Je mets trop de force dans la mâchoire, la peau séchée se déchire très mal et la plaie suinte une couleur sale jusqu’à délaver la peinture en dessous. Quel gâchis… Mais tu n’as rien à craindre.

Je circule vers l’œuvre voisine, la deuxième de la trilogie curieuse. J’y reconnais la vieille maison isolée d’anciens amis, avec le petit puits dans la clairière. Je ne sais plus à quelle heure je me suis engouffré à l’intérieur, mais la minute est importante. Il en faut toujours neuf, jamais dix, le risque de contrarier étant vraiment trop grand. Sur la peinture, je vois ma silhouette dépasser le puits et entrer dans la baraque, pour me planter sur le seuil en croisant le regard luisant de quelque chose, sa peau rouge retournée comme un gant. Je la vois doucement pulser, comme un cœur de nouveau-né sous sa petite chair très fine. Ou plutôt respire-t-elle, comme s’il y avait autre chose pour gigoter en dessous. Ça remue, ça ne peut pas être eux…. Mais tu n’as rien à craindre.

Il faut patauger jusqu’à la troisième toile. Celle-là ne me dit rien : je vois des petites silhouettes à la queue leu leu le long de la falaise, devant une énorme statue de chair qui se moque d’eux. L’eau est si noire tout en bas, personne ne veut se faire pousser, pourtant, ils rigolent et se jettent en l’air. Les moins futés glissent déjà et se cassent en deux. Certains volent ce soir-là, mais aucun n’a d’ailes. Après leur en avoir creusé dans le dos, je peux voir leur joli sourire marquer la toile. Maintenant ils sont éternels, comme je l’ai rêvé pour eux. Leurs énergies ne sont plus salies ; au petit pays gris ils sont heureux. Il reste un mystère : je n’ai jamais compris ce qu’ils écrivent sur la pierre au pied de la statue. Pourtant, jamais aucun d’eux ne parle comme ça… Mais tu n’as rien à craindre.

Dans chaque histoire, il y a toujours une cabane. Il y a toujours un gaz. Il y a toujours des idiots pour se laisser tirer vers le bas. C’est une danse habituelle. Je ne me souviens pas de ces veines noires saillantes dans le bois des murs, qui courent jusqu’à moisir les étagères. L’encre des livres et la couleur des œuvres coulent et se mélangent au sol. Ça monte. La petite étude devient bientôt un bassin, j’en ai jusqu’aux cuisses, mes haillons s’imbibent de cette huile noire qui pue, et pue… Et pue… Et te salit, et me recouvre, et te remplit.

          Tu sais que c’est ton heure. Tu ne vois plus rien dans le noir et tu suffoques, ta poitrine est grasse des eaux sales qui fusent à l’intérieur. Pourquoi veux-tu entendre la voix des autres ingrats, quand tu as la chance de m’avoir toujours avec toi ? Ne fais pas encore ton malin, tu as été le premier à côté du tuyau à subir. Au petit matin, tu seras mort sans plus d’explications, un petit cadavre froid gonflé par sa bile. Et sois sûr que personne ne viendra te récupérer, tu sècheras seul.

Là, ça te revient ! Mon petit murmure n’est plus éteint par ces puanteurs. Tu avais le choix entre tout un tas de bêtises dans ta mémoire et tu as choisi ces trois-là. Apitoiement, déception et regret, c’est la fameuse série. Oh, arrête de geindre, tu sais que je déteste quand tu pleurniches, à te tétaniser en plus comme lorsque papa te démontait la figure. Tu n’as jamais le contrôle, tu es pitoyable.

Tu n’as pas fière allure sur le parquet de la cabane. Avant même la première hallucination tu avais souillé ton caleçon. Il disait quoi déjà, l’autre ? Ah, oui, une odyssée… Tu t’es bien promené, certains à l’époque gardent un bon souvenir de nous, pas vrai ? Ouais, ce soir c’est différent. Tu as perdu. À la première lueur du jour, certains vont enfin te voir pour ce que tu es vraiment. Suffoqué avec le bonbon d’Halouine dans le bec ; il n’aura jamais dépassé ta trachée. Sacrée perte pour une ordure dans ton genre. Mais ne t’en fais pas : solidarité de sang oblige, jusqu’au bout tu ne seras pas seul.

Allons bon, tu ne seras jamais pardonné. Il disait Tout voir. Crois-tu qu’il m’ait vu ?
Score : 1219

Arrivez-vous à surmonter vos peurs ?

Achlus arracha avec excitation l’une des nombreuses affiches qui avaient été placardée un peu partout en ville.
Le disciple de Sram ne croyait pas vraiment à l’accroche de ces publicités qu’il supposait mensongère.
Ce qui alimentait ce sentiment était principalement le fait d’être enfermé avec des inconnus.
Joueur, il se sentait obligé de participer. Lui qui avait également créé des jeux d’évasions, cette expérience serait l’occasion de recueillir de nouvelles idées pour de prochains moments ludiques.

******

Le grand jour était arrivé, l’excitation se faisait de plus en plus forte à mesure que 20h00 approchait.
Bien, bien… Puisque c’est Halouine, quel déguisement pourrait être approprié pour ce soir ?” s’interrogea-t-il.
Capuche Apin, Tête de citwouille, Araknacoiffe, panoplie du Meulou... Ses caisses de déguisements se vidaient, ne trouvant pas de prime abord de quoi se satisfaire. Le choix se porta finalement sur sa reproduction de la panoplie du Vampyre Maudit. La contrefaçon coûtant moins cher que d’acheter des orignaux bien qu'en soit, la simple forme squelettique des Srams aurait pu suffire pour en effrayer certains.
Cape ajustée et masque en place, tout était prêt.

En attendant l'heure de l'événement, Achlus se pencha sur des plans de nouveaux jeux et mécanismes à mettre en place.
"Les portes ouvrent à 20h00. À 19h30, je me mettrai en route." se fixa-t-il.
Avec des idées fusant dans tous les sens, probablement grâce à l’énergie que lui donnait cette folle soirée en perspective, il ne fit plus attention à l’heure.

20h07 !

Au moment où l’adepte du Grand Sournois leva la tête pour regarder l’heure, il laissa tous ses plans tels quels et partit en trombe.
Les srams n’ont pas la réputation d’être les plus endurants et ce n’est pas Achlus qui pourra dire le contraire.
Malgré un point de côté en cours de chemin, il retrouva un gain d’énergie quand il aperçut les formes de la bâtisse se dessiner au loin.
Ouf !” souffla-t-il, à la fois haletant et soulagé de voir la porte encore ouverte de la sombre demeure.

-C’est donc ici que l’on va devoir surmonter nos peurs ? L’organisateur semble avoir bien choisi son lieu. Voyons ça de plus près.

À ces mots, Achlus entra dans le manoir. 
De nombreux participants étaient déjà présent. 
À sa grande surprise, peu de gens, trop peu selon lui, avaient joué le jeu en se déguisant. Certains s'étaient même armés jusqu'aux dents. 
Il salua l'assemblée d'un simple "Bonsoir" avant de de se placer non loin d'une commode poussiéreuse, légèrement excentrée du nombre important d'aventuriers. Placement isolé bien difficile à trouver dans cette unique pièce. 
Ne s'étant installé que que trop récemment dans le coin, il ne connaissait pas assez les personnes présentes. Il fit tout de même un geste de la tête en guise de salutations distinguées à ce iop vert portant un Lonne avec qui il avait déjà passé quelques soirées. Sa mémoire des noms lui faisant défaut, il ne préférait pas s'avancer.

"Tous les srams semblent manquer de souffle ce soir." fit une jeune femme en s'approchant.
Elle était également déguisée.
"Je vous ai aperçu dehors. Lui aussi était essoufflé mais il ne semble pas que ce soit pour la même raison. Ajouta-t-elle en me désignant Gérard de la tête. Il avait plutôt l'air de vouloir fuir quelqu'un.. Ou quelque chose. Alors que vous… 

-Alors que moi, je craignais simplement d'arriver en retard. Je me nomme Achlus Fowler, et vous ?

-Enchantée, monsieur Fowler. Je m'app… "

Elle ne put finir sa présentation, interrompue par la porte du manoir qui claqua brusquement. 

21h00

Le murmure marqua le début de la soirée. 
Son discours terminé, l'épaisse brume s'apprêtait à attaquer l'esprit de chacun.
Tandis que certains succombaient immédiatement, d'autres se protégeaient, luttant, en vain.

Quand Achlus reprit ses esprits, il fut surpris de se retrouver allongé sur le sol, ne se voyant pas perdre connaissance. 
Combien de temps était-il resté ainsi ?
Ayant encore quelques vertiges, il s'assit d'abord pour observer ce qui se passait alentours. 
Des douziens dormaient encore à poings fermés, ce petit homme bedonnant, par exemple, avachi sur un vieux monsieur. Aussi, d'autres semblaient en proie à une peur panique, comme ce sram, qu'on lui avait indiqué plus tôt, en train de trancher l'air avec un poignard comme si sa vie en dépendait. Quel moskito avait bien pu le piquer ?
Et où était la demoiselle avec qui il avait commencé une conversation ? 

Achlus voulu se relever en s'aidant de la commode à côté de lui mais attendre le levé du jour en restant au sol aurait été une meilleure option.
Un de ses doigts lui sembla s'enfoncer dans la commode, actionnant un mécanisme secret.
Le plafond se mit à grincer et entama une descente vers le parquet grinçant.
La panique commençait à le gagner mais il fallait trouver une issue au plus vite ! 
Qui souhaiterait finir sa vie écrasé comme une crêpe ? 
Affolé, il criait à qui pouvait l'entendre : "Une sortie, une trappe, quelque chose pour arrêter ça ! Il y a sûrement d'autres mécanismes cachés !"
La majorité était déjà occupée par ses propres terreurs mais pourtant, au moins un homme regardait ce qui se passait, affichant un large sourire et pleurant en même temps.
Comment pouvait-il rester ainsi, accueillant une mort certaine s'ils ne travaillaient pas ensemble ? 
Il n'y avait pas le temps de se pencher sur la question !
Les quelques trous dans le plancher ne suffisaient pas pour accéder au sous-sol.
Un manoir ne peut se composer d'une seule pièce, il doit forcément y avoir des passages secrets ! 
Finalement, il n'eu pas à se creuser la tête plus longtemps puisqu'une fecatte venait d'ouvrir un passage contre un mur qui malheureusement se referma directement derrière elle.
Se précipitant vers cette même paroi, sa déception fut grande de ne pas passer de l'autre côté, lui aussi. 

Le plafond était à la moitié de sa descente.

Son rythme cardiaque accélérait de plus en plus. 
Le tableau ! Si son utilisation était probablement dédiée à l'organisateur pour qu'il puisse se divertir en observant ce qu'il avait créé, cela signifiait également qu'il y avait un passage de l'autre côté.
Sans perdre plus de temps, il fallait se dépêcher d'aller tirer le portrait.
L'effet produit fut alors tout sauf ce qui était attendu : le tableau lui resta dans les mains sans laisser de passage et, aggravant la situation, les murs commençaient eux aussi à se rapprocher les uns des autres ! 
Ce qui paraissait le plus étrange dans cette affaire était le désintérêt le plus total des autres sur cette mort en sursis qui les attendait tous. Comment ne pas quitter leurs préoccupations actuelles pour se concentrer sur le rétrécissement du manoir ? 
Le plafond atteignait enfin les têtes des plus grands aventuriers qui tenaient debout.
À sa grande stupéfaction, celles-ci tombèrent en poussière. 

Arrivez-vous à surmonter vos peurs ?

Le slogan était donc vrai ? 
Achlus s'y connaissait en poisons mais il n'en connaissait pas capables de faire vivre les plus grandes peurs à autant de victimes et, en plus, se personnaliser en fonction des esprits.
Il comprenait alors le comportement qu'avaient les autres.
Comprendre était une chose mais il n'avait pas d'antidote sur lui et si tout ceci n'est pas réel alors…
Le sram s'empara du tabouret le plus proche est le jeta de toutes ses forces contre le mur le plus proche.
Le siège se transforma en poussière au contact des briques. 
Sa peur devenait de plus en plus forte, prenant le pas sur la réalité qui l'entourait.
Le plafond, appuyait désormais sur sa tête et les murs se faisaient de plus en plus proche.
Ne sachant que faire, Achlus se recroquevilla sur lui-même et attendit son titre sort, sa plus grande peur que les maîtres des lieux avait matérialisé par les murs se rapprochant de plus en plus de lui : être prisonnier de son propre corps.

Comme il l'avait compris, et heureusement pour sa vie, les murs s'étaient arrêtés juste pour qu'Achlus ne puisse plus bouger ou presque, comme si ses muscles se paralysait de plus en plus.
Cette sensation était en soit plus incommodante que douloureuse, comme celle que l'on ressent quand un seau d'eau glacé nous ai brusquement renversé dessus. 
Cependant, il parvenait à sentir quelque chose  à ses côtés. Quelque chose qui ne s'était pas transformé en poussière au contact des murs. 
Du bout des doigts, il glissait cet objet froid entre ses jambes.
Il s'agissait d'un miroir.
Celui-ci ne reflétait pas l'apparence squelettique d'Achlus comme il aurait dû le faire. À la place, se déformait l'image de ce qu'il était réellement, sans la magie de Sram : un jeune homme amaigri, dont les muscles s'étaient visiblement atrophiés.
Soudain, le même murmure que tout à l'heure susurra au creux de l'oreille les mots suivants : 

-Alors comme ça on est joueur ? Trouve l'expression qui se cache ici et tu seras libéré de ton emprise. 

Cette pénible situation devait faire penser à un dicton ? 
Quel bien cruel jeu avait été manigancé ici.
Désespéré, des larmes ne pouvaient s'empêcher de couler le long de ses joues.
Ces petites gouttes d'eaux salées tombaient les unes après les autres sur le miroir placé dessous plus tôt, estompant le reflet de ses peurs. À la place, des mots se formaient :

PEUR PEUR PEUR PEUR MAL
PEUR PEUR PEUR MAL PEUR
PEUR PEUR MAL PEUR PEUR


Était-ce là l'énigme avec l'expression à trouver ? 
Souhaitant sortir de cette prison le plus vite possible, il fallait réfléchir à la solution, sécher ses larmes et se concentrer. 
"Le mot mal se décale à chaque fois d'un cran sur la gauche…" pensait-il. Il lui était difficile de théoriser à haute voix comme il se surprenait parfois à le faire, ses muscles de la parole étaient également touché par son état handicapant.
"Cette piste ne mène à rien… À une suite logique tout au plus, mais pas une expression…"

Achlus avait toujours aimé les devinettes. Rien de tel pour faire travailler son cerveau. Son cerveau qui, lui, n'était pas impacté par cette sournoise phobie qui rongeait l'ensemble de ses cellules musculaires.
Bientôt, ses poumons allaient être atteint et alors, ce serait la fin.
Pouvait-il réellement mourir durant cette expérience qu'il considérait initialement comme mensongère ?
Rester penché sur ses plans lui aurait valu bien moins de soucis.
"Il y a 12 fois PEUR et 3 MAL, soit quatre fois plus de PEUR que de MAL."
La réponse, il l'avait ! 
Dans un ultime effort, il réussit finalement à prononcer la phrase libératrice qui résumait toute cette soirée : "Avoir plus de peur que de mal.

À ces mots, les murs volèrent en éclats, se sublimant en brume épaisse. La même brume qu'Achlus avait considéré comme un puissant poison de masse.
Souhaitant reprendre une grande bouffée d'air, le nuage s'insinua à nouveau dans la tête du sram, lui faisant perdre connaissance une seconde fois.

À son réveil, la notion du temps lui paraissait encore plus floue qu'avant.
Combien de temps avait-il dormi ? 
Cette expérience était-elle bien réelle ? 
Est-ce que sa peur aura été surmontée ? 
Seul le murmure pourra répondre à ces questions. 

[Le personnage féminin qui n'a pas encore été nommée, est libre de droit sur tous les points.
Le texte a été édité aussitôt publié : le forum n'en fait qu'à sa tête sur la mise en page.]
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Il fait nuit, j'sais pas quelle heure, j'ai froid. Le vent d'Octilliard rafraîchit mon pelage, de légers frissons m'parcourent le dos. Le ciel est orange crépusculaire. Combien d'fois je l'ai pas vu, ce coucher d'soleil. Combien de fois je vais encore le subir. "Bacard le roux", qu'on m'appelle. L'immortel, l'éternel, que d'adjectifs flatteurs, pour qualifier le mal qui m' ronge.

En route, il est temps. Ça fait bien trop longtemps que je lui ai pas rendu visite. le cimetière est à quelques pas d'ici, puis t'façon, j'ai pas sommeil. On évite l'auberge, j'veux pas m'mêler à la foule. J'passe par le lac, c'est plus calme. Un rapide signe de main à Nibé, il dort décidément jamais c'vieil Eni. J'continue. J'entends les chachas miauler près des caissons de goujons. J'en attrape un au passage, j'leur lance...

Un cri.

Ils fuient. Je cherche aux alentours, mon regard parcourt l'étendue du lac, mais rien.

Le cri retentit de nouveau. Un cri de femme.

Je scrute l'horizon, mais rien. Rien du tout. Le calme plat de la cité d'Astrub un matin d'Octilliard. Pas une seule brise, pas même une ondulation sur le lac. Ça fait pourtant des lustres que j'ai renié la déesse à la chopine... J'comprends pas.

Il fait froid. Si froid.

Une légère brise me caresse le corps et hérisse mon pelage. Un frisson m'parcourt tout entier lorsqu'une voix me murmure à l'oreille:

- Pourquoi tu trembles comme ça, Baba ?

Mon sang se glace. Je sens sa main sur ma nuque. Elle est derrière moi. J'me retourne,

Rien. Personne.

J'ose pas parler. Ma gorge est nouée, la boule au ventre, les larmes qui montent à cause du vent glacial. Puis de nouveau le silence. Pas tout à fait. Quelques notes de musiques, on dirait... Oui, on dirait le vieux Serge qui joue. Ça fait une éternité qu'j'avais plus entendu sa patte d'artiste. J'vois au loin une faible lueur à travers ce qui semble être une vitre. J'm'approche. La brise me parcourt toujours le bas de dos, comme si elle me poussait à suivre ce p'tit sentier parsemé d'feuilles rousses et d'araknes qui craquent sous mes sandales. J'm'arrête. Le manoir s'dresse devant moi, la porte entre ouverte. J'avais vu quelques affiches en ville. Un connerie fête. Genre remplie d'ploucs. La musique s'arrête. Plus rien. Juste le vent dans les feuilles mortes. Qu'est-ce que j'fous là...
Je fais demi tour. J'vois encore le lac au loin.

Un rire. J'me retourne. Un gosse.

J'croise son regard. On reste là, sans rien dire. J'le connais, j'en suis sûr. Dans la pénombre du palier d'la porte, j'arrive à distinguer sa p'tite frimousse. J'm 'approche, il ouvre la porte et court dans l'manoir. J'cours après, j'sais pas pourquoi.
La porte se r'ferme. J'ai froid. Si froid. Y a des gens. Ça m'fait chier. J'veux faire demi tour, la porte est fermée. Ça commence à bourdonner dans mes oreilles. J'sens le sang qui bat dans mes tempes et une voix rauque qui résonne dans la pièce. Puis une sorte de gaz, un pet d'trooll. Je suffoque, j'tousse.
Un Sram maladroit fonce sur moi et m'plante un couteau dans l'bras. J'ai pas mal. Pour changer. Il le r'tire aussitôt et continue d'asséner l'air de sa folie. Du sang coule un peu le long d'mon poil roux, crasseux. J'aime pas ça. J'croise une Ouginak qui s'regarde dans un miroir, abrutie. Je lui subtilise un pan d'sa tunique, je m'fais un bandage. J'continue ma route. J'vois deux crétins qui tâtonnent un mur. Ils ont tous l'air paumés. Une foule d'imbéciles paumés. Et un gosse, au milieu de cette foule.
J'mapproche de lui, il bouge pas. Immobile. Ma gorge se noue je m'apprête à lui parler mais...

- Pourquoi tu trembles comme ça, Baba ?

J'me fige. Ça vient pas du p'tit. J'le regarde. Il pointe du doigts quelque chose derrière moi. Je sens une souffle dans ma nuque. Un léger picotement, l'air de Frigost. J'ai tellement froid. Je me retourne, une fois encore. Les abrutis ont disparu. La pièce est vide. Non. C'est plus la même pièce en fait. On dirait des souterrains... Les souterrains d'Amakna... J'ai mal. J'ai atrocement mal. Je souffre, ça pique, ça arrache, je sais pas d'où ça vient, une lumière commence à jaillir du bandeau que je m'suis fait autour du bras, une lumière rouge. J'hurle de douleur, j'm'arrache le bandeau je l'jette à terre, je tombe, mes forces m'abandonnent, je porte ma main à mon bras mais c'est froid, horriblement froid. Le sang commence à couler à flot, il inonde toute la pièce, il brille, rouge vif, y en a partout. J'hurle. J'ai plus ressenti de douleur aussi intense depuis bien longtemps, depuis trop longtemps. Derrière moi le gosse reste debout, immobile. Le sang remplit la pièce de plus en plus vite, il va crever s'il fait rien. Faut qu'il court, qu'il s'enfuie. J'veux pas qu'mon sang le tue.

Trop tard.

Il disparaît sous cette marre pourpre. J'peux pas laisser faire ça. Je plonge pour le récupérer. J'y arrive pas. J'ouvre mes yeux, j'vois rien. Du sang partout. Ça me rentre par les narines, ça pue, ça sent le cadavre. Je touche le fond. Y a une trappe, j'ouvre, je tombe.

J'suis au sol. J'ai mal partout. Je suis sec. Il s'passe quoi... J'regarde autour de moi. Y a un type qui est en train d'gratter un mur. Je m'approche. Il m'voit pas. J'comprends pas ce qu'il fout, ses ongles sont rouges et tout écorchés. J'regarde ma blessure pour voir si j'saigne encore.
Plus rien. Plus de blessure. Pire encore. Mon poil. Il est devenu brun. Il est redevenu brun. Comme à l'époque. Il est propre. Je suis propre. J'ai l'impression de retrouver ma jeunesse. J'souris. Je regarde autour de moi. L'vieux type aux ongles écorchés est plus là. Un p'tit tour d'horizon. On est où c'coup-ci. Je reconnais l'endroit. J'suis déjà venu par ici autrefois. Y a longtemps. Avant que j'parte même en chasse des Dofus. Peu après la construction du pont. Peu après... noir. Il fait tout noir. J'vois plus rien du tout. Plus aucune source de lumière. Plus de son... Juste une odeur.. Oui.. L'odeur du malt, des céréales... Celle qu'on stockait à la cave... Un frisson, de nouveau. Il fait tellement froid. Je fais un pas. Il résonne dans toute la pièce. Son écho sonne cinq fois. Mais la cinquième fois il me semble irrégulier. J'avance encore. Toujours cet écho irrégulier. TAC, Tac, tac, tac toc... toc.. toc... toc... Je ne marche plus... toc... toc... toc... Le bruit continue, lui, toc... toc... toc... je me retourne, toc. Il s'arrête. Un point orange. Une flamme. Toute petite flamme. Une flamme de bougie mais qui semble être à une centaines de kamètre de moi. C'est une fenêtre. Non. C'est l'soleil. Il se lève. Ouais, j'crois bien. Ça y est l'enfer est terminé. J'vois toujours rien, juste ce point orange. Je le fixe.

- Oh Baba, tu es rentré ?

Je connais cette voix. Je connais sa douceur, sa mélodie. J'ai partagé des années de ma vie avec elle, comment j'pourrais l'oublier. Je n'vois toujours rien. La voix semble venir d'un peu en dessous du point orange. Il commence à faire chaud. Vraiment chaud. J'hésite. J'parle :

- Az... C'est toi ma douce ?

- Tu en as mis du temps... je t'ai attendu toute la nuit.

La lueur du soleil commence petit à petit à éclairer la pièce d'une très faible lueur orange. Je vois l'ombre d'Az. Sa crinière rousse hirsute semble refléter les rayons du soleil. Elle est magnifique. Comme au premier jour. Ses cheveux illuminent maintenant un peu plus la pièce. On se croirait dans les bois de Litneg en plein mois d'Octilliard, les érables teintés d'orange, le soleil encore chaud. Trop chaud. Étouffant. Je transpire. J'me lance :

- J'comprends pas Az... Qu'est-ce que tu fous ici... ça fait des années...

- Oh mon Baba... Mon tendre Baba, comme tu m'as manqué...

Sa chevelure solaire illumine désormais la pièce. Un mélange de rouille de cuivre et de rouge. Beaucoup de rouge. Je me souviens maintenant. Je tremble.

- Pourquoi tu trembles comme ça, Baba ?

Je me souviens maintenant de ce jour d'Octilliard. Je me souviens de tout. J'étais rentré d'une soirée, un peu trop arrosée. J'étais ivre mort. Un foutu Xelor s'était lancé dans des explications métaphysiques pour essayer d'faire comprendre à Arka, mon Iop de comptoir, qu'il n'y avait qu'une seule lune dans le ciel et pas plusieurs qui se relayaient tous les soirs. On était bien trop bourré, qu'est-ce que je riais. ''Y a pourtant plein d'étoiles, pourquoi y aurait pas autant d'lunes ?'' qu'il disait... Quel pauv' taré... Il m'faisait rire. J'suis rentré très tard... Ou plutôt très tôt. L'soleil allait pas tarder à s'lever. J'allais r'joindre ma douce...

On était pas super appréciés dans Astrub à l'époque. Moi premier descendant Pandawa, tout juste arrivé après la construction du pont sous les ordres de ma déesse, elle première disciple Sacrieur à pointer le bout d'son nez. Personne nous connaissait. Pire, personne voulait nous connaître. On f'sait bien trop peur. On s'est rencontré comme ça. Ça nous f'sait un point commun, j'connaissais pas son dieu elle connaissait pas l'mien. Mais Az me racontait qu'elle subissait les moqueries des villageois. Moi, j'prenais ça à la rigolade : ''Ça va aller t'inquiète, j't'assure qu'ils pourront plus s'passer d'nous quand ils nous connaîtront mieux.''
Mais Az tenait sûrement sa d'sa déesse... La rancune. Elle voulait pas s'laisser faire. Elle voulait leur faire payer. Leur faire comprendre. Y a pas mal de clampins qui la faisaient chier. Des p'tits Cra hautains, des Iop malpolis, des Sram chafouins... C'était rien d'bien méchant. C'était juste des gosses.

C'était le 31.

J'suis rentré chez moi. Complètement pété. Et ça c'est passé tout comme ça s'passe ce soir. Il f'sait froid dehors. J'suis rentré dans la chaleur bienveillante d'la maison. La lumière du soleil illuminait faiblement la pièce. Ses cheveux d'un roux étincelant m'enivraient un peu plus.

- Oh Baba tu es rentré ?

- Az ? Tu vas bien ma douce ?

- Tu en as mis du temps... Je t'ai attendu toute la nuit.

L'aube pointait le bout de son nez dans la maison. Az était à genoux, juste en dessous de la fenêtre. Elle me tournait le dos. Le soleil sur ses cheveux. La chaleur sur sa peau. Sur ma peau. Le soleil illuminait de plus en plus la pièce. J'étais complètement bourré. J'regarde autour de moi. Toute la pièce est orange... cuivrée...
Non. Rouge. Pourpre même.J'comprends rien. Puis c'est quoi cette odeur...

- Qu'est-ce que tu fous encore debout ?

- Oh mon Baba... mon tendre Baba, comme tu m'as manqué.

Az ne bougeait pas... à genoux, devant moi, me tournant le dos. Les mains dans le dos... Les mains attachées dans le dos. Une peau blanche, livide. Un manteau de plumes noires.

C'était pas Az.C'était pas ma femme. J'me suis jeté sur elle. J'ai pris son visage dans mes mains. Ses yeux étaient imbibés de sang. Comme le reste de la pièce. À ses genoux une flaque.Une marre.Un lac de sang.
Et flottant à peine à la surface, le corps inerte d'un gosse.

Az vient se blottir conte moi. Elle m'embrasse. Me câline.

- Az... Qu'est-ce que...

L'enfant était déguisé en bouftou. De la tête au pied. C'était le 31. Il venait chercher des bonbons.

- Oh mon Baba... Ils ne nous embêteront plus maintenant. Ils doivent apprendre à respecter la déesse tu sais. Il n'est que le premier d'une nuit sans fin. Une fête sans fin. Tu viens avec moi dans le village ? Égorgeons d'autres bouftous... On va bien s'amuser... S'il te plaît mon Baba...

C'était pas Az. Je sanglote. Je pleure, mais doucement. Mon corps tremble tout seul. Je farfouille dans ma poche. Je grelotte. Je sanglote. Je sais que si je ne l'arrête pas, elle va faire d'autres victimes ce soir. Az s'approche de mon oreille en m'enlaçant par le cou et me murmure :

- Pourquoi tu trembles comme ça, Baba ?

J'regarde ses p'tits yeux rouges.

- C'est rien Az... J'ai juste... J'ai juste froid... Si froid...

Un simple geste. Un couteau dans du beurre. Mon poignard dans son coeur. Elle me regarde tendrement. Elle sourit une dernière fois. Son manteau de plumes noires disparait. Le sang de ses yeux aussi. Je retrouve Az. Une dernière fois. Ma douce Az. Elle me regarde pleurer. Elle me caresse doucement le visage. Son sang ne cesse de couler partout dans la pièce, partout sur moi. Sur mon corps. Elle me sourit. Je caresse sa sublime crinière une dernière fois avant qu'elle ne s'éteigne dans mes bras. Inerte. Comme ce gosse.
Le sang de Sacrieur recouvre la pièce toute entière et coule désormais le long de tout mon corps.

Jamais je n'ai réussi à laver le sang de la déesse écarlate. Mon poil s'est imbibé de toute la souffrance du monde. Ce sang divin m'a rendu immortel et roux. J'ai laissé tomber ma chopine au même titre que ma déesse m'a abandonné. Et j'erre désormais en ce monde avec un seul objectif en tête : Me venger de Sacrieur.

Je reviens à moi. Dans cette pièce. Dans ce manoir. Abandonné, seul. La flamme grandit de plus en plus. L'aube pointe le bout de son nez. Pour de bon cette fois. Je décide de rejoindre tant bien que mal les étranges individus que j'ai l'occasion de croiser. Certains d'entre eux se sont assoupis sur des chaises. La blessure sur mon épaule saigne abondamment. Je n'ai plus de bandage. La jeune Ouginak à qui j'en avais dérobé un se tient assise, face à un tableau. Elle semble ne pas avoir dormi de la nuit. Je m'approche d'elle, et m'assied à ses côtés. Je m'sens bien à ses côtés. Comme si elle pouvait comprendre sans un mot le mal qui m'ronge. Elle remarque ma blessure, et m'aide à la soigner. Puis je reste assis à ses côtés. À regarder tous ces tableaux. Le cimetière peut bien attendre demain matin, tu n'penses pas ma douce Az ?

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Score : 296
Le ciel était sombre et pesant. La nature, qui contrôlait la zone depuis voilà bien des décennies, freinait dans sa course tout aventurier qui voulait s'y frayer un chemin. Voilà maintenant deux jours que Pio s'y était perdu par mégarde, voulant simplement se faire peur en passant seul une nuit en forêt. Il avait pris les précautions nécessaires, mais sans savoir se l'expliquer, son infime entrée dans cette forêt lugubre lui donna la sensation d'y être entré sans aucun retour possible. Il avait même l'impression parfois que quelque chose le suivait, l'épiait, et par une force mystique l'empêchait de suivre la bonne direction.

La nuit tombait une fois encore, affaiblissant le moral de ce jeune Crâ, alors que ses jambes étaient également à bout de force. Soudain, il aperçut une lumière au loin, pâle et dans les tons verdâtres. Désespéré, et n'ayant plus rien à perdre, il utilisa le peu de forces qui lui restait et se dirigea à toute allure vers cette forme éclairée. Il finit par distinguer une vieille chaumière en bois. Il n'eut même pas le temps de reprendre son souffle que la porte devant lui commençait à se fermer ! Il courut comme un dératé et se faufila dans la demeure juste avant que la porte émit un claquement sourd qui résonna dans toute la pièce.

Quand ses yeux commencèrent à s'accoutumer aux quelques sources de lumière qui emplissaient la pièce, une voix, venant de toute part, retentit dans la vieille bâtisse. Ne comprenant pas où il avait encore atterri, il essaya discrètement d'ouvrir la porte qui s'était fermée il y a quelques instants. Impossible. Soudain, l'ambiance changea radicalement : les personnes qui étaient entrées avant lui commençaient à agir étrangement. Des hurlements s'échappaient du plus profond de leur gorge, et ils tombèrent les uns après les autres sur le sol jonché de racines d'Abraknydes, qui avaient envahi l'intérieur avec le temps. Pio finit aussi par tomber de tout son poids.

Au bout d'un certain temps, il commença doucement à retrouver ses esprits. Il était dans une autre pièce, beaucoup plus étroite que la précédente. Et surtout, il était à nouveau seul. Il chercha une issue, une trappe, n'importe quoi : rien. Il n'y avait rien dans cette pièce. Rien, hormis une ardoise et une craie.Tout à coup, la voix entendue précédemment réapparût, de nulle part, mais partout à la fois.

« Bonsoir Pio, je t'attendais. Comment s'est déroulée cette escapade en forêt ? ».

N'y comprenant plus rien, le jeune Crâ totalement déboussolé prit son arc légendaire, confectionné avec une des légendes qu'il avait ramené de bataille quelques semaines auparavant.

« Inutile, mon cher », lui rétorqua la voix avec douceur. « Si tu es ici, c'est parce que j'en ai décidé ainsi ! ».

Pio, qui commençait à être agacé de se faire prendre de haut, prit une des flèches en bois de Tronknyde de son grand père et arma son arc :
  • Amène-toi si t'es un Iop, tu ne me fais pas peur !
  • Ahhh, je sais que tu racontes partout que tu n'as peur de rien... lui répondit la voix, avec un certain sarcasme. Et c'est justement cela qui explique ta présence ici ! Je suis là pour faire ressortir les peurs les plus profondes qui sommeillent en vous, aventuriers du monde des Douze. Et te concernant, je sais exactement laquelle te hante depuis toutes ces années.


A la suite de ces paroles, la voix se tut. Pio, lui, devint perplexe. Une peur ? Laquelle ? Il n'avait pourtant peur de rien !Il commençait à s'imaginer des scénarios plus invraisemblables les uns que les autres, comme par exemple un Tanukouï San l'écrasant avec ses attributs volumineux. Puis, la voix réapparut :

« Désolé pour l'attente, je mettais en appétit mes invités. Reprenons donc ! »

Une fumée vert Gloutovore s'échappa de l'ardoise.
 
  • Tu veux encore me faire tomber dans les pommes c'est ça ?! Moi les pommes, je les transperce de mes flèches !
  • Concentre-toi, au lieu de gaspiller ta salive. Observe cette fumée.

Pio regarda avec insistance. Il finit par y distinguer une silhouette. Puis une autre, plus petite. Les formes s'affinèrent, laissant finalement transparaître sa femme, Yopinette-tempinette, et leur fille, Lilifolle. Prit d'une rage grondante, il s'exclama avec puissance :

« Que leur as-tu fait, mécréant ?! »

La voix, avec un calme résistant à toute épreuve, répondit :
  • Rien voyons, ce n'est que de la fumée, rien de plus, rien de moins. Cependant, c'est de toi que dépendra leur salut.
  • Que veux-tu dire ?! Hurla l'aventurier, empli à la fois de haine, mais aussi d'une inquiétude qui le rongeait, et qui laissait petit à petit place à la panique.
  • Voilà le deal : si tu parviens à résoudre une énigme, tu pourras partir d'ici, et ta famille sera sauve. Cependant, si dans trois heures l'énigme n'est toujours pas résolue, alors elles devront faire face à leurs peurs les plus atroces.

Et, dans un nouveau nuage de fumée, des Abraknes sombres et le tristement célèbre Sans Visage apparurent. Pio, effrayé à l'idée d'imaginer sa femme et sa fille devant faire face à ces menaces sans qu'il soit là pour les protéger, se pressa :

« Donne moi ton énigme, et vite ! ».

Un silence de quelques secondes se fît sentir, puis la voix dicta ceci :

« Je peux être un ennemi, mais aussi un allié. Ma route tu as déjà croisé, et de moi dépendra ta destinée. ».

Puis, plus rien.Les mots résonnaient dans la tête du pauvre Crâ, qui n'avait pas la réflexion en point fort. Il était tellement paniqué qu'il n'arrivait même pas à chercher la réponse. Tout ce qui occupait son esprit, c'était sa famille qui était menacé.Après avoir retrouvé son calme, Pio décida de réfléchir sérieusement à cette énigme. Il n'avait rien demandé à personne, et encore moins de participer à un jeu aussi absurde. Mais il était là, c'était un fait. Et pour sauver sa famille, il devait réussir. « Je peux être un ennemi, mais aussi un allié », répétait l'archer à voix basse.

Puis, il commença à dire à voix haute des réponses : « Les idoles ! », « Le chaferfu ! », « Oh je sais, la tarte aux pruneaux de mamie ! ».

Mais rien ne se passait.Déjà trente minutes s'étaient écoulées, et Pio ne savait pas comment savoir s'il avait trouvé la bonne réponse. Puis, en perdant son regard dans la pièce, il tomba à nouveau sur la craie. Il l'attrapa avec ses doigts, et il écrivit '' Les idoles '' sur l'ardoise qui traînait elle aussi sur le sol poussiéreux. Soudain, un son sourd troua le silence : c'était une sorte d'alarme. Pio se releva, sentant le sol trembler. En regardant autour de lui, il vit les murs s'affaisser, laissant apparaître derrière eux de grandes baies vitrées. Derrière ces baies se trouvaient des monstres de toutes sortes : on y discernait des Boos, un Bulbig, des Vilinsekts, et même des monstres issus des Abysses de la baie de Sufokia. Autant dire, des créatures redoutables.

Pio, qui lui ne comprit pas ce qu'il s'était passé, était un peu perdu par tous ces événements. Cependant, le temps urgeait : déjà une heure s'était écoulée, et il n'avait toujours pas trouvé la réponse à l'énigme. Il écrivit donc à nouveau sur l'ardoise. : « Le chaferfu, je sens que c'est la bonne cette fois ! ». Le bruit se fit à nouveau entendre, et la baie qui entourait la pièce descendit de quelques centimètres. C'est là qu'il comprit la complexité du jeu : non seulement son temps de réflexion était limité, mais ses propositions l'étaient également. Parce que s'il devait affronter tous ces monstres en même temps, il savait d'avance que c'était peine perdue.

A partir de ce moment là, les minutes parurent une éternité. Pio, qui n'arrivait pas à se concentrer avec les monstres qui hurlaient de toute part, pensait à sa famille. Il était terrifié à l'idée de les perdre, sans pouvoir leur dire tout l'amour qu'il leur portait. De temps à autre, il écrivait une proposition sur l'ardoise, '' Les Coups Critiques '', se souvenant de son périple contre Ilyzaelle. Puis à nouveau, la baie qui retenait les créatures s'abaissait un peu plus, laissant passer les premiers Vilinsekts.

Pio tremblait. Il était terrifié, à bout de nerfs. Il était dans cette pièce depuis maintenant bientôt trois heures. Il avait froid, il avait faim. Les premières larmes commencèrent à couler sur ses joues. Il ne voulait pas mourir ici. Il ne voulait pas perdre sa femme, qui lui préparait chaque matin son fameux Bouftou au miel de la Ruche des Gloursons. Il ne voulait pas perdre sa fille, qui commençait tout juste à apprendre l'art du combat. Elle était moitié Crâ moitié Iop, elle avait donc le choix sur sa façon de combattre.

A la vue de toutes ces pensées, Pio s'effondra en larmes. Il n'avait plus la force de chercher. Le désespoir l'avait presque totalement gagné. « C'est donc là que je vais mourir, condamné avec une craie dans cette pièce, avec pour seuls compagnons les pires créature du monde et cette fumée vert Gloutovore ... ».

Soudain, une étincelle lui vînt ! « Vert Gloutovore, vert Gloutovore …Gloutovore … Mais bien sûr, le Gloutoblop !!! »

Ne restant que quelques minutes, il attrapa la craie et l'ardoise, et écrivit en tremblotant le mot, sûr de lui comme il ne l'avait jamais été. Dès qu'il retira la craie blanche, un tremblement, beaucoup plus intense, se fit sentir de tous les côtés. Les baies disparurent entièrement, laissant le champ libre aux monstres qui salivaient à la vue du jeune Crâ, et qui se ruèrent vers lui. « C'est la fin » se dit-il, fermant les yeux en pensant aux deux amours de sa vie, et regrettant ce jour maudit où il partit dans cette forêt infernale.

Il reprit son souffle. Il ouvrit les yeux. Il était devant la bâtisse, seul, allongé sur les racines. Pas un bruit autour de lui. Il ne savait pas s'il avait rêvé ou halluciné.Il y avait juste une phrase, écrite sur son bras gauche, dans sa chair ; « Tout le monde a une peur, celui qui dit qu'il n'en a pas, c'est qu'il ne la connaît pas encore ».
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« Papy, attends !
- Baisse-toi !
»

Vlad franchit la porte avec une souplesse que ne laissait pas présager la combinaison de son âge et du poids de sa passagère. Tout en se glissant derrière la personne debout devant lui, il se félicita d’avoir pensé à entretenir sa condition physique. La retraite n’avait jamais constitué pour lui une raison de se laisser aller et aujourd’hui, enfin, cet entêtement portait ses fruits.

Il déposa Maryse au sol puis se mit à fouiller méticuleusement les alentours du regard, à la recherche de la silhouette qu’il avait pourchassée jusqu’ici et qui se trouvait forcément dans la petite assemblée. Il n’avait pas eu le temps de voir correctement le visage du voleur qui lui avait dérobé sa besace et n’avait mémorisé que la couleur de ses vêtements. Vaguement. Était-ce bien un marron clair ? Ou un gris un peu sali ? Il secoua la tête, contrarié de ne pas réussir à se remémorer la scène. Ce n’était pas le moment de douter, comme lui rappela la petite main qui se logea dans la sienne. Le temps pressait : ils avaient un anniversaire à fêter.

Son regard accrocha un tableau dont la toile s’effilochait par endroits. La pénombre l’empêchait de distinguer nettement les traits de la personne représentée dessus. N’était-ce pas la bouchère de Brâkmar ? Le propriétaire des lieux avait des goûts bien étranges. Non loin du tableau, une étagère poussiéreuse exhibait ses bibelots en vilain état. Personne n’y prêtait attention. Vlad poursuivit son investigation visuelle en silence. Alors qu’il lui semblait finalement reconnaître le coupable et qu’il esquissait un pas dans sa direction, il fut interrompu par la forte contraction de la main de sa petite-fille dans la sienne.

« Papy. J’ai peur. Il fait trop noir… »


Abandonnant -temporairement- l’idée d’attraper son voleur, il s’accroupit pour mettre son visage au niveau de celui de Maryse.

« Ne t’en fais pas, ma pupuce. Il y a plein de monde ici, tu ne crains rien. Et regarde la petite bougie, là-bas. Tu vois, il y a toujours de la lumière quelque part. »

La petite acquiesça d’un hochement de la tête et se mit à sucer son pouce, dans un geste qui ramena le vieil homme plusieurs années en arrière, quand sa propre fille se rassurait de la même façon. Il ne put s’empêcher de sourire, d’un sourire empli de tendresse. Maryse avait hérité de sa mère par bien des aspects. Les immenses prunelles d’un marron clair, les pommettes rondes, les cheveux blonds comme les blés au soleil, le rire sonore : chaque instant passé avec elle, il lui semblait revivre les premières années d’Alyra.

« Ecoute-moi bien, Maryse. Papy va juste aller récupérer sa sacoche. Tu sais ce qu’elle contient, c’est très important. Après, promis, nous rentrerons à la maison et nous oublierons tout ça autour d’une bonne part de gâteau ! En attendant, tu vas rester sagement… là, regarde. »

Il lui prit la main pour l’emmener s’asseoir sur une chaise, à côté d’un grand homme à l’expression morose qui sentait le tabac à pipe. Pouvait-il laisser la petite à côté de lui ? Qui sait combien de temps elle allait l’attendre ainsi ? Vlad retira sa petite veste en poils de sanglier et en couvrit les épaules de la fillette.

« Tu n’auras pas froid, comme ça.
- Et toi, Papy ?
- Moi non plus, ne t’en fais pas. Je vais probablement devoir courir, ça sera mieux sans la veste.
»

Il lui fit un clin d’œil auquel elle répondit par un sourire et un bâillement. Avec un peu de chance, elle allait s’endormir et ne verrait pas le temps passer. Avec un peu de chance, il ne lui faudrait que quelques minutes pour retrouver le voleur et récupérer ses affaires. Alors ils rentreraient. Il s’éloigna pour se mêler au reste de l’assemblée, au moment où un homme ventru venait s’asseoir en face du grand morne.


Guidé par son flair, Vlad entreprit de faire le tour des convives rassemblés en ce lieu étrange. A deux reprises, il tapota sur l’épaule d’une silhouette encapuchonnée avant de s’excuser platement en croisant les regards interrogateurs d’une disciple du Grand Taquin et d’un frêle adepte d’Osamodas au visage dévoré par d’impressionnantes cernes. A l’instant où il se préparait à aborder une troisième personne, enveloppée dans une cape grise, une voix jaillit de nulle part, emplissant l’espace de ses intonations rauques. Une faiblesse ? Une peur ? L’affronter ? Une odyssée ? Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Alors que son cerveau faisait le lien avec les affiches qu’il avait vu accrochées un peu partout et que Vlad se mettait à pester intérieurement sur la milice locale qui n’avait encore pas assez surveillé les manifestations d’Halouine, un gaz se répandit dans la pièce, faisant suffoquer les invités.


Mû par ses réflexes d’ancien milicien, le vieil homme se couvrit immédiatement la bouche et le nez. Il aperçut une fervente du Molosse Noir qui faisait de même, ainsi qu’une ou deux autres personnes, tandis que certains s’effondraient déjà au sol. Les yeux agressés par les épaisses volutes qui imprégnaient la pièce, il fit volte-face. Rejoindre Maryse. Vite. Il manqua de trébucher sur le corps d’un grand Iop. Maryse. Se prit les pieds dans long tuyau qui gisait sur le sol avant de s’étaler copieusement. Maryse.

« Maryse ! »
 
Le gaz s’insinua dans sa bouche, sa gorge, ses poumons. Il n’en avait cure. Là-bas. Des chaises. Il rampa. Deux seulement. Impossible. Ce n’étaient pas les bonnes chaises… Y avait-il d’autres chaises ? Il ne parvenait pas à se rappeler. Pourquoi n’avait-il pas observé les lieux plus attentivement ? Le tableau ! Ou était le tableau ? L’étagère avec les bibelots ?

« Maryse ! »

La panique l’étouffait. Il n’aurait jamais dû la laisser seule. Autour de lui, des gémissements et des cris commençaient à s’élever. Il tâtonna. Croisa les yeux hagards d’une jeune femme qui heurta un mur de plein fouet la seconde suivante. Il se pencha sur elle, constata qu’elle était uniquement assommée, se redressa. Devant lui, le long du mur, une porte. La petite avait-elle pu aller par-là ? Il tourna la poignée. Rien. Scellée. Une impasse. L’inquiétude faisait bouillonner son sang. Un grand bruit de bois fracassé dans son dos lui indiqua que quelqu’un venait probablement de détruire un meuble. Etagère ? Chaise ? Toussant pour essayer de chasser l’air toxique de ses poumons, il s’éloigna de la source du bruit.



La soirée virait au cauchemar. Si ce satané voleur n’avait pas arraché sa sacoche... Ils seraient rentrés à temps pour l’anniversaire. Maryse et lui auraient surpris Alyra avec le… Il fronça les sourcils. Une infime fraction de seconde, il lui sembla que son esprit se troublait. Avec quoi ? Qu’avait-il commandé exactement pour Alyra ? Il l’avait sur le bout de la langue, dans un coin de sa tête. C’était là, quelque part… Mais à quoi pensait-il ? La petite ! C’était le plus important, il fallait qu’il se calme. Elle était dans la pièce. Elle était là. Forcément.

Il prit une inspiration un peu plus profonde. Le gaz ne semblait pas l’avoir affecté. Peut-être parce qu’il n’était pas décidé à jouer le jeu ? Toujours était-il qu’aucun monstre n’était apparu, aucune créature de cauchemar. Il ne se tapait pas la tête contre le sol, comme le disciple d’Osamodas qu’il avait pris pour son voleur un peu plus tôt. Tout allait bien. Il devait juste retrouver Maryse.

Sans cesser de l’appeler, il continua sa progression en longeant le mur, sa main ridée glissant contre le bois froid. Il lui sembla, l’espace d’un instant, entendre un bruit de verre brisé étouffé par la cloison. Une fenêtre ? Il n’en avait pas repéré dans la pièce. Ses doigts rencontrèrent bientôt un clou. Il tira dessus, appuya, sans résultat. Qu’espérait-il ? Un passage secret qui le ramènerait comme par miracle au dehors ? Qui lui permettrait de prétendre que rien n’était arrivé et que sa petite-fille et lui rentraient pour fêter… De nouveau, le trouble, tel une onde légère à la surface d’un lac. Une fête… Oui, certainement. Laquelle ? Cela avait-il une importance ? Envahi par une contrariété nouvelle, mêlée d’inquiétude, il secoua la tête, passa la main sur son crâne légèrement dégarni. Aucun doute, il allait avoir mérité du repos quand ils atteindraient la maison.

Ses yeux tombèrent soudain sur une zone de plancher à peine plus sombre que le bois alentour. Tout contre le mur. Une trappe ? Posant un genou au sol, il entreprit de la tâter délicatement. Chercha à la soulever. Elle vint, presque sans résistance, dévoilant quelques barreaux. Une échelle de bois s’enfonçait dans l’obscurité. La petite avait-elle pu passer par ici ? Ni une, ni deux, il entama sa descente. Ses articulations craquèrent un peu plus que d’ordinaire, le faisant grimacer. Bientôt, la faible lueur de la bougie au-dessus de lui disparut. Ne resta que le son de sa respiration. Rauque, accélérée par l’effort physique et l’angoisse. Chaque nouveau barreau franchi, il lui semblait que son esprit se troublait un peu plus. C’était sa faute s’ils étaient dans cette situation. Sa faute. S’il n’avait pas pris la décision de… Ses sourcils se froncèrent. Pourquoi étaient-ils rentrés dans cette maison ? Pourquoi ? Il avait beau réfléchir… Essayer. Les ondes à la surface ne cessaient de se creuser. Lutter. Il fallait lutter.

Absorbé par les creux et les vagues, il oublia. Oublia où il était. Manqua un barreau. Se rattrapa, in extremis tandis que son épaule gauche émettait un craquement désagréable. Le cœur battant dans une cage thoracique soudain trop étroite, il ferma les yeux. Le silence. Sa respiration. Et quelques notes de piano qui perçaient à travers le mur à sa droite. Si décalées en cet instant. Si tangibles dans cet endroit où il ne maîtrisait rien. Indispensables.

Il s’enroula autour de l’échelle.

Attendit que les battements dans sa poitrine s’apaisent.

Se concentra sur les notes.

Bientôt, elles se turent. Vlad tendit la main vers le barreau au-dessus de lui. Le bout n’était probablement plus très loin. Après tout, il grimpait depuis ce qui lui semblait déjà fort longtemps. Là-haut, c’était une lumière qui se rapprochait, il en était certain. Plus que quelques kamètres. Quelques centikamètres. Un dernier échelon.

Un bonbon le heurta en plein front. Alors qu’il s’extirpait de la trappe, une disciple de Feca passa devant lui en criant et en arrosant les environs de projectiles sucrés. Quelle folie s’était donc emparée d’elle ? Un peu plus loin, deux silhouettes au poil hirsute assises devant un tableau abîmé. Et là-bas, au milieu de la pièce, un grand homme fixait ses mains en silence. Quelques chaises étaient occupées par des personnes à l’air plus ou moins hébété. Il y avait même la silhouette osseuse d’un disciple de Sram roulée en boule sur le sol. La pièce était étrangement sombre. Une bougie, sous une cloche de verre, était déjà bien consumée. Quel était cet endroit où les gens semblaient perdre la raison ? Comment était-il arrivé ici ?



Une traction sur sa manche. Vlad baissa les yeux. Une petite fille l’observait, ses grands yeux marrons mouillés par des larmes probablement récentes. Il ouvrit la bouche, voulut parler. La surface de son esprit se rida de nouveau. Le visage parcheminé du vieil homme se plissa, signe du trouble intense qui l’envahissait. Ce regard levé vers lui était familier, familier à en crever. Et ces pommettes… Ces cheveux… Alors qu’il se penchait pour mieux l’observer, l’apparence de l’enfant se brouilla soudain.

« Attends ! Non ! »

Affolé, il plaça ses mains en coupe autour du petit visage, essayant de fixer ses traits fuyants. Il fallait qu’il la voit. Il la connaissait. Il était sur le point de la remettre. C’était sûr. Lutter. Il fallait lutter. Contre ces ondes qui l’empêchaient de retrouver… Retrouver quoi ? Que cherchait-il ? La petite silhouette floue trembla. Essayait-elle de lui dire quelque ?

« … py ? »

Qu’avait-elle dit ? Pourquoi ne répétait-elle pas ? Avait-il rêvé ? Ses mains descendirent sur les épaules de l’enfant, et il commença à la secouer. De plus en plus brusquement.

« Qui es-tu ? Parle ! Dis-moi ! »

Pour toute réponse, le flou qui nimbait la petite fille commença à s’attaquer à lui. Doigts. Poignets. Avant-bras. Bras. Epaules. Il lâcha prise, terrifié. Trop tard. Telle une infection, la chose, quoi qu’elle fut, continua à s’étendre. Cou. Mâchoire. Tête.

Dans un dernier sursaut de lucidité, il s’entendit crier.

« Vlad Judant ! Je m’appelle Vlad Judant ! Vlad Judant ! »

La seconde d’après, c’était le noir complet.




Il ne sut pas combien de temps il avait perdu connaissance. La première chose qu’il vit en ouvrant les yeux fut la touffe de cheveux blonds qui dépassait d’un grand manteau en laine de boufton noir, à quelques pas de lui, sous une chaise renversée. Il se précipita, grimaça en sentant une douleur lancinante dans son épaule gauche. La douleur devrait attendre. Il souleva un pan du vêtement. Maryse dormait à poings fermés, pouce à la bouche. Maryse… Vlad ne put retenir un sanglot, alors qu’il passait sa main dans la douce chevelure.

« Maryse. Maryse. Comment ai-je pu seulement… »

Plongée dans un ailleurs qui n’appartenait qu’à elle, elle ne l’entendit pas pleurer de longues minutes, le visage enfouit dans le manteau noir. Et même si elle l’avait entendu, aurait-elle pu comprendre ? Elle avait de longues années devant elle, encore…


Lorsque Vlad se reprit enfin et redressa la chaise pour s’y asseoir afin attendre le réveil de sa petite-fille, son regard tomba sur un disciple de Sram, de l’autre côté de la pièce. Le début de la soirée lui revint soudain en images brutes. Son sang ne fit qu’un tour. Tout était de sa faute.

« Ah je savais bien que vous étiez entré ici ! Attendez un peu que je vous rattrape, sale voleur ! ».

Il fallait absolument qu’il récupère le…
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Nymphia se réveilla en sursaut dans une parfaite obscurité. Elle se demanda tout d'abord où elle se trouvait, puis se remémora la voix rauque sans émotion qui lui avait titillé les oreilles. Elle avait dû sombrer dans le sommeil juste après.Elle se demanda si elle était seule et commença à s'inquiéter, mais de légers ronflements à peine perceptibles à sa gauche la rassurèrent un peu. Elle se releva, car elle était allongée sur un tas de paille humide, mais le regretta aussitôt: une douleur fulgurante la prit à l'arrière de la tête. Elle se demanda d'où venait cette douleur.A travers l'obscurité, Nymphia pu discerner les contours étroits d'un cachot abandonné. Rien ne lui revenait en mémoire d'autre que la voix désagréable qui l'avait poussée dans le sommeil.Elle se décida à réveiller les personnes autour d'elle, parvenant à discerner des corps étendus sur la paille. Il y'en avait six. Avec engourdissement elle marcha jusqu'à la personne la plus proche d'elle, et commença à la secouer.La jeune Osamodas ne daigna pas sortir de son sommeil. Nymphia soupira et s'en alla vers quelqu'un d'autre, mais trébucha sur un bout de bois. Elle le ramassa et avec une étincelle, le transforma en flambeau pour pouvoir visualiser plus distinctement la pièce où elle se trouvait. En tant que Huppermage, elle maîtrisait tous les éléments, notamment le feu.Elle comprit qu'elle et les six autres prisonniers étaient enfermés par une porte de fer. Aucune trappe ne semblait à portée de main. Soudain, un grésillement étrange se répandit dans la pièce. Cela réveilla aussitôt ses compagnons de prison. Ils se contemplèrent avec incompréhension, semblant tout aussi amnésiques qu'elle.« Nous sommes enfermés, n'est-ce pas, finit par demander un vieil homme en s'adressant à Nymphia. »La prénommée hocha la tête et leur raconta ce dont elle se souvenait avant de se réveiller ici. Après elle, le vieil homme qui était un Eliotrope, leur dit se souvenir d'une affiche placardée sur plusieurs tableaux d'affichages d'Astrub invitant les courageux à s'aventurer dans un manoir afin d'affronter leurs peurs.Il y eut un silence, que l'osamodas brisa en éclatant en sanglots.« Voyons, il ne faut pas se mettre dans des états pareils, la conforta le vieil Eliotrope. »La jeune Osamodas pleura plus fort, provoquant l'inquiétude générale. Alors, Nymphia s'avança à grands pas vers elle et la gifla d'un mouvement net. Les pleurs cessèrent immédiatement.Un Iop prit la parole:« Je pense qu'on devrait former une équipe. »Les prisonniers hochèrent la tête, attendant la suite.« Nous avons tous des capacités différentes, si nous nous lions, nous aurons plus d'atouts que nos ennemis. »Nymphia éclata de rire, et tous les regards se posèrent sur elle, alors elle cessa aussitôt et s'expliqua:« N'exagérons rien, je pense juste que c'est une blague dans le but de nous effrayer. Quelqu'un va venir nous ouvrir et nous rentrerons chez nous dans moins d'une heure, je vous le garantis. »A ces mots, des coups puissants frappèrent le mur juste derrière elle. Elle s'immobilisa. Ils devinrent de plus en plus proches au fur et à mesure qu'ils cognèrent les pierres. Au bout de quelques secondes, le mur se fendit, et des rats strubiens pénétrèrent dans le cachot, les yeux avides de cruauté. Ils s'immobilisèrent en ligne, juste derrière Nymphia. Les regards apeurés des prisonniers autour d'elle ne la rassurèrent pas. Contre toute attente, l'Iop se releva et brandit son épée, ce qui réveilla les rats. Tout le monde se mit au combat. Les rats se jetèrent sur les prisonniers qui s'entraidèrent. Au bout de quelques minutes, les rats furent bientôt tous anéantis. Nymphia acheva le dernier qui disparut sous un tas de cendres et laissa à la place une clé tout fine, dorée. Elle la ramassa et se retourna vers ses compagnons qui lui lancèrent des regards courroucés.Elle échappa un rire nerveux, mal à l'aise, et balbutia seulement :« OK, peut être que finalement ils ne viendront pas nous libérer dans une heure... »L'Iop lui prit la clé des mains qu'il inséra dans la serrure de la porte en fer. Celle-ci se déverrouilla aussitôt, l'Osamodas se précipitant la première dehors. Tout le monde félicita l'Iop. Nymphia sortit et se glissa en tête de l'équipe, un peu contrariée, le flambeau à la main pour éclairer les lieux. Une fois tous évadés du cachot, ils furent déçus. Celui-ci donnait sur un couloir qui semblait ne jamais s'arrêter.Ils n'avaient pas vraiment le choix de toutes façons. L'Iop ferma la marche et ils s'engagèrent dans le couloir étroit et sombre. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que quelqu'un les observait. Derrière les décorations lugubres toutes poussiéreuses, derrière les trous des murs où se glissaient des insectes, tout était organisé de façon à ce que le maître des lieux puisse suivre leur expérience jusqu'au bout. Il était satisfait de son petit jeu. Son petit-fils avait tellement d'imagination, c'est de lui que lui venait cette idée lugubre. « Dis-moi grand-père, ce serait pas trop bien de créer un manoir hanté avec des poupées monstres dedans? », ah, c'était certain, son petit-fils irait loin.Nymphia semblait sûre d'elle mais n'était pas rassurée du tout. Elle n'aimait pas le petit air supérieur que se donnait l'Iop. Mais pour qui se prenait-il? D'accord, elle s'était trompée, mais elle n'était pas stupide. Loin de là.Le couloir semblait s'enfoncer dans les profondeurs souterraines. On ne s'en rendait pas bien compte, mais on descendait, même si le trajet semblait aller tout droit. Au bout d'un moment de marche, la jeune Eniripsa poussa un cri, ce qui interrompit le rythme.« Qu'est-ce qu'il se passe? » lui demanda son compagnon Eniripsa qui était le plus proche d'elle.« Je... J'ai vu... Un fantôme... »L'Osamodas cria à son tour.« Moi aussi! Là! Il a traversé le mur! »Nymphia se tourna vers eux.« Pas d'inquiétude, les fantômes ne font pas de mal. »Cela ne rassura personne.L'Iop déclara: « Poursuivons le chemin, plus vite nous serons sortis d'ici, moins de fantômes croiseront nôtre route. »Des murmures d'approbation circulèrent et la petite troupe continua d'avancer. Au bout de quelques mètres seulement, le tunnel s'agrandit et déboucha sur ce qui s'identifiait à un labyrinthe.« On est foutus, déclara avec nonchalance l'Osamodas qui s'écroula sur le sol terreux. »Personne n'essaya de la raisonner, ils réfléchissaient tous à un moyen de sortir de là.Le maître s'en amusa aussitôt. A travers les yeux de son piou maléfique il admirait le découragement de ses victimes. Qu'est-ce que ce jeu était amusant. Lui qui avait peur de s'ennuyer le soir d'Halouine. Il n'avait que très peu d'amis, le pauvre. Les gens qu'il fréquentait n'étaient que des membres de sa famille, et encore, très peu avaient eu la chance d'apercevoir un fragment de son visage. Il vivait isolé et n'avait pas beaucoup d'occupations. Ce soir-là, il se sentit moins seul. Promis, il donnerait plus de cervelle de kwaks à son petit-fils.L'Iop déclara, sûr de lui:« Je propose qu'on se sépare. Si on forme deux groupes, on aura plus de chances de trouver la sortie. »Nymphia ne trouva pas son idée si extraordinaire que ça, mais tout le monde approuva à nouveau. Deux groupes se formèrent : L'Osamodas apeurée avec le couple d'Eniripsa et Nymphia, ainsi que le vieil Eliotrope, l'Iop, et le petit Ouginak qui était resté muet.Ils pénétrèrent dans le labyrinthe. Celui-ci était éclairé par endroits, mais personne ne savait par quoi. Nymphia se débarrassa de son flambeau qu'elle éteignit et posa à l'entrée du labyrinthe juste avant de partir. Fait de murs de pierres, on avait l'impression de se retrouver dans un jardin, une fois à l'intérieur. On ne voyait même plus le plafond couvert de toiles d'araignées, juste au-dessus. Le lierre semblait recouvrir tout l'espace. Il causait des effets d'optiques aussi. Nymphia frissonna en croyant voir passer un serpent entre les feuilles.Lorsqu'on parlait, un écho se produisait de telle sorte qu'on entendait ce qui se disait à une distance de dix mètres au moins. C'est de cette façon que les deux groupes espéraient communiquer. Les murs défilaient, ils étaient tous identiques, le labyrinthe semblait sans fin. Tantôt on se retrouvait face à un cul-de-sac, tantôt face à un chemin qui menait à un autre cul-de-sac. Nymphia avait l'impression de tourner en rond. Elle se demandait même si les murs ne se déplaçaient pas eux aussi, pour les perturber davantage.Au bout d'une heure, aucune nouvelle du groupe de l'Iop n'avait été perçue. L'Osamodas en profita pour s'affoler.« Ils ont été dévorés par des monstres.
  • N'importe quoi, rétorqua le jeune Eniripsa très peu rassuré.
  • Vous ne me croyez pas, mais c'est pourtant évident! pousuivit-elle. »
Nymphia se tourna vers l'Osamodas:« Il n'y a pas de monstres ici, c'est bien clair? »A ces mots, un rugissement éclata à quelques mètres d'eux.Nymphia soupira, agacée.« L'Iop essaie de nous faire peur, c'est tout. »L'Osamodas tremblait de la tête aux pieds.« Un Iop ne peut pas faire un bruit pareil, tremblota-t-elle. »Les deux Eniripsas se serrèrent dans leurs bras, inquiets. Nymphia roula des yeux.« D'accord, je... »Mais un second rugissement, plus proche encore, se fit entendre. Soudain, le sol se mit à trembler. Les deux Eniripsa se serrèrent plus forts encore, tandis que l'Osamodas resta pétrifiée sur elle-même. Nymphia regardait attentivement les murs. Comme elle s'en doutait, ils s'écartèrent les uns après les autres, comme pour laisser le danger les attraper plus vite. Son regard dériva sur les masses sombres qui se frayaient un chemin après que chaque mur se soit écarté pour laisser la place. Elles semblaient s'approcher dangereusement de leur petit groupe. Leurs sabots martelaient le sol avec une violence méconnue. Ils semblaient lustrés pour l'occasion. Des bouftous.Nymphia se précipita vers l'Osamodas pétrifiée.« Des bouftous! C'est des bouftous! T'es bien Osamodas, toi, non? Tu peux les arrêter! » criait-elle en la secouant de gauche à droite pour la faire réagir.Mais l'Osamodas restait immobile.« Toi seule peut les arrêter! Ce sont des bouftous! » répéta-t-elle avec espoir que l'Osamodas se réveille, en vain.Nymphia abandonna et se retourna pour lancer des incantations en vitesse. Cela atteignit quelques bouftous mais pas tous, ils arrivèrent de plus en plus vite. Le jeune Eniripsa l'aida tant bien que mal à ralentir les bêtes sauvages, mais il n'avait évidemment pas les capacités pour. Sa compagne Eniripsa se cachait derrière l'Osamodas et tentait de la faire réagir. La jeune fille avait une peur dingue des bouftous, relatant un lointain souvenir d'enfance avec ces créatures sauvages. Mais l'Osamodas restait de marbre.Tout à coup, une bête sortie de nulle part sauta par-dessus un mur et attrapa la petite eniripsa qui poussa un cri d'horreur. Celle-ci se débattit tant bien que mal, et son appel à l'aide fit réagir son compagnon qui se battait à quelques mètres seulement. Ils eurent une fraction de seconde pour échanger un regard de terreur avant que le bouftou ne disparaisse comme il était apparu, sa proie entre les crocs. Ce fut le déclic. L'Osamodas sortit de sa stupeur et lança une incantation qui apaisa aussitôt les bêtes enragées. Elles disparurent derrière les murs qui se refermèrent et se remirent à leur place.On aurait pu penser qu'il ne s'était rien produit si la petite Eniripsa n'avait pas été enlevée.Nymphia n'eut pas le temps de gronder l'Osamodas que le jeune Eniripsa se précipita sur elle pour l'étrangler. Elle les sépara aussitôt.« L'étrangler ne servirait à rien. »Ce qui sembla ramener le garçon à la raison. Avec déception, ils poursuivirent leur chemin. A un tournant de mur, ils trouvèrent immédiatement la sortie. Une porte était coincée entre deux murs juste en face d'eux. Nymphia pressa la poignée, la porte était déverrouillée. Elle entra et ses compagnons la suivirent, ne trouvant pas d'autre issue. L'autre groupe était déjà à l'intérieur de la salle. L'Eniripsa se précipita dans les bras réconfortants du vieil eliotrope, qui comprit immédiatement.L'Iop fronça les sourcils:« Il manque quelqu'un? Que s'est-il passé? »Nymphia répondit aussitôt:« Une attaque de bouftous enragés.- Les bouftous sont adorables, la contredit-il.- Pas ceux sur lesquels nous sommes tombés, s'énerva-t-elle. »L'Iop se tut et observa la pièce où ils se trouvaient. Elle ressemblait un peu à leur cachot de départ, en plus aménagé.Sortie de nulle part, une voix envahi la pièce:« Vous arrivez bientôt au terme de votre séjour, mes chers amis. »Les aventuriers s'interrogèrent du regard, ne comprenant pas qui parlait. C'était le maître de cérémonie.« Ne cherchez pas, je suis juste une voix qui parle à travers ce micro-ondes. »A ces mots, un éclair de lumière jaillit de ce qui semblait être une petite table basse, sur laquelle était posée un micro-ondes qui était effectivement la source de lumière.« C'est absurde, murmura Nymphia. »L'Iop la fusilla du regard et elle se tut.« J'espère que vous avez passé une excellente soirée. Moi je me suis bien amus...- Rendez-moi ma compagne ! »Tous se tournèrent vers l'Eniripsa qui martelait de coups de poings le micro-ondes. Le vieil Eliotrope s'approcha de lui et l'éloigna de son bouc-émissaire.« Vous voulez récupérer la petite Eniripsa?, poursuivit la voix. Très bien. Dans ce cas vous abandonnez la récompense promise. Je vous laisse dix secondes pour réfléchir. »Ils échangèrent rapidement un regard pour confirmer leur choix avant que l'Iop réponde:« On veut sauver la petite Eniripsa! - Non ! se scandalisa l'ouginak qui était resté dans l'ombre jusqu'à présent. »Nymphia en avait oublié sa présence.« Je suis venu dans cette foutue maison hantée pour la récompense, alors je veux la récompense, s'écria-t-il sûr de lui. »Nymphia voulut lui régler son compte mais le vieil Eliotrope lui fit signe qu'il contrôlait la situation.Il se détacha du petit Eniripsa et attrapa l'Ouginak qu'il fit passer dans un portail temporel. Le concerné disparut aussitôt.« Bon, alors vous choisissez ou bien ? s'impatienta la voix.- On sauve la petite !- D'acc...Oh flûte, mon horloge ! Je savais qu'il fallait que je la change, marmonna la voix sans prêter attention aux aventuriers. »Nymphia et l'Iop échangèrent un regard suspicieux.« Qu'est-ce que vous trafiquez ? demanda-t-elle.Mais elle entendit seulement la voix du maître qui devenait de moins en moins audible :« Quelle machine de pacotille, la prochaine fois j'irais demander à un gobel... »Ding Dong.Nymphia se leva de son lit avec regrets. Elle avait l'impression d'avoir dormi mille ans. Elle ne regarda même pas son réveil, chaussa ses pantoufles en laine de bouftou et alla d'un pas nonchalant à la porte de sa maisonnette. Elle ouvrit et remarqua qu'il faisait nuit. Cela l'intrigua un peu. Depuis quand dormait-elle? Des enfants déguisés se tenaient devant sa porte.« Des bonbons ou un sort! sourièrent-ils en sortant les crocs. »Elle piocha sur son buffet quelques caramels qu'elle leur tendit machinalement.- Merci m'dame! »Et ils s'éloignèrent pour sonner à la maisonnette d'en face. Nymphia en resta abasourdie. Elle avait oublié que c'était le soir d'Halouine. Comment était-ce possible? Elle qui ne manquait jamais une occasion de terroriser les enfants d'Astrub. 
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Score : 1

Tout à coup, le jeune Faltorm, simple jeunot de la famille Crokus, fut pris d'une angoisse sans nom. Il se rua sans perdre un instant vers la porte, qui était apparement scellé. De toutes ses forces il tira, et d'elles mêmes, il se vida. Paniqué, il hurla à l'aide, car ce n'était pas lui qui allait faire tout le boulot !
S'étonnant de l'absence totale de réponse, il voulus posé son regard sur le groupe qui l'accompagnait, c'est alors qu'il s'aperçus que toute la pièce était changé. 
"Comment es-ce possible" s'exclama le moins que rien, toute l'immense pièce c'était changé, pour se transformer en une grotte gigantesque, de la taille d'une cathédrale.
Son seul chemin était un long pont de pierre, orné de minerais renfermant une couleur de feu et de sang. Il était seul, la brume entièrement disparus, comme son courage. Malgré ses mains resté sur l'envi d'ouvrir la maudite porte, cette dernière ne put s'empêcher de se carapaté. Il jeta désespérément un coup d'oeil sur la profondeur de l'édifice, et ce qu'il vit le pétrifia. Un vide sans fin, une impasse, un barrage divin empêchant tout espoir de se réalisé : un gouffre interminable. Essayant de reprendre ses esprits, il lui vint une idée stupide, jeter un cailloux qui trainait pour espérer entre un fond. Et il attendit cinq, dix, quarante seconde. Rien. Pas un bruit de vent, pas un son ni même un souffle.
Faltorm se décida de toucher l'un de ces cristaux si étranges. Au simple contact, une voix lui empoisonna l'esprit, lui tourmenta son regard et lui pourris son haleine :

"La voix est close, le voyage se termine

Cette phrase, ces paroles résonnèrent encore et encore dans sa tête, sans arrêt, sans coupure, la même intonation, le même rythme et la même terreur. Faltorm y vit sa fin, une fin triste sans rien, le néant a part lui même et cette voix. Elle qui se répétait encore et encore, sans arrêt. Mais le pathétique ne se laissa pas abattre, il pris le peu de courage qu'il lui restait, entama son long, très long voyage sur ceux pont de pierre. A chaque pas qu'il faisait, la voix s'intensifiait, a chaque souffle qu'il poussait, la voix le tourmentait et à chaque pet qu'il faisait, le voix n'y pensait pas.

Après deux jours de marche sans fin, Faltorm abandonna. Fou et épuisé il commençait a voir dans son unique compagnon, une certaine sympathie. Pour la première fois, il la trouvait plus amicale, plus respectueuse, alors qu'il n'en était rien. Etonnamment, il y vit une force, un derniers symbole pour se battre, et espérer ressortir de ce maléfice. Ainsi miraculeusement sa soif et sa faim furent calmés, sa fatigue apaisé et ses dents brossés. Tel un anneau unique, il écoutait la voix dans sa tête le rongé petit à petit, quand un détail sur sa route l'intrigua. Malgré sa lourde folie, il arriva a discerné quelque chose de nouveau dans le paysage. Un minerais, seulement pas rouge vif, débordant de haine et de peur de malheureux, nan un minerais d'un bleu profond, et d'une lumière spectaculaire. Cette pierre miroitait sur son chemin comme le enfant qui laisserait des cailloux blancs pour retrouvé son chemin. De toute ses forces il courut vers ce bijoux a allure magique, seulement plus il s'approchait, plus la babiole s'éloignait, plus sa lumière s'apaisait, et plus sa couleur se masquait. Jusqu'a ne redevenir que poussière. 
Voilas un mois entiers que Faltorm marchait, toujours accompagné de sa voix, la folie l'avait entièrement rongé. Maintenant il discutait facilement, parlait au pierre mais surtout à Nomekop, un esprit joueur qu'il avait inventé, qu'il animait avec une morceau de ses souliers, et un morceau de sa tunique. Ou encore Edasse la brute qui le forçait a avancé plus loin. Sa famille s'agrandissait de jour en jour, et ses vêtement eux se faisaient de plus en plus rare, quand soudain, après plusieurs mois de tourments, de tortures de folies et de marches, ses jambes ne voulaient plus marché. Elle était rongé par la faim la soif, et pas assez oxygéné. Faltorm malgré ses douleurs restait confiant et se laissa guidé encore par la voix. Quand il entrevus de nouveau cette pierre bleu, qu'il avait vus il y a fort longtemps. Elle était à porté de main, même un tofu aurait pus l'avoir se dit-il, en hurlant par dessus la voix. Et une fois de plus a peine au contact, il fut comme transporté la ou il était il y a de cela huit mois auparavant. 

C'est dans un brusque réveil, qu'il s'aperçut que sa voix qu'il avait porté depuis huit mois entiers avait disparus, et au lieu de se sentir libre, la phrase, les mots que la maudite prononçait lui manquait cruellement. Un grand gaillard du groupe tentant de résonné le fébrile au sol, qui s'était bêtement assommé, en se cognat contre une des armoire de la pièce.
"Ou est-elle, ou est ma poète, m'a t-elle abandonné ? Et qui êtes vous et qu'en avait vous fait !" Hurla le fou tourmenté au reste du groupe. Sans attendre, le grand costaud qui voulait l'aidé répondus simplement :
"De quoi tu parle l'ami, tu t'ai juste cogn..." Sans même pouvoir finir sa phrase, Faltorm brandit son épée, et d'un coup spectaculaire, trancha la brute et réveilla ,en lui, une colère que même la déesse Éniripsa n'aurait pas pus calmé. Guidé par la colère, lui massacra un a un les membres de son groupe, et ce fut sans pitié que par ce soir, la maison du vieux Guildou, qui avait lui aussi perdu la tête, que le groupe de plombier qui était en charge de sa maison fut décimé. 
Le tour du propriétaire arriva, et très vite Faltorm avait annihiler toute présence humaine de la maison. Rongé par sa folie tant meurtrière que psychologique, il déchira ses vêtements, qui n'avaient pas vieillis, et enfila le peu qu'il trouva, un vieux sac de pomme de terre vide, dont il peignit dessus des vide, et un sourire profond. 

C'est à cette nuit la, que le terrible Bandit fine lame naquis, et de sa malédiction que l'on nomma : l'errance de l'armoire.

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Score : 17

Il s’était moqué de moi… Du début à la fin… Avait préparé son coup des jours à l’avance… Et me tenait à sa merci, impuissant… Il avait été meilleur… Le match n’avait même pas eu lieu…Pour ceux qui arriveraient en cours de route, l’histoire avait débuté la veille du jour des morts, le 30 Octolliard, à Astrub. Je me rendais annoncer à Kerubim que je n’irais pas cette année encore, insérer mon doigt dans l’œil de Luis pour qu’il m’offre de délicieux petits Shigekaxs. Et pour cause, cette année pas de chichis, le 31 c’est beuverie (avec les collègues). Cependant, après avoir débarqué dans la cité grâce au portail Zaap, je rencontrais quelque chose de plus intéressant encore que ces bretteurs qui ne cessent de gesticuler et de pavaner leurs anneaux plus chers que la couronne d’Allister en hurlant : Une affiche plus attractive encore que Mériana elle-même. Elle invitait les aventuriers les plus courageux à affronter leurs peurs en restant enfermés toute la nuit du 31 dans une maison hantée. Une récompense serait remise aux plus méritants…Je me dirigeais donc en Madrestam pour récupérer Marty et Bob, respectivement disciples d’Ecaflip et d’Enutrof, les collègues biggrin. Ils acceptaient pressés, mais un peu déçus quand même de laisser Mesmer le pandawa seul à la beuverie du lendemain. « Rendez-vous 20 heures messieurs » m’empressais-je de déclarer.Le lendemain 20h30, nous nous empressions de revêtir nos plus beaux Obvijevans avant de partir empocher la récompense (Et oui 20h30 : Ne jamais arriver à l’heure à une soirée). Nous fûmes bien tristes de reconnaitre une bâtisse atrocement étroite, et aussi endommagée que le bateau du Chouque. Elle était bien là, perdue au milieu d’une forêt mal famée, éclairée par la seule lueur de la pleine lune qui rasait la cime des arbres. Personne devant, mais des portes entrebâillées laissaient apparaitre à l’intérieur une lumière chaude et intense (Comme moi héhé). Nous rentrâmes sans aucune craintes, nous n’avions jamais connu la défaite.Un Intérieur à l’image de l’extérieur : décevant. S. Pazzla n’aurait pas accepté un tel bien dans son émission. Des trous de sousouris aux quatre coins de la pièce, des tapisseries déchirées, une tuyauterie défaillante. Le musée des horreurs, sans parler des 3 demoiselles qui accompagnaient un groupe d’Ouginaks et qui étaient assis à l’autre bout de la pièce, sur une banquette aussi délabrée que l’ensemble du manoir. Plusieurs aventuriers étaient présents, décidemment impatients de perdre contre moi, il faut dire, que la défaite, je ne connais pas.Je comptais donc tous ces petits futurs perdants, 12. J’allais vérifier dans l’autre salle à l’autre bout du couloir, les toilettes, que je trouvais fermés. 13, il y avait donc 13 futurs vaincus, car oui, je l’avais compris, il n’en resterait qu’un. De retour dans le salon, j’entendais des bruits de pas lourds venant de l’extérieur, un dernier preux chevalier iop, qui avait oublié le changement d’heures, mais qui serait là pour en découdre. 14 ca ferait donc 14 partisans de la défaite.Dès son entrée dans la salle, les portes se refermèrent dans un grand bruit de claquement. Soudain une brume épaisse enveloppa la pièce dans une odeur de caramel, elle était accompagnée d’une voix semblant sortir des murs. Elle se prêtait à nous rappeler que nous nourrissions tous une peur que nous cachions. C’est tout ce que je retenais, étant allongé au sol à cause du gaz anesthésiant qui venait de se répandre un peu partout depuis les trous dans la tuyauterie. TOUT EST DEVENU FLOUUUUUUUUUUUU.Mon réveil fut brutal étant causé par les ronflements de Bob le sourd jute à côté de mes oreilles. Me réveillant seul, je prenais presque une frayeur en voyant à l’autre bout de la pièce un homme de deux mètres au moins et large comme 6 fois l’homme ours tapis dans l’ombre le visage caché par la noirceur des lieux qui tout d’un coup étaient devenus grands comme trois fois Bonta.La pièce ressemblait désormais à un bar, en bien meilleur état qu’avant mon sommeil profond, mais avait conservé l’architecture de la bâtisse, le petit salon, le long couloir étroit et des trous de sousouris. Je réveillais Marty, puis Bob, et les emmenait aux toilettes pour élaborer un plan. Je trouvais les toilettes vides. Le grand gaillard devait donc en être l’occupant au moment où le gaz s’est dispersé dans la pièce froide. A notre retour dans le salon, les règles de la soirée étaient affichées, pas de meurtres/d’objets contondants/de nourriture extérieure, celui qui boirait le plus de pintes avant le levé du jour se verra remettre le prix annexe et celui qui vaincrait sa plus grande peur durant le séjour dans la maison aurait le premier prix. Les participants s’empressaient de démarrer leurs dépenses auprès du vieux barman Eliotrope pour gagner le prix annexe.Je ressentais une sensation étrange. Comme un manque de magie. Bob avait pris les instructions à la lettre et partait effectuer les deux challenges simultanément : boire le plus de pintes et vaincre sa plus grande peur qui est de voir son verre vide. Marty, lui, commençait à expulser le iop du manoir, en le défiant aux dés. Marty lui donnerait son Dofus Kalyptus s’il perdait, mais si Marty gagnait le iop devrait sortir immédiatement. Le iop perdait et demandait au barman une potion de rappel pour sortir, sous les insultes de Marty qui a l’alcool mauvais.Je continuais mes comptes en tant que bon stratège. 16, 16 participants dont 13 perdants et peut être 14 si Bob ne réussissait pas à éviter le coma éthylique. Marty me proposait d’expulser aux dés un par un les participants, mais la magie étant interdite, je ne voulais pas prendre de risques la chance Ecaflip aurait pu être considérée comme telle.Soudain, dans la pièce principale, le salon, une musique sortit des murs. «SOUS LE VEEEEEENT » suivi de «C’EST COMME SI J’AVAIS PRIS LA MEEEEEEEEEEEEEEEER». Etant disciple de Sram, la musique du diable ne me dérangeait guère, de même pour Bob, qui lui, ne l’entendait pas, mais Marty faillit d’y rester. Il s’empressait d’invoquer Tic et Tac ses deux chatons pour couvrir ses oreilles à l’aide de coussinets. Ce qui lui valut les moqueries de deux Ouginaks à l’autre bout de la pièce à qui je m’empressais de faire les poches sous invisibilité décidement pas considérée comme de la magie. Le grand costaud n’avait pas bronché d’un centimètre et Marty sous les méfaits de la bière d’Amakna le défiait sans mon autorisation aux dés. Celui qui perdrait devrait quitter le manoir. 22 heures 30 sonnent et les dés déclarent Marty perdant. Celui avec qui j’avais fait les 400 coups devait s’en aller. Il n’avait plus de Magie me disait-il et réconfortait Bob qui hurlait à la mort après avoir appris le départ de la villa de son ami.Je me retrouvais donc seul avec Bob qui ne marchait plus droit et 12 perdants mais seulement 14 joueurs après le départ de Marty. Lorsque je tournais la tête vers l’énergumène qui venait de faire expulser le collègue Ecaflip, personne, il n’était plus là. Il restait de la brume au sol, là où il se trouvait. Je le pensais donc une nouvelle fois aux toilettes mais il n’y était pas. A mon retour dans le salon, et après avoir traversé le couloir le plus effrayant de ma carrière de baroudeur, je trouvais Bob allongé sur le comptoir, le Xélor qui plus tôt dans la soirée m’avait proposé du punch était assis à côté de lui. (TOUJOURS refuser du punch en fiesta). Je n’avais plus le temps, le type louche se baladait dans le manoir et représentait une menace. Il n’avait rien bu. Il jouait la victoire. Je prenais le collègue Enutrof sur mes épaules et l’emmenais dans une chambre secrète que j’avais découvert derrière une porte dérobée. Je l’allongeais sur le lit et repartais en direction du salon pour continuer mon périple.Le Xélor n’était plus là. Ainsi que les deux Ouginaks et leurs affreuses compagnes. Les toilettes étaient fermés. Le grand costaud devait y être. 8, nous ne devions plus être que 8. Bob, Moi, le type louche et des ivrognes concentrés dans leur quête du coma éthylique. La partie était jouée d’avance. Du 1 versus 1 entre lui et moi.Je retournais prendre des nouvelles de Bob complètement assoupi qui tenait dans sa main un morceau de papier sur lequel était écrit le chiffre 3 en lettres de sang. Je commençais à douter… Quelqu’un était venu voir mon ami sans défenses et m’avait clairement lancé un avertissement. Mais ce chiffre 3 pourquoi ? Je sentais mes émotions s’entremêler, la peur, la panique… Je compris ce que voulait dire le chiffre … Je retournais donc en courant dans la pièce principale que je trouvais vide. Elle avait retrouvé l’apparence qu’elle avait lors de mon entrée dans le manoir. Vieille, sale, délabrée. Mon hypothèse était juste… 3, c’est le nombre de personnes qui restaient dans la maison. Bob… Moi… Et… la personne qui venait juste de poser une main sur mon épaule. Je partais en courant face à moi échappant à ce monstre sortant tout droit des entrailles de l’enfer, voulant rejoindre Bob. La porte de la chambre secrète n’était plus là, et des éclats de rire provenaient du fond du couloir plongé dans une pénombre aussi profonde que les abysses Sufokiennes. Plus de magie. Impossible pour moi de lancer la moindre attaque, le moindre sort. Je plongeais donc dans l’obscurité du couloir du manoir perdu aux fins fonds de la forêt. Seul, et désespéré. Tout cela n’était qu’une illusion. Il tirait les ficelles depuis le début.Lancé à toute allure, je sentis une douleur atroce. Il avait sectionné mes jambes. J’entendais Bob crier… Je ne pouvais pas l’aider… je subissais ma première défaite. M’accrochant au peu d’espoir qu’il me restait je rampais dans le salon et m’asseyait sur une chaise, attendant mon adversaire. C’est d’abord un bruit de bois qui vint annihiler le silence angoissant qui régnait dans la salle. Puis un bruit de pièces, et enfin un bruit sourd. Il avait jeté à mes pieds, une baguette Rikiki, le havre sac de Bob, et un manuel de sorts Sram. Tout me semblait plus clair désormais.
 Il s’était moqué de moi… Du début à la fin… Avait préparé son coup des jours à l’avance… Et me tenait à sa merci, impuissant… Il avait été meilleur… Le match n’avait même pas eu lieu… Il n’y avait jamais eu personne dans ces toilettes. Seulement un Sram rendu aussi petit qu’invisible grâce à la baguette, qui passait au-dessous de la porte située à une dizaine de centimètres du sol. Le Xélor avait été payé grâce à des Kamas dérobés à Bob pour l’empoisonner, cette immense silhouette n’était autre qu’un double, ce manoir, lui même n’était qu’une ancienne bâtisse vide, dans laquelle rien ne se trouvait. Il m’avait manipulé dès mon entrée dans la forêt grâce à des potions d’alchismiste très puissantes.Il en venait au but, amenait sa marionnette à pas lents depuis le couloir noir comme la nuit. Il l’approcha jusqu’à moi la laissant me dévoiler trois Dofus primordiaux. Il était le détenteur de trois Dofus primordiaux, comme moi. Alors une voix sortit des murs comme au début de l’aventure, cette fois ci une voix lente et douce. « Je n’ai nul besoin de pouvoir. Je n’avais nul besoin de cette mise en scène pour te ramener à la raison. Ton arrogance a pris le dessus sur ta personne. Je vais maintenant confisquer tes œufs de dragons et les restituer à leurs gardiens légitimes. Tu n’en es pas digne. Jamais tu n’as douté de tes capacités à remporter ce jeu. Un héros, lui, sait envisager le pire pour apprécier le meilleur. Mes stratagèmes étaient simples, pourtant, aveuglé par la confiance, tu n’as jamais hésité.. Je n’ai pas besoin de tes œufs, mais je ne peux pas les laisser entre tes mains. Tu n’as même pas su t’en servir quand je dérobais ta magie. Je vais laisser mon ami prendre une décision sur ton sort. »Minuit sonnent alors, tandis que Halouine entre dans la pièce rieur, les dés de Marty accrochés sur les dents de sa fourche.
 

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