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[Solo] Mille visages

Par Aerwine - ANCIEN ABONNÉ - 28 Octobre 2019 - 14:53:43
Mille visages

I


La chevalière de l'Ombre
    [Pour ceux qui souhaitent commenter celà se passe Ici ]
 
Milice de Bonta


Une nuit particulièrement froide de Novamaire 633.


Deux gardes assurent le service de nuit.
Rien de particulièrement marquant à signaler.
Quelques menues tentatives d'arnaque,
Quelques ventes à la criée en des lieux prohibés, des rixes à la Chopenbois.

Bref.

Un soir tout ce qu'il y a de plus banal.

La Cité Blanche est cependant un peu plus animée depuis cette année en raison de la brusque réhausse des tensions avec la Pourpre et le succès des maisons roses sous couverture de simples boutiques de quartier. En bref, d'autant plus d'aventuriers pleins d'ardeur guerrière à gérer tant bien que mal. D'autant plus de vin chaud pour calmer les nerfs entre deux interventions.

La dernière en date est l'arrestation d'un jeune homme alors qu'il semblait vouloir refaire l'Aurore Pourpre dans sa chambre de bonne en massacrant son mobilier à coups de dagues de boisaille, au grand malheur du voisinage.

On ne peut pas vraiment dire qu'il a le profil du délinquant moyen à en juger par sa tenue tirée à quatre épingles et son odeur témoignant d'une toilette soignée.
Qu'est-ce qui a bien pu pousser un jeune homme visuellement si distingué dans une telle rage ?
Cette question laisse les deux gardes perplexes.

"Tous les jeunes hommes de son âge sont partis combattre.
Et pourtant lui il est là.
C'est un truc qui me dépasse ça tu vois.
Ses copains sont tous conscients de la menace,
ils rêvent tous aventures et épopées comme nous au même âge.
Nous les vieux on peut du coup un peu se moquer d'eux car on a la bouteille, tu vois.
Mais lui il préfère faire la bringue sapé comme ceux d'un certain bord clairement pas indispensables à cette génération. Merde quoi on a besoin d'hommes forts de nos jours.
Pas ce genre de fille manquée qui n'a rien de bon à apporter à la Cité à part un peu plus de débauche !
Non franchement, tu m'expliques ?"


_C'est pas aussi simple que ça.

_Si tu me sors que c'est un vampyre au passé torturé possédé par un Shushu qui veut venger ses parents c'est le troisième cette semaine.

_Non heureusement car je commence un peu à m'en lasser je dois dire.
Lui c'est le petit prodige en costumagie du maître Mascherato, tu te rappelles ?
Le tailleur. Celui qui a retouché nos uniformes pour la parade d'Aperirel.

_Ah ouais attends..
 Ce type il a fait de sacrés miracles sur le miens pour y faire rentrer mon bide. Faut dire,
la dernière fois que j'ai porté ce truc c'était il y a plus de trente ans !

_Tu parlais de ses copains. Mes fesses oui.
Quand il a voulu intégrer leur guilde pour partir avec eux ils l'ont rembarré car le jugeaient inapte.
Et quand il s'est présenté à d'autres guildes du même genre à chaque fois il s'est fait envoyer paître.
Donc je peux concevoir qu'il l'ait un peu eue mauvaise.
Puis aussi doué qu'il puisse être on peut pas dire qu'un type qui fabrique des costumes ça soit très utile sur un champ de bataille. Et Jiva sait qu'il est doué !
Tu devrais voir le réalisme des masques qu'il arrive à fabriquer !

_Si tu le dis. Mais bon, quand on va le relâcher il va faire quoi ?
Si on le laisse se tirer comme ça, dans une ambiance comme celle qu'on vit aujourd'hui..
je lui donne pas dix minutes avant de se faire pourrir avec ses airs de fillotte.

_Il a dit qu'il voulait quitter la ville. Pour aller où, ça je n'en sais rien.
T'as vu plutôt juste, il en a marre qu'on le regarde comme si on voulait qu'il culpabilise encore plus de ne pas avoir un profil guerrier. 

_Me dis pas qu'il compte aller se battre tout seul ?

_Que veux-tu, on a pas un boulot qui nous fait voir du rose tous les jours.
S'il quitte la ville ça ne nous concerne plus. Bon allez je vais lui dire de se casser.
Pendant ce temps-là tu peux dire à cette feignasse de Khyrra de me monter un vin chaud ?
Et dire aux autres de ne plus en commander aux bworks de la Tabasse.
Le leur c'est de la pisse.


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Deux semaines plus tard, à la frontière séparant les plaines de Cania des landes de Sidimote.



Une jeune femme en armes et armure du nom de Grisette parcourt la campagne sur le dos de sa dragodinde rousse. Dans un an ce sera un grand jour pour elle: le jour de ses vingt ans, elle sera adoubée chevalier.
Elle attend ce moment depuis ses dix ans. Ce moment où on la juge digne d'intégrer les ordres,
Elle le fruit de l'adultère entre une fille de ferme et son seigneur, un homme lui-même chevalier ayant nommé ses terres "Andora".

Marié de force, il décide un jour d'assumer son véritable amour quitte à affronter tous ses semblables.
Celà lui coûte la déchéance de son blason et l'effacement des archives.Bien qu'il ait fini par faire le deuil de cette ancienne vie d'honneur et de vertu pour se consacrer à ceux qu'il aimait vraiment, depuis toute petite sa fille avait perçu la tristesse en son regard lorsqu'il lui comptait ses exploits chaque soir pour l'endormir.

Très tôt elle s'était confrontée à l'hilarité générale devant l'idée d'une fille chevalier.
Très tôt elle était entrée en cachette dans les salles d'entraînement de la chevalerie Bontarienne pour observer et reproduire les mouvements des initiés.
Ainsi très tôt elle avait développé un véritable talent pour la science des armes et une grande sensibilité aux codes d'honneur. Ainsi elle ne répondait jamais aux multiples moqueries et provocations, prenait sur elle sans jamais montrer la moindre émotion.

Elle ne songeait qu'au jour où elle ferait face aux mêmes qui avaient pris le blason et l'honneur de sa famille, pour se les voir restituer. Elle ne songeait qu'à accomplir son rêve.


Alors qu'elle laisse sa monture brouter à la frontière de Cania, cette dernière croit mordre dans une généreuse touffe d'herbe se retrouve avec la bouche pleine de cheveux.

"Douze tous puissants ! Il y a quelqu'un dans l'herbe !"

Aussitôt elle descend de selle pour identifier celui qu'elle a involontairement privé d'une partie de son patrimoine capillaire:il s'agit du jeune costumage !

"Il respire ! Mon dieu ce qu'il a l'air faible, il n'a pas du manger depuis au moins une semaine.
Et si j'en juge par sa tenue il vient de la Cité Blanche...
Mais que fait-il si loin avec juste un sac et une dague ?!"


La jeune femme le hisse sur la croupe de la dragodinde et continue sa route jusqu'à son foyer à une heure de route plus au nord. Une très modeste chaumière constituée d'une pièce principale une chambre, un grenier et une petite étable. Entourée de champs permettant à la chevalière d'être autonome en nourriture mais aussi d'y entreposer des dispositifs d'entraînement tels que des cibles, des épouvantails ou encore des quintaines, elle a tout du refuge de l'apprenti voulant profiter de l'isolement pour se perfectionner tout en entretenant sa foi. Déposant le jeune homme sur un fauteuil en bouftou près de la cheminée, elle y allume un feu pour le réchauffer et commence à l'examiner.

"Oui c'est bien ce que je pensais. Il n'est pas blessé mais il est affamé.
Un miracle qu'il n'ait pas fait de mauvaise rencontre dans un endroit pareil"


Environ une heure plus tard il finit par reprendre connaissance, et Grisette lui raconte qui elle est et comment elle l'a trouvé.

"Et toi ? Qui es-tu ? Que faisais-tu si loin de la Blanche sans équipement"

_Tu es courageuse, et tu dois être forte pour avoir réussi y à trouver ta place.
Moi je suis là car j'en avais marre qu'on me jette de partout car on me jugeait trop faible,
alors j'ai décidé que j'irais seul.

_Effectivement, tu es faible. Très faible même. Mais tu sais pourquoi ?

_Heu... car j'ai pas de force ?

Non. ce n'est pas parce que tu manques de force physique ou d'expérience,
mais bien parce que tu as baissé les bras !
Regardes-moi.
Plus faible que toi encore je me disais déjà que j'y arriverais.
Et est-ce que j'ai l'air d'un Iop monté comme un Le Ours qui peut raser une taverne
rien qu'en rotant après avoir vidé sa chope ?

_Heu..je..non ?

_Puisque tu es faible alors tu peux devenir fort ! Et ça ne signifie en rien devenir une brute viriliste sans éducation comme ceux que tu croyais être tes amis ! Un chevalier ça n'est pas qu'un vulgaire soldat en armes et armure, c'est aussi et surtout un coeur noble avec son code d'honneur !

_Oui c'est très beau tout ça, mais comment je fais vu que personne ne veut me guider ?

_Comment ça personne ? Et moi alors ? Dans ma famille on compte beaucoup d'Enutrofs, et tu sais à quel point ils sont incapables de donner sans contrepartie !
Moi j'ai du m'affranchir de ce trait de caractère pour pouvoir honorer mon code, mais cette fois je vais faire une exception en exigeant quelque chose de toi !

_Et si je refuse ?

_Tu as le droit, en tant que chevalière je ne peux au fond te forcer la main.
Je te garderai jusqu'à ce que tu sois remis sur pieds, nos chemins se sépareront, et tu retourneras à ta vie que tu semblais fuir.

_Et si j'accepte ?

_Eh bien tu resteras avec moi, car ce que j'exige de toi c'est que tu deviennes fort toi aussi !
Mais tu ne m'as toujours pas dit ton nom ?

_Je n'en ai pas vraiment. J'ai toujours connu l'atelier des tailleurs où on m'appelait "fillotte"

_Pourquoi ?

_Petit je traînais toujours dans les jupes des costumières...

_Tu me fais vraiment me poser des questions...quel est le pire entre comme moi perdre ses origines., et comme toi n'en avoir jamais eu. Eh bien tu sais quoi ? Moi je te trouverai un nom ! Et si tu restes tu auras désormais un foyer et seras originaire de la terre d'Andora !

_Pourquoi vous faîtes tout ça pour moi ?

_Déjà tu me tutoies.

_Heu d'accord. Pourquoi tu fais ça pour moi ?

_Au fond on n'est pas si différent. On a toujours été seuls, on a toujours voulu faire nos preuves. Alors que je vais réussir je me vois mal te laisser échouer.
Ah et j'ai trouvé ! Désormais tu t'appelleras

Perlon !


C'est ainsi que le jeune Perlon suit l'enseignement de Grisette, la chevalière d'Andora. Très généreuse, elle lui construit un lit et quelques effets personnels et lui rapporte des peaux pour qu'il se conçoive des vêtements. Très exigante, elle le lève aux aurores pour lui enseigner le rude mode de vie des prétendants à la chevalerie.
Celà commence par entretenir scrupuleusement sa foi: elle en la Brise Quadramentale, lui en le dieu Sram.

Ensuite, il faut travailler la terre, comprendre et aimer celle d'où l'on vient. Ainsi, il apprend à cultiver, chasser, mais aussi reconnaître les plantes pour savoir lesquelles guérissent, empoisonnent, nourrissent.
Tout bon chevalier doit également avoir du charme et de la courtoisie tout en restant humble, c'est pour celà que chaque soir le repas s'accompagne du rituel de l'étiquette: il doit au début servir et traîter Grisette comme un servant le ferait pour son seigneur, puis au fur et à mesure qu'il progresse cette dernière l'imite pour lui montrer qu'il peut de plus en plus se considérer comme son égal.

Au début il trouvais celà dur mais maintenant il en a la certitude:
Pour la première fois de sa vie il se sent utile.
Heureux.

 
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Un an plus tard, Grisette comprend qu'elle a un disciple très doué: en si peu de temps il maîtrise déjà plusieurs arcanes de sa divinité, peut désormais partager n'importe-quelle tâche avec elle et se rendre en ville la tête haute: Grâce à ce qu'il a appris, il a obtient sa faveur de construire une annexe à la chaumière: son propre atelier de costumage. Elle lui offre également une belle dragodinde amande en guise de monture.

La première création de Perlon dans son nouvel atelier est d'ailleurs pour Grisette: dans deux jours elle va enfin se rendre en ville pour être adoubée, il lui faut donc une tenue d'apparât digne de ce nom. Mais tandis qu'il l'habille, il sent quelque-chose d'anormal. C'est la première fois qu'il la voit trembler.

"Ce...ce n'est rien. "

_Quoi ?

_Cette tenue...elle est splendide je savais que tu étais ...mais à ce point....

_Disons que je voulais apporter ma contribution à ce jour que tu as toujours mérité.

_Toi aussi ça ne saurait tarder !

_Je n'en doute pas, grâce à toi. Être devenu quelqu'un de fort tu m'as montré que ça n'est pas une fin en soi. La meilleure chose que je puisse en faire c'est protéger celle que...

Le jeune costumage se fige, tandis que le souffle de Grisette se coupe. Terriblement gêné, il manque de la piquer dans le dos avec son épingle.

"....Pardon."

_Non.

Continues.

_Je...

_En fait Non

Tais-toi.


Elle lui a enseigné nombre de formes de courage, à l'exception d'un seul qu'il a du apprendre de lui-même: celui de lui avouer. Elle n'aurait pu lui enseigner car elle-même doutait qu'elle le possédait, jusqu'à ce jour où entendant ces mots elle comprit qu'elle lui donnerait enfin ce baiser. Que la dernière nuit avant sa veillée d'armes, elle la passerait avec celui qui partage sa vie depuis maintenant un an. Désormais leurs destins étaient liés.

Comment auraient-ils pu prédire que tout celà s'effondrerait si vite, au beau milieu de la nuit.



Une volée de flèches enflammées fond sur la chaumière, brûlant tout ce qu'elles touchent.
Comment se fait-il que Brakmâr soit si près ?
Pourquoi personne n'a donné l'alerte ?

Perlon comprend très vite.
Il le sent.

Il n'est pas le seul adepte de Sram dans les parages, celà explique pourquoi ils ont pu approcher sans être décelés.


"Grisette ! Il faut rester ensemble ! Ils sont invisibles mais les champs en feu limitent leurs déplacements ! Sois l'épée, je serai tes yeux !"

Alors qu'elle était en proie à la panique, ces paroles ramènent à la raison la chevalière: le petit costumage est désormais un jeune homme courageux et loyal, digne
des ordres de la chevalerie tout comme elle. Elle accomplit ainsi des miracles de sa lame face à cet ennemi qui ne peut désormais plus se cacher. L'un d'entre eux tombe, puis deux, puis trois, puis dix... puis un sifflement strident.

Et un cri étouffé.

"GRISETTE !!!"

Une flèche d'arc de guerre fichée en pleine poitrine, elle s'effondre tandis que son Perlon craque, et qu'une gigantesque silhouette approche pour se tenir juste devant eux, empoignant un arc proportionnel à son immense taille.

"Impressionnant.
Très impressionnant
Je reconnais là le courage et l'intelligence d'un frère de foi, associé à un talent hors normes."


Peu disposé à recevoir tels honneurs de la part de celui qui vient d'abattre son aimée sous ses yeux, Perlon hurle comme un forcené et se jette sur l'imposante silhouette qui lui assène un coup d'une rapidité surnaturelle dans le genou, le terrassant sans difficulté.

"Peut-être aurais-tu un jour été digne de rencontrer le Grand Sournois de ton vivant si les choses avaient été différentes. J'avais pourtant dit à ma hiérarchie de me fournir des hommes plus compétents. Aucun n'a su résiter à vôtre duo d'une rare harmonie. Celà me rend presque triste de l'avoir brisé,  alors je vais t'accorder la faveur vous réunir dans l'autre mo...gra...rgl"

Ne pouvant plus que gargouiller, il ne pourra jamais terminer sa tirade, l'épée de Grisette lui transperçant la gorge.

"Ce..c'est toi l'incompétent...di..dire à l'ennemi que tu es seul...et le quitter des yeux...."

Ses dernières forces usées, elle tombe dans les bras de Perlon.

"P..pardon..je crois..que finalement..cette si belle robe tenue....ne servira... pas "

_Non ! Tais-toi ! Je vais t'emmener en ville ! On va te soigner ! Tu seras adoubée ! Andora retrouvera son blason ! Tu seras là pour l'accomplir !
 Je te le promets ! Alors restes avec moi !


"N..non..Perlon....
Avec toi j'ai compris quelque-chose...
Avant de te rencontrer, mon rêve c'était...un blason...juste un titre..une décoration..de la reconnaissance......
Des honneurs...
Je t'ai enseignée une chose sur laquelle je me suis trompée dès le début...
Au final aurais-je vraiment été digne...
Désormais c'est sans importance.
Celui qui m'a rendu mon bonheur,
C'est..."


Alors qu'elle veut achever son dernier mot, ses yeux perdent leur éclat tandis que son visage se fige lentement et son corps devient lourd dans les bras
de celui qu'elle aime, hurlant de désespoir au milieu d'un cercle de feu illuminant une nuit encore à peine entamée.

C'est ainsi que décède Grisette, chevalière des terres d'Andora, le 26 descendre 634.

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"La mort.

C'est une chose à laquelle le chevalier se prépare en revêtant le symbolique habit noir lors de sa veillée d'armes. Toi c'est injuste, elle ne t'a laissé le temps ni de te préparer ni d'accomplir ton rêve avant de te reposer à jamais dans ses bras. Ton ultime acte de bravoure personne à part moi ne peut en témoigner. Tes dernières paroles, tu les a prononcées pour m'empêcher d'avoir l'idée de te venger et ainsi sombrer dans la haine. Mais je crois en Sram, et je crois en toi. Je peux ainsi te donner ma parole: La chevalière d'Andora ne sera pas condamnée à l'ombre comme le fût son père. Moi, à qui tu m'as transmis ton savoir et tes valeurs, je guiderai ton nom vers la lumière. C'est pour celà que je te demande, depuis l'autre Monde, de me pardonner pour ce qu'à présent je vais faire.

Je t'aime."


Le jeune Sram termine ainsi son recueillement devant la tombe qu'il a érigée près des restes de la chaumière à côté d'autres plus petites accueillant les dépouilles ennemies.
Si celà peut paraître surprenant de la part d'un amant en deuil dont la moitié à été tuée sous ses yeux par ce même ennemi, c'est parce qu'il a retiré les masques de leurs cadavres: des adolescents, d'au plus seize ans. Et le grand qui a tiré la flèche fatale à Grisette: une jeune femme ressemblant tant à cette dernière, et dont le foulard autour de la bouche servait à lui rendre la voix plus grave.

Alors la Pourpre en est là..

Oto Mustam n'a à priori que du mépris pour ces jeunes.
Mais s'ils s'engagent d'eux-mêmes à devenir des pions sacrifiables servant son intérêt,
alors il ne semble pas avoir trop de scrupules à les envoyer sans expérience à l'abattoir.
Rien ne dit non plus d'ailleurs que les jeunes Bontariens dont les anciens amis de Perlon ne subissent pas en ce moment-même un sort semblable. Si l'on demandait à Amayiro une réponse à toutes ces questions morales sans doute donnerait-il cette réponse:

"Nous faisons la guerre."

Qui sait.

Perlon se dirige à présent vers son atelier, en partie préservé des flammes. Il y a longtemps qu'il n'avait plus eu recours a ce talent qu'il a toujours possédé. Grisette, il connaît son visage, son corps. Il l'a tant dessinée pour lui faire plaisir au coin du feu. Aujourd'hui il le fait une dernière fois sur un tissu de sa conception qu'il colore et enchante des heures durant.

A intervalles régulier il retourne se recueillir, comme pour lui demander de le pardonner encore pour ce qu'il est en train d'accomplir.

Le tissu finit par s'animer, recouvrir son corps, son visage, prenant peu à peu la texture d'une seconde peau. Devant le miroir il se l'affirme, car c'est désormais une certitude:

Grisette sera en temps et en heure à Bonta pour sa veillée d'armes.














 
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Score : 56


II

Le triomphe de la fille de ferme
18 apérirel 635





Elle arrive à point nommé.


L'histoire touchante de la fille de ferme qui rêve de guerroyer contre la Pourpre,
passant sa jeunesse à vouloir prouver chaque jour sa détermination pour un jour espérer être digne et qu'au final la Blanche finisse par exaucer son voeu.
Pouvait-on rêver mieux ? Un peu comme si Osamodas était descendu en personne pour donner un coup de fouet divin aux chiffres du recrutement des Alignés.

Ce sont là les pensées du Consultant en Communication de l'Intendance spécialisé dans l'Animation : Maître Buckmann.
Enutrof ambitieux, fils de palefrenier à l'exceptionnel sens des affaires, il noue très vite avec le succès et réussit à intégrer le milieu mondain de la Cité Blanche après une ascension fulgurante. Vivant désormais en Nidas au milieu du faste et des plaisirs les plus inaccessibles, il exerce une influence grâce à laquelle le monde du spectacle n'a plus de secrets pour lui. Le public est à ses yeux une femme dont l'amour se mérite en la courtisant chaque jour, or la dernière qu'il a repérée le met du haut de ses soixante-douze ans dans une forme Iopesque, au point qu'il sort d'un placard dissimulé derrière un portrait d'Amayiro l'une de ses meilleures bouteilles, avant d'interpeller son secrétaire:

"Endal, faîtes moi déposer le nom de cette Tofoune aux oeufs d'or ! Je veux un kamas à chaque fois qu'on l'écrira ou le prononcera !"

_Monsieur les affiches ont été collées dans toute la ville. Les gens se sont arraché les prospectus. Je vous le déclare solenellement, le défilé de Dinsdor sera un triomphe !

_Je sais bien c'était mon idée ! Et on ne va pas s'arrêter là !
Des défilés elle va en mener encore un paquet !
Elle va en serrer des mains de nobliaux ventripotents !
Elle va en câliner des nourrissons de bonnes femmes venues comme pour les faire bénir !  
Elle va en honorer de sa seule présence en tribune, des concerts dans l'Arène !
D'ailleurs des nouvelles de Marla Carrcas ?

_Heu rappelez-vous, la dernière fois qu'elle est venue chanter vous l'avez un tantinet vêxée.

_En même temps elle est susceptible au possible ! Qu'est-ce qu'elle a encore trouvé pour dire qu'elle "ne viendrait plus jouer pour une harde de bworks ignares dans vôtre genre" ?

_Alors qu'elle refusait d'assurer la répétition à cause du boucher d'à côté qui gâchait cette dernière car on n'entendait que lui égorgeant ses Porsalu, vous êtes entré pour lui dire qu'elle chantait encore mieux que d'habitude.

_.....Aaaahahahahahaha ! Honnêtement des fois je m'épate moi-même ! Enfin bref passons. On doit bien avoir quelqu'un d'autre ?

_Heu il y a bien ...

_Non j'ai trouvé ! La fille du Duc de Sydarnia ! Il m'a promis quelques petites faveurs si je parvenais à la caser quelque-part !

_Heu mais est-ce bien conforme à nos princi...

_Il a été question de vous augmenter.

_Heu...oui la jeune Duchesse de Sydarnia est un choix plus que judicieux je me tue à vous le dire !! Mais vous ne disiez pas récemment qu'elle avait si peu de voix que de toutes façons on n'entendait rien même aux premiers rangs ?

_Justement ! C'est parfait. Qu'en est-il de la troupe de danseuses ?

_Les Sirènes de Sufokia ? J'ai un peu vu leur chorégraphie et c'est prometteur !
Par contre des frais supplémentaires sont à prévoir au niveau des costumes...

_Accordé. Qu'elles se tirent à quatre épingles ! Voire huit !
Sinon face à nôtre belle chevalière leurs Sirènes risquent de passer pour des Mérous !
Ah et dîtes à l'Orchestre que Danathor donne son accord pour qu'il puisse disposer de la salle de bal du château pour ses prochaines répétitions.

_C'est vrai ?! Il a accepté ?!

_J'en sais rien ! Mais voyez-vous Endal, la fortune appartient aux audacieux.
Je doûte fort qu'il dise non au vu de ce que tout ça va rapporter, mais on n'a pas trop le temps de s'encombrer en salamalecs.

_Heu monsieur...je crois qu'il devait nous rendre visite aujourd'hui justement. Et si j'en crois l'horloge dans à peine quinze minutes !

_Ah heu..eh bien..Dîtes que je suis sorti pour une urgence ! Disons...pour ma mère qui perd la boule et qui a confondu ses cachets avec...heuu...des anabolisants pour Dragodinde ! Et ouvrez en fumant un de mes cigares, ça fera plus crédible ! Prenez un verre aussi. Profitez c'est du quinze ans d'âge.

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Deux heures plus tard, le voici aux côtés de Grisette répétant son texte et sa chorégraphie:

"C'est que...pardonnez-moi je ne suis pas très douée pour ça, à la base moi je.."

_Mais noooon ne vous tracassez pas vous êtes parfaite. Par contre la robe, il faudrait quelque-chose de plus échancré, là vous ressemblez à une femme mariée.
Aucun intérêt. Je veux que chaque type dans la foule pense quand vous le regardez que vous êtes là pour lui tout-seul !

_Oh d'accord je vais arran...

_Mais non voyons. Ne vous occupez que de vous je vais appeler une costumière.
Et vous là-haut dans les cintres ! Le Djaul géant en paille qui doit brûler, vous l'aurez pour ce soir ?!

_Heu c'est que c'est pas encore très sécurisé en fait parce que...

_Ne me dîtes pas que j'ai recruté le seul Huppermage qui ne sait pas manier l'eau ?!


Tel un commandant, Maître Buckmann dirige à la baguette la ruche travaillant sur une production qui se promet dantesque, tandis que Grisette prend peu à peu confiance dans cette ambiance qui lui était jusqu'ici inconnue. C'est une chose qu'elle n'aurait jamais crue si on la lui avait prédite: Elle partie de rien, être contemplée et admirée de tous comme un symbole pour la société, un étendard patriotique galvanisant la population. Vêtue d'une robe immaculée au bas incrusté de saphirs et de diamants et décorée de pièces d'armure factices couvertes de feuille d'or, elle évoque ces divinités guerrières des légendes contées aux petits Bontariens avant qu'ils ne s'endorment. Après avoir été adoubée par l'ordre des chevaliers de Bonta, elle s'apprête à l'être par toute la Cité Blanche.


En effet, les prédictions de l'ambitieux Enutrof se réalisent une à une:

Elle défile devant des foules euphoriques,
rencontre les hauts dignitaires et honore leurs invitations,
pose avec des jeunes enfants dans les bras,
Le parfait emploi du temps d'un si charmant porte-étendard.

Pendant un mois elle vit comme une reine dans une gigantesque maison du luxueux quartier des Bijoutiers. Depuis sa baie vitrée du dernier étage, elle peut voir d'un côté la ville entière où en bas des badauds sont toujours attroupés pour l'acclamer à la moindre de ses sorties. De l'autre, l'immensité de Cania où elle changera les apparâts pour une armure fonctionnelle et partira en croisade contre la Pourpre.

En faveur pour ses exploits elle compte demander la réhabilitation et l'agrandissement des terres d'Andora en un grand domaine ainsi qu'un grand chêne à planter au pied de la tombe, sur laquelle figure le nom de Perlon.
 
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III

Le projet MYSTRA
7 Maisial 636



Jour funeste pour la chevalerie, dont l'un des porte-étendards est actuellement emprisonné et interrogé. Pas n'importe-lequel: Grisette, chevalière des terres d'Andora.
Deux soldats se présentent devant la porte de la cellule dans laquelle elle se trouve, et un
détail frappe immédiatement quiconque n'a pas encore eu l'occasion de la revoir depuis sa dernière croisade: il lui manque la moitié de son visage !
Du moins pas tout à fait: la peau s'est déchirée comme du tissu, dévoilant non pas de la chair à vif,
mais le visage d'un jeune homme bien connu de cette histoire: Perlon !
Horrifiée en lui faisant face, une recrue blêmit et tremble comme s'il faisait face à Rushu en personne:

"M..mon dieu c...c'est horrible...il..il l'a dépecée et l'utilise comme un déguisement ! C'est quoi ce monstre !!!"

Voyant le jeune préposé sur le point de tourner de l'oeil, un capitaine s'avance. Avec son physique impressionnant, son grand chapeau style Crocodaille Dandi, ses vêtements presque intégralement en cuir épais et son cigare éclairant son visage traversé de part en part par une longue balafre, il évoque bien plus un mercenaire baroudeur qu'un officier de la Cité Blanche. Ouvrant sa main gauche, il révèle à son jeune subalterne le contenu de cette dernière à savoir la partie manquante du visage.

_Ne paniquez pas ainsi, ça n'est que du tissu. Sacrément bien imité celà dit, regardez j'en ai prélevé un morceau. Séparé du reste le charme se rompt: quand il était encore imprégné de magie il semblait vouloir se coller à moi à la manière d'un symbiote.

Comme presque fasciné par cette pièce à conviction hors du commun, il se tourne ensuite vers le jeune costumage compromis:

"Tu es sacrément talentueux. Et pas seulement pour ton art. T'as fréquenté des proches de ta victime jusqu'à sa famille à commencer par son père, et ils n'y ont vu que du feu. On devine à quel poin tu as le soin du détail, et il va de soi que tu es une menace et que nous éliminer au plus vite. Mais j'aimerais enfin une réponse claire à cette question:
Pour qui as-tu agi ?"


Le costumage se lève et s'avance vers les barreaux, le visage hagard, comme s'il avait quitté nôtre réalité.

"Je vous l'ai dit, c'est pour elle. Elle l'a perdue trop tôt, alors je suis devenu sa vie."

L'autre rétorque aussitôt dans un rire crispé.

_T'es vraiment un grand malade. En fait ta place m'a plutôt l'air d'être à l'asile !

Les deux hommes continuent de se dévisager silencieusement, l'un d'un air incréduble l'autre avec la sérénité malsaine propre à un sectaire pensant avoir atteint une illusoire vérité, jusqu'à ce qu'une seconde recrue fasse irruption:

"Mon capitaine, vous êtes attendu"

Tirant une dernière fois sur son cigare avant de l'écraser dans un cendrier rempli de ce qui fût consommé pendant l'interrogatoire, l'officier s'avance nonchalamment d'un air las pour presque se retrouver contre les barreaux:

"Dire qu'on va encore passer la nuit à statuer sur cette erreur des Douze. Puisqu' exhiber sa féminité lui plaît tant, on pourraît pas simplement se contenter de l'attacher dans un enclôs pour qu'il y serve de Dragofesse ?!"

Sur ces derniers mots, il quitte la pièce avec la recrue, laissant le Sram seul.
Il s'écoule environ trois heures avant qu'un autre gradé fasse l'honneur de sa visite à Perlon.
Son apparence est très différente de celle de son prédécesseur. Loin du baroudeur plein de téstostérone, il s'agit un homme blond aux yeux bleus, portant un uniforme parfaitement ajusté comme s'il sortait d'une revue. Fin, élancé, le regard sérieux, il a tout du gendre dont la bourgeoisie de la Blanche rêverait pour assurer sa descendance. Enfin, là où le premier voyait le Sram comme une sorte de bête de cirque, lui semble plutôt le prendre en pitié.

"Je ne devrais pas mais je te le dis quand même. En bas ça parle vraiment de tout et n'importe-quoi.
La cour martiale, te priver de tes parties intimes que tu sembles pourtant avoir renié, te couper la tête, t'envoyer dans les Mines Oritéhetnik...Je ne pouvais pas trancher sans te regarder encore une fois, car il y a quelque-chose qui m'échappe. Je connaissais Grisette, et je peux te dire qu'avec sa noblesse de coeur elle avait une autre qualité, même si je pense ne rien t'apprendre vu
que moi aussi tu es parvenu à me tromper : elle devinait bien l'âme des gens.
Toi qui as passé un an à ses côtés, si elle avait décelé le mal en toi tu n'aurais pas fait long feu, celà ne fait pas l'ombre d'un doûte. Et pourtant tu te tiens là, derrière ces barreaux, accusé de son meurtre et du vol de son identité... "


Le Sram reste silencieux. Cet homme, il le connaît aussi: il lui a plusieurs fois sauvé la vie par les comptes-rendus que ses hommes communiquaient régulièrement, et leur permettaient d'éviter de tomber dans des embuscades ou se faire encercler.

"Le second c'est un fait avéré.
Le premier, au fond j'ai envie de croire que tu n'y es pour rien.
Non seulement à l'époque on a eu des rapports faisant état de la possible présence de la Pourpre dans le secteur de sa maison, mais en plus on n'a que de bons rapports à ton sujet, rien ne pouvant affirmer que tu agissais pour le compte de l'ennemi. Bien au contraire.
Une parfaite petite chevalière de Bonta, dont tout le monde peut-être fier.
Même la vraie dans sa tombe."


L'officier contemple encore quelques instants le prisonnier, avant de redescendre à son tour.
Environ une heure plus tard, tous remontent ayant achevé leurs délibération.

"Nôtre décision est prise. Debout. Tu vas nous suivre."

Tandis que Perlon est extrait de sa cellule, sa tête est recouverte d'un sac noir opaque tandis qu'on lui lie les poignets et le pousse pour le faire marcher. Il doit à un moment se baisser et s'asseoir, et comprend qu'il a été installé dans un véhicule qui le mène en une destination qu'il n'est pas en droit de connaître. Il ne saurait dire combien de temps s'est écoulé ni quelle distance il a parcourue. Il ne sent même pas la route,
ce qui lui semble être une diligence est d'un confort exceptionnel, alors qu'autour de Bonta elles sont supposées être garnie de cailloux et nids de Tofu rendant le voyage très éprouvant pour un fessier humain. Le Sram est installé sur un siège probablement en velours capitonné,
lui faisant à peine ressentir les vibrations d'autant plus atténuées supposément par des suspensions de la même facture supérieure. Un tel moyen de transport doit coûter le prix d'une petite maison, et n'est donc sûrement pas à portée du Bontarien moyen. Celà est peut-être même réservé au haut commandement.
Soudain, après un interminable silence, la voix du chauffeur se fait entendre.

"Monsieur nous arrivons."

Perlon sent la diligence s'arrêter, et qu'on le pousse pour le faire descendre.
Quand on lui retire le sac, il est dans un élégant salon aux murs capitonnés dépourvus de fenêtres,
installé dans un fauteuil muni de lanières le maintenant assis, tandis qu'un des hommes du conseil ayant statué sur son cas tient face à lui: le seul qui durant l'interrogatoire a du début jusqu'à la fin gardé le silence. Sa tête et son corps sont recouverts par une grande cape
qu'il écarte alors, laissant paraître un visage angélique aux cheveux blond miel élégamment coiffés. Sa tenue est un uniforme moulant vert-de-gris terminé par de grandes bottes et des gants d'un cuir noir obsidienne. En somme encore un profil plutôt atypique pour un soldat.
S'avançant vers Perlon, il s'adresse à lui d'une voix chaude et suave.


"Bienvenue Grisette, chevalière des terres d'Andora. Ou devrais-je dire... le sram imposteur.
Je suis un de vos plus fervents admirateurs, vous qui incarnâtes la fierté Bontarienne au point que
ce cher Buckmann sembla rajeuni de vingt ans et le chevalier déchu qui vous crût sa fille reparût six fois en public. Tout comme à nôtre hiérarchie nous leur avons bien évidemment caché la vérité, ayant préféré leur donner une pilule moins dure à avaler:
Officiellement vous êtes héroïquement tombée du côté des ruines de Gisgoul lors du sauvetage de prisonniers. Une famille est aujourd'hui en deuil, mais son honneur est restauré grâce à l'héroïne que vous leur avez offerte. Une prouesse admirable, qui nous a fait comprendre à quel point nous priver de vous serait un incommensurable gâchis."


Le Sram garde un instant le silence, puis lève les yeux pour croiser ceux de l'homme.

_Je vois.
Soit je travaille pour vous soit vous révélez tout quitte
à ce que la famille sombre totalement dans le désespoir et que le scandale éclate,
c'est ça n'est-ce pas ?


_Et très perspicace avec ça. J'en déduis ne pas avoir à mettre vôtre bonne volonté en doute, il suffit d'entendre à quel point cet honneur vous tient à coeur
lors des interrogatoires. Vôtre histoire est très touchante.
Du moins, j'aimerais beaucoup qu'elle me touche.
J'ai énormément entendu les récits des héros de ce siècle de leur berceau jusqu'à leur tombe.
Le petit homme qui perd un être cher, qui devient fort pour accomplir sa volonté ou le venger,
de base c'est quelque chose d'épique et de palpitant, mais...on lit ça tout le temps.
Ces récits aujourd'hui j'en fais des piles qui calent à la perfection les pieds de mes meubles.
Je vous voir comme un véritable artiste, et je trouve cette situation ironique:
J'ignore quelle entité a pris vôtre destin en main et écrit en ce moment-même vôtre histoire,
mais jusqu'ici elle manque cruellement d'imagination.
Et je vais changer tout ça, car je vois en vous un potentiel supérieur à toutes ces fables
si inlassablement répétées qu'elles ont depuis longtemps perdu toute substance !



Sur ces paroles, l'homme détache Perlon et l'invite à le suivre vers une autre pièce dont l'entrée était dissimulée par une armoire, et laisse ce dernier bouche-bée : Un atelier de tailleur-costumage équipé de machines dernier cri, de tissus de qualité supérieure ainsi que d'une grand étagère  remplie de toutes sortes de cosmétiques plus rares et onéreux les uns que les autres. Dans une alcôve se trouve également un petit laboratoire d'alchimiste ainsi que tout un arsenal d'armes plus insolites les unes que les autres, l'attention de Perlon étant particulièrement attirée par un Katar muni de deux petits canons.

"Bienvenue chez vous, cher ami. A présent que vous êtes à nôtre service en tant que vous-même, il est temps de tirer profit de vos réels talents: nous allons faire de vous un espion, un homme de l'ombre. Un rôle seiyant parfaitement à un adepte du Grand Sournois qui en a déjà eu un petit avant-goût, n'est-il pas ? Ajoutons à celà vôtre capacité à copier l'apparence et vous êtes un parfait atout pour pénétrer le camps ennemi et en revenir vivant plein d'informations cruciales !

_...Vous vous êtes procuré tout ça sans même être sûr de la décision sur mon sort ?

_ Je dois vous avouer que c'est un projet qui me tient à coeur depuis un moment, mais ma santé ne me permet plus de telles excentricités.
Aussi attendais-je l'heureux élu qui serait la pièce maîtresse de l'édifice, qu'en l'honneur d'une obscure divinité liée au mystère j'ai baptisé
projet MYSTRA.
 
Vous concernant, en réalité j'en était plutôt sur. Quand on passe sa vie à éplucher celle des autres, on finit par avoir ses relations ainsi que de bons arguments. Ainsi on peut facilement créer des offres qui ne se refusent pas. Prenez Vokoban, celui qui fut le plus virulent à vôtre égard et parlait de vous couper la tête: il a vite retrouvé son calme quand je lui ai fait comprendre que je savais pour la petite apprentie boulangère de treize ans qu'il invite régulièrement chez lui. Ou encore Elkar qui parlait de vous émasculer : il y a encore un mois vendait des armes à un clan mercenaire plutôt proche de la Pourpre. Vous-même, vous craignez trop pour l'honneur de celle que vous aimiez pour que l'idée de trahir aborde vôtre esprit. Vous voyez, quand on n'est pas aussi blanc que nôtre belle Cité on n'est jamais très difficile à convaincre. Mais laissez-moi plutôt vous présenter vôtre dernier cadeau.


L'homme s'approche d'une table sur laquelle trône un petit coffret, qu'il ouvre devant le jeune costumage dont les yeux sont semblables à ceux d'un Iop dans une boutique de forgeron rien qu'avec ce qui l'entoure déjà. La petite boîte contient un collier dans lequel est enchassé un oeil en mouvement, se fixant à présent sur Perlon !

"je vous présente Samyel.
Tout être vivant auquel vous le mettrez deviendra un havre-sac qu'il pourra contrôler avec plus ou moins de facilité selon le degré intellectuel de la cible. Il peut prendre l'apparence de n'importe-quel collier qu'il visualise. Attention, si son porteur meurt ou si le collier lui est retiré,
tout le contenu de la pièce du havre-sac se retrouve à l'air libre. "


Comme pour marquer un temps d'arrêt dans sa fascination, Perlon est soudain pris d'une hésitation.

"Ah heu... merci mais... le projet MYSTRA, est-ce que c'est Amayiro qui.."

_Sûrement pas, il n'est même pas au courant, ni personne du haut-commandement d'ailleurs. Ils poseraient trop de questions.

_Et.. je suppose que ça ne sera pas sans.. contreparties ?

_Toujours aussi perspicace. Pour n'importe-quel autre mortel, en effet ce serait un prix passablement onéreux. Mais pour vous qui avez sans hésiter sacrifié vôtre vie pour l'honneur d'une fille celà paraîtra une babiole. Messieurs, nous pouvons commencer !


Le jeune Sram est placé sur un siège semblable à celui des dentistes, muni d'entraves d'acier pour le maintenir en position. Des Eniripsa en blouse et masques chirurgicaux font irruption armés de seringues et ustensiles médicaux plus effrayants les uns que les autres: Le processus a commencé. On lui injecte un produit qui fait tomber tous ses poils et cheveux, ses yeux sont décolorés, les altérations de sa peau sont effacées, tandis que son mentor lui annonce solennellement sa nouvelle situation:

"Vous vous conformerez aux identités que nous vous attribuerons.
Vous serez où nous vous le dirons.
Vous oublierez vôtre propre visage.
Vous oublierez vôtre propre nom.
Vous n'existez pas.
Vous n'êtes jamais venu au monde.
Vous ne faîtes plus partie du système.
Vous êtes en dessous du système.
Vous êtes eux.
Vous êtes elles.
Vous êtes ça.
Vous êtes

MYSTRA"


 
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