FR EN DE ES IT PT
Naviguer dans les forums 
Trackers Ankama

[Animation] Récits d'Invention #10 : Vous vivez dans...

Par Etherre-Nelle#5924 - ABONNÉ - 11 Mars 2021 - 17:16:43




     Vous vivez dans le paisible village des Piles de Kontouar. Cette bourgade isolée, à un quart d’heure de la côte, est coincée entre les méandres paresseux d’une rivière peu profonde — la Soif — et les contreforts usés d’une montagne ancienne tassée sur elle-même et truffée de galeries — la Bossue.

    La vie aux Piles a tout d’un long fleuve tranquille. Les collines avoisinantes sont couvertes des champs que les habitants du coin cultivent à longueur d’année et de bois millénaires à l’origine de nombreuses légendes locales. Le cidre du cru, produit du verger de la famille Isselba, fait la fierté des Empileurs et des Empileuses, et se vend jusqu’au bourg le plus proche, tout de même situé à une bonne demi-heure de charrette.

    Aux Piles, tout le monde connaît tout le monde et chaque journée ressemble à la précédente. Chaque journée, oui, sauf celle d’aujourd’hui.

    Aujourd’hui, la petite Mina a atteint sa majorité spirituelle et, dans une communauté aussi réduite où les enfants sont peu nombreux, l’événement fait grand bruit ! Il est temps pour la gamine de se choisir une divinité tutélaire…

    La nouvelle a fait le tour du village : chacun a répondu à l’appel des sept prêtres rassemblés sous la grande halle, à proximité de la fontaine.

    Du haut de ses douze années, Mina entrera bientôt dans l’âge de raison, vous annoncent-ils en choeur, et, si le choix de sa divinité lui appartient, il vous revient de l’aider à peser le pour et le contre. La cérémonie aura lieu dans deux semaines, ce qui vous laisse chacun amplement le temps de faire découvrir les bienfaits de votre divinité à l’enfant.





(HRP) : Retrouvez toutes les règles de participation sur le sujet HRP. Vous pourrez également y commenter les participations, le sujet RP étant exclusivement réservé aux participations.
8 0
Réactions 35
Score : 610
Malgré les vivats qui ponctuèrent l’annonce des sept prêtres du village, une voix douce et apaisante parvint à se faire entendre.

C’était celle de Rosæ, une femme dont la beauté sauvage pouvait paraître invraisemblable. Émue par le discours des Sept, elle proposa à Mina de l’accompagner dans le but de lui faire découvrir son univers et certaines particularités du village dont l’enfant n’avait peut-être pas encore conscience. 

Mina était rassurée : elle connaissait sa première accompagnatrice de vue comme de nom. Il faut dire que beaucoup d’adultes parlaient d’elle… Les hommes, surtout, mais aussi quelques femmes. 

C’est ainsi que les deux complices du moment quittèrent le bain de foule, passant entre les maisons qui ceinturaient la place centrale des Piles pour rejoindre la grand-rue. 

Mina semblait en proie à différents sentiments : impatiente de découvrir quelques secrets bien gardés et tracassée à l’idée d’avoir à faire un choix qui déterminerait l’orientation que prendrait son existence. 

Pour éviter de penser à tout cela, Mina reporta son attention sur sa guide. Elle dévorait l’adulte des yeux, subjuguée qu’elle était par l’aura naturelle de Rosæ. Elle admira les deux roses entrelacées dans sa chevelure d’ébène et qui formaient un cœur épineux. La jeune fille ne pouvait s’empêcher d’admirer le corps aux proportions parfaites de son accompagnatrice, et elle se prit à rêver d’avoir le même lorsqu’elle aurait son âge. De son côté, Rosæ ne manqua rien du spectacle de cette jeunette à la bouche bée. Elle engagea la conversation : 

«  Ma chère Mina, durant notre balade, je te vanterai les mérites du fait de vouer un culte au Dieu Sadida. Quoi qu’il se passe, s’il te plaît, demeure simple et sincère avec moi. Ne te force surtout pas, sinon le Maître des Poupées le ressentira…  »   

La jeune fille hocha timidement la tête. Les mots lui manquèrent, sur le moment, car elle ressentait encore peser sur ses épaules la pression relative aux attentes des siens et du village tout entier. 

Constatant le désarroi de la petite, Rosæ fit une halte, alors qu’elles arrivaient à hauteur de la forge du grand Casper. L’adepte de Sadida serra Mina dans ses bras et, ce faisant, quelques vrilles fleuries jaillirent de terre pour venir enlacer tendrement le couple dépareillé…Au bout d’un moment, dans ce qui sembla une éternité parfumée à la gamine, l’aînée recula gentiment puis retira les fragiles entraves végétales avant de lui prendre la main et de la mener à l’extérieur du village. 

Elles passèrent devant la colline des dieux, hérissée d’autels témoignant de la dévotion des habitants des Piles pour chaque divinité connue, mineure comme majeure, locale comme toute-puissante.
Cheminant quelque temps à travers la campagne bosselée, les deux acolytes parvinrent devant un arbre au tronc noueux et assez large pour qu’une demi-douzaine de personnes soit nécessaire afin d’en faire le tour. Le frêne vénérable datait d’avant la fondation du village. 

« Vois-tu, commença Rosæ, la plupart des gens voudraient abattre cet arbre afin d’avoir suffisamment de bois pour se réchauffer durant les hivers les plus froids. Pire encore, certains rêveraient de le débiter en morceaux pour en tirer de nombreux kamas. Nous autres, disciples de Sadida, nous veillons au bon respect de la Nature. Nous faisons tellement corps avec la Grande Sylve que les âmes de notre peuple sont liées à un Arbre de Vie et, tant qu’il se dresse fièrement au-dessus de toutes les forêts du monde, nous continuons d’exister à travers lui même après que notre heure soit venue. Je procéderai avec toi comme je le fais avec les végétaux qui nous entourent.Je sèmerai une graine dans ton esprit et je l’arroserai de mes connaissances. Certains disent que j’ai la main verte, s’amusa la jolie plante, elle devrait donc vite éclore… Mais sache que je prendrai le temps qu’il faut pour que tu assimiles sans heurts ce que j’ai à te transmettre car rien ne pourrait me faire davantage plaisir que de voir ce germe s’épanouir en toi. »  

Mina n’était pas insensible à la cause de Rosae, elle comprenait d’ailleurs l’importance de la préservation de la nature pour le bien des habitants du Monde des Douze. On lui en avait souvent parlé, à l’école du bourg voisin.  

Rosæ saisit la main droite de sa protégée, et toucha l’écorce du vieil arbre de sa main demeurée libre. Un phénomène incroyable se produisit !
Mina entendit la sève parcourir le tronc, les branches et les rameaux du vieillard végétal comme elle aurait entendu battre le cœur de Rosæ si elle avait posé son oreille contre sa généreuse poitrine. À travers ce qu’elle percevait d’indescriptible, l’enfant crut reconnaître des murmures. Ceux-ci lui demeurèrent incompréhensibles. L’adoratrice de Sadida lui expliqua que l’un des avantages de suivre l’enseignement du Père du Peuple des Arbres était de comprendre les végétaux, et même de converser avec eux. 

Rosæ poussa un petit cri et se frappa le front, rompant le lien qui avait été établi entre le vieux frêne, elle et la petiote. 

« Oh, d’ailleurs, Mina, où avais-je la tête ? J’ai oublié de te présenter ma poupée préférée !  » 

Une petite silhouette de toile jaillit de la chevelure sombre de Rosæ dans un cri strident. Son front était ceint d’un bandeau blanc marqué d’un disque rouge qui lui tombait sur ce qui lui tenait lieu d’yeux. Sacri-Fia était son nom. La poupée fit le tour de sa maîtresse, aux aguets, puis retourna se dissimuler dans les longs cheveux de la protectrice de la nature. 

« Lorsque j’ai la broussaille en feu, ce sont des poupées protectrices comme Sacri-Fia qui me viennent en aide. Lorsqu’il m’arrive d’avoir les nerfs à fleur de peau, c’est Gonfgonf qui vient m’apaiser. »  

À la mention de son nom, une seconde poupée s’extirpa de l’une des bourses pendues à la ceinture de Rosæ. Le petit homoncule de tissu prit plusieurs inspirations et, à chacune d’entre elles, enfla jusqu’à atteindre une taille pour le moins respectable : elle arrivait aux hanches de Mina. 

« Tu vas finir par croire qu’il ne m’arrive que des mésaventures, pouffa Rosæ. Mes poupées sont également présentes à mes côtés dans les bons moments ! Figure-toi que, pendant les danses sous la pleine lune printanière, Lophofolia et Sur’puissia m’accompagnent avec quelques pas de danse. » 

Deux poupées de plus firent leur apparition, à la grande joie de la petite fille. 

« Entre nous, confia Rosæ dans un clin d'œil, il n’y a pas d’âge pour jouer à la poupée !  »    

Mina s’imaginait déjà en train de danser avec, à ses côtés, de mignonnes petites poupées cousues de ses propres mains, mais un mouvement spectaculaire de l’adepte de Sadida la tira de sa rêverie.  

Des racines venaient de jaillir du sol pour s’enrouler autour des chevilles de cette dernière et la soulever du sol. À travers ses cheveux se dressaient désormais deux branches feuillues. De ce tableau idyllique se dégageait une impression unique : celle que Rosæ était en parfaite harmonie avec son environnement. Elle faisait partie de lui et il faisait partie d’elle. Indissociables l’un de l’autre, ils appartenaient tous les deux au Grand Tout qui repose dans le creux des mains de Sadida. La voix de Rosæ résonna :  

« Ma chère enfant, il ne faut pas s’arrêter à l’arbre qui cache la forêt. Derrière moi, dit-elle en désignant le bois voisin, se trouve un havre de paix pour tous les amoureux de la nature. Lors de ma première visite dans cette forêt ancestrale, j’ai eu de véritables montées de sève. Aujourd’hui, j’ai l’immense joie de t’inviter à me rejoindre dans mon jardin secret ! » 

Mina, émerveillée par la perspective de redécouvrir un lieu qui avait bercé son enfance, courut en direction de l’orée du bois. Cependant, elle fut arrêtée dans son élan par son accompagnatrice. 

«  Avant d’aller plus loin, je vais te demander quelque chose… Je sais que tes bottines sont magnifiques, Mina, mais accepterais-tu de les retirer exceptionnellement le temps d’une excursion ? Il est de coutume de parler du Soulier de Sadida chez les adorateurs du Danseur aux Semelles de Vent… Marche avec moi dans l’humus, pieds nus, et tu ressentiras la terre que tu foules différemment.  »  

Mina comprit l’idée, et elle se défit de ses bottes ainsi que de ses chaussettes et toucha la terre de la plante de ses petits pieds. Ça la chatouillait, en-dessous. Ça la piquait aussi, un peu. Mais l’expérience était puissamment libératrice !  

« A présent, Mina, ferme les yeux. Laisse-toi guider par la voix de la nature… Le peuple Sadida est connu pour ses siestes, mais je te promets que je ne te ferai vivre aucune histoire à dormir debout. Ne prends pas racine, continue d’avancer, doucement. Garde tes sens en éveil, il ne faut pas que le rêve prenne le pas sur la réalité.  »  

Rosæ laissa la petite gambader maladroitement encore quelques instants puis se porta à sa hauteur. Elle posa délicatement une main sur son épaule gauche et s’accroupit pour lui faire face. Dans son autre main, la fidèle de Sadida tenait un bouton de rose. 

« Tu peux ouvrir les yeux, Mina. » 

La jeune fille découvrit le présent, ravie, et se pencha en avant afin d’en humer le parfum. C’était celui de sa guide, assurément ! 

« Aujourd’hui, Mina, je te remets cette fleur. Sache que la nature, elle, a bien plus à t’offrir que moi.» 


Rosæ caressa la rose tout en évitant les épines puis la déposa délicatement dans la main tendue de Mina. Cette dernière, touchée par cette marque de gentillesse, se fendit d’un grand sourire qui combla l’adepte de Sadida, encore émue d’avoir pu faire découvrir les voies de son Dieu à l’enfant. 

Mina allait-elle suivre les pas de la charmante Rosæ ? Les Douze seuls le savaient. 

C’est songeuses que les deux complices s’en retournèrent doucement aux Piles, croisant un couple de pêcheurs revenant de la rivière et portant, certainement, leurs prises du jour chez le poissonnier du village. 

 
7 0
Score : 157

Lorsque la jeune femme vit Mina et Rosæ revenir de leur promenade, elle se tassa davantage dans l’ombre du mur où elle s’était réfugiée. Puis elle suivit lentement la fillette de son regard perçant, restant toujours dans l’obscurité, jusqu’à ce qu’elle parvienne au milieu de la grande place où l’adepte du Dieu Feuillu la quitta, la laissant réfléchir. Elle s’assit au bord de la fontaine, songeuse, tandis que la Sramette se décidait finalement à sortir de l’ombre, s’avançant à sa rencontre dans la lumière de cette fin de matinée.

La foule rassemblée plus tôt dans la journée s’était dispersée, les habitants et voyageurs étant pour la plupart retournés à leurs occupations en attendant de pouvoir parler à la fillette, et elles étaient désormais seules au bord de la fontaine. La disciple du Grand Sournois s’approchait lentement de Mina qui ne l’avait pas remarquée, perdue dans ses pensées, assez rapidement cependant pour ne pas se faire couper l'herbe sous le pied par un autre guide potentiel.
Lorsqu’elle brisa le silence, la jeune fille eut un sursaut qui manqua de la faire tomber tête la première dans le bassin. Elle détailla lentement son interlocutrice tandis que celle-ci se présentait. 

-Bonjour Mina, commença-t-elle. J’étais présente lors de l’appel des Sept, même si tu ne m’as très certainement pas aperçue. Si ça ne te dérange pas, j’aimerai bien te présenter le culte de Sram, auquel j’adhère, afin de t’aider dans ton futur choix. Ah, j’ai oublié de me présenter ! Je me nomme Eryne. Je suis momentanément de passage dans ton charmant village, afin de faire connaître ma profession de nécromancienne... et goûter le cidre des Isselba, aussi, haha. 

Elle lui sourit, la laissant réfléchir. Mina demeurait sceptique ; si Rosæ paraissait amicale, une sensation de froid et d’antipathie qui inspirait la méfiance se dégageait de la jeune femme qui la toisait.
Des motifs en forme de crânes étaient représentés partout sur sa tenue et sa cape, dont la capuche était rabattue sur ses cheveux ivoirins, et deux dagues aux manches taillés dans l’os étaient suspendues de chaque côté de sa ceinture. Quelques grigris à l’origine douteuse étaient accrochés à la sacoche qu’elle portait en bandoulière.
Cependant le sourire qui éclairait son visage paraissait sincère, et c’était l’occasion pour la petite d’en apprendre plus sur le mystérieux culte du Nuisible Invisible. En cette journée, il fallait laisser les préjugés de côté ; aussi Mina accepta de suivre Eryne.

Les deux acolytes quittèrent la place, slalomant entre les petites maisonnettes qui l’entourait. L’adolescente remarqua bien vite que sa guide préférait longer les murs, restant dans l’obscurité, sûrement l’explication à sa peau si pâle. Elle ne faisait pas le moindre bruit de pas, et ses vêtements ne produisaient pas le moindre froissement ; elles avançaient dans un silence qui mit mal à l’aise Mina, qui le rompit en demandant à la nécromancienne où elles se rendaient. 

-Vois-tu, les disciples de Sram entretiennent un lien tout particulier avec la mort ; tu n’as rien contre une petite promenade au cimetière, j’espère ? 

La petite s’empressa de la rassurer, bien trop curieuse pour s’arrêter là. Les deux femmes sentirent le chemin devenir plus vallonné, et bientôt elles marchaient le long d’un chemin serpentant entre les collines boisées. Elles traversèrent un petit pont de pierre qui enjambait la Soif, puis continuèrent leur route jusqu’à parvenir au petit cimetière des Piles.
L’endroit était calme et, chose étrange, plutôt agréable ; en effet, les habitants du bourg prenaient soin de fleurir et entretenir les tombes de leurs disparus, donnant ainsi à la nécropole un certain charme. Mis à part quelques grands-mères qui saluèrent Mina, elles étaient seules.
Eryne s’avança lentement parmi les sépultures, comme plongée dans une sorte de transe ; puis, elle se retourna vers la fillette, qui avançait d’un pas peu assuré entre les tombes. 

-Les Srams sont souvent considérés comme des fourbes, voleurs et assassins dont il ne faut pas se fier ; vénérer le dieu des Criminels n’est pas bien vu, ce que je peux aisément comprendre. Nous tirons nos pouvoirs de l’Ombre, qui nous lie et où nous nous dissimulons. Notre type de combat est assez atypique également ; disparaître au nez et à la barbe de nos ennemis – je t’en reparlerai -, les attaquer furtivement à l’aide de poisons et coups de dagues, piéger le terrain ou encore invoquer les ombres… Mais il n’appartient qu’à toi de choisir ce que tu voudras faire de tes pouvoirs si tu choisis cette voie ; beaucoup de disciples du Grand Sournois sont de simples civils tout ce qu’il y a de plus normaux. Pour ma part, je vénère Sram en tant que dieu de la Mort.  

Tout en parlant, elle sortit un crâne de corbeau de sa sacoche, ne manquant pas d’impressionner Mina. Un voile d’ombre en sortit et enveloppa ses mains, et elle pencha la tête, récitant une douce mélopée que la fillette ne sut correctement comprendre.
Lorsqu’elle reprit, sa voix se faisait plus lointaine. 

-Les Srams, en effet, respectent l’art funéraire et, comme je te l’ai déjà dit, entretiennent un rapport particulier avec la mort. Nous sommes plus aptes à exercer la nécromancie, comme c’est le cas pour moi. Vois-tu, en ce moment je ressens particulièrement la présence des esprits autour de nous. Ils sont apaisés, ne t’en fait pas ! ria-t-elle en voyant la mine effrayée de Mina. 

Elles poursuivirent leur promenade morbide jusqu’à atteindre un grand saule, qui ombrageait une petite rangée de sépultures. La Sramette disparut en passant à côté de l’arbre centenaire, à la grande surprise de Mina qui lâcha un petit cri de surprise. La voix de sa guide s’éleva de nulle part. 

-Je t’en ai parlé brièvement tout à l’heure ; les Srams possèdent le don de l’invisibilité. Un talent très pratique au quotidien, pas forcément pour détrousser les aventuriers imprudents comme tu sembles le croire – bien que je dois te l’avouer, c’est assez grisant -, mais parfois simplement pour se retirer, être seul. Le silence est une chose que le Seigneur des Ténèbres apprécie fortement. 

L’adolescente sentit Eryne lui frôler la main ; lorsqu’elle jeta un coup d’œil sur celle-ci, Mina s’aperçut qu’elle en voyait au travers ! Elle ria, constatant qu’elle était à son tour invisible. Oubliant qu’elle était dans un cimetière, elle courut à travers les allées, s’amusant de sentir ses pieds pourtant invisibles marteler le sol. Soudain le sortilège se dissipa, et les deux acolytes se regardèrent, un sourire complice sur leurs visages.
Le silence qui planait désormais dans la nécropole était trop beau pour être brisé ; les deux compères progressèrent sans dire un mot jusqu’aux grilles du cimetière. 

-Merci de m’avoir fait confiance, Mina ! Je ne sais pas quelle sera ta voie, mais qu’importe sera ton choix du temps qu’il te rende heureuse. Je suis en tout cas ravie d’avoir pu te faire découvrir mon culte. On se reverra certainement lors de ta cérémonie d’initiation ! Ah, et tiens, tu as fait tomber ça… 

Elle lui tendit un petit bracelet serti d’une perle rare ; la petite poussa un cri d’étonnement en reconnaissant son bijou, qu’elle avait pourtant gardé dans sa poche fermée. Comment avait-il pu atterrir entre les mains de la Sramette ?... Cette dernière lui adressa un clin d’œil complice tandis que Mina le rangeait. Puis elle disparut dans un nuage de brume, laissant la fillette revenir en galopant vers les Pilles sous le soleil de cette fin de matinée, heureuse d’avoir pu constater les talents des disciples de Sram.

6 0
Score : 60
Assise au premier rang, je ne pouvais m’empêcher de repenser à ma cérémonie du choix. À l’époque, je ne m’étais pas vraiment posé de questions. Mes parents étaient les forgerons du village et les seuls adorateurs du dieu Iop. Il était donc logique que je suive leur voie et perpétue la lignée. Mon choix m’avait permis de partir à l’aventure et de fuir l’ataraxie du village.

Ma présence aujourd’hui n’était qu’un heureux hasard. Mes compagnons de route m’avaient lâchement abandonné une ville plus tôt pour goûter les spécialités de la région. Les connaissant, j’allais encore les retrouver sans un sou et complètement ivres dans le premier bouiboui du coin.

Étant d’humeur nostalgique, j’avais eu la bonne idée de passer saluer mes parents et me retrouvais à assister à la cérémonie du choix de ma petite voisine, Mina. Avec son caractère de sanglier et sa force de minotoror, elle ferait une excellente disciple du Dieu Iop. J’en étais persuadée depuis sa naissance. Mais comme toujours, la cérémonie du choix était le moment idéal pour régler ses comptes et influencer la décision spirituelle de l’enfant.

Les festivités s’étaient transformées en une cacophonie assourdissante et la pauvre Mina se noyait dans les paroles des uns et des autres. Elle était partie se balader avec une disciple de Sadida et maintenant elle écoutait le guide du dieu Sram. Pauvre petite, je devais intervenir avant qu’elle ne prenne la mauvaise décision et le regrette toute sa vie. Par politesse et parce qu’il était formellement interdit de se battre en ce jour sacré, j’attendis la fin du tour de passe-passe grotesque et inutile.

Avec une grâce dont j’avais secret, je me redressais de ma chaise et claquais de toutes mes forces mon épée contre mon bouclier. L’onde sonore raisonna sur la place et arrêta toutes les personnes qui souhaitaient parler à Mina. Les regards se posèrent  sur moi et je ne pus qu’esquisser un sourire quand les sept prêtres blêmir. Il faut bien avouer que ma cérémonie du choix était restée dans les mémoires de tous et ce malgré les années passées.

Mina était bien trop jeune pour s’en rappeler, mais je crus percevoir un brin d’admiration dans son regard ambré. Après tout, j’étais Tsugira, la voyageuse procrastinée et surtout la seule qui avait réussi à découper les toges des sept prêtres simultanément et avec un seul coup d’épée.

Mesdames et Messieurs, si vous me le permettez je  souhaiterais  vous louer les biens fait que nous offre le dieu Iop à cette très chère Mina.

D’un bond net et puissant, je me retrouvais aux côtés de la petite. Elle n’était pas bien grande, certes, mais la taille n’était pas synonyme de puissance. Tout sourire et en ignorant les protestations des personnes qui attendait leur tour, je m’agenouillais pour me mettre à sa hauteur.- La dernière fois que je t’ai vu, tu n’étais pas plus haute que trois pommes. Le hasard a fait que je sois présente  en ce jour et j’espère que mes paroles t’aideront dans ton futur choix.
 La petite qui n’avait pas quitté mon épée des yeux, agita timidement la tête et croisa mon regard.
 - Il y a des années, j’ai décidé de suivre la voie du Dieu Iop. Par devoir familiale mais aussi pour la force physique et mentale qu’il m’offrait.
 Je crus percevoir un ricanement.- Nous les Iops nous sommes les seuls à savoir parler aux armes et surtout les seuls avec assez de bravoures pour partir à l’aventure avec pour seules compagnies notre épée et un bon cuisseau de bouftou , repris -je sans prêter attention à l’hilarité du guide Crâ. Nous aimons nous battre mais nous défendons la veuve, l’orphelin et les chachas comme personne.Je fis une courte pause pour m’assurer que Mina ne soit pas trop distraite par les autres guides. Cette petite me laissait sa voix. Malgré tous les discours qu’elle avait entendus, elle semblait réellement intéressé par mes paroles.
 - Certains te diront que l’intelligence et l’hygiène des iops laissent à désirer mais sache que notre cœur est aussi vertueux que loyal. Aucune d’entre nous ne laissera un compagnon de route de côté et surtout iop rime avec voyage et liberté.

C’est faux, hurla quelqu’un derrière moi.

Quelque peu agacé, je ne pus m’empêcher d’utiliser ma magie. L’air devint d’un coup irrespirable et une violente ligne enflammée apparue. Le couperet enflammé s’arrêta à un centimètre du trouble-fête et laissa une agréable odeur de roussie. J’avais été tellement précise que les poils de son nez étaient partis en fumée. Mina qui n’avait pas perdu une miette, éclata de rire et me mis le baume au cœur. Si j’avais été à sa place, j’aurais aimé que des voyageurs me parlent de leur choix et de leur Dieu.

- Nous sommes également les guerriers les plus puissants, dis-je en lui faisant un magnifique clin d’œil. Ma petite Mina, ne te laisse pas embobiner par les grands discours des prêtres ou même des guides inexpérimentés. Écoute ton cœur, lui seul te guidera vers le dieu qui te convient.

Un sourire et un ébouriffement plus tard, je repris place dans le public. Même s’il s’agissait d’un pur hasard, j’étais fière d’avoir pu m’exprimer et aider une
5 0
Score : 2323

([HRP] Après plusieurs participations ce texte est à considérer hors concours. Néanmoins, n'hésitez pas à intégrer mon récit aux vôtres. Quant aux retours, ils continuent de m'intéresser ! [/HRP])



« Hé ! Mina, t’es tendue ? »

     La voix, caverneuse, était sortie de nulle part et avait fait sursauter la pauvre jeune fille qui se tortillait désormais cherchant en vain la source de cette interpellation.

« Tu sais au moins quel jour on est ? »
 
     Exténuée, la jeune âme rentrait chez elle en descendant la grand-rue après avoir passé la journée à écouter des disciples de Sadida, de Sram et encore d’Iop. Chacun leur tour, ils avaient usé de charmes et d’arguments pour influencer le choix décisif que s’apprêtait à réaliser sous peu Mina, alors qu’elle venait aujourd’hui de souffler sa douzième bougie. Au-dessus des Piles de Kontouar, le ciel virait au même mordoré que le regard de la gamine, s’assombrissant de seconde en seconde et il fallut quelques temps pour que Mina distingue enfin son curieux interlocuteur. Là, prostré en boule contre un mur de l’unique taverne du village, le pelage poisseux, ton sur ton avec la peinture miteuse de l’institut, un vieux Pandawa rabougri. A sa vue Mina hoqueta et eu un geste instinctif de recul. Puis, prenant le temps de croiser son regard elle vit finalement poindre une lueur de bienveillance sur ce drôle de visage hagard. Il reprit :

« Sérieux, tu devrais te regarder, t’as l’air paumée ! Viens, on rentre à l’intérieur, je t’offre un verre ça va te requinquer. »
 
     Mina était restée fixée sur les babines du Pandawa qui à chaque nouvelle syllabe provoquaient des mouvements chaotiques de poils broussailleux. Elle le connaissait, il se surnommait lui-même Maître Kontouar. Au village, les plus mauvaises langues le considéraient comme l’ivrogne du coin. Mais elle, avait une opinion quelque peu différente. Certes, elle ne se souvenait pas lui avoir déjà adressé la parole si ce n’est quelques polis « Bonjour ! » de loin lorsqu’elle le croisait. Mais elle l’avait déjà vu à l’œuvre plusieurs fois, alors qu’il pêchait, sa ligne en Soif et remontait de grande quantité de pichons. Indéniablement, elle l’avait toujours trouvé mou mais il y avait autre chose chez lui, au sein même de cette mollesse, qu’elle ne savait définir et qui le rendait mystérieux.

     Un effluve surprenant sortit la gamine de sa torpeur momentanée alors que le vieux bonhomme s’était relevé et approché d’elle pour saisir son bras et la diriger en titubant vers l’entrée de la taverne. A nouveau elle se laissa surprendre tout en se demandant si l’odeur qui venait de lui piquer les narines était nauséabonde ou délicieuse…

     A l’intérieur, l’ambiance était chaleureuse et les discussions allaient bon train autour de chopes bien remplies. On servait ici un cidre de très bonne facture ainsi qu’une assez grande variété d’autres boissons fermentées mais les plus audacieux s’offrait une Panda d’Piles, issue de la petite production de Maître Kontouar lui-même qu’il menait artisanalement chez lui à ses heures perdues. Le brouhaha général s’amenuisa cependant à la vue du duo improbable qui venait de faire irruption dans la pièce mal éclairée. C’est Mina qui retenait surtout l’attention sembla-t-il, le village était petit et sa toute récente majorité avait attisé l’effervescence des Empileurs. Pourtant, peu à peu et sans raison précise, les habitués reprirent leurs conversations. Peut-être avait-on décidé d’un commun accord que c’était le tour de l’ancien Pandawa et qu’on pouvait bien lui octroyer un peu de tranquillité ?

« Nous sommes le 12 martalo ! Un Ecaflip te jurerait que c’est le signe évident du Grand Taquin, je serai plus mesuré mais toujours est-il que c’est une sacrée coïncidence ! »
 
     Interceptant un regard circonspect de son invitée, qui peinait à s’installer sur une haute chaise en bois du haut de laquelle ses pieds étaient loin de toucher le plancher, Maître Kontouar s’empressa d’expliquer ce qu’il considérait comme évident :

« Allons bon ma petite, qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école des Piles d’eK' ?! Le 12 martalo de l’an 12 : Pandawa rejoint le panthéon des désormais Douze ! Ça fait pas partie de vos dates repères à retenir par cœur ? C’est une grande fête pour nous Pandawas. »
 
     Mina écoutait patiemment, quoiqu’elle semblait fatiguée par cette première journée de plaidoiries desquelles elle se sentait à la fois juge et coupable. Tout en essayant de se rappeler si l’Aurore Pourpre avait eu lieu en l’an 26 ou 36 elle faisait tourner le lait de bambou fermenté qu’on lui avait servi contre son gré dans sa chope penchée, le humant de temps à autres avec méfiance.

« Bon, depuis que je vis ici, vu que je suis presque le seul du coin je célèbre ça à ma manière mais … bref. Je vais pas y aller par quatre vents, quand je t’ai vu j’me suis dit que je pouvais tenter ma chance, je serais pas contre une collègue de boisson vois-tu ? Je t’ai vu tout à l’heure, je revenais de la pêche avec Jemse, tu suivais Rosæ. Bon ouais, c’est une belle plante on va pas se voiler la face mais je suis à peu près convaincu qu’elle t’a baratinée au sujet de la proximité inouïe de son Dieu avec la Nature… Ben tu vois, je pense qu’on ne peut pas faire plus en symbiose avec la Nature que nous Pandawas ! »
 
     La jeune fille s’était redressée pour protester au sujet de la disciple du Danseur aux Semelles de Vent mais le Pandawa était lancé :

« Nous la Nature, on la boit, elle coule dans nos veines ! La fermentation c’est le stade ultime de l’écologie, rien n'se perd tout se transforme. Et elle nous le rend bien la Nature, elle nous renforce grâce à ses boissons. Nous devenons alors aussi puissants qu’un Iop à cela près qu’en plus nous gardons notre légendaire voie de la souplesse. C’est ce cocktail détonant qui a permis de créer une discipline comme le Pandawushu. Et oui ! Nous sommes aussi de grands guerriers. Sans le côté mélodramatique dont nous a gâté l’adoratrice d’Iop cet aprèm’… »
 
     Mina faisait la moue, elle s’était attendue à un brin plus d’originalité ou de divertissement de la part d’un personnage aussi atypique. Au final, il lui resservait le même type de discours qu’elle avait entendu la journée durant, sans les tours de passe-passe sympathiques d’Eryne ou le spectacle flamboyant de Tsugira. L’animation ambiante de la taverne s’était accrue à mesure que les esprits s’embrumaient tandis qu’à l’extérieur une lune d’albâtre contrastait avec le ciel de jais. Il était temps pour elle de rentrer, ses parents devaient déjà s’inquiéter même s’ils étaient sûrement bien conscients que les deux prochaines semaines ne seraient pas tout à fait normales. Elle réajusta dans sa chevelure la fleur que Rosæ lui avait offerte et entama une descente de son assise en s’appuyant sur l’énorme tonneau qui leur avait servi de table quand la main poilue du Pandawa s’abattit sur son bras frêle. Son regard avait changé quand il prononça ces mots :

« Jeune âme, tu es née près de la Soif, n’offusque pas celle qui l’est Eternelle en laissant cette chope pleine derrière toi. »
 
     Le ton était cinglant, presque trop lucide. Mina baissa les yeux vers le liquide devant elle. La mousse était retombée et avait laissé la boisson sans faux-col dévoilant ainsi sa couleur jaunâtre et son aspect laiteux. Elle pinça les lèvres et releva son bras pour finalement repousser la chope. Mais, plus aussi alerte à cette heure et oubliant qu’elle avait replacé plus tôt le larcin de la sramette sur son poignet droit, celui-ci percuta le récipient qui entama une chute inexorable vers le sol. C’est alors que, dans un mouvement ample d’une fluidité atemporelle, Maître Kontouar se propulsa de son siège et déploya sa jambe gauche qui vint frapper le bock par-dessous. Celui-ci vola dans une nouvelle direction pour finir sa course dans la paume du Pandawa dont une goutte de sueur perlait le long du front. Durant la manœuvre, le lait de bambou fermenté avait quitté puis avait réintégré son récipient en intégralité, deux fois.

     Debout, dans une posture de combattant, des ombres formées par la lumière d’une bougie dansant sur son visage, le disciple de la Reine des Chopes se montrait sous un autre jour. Mina le dévisageait désormais avec un regard rond et autour d’eux la plupart avaient interrompu leurs bavardages ; certains applaudissait déjà le sauvetage remarquable du précieux alcool. La chopine tendue du Pandawa en direction de la jeune fille était en tout cas au centre de toutes les attentions et elle se força à la porter à ses lèvres.

« Cul-sec, cul-sec ! » clamèrent en chœur les occupants du lieu.
 
     Et ainsi fit Mina, d’une mine d’abord dégoûtée puis surprise et finalement … grisée.

     Le reste de la soirée fut nébuleux. La gamine se souvint plus tard que Maître Kontouar s’était évertué à lui expliquer comment accorder spirituel en spiritueux. Avait-il aussi tenter une métaphore du cheminement des âmes au travers des étapes successives de la fermentation ? En tout cas elle avait goûté ce soir-là à l'ivresse d'être Pandawa. Ah si, et il y avait eu cette phrase :                                                                                                                                  
« Louée soit Pandawa : la déesse adéquate ! »
7 0
Score : 100

   En ce matin de printemps, alors que les oiseaux chantent et qu’une douce mélopée d’eau ruisselante berce le petit village des Piles de Kontouar, une effervescence plutôt rare dans ce bourg  si paisible fait écho dans les montagnes de la Bossue.

   La jeune Mina se laissa portée par la foule jusqu’à la grande halle, du côté de la fontaine. De là, elle remarqua les sept prêtres qui se sont rassemblés.

   Elle le sait, aujourd’hui  elle a atteint sa majorité spirituelle, et elle se doit de choisir le Dieu qui la guidera tout au long de sa vie. Ses parents, bien que vénérant qu’un seul Dieu, ont toujours voulu laisser leur fille suivre son propre chemin la menant jusqu’à cette illumination, cette évidence qui viendrait à elle lors du choix de sa divinité.

   Après avoir fait connaissance des divinités Sadida, Sram ainsi que Iop,  la jeune fille semble troublée, tous ces Dieux la fascine. Perdue dans ses songes,  elle prend un peu de distance en se promenant le long de la rivière de la Soif.

    C’est alors qu’elle vit au sol,  une pièce d’une clarté inégalée.  Sa lueur ne put l’empêcher de se pencher pour la ramasser.

   En levant la tête elle tomba nez à nez avec un disciple, celui-ci ne portant que peu de vêtements laissait apparaitre le blanc pelage de son corps. 


« Gliiiiiing »



    Un bruit de grelot attira le regard de la fillette au visage de cette étrange créature. Celle-ci avait également un collier muni d’un grelot, des oreilles pointues se distinguaient sur sa tête. 

« Tu ne prendras aucune décision sans jouer d’abord à pile ou face. »


   La jeune fille fut stupéfaite par cette apparition soudaine, sans rien n’y comprendre, elle jeta la pièce en l’air et la fit retourner dans sa main pour y voir apparaitre la tête d’un gros chat rose, somme toute hilarante, avec ses petites lunettes noires.

    « Le Dieu Ecaflip semble être de ton coté en ce jour… Pardonne ma venue si soudaine, je m’appelle Egna, je suis un disciple du Dieu Ecaflip, notre Maitre du Jeu. Je suis de passage dans ton village à la recherche d’un sculpteur pouvant faire du prestige de vos bois millénaires, la création de dés à six faces. » 

   Mina fut émerveillée par la créature qui lui faisait face. Tout en plaçant la pièce dans sa besace, elle constata que le jeune félin décida de s’asseoir et sortit de ses mains bordées de coussinets, deux dés. 


« Tu t’entraîneras tous les jours pour garder la main. »    


   La fillette ne comprenait pas tout des agissements d’Egna, mais elle se laissa guider par sa curiosité et par le large sourire réconfortant qui se dessinait entre les quelques vibrisses du visage velu du félin. Elle prit donc le temps de s'asseoir au bord de la rivière et jeta les dés  qui lui ont été donnés formant ainsi le chiffre neuf.

 
« Tu croqueras tes neuf vies à pleines dents. »


   « Le chiffre neuf est sacré pour nous, les disciples du Dieu Ecaflip. »

   Egna pris le temps de conter le récit de son Dieu, expliquant notamment le symbole des neuf vies. Celles que le Dieu lui-même aurait sacrifiées afin de fabriquer une arme légendaire lors du combat contre l’Hydre. Il aurait alors utilisé les poils de ses neuf queues symbolisant ses neuf vies afin de créer une arme d’une puissance inégalée permettant ainsi de vaincre le monstre en tranchant toutes ses têtes d’un seul coup.

   Mina buvait les paroles du félin, le sens du sacrifice porté dans son récit faisait écho à des valeurs qui lui sont chères. Après un long silence, Egna enchaina :

   « Nous, les disciples vivons dans une communauté riche de jeux, nous sommes clairs sur le fait que le hasard n’existe pas et que c’est en jouant que notre destinée se dévoile !

  
Enfin, tu auras, au décours de notre rencontre, pû connaitre quelques uns de nos préceptes. J’espère que cette entrevue pourra t’être bénéfique en cette journée si spéciale à tes yeux. » 



   Le disciple se releva, tendit son regard sur l’horizon de la rivière, ses poils semblaient se hérisser sur son dos.

« Comme le dirait une de nos expressions typiques :  Chat échaudé doit se méfier de l’eau froide et dormante, je me méfie des étendues liquides, cette rivière me rend tout écafflipé, je préfère donc disposer. » 


   C’est ainsi que le félin disparu dans l’immensité des champs bordant le village.

   Laissant apparaître un léger sourire, Mina regagna le centre du bourg. Elle ne put repenser qu'à cette rencontre étonnante, le hasard nous entrainerait-il vers le destin qui nous attend ?
 

  Tout en cherchant à retrouver la pièce précédemment rangée dans sa besace, la fillette se rendit compte de son absence, en échange de quoi une carte attira son attention.

« Loué soit Ecaflip, le dieu au sourire félin ! »
 
7 0
Score : 373

Allongée sur son lit et jouant avec son bracelet subtilisé par Eryne quelques instant auparavant, la jeune Mina repensait à un rêve qui l’avait bouleversée il y a quelques années. Elle s’était vue adulte dans le village des Piles dégustant une bolée de cidre issu de la dernière récolte avec sa famille et ses amis. Elle avait trouvé cela incroyable de se voir autrement qu’en petite fille. Une chose est sûre, elle avançait, peu à peu, vers sa vie d’adulte. La preuve, elle venait d’écouter les disciples de Sadida, Sram, Iop et Ecaflip, tous bien décidés à la convaincre de choisir leur Dieu.

C’est alors qu’elle vit passer par la fenêtre de sa chambre une fée aux ailes bleutées et aux oreilles pointues. Mina fut émerveillée de voir ce si petit bout de femme se diriger ainsi dans les airs. Elle s’approcha doucement, de peur de faire fuir la fée. Elle ouvrit la fenêtre pour mieux observer. C’est alors que la fée rentra dans la chambre de la jeune fille et commença à parler :

« Tu dois être la jeune Mina, c’est bien ça ? Je suis Coumadine, une disciple de la Déesse Eniripsa, la Divine Praticienne. Elle m’a chargée d’une mission bien précise. Je suis venue à ta rencontre pour t’aider à faire ton choix lors de la cérémonie initiatique qui aura lieu dans deux semaines. »

Mina, aussi apeurée qu’intriguée par la fée, se rassit sur son lit pour mieux l’écouter :

« La Divine Praticienne pourrait être comparée à une magicienne. Son atelier est rempli de fleurs, de potions, de fioles mais également de fils et d’aiguilles. L’odeur est incroyable, on se croirait en pleine nature. Elle a soigné de nombreux blessés. Si ton choix se porte vers la Déesse Eniripsa, tu devras, toi aussi Mina, préparer des potions et panser des plaies. J’espère que tu as le coeur solide, car parfois, les blessures ne sont pas belles à voir ! La dernière fois, un pêcheur est venu car il s’était fait mordre par un requin marteau-faucille. La Divine Praticienne a utilisé son savoir-faire pour guérir la cheville de l’homme en un temps record. Il ne savait pas comment la remercier et lui a fait livrer une caisse de poissons frais. Cette histoire n’est qu’une anecdote parmi tant d’autres. »

Mina était très attentive à ce récit. Elle, qui était maladroite, avait toujours des pansements sur elle. Sentant que la petite fille était très attentive, elle poursuivit :

« Mina, suis-moi, j’ai besoin de toi ! »

La fée était sortie de la pièce, comme elle était rentrée, c’est-à-dire par la fenêtre.« Allez fais comme moi, passe par la fenêtre, tu es toute fluette ! »

La maladresse de Mina se confirma, elle s’égratigna sur le bord de la fenêtre… Quelques gouttes de sang commençaient à apparaître sur son genou gauche. Coumadine rassura la petite fille :

« Ne t’en fais pas, je vais arranger ça ! »

D’un coup de baguette, elle fit apparaître un petit lapin. Le jeune animal ne semblait pas très discipliné et sautait sans cesse autour de Mina et de Coumadine.

« Pinpin, arrête ! PINPIN ! » criait la fée quelque peu exaspéré.

Mina, quant à elle, semblait amusée par le compagnon de la fée. Elle qui avait toujours rêvée d’avoir un animal à la maison…

« Si tu choisis la Déesse Eniripsa, j’espère que tu auras plus d’autorité que moi avec ton lapin. Enfin, il faut quand même avouer qu’il m’est très utile car il m’aide à soigner les blessés. »

À ces mots, le lapin déposa un baiser sur le genou abîmé de Mina puis disparut. Le genou gauche était identique au genou droit. La petite fille n’en croyait pas ses yeux ! La fée lui sourit, espérant que cet acte pourrait la convaincre de faire partie des disciples d’Eniripsa.

Elles pouvaient désormais se mettre en chemin. Mina écouta Coumadine qui commençait à lui raconter d’autres histoires d’habitants soignés par la Divine Praticienne et ses disciples. Une chose est sûre, on ne s'ennuyait pas chez les Eniripsa ! Arrivées près des collines, toutes d’eux s’arrêtèrent.

« Il me faut des fleurs de lin Mina, tu veux bien m’aider ? » demanda Coumadine.

Lorsque Mina se baissa pour cueillir une fleur de lin utile à la potion de la fée, cette dernière s’approcha :

« Oh Mina, fais voir ta main s’il te plaît, j’ai cru remarquer quelque chose… »

La jeune fille se laissa approcher sans crainte. Elle s’était faite griffer par le chat des voisins quelques jours plus tôt et les marques étaient encore bien visibles. Coumadine prononça quelques mots, incompréhensibles pour Mina, qu’elle accompagna d’un geste de la main. En une fraction de seconde, les traces de griffures avaient totalement disparues.

« Prends bien soin de tes mains Mina, elles sont précieuses. C’est grâce à elles qu’on peut soulager les souffrances des autres. C’est notre outil de travail. »

Pour la deuxième fois, Mina n’en croyait pas ses yeux… Elle semblait gênée, ne sachant pas quoi faire pour remercier Coumadine. Elle se sentait redevable. La fée lui dit simplement :

« Tu n’as pas besoin de me remercier. Le sourire qui se dessine sur tes lèvres me rend heureuse. »
Mina poursuivit sa récolte pendant plusieurs minutes. Elle tendit à la fée les fleurs récoltées avec l’impression que cet infime bouquet était très précieux. Coumadine ajouta les fleurs de Mina dans sa besace, déjà bien remplie.

« J’ai beaucoup aimé discuter avec toi Mina, mais je dois absolument ramener rapidement tous ces ingrédients à la Divine Patricienne pour qu’elle puisse fabriquer ses potions de soin. Dans quelques heures, les vertus auront presque disparues… »

La fée raccompagna Mina jusqu’à la fenêtre de sa chambre.

« Retiens bien cette phrase Mina « Louée soit Eniripsa, la Déesse aux ailes diaphanes ! » »

Coumadine s’envola vers d’autres horizons. La jeune fille ne put s’empêcher de lui adresser un signe de la main en guise d’au revoir.

Mina était encore stupéfaite de cette conversation qui avait débuté dans sa chambre. Se laissera-t-elle convaincre par cette rencontre inattendue ?

7 0
Score : 400

Mina se tenait à côté de la grande halle. Elle était partie se désaltérer à la fontaine à proximité pour apaiser sa soif. Une rumeur courait que plus on buvait de cette eau, plus on avait soif car l’eau de la fontaine prenait source dans la rivière éponyme, la Soif. Après avoir bu, Mina se passa un peu d’eau sur le visage quand soudain une voix ronronnante l’interpella.

« Excuse-moi jeune fille, je cherche la côte, sais-tu où elle se trouve ?»

Mina lui indiqua le chemin et se posa beaucoup de questions sur ce drôle d’individu vêtu de haillons. Elle lui demanda qui il était et ce dernier répondit que c’était un aventurier et un poète. L’homme souleva sa capuche et révéla une tête de chat toute poilue avec de beaux poils ivoirins brossés lui rappelant la chevelure ondulée d’Eryne, tout le contraire des pandawas ou des ouginaks. Mina était interloquée, elle n’avait jamais rencontré d’écaflip par le passé. Mina le questionna pour savoir si elle pouvait effleurer son pelage. L’écaflip accepta avec un large sourire et l’étranger chercha auprès de Mina pourquoi la place du village était envahie d’un capharnaüm et d’une cohue générale. La petite fille expliqua la situation et l’importance de ce jour pour elle. Elle lui demanda alors s’il voulait bien qu’elle l’accompagne jusqu’au rivage car elle voulait se promener pour échapper à l’effervescence générale et découvrir cet exotique et abracadabrant personnage.L’écaflip se présenta sous le nom de Miaouch et il lui dit :

« Le hasard a décidé de cette rencontre car il décide de tout en ce monde, voilà la philosophie de mon culte, celui des écaflips. »

La gamine lui expliqua qu’elle était curieuse d’en savoir plus sur son peuple et sa religion car cela relevait du mystère pour elle. Les deux individus prirent donc la route et l’héroïne du jour énonça à Miaouch qu’elle avait déjà rencontrée dans la journée des adorateurs et disciples de diverses classes. Parmi eux se trouvaient une belle et parfumée sadida Rosae, une sramette aux allures douteuses et lugubres mais au cœur empli de gentillesse et d’amour pour son dieu, et enfin une iopette surexcitée et hystérique mais farouchement drôle. Miaouch lui expliqua que ces rencontres étaient le fruit du destin. Hasard ou certitude, son passage à ce moment était la volonté du dieu taquin pour que la jeune fille choisisse soigneusement son culte. Il lui confia alors :

« Les écaflips se reposent sur le hasard mais sont très souvent chanceux. Tu m’as dit avoir abordé différents adeptes de culte mais sache que seule la voie d’écaflip te sera bénéfique. Les sadidas sont des illuminés comme les osamodas, les srams étranges, les iops écervelés. Si tu veux un jour trouver l’amour et ne pas finir seule, corrompue et avare ne choisis pas énutrof, les fécas sont vaniteux, les énirepsas n’ont pas que des substances légales dans leur fioles si tu vois ce que je veux dire, les roublards, leur nom suffit… Il existe de nombreuses personnes en ce monde tous différentes les unes des autres vénérant des dieux variés et c’est une bonne chose. Beaucoup de mes compagnons et amis vénèrent différents dieux mais nous sommes fédérés par notre guilde et notre amitié. Tu choisiras le moment venu ton culte et Ecaflip te guidera dans ta noble démarche. Il n’y a pas de dieu plus important que les autres, il faut choisir celui que ta raison décidera de suivre. J’ai naguère emprunté la voie d’Ecaflip car comme tu as pu le remarquer je suis né en quelque sorte de cette race mais j’ai décidé lors de mes 12 ans de suivre cette voie car je me voyais voyager autour du monde, vivre des péripéties et aventures palpitantes en me reposant sur ma bonne étoile. Je voulais suivre le destin que le hasard avait tracé pour moi, et en faisant de belles rencontres comme aujourd’hui je me rends compte que je n’ai pas fait le mauvais choix. Même si tu décides de vivre une vie calme dans une région paisible, la chance est un facteur primordial pour l’avenir. » proclama l’écaflip de façon solennelle.

Mina était fascinée par Miaouch mais n’écoutait que la moitié de son récit car elle ne pensait qu’au fait d’avoir rencontré un humain à poils. Elle avait hâte de vivre des aventures lui assura-t-elle. Ils étaient actuellement dans les collines champêtres autour du village et montra la maison de la famille Isselba. Elle lui indiqua que ces derniers faisaient le meilleur cidre de la région mais l’aventurier lui expliqua qu’il en prendrait la prochaine fois qu’il passerait dans le bourg. Il en profita pour lui dire que malgré son beau discours, elle ne devait en aucun cas choisir la déesse pandawa. Mina s’interrogea et le poète répondit que les disciples de cette déesse étaient tous des ivrognes et il serait dommage qu’une si belle âme tombe dans la dépravation et l’alcoolisme, ce serait le comble de malchance. Il expliqua qu’une amie à lui et disciple de pandawa se nommait aussi Mina, Mina Stirith. Cependant cette dernière était une loque, ravagée par ses démons et sa peau était blanchâtre à cause de la consommation excessive de lait de bambou fermenté. Mina ne semblait pas rassurée. Les deux compères arrivèrent à un croisement avec deux voies possibles. Soit ils pouvaient continuer sur la route, soit bifurquer sur un chemin en terre non balisé menant à une forêt épaisse et sombre. Mina lui indiqua qu’il ne fallait pas s’aventurer dans la forêt même si c’est un raccourci car les légendes racontent que les arbres millénaires bougent et se nourrissent des villageois curieux, les corbacs finissant les restes. Miaouch se tourna vers son acolyte et lui dit :

« Il ne faut pas avoir peur Mina. Remettons nos vies au destin et voyons ce que cela donne, je sens que tu es une petite veinarde alors il n’y a rien à craindre. Pile on prend le chemin de la forêt, face celui de la route. » 

La pièce fut lancée et tomba sur pile. Il expliqua alors à Mina que ce serait sa première aventure, qu’elle n’avait rien à craindre car la chance lui souriait et Miaouch ne tarissait pas d’éloges sur ses capacités physiques. Les deux individus téméraires s’engouffrèrent dans le bois. Après s’être enfoncés dans la forêt ils découvrirent un lieu-dit champêtre et agréable. Miaouch avança de quelque pas quand soudain, il fit reculer Mina pour esquiver une attaque. Son esprit félin ne s’était pas laissé tromper par le côté féérique du lieu. Plusieurs abraknydes sortirent de leurs cachettes, des corbacs et autres insectes s’amoncelaient sur leurs branchages. L’un des corbacs avaient même un fromage dans son bec mais Miaouch ne se laissait pas distraire par ces évènements curieux. Ce dernier rugit au milieu de nombreux assaillants et cela le galvanisait de puissance. Il bondit alors sur l’un des abraknydes et celui-ci prit feu alors que Miaouch ne l’avait effleuré que de ses coussinets. Mina, apeurée par la situation changea d’émotion en voyant que le combat était juste un échauffement pour l’écaflip et en fut émerveillée. Il sortit ses griffes et en abattu trois en un coup, aussi simple qu’un jeu. Les autres abraknydes prirent la fuite. Miaouch fut consterné de la faiblesse de ces créatures mais Mina fut subjuguée par ces sublimes attaques. Les compères reprirent la route et traversèrent la forêt sans problème, voyant des yeux chétifs et peureux les épier. Miaouch s’adressa à Mina :

« Tu sais, si tu deviens disciple d’Ecaflip alors la chance te sourira comme dans la forêt et tu deviendras encore plus forte que moi, tu pourras apprendre les techniques martiales ésotériques des écaflips. » prononça-t-il en ricanant.

Une fois échappés de cette forêt broussailleuse et aux habitants inhospitaliers, les deux camarades retrouvèrent la route et arrivèrent aux falaises. Mina demanda alors pourquoi Miaouch souhaitait se rendre à la mer. Ce dernier répondit qu’il était à la recherche d’une antre dans les falaises qui mène à un trésor que le dieu écaflip aurait perdu. Mina éclata de rire et Miaouch ne comprit pas. Elle expliqua alors que c’était un comble pour le dieu de la chance de perdre son trésor. La petite fille avec des kamas dans les yeux lui indiqua qu’il était coiffé car elle savait où se trouve la grotte mais que cette dernière mène apparemment au centre des galeries de la Bossue, où se trouvaient des créatures minières inhospitalières en sarabande. Miaouch demanda à Mina si ça l’intéresserait une chasse au trésor dans ces galeries et elle accepta volontiers avec enthousiasme car son mistigri et compagnon pour cette aventure veillait sur elle. Ils marchèrent encore un peu et arrivèrent devant la cavité à l’allure sombre et lugubre. Avant d’y pénétrer, le matou sortit de sa besace un étrange objet et expliqua qu’il s’agissait d’une lampe torche, un outil soi-disant révolutionnaire acheté à un vieux brocanteur steamer appelé Christof Colon, le roi du trône, sur le port de Sufokia. Il sortit ensuite deux petits bibelots cylindriques qu’il mit dans la lampe et celle-ci illumina l’entrée de la grotte. Il expliqua qu’il ne connaissait pas le fonctionnement exact de cet engin mais qu’apparemment ces choses cylindriques étaient des piles, appelées jadis ainsi par leur créateur Alessandrino Voltage, un empileur ayant travaillé dans la marine steamer. Comme quoi les génies viennent de partout.

« Mina, reste bien derrière moi, la chance est de notre côté et tu es une valeureuse guerrière mais ce souterrain est dangereux ! » indiqua l’aventurier avec prudence.

Mina acquiesça et les compères s’engouffrèrent dans le tunnel aux allures mystérieuses. Au bout de quelques mètres il se retrouvèrent face à deux énormes et gigantesques … tunnels. Mina pensait être tombée sur des monstres car l’ambiance était pesante et les comparses se retrouvaient comme des anachorètes, coupés du monde. Miaouch décida de prendre au hasard un des tunnels car son lancer de dé le guidait, il était fidèle aux préceptes écaflips. Au fur et à mesure de leur progression les deux collègues s’enfonçaient encore plus profondément dans les galeries qui se divisaient indéfiniment. Ils étaient de plus en plus reclus du monde extérieur. Ce gruyère était un vrai dédale et Miaouch n’avait pas de fil de laine pour retrouver la sortie car il est bien connu que les écaflips jouent avec et ceux de Miaouch étaient en piteux état. Pourtant il ne semblait pas inquiet malgré l’écheveau dans lequel il s’était fourré avec la jeune Mina. Brusquement le félin tomba à terre et sa jambe était sanguinolente. Il venait de marcher dans un piège.

« Ne bouge plus Mina, reste où tu es je ne veux pas que tu sois blessée ! » ordonna le félin.

Mina se mit à pleurer et obéit. Le minou se mit à sourire à Mina en disant que ce n’était rien, qu’il n'avait pas mal et il prononça :

« Dans ces méandres vivent les sidoas, des mineurs hargneux vivant en attroupement, faisons attention et… »

Dans l’instant une créature informe sauta sur Miaouch et tentait de lui donner des coups de pioches. Une bonne dizaine lui sautèrent maintenant dessus mais on ne sait comment peut-être grâce à sa perception ses blessures se régénéraient. Il lança une pièce avec difficulté et elle tomba sur pile. Il s’exclama alors :

« Tu me portes vraiment chance Mina, c’était tout ou rien et j’ai gagné. »

Les sidoas accrochés à Miaouch furent projetés en arrière en zone. Une nuée de sidoas se jetta alors sur lui et grâce à ses réflexes, il les esquiva tous et en contrecoup, il riposta avec hargne et toupet au péril de sa vie. Il feula alors et montra sa colère. Il bluffa tous les sidoas qui se mirent à détaler en masse.

« Le combat était perdu d’avance mais je les ai bluffés comme un pro, mes talents de joueur de poker me sont bien utiles. » prononça-t-il avec vanité.

Mina n’en croyait pas ses yeux, les écaflips étaient vraiment impressionnants. Les deux complices reprirent la route et arrivèrent dans une salle lumineuse. Au centre se trouvait une pièce d’or avec une tête de chat gravé sur les deux faces. Mina fut déçue de ne trouver qu’une seule pièce mais l’aventurier lui expliqua qu’elle appartenait au dieu Ecaflip et que sa valeur était inestimable.

« Tu sais Mina, je me suis beaucoup amusé aujourd’hui avec toi, choisi bien ta destinée et ton chemin, seule ta raison te guidera et n’oublie pas qu’Ecaflip veille sur toi.  Retiens ces quelques vers que j’ai écrit, ils te guideront à coups sûr : … »

Mina prit la pièce au centre de la salle tout en écoutant le poète et d’un coup les murs se mirent à trembler et à ce moment…

Mina venait de se réveiller sur la place du village ne comprenant pas ce qui lui arrive. Tout le village était hystérique et priait pour Mina. Elle se souvint de Miaouch, était-ce un rêve ? Elle se redressa et mis ses mains dans ses poches, une pièce avec un chat gravé dessus s’y trouvait ainsi qu’un trèfle à quatre feuilles. On lui expliqua alors qu’un voyageur l’avait déposée ici peu après le vacarme entendu au loin venant de la Bossue. Une vieille galerie se serait effondrée dans cette ancienne montagne tassée. Elle esquissa un sourire et se souvint des dernières paroles entendues pendant l’effondrement :

" Planent sur les mortels les préceptes divins
  Les matous hasardeux suivent le Grand Taquin
  Face, la voie du jeu et de l’aléatoire
  Pile, certitude calme ou illusoire
  Je crois en ta chance ma petite Mina
  Je ne doute point qu’elle te sourira "

Elle saisit alors la pièce dans sa poche et la lança. Elle virevoltait comme une hirondelle, la petite attendant la réponse que la pièce allait lui apporter. Le temps semblait suspendu et seule Mina pouvait encore se mouvoir, contemplant la pièce retomber.
Non loin de là, dans une charrette de fortune, Miaouch s’éloignait du village en espérant que la chance continuerait à sourire à sa petite Mina. Au fond, il en était persuadé.

6 0
Score : 273

Sur le chemin du retour, alors qu'elle repensait à sa rencontre avec les adeptes des dieux,  Mina croisa un fort beau jeune homme cornu tout de bleu vêtu assis sur une grande pierre plate. Elle vint s'asseoir a ses cotées, car ce jeune homme n'étais autre que son grand frère, Jean-Francois, qui avait fait son choix de divinité voila quelques années.

-Tien, Mina, quel plaisir de te voir, je voulait justement te parler, tu sait déjà que je vais te conseiller de choisir le dieux Osamodas n'est-ce pas?

Mina fit un petit mouvement affirmatif de la tête.

-Rosae t'as montré la végétation de la foret si je me trompe, mais je ne crois pas qu'elle t'ai montré sa faune. Les sadida entretiennent des liens avec les plantes, mais le maitre des bêtes lui t'offre la possibilité de communiquer avec tout les animaux du monde des douzes.

La jeune fille demeura pensive un instant, car elle n'avait jamais vraiment regardé les cotées positifs du choix de son frère.

-Une balade a dos de bouftou ca te dit? Tu as l'air légèrement ennuyée de tout mes bavardages et mes tofus on besoin de se dégourdir les ailes. Ou alors on peu tout simplement marcher.

La fillette refusa poliment, elle n'avait vraiment eu confiance en ces bêtes laineuse a la puissante mâchoire et a l'haleine fétide.

-Je préfèrerais marcher si cela ne te dérange pas et ton haleine sent toujours aussi mauvais, comme tes bêtes.

Jean-Francois se leva dans une envolée de tofu et fit signe à Mina de le suivre.

-Tu sait Mina, il n'y a pas que des avantages pour chaque divinité, je ne cherche pas à cacher celles de la mienne, mais je peut de dire que les avantages compensent largement les désagréments, car peut être avons-nous une haleine de bouftou, mais cette caractéristique ne fait que nous aider a gagner la confiances de toutes les bêtes. 

Mina se promit d'y réfléchir, la perspective d'avoir une queue fourchue, des cornes et une haleine repoussante ne l'enchantais gère, mais la possibilité d'avoir de féroces créatures comme animaux de compagnie comme elle avait toujours voulu la tentais. Perdue dans ses réflexions elle ne remarqua qu'ils étaient rendus en plein coeur de la forêt que lorsque son frère fit halte a une petite source.

-Regarde Mina, n'est-ce pas magnifique, la tranquillité, pour seule compagnie des créatures magnifiques et pour seul bruit celui de l'eau de la source et parfois quelques bêtes sauvages?

Ils restèrent ainsi un moment durant lequel la jeune fille se plongea dans une réflexion sur son choix de divinité qui fut de courte durée car un mulou s'invita a la fête.

Mina poussa un petit cri de peur lorsque la bête commença à grogner en direction des deux individu en s'avançant. Jean-Francois lui mis son fouet en main et lui chuchota a l'oreille:

-Montre-lui qui est le chef ici, suis ton instinct et tout ira bien. Voit ce mulou comme un gros chienchien qu'il faut dresser.

Mina pris un grande respiration, pris son courage a deux main et donna un coup de fouet en disant d'une voie qu'elle voulait autoritaire:

-Stop.

Le mulou s'arrêta et se mit a grogner plus fort, Mina recommença son geste, confiante de sa victoire, et dit d'une voie forte:

-VA-T-EN!

Le mulou s'en alla après quelques instants de résistance, non sans grogner.

-Tu as assuré, je ne peut mieux te démontrer le plaisir d'être adepte du dompteur céleste que par cette expérience grisante.

Jean-Francois reconduit une Mina contente de sa victoire mais encore songeuse du choix de divinité chez elle.

-Mina, peut-importe la divinité que tu choisira, sache que j'approuverais ton choix, que le grand conjurateur veille sur toi, dit-il en retournant se promener en solitaire après lui avoir fait une accolade.

La fillette étais encore grisée de sa victoire sur le mulou et retourna dans sa chambre pour réfléchir a son choix de divinité, allait-elle suivre la voix de son frère? C'est un mystère sur lequel seul l'avenir pourra nous éclaircir.

4 0
Score : 77

En voyage à travers le monde des douze, je m’étais arrêtée au village des Piles de Kontouar afin de prendre un peu de repos. Le lendemain de mon arrivée, alors que je m’apprêtais à reprendre la route, une agitation soudaine m’attira près de la grande Halle. Une jeune fille s’y tenait ainsi que des prêtres. A leur annonce concernant le choix que devrait faire la jeune femme, une pensée m’envahit.

« Il n’y a qu’une déesse envisageable, si cette jeune fille a un peu de jugeotte, elle s’orientera vers la déesse Sacrieur. Seuls les faibles pensent aux autres cultes. », pensais-je en mon for intérieur.

Je commençais à m’éloigner de la foule à la fin de l’annonce, prête à reprendre la route, certaine que la jeune fille saurait y songer par elle-même. J’aperçut alors la jeune fille qui s’éloignait en compagnie d’une Sadida.

« Allons bon, si tous commencent à lui faire miroiter des chimères concernant leur dieu, cette jeune fille ne saura jamais réfléchir convenablement à la voie Sacrieur. », maugréais-je. Je décidais donc de laisser tomber mon paquetage et d’observer le manège qui eu lieu durant le reste de la journée. Après la Sadida, une Sram s’accapara la jeune fille, puis une Iop qui cru bon de se vanter devant toute la foule. A l’écoute du discours de celle-ci, je ne pus m’empêcher d’afficher un rictus devant ces soi-disant guerriers qui pensaient que l’art de la guerre ne résidait que dans les muscles. Si la jeune fille croyait à ces insanités elle était perdue. C’était déjà un miracle que cette Iop parvienne à former des phrases si complètes, mais si fausses.

Agacée par le discours de la voyageuse, je m’éloignais, laissant possiblement la place à d’autres personnes de vouer leur culte. Ma décision était prise, je ne quitterais pas le village avant d’avoir pu aborder Mina, mais au cœur de ces festivités, son attention serait réduite. Je préférais attendre que les choses se tassent.

Je m’éloignais de la place, occupant mon temps supplémentaire dans ce village trop paisible à goûter le cidre dont tout le monde me parlait depuis mon arrivée la veille. Bien que ce soit la seule chose digne d’intérêt, je ne le trouvais pas si exceptionnel. Mais cela me laissa le temps de réfléchir à ce que je pourrais dire à la jeune fille. La journée passa ainsi, plus le temps s’écoulait, plus je pensais à aborder la jeune fille le lendemain. Mais le lendemain, le même manège eu lieu, avec une Ecaflip, et une Eniripsa un peu mal élevée que je vis même aborder la jeune fille à travers la fenêtre de sa chambre. Au bout d’un moment, lassée d’attendre et souhaitant reprendre la route, je l’interceptais sur le chemin de sa maison après qu’elle eut achevée une discussion avec un individu Osamodas.

« Hé, jeune fille, arrête d’écouter tout ce beau monde proférer des absurdités », lui criais-je en m’approchant d’elle à grands pas. L’adolescente s’arrêta, attendant que j’arrive à sa hauteur. « Excuse-moi de t’aborder comme ça, mais je dois partir au plus vite et je ne peux pas te laisser sans te vanter les mérites de la déesse Sacrieur, tu t’appelles Mina c’est cela ? ». La jeune fille acquiesça et semblait attendre le début de mes louanges sur mon culte. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle semblait vraiment prendre son choix à cœur et souhaitait connaitre toutes les options avant de s’engager.

« Et dire qu’une Iop souhaite qu’elle s’engage dans une voie sans réflexion, ce serait un beau gâchis », pensais-je.

« Vois-tu, la voie Sacrieur t’offrira de nombreux bienfaits, la satisfaction de punir tes ennemis et de protéger tes amis. Beaucoup ne voient en nous que des guerriers sanguinaires qui vivent pour souffrir et pour le sang. ». Mina me regardait un peu effrayée certainement à l’idée du sang. J’essayais de choisir mes mots pour qu’une jeune personne comme elle puisse prendre conscience de ce qu’était réellement le culte Sacrieur.

« Il faut que tu saches, que savoir souffrir pour les autres est le plus beau sacrifice que tu peux faire. Encaisser les coups pour eux et les protéger par ton corps et par tes actes en supprimant tes ennemis. », voyant la tête de la jeune fille je reprenais : « Ne me regarde pas comme ça, est-ce que toi non plus tu n’aimerais pas être forte et supporter la douleur pour protéger ta famille ». Présenté comme cela, la jeune fille sembla commencer à réfléchir au sens de la voie du berserker.

« Ecoute, je ne veux pas profiter de ton temps davantage, mais suivre la déesse Sacrieur, c’est abandonner toute peur face aux dangers et je sens en toi ce potentiel de montrer cette force au monde. Il faut que tu prennes la bonne décision et je le sais, ce choix n’est pas facile. Mais à ton âge, je voulais devenir une femme qui pourrait tout accomplir sans craindre les coups et qui pourrait les rendre de manière décuplée. Crois-moi il n’y a pas de sensation plus grisante que d’être capable de défaire des ennemis puissants grâce à la force qu’apporte la déesse Sacrieur. ». Je finissais là ma tirade, observant Mina. Elle ne semblait pas horrifiée à l’idée d’être en première ligne, elle était encore jeune et n’avait pas dû livrer beaucoup de combats. Mais elle se rendrait assez vite compte qu’il n’y a pas de plus grande récompense que de se sentir utile en se sacrifiant littéralement pour les autres. J’espérais avoir choisis les mots justes.

Elle leva alors les yeux vers moi et me souris, je sentais que je lui avais offert un choix qu’elle n’envisageait pas jusque là mais qui semblait la séduire. Son choix définitif ne dépendait pas de moi, je ne pouvais pas faire grand chose de plus. Je fouillais dans sac, et en sortit une couronne d’épines, je lui tendis précautionneusement. La fillette la prit prenant grand soin de ne pas se piquer, les yeux incrédules devant ce présent.

« Je te la donne, cela peut te paraitre absurde comme cadeau, mais j’espère que lorsque viendra ton choix, tu penseras à moi en la regardant et aux mots que je t’ai dits. Cette couronne représente l’essence du culte, les épines peuvent blesser, mais c’est cette douleur qui te rendra plus forte. Je dois te laisser, la route m’attends. Mais j’espère te revoir un jour et connaitre ton choix, espérons qu’il soit bon. », je lui adressais la dernière phrase avec un sourire malicieux. Et refermant mon sac je lui fis un signe et m’éloignais vers la sortie du village.

Je vis Mina reprendre sa route vers sa chambre, la couronne à la main. Pauvre petite les prochains jours risquaient fort d’être éprouvants pour elle, avec tous ces individus voulant l’emmener sur une mauvaise pente.
 

4 0
Score : 100
Le soleil inondait déjà les Piles lorsque Mina émergea, l’esprit encore embrumé par une nuit agitée et les cultes qu’on lui avait présentés. La fenêtre de sa chambre donnait directement sur les champs de lin que possédaient Alyne et Martol, ses parents. Plus loin au nord serpentait la Soif et les rus qui s’y jetaient, sans qu’aucun Empileur ne sache où celle-ci terminait sa route. Mina appréciait ces instants de calme où elle pouvait contempler la plaine ; ce matin-là, toutefois, portait une saveur particulière qu’elle n’aurait su imputer à la seule heure tardive.

La bicoque était modeste mais meublée avec goût selon les traditions pilastres : beaucoup de bois, et un tronc central massif dans lequel on avait sculpté les marches permettant d’accéder à l’étage – où d’en redescendre, ce qu’entreprit non sans peine la fillette.

En dépit du silence dans la chaumière (ses parents étaient déjà probablement aux champs à cette heure-ci, et son frère avec ses amis cornus), un homme se tenait assis à la table de l’unique pièce du rez-de-chaussée. Il tournait le dos au tronc-escalier et à Mina, pourtant cette dernière n’eut aucun mal à reconnaître la silhouette chaloupée qu’elle avait déjà croisée deux fois auparavant.

Sa mère l’avait présenté comme un oncle éloigné, sans sembler pouvoir en dire plus ; on racontait parfois qu’il vivait sur un autre continent, et même qu’il avait déjà vécu sur un autre monde. Peu croyaient à ces légendes, mais Mina en faisait partie : elle était trop consciente de sa propre ignorance du monde pour se permettre de réfuter quoi que ce soit.

Hier soir, elle avait cru entendre le nom de son oncle prononcé sur la place, puis avait attribué cette impression au brouhaha habituel. Cela ne pouvait de toute façon pas coller : elle était persuadée de ne pas l’avoir vu lors de l’annonce des sept prêtres (elle aurait reconnu sa silhouette entre mille !), et il semblait peu probable qu’il ait traversé le monde des Douze en une journée à la suite de l’annonce. Pourtant, il était bien là et semblait manifestement attendre son réveil.

« Oncle Baynh ? »

Faute de réponse, Mina s’avança vers la grande table. Une étrange lumière bleutée semblait fluctuer entre les doigts de l’homme ; quand elle s’avança pour en voir plus, celle-ci se résorba instantanément et cessa d’éclairer les mains de son créateur.

« Déjà levée ? ironisa-t-il, un large sourire fendant son visage d’habitude impassible. Heureusement que le jour n’attend pas le réveil des étoiles ! »

Elle ne comprenait pas toujours ce qu’il disait, mais elle l’aimait bien. Enfin, il lui semblait.

Leur dernière entrevue remontait à au moins 5 ans. Il avait passé quelques jours aux Piles et, le dernier soir, Mina avait été envoyée dans sa chambre pendant que lui et Alyne s'étaient expliqués vivement pendant plusieurs heures. Il était finalement parti, laissant la jeune mère déboussolée pendant quelques jours. Malgré cet épisode mystérieux, Mina se sentait rassurée par sa présence et brûlait d'en savoir plus à son sujet.

Ses traits lisses et ses yeux profonds n'avaient pas changé, mais quelque chose dans son regard semblait indiquer une excitation particulière : qu'est-ce qui pouvait bien l'amener ici ?

« Tu m'accompagnerais à la Bossue ? »

Mina ne voulait pas le décevoir et se serait bien gardée de manquer une occasion de savoir qui il était vraiment. Elle n'était en revanche toujours pas friande des espaces clos, et particulièrement des galeries tortueuses de la Bossue où elle s’était aventurée la veille.

« De... dedans ? » bredouilla-t-elle, tentant en vain de manifester un semblant d'assurance.

« On est déjà bien assez enfermé dans un corps, pas la peine d'enfermer son corps dans un caillou. Que dirais-tu du sommet ? »

Bien que la Bossue ne soit plus que l'ombre de ce qu'elle avait pu être, son escalade était réputée comme particulièrement périlleuse. Rassurée par l'aura de Baynh, elle acquiesca finalement et fila se préparer, l'adrénaline achevant de dissiper le brouillard qui enveloppait son esprit.

L'approche se déroula sans encombre, Baynh anticipant brillamment les passages les plus complexes pour les contourner et faciliter leur progression. Arrivés à mi-hauteur, un mur se dressa devant eux. Il proposait peu de prises, et Mina était loin d'être une grimpeuse chevronnée ; Baynh la rassura et lui proposa de lui montrer la voie.

Avec aisance, il s'élança sur la paroi, fit une brève pause pour intimer à la fillette de le rejoindre, puis reprit son ascension aérienne. Il ne semblait pas fournir d'effort, mais ses appuis étaient inébranlables. Mina crut un instant distinguer la même lueur bleutée que ce matin nimber les semelles de son oncle, avant d'attribuer cette idée au Soleil qui l'aveuglait partiellement.

Elle avait pu retenir les premiers points d'appui de Baynh et s'appliquait à les emprunter mimétiquement, mais fut très vite livrée à elle-même. Son oncle avait déjà atteint le sommet, et sa tunique en cuir bleu sombre renvoyait les rayons solaires qui avaient fait l'affront de la viser. Contrairement aux coudes et genoux de Mina, la tunique ne présentait aucune égratignure, et les fils d'argent qui l'arboraient rayonnaient de leurs motifs circulaires.

« Plus que quelques mètres ! l'encouragea-t-il. Ton goût pour les panoramas devrait être comblé ! »

Coup de chance ? Coïncidence ? Comment pouvait-il savoir qu'elle laissait parfois son regard se perdre sur la plaine ?

La diversion fut aussi brève qu'impitoyable. La nature maladroite de Mina reprit le pas sur sa détermination, et son pied effleura la prochaine prise sans l'accrocher. Elle se sentit basculer. Un éclair bleuté plus tard, son dos heurta violemment la roche.

Lorsque Mina ouvrit les yeux quelques instants plus tard, ce n'est pas le pied de la paroi qui s'offrit à son regard, mais bien son sommet. Les Piles de Kontouar semblaient si proches et si loin à la fois, la forêt n'était plus qu'un bosquet et la Soif un ruisseau. Les chaussures en toile de Baynh, elles, étaient en revanche bel et bien sous ses yeux.

Devançant les mille questions de la fillette, il s'élança :

« Te laisser tomber n'était pas une option, Mina. Aujourd'hui comme pour les années à venir. »

Comment ça ? Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ? Pourquoi l'avait-il fait venir ici ? Que s'était-il passé lors de sa chute ?

« Ton esprit est décidément aussi riche de questions que la Bossue de trésors ! C'est une qualité indéniable... tant qu'elle est bien utilisée. Sous tes pieds ne se trouvent pas que des galeries infestées de Sidoas et de reliques Ecaflip. La Bossue a longtemps été exploitée pour sa roche, réputée stimuler les flux de Wakfu. Avec tout le respect que je dois à la famille Isselba, ce n’est pas pour son cidre que les Piles ont prospéré pendant plusieurs siècles. La roche de la Bossue a fait l’objet de toutes les convoitises, les alchimistes de ce monde pensant qu’elle recelait le secret de l’origine des Eliatropes. »

Cela faisait beaucoup à avaler pour Mina et ne semblait pas tellement répondre à ses questions. Pourtant, il lui semblait qu’elle avait déjà entendu cela, sans pouvoir ne se souvenir où ni quand. Elle se redressa tant bien que mal pour écouter Baynh.

« Personne n’y est parvenu et les galeries sont devenues trop profondes pour être exploitées en sécurité, mais sous nos pieds reposent encore les véritables Piles de Kontouar : des gisements rocheux dégageant une quantité de Wakfu unique pouvant générer des portails Eliatropes particulièrement puissants. Comme les piles steamer peuvent alimenter des lampes, les Piles de la Bossue peuvent alimenter les pouvoirs d’un Eliatrope averti et lui permettre de traverser de grandes distances. »

Joignant le geste à la parole, ses mains décrivirent un cercle parfait de lumière bleutée, à travers lequel on apercevait désormais une ville côtière s’avançant sur les flots paisibles. Elle semblait vibrer d’une énergie familière, sans que Mina ne puisse se l’expliquer. Une mouette traversa même le cercle pour se poser sur l’épaule de la fillette.

Elle commençait à comprendre. Son oncle Baynh avait utilisé un de ces super-portails pour atteindre les Piles dans la journée d’hier, et c’est probablement un autre portail qu’il a utilisé pour la sauver d’une chute mortelle il y a quelques instants. Il lui semblait toutefois avoir entendu à l’école des Piles d’eK que les Eliatropes étaient une race à part, et que le culte de la Grande Déesse n’était pas accessible au commun des mortels. Devançant la question, Baynh reprit :

« La suite te concerne directement. Alyne, ta mère, n’a pas toujours habité les Piles. Elle a même vécu plusieurs années à Sufokia, ajouta-t-il en désignant du regard le portail encore ouvert. Lorsqu’elle a été enceinte de toi, son premier enfant, elle a préféré quitter la ville pour te protéger. Ton père biologique, Nelop, mon frère, n’a pas pu l’accompagner et nous a quittés peu après. Ta mère est bien humaine, mais Nelop était Eliatrope. Si tu fais le choix de suivre la Grande Déesse, elle éveillera tes pouvoirs. Sinon, tu resteras humaine. »

De quelques gestes précis, Sufokia disparut dans la brume tandis qu’un autre cercle s’ouvrait vers la maison familiale de Mina. Baynh s’y engagea sans hésiter, bientôt suivi par la jeune fille. Alors que le portail se refermait derrière eux, Mina s’avança sur le chemin, dépassant son oncle.

« Il n’y a ni bon ni mauvais choix, Mina. Il y a le tien. »

Lorsqu’elle se retourna pour lui répondre, il avait disparu.
6 0
Score : 15060

Fantomine avait élu domicile à l’écart du bourg des Piles de Kontouar, dans une ancienne maison de mineur, construite sur les flancs de la Bossue. Cela lui donnait l’impression de pouvoir vaquer à ses occupations en toute discrétion, car elle s’absentait régulièrement, sans prévenir, que ce soit pour quelques jours ou pour plusieurs semaines. Mais, quand on habite aux Piles, il est particulièrement difficile de cacher quoi que ce soit aux autres habitants. Tout le monde sait tout sur tout le monde, connaît ses moindre faits et gestes, voire même ce qu’il a mangé à l'heure du souper… Néanmoins, par pure politesse, personne ne l’avait jamais interrogée sur la raison de ses absences et d'ailleurs, faisant ainsi preuve du plus grand des savoir-vivre, les « piliers » (nom que se donnent les habitants de Kontouar) faisaient comme s’ils ne remarquaient jamais ses escapades.

Ce jour-là, comme à son habitude, elle était en train de se prélasser sur sa terrasse, qui surplombait la vallée avec une vue imprenable sur la rivière la Soif. Quand elle aperçut la jeune fille qui montait le chemin en direction de son humble demeure, elle l’accueillit avec un sourire.

Tiens, bonjour Mina ! Alors ? C’est le grand jour ?

Pour toute réponse, la fillette hocha la tête en s’asseyant à côté de la sramette blonde. Tandis que, comme il est d’usage aux Piles, Fantomine allait lui chercher un verre de cidre, Mina en profita pour admirer la démarche fluide de son hôtesse, dont les formes parfaites étaient mises en valeur par son juste-au-corps rose. Elle ne put s’empêcher de la comparer à Rosae, la ravissante sadida brune. Ah, si seulement elle pouvait devenir aussi belle que l’une d’entre elles ! Croisant son regard, Fantomine y perçut de l’espoir, mais aussi de l’hésitation. Mina était manifestement à l’heure du grand choix et se posait encore tout un tas de questions.

- Et ? Qu’est-ce que tu as choisi ?

Je n’ai pas encore décidé. C’est pour ça que je suis venue te voir. J’espérais que tu pourrais m’aider…

Moi ? S’écria la sramette en recrachant sa gorgée de cidre, comme si elle avait failli s’étouffer. Mais, je ne suis pas une prêtresse !

J’ai déjà parlé avec plein de gens, tu sais ? Lui répondit Mina avec le plus grand sérieux. Rosae m'a vanté les mérites du culte Sadida, bien sûr. J'ai croisé Tsugira ; la fille des forgerons, tu te rappelles ? J'ai bu un verre avec Maître Kantouar aussi et... Mina sembla hésiter avant de rajouter : j'ai même rencontré une nécromancienne ! Elle m’a emmenée au cimetière et m’a expliqué qu’elle vénère le Grand Sournois en tant que Dieu de la Mort et…

Ha ! L’interrompit Fantomine, avec une moue de dédain. Une nécromancienne…

Oui, elle a été très gentille avec moi. Mais, j’aurais préféré que ce soit quelqu’un que je connais qui me parle du Dieu Sram…

Heu… Oui, bien sûr. Si tu y tiens… Alors, voyons voir… Par où commencer ?

Elle passa la main dans ses cheveux blonds, d’avant en arrière, avant de se frotter la nuque, le regard embarrassé. Puis, elle adressa un sourire encourageant à la fillette en lui disant :

Bon, c’est d’accordMais, pour commencer, ne vas t’imaginer pas que les srams passent leur vie dans les cimetières, ou que ce sont tous des assassins. Mes parents étaient des adeptes du Dieu Sram, tu sais ? D’ailleurs, tout le monde est sram dans ma famille : quand j’ai dit à maman que j’étais tombée amoureuse d’un roublard, j’ai crû qu’elle allait faire une crise cardiaque ! Bref... Quoi qu’il en soit, on n’a jamais parlé de la mort à la maison et mes parents n’étaient pas des assassins. Papa était un voleur, c’est vrai, mais c'était un artiste, avant toutIl a consacré sa vie à l'art du cambriolage, dans le but de surpasser le grand Fantomas, lui-même ! Enfin, bon... Allez, assez discuté ! Pour commencer, voyons-voir si tu cours aussi vite que moi !

Fantomine entraîna Mina derrière elle le long des pentes de la Bossue. Elles couraient comme le vent en dévalant la coline, jusqu'au bord du gué qui permettait de traverser la Soif. Là, bifurqant sur la droite, la sramette rejoignit l'endroit où la rivière est la plus étroite et la franchit d'un seul saut. Mina la suivit sans hésiter et s'élança à son tour, pour se réceptionner de justesse sur la rive opposée.

- Bravo ! Je reconnais que tu te débrouilles bien. Mais, puisque la belle Rosae t'as tout expliqué, seras-tu capable me suivre dans les arbres ?

A peine eut-elle prononcé ces mots, Fantomine courut vers l'orée de la forêt et, une fois arrivée, prenant appui sur le tronc d'un arbre, légèrement penché, elle se propulsa vers une branche basse, qu'elle agripa, avant de se hisser dans son feuillage. Mina l'imita, du mieux qu'elle pu. Sautant de branche en branche, elles réussirent toutes deux à rejoindre l'arbre le plus proche, avant de se laisser glisser le long d'une liane, pour rejoindre la terre ferme. Là, assises côte à côte pour reprendre leur souffle, elles virent une biche et son faon se rapprocher. Tandis que Fantomine fermait les yeux en levant lentement les bras, Mina pu constater qu'une sorte de brume sortait du sol, pour les enlevopper, avant de s'épaissir et de les masquer complètement. Alors, sans bouger, elles purent observer le faon tandis qu'il têtait sa mère, sans se douter de le moin du monde de la présence des curieuses.

Une fois la brume dissipée et les cervidés partis, Fantomine sourit malicieusement à Mina et lui dit :

Bien ! Et si nous faisions une petite partie de cache-cache ? Je te laisse dix minutes pour te cacher et, ensuite, gare à toi si je te trouve...

Et, bien sûr, Fantomine tricha. Elle se mit invisible et suivit Mina en silence jusqu'à l'orée de la forêt, puis derrière la bergerie où la jeune fille voulut se cacher. Alors, sans se faire repérer, la sramette fit volontairement du bruit. Le hululement lugubre d'une chouette tout d'abord. Puis, le craquement d'une branche derrière son dos. La porte de la bergerie se mit à claquer, brusquement, tandis que quelque chose respirait, là, sur la droite... Alors, soudainement, la sramette sauta sur la jeune fille, en faisant la plus horrible des grimaces et en criant Hoouu !

Même pas peur ! Je savais que c'était toi, de toute façon. S'écria la jeune fille. Et elles rirent toutes les deux de la plaisanterie.

Puis, elles s'allongèrent dans l'herbe, au soleil, sur les bord de la Soif.

- Ce sont les garçons qui s'amusent à faire peur d'habitude : c'est leur truc. Nous, les filles, nous avons d'autres cordes à notre arc... Dit-elle en roulant une épaule, tout en adressant un clin d'oeil enjoleur à Mina, qui se mit à rougir jusqu'à la racine des cheveux.

Et bien quoi ? Un sourire n'a jamais tué personne ! Si tu te montres souriante et gentille, tu t'apercevras que tu obtiendras plus facilement ce que tu souhaites que par la force... Mais oui, je te l'accorde : ce n'est pas bien. Mais, c'est le résultat qui compte. C'est ça le culte du Dieu Sram. Tu es jugé par ton résultat. Qu'importe les moyens. D'ailleurs, personne ne te demande rien. Contrairement à ce que raconte les illumés de la foi : Sram n'exige aucun sacrifice, quel qu'il soit, et encore moins que tu tues des gens ! Mais, si tu veux le faire, alors, fais-le... Un disciple de Sram n'a pas d'autre limite que celle qu'il s'est lui même fixé et tu as le droit de faire tout ce que tu veux : tuer, voler, ou simplement mentir, cela n'a pas d'importance au yeux de Sram. Ce qui compte c'est ce que tu vas en faire et, surtout, que tu réussises. Le Dieu de la Mort n'exige rien d'autre que le respect dû aux morts. Tu peux tuer autant de gens que tu veux, mais tu dois respecter leurs dépouilles. Et encore... J'ai dû affronter des fantômes une fois, donc des morts. Mais, crois-mois, dans ce genre de circonstances, le respect dû aux morts n'est pas ta priorité !

Fantomine cherchait ses mots. Certaine qu'elle avait fait le bon choix en adoptant le culte de Sram, elle se demandait si cela conviendrait réellement à Mina et, surtout, comment lui expliquer ce qu'elle ressentait.

- Tu sais, la plupart des gens veulent qu'on leur dise ce qu'ils doivent faire. Qu'on les guide. C'est le cas de la fille des forgerons, par exemple. Elle n'a jamais été une intellectuelle et elle avait besoin de suivre une voie. Alors, finalement, le culte du Dieu Iop est bien pour elle : tu dois faire preuve de bravoure, de courage, porter secours aux plus faibles. Si tu suis les préceptes iop à la lettre, tu n'as pas besoin de réfléchir ; c'est pratique. Et, tout compte fait, c'est un peu la même chose avec le Dieu Sadida...

Conscient que ses propos pouvaient la heurter, Fantomine regardait Mina du coin de l'oeil, en espérant ne pas avoir été trop loin. Et, comme la jeune fille restait impassible, elle crut que c'était un encouragemment. Alors elle poursuivit.

Le Dieu Sram est le seul qui ne te demandera jamais rien. Tu es libre de faire ce que tu veux. Tout ce que tu veux. Et, bien sûr, pour la majorité des gens ce serait un vrai calvaire. Ils ne sauraient pas quoi faire de leurs existences et se mettraient à tourner en rond, comme des âmes en peine, avant de sombrer dans tel ou tel travers dont le Monde des Douze a le secret. Mais, si tu as sufisamment de force de caractère pour décider toi-même de ta vie, sans que personne ne vienne te dicter ta conduite... Alors, le culte du Dieu Sram est celui qui t'offrira la plus grande liberté. Car tu n'auras pas d'autre contrainte que celle d'atteindre l'objectif que tu te seras toi-même fixé. Au yeux de Sram, la fin justifie les moyens et, si tu es honnête avec toi-même, alors, tout est possible. Tu peux te fixer pour objectif de venir en aide aux plus faibles, comme un Iop, par exemple. Par contre, l'échec n'est pas admis et, s'il faut tuer pour atteindre cet objectif, alors...

Tandis que des nuages obscurcissaient le ciel, une brise froide se leva et les fit frissonner brusquement.

- Allez, viens : on remonte.

Elles prirent le chemin du bourg, côte à côte, en silence. Fantomine espérait avoir su trouver les mots qu'il fallait pour orienter la jeune fille sur la bonne voie. Elle essayait de se rassurer en se disant qu'elle au moins (contrairement à Rosae), était restée honnête et n'avait pas menti en lui disant que la vie de sram était super chouette, ou quelque chose du genre... Puis, lorqu'elles furent arrivées au croisement où elles devaient se séparer, Fantomine retint Mina par la manche :

- Attends, je ne t'ai pas tout dit. Je crois que tu as toutes les qualités pour embrasser le culte du Dieu Sram, si tu le souhaites. Mais, ce n'est pas à la portée de tout le monde, tu sais ? La formation est très dure, très exigeante... Il faut que tu sois certaine de ton choix. Mais, si telle était ta décision, alors, tu ne seras pas toute seule : tu pourras compter sur moi !

La sramette lui adressa un sourire triste, comme un aveu de sa propre incertitude, de son incapacité à réellement l'aider à faire son choix. Elle aurait voulu se montrer rassurante, lui dire qu'elle serait là, malgré tout, quelque soit sa décision et même si elle succombait aux enchantements de Rosae. Mais, après tout, elles étaient aux Piles : elle aura d'autres occasions de le lui dire.

4 0
Score : 113
Dans une petite maison des piles de kontouar, un vieil homme eu la surprise de la visite de ses petits-enfants… 

-  Oh les enfants c’est vous ? Ça sera bientôt le tour de votre grande sœur, Mina, de choisir vers laquelle des divinitées elle souhaite s’orienter, vous voulez que je vous raconte comment ça recherche avance ? Mais bien sûr, poser vos popotins sur les coussins et écouter ….

Cela remonte donc maintenant à 1 semaine qu’elle a commencé, et il était devenue temps pour Mina de choisir une divinité qui veillerais sur elle, mais tête en l’air comme elle l’était, elle ne savait pas quoi choisir, préférant batifoler aux grés du vent. C’est pour cela que j’ai voulut pour l’aider dans son choix lui faire rencontrer différents amis ayant choisie des vois différentes. Mina était quelqu’un qui aimais aider les autres et tenais toujours sois d’autrui. J’ai donc commencé par éviter de lui conseiller un roublard, ou un sram ayant pour l’un un tempérament un peu trop explosif pour l’un, et un peu trop perfide pour l’autre.Elle avait d’ailleurs déjà rencontré des disciples de ces classes, ayant était déjà influencer a les rejoindre mais d’après ces dires, ils avaient était tous gentils et serviable lorsque qu’elle leurs posaient des questions, comme quoi, il faut éviter vendre la peau de l’homme-ours avant qu’il ait lui-même tuer l’ours !

 En continuant un peu mes recherches, je décidais d’également éviter que cette petite ne deviennent sacrieuse , la vue du sang lui donnant la nausée je voulais éviter qu’elle vomissent dés l’utilisation de l’un de ses sorts !

Et regardant petit à petit chaque classe, plusieurs semblaient pouvoir intéresser notre Mina. Pour commencer, le sadida , aimant se balader pendant des heures en forêt , une classe pouvant utiliser la nature ne pouvais que séduire cette petite , mais après une petite réflexion , le dieu sadida ne semblais pas correspondre à ses attentes.Votre mère étant souvent absente durant ses déplacements au 4 coins du monde, je pense que ce qu’il lui fallait c’était une 2 -ème maman, je me suis donc tourné alors vers non plus un dieu mais vers le choix d’une divinité plus féminine.

Et cela tombe à pique, les 2 autres classes que j’avais sélectionner possède comme divinité des déesses.Je commençais donc a lui parler de la déesse Eniripsa, Mina étant toujours a aider les autres, cela ne pouvait que tomber à pic ! jusqu’à qu’elle m’annonce sont allergie au Wappin et autre Wabbit . Mince, un Eniripsa sans lapino ça serais dommage.Il ne rester donc qu’un seul choix … il fallait que se soit le bon ! Je lui proposais donc la classe féca qui comme l’Eniripsa, était une classe qui permettait d’aider les autres, non pas à se soigner mais plutôt a éviter de se faire taper, mieux vaut prévenir que guérir comme on dit.Pour lui permettre de découvrir un peu mieux ce qu’es être un féca, je décidais donc d’inviter dans notre petit village des piles de kontouar un féca vivant non loin de Madrestam du nom de Sunsilver.

Ayant voyager avec lui durant de longues aventures aux coins du monde, je pense qu’il n’y avait pas mieux que lui pour apprendre a notre petite comment fonctionner ses sorts de protections. Durant des jours durant ils passèrent tous les 2 tout leurs temps à jouer, Mina jeter toute sorte d’objet tandis que Sunsilver essayer de les dévier à l’aide de ses boucliers, tout en lui apprenant comment les exploiter dans un potentiel combat. Je voyais des étoiles briller mais au fur et à mesure que le temps passer le doute recommença a l’envahir, ça décision n’était pas encore prise et je ne voulais pas trop l’influencer dans une direction, notre Mina était quelqu’un de sociable et au fond, peu importe sont choix, je la laissa donc se balader dans le village , c’est en cherchant elle-même et en parlant au autre qu’elle pourrais choisir le dieu qui lui correspondais le mieux et dans tout les cas , je la suivrais dans ses décisions.

D’ailleurs pendant que nous parlons, la voila notre Mina , elle continue de faire le tour du village à ce que je vois , à la recherche d’une nouvelle personne qui pourrais lui apprendre le culte de sa divinité….      
2 0
Score : 521

Dans le village des Piles, tout le monde connaissait le vieux Broussaille. Et tout le monde s’accordait sur une chose : Broussailles était lent. Très lent. Chaque matin, il quittait son vieux frêne planté au sommet d’une petite colline à l’est de la grand-route et gagnait les rives de la Soif pour passer quelques minutes à écouter les clapotis paresseux de l’eau, son petit plaisir quotidien. Le temps de remonter à son arbre, il faisait chaque fois nuit. Alors forcément, au cours de ce long périple qu’il effectuait à traverser la place des Piles, il finissait par connaître tout le monde, et tout le monde apprenait à l’apprécier en dépit de son caractère grincheux. Et grincheux, il l’était plus que jamais quand vint le jour de la venue des sept prêtres. Ceux-ci venaient pour la petite Mina, et il aimait bien cette petite. La gamine lui rendait parfois visite et s’asseyait sous le frêne avec lui quand quelque chose la troublait, ou qu’elle se disputait pour toujours avec sa famille, tous les deux mois. La plupart du temps, ils ne parlaient pas. Ils restaient assis à regarder les étoiles jusqu’à ce que leur pâle lueur ait absorbé les doutes et les chagrins. Parfois le vieux Sadida tentait maladroitement de jouer le rôle du sage réconfortant, et si le résultat n’était guère probant, il arrivait au moins à la faire rire malgré lui. Oui, c’était une bonne petite, et c’était pour ça que le jour le plus important de sa vie rendait Broussaille encore plus grincheux ! Il en avait vu passer, des cérémonies du genre, et il connaissait assez les Empileurs pour savoir qu’ils iraient tous la harceler pour jouer à qui a la plus grosse dévotion. Bonne sève de bois ! Il n’y avait plus de respect pour les rituels de nos jours. Les moments sacrés s’étaient tous transformés en foires du Trool improvisées. Pétri d’amertume avec ces pensées réservées aux âges canoniques, Broussaille ne descendit pas à la rivière le jour de la venue des sept ni ceux d’après. A la place, il bouda la journée et médita la nuit. Rien de mieux qu’une communication nocturne avec les esprits de la nature pour apaiser l’esprit. Quand enfin passa l’amertume, le vieux Sadida descendit de sa colline, voûté au-dessus de sa canne aussi nouée que lui. Il saluait à peine les Empileurs qui lui faisaient signe ou qui le gratifiaient d’un « Bonjour grand-père ! » et quand il aperçut Mina près du puits, interpelée par un Ecaflip, sa mauvaise humeur ne fit que s’accroître. Allaient-ils harceler cette pauvre enfant jusqu’à ce qu’elle fasse le choix d’un autre ? A peine le vieux Broussaille avait-il atteint la berge de la Soif qu’il lui tournait déjà le dos pour rebrousser chemin. Les clapotis de l’eau ne lui étaient d’aucun secours cette fois, sa frustration était trop grande. On l’invita à prendre un verre de cidre, il refusa. On l’appela pour discuter, il grogna. Plus alarmant encore, quand on le héla pour quelque conseil, il pressa le pas ! Et il était de notoriété publique que, quand Broussaille s’activait, quelque chose ne tournait vraiment pas rond. Conséquence de cette hâte inhabituelle, il faisait encore jour quand, au pinacle de son mécontentement, le Sadida se cala entre les racines protectrices de son vieux frêne en haut de la colline, et se remit à bouder.

Ce frêne, Mina en observait la silhouette qui se découpait au loin, appuyée contre le rebord d’une barrière, la tête posée dans ses mains en coupe. Elle était épuisée ! Depuis la veille, elle s’était évertuée à écouter et suivre tous ceux qui voulaient parler de leur dévotion, et si elle n’avait pas rechigné un instant, sa tête était sur le point d’exploser. Et il restait encore tant de jours avant de faire le choix !.. En poussant un soupir plaintif, elle se demanda comment elle survivrait deux semaines à ce rythme fou. C’était trop, elle avait besoin de souffler un peu.
De respirer.
Décidée à se changer les idées, elle passa par-dessus la barrière, manqua de chuter dans sa maladresse et courut jusqu’au frêne sur la colline. Embêter le vieux Sadida constituerait une bouffée d’air frais tout à fait indiquée ! Lorsqu’elle atteignit l’ombre de l’arbre, elle ralentit et s’approcha à pas de Mulou… Il était là, affalé comme à son habitude contre le tronc. Un pas, encore un petit et…
- Bouh, rugit-elle en sautant aux pieds de l’ancêtre.
Broussaille réagit à peine, levant seulement la tête vers Mina. Elle savait qu’il avait eu peur. Il était juste trop lent pour pouvoir sursauter !
- Ah, c’est toi gamine. Tu n’as pas quelqu’un d’autre à embêter ?
- Si, mais c’est toi que je préfère !
- Que tu préfères.. ?
- Embêter. Que je préfère embêter.
- Je me disais bien, grommela-t-il en réponse au sourire taquin de la jeune fille. Tu ne devrais pas être très occupée au village ?
Mina poussa un gémissement et se laissa tomber sur le dos, dans l’herbe.
- J’avais besoin d’une petite pause. J’ai couru, escaladé, dompté, jeté des trucs… J’ai parlé avec beaucoup de gens d’ici et même d’ailleurs. Ca fait beaucoup de choses à retenir !
- Hmpf.
- Quoi ? Tu ne crois pas que c’est important, demanda Mina en tournant son regard vers lui.
Broussaille haussa les épaules.
- Ton choix est important, mais tu n’as pas besoin de tous ces Corbacs braillards autour de toi pour te décider.
La jeune fille se redressa sur un coude. En repoussant une mèche rebelle, elle répliqua :
- C’est pourtant important de savoir où je vais, non ? Je ne veux pas de mauvaise surprise et finir avec un corps de Bwork ou sentir des aisselles !
Elle tira une horrible grimace à cette idée.
- Mais qu’est-ce que tu crois, petite ? Ainsi est faite la nature ! Forces et faiblesses en toutes choses. Ils ne t’ont par parlé de ça, hein ?
- À part Jean-François qui pue de la bouche…
- Eh bien ton frère est avisé. Et on dit « sentir ». Ne crois pas que les disciples d’Osamodas soient les seuls à devoir vivre avec une tare, ha ! Tout le monde a mauvaise haleine, quelque part. Si tu as cru qu’on choisit une voie seulement pour ce qu’elle peut nous apporter de bon, tu as été mal instruite, petiote. Tu dois choisir ta voie parce qu’elle te correspond. Tu ne dois pas chercher ce qu’une divinité t’apporte mais te demander ce que toi, tu es prête à apporter au culte. Prendre, toujours prendre, quelle bêtise ! Ce n’est pas une question de prendre. C’est une question d’offrir. De s’offrir pleinement à une philosophie de vie. Ils ne t’apprennent donc rien à ton âge ?
Broussaille reprit son souffle. Il n’avait pas l’habitude de parler aussi vite. Et cette petite effrontée qui le regardait avec ce grand sourire de chipie !
- Tu n’as rien écouté, n’est-ce pas ?
Mina rit aux éclats, ce qui eut le don d’agacer encore plus le vieil homme.
- Te fâche pas grand-père Broussaille, c’est juste très drôle de te voir parler avec autant d’énergie, toi qui est toujours tout mou !
- Petit insolente ! Tu parles avec l’arrogance de ceux qui ignorent tout. J’espère que tu choisiras Crâ, tu n’as pas ce qu’il faut pour mériter l’amour de Sadida.
Piquée au vif, Mina gonfla les joues et fronça les sourcils.
- C’est pas gentil ça ! En plus, Rosae a dit que je ferais une très bonne Sadida.
- C’est qui celle-là ?
- Rosae, fit Mina en la mimant d’une manière assez imagée pour raviver la mémoire de Broussaille.
- Ah, bah tiens, nous voilà bien. Et pourtant tu continues de confondre lenteur et patience, sieste et transe, mollesse et songe. Elle t’a parlé des passeurs de songes au moins ?
Mina fit non de la tête, aussi l’ancien leva dramatiquement les bras vers le ciel :
- Elle ne lui a pas parlé des passeurs de songes ! Tu vois, c’est de ce baratin là dont je parle. Si tu crois que vénérer Sadida, c’est faire pousser des tulipes et gambader pieds nus entre les arbres avec sa poupée, alors tu ne sais rien du culte de Sadida. Et je suis prêt à mettre ma canne au feu que c’est pareil pour tous les autres. Ils ne t’ont parlé que des parties amusantes, sans parler du devoir.
- Fantomine m’a dit que Sram n’exigeait rien de ses disciples, le coupa-t-elle en levant un index.
- Ce n’est pas une question d’exigence, tête de bois, s’emporta Broussaille, provoquant à nouveau l’hilarité chez l’adolescente.
Il croisa les bras et Mina sut qu’elle ne devait plus rien dire. Il faisait toujours ça quand il exigeait d’elle un peu de sérieux. Quand l’homme fut certain qu’il avait l’attention de la jeune fille, il reprit son sermon :
- Je disais que ce n’était pas une question d’exigence, parce que je t’ai dit avant que trouver sa voie, c’était embrasser une philosophie de vie, mh ? Le devoir que l’on a vis-à-vis de sa foi est moral et spirituel. C’est parce qu’il s’agit de leur identité que le Iop sauve, que le Feca veille, que le Sadida rêve, ou que l’Eniripsa soigne. Pas parce que quelqu’un leur a ordonné. Tu comprends maintenant ?
- C’est quoi un passeur de songes, grand-père Broussaille ?
Broussaille soupira. Il avait parlé dans le vide mais il s’y attendait. La petite avait une question en tête, rien d’autre ne l’intéresserait.
- C’est ce que sont les disciples de Sadida, bien sûr ! Mais nous sommes des protecteurs avant tout, tu sais. Regarde autour de nous.
Face à eux, le ciel s’était teinté de couleurs orangées qui se reflétaient sur les eaux de la Soif, au loin. Le calme reprenait ses droits sur la vie des Empileurs et l’on pouvait entendre le chant des Tofus et le bruissement des bois dont la canopée se parait de teintes d’or. Sur les collines aux douces courbes, les membres de la famille Isselba profitaient des derniers soupirs du soleil dans leurs pommeraies. Mina s’arracha à la contemplation de la rivière d’ambre pour revenir à grand-père Broussaille. Avec sa peau sombre, sa longue barbe rousse que la luminosité faisait flamboyer et son chapeau de toile en forme de peau de bananagrume qui lui couvrait le visage, il lui faisait irrésistiblement penser à une feuille d’automne tombée au pied d’un arbre magique.
- C’est très beau, concéda l’enfant.
- Ce n’est pas le cas partout. Certaines terres sont plates comme l’ennui, noires et sèches d’avoir été exploitées. Si nous vivons encore dans un monde qu’il fait bon voir et respirer, c’est parce que certains l’aiment, ce monde, et se sont voués à sa sauvegarde. Voilà ce que sont les Sadida. Nous sommes des protecteurs. Des gardiens. Quand nous sommes éveillés, nous veillons sur la terre, sur ce qui pousse et ce qui vit. Quand nos rêvons, nous faisons le passeur de songes : nous laissons de côté la terre et la chair, et nous nous projetons loin au-delà de nos petites vies. Nous percevons les voix des esprits de la nature, leurs conseils, les avertissements des petits dieux sauvages. On t’a dit qu’on parle aux plantes ? C’est vrai, et c’est pour ça que nous entrons en transe. Nous ne dormons pas, nous avons simplement appris à entendre ceux que les hommes ont cessé d’écouter depuis longtemps. Nous prêtons l’oreille aux plantes et les écouter demande de la concentration. Nous sommes les gardiens physiques et spirituels de la nature. Si tu as cet amour du monde en toi, alors peut-être que tu voudras suivre la voie de Sadida. Mais si c’est pour jouer à la poupée et faire gigoter des ronces, passe ton chemin !
- Je n’avais pas du tout vu ça sous cet angle, fit Mina en se frottant le menton, pensive.
- Évidemment, puisqu’ils n’essaient pas de te guider, ils te prospectent ! Moi je me fiche que tu suives mon dieu, je ne veux pas que nos traditions se noient parce que certaines têtes de Citwouille rameutent n’importe quelles sortes de gens qui ne sont pas du tout en harmonie avec notre philosophie. On commence comme ça et après plus rien n’a de sens ni de raison d’être. Y’a plus de saisons et tout fout le camp !
Il se pencha un peu, grinçant comme grince le bois usé par le temps, et posa une main qui trahissait sa douceur sur l’épaule de Mina.
- Retiens seulement ça, gamine. Trouver ta foi, c’est trouver ce que tu aimes dans cette vie, et de te faire un devoir de protéger cette chose qui t’est chère. Nature, honneur, bonheur d’autrui, harmonie, savoir,… Demande leur, à ces hommes et ces femmes qui t’haranguent depuis des jours, de quoi se font-ils un devoir pour leur dieu. Demande leur ça, et tu sauras qui suit sa foi pour les bonnes raisons.
Comme si sa tirade venait de lui coûter un poumon, Broussaille s’affaissa à nouveau contre son frêne et soupirant.
Mina, elle, souriait avec les lèvres et avec le coeur. Le disciple de Sadida avait ouvert une fenêtre en elle, et si ces notions ne lui étaient pas étrangères, elle prenait conscience de toute cette dimension qu’elle avait trop laissé au second plan dans son jugement. Oh bien sûr, ça rendait son choix d’autant plus difficile qu’elle devait repenser à tout ce qu’elle avait découvert ces derniers jours. La tâche s’avérait plus ardue encore et les deux semaines ne seraient finalement pas de trop, néanmoins elle en était très heureuse. Elle avait l’impression de regarder en plein jour un sentier qui n’était qu’à demi éclairé jusqu’alors.
- Merci grand-père Broussaille.
Elle se pencha pour déposer un baiser sur son chapeau. Alors qu’elle se redressait, le vieillard attrapa son bras leva un doigt menaçant :
- Mais attends, ils ne t’ont pas faire boire j’espère ?
- Non, bredouilla-t-elle en rougissant.
Il faisait souvent ce genre de choses. Ces secrets que seuls les grand-pères savaient percer sans qu’on sache comment, et qui tombaient de nulle part. Mina maudit ce super-pouvoir tout en repensant à son entrevue avec le maître Kontouar. Broussaille la libéra finalement.
- Mh, il y a intérêt. Trop jeune pour ces bêtises…
Et comme l’horizon finissait d’avaler le soleil, jeune fille et vieil homme prirent congé l’un de l’autre, l’une rayonnant et l’autre toujours ronchon.
Mais tous deux le coeur gonflé de bonheur.

4 0
Score : 56
En retard.” Il s’agissait là de deux mots bien familiers à la Féca Valcade. Non seulement elle avait deux jours de retard, mais en plus la nuit commençait à tomber autant qu’elle-même commençait à être perdue. Descendue depuis quelques heures de son Boufton, Bola, histoire de ne pas l’épuiser, elle en venait presque à regretter de ne pas s’être arrêtée au bourg qu’ils avaient traversés tantôt, juste avant de longer la montagne de la Bossue.

Contournant une colline surmontée d’un haut frêne, son attention fut attirée par une ombre qui en descendait, manquant de chuter à quelques reprises. L’être maladroit ne semblait pas bien grand et, trop agile pour être un Enutrof, Valcade en conclut rapidement qu’il s’agissait d’un enfant. Sans remarquer le Sadida qui veillait au bon retour de sa jeune amie du haut du monticule, elle s’inquiéta de la voir ainsi seule dans une obscurité tombante ; et se dirigea sans plus réfléchir vers elle. Elle n’était plus à quelques heures près, après tout !

« Hé, petit ! », la héla-t-elle, une fois suffisamment rapprochée.

Mina, surprise, manqua à nouveau de tomber, mais échappa une fois de plus à la gravité par quelques mouvements approximatifs. Bifurquant, elle s’approcha prudemment de l’étrangère.

« Que fais-tu ici si tard ? Tu es perdue ? » s’enquit la Féca qui se rapprocha à son tour, oubliant son propre égarement pour se montrer rassurante.

Au fur et à mesure que la distance entre Mina et elle s’amenuisait, Valcade distingua plus clairement son visage et, avant de lui laisser le temps de répondre, se reprit : « Pardon ! Je voulais dire "petite".»

Bien qu’aimable, serviable et attentionnée, Mina ne put s’empêcher de reprendre, sans animosité aucune : « Je ne suis plus "petite" ! J’ai atteint la majorité spirituelle. » Elle ajouta par la suite : « Et je ne suis pas perdue non plus, je vis aux Piles. »

L’inquiétude de Valcade s’effaça, remplacée par un grand sourire. « Les Piles ? Les Piles de Kontouar ? Ecaflip est avec moi ! C’est également ma destination ! »

Surprise d’entendre mentionné le nom du Grand Taquin par une personne bien plus dénuée de poils que le furent les deux disciples qui l’avaient au cours de la semaine précédente introduite à cette divinité, Mina jaugea son interlocutrice d’un air intrigué. Depuis l’annonce des prêtres, elle était bien plus attentive qu’à son habitude aux mentions des Douze dans les différents discours qui lui étaient présentés.« Vous êtes disciple d’Ecaflip ? »

La voix de Valcade dérailla quelque peu sous le coup de l’étonnement.« Ecaflip ? Moi ? Non ! Non non non ! » Son regard, empreint d’une certaine tendresse, se posa par la suite sur son compagnon laineux et sa voix repris son timbre calme et apaisant. « Je suis la voie de la déesse Féca. »

Constatant alors la distance que l’enfant gardait avec Bola, elle lança, l’air plus amusé : « Ne t’inquiète pas, il ne mord pas… trop. ».

La jeune fille prit davantage de pincettes dans sa réponse que lorsqu’elle était avec son frère, et rétorqua simplement : « Les Bouftons ne m’inspirent pas vraiment confiance... »

« Tu n’aimes pas les animaux ? »

« Les animaux ? Si si ! Je joue souvent avec le chat du voisin. » dit-elle en passant machinalement sa main sur les griffures qui n’étaient plus que souvenirs grâce à la visite de Coumadine. « D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu avoir un animal de compagnie ! Mon frère est un Osamodas d’ailleurs ! Il est capable de communiquer avec les animaux… Et j’ai rencontré une Eniripsa qui m’a présenté son compagnon, Pinpin... » Se lançant elle-même dans un récit qui n'avait pas été quémandé, Mina évoqua ses précédentes aventures, décrivant tous les personnages qu’elle avait rencontrés, ou davantage découverts. Rosæ et ses poupées, Eryne qui ressentait la présence des esprits, la Iop caractérielle qui l’avait vue enfant et dont elle ne se souvenait que peu. Elle évoqua ses jeux avec Sunsilver, resta évasive sur sa rencontre avec Maître Kontouar, continua en parlant des deux Ecaflips, de Coumadine, de la voyageuse Sacrieur si altruiste qu’elle ne lui avait pas donné son nom, de sa partie de cache-cache avec Fantomine, de son frère et même de grand-père Broussaille qui semblait aussi sage qu’il était ronchon. Elle n’omit que de parler de son oncle, les histoires de famille qu’il lui avait révélées étant encore trop fraîches dans sa tête pour les partager, avec une inconnue de surcroît.

Le résumé de tous ces événements réveilla son entrain et sa fascination pour chacun des dieux évoqués, concentrée sur son récit et sur toutes ses aventures, elle en oubliait presque le choix qu’elle allait devoir faire. Elle ne fut interrompue qu’une seule fois par un rire lorsqu’elle évoquait sa visite chez Fantomine : « Avoue que pour quelqu’un qui déteste les Bouftons, se cacher près de la bergerie, c’est cocasse, non ? »

Mina répondit par un rire amusé avant de continuer son récit de plus belle. Mettre toutes ces aventures et tous ces sentiments en mots lui permettait de prendre du recul, de revivre pleinement ses émotions. Elle avait trouvé un interlocuteur qui lui était proche en la personne de Broussaille, et venait à présent de trouver une oreille neutre. Quand elle eut fini, un silence s’installa. Le soleil avait désormais disparu et, emportée par son propre récit, l’enfant fut assaillie par une fatigue soudaine une fois celui-ci achevé. Comme elle refusait malgré tout d’approcher le Boufton, Valcade lui proposa de la porter jusqu’à chez elle. Elle n’eut pas le coeur à refuser et lui indiqua rapidement le chemin jusqu'à sa demeure près des champs de lin. Ce dernier n’était pas long, et Valcade esquissa un léger rictus en réalisant qu’elle s’était perdue si proche de son but, les lumières du bourg étant simplement cachées par la colline.

Comme l’enfant ne parlait plus, la Féca engagea ce qui devint un monologue, comme pour briser le silence ou divertir ses deux compagnons. « Parler aux plantes, aux animaux, ressentir les esprits, avoir le sens du sacrifice, prendre soin des autres… Tu as bien plus réfléchi que moi à ton âge. Tu peux être fière. Je n’imagine même pas comment serait ton esprit si tu avais croisé un Eliatrope ou un Xélor. L’un t’aurait fait voyager partout, le second t’aurait demandé de réfléchir à qui tu étais et qui tu es pour savoir qui tu seras… Peut-être même te l’aurait-il fait voir, qui sait ? »

Elle sourit d’un air songeur en pensant à son amie Xélor à qui elle venait rendre visite. Qu’aurait-elle fait voir à la petite ? Pourquoi ne l’a-t-elle pas encore abordée d’ailleurs ? Elle devait pourtant être chez elle...

Sortant de ses divagations, elle reprit : « Quand j’étais plus jeune, je voulais déjà marcher dans les pas de ma déesse… mais pour de mauvaises raisons. Vois-tu, elle était tellement belle ! C'était un peu ma Rosæ à moi. J’ai passé mon enfance à Tainéla, donc la Gardienne des Troupeaux Célestes a toujours été une sorte d’héroïne, son bâton à la main, à nous guider. Et un jour, je ne saurais dire ni quand ni pourquoi, ce n’était plus ni le bâton ni la beauté qui me fascinait, mais bien le bouclier. Elle n’était pas une guide, mais une protectrice. Protéger les faibles, les innocents, préserver les entités les plus pures, faire les tours de garde… Protéger, protéger et toujours protéger, sans gloire ni attente. Ces mots résonnaient dans mon cœur tant ce dernier s’y identifiait. Mon point de vue sur la déesse a changé, et mon choix parut une évidence. Et pourtant, j’ai encore tant à apprendre d’elle. Ce troisième commandement : « Tu te recoifferas en passant devant le miroir ». Je ne me l’explique pas. Est-ce une leçon d’humilité, parce qu’on peut considérer qu’on ne sera jamais parfaitement coiffé ? Est-ce pour le plaisir des yeux de nos invités ? Est-ce autre chose ? Il semble tellement insensé, et pourtant, n’est-ce pas sa beauté qui, bien que pour des raisons en apparence vaines, me guida vers elle en premier lieu ? » Durant le restant de chemin, Valcade continua son soliloque, allant de pensée en pensée. Ininterrompu, son esprit pouvait divaguer et elle finit par parler de tout et de rien, de ses voyages et de ses rencontres, de ses craintes même. La jeune fille dormait de toute façon. Depuis quand ? Tel le troisième commandement de Féca, cela était un mystère pour la disciple.

La maison de Mina était à présent devant eux. Alyne et Martol ouvrirent la porte, et Valcade leur confia sa compagne de route. Dans une poche de l’assoupie, elle plaça deux parchemins : l’un vierge et l’autre avec un mot « Quand tu seras en voyage, n’oublie pas d’écrire à tous ces gens qui te sont si chers. Ils te protégeront toujours. Signé : Bola et Valcade »

Après avoir refusé l’hospitalité du couple rassuré, Valcade et son compagnon à quatre pattes allèrent à la bergerie appliquer le dernier commandement de leur chère déesse : « Tu dormiras dans l’étable s’il n’y a plus de chambre de libre à l’auberge. ».
3 0
Score : 1382

Cela faisait à présent une semaine que les sept prêtres se trouvaient dans le village.
Cette chère petite en avait vu et entendu des plaidoiries sur les vertus de rejoindre telle ou telle autre divinité. Après tout, chacune d'elles a des qualités et des défauts comme elle avait pu l'apprendre.
Qui plus est, faire un tel choix était assurément non sans conséquences pour son avenir.

Cela faisait à présent une semaine avant que Mina ne doive délibérer et annoncer son choix.

"Demande leur, à ces hommes et ces femmes qui t’haranguent depuis des jours, de quoi se font-ils un devoir pour leur dieu."

Cette phrase du grand-père Broussaille retentissait dans sa tête depuis sa rencontre avec celui-ci.
Ce vieux bougon avait relevé là quelque chose d'important et qui n'était pas tant considéré pour elle.

Avant de partir pour une journée qui allait sans doute être faite de nouvelles rencontres, elle enfila son bracelet et inséra la rose qu'on lui avait offert lors de sa première rencontre dans sa chevelure.
Pour prendre le temps de faire le point sur les différents apprentissages faits au cours de cette première semaine, elle se dirigea à l'ouest des Piles de Kontouar.
Elle avait l'habitude de s'y rendre pour entendre le bruissement des arbres de la forêt ainsi que le ruissellement de la Soif.
Cet orchestre naturel l'apaisait, la détendait.

Une fois arrivée, elle retrouva son ami Vakog qui était âgé de quelques années de plus qu'elle, disciple de la déesse Eniripsa.
Ils s'étaient rencontrés ici et ce lieu était en quelque sorte devenu leur sanctuaire de paix.
Ici, ils ne jouaient pas, ils se reposaient en profitant de ce que pouvait leur offrir la nature et échangeait sur diverses choses. Mina avait déjà essayé plusieurs fois de le faire jouer à cache-cache où elle se dissimulait souvent derrière la bergerie, comme elle avait fait avec Fantomine, mais lui abandonnait rapidement, préférant lire ou bien à la limite des jeux de lettres.
Avant que la cérémonie de Vakog n'arrive, Mina se doutait bien que la Divine Praticienne était un choix couru d'avance pour le garçon.

Profitant alors de cette occasion de le trouver ici, Mina s'assit vers lui dans le but d'avoir son point de vue : "Coucou Vak', c'est bientôt à mon tour de choisir ma voie et j'aimerais savoir... en quoi te fais-tu un devoir pour ta déesse ?"
Après quelques instants, le jeune homme ouvrit les yeux, se laissant le temps de retrouver ses esprits après sa méditation.
-Bien souvent, les douziens ont une vision des disciples d'Eniripsa comme étant des soigneurs physiques. Toutefois, la carte n'est pas le territoire et j'aime penser que panser les maux psychologiques grâce aux mots est aussi important.
Mina se frotta le front, tâchant de décrypter ce que disait son partenaire de discussion puis ajouta :
-Toi et tes phrases alambiquées !
-La confusion est la porte d’entrée à la réorganisation des perceptions. Souhaites-tu que je t’accompagne pour que tu puisses avoir les idées un peu plus claires durant cette période ?
-Pourquoi pas ? Si tu peux m’aider à y voir plus clair, je suis preneuse !
-D’accord, alors je te laisse t’installer confortablement et ensuite, nous pourrons débuter.

Mina s'exécuta en se positionnant en tailleur, prête à écouter le jeune eniripsa qui débuta alors son monologue avec une voix différente, plus grave, plus basse, plus...apaisante.
-A tout moment si tu le souhaites, tu pourras changer de position pour toujours être à ton aise car c’est toujours agréable d’être mieux.
Tu peux commencer avec les yeux ouverts ou bien déjà les fermer, voilà, comme ça.
Durant ces derniers jours, tu as pu rencontrer de nombreux disciples de classes j’imagine.
Des sadidas, des fecas, peut-être bien des ecaflips ou encore des crâs, je ne sais pas.
Ce que je sais toutefois, c’est que tu as pu acquérir de nouvelles expériences, de nouveaux apprentissages et, pendant que tu peux toujours entendre les bruits alentours du bruissement des feuilles et du ruissellement de l’eau, à moins que ce ne soit le bruissement de l’eau et le ruissellement des feuilles, tu vas pouvoir te laisser comme porter par ce vent, alerte de cette tranquillité.

Cela me fait penser à l’histoire de Roger le boulanger.
C’était un homme qui aimait transmettre son savoir à qui le voulait bien.
Un jour, il eut pour apprentie une jeune fille qui rêvait d’être aussi bon que lui. Elle adorait manger son pain encore chaud, croustillant et embaumant les alentours d’une bonne odeur.
Alors, dans le but de bien faire, la petite Mikalyne écoutait et notait tout ce qu’il y avait à noter. Bien que Roger soit satisfait de voir une apprentie si intéressée, il redoutait que la pratique soit pour elle une autre paire de manches et ses craintes étaient bien fondées quand il l’essaya à la conception de la pâte.
Mikalyne était si prise dans ses notes qu’elle en oubliait l’essence même de cet art qu’est la fabrication du pain.
Alors, Roger vint vers elle et lui dit : “Tu peux apprendre à laisser ce qui n’est pas apprendre ou à prendre. Hâte-toi lentement car l’ordre fait désordre et inversement.”
Dubitative, la jeune fille tâcha de se détacher de ses écrits et pu alors manipuler le mélange pour lui donner la forme qu'elle souhaitait et ainsi laisser sa créativité s'exprimer. Par la suite, elle testa alors ce qu'elle avait appris et pu, petit à petit, s’améliorer de plus en plus et remercia le boulanger pour cette leçon qu’elle avait su tirer : il faut parfois céder pour pouvoir s’aider.
Depuis ce jour, Mikalyne pu rendre fier son maître en concevant de très bons pains en mettant un ingrédient qui ne figurait sur aucune de ses notes : la passion.


A présent, tu vas pouvoir laisser ce vent te ramener ici, à l’ouest des Piles de Kontouar, entre la forêt et la Soif en ressentant l’herbe sous tes jambes que tu peux à présent bouger pour les étirer ainsi que tes mains, ta nuque...parfait.
Cette brise est agréable, n’est-ce pas ?


Mina ouvrit doucement les yeux, un peu désorientée et désolée.

-Je te demande pardon, Vak’. Je m’imaginais voler grâce au vent et… je n’ai pas écouté toute ton histoire, avoua-t-elle, honteuse puis étonnée de voir l’eniripsa avec un grand sourire.
-Tu as peut-être juste entendu ce que je disais, mais une autre partie de toi comprenait.
-Comme d’habitude, ce que tu dis est toujours à décoder ! Cependant je te remercie pour ce voyage dans lequel tu m’as accompagnée. Je vais à présent te laisser. Je n’avais pas imaginé que les disciples d’Eniripsa puissent avoir cette facette !
-Avant que tu t’en ailles...pour que tu puisses changer...ne change pas. Et sache qu’à chaque instant, une personne fait le meilleur choix qui est à sa disposition.
-Encore une de tes énigmes ! s’esclaffa Mina.

La jeune fille salua une dernière fois Vakog puis prit la direction du pont en méditant sur cette dernière phrase et à toutes ces nouvelles perspectives en tête qui, pourtant, se trouvait bien plus légère.

3 0
Score : 220

La journée fut interminable et Mina accueillit le crépuscule avec soulagement. Assise sur l’herbe douce bordant les berges pentues de la Soif, elle savourait la solitude reposante contrastant avec les clameurs de l’assemblée des prêtres, les odeurs du marché, les questions et les doutes qui l’assaillaient suite à cette succession de rencontres avec les disciples des dieux.

Elle ferma les yeux et se laissa glisser sur le dos, les larges brins d’herbe lui caressant les bras. Les sommets déchiquetés encore enneigés de la Bossue déchiraient quelques cumulus faiblement éclairés par un croissant de lune et, bien qu’elle n’eut connu que ce village, la beauté sauvage des lieux l’émerveillait encore. A quelques mètres, un chemin de terre battue s’enfonçait dans les profondeurs de la forêt.

Une chouette hulula dans un arbre avoisinant. Son esprit divagua...La poupée de la troublante Rosæ dansait follement autour de la sombre Eryne; Tsugira la fière aventurière trinquait avec Maître Kontouar, et Mina crut sentir à nouveau sur sa langue l’amertume du lait de bambou fermenté.

Un bruit provenant du chemin forestier attira soudainement son attention. La chouette, également dérangée, s’envola dans un hululement indigné. 
Quelqu’un ou quelque chose venait vers le village, se déplaçant sur la sente terreuse d’une démarche lente et laborieuse, comme traînant un fardeau dans son sillage. La créature poussa un râle de douleur.

N’osant pas respirer, Mina roula sur le ventre et plissa les yeux, sondant l’obscurité du sous-bois avec anxiété. La chouette s’était tue, et le clapotis paresseux de la rivière semblait lui aussi suspendu.
Un animal blessé ? Un bandit ? Un aventurier ?
Une silhouette émergea lentement de la pénombre, claudiquant péniblement vers la lumière dansante des torches éclairant l’entrée du hameau. Un homme se déplaçait en boitant, calculant chaque pas afin d’appliquer le moins de poids sur sa cheville blessée et maculée de sang. Son visage était caché par un masque en bois peint, dont les détails minutieusement sculptés affichaient une grimace de terreur.


 - Petite...n’aie pas peur…


J’espérais ne pas effrayer cette fille allongée dans l’herbe, mais je percevais la peur et la méfiance sur son visage enfantin. 
Quel idiot ! J’avais toujours mon masque du pleutre ! D’un tour de main, je retirai mon masque, et je pu constater instantanément les traits de la petite se relaxer.


 - Tu es....


 - ...un zobal, oui. Écoute, je suis blessé, y a-t-il un guérisseur ou un eniripsa dans ton village ? Je travaille pour la milice d’Astrub, tiens, voici ma carte de mercenaire.

La fille s’était levée. Fouillant dans les poches de ma tunique, je retrouvai le rectangle cartonné et le jetai aux pieds de la fille, guettant sa réaction. S’agenouillant pour ramasser la carte tombée dans l’herbe à ses pieds, elle ne me quittait pas du regard, et détourna seulement brièvement les yeux pour en déchiffrer le contenu.


 - Suis moi, Reyzed le mercenaire, je vais t’amener chez Onc’ ‘Ton.


Confortablement enfoncé dans un large fauteuil matelassé, Anton savourait le calme de la soirée tout en sirotant un jus de cawotte fraîchement pressé. Rosie dormait sur ses genoux.
La journée avait été longue, mais la lecture de l’encyclopédie des plantes médicinales d’Amakna ne manquait jamais de le relaxer.

BAM ! BAM ! BAM !


Rosie et Anton sursautèrent, le lapino sautant brusquement des genoux d’Anton pour se réfugier derrière le fauteuil.

 - Onnnnc’ Tooooon’, ouuuuuvre !

Mina ? Que venait-elle faire à cette heure ? Souhaitait-elle tout à coup en savoir plus sur le culte d’Eniripsa ? Anton se leva, ses longues ailes noires se déployant lentement dans son dos au fur et à mesure qu’il s’approchait de la porte d’entrée.
Rosie sautilla timidement vers l’entrée, l’air inquisiteur, et Anton ouvrit la porte pour découvrir Mina brandissant sous ses yeux ce qui semblait être une carte de mercenaire, un zobal aux traits tirés à ses côtés.

 - ‘Ton, tu dois soigner le mercenaire, il s’est fait attaquer par des bandits !

Le vieil eniripsa soupira. Encore du travail ! Ces cérémonies attiraient décidément trop de monde et leurs lots de bagarres, gueules de bois et autres réjouissances demandant son expertise médicale.
Il sourit, remonta ses lunettes sur son nez et ouvrit la porte. Un eniripsa ne refusait jamais des soins à un patient.

 - Entrez donc, et installez-vous sur la paillasse du fond, je vais m’occuper de vous. Mina, aide donc ton ami à s’installer et ne mets pas tes doigts sales partout !


 - Ouuiiiiiiii, Onc’ ‘Toooon !

Mina me soutint et nous traversâmes la pièce vers la zone de soin au fond de la hutte, cachée par des paravents aux motifs boisés. Une agréable chaleur régnait dans la pièce et la chaumière sentait bon les herbes aromatiques et la cawotte cwue.
Soulagé, je me laissai choir sur le lit, et je ne pus m’empêcher d’éclater de rire, ce qui me valut un regard perplexe de la part de Mina. 

 - Mina, tu sembles t’approcher de la majorité spirituelle, je suppose que tu as déjà entendu parler du dieu Sadida, mais t'as-t'on déjà initié au Culte des Zobals ?

La fillette fit la moue.

 - Aujourd’hui, j’ai joué à la poupée avec une jolie sadidette, elle m’a parlé du grand frêne du village, et on a même marché pieds nus ! Mais les Zobals, non, pas trop…

 - Et bien, tu as déjà vu mon masque du pleutre toute à l’heure. D’après la légende, c’est Sadida lui-même qui a sculpté les masques du premier zobal. Chaque zobal possède plusieurs masques magiques, qui lui permettent de faire face à toutes sortes de situations.
Mon masque du pleutre m’a permis de me sortir d’un très mauvais pas face à ces bandits, car en décuplant le pouvoir de ma peur, il m’a donné la force de m’enfuir.


Mina, habituée aux récits exagérément épiques des aventuriers ivres venant régulièrement s’affaler sur le comptoir de la taverne des Piles, me regarda d’un regard désabusé.

 - S’enfuir ?! Mais...c’est nul !, lança-t-elle d’un air comiquement indigné.

A nouveau, j’éclatai de rire. Cette gamine était décidément hilarante !

 - C’est nul, certes, mais ça vaut mieux que de finir six pieds sous terre ! Il n’y a pas de honte à avoir peur, tu sais, ça pourrait même te sauver la vie. Aie confiance en tes instincts. La peur, correctement exploitée, peut te permettre de décupler tes capacités et de trouver la force mentale de te sortir de chaque situation. Parole de mercenaire !

Notre discussion fut interrompue par Anton, talonné par Rosie. Celui-ci portait une boîte métallique dont le contenu cliquetait à chacun de ses pas : instruments chirurgicaux, pots contenant des onguents aux couleurs suspectes, compresses, chiffons et potions de soin.

C’est vrai, j’étais blessé ! Cette discussion avec Mina m’avait presque fait oublier ma cheville meurtrie.

Anton posa la boîte à mes pieds, en sortit deux potions dont le contenu coloré tournoyait lentement et me les tendit :

 - Buvez ça, cette potion torboyo atténuera votre douleur, et cette potion raide rêve vous redonnera de l’énergie. Elles sont faites maison et garanties sans gloutenne !
Je vais m’occuper de votre cheville, alors je vais vous demander d’éviter de bouger. En plus de la potion torboyo, je vais vous appliquer directement un onguent anesthésiant, et vous ne devriez donc rien sentir.
Si vous avez l’estomac fragile, je vous conseille de regarder ailleurs et de penser à vos prochaines vacances sur l’île de Moon. Enfin, un seau à vomi est disponible à votre droite, essayez de viser correctement. 
Mina, essaye donc de distraire notre ami !


Je bus les potions cul-sec et essayai de faire abstraction des cliquetis des instruments que Anton maniait habilement autour de mon pied. Sadida en fut loué, Mina avait la langue bien pendue :


 - Mhh, alors, tu me montres tes masques magiques, heeein, Reyyyy ? Je peux t’appeler Rey, hein ?

 - Je suppose que tu peux ! Concernant les masques, tu as déjà vu mon masque du pleutre toute à l’heure. Comme je te l’ai dit, celui-ci amplifie les effets de la peur : réflexes améliorés, capacité pulmonaire accrue et force musculaire décuplée dans les jambes.
Au contraire, le masque du psychopathe permet de canaliser ta colère et ta combativité. C’est surtout un masque de combat rapproché, qui te permet de décupler la force de tes coups, d’entrer en transe pour oublier momentanément la douleur et d’améliorer tes techniques martiales.


Fouillant dans mon sac tout en évitant soigneusement de regarder dans la direction de mes pieds, je sortis le masque cornu de mon sac et le présentai à Mina.
Le visage écarlate désincarné, dont les traits tordus se fendait d’une oreille à l’autre en une grimace folle, toisait Mina de ses grands yeux vides. Celle-ci réprima un frisson.

 - Ça fait...peur…

 - Un masque sans un Zobal pour l’incarner ne te fera pas de mal, rassure-toi ! C’est normal que tu ressentes de la peur, c’est d’ailleurs un effet secondaire du masque très efficace sur les ennemis…
Tu l’auras compris, l’essence d’un Zobal passe par la reconnaissance, l’acceptation et la maîtrise de ses émotions. 
Essaye d’imaginer un sanglier face à un mulou, que penses-tu qu’il ferait ?


 - Facile ! Il s’enfuirait pour ne pas se faire dévorer tout cru !, clama la gamine.


 - Exact, il s’enfuirait. Mais, fou de peur, il pourrait très bien terminer dans le piège d’un chasseur ! La morale de l’histoire, c’est qu’il faut vivre avec ses émotions, mais ne pas se laisser dominer par celles-ci. Une peur non maîtrisée pourrait te paralyser à un moment critique, ou encore te faire fuir vers un danger encore plus grand.
Tu risquerais de commettre des erreurs potentiellement mortelles, et c’est cette maîtrise qui constitue un des premiers enseignements qu’un Zobal initié suit dans notre temple.


Mina opina. Anton, toujours affairé aux soins de ma cheville, marmonna ce qui sembla être une incantation magique. Rosie, visiblement peu concernée par les événements de la soirée, bailla audiblement depuis un des fauteuils installés devant l’âtre.

 - Les sages Zobals affirment que ce sont les émotions vécues qui forgent la personnalité d’un Douzien. L’anxiété, la liesse, la honte, ou encore le soulagement sont en chacun de nous, sous la forme de souvenirs. 
Leur doctrine dit que les situations qui nous marquent suffisamment construisent jour après jour la personne que nous sommes, et engendrent des souvenirs.
Les émotions négatives nous permettent de nous forger une résilience à toute épreuve, et les émotions positives nous aident à supporter des moments pouvant autrement être difficiles. 
Chaque émotion vaut la peine d’être vécue, car l’émotion est le fruit de la vie.
Vivre la vie pleinement, tel est l’enseignement du Culte des Zobals !


Légèrement éméché par la potion torboyo, je réalisai que je m’étais emporté dans une diatribe fébrile et, sondant le visage innocent de Mina, je fus soulagé de déceler une lueur de compréhension dans son regard. Elle garda cependant le silence et sembla pendant un instant perdue dans ses pensées.

Le vieil eniripsa brisa le silence, essuyant ses mains ensanglantées dans un chiffon :

 - Et voilà, l’opération est terminée. J’ai recousu la plaie, appliqué un cataplasme antiseptique et fixé votre cheville dans une attelle pour la nuit. Le mot reconstituant fera effet rapidement et vous pourrez gambader à nouveau dès demain.
Je vous conseille toutefois de passer la nuit ici, on n’est jamais à l'abri d’une complication.


Je risquai un regard vers ma cheville. La douleur, le sang et la boue avaient laissé place à un pansement propre dont émanait une agréable odeur citronnée. Je fouillai dans mon sac à la recherche de ma bourse de kamas.

 - Merci infiniment Anton, combien je vous dois ?

L’eniripsa sourit :

 - Laissez tomber les kamas, je n’en ai pas vraiment l’utilité. Vous pourrez me donner un coup de main dans le jardin demain quand vous serez en pleine forme.
Ah ! Et, je compte sur vous et la milice d’Astrub pour nous débarrasser des bandits dans la forêt !
Pour le moment, vous devriez vous reposer, et toi Mina, tu devrais rentrer chez toi ! Tes parents vont finir par se faire un sang d’encre !


L’enfant était restée curieusement silencieuse, elle qui d’habitude était une vraie pipelette. A l’annonce de son nom, elle eut un léger sursaut et repris ses manières guillerettes :

 - Ouiiii, ouiiii Onc’ ‘Ton ! Je rentre ! Mais je reviendrai demain voir Rey !

Une fois Mina sortie, le calme retomba sur la chaumière du guérisseur. Le poids d’une journée bien remplie s'abattit soudainement sur les épaules des deux hommes, qui partagèrent en silence un bol de soupe en observant le feu crépiter dans l’âtre. 

Seuls les hululements lointains d’une chouette venaient parfois troubler leur méditation taciturne.
 
3 0
Score : 1857
Bonjour Mina !

Un timide bonjour répondit à mon appel, alors que la jeune fille tournait doucement la tête dans ma direction.

J’aurais besoin d’une personne fiable et aventureuse pour me faire visiter les environs, quelqu’un qui connaîtrait ce charmant petit village comme sa poche. Pourrais-tu me servir de guide ? tentai-je en lui faisant un rapide clin d’œil.

Certes, cette approche n’était sûrement pas des plus originales, mais j’osai espérer que cela fonctionnerait. Je comptais sur les conseils avisés des Sept lors de telles circonstances : « Rester ouvert à toutes les expériences ».

 Alors que j’attendais patiemment sa réponse, je la devinai me dévisager de haut en bas, tentant de déterminer si j’étais digne de confiance ou pas. Ses yeux détaillèrent tout, de mon chapeau trop grand, à ma cape (défraîchie mais autrefois sublimement colorée) pour finir par mes bottes usées. (Allons gamine, l’habit ne fait pas le mage, comme j’aimais le répéter à mes amis.) Ils s’attardèrent néanmoins sur mon collier, et l’enchevêtrement compliqué de pierres colorées qui l’ornait. Le ciel gris, que se disputaient nuages et éclaircies, s’y reflétait pour le moment. Typique d’un début d’après-midi de Martalo.

Et finalement, dans un souffle :Oui, une petite pause pour réfléchir me fera le plus grand bien. Avez-vous des envies particulières ? Que voulez-vous voir ?

Je l’arrêtai d’un geste de la main.Ne sois pas si formelle, chère enfant. Je m’appelle Sig et tu peux me tutoyer, je n’ai que quelques années de plus que toi après tout. Que dirais-tu de me faire voir tes endroits préférés ?

Elle appréhendait visiblement ma réponse et se contenta de hausser les sourcils. Je pus alors lire dans ses yeux de la lassitude ainsi que… de la déception ?

Elle reprit très rapidement contenance, mais ne put s’empêcher de me demander :C’est tout ?

Oui, c’est tout. Je supposais que tu en aurais assez de suivre des cours de théologie venant d’individus tous plus exubérants les uns que les autres. Comme tu l’as si bien formulé, je te propose « une petite pause » ? Parle-moi plutôt de toi, de ce que tu aimes ou pas par exemple.

Mina sembla se détendre, mais conservait sur le visage une once d’incrédulité. Avais-je le droit de lui en vouloir ? Probablement pas.

Laisse-moi commencer, j’aime beaucoup les framboises et la lecture. 

Un sourire sincère accueillit cette révélation, et nous nous mîmes en route, Mina en tête. Je discernai, au bout de quelques minutes d’une marche silencieuse, les reflets de l’eau. Nos pas nous avaient visiblement conduit sur les bords de la Soif. Tiens tiens.
Qu’aimes-tu ici ?

Sans un mot, je vis Mina retirer ses chaussures et avancer vers la berge couverte de fleurs jaune orangé et violettes. Elle trempa ses pieds dans l’eau avant de revenir s’installer à une distance respectable de moi et de fermer les yeux un court instant. J’en profitais pour invoquer un petit orbe, qui comme je m’y attendais, prit presque immédiatement de légers reflets irisés. La petite conservait encore les yeux fermés et je pus apercevoir de minces rides d’expression animer son visage. J’en profitai pour répéter ma question. Elle prenait le temps d’y réfléchir sérieusement. 

Le bruit de l’eau me détend. On peut se baigner en été et pique-niquer en famille. L’hiver, on peut faire du patin à glace et des batailles de boules de neige. On ne s’ennuie jamais ici, il y a toujours quelque chose à faire au bord de l’eau. C’est ça que j’aime ici.

A ces mots, l’orbe élémentaire émit un fort miroitement bleuté.

Même à travers ses yeux fermés, elle ne put ignorer cette soudaine clarté. Ouvrant doucement les yeux, elle ne put davantage cacher sa surprise ainsi qu’une fascination naissante.

S’il te plaît, n’y fais pas attention, dis-je en faisant doucement passer l’orbe d’une main à l’autre, dans un incessant mouvement de haut en bas. C’est toujours ainsi que je réfléchis.
Changeante et fluide comme l’eau… ?
murmurai-je plus pour moi-même.

Intrigué, je me levai alors tout doucement. Un peu surprise de la tournure que prenait notre entrevue, mais curieuse, Mina m’emboîta le pas. Très vite, je la laissai repasser devant moi.

Un nouvel endroit qui te tient à cœur ?

La jeune fille continuait à jeter de rapides coups d’œil à l’orbe tout en reportant son attention sur moi. En s’éloignant de la rivière, l’orbe avait pris une teinte plus terne, et la faible lumière qu’il projetait était à présent beaucoup plus diffuse. Malgré tout, Mina gardait les yeux fixés sur l’orbe, semblant en attendre une réaction, comme une validation de ses propos.

Euh..la Bossue? Fit ma guide du jour, tout en me la désignant de la main.

Rapide clignotement de l’orbe, s’accompagnant d’un bref changement de couleur. Vers le brun.

Nous avançâmes jusqu’à la limite du village, d’où s’étirait un sentier en direction de la montagne. Avisant l’orbe, je déclarai :

Il ne sera pas nécessaire de s’aventurer beaucoup plus loin cette fois. Pourquoi donc souhaites-tu me montrer cet endroit ? Te fait-il penser à quelque chose en particulier ?

Les trésors ecaflip me répondit-elle en riant à gorge déployée. Mais c’est une passion toute récente. Elle me partagea alors son expérience palpitante de la veille avec un disciple du Grand Taquin, un dénommé Miaouch.

Quant à place de la Bossue, je n’y avais jamais vraiment réfléchi, à vrai dire. Elle a toujours été présente, d’aussi loin que je m’en souvienne. J’ai parfois eu l’impression qu’elle veillait sur nous, et qu’elle serait toujours là pour le faire.

L’éclat brun se fit plus insistant, jusqu’à remplacer totalement toute trace du bleu précédemment présent. Il n’était pas possible de se tromper, l’orbe brillait beaucoup plus intensément depuis quelques minutes.
Stable et solide comme le roc...

Il y a aussi les randonnées que j’y ai faites. Tu aimes ça, les randonnées ? l’interrompais-je doucement.

Oui, j’aime beaucoup quand, avec mes parents et Jean-François, nous allons nous promener dans la montagne. Ma partie préférée, c’est lorsque qu’on arrive tout au sommet. Le village des Piles semble si petit vu de là-haut, mais le monde est alors si vaste ! Cette impression de liberté, on ne la retrouve nulle part ailleurs dans le village.

Un nouveau changement de couleur s’opéra, cette fois très franchement vers le blanc.

Une âme libre comme l’air….

Autre chose que tu voudrais me montrer Mina ?

Non, mais j’aurai une question. Comment c’est, la vie d’aventurier ?

On est souvent sur les routes, à parcourir le monde. Il faut trouver des choses qui te motivent. Pour certains, c’est le goût de l’aventure quand d’autres se lancent à la poursuite de richesses, de renommée ou encore de puissance. Un point commun, c’est la passion des voyages. Est-ce que ça te plairait ?

Ses yeux s’illuminèrent. Je ne pus réprimer un sourire. Elle reprit :

Je voyage juste quand nous rendons visite aux membres de ma famille, mais ce n’est jamais très loin d’ici. Peut-être à une ou deux journées en diligence, jamais beaucoup plus. Une vie de voyages, ça a l’air absolument fantastique !

Avec beaucoup d’empressement, elle commença à me demander si ma vie était tout aussi trépidante que celle de Tsugira, une adepte du Roi des Epées qu’elle avait rencontrée plus tôt, ou encore si j’avais déjà visité les villages de Pandala. Ces derniers lui avaient été décrits avec application la soirée précédente par Maître Kontouar, mais à son plus grand regret, elle s’en souvenait assez peu.

L’orbe adopta alors une douce couleur rouge.
L’impétuosité d’un brasier ardent…

Mina, qui avait plus ou moins réussi à faire abstraction de la présence de ce dernier me regarda d’un air soudain inquiet. C’était à mon tour d’être désarçonné par le déroulé des évènements. Les quatre éléments, présents avec une telle puissance chez cette fillette ?

Aucune crainte à avoir, la rassurai-je de mon mieux.  Mais je, je ne suis pas un aventurier au sens classique du terme. Disons plutôt que je suis… Non, le plus simple serait de te montrer…

Je la conduisais vers une clairière dégagée au sein de la forêt, profitant sur le chemin de son récit de sa rencontre avec une disciple du Soulier de Sadida.

Sous le couvert de la futaie, je levai les bras et fis apparaître quatre orbes lumineux, à l’image de ceux qui avaient ponctués notre visite des environs. Mina restait cependant en retrait, plus impressionnée qu’elle ne l’avait été durant l’heure précédente.

N’aies pas peur, tu peux avancer et les toucher si tu veux, leur contact n’est pas dangereux et pourrait au contraire se révéler des plus intéressants.

La charmante enfant tenta vainement de tout doucement approcher l’orbe bleuté. Vainement, car dès qu’elle fut suffisamment proche, elle fut irrésistiblement attirée par celui-ci. Comble de mon malheur, cette dernière explosa lorsque Mina arriva à son contact, nous éclaboussant légèrement tous les deux au passage…  Malgré toute l’étrangeté de cet épisode, aucun cri ne sortit de la bouche de la jeune adolescente. Elle savait se montrer maîtresse d’elle-même.


Un grand contrôle…

Je me précipitai aussitôt à ses côtés : Qu’as-tu ressenti ?
Elle me regarda un instant, avant de déclarer, d’une voix hésitante : Quelque chose d’humide ?

Je ris, c’était plus ou moins ce qu’on était en droit d’attendre d’une manifestation eau. Plus méfiante, elle tint à réitérer l’expérience avec les autres orbes, me gratifiant de ses observations.

Celui-ci est chaude, et celui-là paraît être à l’origine d’une douce brise…
Oui, c’est parfait pour se sécher plaisantai-je.

Il existe cependant beaucoup d’autres choses que l’on peut faire de ces orbes. 

Je murmurai des paroles et soudainement la terre s’anima.  Une créature, légèrement plus grande que Mina, se tenait à présent devant elle. Son corps, quasi uniformément bleu vert, était parcouru de fines lignes creusées, derrière lesquelles chatoyaient des reflets colorés.

Voici mon gardien élémentaire. Tu voudrais essayer de monter sur son dos ? 
Docile, Mina s’exécuta, non sans manquer de trébucher sur la surface lisse de l’invocation.

Il tire sa force des interactions entre le feu, l’air, la terre et l’eau. Il s’agit d’un allié très précieux lors de mes voyages. Il permet également ceci, lorsque je suis las de marcher ! Accroche- toi, ça risque de secouer un petit peu.

Joignant le geste à la parole, j’invoquai davantage d’orbes et dirigeai le golem vers eux. A chaque nouveau passage à travers une sphère lumineuse, accompagné d’un rapide flash lumineux, le gardien mettait à grandir. Je scrutai le visage de Mina, elle donnait l’impression de s’être prise au jeu. Les orbes eurent tôt fait d’être entièrement consommés, et j’aidai alors Mina à descendre du gardien.  Celui-ci mesurait à présent quasiment trois mètres.

Devant l’air interrogateur de l’enfant, je me devais de lui fournir une explication.


Feu, Air, Terre et Eau.

Ces éléments forment la trame du monde et se retrouvent même en chacun de nous. En tant qu’huppermage, je parcours le monde pour étudier les causes de déséquilibres entre eux. Là où elle a été autrefois perdue, je m’évertue à restaurer l’Harmonie conformément à la volonté de la Balance Krosmique, notre Gardienne. Cette dernière contribue à assurer la stabilité du Monde des Douze. Il s’agit donc d’une mission importante, et elle dépasse la vie d’aventurier et leurs habituelles quêtes à la recherche du pouvoir. J’ambitionne, pour ma part, d’être en mesure de tracer un jour l’Omnirune et de percer quelques-uns ses mystères. 

Laisse-moi cependant te rassurer, toutes nos actions ne sont pas aussi grandiloquentes ou solennelles. Il nous arrive aussi d’agir à plus petite échelle.

Toi par exemple, ton âme semblait troublée par la cérémonie des Sept. Je me devais donc de venir te soutenir et t’aider à retrouver une forme de sérénité. Après tout, selon la Balance, se connaître soi- même et être en phase avec les flux qui nous animent, n’est-ce pas là la première étape vers l’harmonie ?

Elle m’interrompit, perspicace :Les orbes que tu as fait apparaître aujourd’hui, à quoi t’ont-ils servi ? Pourrais-je devenir huppemage, si je le désirais ?

Pour peu que Mina choisisse la voie de la voie de l’équilibre, elle avait le potentiel pour accomplir de grandes choses. Cela m’était apparu clair comme de l’eau de Rok, tout au long du peu de temps que nous avions passé ensemble. Fallait-il le lui annoncer ? Toujours est-il que la poursuite de l’Harmonie nécessitait bien souvent une absolue neutralité. Aussi optai-je pour cette réponse, préférant souffler le chaud et le froid :

Les orbes ? Juste un petit un sort de magie, une simple diversion. Quant à ta question, en un mot, oui. Devenir huppermage est en effet un chemin que tu peux choisir d’emprunter. Mais il s’agit d’un chemin parmi tant d’autres. Je ne doute pas que je ne suis, ni la première, ni la dernière personne que tu rencontreras avant de faire ton choix. Cependant, ce n’est pas ce que tu devrais retenir de notre rencontre. Gardes simplement à l’esprit la chose suivante. Le plus important, c’est que la voie que tu choisiras, TA VOIE, soit en phase avec ce que tu souhaites devenir. Et pour que tu t’en souviennes, permets-moi de t’offrir un cadeau.

Je tirai alors de ma bourse une fine broche argentée, sertie de quatre pierres précieuses et la faisais glisser de ma main vers la sienne. Chacune de ces pierres représentent un élément, une émotion avec laquelle il faut composer, une force qui agite et vivifie le monde. Grâce à ce bijou, forgemagé par mes soins, tu pourras toujours deviner la présence et l’influence de la Brise Quadramentale et y trouver une source de réconfort.

Merci bredouilla Mina, alors qu’elle se mettait à rougir de plaisir. Décidément, elle ne savait vraiment pas cacher ses émotions, me permettant de lire en elle comme dans un livre ouvert.

Je fis finalement disparaître mon gardien élémentaire d’un claquement de doigts et raccompagnai Mina vers les Piles. L’après-midi passé en sa compagnie avait eu moins eu le mérite de la distraire et d’alléger un peu son cœur d’enfant. Je me séparai d’elle sous les arches creusées dans le bois qui marquaient l’entrée du village, rassuré quant à son état d’esprit face à un choix qui viendrait bien assez tôt.
2 0
Score : 130
"Quelle aubaine!” , se dit la petite en son for intérieur, “Vous les goujons, vous n’avez pas à faire un choix qui déterminera le reste de votre vie…” se lamentait Mina en plongeant son regard larmoyant dans l’eau chatoyante de la fontaine du village des Piles de Kontouar. 
Un petit goujon se trouvait là, nageant dans les larmes de la petite qui coulaient à flots.                  

                                                                      et puis POUF !

                                    *Poisson s’envola, en moskito se transforma.*

Il était si gros qu’on aurait dit une bonbonne à eau de Kwappa. La jeune indécise s'esclaffa d’un rire si pur et innocent que tous ses problèmes s’envolèrent. Une goutte de sang s’échappa du ridicule insecte repu et vint teindre l’eau d’un rose pâle comme si un soleil se couchait dans ce petit monde aquatique en même temps que dans les cieux amaknéen. 
Alors que ses prunelles se perdaient dans cette pureté naturelle, aussi somptueuse qu'éphémère, une voix vint troubler sa réminiscence d’une ballade en forêt avec une jolie Rose et d’une partie de cache-cache avec une exquise fantôme.  

“J’aime mieux ça ! Un rire aux éclats et des étoiles dans les yeux correspondent plus aux gamines de ton âge que des cernes et des sanglots digne de Tolgonas, le méryde des larmes. Sommes-nous le jour de la pleurnichouille ?” Plaisanta un mystérieux inconnu. 

La voix venait d’un pêcheur des plus étrange, avachis sur une bouée gonflable ressemblant à s’y méprendre à Miaouche, ou peut-être Egna. “A  moins que ce ne soit qu’un chacha.” Pensa maladroitement la jeune âme en souriant. Il était en train de dormir, ou du moins dormait, au bord de la rivière de la Soif, un bouquin en guise de parasol et une canne à pêche plantée devant lui. 
Soudain, elle s’agita, et d’un claquement de doigts, sans même une œillade, un poisson-chacha frétillant apparut dans un panier rempli de moustiques. 
Après un court silence de stupéfaction, la petite fille engagea la conversation :   

“Waouw ! C’est qui ton dieu, étranger ? Je n’ai jamais vu quelqu’un transformer un moskito en goujon !”     

Pour toute réponse, il sourit en soulevant le roman posé sur sa tête, tel un couvre-chef, sur lequel la douzienne de douze ans pu lire “Les aventures de Bola & Valcade tome 1”Cela lui disait vaguement quelque chose, mais son attention se porta sur les avant-bras maculés de tatouages tribaux de l’aventurier. A mieux y regarder, ils ressemblaient, à s’y méprendre, à du sang. Ses cheveux blancs comme ses yeux malgré son jeune âge trahissaient un événement traumatisant passé… 

“Je ne fais que pêcher, d’une manière originale, en transposant mes appâts et mes proies fillette.” Elle repensa à Maître Kantouar, un pêcheur tout aussi atypique mais attachant à la fois. Elle s’était bien bidonnée avec lui lors de sa première ripaille.
La couronne d'épines, qui orne ton joli crâne, me souffle que tu as déjà entendu parler de ma Mère des Douleurs.”  

Elle rougit face à ce compliment inattendu. Tous ces événements ont fait oublier à la jeune fille qu’une belle sacrieur lui avait offert,“l’essence du culte”,  murmura la future disciple des douzes. 

“Hein ? Qu’est-ce que tu bafouilles ? L’essence du culte, ça ? MWAHAHAHA !
C’est un présent offert aux jeunes enfants prêt à se dévouer plutôt corps qu’âme à la Vierge de fer. C’est un vieux rite certes, mais certainement pas le symbole de mon culte.
Seul le sang versé peut représenter ma déesse.”
 

À ces mots, la Pilarde jeta la couronne à terre et fondit en larmes :

“Faire le bon choix, quelle blague !” , couina-t-elle, “J’ai l’impression que tous ne veulent qu’une seule chose, c’est qu’un nouveau disciple rejoigne les rangs de leurs maudits dieux, sans pour autant s’inquiéter de l’écartèlement interne que ce dernier peut subir.  

Même si certains avaient été si bienveillants avec elle, toute cette pression qui l’écrasait les dix derniers jours durant retombait d'un coup, elle était à bout.  

"Mon pauvre enfant ! Tu m’as l’air de souffrir le martyr… Laisse moi arranger cela ! Je me nomme Jin,  on fait des gros bleus ?” 
Sans avoir le temps de comprendre, elle reçut un coup-de-poing dans le ventre qui lui fit rendre son déjeuner sur la chaussée. 
“Tu sais maintenant faire le salut amical de ma classe !” , fit un sourire émaillé de magnifiques canines.  

Après un temps fugace, la pauvre victime réussit à siffler entre ses dents :

“Pourquoi me frapper sans raison ? Est-ce cela d’être sacrieur ? Jouir de la douleur et l'infliger aux autres en retour ?”
“Cette petite pichenette amicale est un cadeau de bienvenue dont le but est d’offrir l’opportunité, à autrui, d’accepter la douleur physique afin d’en oublier la douleur morale. Nous autres sacrieurs, soignons le mal par le mal, si ton esprit souffre trop, flagelle ton corps un bon coup, ça ira mieux tu verras !”    
“C’est vrai !” , se dit-elle, “je ne me sens plus oppressé. J’ai mal, et pourtant, je vais mieux ! Comment est-ce possible ? C’est illogique !” 
Elle se releva tant bien que mal, et fixa son interlocuteur dans le blanc des yeux. Elle ne vit que tendresse dans ce regard si dur.  
“Pourquoi je me sens apaisée ? Mon estomac me brûle, cependant, j’ai la sensation de ne plus avoir de problèmes.”  
"Mwahaha ! C’est parce que tu es réceptive à la douleur gamine, c’est rare d’accepter la souffrance aussi jeune. Mais une fois que c’est fait, la vie devient bien plus simple.” A ces mots, Reyzed, le zobal mercenaire lui apparut et lui rappela l’importance de maîtriser ses émotions. 

Alors que l’adolescente se remettait à peine de son expérience sadomasochiste et philosophique, deux tentacules furibonds jaillirent des profondeurs du fleuve pour dérober la jolie fleur, offerte par Rosae. “Nooooooon !” cria-t-elle en sautant à leur poursuite.

*(P.S. : comment ça, je suis censuré ? Hein ? Mais non, ce n’est pas un hentaï douteux japonais voyons)*

Des ligaments fins comme des fils de nylon l’empêchèrent de chuter. Jin l’avait attiré à lui. Étrangement, les membres du kralamour ne s'éloignaient pas, ils se rapprochaient même. Nuance. C’était elle qui se rapprochait, et à grande vitesse, dans les bras musclés de l’invocateur d’une épée volante, sur laquelle il surfait tel un paddle. 


“Fonce nuage magik ! Ah non, c’est dans DBZ ça…” ironisa l’auteur en nostalgie du bon vieux temps…  

La course-poursuite aéro-sous-marine prit fin sur un îlot qui dressait l’échine de notre prêtre du sang. Le kralamour cleptomane poursuivit son marathon sur le sable tiède, mais se retrouva dos au mur, face à une gigantesque porte.
Alors que nos héros arboraient une expression satisfaite en savourant déjà les délicieux takoyaki qu’ils prévoyaient de se faire avec les restes du poulpes. Ce dernier s’engouffra dans le minuscule trou de serrure laissant nos protagonistes littéralement “se décrocher la mâchoire." 

Une mutilation, deux dissolutions et trois douleurs cuisantes plus tard, la porte était toujours close et Mina se demanda la différence entre une cervelle de iop et de sacrieur. Avant de trouver la réponse, elle observa deux coquillages étranges de part et d’autre de la muraille indestructible, testée et approuvée par notre bourrin préféré.    

“Si seulement nous pouvions crocheter ces serrures, ce kralamour ferait moins le malin.” sanglota la petite Mina.    

Sitôt dit sitôt fais, en solidifiant son sang une fois la serrure remplit, le iop refoulé apparut tout d’un coup moins limité cérébralement à la pauvre Mina. “Il me fait penser à Tsugira, on le croit niais, mais il est simplement naturel et sans arrière penser.” pensa-t-elle un peu fort.
Ce qui fit monter le sang à la tête de Jin. Pour un sacrieur, c’est un signe de fierté. 

La porte s’ouvrit dans un grand fracas débouchant sur une caverne sombre au milieu de laquelle s’écoulait un ruisseau anormalement bleu. La fillette tremblait comme une feuille de sadida. Soudain, elle sentit une main chaude enveloppée le haut de son crâne.    

“T’inquiètes, je ne suis pas du genre à laisser un de mes compagnons être blessé." posa le berserker avec un sourire réconfortant.  
“C’est rassurant d’être avec un sacrieur” se dit-elle à elle-même en acquiesçant d’un petit hochement de tête timide.

L'égouttement de l’eau dégoulinant des stalactites dans l’obscurité abyssale de la caverne rendait l’atmosphère oppressante.  Un grondement sourd et régulier se faisait entendre, d’abord lointain puis assourdissant. Une présence écrasante se dégager dans le noir d’encre voilant leurs yeux. L’angoisse remontait à la surface aussi vite que des bulles d'air piégées au fond du grand bleu.
Jin sentait le rythme cardiaque de Mina s’accélérer.
Puis n’en pouvant plus, elle prit la fuite sans un regard en arrière. Alors qu'elle voyait la lumière au bout du tunnel, elle fut brusquement stoppée, couvée par son protecteur qui lui murmura : 
 

“J’ai un conseil à te donner, quels que soient tes choix, donne toi toujours à sang pour sang. Nous, les sacrieurs, sommes vu comme des sadomasochistes immortels. Cependant, je mets un point d’honneur à accepter la souffrance, et à l'utiliser comme une force pour ne jamais avoir de regret. Tu peux fuir la douleur autant que tu veux, elle te rattrappera un jour ou l’autre. L’acceptation est la voie que j’ai choisie, laisse moi te montrer ce qui se trouve au bout du chemin. Pour cela, je te demande simplement de me faire confiance. Peux-tu faire cela pour moi ?” Ce discours emplit de détermination et de bienveillance acheva de convaincre la jeune femme.  

Un hochement de tête ample se fit sentir même dans la pénombre et tous deux reprirent leur chemin. Jin se mit à luire d’une lueur sanguine. C’était à la fois magnifique et effrayant. Toutes ses artères, veines et vaisseaux apparaissèrent nettement. La torche humaine avança d’un pas sûr et emplit de force.
“D’où venait donc cette énergie ?” s’interrogea Mina en lui emboîtant le pas.
Vue de dos, son gardien était terriblement musclé mais, surtout, affreusement mutilé.
La petite eue des visions d’horreur de Jin, torturé, agonisant, à moitié mort suspendu à des chaînes. Ces nombreuses cicatrices dans son dos apparaissaient telles des plumes d'ailes angéliques. Un ange de la mort. Il dut sentir son dégoût car il lançât d’une manière cinglante :
 

“Ne détourne point le regard de mes cicatrices, elles sont ma fierté ! Elles quantifient le nombre d’êtres chers que j’ai protégé. Certains guerriers enorgueillis pensent, à tort, qu’une cicatrice dans le dos est un signe de lâcheté, une preuve de la fuite. Mais le dos est la partie la plus vaste de notre anatomie, c’est le plus gros bouclier naturel que nous offre notre corps.” 

Admirative, Mina se laissa réconforter par cette armure humaine capable, selon elle, d’arrêter n’importe quelle attaque. Mais en arrivant au bout de leur longue marche, un frisson glacial la parcourut à la vue d’un gigantesque dragon d’un bleu aussi changeant que le nombre de mers. Mina étouffa un cri dans la paume de la main de Jin qui était ferme et frissonnante à la fois.
Mina ne sut pas dire si c’était de l’excitation ou de la peur. Surement un mélange des deux. 

En effet, il s’ennuyait à mourir depuis qu’il était arrivé ici. La pauvre faune locale aux abords du village, et même la réputée “terrible” Bossue faisaient à peine office d’échauffement pour notre guerrier prééminent.
Le Kralamour était là sur un œuf luisant comme la pleine lune. Un Dofus.
Jin intima le silence et l’immobilité à Mina qui se sentit traversée par une vague de sang un court instant.
Son imagination lui jouait sûrement des tours. Il s’approcha à pas du mulou, moins bien que l'envoûtante Enryde.
Alors que son auriculaire n’était plus qu’à quelques millimètres du vil octopus, ce dernier goba l’embryon draconique. 
 
D’abord, la vitesse du coup, leurs yeux de mortels ne virent rien du splendide crochet du droit asséné à Jin, puis vint le bruit, après, à la manière du tonnerre qui s'éloigne.
Quelques fragments de seconde plus tard, Mina le rejoignit. Cependant, aucune douleur n’accompagna la fille dans sa propulsion hors de l’antre. Pourtant, la créature naît de la fusion du kralamour et
du Dofus aurait dû lui ouvrir le dos avec autant de puissance.

"C’était donc ça, l’acceptation de la douleur ? Les sacrieurs ne la ressentent donc pas ?"

Jin la rattrapa au vol, heureuse qu’il aille bien, qu’il soit là pour la protéger, tel était son devoir, sa force : 


Jin ! Jin ! Ça y est, je l’ai sentie ! L’acceptation de la douleur ! Je l’ai f… J-Jin ? Qu’est-ce que…” Les mots moururent au fond de sa gorge.

Eh bien ! Pourquoi pleures-tu ces larmes de crocodailles ? Qu’est-ce qui te rend si triste ?” 

Jiiiiiiin ! Ton dooooooooooooooooos !!” hurla-t-elle de dégoût et de désespoir.

A la vue de son dos éventré par une horrible griffure, dont une cascade sanglante s’écoulait telle la vie qui le quitte, elle comprit. Elle su le sacrifice que Jin avait fait pour elle et fondit en larmes. Elle n’était qu’un poids, un fardeau qu’il lui fallait protéger, il aurait dû la laisser mourir, elle était si faible.  

“Mina, ne t’en veux pas. Tu n’es pas fautive. Tu as le droit d’être faible ! Les forts protègent les faibles car ces derniers seront les prochains forts. C’est le cycle éternel de la vie. Quoique tu choisisses comme divinité, n’oublie jamais qu’avant d’être forte, tu as été faible ! Si tu mets ta force au service des autres alors je ne regrette rien. Adieu jeune douzienne ! Pars et inscris ton nom dans la légende ! Et n’oublie pas, A cœur saignant rien d’impossible !” décrocha-t-il en même temps qu’un sublime coup de genou dans la tête de la créature qui fondait sur eux.  

Suite à quoi l’épée volante, sortie de son bras, emmena Mina loin de cette île maudite. A mesure qu’elle s’éloignait, Mina contempla le terrible tableau peint devant elle :
Jin, en mode berserk, rougeoyait de symboles étranges peint sur sa peau bléssée ruisselante d’un sang nouveau tel les ailes noir ornant son dos étripé. Il était aux prises avec un monstre hideux mélangeant Rushu et La Larve Koutoulou.
Jin souriait face à cette mer de dents que lui offrait le démon. 

Les larmes lui brouillaient la vue et bientôt, tout ne fut qu' accalmie.
De l’eau, une épée, une fille pleurant en serrant un bandeau blanc orné d’un point rouge rappelant Sacrifia, la poupée de Rosae.
Une fois de retour à la fontaine, l’épée la déposa doucement. Alors que la lame disparaissait, Mina crut apercevoir une larme au coin de son œil.

Après un temps qui dura une éternité, elle se releva, sécha ses larmes et accrocha le bandeau sur son front. La Brise Quadramentale lui souffla des échos du passé, guidée par la broche argentée offerte un peu plus tôt par l’huppermage, Sig. 

“Quelle ennuyante serait notre vie sans la souffrance ! Mwahah...ah..….”    

Nostalgique, elle baigna une dernière fois sa vision dans l’eau miroitante de la fontaine qui reflétait les étoiles. Un instant durant elle crut apercevoir douze paires d’yeux à travers les étoiles posés sur elle.
C’était sûrement son imagination.

Elle ne savait toujours pas sur quel dieu elle jetterait son dévolu, ni de quoi son avenir serait fait. Cependant, elle était dorénavant sûr d’une chose, elle deviendra forte et protégera les faibles afin d’honorer un acte héroique.
2 0
Score : 2545
[/HRP : 2500 mots, si c'est pas magnifique ma chéwie !
Etant abonné aux exercices de narration peu ordinaires dans ces RI, je vous souhaite à tous, lecteurs comme jury, un bon courage ! Pour info, j'étais BigBossKurt dans les anciens RI, j'ai rename depuis !]
 
***
 

Un Wabbit déboula sur la place centrale, captant l’attention de la jeune Mina. Quelle drôle d’allure, songea-t-elle. D’un pelage blanc immaculé, cintré d’un pourpoint bleu roi, il sortit une montre à gousset de sa poche.

Tic-tac, tic-tac.

Après un bref coup d’œil, il la rangea tout en tapant frénétiquement le sol de sa patte gauche. Il repartit aussi vite qu’il était arrivé, slalomant entre les villageois, vaquant à leurs activités quotidiennes, ne semblant même pas le remarquer. Mina abandonna Triploza, auprès de qui elle demandait conseil, intriguée par ce drôle d’huluberlu. Elle se hâta de le suivre, sans manquer de percuter deux adultes et de renverser un panier de tomates mûres.

     « Pardon ! Excusez-moi, je dois faire vite ! » cria-t-elle.

Le Wabbit cavalait sur le chemin menant droit à la Bossue. Le vent faisait flotter les cheveux de Mina, qui rayonnaient dans la lumière couchante de cette belle soirée. Elle riait en poursuivant ce Wabbit pressé…

Le Xélor marqua une pause pour apprécier ce moment intemporel. Cela aussi passera.

Arrivé en haut d’une butte, le Wabbit disparu derrière un chêne centenaire. Mina s’approcha, pour remarquer un large trou qui éventrait le sol. Surement le terrier, se dit-elle. Elle y jeta un œil, intriguée. La pénombre en émanant était telle qu’elle dut se pencher pour mieux y voir.
 
Dangereusement. Trop dangereusement.

Une motte de terre se déroba sous son poids.

Elle hurla. Tenta vainement de s’accrocher aux racines.

Mais la gravité est impartiale. Et l’entraina dans ce trou.

L’obscurité saisissante avala ses cris. Mûe par un réflexe primaire, elle se recroquevilla en fœtus et ferma les yeux. Passé une dizaine de secondes à chuter, elle prit le risque d’ouvrir un œil. Le noir intense avait fait place à une légère pénombre permettant de distinguer horloges, clepsydres et sabliers en tous genres, défilant devant ses yeux. 

Tombe, tombe, tombe ! Cette chute n’en finira donc jamais !

Le verre d’une immense horloge à balancier fit miroiter, l’espace d’une seconde un jeune enfant, en proie à la panique, chutant… Vers le haut ? Mina n’eut le temps de s’interroger, frappée au visage par une montre à gousset.

Elle l’agrippa fermement, constatant qu’il s’agissait de celle du Wabbit. Les aiguilles défilaient à une allure folle. Concentrée sur la montre, elle perçut à grand peine un mécanisme cliquetant au loin.

Tic-tac, tic-tac.

Cherchant du regard ce qui pouvait avoir provoqué ce bruit, elle constata qu’elle ralentissait. Reportant son attention sur la montre qu’elle avait en main, elle vit que les aiguilles perdaient leur rythme frénétique… Jusqu’à s’arrêter.

Plus rien ne bougeait.

Tout flottait, comme suspendu dans les airs, dans le temps : de la lourdeur des horloges en bois massif à la légèreté des minuscules grains de sable dans les sabliers alentours.

      « C’était une sacrée chute, Mina ! la fit sursauter une voix indiscernable. La curiosité mène à des chemins tortueux… »

L’intonation était métallique, et l’enveloppait complètement. Non pas chaleureusement, comme la voix de sa mère : elle venait ici planter ses minuscules aiguilles, incisives, dans chaque atome de son corps.

      « Un choix d’importance t’es soumis dans les jours à venir, Mina… Il était temps que je te rencontre. »

Une silhouette encapuchonnée la contourna. Le peu de liberté qu’offrait sa houppelande bleu nuit ne laisser deviner que des bandages vieillis par le temps. Seuls ses yeux étincelaient.

      « Comment… connaissez-vous mon nom ? laissa échapper timidement Mina.
      -    Xélor voit en toi un grand potentiel, je ne suis qu’un humble messager.
      -    Qu’est-ce que je fais là ?
      -    Tu es tombée.
»

Le Xélor marqua une pause, avant de se fendre un rire à en décrocher la terre des parois.

      « Tu vas comprendre… » dit le Xélor, un rictus au coin de la bouche.

Un cadran de Xélor apparut entre eux. Sa surface polie appelait irrésistiblement le regard de Mina, qui s’y abandonna. Son reflet se transforma progressivement en celui d’une femme  d’un âge certain, qui avait comme un air de famille. Quatre traits tirés à la peinture rouge sang sur les joues, un bandeau Brâkmarien sur le front, elle rugit soudainement.

Puis ce fut le chaos.
 
***
 

Deux immenses marées de chair et de métal s’écrasèrent l'une contre l'autre dans ce qui semblait être les champs de Cania, non loin de Bonta.

Un bleu azur et du rouge sang se mêlaient dans une violence qui donna des hauts-de-cœurs à Mina. Mais alors qu’elle pensait vomir, rien ne sorti de sa bouche.

      « An 26 après la création de l’horloge de Xélor, fit une voix recouvrant le fracas de l’affrontement. Tu reconnais sans doute ce que dois avoir vu dans tes livres d’histoire.
      -    La… l’Aurore Pourpre… La première bataille des Guerres des Cités.
      -    Exact. L’aube d’une rivalité sans fin entre Bonta et Brâkmar. »

Des sorts meurtriers fusaient de toutes parts, faisant des ravages dans chacune des deux armées. Une horreur sans nom se tenait devant Mina, qui la contemplait, écœurée.

      « Non non non, c’est pas possible… Pourquoi m’avoir emmenée ici ? 
      -    Tu ne poses pas les bonnes questions, Mina…
»

L’action parue se préciser sur la femme que Mina avait aperçue dans le cadran. Elle massacrait ses adversaires avec un acharnement tel que Mina se sentit perdre conscience.

Puis ce fut le noir.

Tic-tac, tic-tac.

Le son des aiguilles fut la première chose que Mina entendit. Les hurlements la seconde. En se réveillant, elle constata qu’elle était toujours sur le champ de bataille, des heures plus tard vu l’avancée des troupes brâkmariennes, malgré une aube qui semblait s’étirer sans fin. Hyrkul, qu’elle reconnaissait des peinture qu'elle avait vu, acheva de terrasser le centaure Menalt avant de déchainer le chaos du Feu Noir, décimant l’armée de Bonta.

      « Mais c’est pas possible… pourquoi je dois voir ça ? C’est horrible ! » Cria Mina, en pleurs.

La victoire de l’armée brâkmarienne semblait proche, les guerriers se ruant avec des cris de joies vers les portes de la cité blanche. S’extirpa alors des cadavres des chevaliers de l’ordre encore chauds une marée spectrale. Lorsque les Brâkmariens en prirent conscience , il était déjà trop tard : les spectres les déchiquetaient sans pitié. Mina vit la femme du cadran mourir, transpercée de part en part par une lame fantomatique, et tomber sans un bruit.

      « Qui… Qui était-elle ? chuchota-elle.
      -    Ton ancêtre. »

Mina sentit sa gorge se serrer, abasourdie par cette information.

      « Non, c’est pas vrai, c’est pas vrai ! supplia-t-elle. Faites-moi sortir de là ! »

Alors qu’Hyrkul fuyait, poursuivi un Ulgrude enragé, un flou envahi les yeux de Mina, laissant cette vision cauchemardesque derrière elle.
 
***
 

      « Pourquoi m’avoir fait vivre ça ? Explosa Mina. Je vous ai rien fait !
      - Ssshhhh ! Lui intima le Xélor. Regarde et admire ! » Lança-t-il à mesure que des vivats couvraient sa voix.

Mina prit le temps d’observer son environnement pour reconnaître l’immense arène de Bonta, qu’elle avait visité avec ses parents, plus jeune. L’arène était pleine à craquer. Un événement d’importance devait avoir lieu en cette chaude soirée d’été. 

Une première équipe composées de cinq Pandawas entra alors sur le terrain, arrachant les hurlements des spectateurs en folie. Il y avait quelque chose d’électrique dans l’air. Puis ce fût au tour de la deuxième équipe de se dévoiler aux spectateurs…

Les laissant sans voix.

C’était un Khan Karkhass au crâne immaculé qui venait de faire son entrée dans l’arène.

      « Espérons que cette faute de goût ne lance pas une mode Mesdames et Messieurs », annonçait le speaker sur un ton condescendant.

Mina se retourna vers le Xélor, prête à lui demander pourquoi ils assistaient à un match de Boufbowl, lorsqu’elle aperçut cette fillette, assise plus loin. 

Non, pas cette fillette. C’était elle.

Le même nez, les même cheveux. Le même sourire.

      « Qu’est-ce… qu’est-ce que je fais là ?
      - Que connais-tu de la réincarnation Mina ? Fit malicieusement le Xélor.
      - Comment ça… C’est pas vraiment moi ?
      - Non. C’est de nouveau l’un de tes aïeuls. Nous sommes en l’an 400, dans, tu l’as reconnu, l’arène de Bonta.
      - Pourquoi vous me faîtes voir t… » 

Une immense secousse arracha un cri à Mina. Un gigantesque rayon d’énergie teinté d’ébène creva le sol de l’arène. Il disparut tout aussi soudainement, secouant de nouveau le stade.

S’éleva du centre de l’arène un plateau de roche sur lequel trônait Julith, en possession du Dofus Ebène. La puissance que ce dernier conférait était telle que les gardes Bontariens n’opposèrent quasi aucune résistance, terrassés à la seconde où la Bouchère  posait ses yeux sur eux.
Puis un rayon obscur frappa un spectateur.

Le laissant sans vie, alors que son âme était aspirée par le Dofus.

Personne ne bougea, tous étaient tétanisés par l’horreur qui se produisait.

Le Dofus entama alors une moisson infernale. Frappant douzien après douzien, à un rythme de plus en plus effréné. 

La fillette non loin de Mina fut à son tour touchée. Son corps se désarticula, tombant au sol tel un pantin. Mina ragea :

      « Il faut faire quelque chose ! 
      - Laisse le temps faire son œuvre ici… Ce n’est pas à toi d’intervenir.
      - Non ! Elle est en train de tuer toutes ces personnes !
» cria Mina.

Elle s’élança vers Julith, mue par une colère sourde.
Tic-tac, tic-tac, eut-elle le temps d’entendre avant que sa vision ne se brouille une nouvelle fois.
 
***
 

Quelques flocons tombaient timidement, sur une vaste étendue herbeuse, où des bouftous broutaient à proximité. Les plaques de neige fondaient déjà, signe d’un hiver qui touchait à sa fin.

      « Mais qu’est-ce que vous me voulez ? » lâcha Mina, des larmes jaillissaient de ses yeux.

Le Xélor resta muet.

      « S’il vous plaît… Laissez-moi, je ferez ce que vous voulez… Dîtes moi quoi faire… Mais sortez-moi d’ici…
      - Mina,
la coupa le Xélor, sache une chose : la course du temps est cruelle… Sa vitesse est perçue différemment par chacun, mais personne ne peut la modifier, pas même nous, Xélor. Seule la mémoire des jours anciens reste inchangée. »

Il marqua une pause, jetant un regard à un château que l’on pouvait distinguer au loin, une clepsydre y culminant. On pouvait y sentir une grande émanation d’énergie, signe d’un Dofus à l’œuvre.

      « Certains s’y sont cependant risqués… Ignorant les conséquences. Mais au bout du compte, il y a toujours quelqu’un qui en paye le prix. »

Ils s’approchèrent d’un groupe d’aventuriers. Une vieille femme semblait en être la cheffe, dirigeant les aventuriers d’une main de fer. De nouveau, les traits de son visage étaient familiers pour Mina.

      « Encore une ancêtre, c’est ça ? Que va-t-il se passer, cette fois ? Ne pouvons-nous pas faire quelque chose, par pitié ? » Implora Mina. 

L’atmosphère devint électrique. La luminosité fuit brusquement la scène. Les aventuriers prirent leur armes en main, à l’aguet. 

Une immense forme les survola, se dirigeant vers le château, perché sur ses hauteurs.

      « C’est Djaul ! » entendit-on crier.

Il n’y avait rien à faire. En quelques coups d’ailes, le démon était déjà face à la clepsydre.
Mina contempla en même temps que son aïeul la malédiction que le Shushu lança sur la merveille d’ingéniosité du Comte Harebourg. Une onde de choc, glaciale, les frappa de plein fouet.

      « Qu’a-t-il fait… » souffla la cheffe de l’expédition.

Puis l’explosion elle-même les atteint. 
Tout gela immédiatement. Un Féca du groupe invoqua en vitesse une égide, mais les malheureux qui n’étaient pas derrière se pétrifièrent tant le froid était extrême.
Même Mina sentit ses os se glacer.

      « Voilà plus d’une centaine d’années qu’ils sont condamnés à rester sur cette île… Annonça le Xélor. En la quittant, le temps les rattrapera inévitablement.
      - Ca veut dire… Qu’elle est toujours vivante, toujours sur l’île ? Je vais pouvoir y aller, changer les choses ! »

Le regard du Xélor transperça Mina.

      « Tic-tac, tic-tac, fit son timbre métallique, glaçant plus encore les os de Mina. Certains n’ont pas supporté défier le temps. Ils ont par eux-mêmes rétabli l’ordre naturel des choses. »

Percuté de plein fouet par cette révélation, la vision de Mina se brouilla de nouveau.

      « Non, pas encore, s’il vous plaît… »
 
***
 

Le vent soufflait sur le passage du collecteur, qui emportait avec lui le lourd tribut dont il s’était emparé, laissant les hommes des sables dans la plus totale des misères.

      « Où sommes-nous ? chuchota Mina.
      - Dans un futur incertain. »

Vestiges de bateaux, de roulottes et autres véhicules plantés dans le sable faisaient office de refuge aux quelques survivants qui se coupaient des miséreux traînant dans le désert. Les visages, hagards, ne donnaient pas d’espoir à Mina. Le teint de peau de ces survivants étaient devenu cireux, comme si le sable avait laissé une empreinte indélébile dans les chairs. Sous une tente on entendait les cris de blessés, soignés par un médecin dont les outils de fortune ne laissait pas entrevoir un sort favorables pour ces pauvres gens. Le bruit soudain d’une chute d’eau fit se retourner Mina, qui observa trois villageois accourir pour s’assurer que l’immense cuve trônant sous la canalisation ne perdait pas une goutte de ce liquide ici si précieux.

Mina l’aperçut alors. Une jeune femme qui lui était en tout point semblable, que seules les années séparaient. Prostrée sous un abri de fortune, elle semblait être dans une léthargie profonde.

Le Xélor prit la parole :

      « Le collecteur qui vient de partir était son fiancé. Mais en acceptant de servir la maîtresse de ces lieux, il a oublié jusqu’à l’existence de ceux avec qui il a grandi, préférant le luxe de l’Oasis. »

Mina ne lui accorda aucune réponse, contemplant la jeune femme. Ses grands yeux magnifiques étaient assombris par la douleur qui la frappait.

      « Cela aussi passera », chuchota le Xélor.

Mina regarda ce dernier avec une tristesse infinie. Il reprit :

      « C’est la mémoire des jours anciens qui forge l’être que tu es et que tu deviendras. Chéris-la, car en la perdant, c’est une partie de ton futur que tu perds. »

Il désigna la femme pataugeant dans son désespoir.

      « Peut-être qu'un jour le temps rattrapera celui qui lui était promis, lui rendant ce qu’il a perdu. Il devra alors faire un choix : rester celui qu’il est devenu ou redevenir celui qu’il était… »

Tic-tac, tic-tac.

Mina ferma les yeux à l’écoute de ce son, prête pour ce qui allait suivre.
 
 ***
 

Les feuilles bruissaient au gré du vent non loin de Mina. La Bossue n’avait pas changé. Les rayons du soleil caressaient le hameau se tenant plus bas, lui donnant une couleur chaude et rassurante. Mina se retourna, à la recherche du Xélor. Ni lui, ni le drôle de Wabbit habillé n’avaient l’air dans les parages. Aucune trace ne laissait même deviner qu’ils étaient passés par ici.

Mina inspira une grande bouffée d’air, goutant aux joies de ce simple moment. Un choix était fait : elle profitera de chaque moment à venir, et chérira chaque moment passé.
3 0