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[Animation] Récits d'Invention #10 : Vous vivez dans...

Par Etherre-Nelle#5924 - ABONNÉ - 11 Mars 2021 - 17:16:43
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Malgré la plénitude des lieux et l’ambiance apaisante des berges de La Soif, Mina ne parvenait pas à calmer sa nervosité. La perspective de la cérémonie du Choix se déroulerait dans 2 semaines et elle était tiraillée par le doute et l’incertitude.

Qui allait-elle choisir? 

Deux semaines.

Autant dire deux minutes tant la notion du temps semblait brisé par cette date à la fois si lointaine et si proche. 

Mina, du haut de ses douze ans se devait de faire un choix sur la divinité qui guidera sa vie. Plus loin, un couple de pious s’amusaient avec un roseau essayant non sans peine de le couper sans doute pour étayer leur nid. Mina les observa un instant, se faisant la réflexion que peut-être ces piafs allaient lui donner la réponse que les Septs Piliers et tout le village des Piles de Kontaour attendaient d’elle… mais quelle réponse pouvait-elle leur fournir quand elle-même avait bien du mal à choisir?  

Alors qu’elle s’asseyait près de la berge poussant un gros soupir à peine couvert par le bruit de l’eau, des pas se firent entendre. Mina se retourna pour voir arriver un personnage étrange, monter sur une créature encore plus étrange. Mina avait entendu parler de ces bestioles que l’on chevauche comme des ânes, et qui possède deux longues pattes capables de courir très vite et dotées d’une extrême habileté au combat. Celle du voyageur était un camaïeu de rouge allant vers un blanc cassé. La bête frémissait sans cesse, jetant sur la gamine un regard presque comique.

Le nouveau venu était couvert de poussière. Il pointa sur Mina un regard à la fois insistant et interrogateur. L’étranger, l’étrangère plutôt, l’enfant venait de s’en rendre compte aux courbes harmonieuses qui se dessinait sous les vêtements usés, mit pied à terre et retira son bandeau. Mina ne put détacher ses yeux du couvre-chef. L’étrangère remarqua son attitude et s’approcha d’elle en lui tendant le morceau d’étoffe. 

— C’est un bandeau Ikwa, dit-elle en souriant. Il marque ma réussite dans les voies du Pandawishu. Sais-tu ce que c’est? 

Mina secoua la tête. Elle n’avait qu’une envie, celle de prendre ses jambes à son cou. L’étrangère était tellement impressionnante. Tous en elle inspiraient le respect et l’aventure. Son teint légèrement hâlé avait de nombreuses marques témoignant d’une vie passée à combattre et voyager. À l’inverse ses yeux profonds, charmeurs et apaisants racontaient que derrière cette existence de lutte se cachait une grande sagesse. 

— Je suis Fhane, dit l’étrangère en tenant à Mina une main musclée et calleuse où les nombreuses cicatrices dessinaient comme une nouvelle carte du monde. 

— Je… suis Mina. 

— Enchanté Mina… peut-être pourras-tu m’aider? 

Un silence géné s’installa soudain au bord de la rivière et même les pious bruyants de tout à l’heure semblaient avoir suspendu leur activité pour observer la conversation. Fhane s’assit en tailleur devant Mina, l’encourageant d’un large sourire. Ses cheveux, entièrement blancs malgré la jeunesse qui émanait de son visage, étaient coiffés dans une longue tresse épaisse et descendaient loin dans son dos. Ses épaules nues, ainsi que ses bras témoignaient, s’il fallait encore, de la rudesse de l’existence de Fhane et les cicatrices que Mina observait sur le torse, la poitrine ou encore les avant-bras de l’étrangère écrivaient à elles seules l’histoire du personnage que Mina avait devant elle. 

— Oui, murmura l’enfant. Peut-être.

— Tu as l’air bien perdu, constata Fhane, décidant de remettre à plus tard ses propres préoccupations. 

— C’est que la cérémonie du Choix aura lieu dans deux semaines, lâcha-t-elle soudain, sentant, sans qu’elle sache pourquoi qu’elle pouvait faire confiance à Fhane. Je dois choisir ma divinité et je ne sais pas laquelle prendre. 

Fhane secoua la tête et s’absorba durant de longues secondes dans ses propres réflexions. Mina ajouta : 

— Vous, je le vois bien, vous avez choisi de vouer votre existence à la déesse Sacrieur, n’est-ce pas? 

— Oui dit Fhane, il fut un temps où moi aussi j’étais comme toi, mais d’où je viens, ce n’est pas une cérémonie qui dicte notre choix, mais un rêve. C’est ce rêve qui nous aiguille et qui nous fait choisir notre divinité. 

— Je choisis la Déesse Sacrieur alors ! s’écria Mina dans une explosion de joie.

Fhane se redressa et se mit à rire. 

— Attends, jeune Mina, ce n’est pas si simple. C’est un choix important qui dictera ton avenir, ton destin et qui fera de toi une femme. Il faut bien réfléchir et écouter ton cœur. 

Ce faisant, Fhane avait dévoilé une partie de sa tenue pour laisser apercevoir le haut de son torse, juste au dessus du sein gauche, où un cœur était tatoué. Avec les cicatrices qui le lézardaient comme un parchemin millénaire, le tatouage semblait vivant et battre à l’unisson du propre cœur de Fhane. Fascinée, Mina cessa de bondir sur place pour s’approcher et mieux voir le dessin.

— C’est un choix difficile, continua Fhane en remettant sa tenue. Tu dois entrer au plus profond de ton âme et faire ce choix avec ton cœur. 

— Mais comment? gémit la gamine en se laissant tomber sur un tronc au bord de la rivière. Les pious s’étaient remis à leur labeur, mais le roseau n’avait toujours pas cédé. 

Fhane s’approcha de sa monture et retira de son paquetage un sabre immense qui devait bien faire la taille de Mina. La larme légèrement recourbée était effrayante et son tranchant était si fin qu’il pouvait sans doute couper en deux n’importe quoi. La garde était richement ouvragée avec des signes étranges qui, à l’instar du tatouage sur la poitrine de Fhane, s’animaient d’une vie propre. À moins que ce ne soit les reflets de la lumière qui faisait danser ainsi les ombres et donner cette impression d’objet vivant. 

Fhane mit le sabre à l’horizontale et le tendit avec un sourire vers l’enfant. 

— J’ai été appelé par ce sabre alors que je suivais ma formation de Pandawishu. Il m’a appelé, il m’a montré la voie et mon cœur est allé vers lui. 

Mina observa la lame et sentit sa peau frémir en pensant aux dégâts qu’une telle arme pouvait occasionner. 

— C’est une Musamune, continua Fhane, je l’ai choisi et elle m’a choisi. Tu dois faire pareil avec ton choix de divinité. Puise au plus profond de toi, regarde-toi comme si tu étais un spectateur de ta propre existence. Parle à chaque divinité et présente-toi à elle. Tu peux lui expliquer qui tu es, ce que tu es… 

— Comment choisir? Comment être sûre de mon choix sachant qu’il m’engagera ma vie durant et qu’il dictera qui je serai alors? 

Fhane haussa les épaules et rengaina la Musamune qui émit, Mina en était sûre, un gémissement comme si la lame était déçue de n’avoir aucun corps à trancher.

L’étrangère saisit les reines de sa monture et s’avança vers Mina. 

— Voici DuCon, ma Dragodinde, nous aurions bien besoin d’un peu de repos, d’un bon repas et d’un bain. Penses-tu pouvoir m’accompagner jusqu’à une maison d’hôte dans ton village? 

Mina sourit et prit Fhane pars la main.

**

C’était le soir. Le ciel n’était pas encore obscurci par les voiles d’encre que la Reine Amirukam ne manquait pas de jeter sur la ville toutes les nuits. Les Pilliers disaient de la nuit profonde qui caractérisait le Village des Piles de Kontouar, qu’il était l’avant-poste du Royaume d’Encre, mais qu’un sortilège puissant faisait que la Reine ne le trouvait jamais et qu’elle n’avait comme option pour cela que de le plonger dans l’obscurité totale espérant voir dans cette noirceur les contours des maisons et ainsi anéantir les habitants. Mina, comme tous les enfants avaient longtemps été bercés par ce conte horrifique présageant les pires malheurs si elle n’était pas sage. 

Fhane se tenait en compagnie des sept Piliers. La Sacrieuse avait troqué son habit de voyage pour une tenue élégante qui ne cachait rien de sa féminité, mais laissait présager, aux mâles trop entreprenants, les foudres d’un rapprochement un peu trop senti. Elle écoutait chacun avec référence, posait quelques questions, riait de bon cœur à des plaisanteries de Mina ne comprenait pas, et ne manquait pas de temps en temps de faire un petit signe à la gamine. 

Les occasions étaient rares de recevoir un étranger dans le village et on avait organisé à la hâte un banquet, allumant un feu de joie qui, au moins pour une nuit, tiendrait la Reine Amirukam à distance.

La soirée, puis une partie de la nuit passèrent ainsi. On but et mangea, on raconta des histoires et on pressa Fhane de conter ses aventures. Les Piliers, non sans une trace de fierté dans la voie, présentèrent Mina à l’étrangère, disant que la gamine, du haut de ses douze ans allait devoir choisir sa divinité. Sans rien laisser paraître de leur première rencontre, Mina salua la sacrieuse et lui demanda conseil pour mieux faire son choix.

Comme de vieilles complices, Fhane et Mina rejouèrent la scène au bord de la rivière, s’amusant du regard attendri des Piliers.

— Cela viendra du cœur, s’écria alors un des Piliers en serrant l’épaule de Fhane avant de retirer précipitamment sa main sentant sur lui le poids du regard de la sacrieuse. 

— C’est le meilleur moyen de choisir, renchérit Fhane sans quitter des yeux le Pilier qui, soudain, venait de perdre 20 centimètres.

Elle prit Mina à part, et s’accroupit à hauteur de l’enfant. 

— Écoute toujours ton cœur, dit-elle en pointant l’index sur la poitrine naissante de Mina. Écoute ce qu’il a te dire comme si c’était l’être le plus proche de toi. Apprends à écouter ses battements, ses emballements quand l’émotion t’étreint. Apprends à vivre avec sa musique en tout temps à tes oreilles, il te guidera, il te montrera la voie et le chemin. Peu importe qui tu choisiras comme divinité, peu importe que ton choix convienne aux uns et déplaisent aux autres. C’est ton cœur qui commande. 

— Je crois que j’ai choisi, annonça dans un murmure Mina. Elle parlait à voix base comme si elle ne croyait pas elle-même à ce qu’elle allait dire. 

Fhane s’empressa de mettre un doigt devant sa bouche.

— Ne dit rien petite Mina. Il est encore tôt. Le temps est un bien meilleur conseiller que les hommes. Il te reste deux longues semaines pour prendre ta décision. Moi je repars ce soir, ma route a croisé la tienne et je suis bien heureuse que cela soit arrivé. 

— Non, gémit Mina, pas encore, pourquoi ne restes-tu pas au moins jusqu’à la cérémonie?

— Parce que j’influencerai ton choix et ce n’est pas ce qu’il faut. 

Mina fit la moue et regarda autour d’elle. La noirceur de la Reine Amirukam avait eu raison du feu et ce n’était maintenant qu’une lueur dans l’obscurité. Les Piliers s’étaient depuis longtemps retirés chez eux et les autres villageois avaient fait de même ne laissant que l’étrangère et l’enfant au milieu de la Grand-Place. 

Fhane se redressa, elle siffla doucement et DuCon se matérialisa soudain prés d’elle. Elle monta si rapidement sur son dos que ce fut comme si la dragodinde était littéralement apparue sous Fhane. 

— Le choix d’une vie, dit la Sacrieuse dans un large sourire. Le Choix de TA vie. Ne laisse rien ni personne te le retirer.

Elle dénuda son habit pour que Mina puisse voir le tatouage sur sa poitrine. Le cœur dessiné s’animait comme un vrai dans les lueurs blafardes renvoyées par le feu mourant. Un peu effrayé, mais subjugué par cette vision, Mina sourit à son tour. 

— Le cœur, dit l’enfant comme pour saluer une dernière fois la sacrieuse. Le cœur!

Fhane leva la main dans un geste d’au revoir et disparut soudainement. Seul resta à hauteur du visage de Mina, le tatouage de l’étrangère qui battait doucement, projetant une lueur à la fois noire et lumineuse. Mina, fascinée par le spectacle, tendit la main pour s’en saisir. L’illusion disparut, mais elle sentit son propre cœur battre plus fort. 

Elle ferma les yeux et se mit à l’écouter.

[HRP : merci pour votre lecture]
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Les rencontres entre les différents adeptes des divinités rendirent la candide Mina indécise face à ce choix éminent, mais aussi vaste que la mer de Sufokia. Les noms défilèrent dans sa tête comme une bande dessinée sans fin : « Rosæ et le Dieu Sadida ; Egna et le Dieu Ecaflip ; Fantomine et le Dieu Sram... ». La jeune fille décida alors de se rendre dans la forêt, où le feuillage des chênes, châtaigniers, et noyers recouvrait le ciel d’un nuage vert et bucolique, pour s'y reposer un instant sous les chants des Tofus. Cette forêt fut d’autant plus importante dans son cœur après les instants passés avec Rosæ et Broussaille. Soudainement, sous le soubresaut de la jeune Mina, qu’une flèche vint se planter devant elle. Une voix grave s’écria au loin :

« Tout va bien ? »

L’Empileuse répondit en hochant la tête nonchalamment. Elle prit la flèche pour le redonner à l’homme, paraissant tout à fait anodin et banal, qui s’excusa de tout son âme et se présenta comme tout bon gentilhomme :

« Je m’appelle Cyatold et je suis un disciple de Crâ débutant. C’est pour cela que je ne suis pas encore très bon à la visée. »« Mina. Enchantée de vous rencontrer » répondit la fillette.« Enchanté, Mina… Mais tu es la jeune fille qui doit choisir sa divinité dans les prochains jours, n’est-ce pas ? Ça ne doit pas être facile pour toi et je comprends tout à fait. » répliqua l’archer.

La bachelette confirma cette idée avec un ton et un regard perdu, perdu à nouveau dans les pensées. Sentant sa désespérance, il se résolut, pour la réconforter, de l’emmener plus profondément dans la forêt, là où les bruits du village s’estompaient à travers les troncs épais des arbres. Ils arrivèrent devant une pomme suspendue à une vieille branche. Le disciple de Crâ décida d’entreprendre une démonstration. Sa première tentative rata complétement la cible et la fille éclata de rire. Dans un sentiment embarrassé et d’ironie, il réessaya une deuxième fois. Il banda, visa, et tira avec son arc, une flèche qui parcourut la forêt à toute vitesse et se planta en plein dans le mille. L’enfant fut impressionné et surpris par la précision et la puissance auxquelles le projectile toucha sa cible. Heureux qu’elle ait retrouvé le moral et le bon humeur, Cyatold laissa son arc à Mina pour qu’elle puisse essayer.

« Tu vois la cible ? Elle représente en réalité l’objectif que tu veux atteindre dans ta vie. La flèche, quant à elle, montrera le chemin que tu prendras : plus sa trajectoire est droite et nette, plus le chemin que tu prendras seras le bon. Tu ne dois surtout pas dévier de ton objectif. » expliqua Cyatold.

Stressée et inconfiante, elle prit une inspiration, et dans un mouvement presque incontrôlé, elle tira. Comme escompter, sa flèche rata la pomme. Dans un élan de désappointement et de larmes, elle jeta l’arc et s’enfuit dans la sylve.Le Crâ se mit à sa poursuite, rodant désespérément dans chaque coin de la forêt. Les minutes qui passèrent paraissaient des heures, et les chemins bornés de ronces et de racines le menaient en rond. Il finit par le retrouver sous un vieil orme moussu, et enfin soulagé qu’elle saine et sauve, s’assit discuta auprès de la fille.

« Tu sais, Mina, je trouve que tu me ressembles beaucoup : j’étais également imparfait aux tirs à l’arc. Mais je n’avais jamais renoncé à abandonner. Je me disais que chaque cible ratée allait améliorer mon prochain tir. Mon choix a fait ma détermination aujourd’hui, et j’en suis fier. Pour nous, les Crâs, c’est important d’avoir de la fierté et de la force, bien plus que tu ne peux te l’imaginer. On nous compare souvent en tant que combattants trouillards, restant à l’écart, mais sache que c’est faux. Les flèches sont simplement la traduction de notre puissance et de notre précision. Chaque tir est pour nous un privilège que seul la Déesse Crâ peut nous accorder. »

Ces sincères paroles ravivèrent Mina. Néanmoins, un bruit lourd et pesant de pas, vint attirer leur attention ; Cyatold se leva et prit alors sa défiance contre tout ennemi. À peine que Mina ait eu le temps de le prévenir, il subit un coup de patte d’un terrible milimulou dans son dos et lâcha son arc. La mêlée n’étant pas le point fort des Crâs, il se retrouva dans une position de faiblesse face à l’abominable bête.

« Prends l’arc, Mina ! Défends-toi ! Bats-toi ! »« Non, je ne peux pas… J’en suis incapable… Je ne suis qu’une minable. »se rabaissa Mina d’une voix tremblante.

« Si, tu peux le faire. J’en suis sûr. J’en suis certain. J’en suis convaincu ! Crois en toi ! ».

La jeune fille prit alors l’arme, tendit une flèche et dans une ultime démonstration de force et de courage, toucha la créature de plein fouet et s’écroula sous le pied de Cyatold.

« Mina… Tu as réussi ! Tu as su suivre ton objectif. » exalta Cyatold.

Dans une joie indescriptible, l’Empileuse se remet de ses états ; le doute, le désespoir, la joie, la confiance, tout s’est joué en un instant crucial.

« Maintenant que tu as une idée de ton aspiration, va où ta destinée t’emmène. La déesse Crâ sera toujours là pour guider vers ton but. Je dois à présent m’en aller. Je t’offre en guise de remerciements cette flèche avec laquelle tu as prouvé ta valeur. »

De ces mots, les deux amis se séparèrent chacun de leur côté. Mina chemina jusqu’à la sortie de la forêt et rejoignit le village.

Il y a encore du temps avant la cérémonie, mais son esprit est déjà avivé. Quelle sera sa dévotion ?

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Belle histoire biggrin

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Acte 1 – Pavé de bonnes intentions

Les rayons du soleil baignaient les Piles de Kontouar d’une lumière matinale apaisante. Quelques jours s’étaient écoulés depuis l’appel des sept prêtres. Tandis que le village s’éveillait à son rythme, l’excitation et la curiosité avaient tiré Mina de son sommeil, guidant ses pas d’enfant en direction du marché. Le lieu aurait dû être désert, mais en approchant d’une échoppe, des chuchotements lui parvinrent.

Voix d’homme : … est en chemin pour vous les acheter… annotations du Diis Ignoti… dans douze nuits…

La petite fille était heureuse de reconnaître la voix de Faust, un étranger plein de sympathie arrivé il y a trois années, en charge du commerce de la famille Isselba. Elle n’avait jamais réussi à lui faire dire quelle était sa divinité, sa discrétion était soi-disant bonne pour ses affaires. Son apparence était quelconque, banale, sans aucune caractéristique divine. Mais aujourd’hui, Mina sentait qu’elle avait une chance de savoir.

Quand elle arriva, Faust était étrangement seul. C’est seulement plus tard qu’elle comprit qu’elle ne pouvait voir son interlocuteur, repensant à Eryn et à sa démonstration du don d’invisibilité Sram. Mina entama la conversation, s’enquérant de ce qu’est le Diis Ignoti.

Faust : C’est un livre qui traite des dieux inconnus, Mina. C’est un sujet compliqué, surtout si tu dois te concentrer sur le choix qui t’attend. Oublie ce nom, ça sera notre petit secret.

Mais Mina n’avait pas envie d’oublier. Il y avait des dieux inconnus ! Pourquoi personne ne le lui avait jamais dit ? Peut-être parce qu’ils sont inconnus… Mais Faust, lui, les connait ! Si Mina devait garder le secret, Mina devait en savoir plus. Faust esquissa un fin sourire.

Faust : Mais ta cérémonie approche, petite Douzienne, il n’y a pas le temps de parler des Mille huit cent vingt-quatre.

L’enfant ouvrit de grands yeux. 1824 ! Il pouvait au moins lui parler du sien…

Faust : Tu es dure en affaire… C’est d’accord. Mais pas ici, pas maintenant. Viens m’aider avec une cargaison dans deux jours, on discutera en travaillant.


 *****


Acte 2 – Le Fruit de la Connaissance

Deux jours ont passé quand Mina arrive au lieu indiqué, à une dizaine de minutes du village. L’après-midi touchait à sa fin. Après tant d’évènements étranges, aider à une activité aussi ordinaire qu’un déplacement de cargaison la rassure. C’est Offerenda, une petite de six ans et demi, qui l’accueille, agitant ses haillons dans sa direction.

Offerenda : Minaaaa ! C’est par là !

La petite vit dans la pauvreté, aussi Mina n’est pas étonnée de la voir rendre service si un salaire est à la clef. Le village compte peu d’enfants, et malgré la différence d’âge et d’hygiène, Offerenda est ce que Mina a de plus proche d’une amie. Elles retrouvent Faust et sa charrette, proche d’un puits délabré. La chaîne de travail se met en place. Le commerçant descend le seau vide dans le puits, et lorsqu’il le remonte, les deux enfants y voient toutes sortes d'outils et de décorations, qu’elles chargent dans la charrette.

Au moment où Mina se décide à ouvrir la bouche pour demander à qui appartient ces objets, Faust brise le silence.

Faust : Oui, toutes les divinités ne sont pas dans le Panthéon des Dieux. Les 372 mérydes en sont l’exemple le plus connu, mais leur influence est mineure. D’autres plus importants développent leur culte et rejoindront le Panthéon. Deux, dans les faits, y sont déjà sans y être.

La bouche de Mina reste ouverte, mais aucun mot n’en sort. Dans son petit village d’ignorance, Faust était un pont, un pont vers la connaissance ! L’appel du mystère avait frappé à sa porte, et l’imagination avait répondu.

Faust : Ce sont ces cultes qui demandent le plus de dévotion, et qui accordent aux plus fidèles les dons les plus puissants. Notre foi forge notre apparence et nos instincts. Tu t’es demandé quelle divinité sera la tienne, Mina, mais quelle est la force de ta foi ?

Offerenda : Mina est forte ! Elle donnera tout pour sa déesse !

Mais son amie n’en sait rien, et elle-même n’en sait pas davantage. Quelle sera la place de la religion dans sa vie ? La plupart des habitants se contentent de déposer des choses devant des statues ou dans des temples, et suivent certaines règles… Fera-t-elle plus que ça ? Oui, elle veut être utile à son dieu ou sa déesse. Non, elle a peur de changer entièrement d’apparence et de vie. Et la cérémonie approche !

Troublée par ces questions, Mina passe la main dans ses cheveux, effleurant de ses doigts la couronne d’épine qu’elle avait choisi de porter. Elle laisse échapper un petit cri de surprise, tandis que le sang perle au bout de son index. Faust secoue la tête.

Faust : L’Ange de la Compassion… Ses temples sont bien cachés, et à raison. Certains de ses attributs sont proches des nôtres, le Sacrifice et le Sang. Mais nos préceptes sont opposés. Eux versent une larme et font pénitence, nous versons le sang et bâtissons l’avenir. Parlant de ça…

Le commerçant récupère du puits trois crânes vaguement humains. L’os est bien sculpté, les orbites incrustées de rubis. L’un se couvre la bouche, l’autre les yeux, le dernier les oreilles. Il y a quelque chose de fascinant dans ces œuvres, qui fait oublier la réalité de ce qu’elles tiennent entre leurs mains. Les deux filles les chargent dans la charrette. C’est peut-être ça, les arts funéraires Sram dont on lui avait parlé ?

Faust : On partage un goût commun pour la mort, elle imprègne beaucoup de nos arts et de notre décorum. Mais notre culte n’est pas celui des assassins, la mort est toujours une offrande à quelque chose de plus grand. Plus grand est le sacrifice, plus grande est la dévotion. Ces crânes sont inspirés des trois Ouassingues de la Sagesse. Ils appellent nos ennemis à ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire… S’ils ne veulent pas être invités dans nos temples.

Il y a quelques jours, cette discussion autour de la mort aurait rendu Mina mal à l’aise. Mais elle avait parlé à assez d’adeptes de Sram pour s’y être progressivement habituée. Les deux filles lui demandent si elles peuvent voir un des temples.

Faust : Nos temples sont éloignés d’ici. Il existe une potion pour se rendre à l’un d’entre eux, celui que notre dieu a érigé en une nuit… Mais au fil des siècles, ses habitants ont oublié leur foi.

Elles soupirent, déçues. La charrette est presque pleine.

Faust : Mais si vous y tenez vraiment… Un prêtre de notre culte vient s’installer la veille de ta cérémonie, Mina. Passe nous voir avant de faire ton choix. S’il t’en juge digne, il peut t’initier. Tu es aussi la bienvenue, Offerenda.

Les yeux d’Offerenda pétillent d’excitation, tandis que Mina acquiesce. Tous ces objets doivent appartenir à ce prêtre. L’homme remonte le seau une dernière fois. Il en sort une toile encadrée sur bois de chêne. Un bouclier immatériel la protège du voyage, rappelant à Mina les pratiques Feca de Valcade. Il la pose délicatement sur la charrette, après quoi le trio reprend son chemin jusqu’au village.

L’après-midi avait laissé la place à la soirée, et malgré l’obscurité qui approchait inéluctablement, Mina pu entrevoir l’éclat flamboyant de la toile.
 
 ***** 


Acte 3 – Innocence du Cœur d’enfant

Le temps avait avancé, apportant ses enseignements à Mina, la guidant dans sa décision toujours plus proche. Le pâle soleil de la dernière journée avant la Cérémonie avait laissé place à une nuit de ténèbres noires, et l’inquiétude parentale lui avait refusé la permission de sortir. Couchée dans son lit, Mina repense aux paroles de Faust.

« Nos prêtres sentent la faiblesse, le doute et le dégoût envers le pouvoir. Trouve la force, la détermination et l’ambition. Ou ne viens pas, et choisis une vie à jouer avec des lapinos, des tofus et des poupées. »

Elle se remémore les poupées de Rosae, et serre son chacha en peluche comme elle aurait serré Gonfgonf. Lui revient à l’esprit le tableau qu’elle a entrevu dans les cargaisons de Faust. Est-ce que c’est un sadida ? Si oui, est-ce qu’il joue à la poupée lui aussi ?

Quelque chose cogne aux volets de sa chambre, faisant sursauter la jeune fille. Elle se reprend. Elle ne doit pas être faible, elle est grande maintenant. Un murmure lui parvient.

? : Minaaaa.

Elle se lève silencieusement, et entrouvre les volets. Au milieu de l’obscurité se tient Offerenda, une petite lanterne à la main. Elle est tout sourire, et visiblement très excitée.

« La présentation à nos prêtres est ritualisée », avait dit Faust. « La révérence, l’agenouillement, puis la tête plaquée contre le sol jusqu’à ce qu’Il t’accepte. »

C’étaient des gestes qu’elles avaient toutes deux répété, et qu’Offerenda exécute une fois de plus devant elle. C’était comme un jeu. Après quoi, la petite lui fait signe de la suivre, et se met à courir, disparaissant dans les ténèbres. Elles sont toutes deux attendues.

Mina s’habille de sa cape de voyage la plus chaude, s’équipe de sa lanterne, et passe par la fenêtre en prenant soin de ne réveiller personne. Elle ne voit pas à plus de quelques pas. Les paroles de Faust continuent à agiter sa curiosité.

« S’il t’accepte, notre prêtre t’enseignera la liberté. Il t’apprendra à comprendre tes instincts les plus sombres, à les dominer et à les libérer sans retenue. »

Un peu à l’écart du village se dresse une maison qu’elle avait toujours cru abandonnée. Elle arrive en vue du lieu de rendez-vous. L’enfant presse le pas, irrésistiblement attirée par un appel qu’elle seule entend. Offerenda est déjà à l’intérieur. Les volets sont fermés. Porte entrouverte. Lanterne plus nécessaire. S’apprête à entrer. Lorsque soudain.

Ses yeux se posent enfin sur le prêtre. Le corps de Mina se fige.

Personne ne la regarde. D’autres paroles viennent déferler dans son esprit. « Il n’y a pas de honte à avoir peur, tu sais, ça pourrait même te sauver la vie. » Ce sont les paroles de sagesse Zobal de Rey qui l’ont arrêté dans sa course. C’était vraiment de la peur ? La sagesse Osamodas de Jean-François prend le relai. « Suis ton instinct et tout ira bien. » Son corps agit de lui-même, la cachant derrière la porte. Mais Mina n’a pas peur, elle veut entrer et s’agenouiller comme Offerenda. Pourquoi son corps refuse ? Maître Kontouar lui apparait à l’esprit, délivrant sa sagesse Pandawa : « Sérieux, tu devrais te regarder, t’as l’air paumée ! ».

Frustrée de ne pas réussir à bouger, elle tend l’oreille et aiguise ses sens. Le choix de sa divinité est toujours incertain, mais elle est certaine de vouloir connaître les mystères de ce dieu inconnu.

Faust : J’ai dressé la table, Messire.

Silence.

Faust : Tout est prêt si Vous souhaitez initier l’enfant.

? : Mal. J’en disposerai.

Inspirant une grande bouffée d’air frais, Mina reprend le contrôle. Elle sort de sa poche une pièce gravée d’un chat et d’un trèfle. Pile, elle entre. Face, elle part. Le sort en est jeté.

Son cœur d’enfant accélère.
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Nul ne savait vraiment où ils se trouvaient.

Dans un petit village,  aux confins de Frigost, Mina aurait pu voir tomber de nombreux membres de son clan. Cependant, malgré cet environnement hostile, les habitants de ce petit village de quelques âmes avaient reçu une aide inespérée. Ce village ne payait pas de mine. Mais un ancien groupe de mercenaires avait décidé de s'installer ici. Ainsi, depuis sa plus tendre enfance, Mina observait avec fascination les chasseurs revenants de leur expédition et leurs traîneaux chargés des carcasses de créatures qui avaient été abattues par leurs soins. Même le plus féroce des hordes de smilomouths ne semblait pas pouvoir faire face aux redoutables techniques de l'homme à la Cape Noire.

Il semblait tout particulièrement impressionner Mina. Il portait toujours une ample cape noire et gardait constamment la main gauche posée sur son sabre. Son regard était d'un bleu profond et semblait empli d'une certaine tristesse. Mina avait pour habitude de l'accueillir à chaque retour d'expédition. Curieusement, il la laissait porter son sabre jusqu'à la taverne. "Quelle magnifique" arme pensait-elle. Un jour, elle aussi serait capable de brandir une telle arme.

Là, assis devant l'âtre, il regardait danser les braises tout en mastiquant un bout de viande de boufmouth fumé. De nombreuses rumeurs couraient dans le village quant à l'origine de Cape Noire. Nul ne connaissait son nom et cela semblait l'arranger. Une fois seulement, un membre de son groupe avait laissé échapper son nom devant Mina...

Griffe... Griffe... Griffe...

Drôle de nom pensait Mina. Pourquoi gardait-il toujours la main gauche sur son sabre ? Mina agitait son bâton, faisait mine de brandir une imposante épée. " Je suis Mina, la terreur des champs de batailles !! Mercenaires, chargez !! Ce soir, nous partagerons les kamas et nous fêterons notre victoire."

Une main douce, mais ferme saisit Mina par l'épaule. Elle leva alors les yeux. Griffe baissa alors le col de sa cape de la main droite et il dit ces quelques mots.

"Mina, suis, moi. Il est temps que je t'offre ta première arme. Demain, tu seras l'une des Nôtres. Tu devras choisir ta voie. Ce n'est pas un choix simple. Mais, si tu le désires, tu pourras devenir une redoutable guerrière."

Mina avait l'air particulièrement enthousiaste. Elle, devenir une grande guerrière, c'était la seule chose dont elle avait toujours rêvé.

"Dans chaque bataille, le talent du guerrier s'exprime pleinement lorsqu'il fait corps avec son arme. Mais, parfois, la victoire ne tient qu'à un fil. Les Cras te diront qu'une flèche bien placée peut apporter la victoire. Mais s'ils rataient leur cible... En vérité, souvent, il faut compter sur sa bonne étoile. Ou, plus simplement, il faut compter sur la Chance."

"La Chance ?"

Mina semblait surprise.

Elle avait pu voir des Iops brandir d'énormes épées. Si lourdes que peu de guerriers aient pu les brandir.

Elle avait pu voir la résistance des Pandawas lorsqu'ils buvaient leur lait de bambou.

Elle avait pu voir les Cras et la redoutable précision de leurs flèches.

Mais elle n'avait jamais entendu parler de la Chance d'Ecaflip.

"Ma divinité tutélaire, Ecaflip, veille sur les miens. La Chance et le Talent jouent à part égale dans chaque victoire. Même une situation qui semble désespérée peut basculer en un éclair. J'ai survécu à de nombreuses batailles grâce à sa bénédiction. Certains disent même que nous avons neuf vies...

Quoi qu'il en soit, je suis sûr que tu sauras faire le bon choix. Aussi, voici ma modeste contribution au début de ce qui sera sûrement une magnifique aventure."

Griffe ôta alors la cape qu'il n'avait jamais ôté auparavant. Autour de son coup, accroché à un collier pendait une dague. Elle était ornée de gravures finement travaillées. 

"Voici ta toute première arme. Cette dague ne paie pas de mine mais son tranchant est affuté. Avec ça, un coup bien placé et ton ennemi sera à ta merci. Puisse Ecaflip guider tes pas et te prêter longue vie."

Griffe-lui avait montré la voie. Le choix de Mina était maintenant entre ses mains.

Griffe sortit alors une pièce de sa poche. 

Il dit ses quelques mots :

" Si tu as un doute sur un choix, joue le à pile ou face."

Il attrapa alors la pièce qu'il venait de lancer d'un mouvement vif.
Puis, en un éclair, il projeta des cartes d'un mouvement si rapide qu'elles allèrent se planter dans l'écorce du vieil arbre qui était derrière lui.

Il se mit alors à sourire à Mina.
Il pensait en lui-même à un vieux Sadida qu'il avait côtoyé jadis.
Il n'aurait sûrement pas apprécié ce qu'il venait de faire à cet arbre. 

Mina se réveilla en sursaut. Elle s'assit alors sur son lit. Encore à moitié endormi, elle fit quelques pas, se dirigea vers la fenêtre et ouvrit les volets. Un doux soleil caressait son visage. Quel était donc cet étrange rêve qu'elle venait de faire ? Est-ce que ce village lointain avait vraiment existé ? Le froid lui avait semblé si réel ... Dehors, son village était si paisible. Pas de neige, pas de smilomouths, pas de Griffe ...

Juste le Soleil, les champs, la forêt et les mines.    

Bizarrement, sur sa table de nuit, un pendentif avait été déposé. Elle le passa autour de son cou. Un dague y était accrochée. Semblable à celle de Griffe. Juste à côté, une vieille pièce était posée. Mina fut tirée de ses pensées par le cri d'un villageois.

"Appelez un Eniripsa ! Nous avons un blessé, il faut faire vite." Le sort de celui qui était mal en point était scellé depuis longtemps.

 Un vieil Ecaflip venait de tirer sa révérence. Un genou à terre. La main gauche posée sur son arme. Le vieux félidé venait de passer de vie à trépas. Sa lame était émoussée et sa vieille cape partait en lambeaux. Son corps était couvert de cicatrices. Il avait rassemblé ses dernières forces pour réussir à rejoindre son village. Un de ses anciens compagnons d'armes, un vieux Sadida reconnut alors son vieil ami. La pauvre créature avait cherché à regagner la maison où il avait grandi jadis. Ses forces l'avait quitté avant qu'il ne puisse atteindre son but. Autour de lui, un groupe de villageois commença à se former.

Mina se faufila alors pour s'approcher de la dépouille figée. Le vieil Ecaflip avait le sourire aux lèvres. Son vieil ami Sadida ne pu retenir ses larmes. Tant dans combats menés, tant de fois, ils avaient échappé à la Mort. Mais le temps passé à combattre avait usé le pauvre félidé. Un moment, Mina resta interdite. Elle prit son courage à deux mains pour demander au vieux Sadida : "Quel était son nom ?" 

Le vieux Sadida ne répondit pas. Mina reformula alors sa question. "Quel est son nom ?"

Le vieux Sadida décida alors de lui répondre.

" Ce vieux gredin s'appelle Griffe. Nous avons combattu côte à côte. Je ne sais pas pourquoi, il portait toujours cette stupide cape noire. Il aimait dire que rien n'est plus doux que le soleil des Piles de Kontuoar. Sa lame était jadis reluisante. Maintenant, ce n'est plus qu'un vulgaire bout de ferraille."

Le vieux Sadida s'interrompit puis reprit.   

"Jadis à Frigost, nous avions trouvé un endroit reculé où nous faire oublier.
Griffe était du genre sanguin. Un vrai tête de mule.
Il n'avait pas froid aux yeux. Enfin, Je dois..."
 
Un groupe de guerriers s'était approché de Mina et du vieux Sadida. Ils étaient huit. Huit élèves, Huit disciples, Huit amis. Le vent raconte bien des choses à qui sait l'écouter. Ils avaient tous parcouru un long chemin afin de recevoir le dernier enseignement du maitre Griffe. Le vieux Sadida regarda Mina avant de ramasser le dépouille de son vieil ami avec l'aide des Huit. Puis, il prononça ces mots :

"Tout les vieux aventuriers ont des tas d'histoires à raconter. Nous les racontons, encore et encore. Mais le mieux reste de vivre sa propre histoire. Tu croiseras surement des compagnons de route qui deviendront des amis. Prends soin d'eux, ils en feront de même."   

Mina se sentit confuse. Puis, elle se reprit 

"J'ai trouvé ça !" cria t elle. Le Sadida se retourna et vit le collier. Il se contenta de répondre :
" Garde le précieusement, c'est un porte-bonheur." 

Griffe fut enterré auprès des siens avec les honneurs. Il repose maintenant dans le petit cimetière du village des Piles de Kontuoar. Mina et les autres villageois assistèrent à la cérémonie. La lame de son sabre fut fondue et retravaillée par le forgeron du village. En somme, il donna une nouvelle vie à celle-ci. La lame ainsi obtenue fut alors confiée au plus brillant des Huit. 

Il ne restait maintenant quelques jours avant la venue des sept prêtres. Au bord de la Soif, Mina s'amusait à faire des ricochets sur l'eau. Un, deux, trois. Avec de l'entrainement, peu être, pourrait-elle réussir à en faire quatre.  "Plus que quelques jours..." pensa t elle. Mina fouilla alors ses poches et retrouva sans difficultés la pièce. Un mouvement de pouce propulsa la pièce dans les airs et Mina la rattrapa en vol avec une facilité déconcertante.

Mina remit alors le pendentif autour de son cou. Elle était enfin prête à faire son choix. Elle allait devenir adulte, choisir sa divinité tutélaire.

Hier encore, Mina jouait à chacha perché avec ses amis. Ensemble, il avait construit une cabane à l'orée des bois. Ensemble, ils avaient joué dans la Soif lorsque que la chaleur de l'Été était trop forte. Ensemble, ils avaient combattus des armées de monstres imaginaires. Mina avait grandi, mais elle savait en elle-même qu'elle ne perdrait pas ses amis. Et quand bien même ils furent séparés, avec la Chance, ils finiraient toujours par se retrouver.

Je ne connais pas encore le choix de la petite Mina, mais nul doute que ce sera le bon.


 

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Score : 95

Tranquillement assis sur un banc, j’observe les villageois interagir les uns après les autres avec la jeune Mina. Entre les affligeantes démonstrations de force des iops, les ennuyantes élocutions des huppermages ou encore les insipides breuvage des pandawa, la fillette ne savait plus où se mettre. Il fallait que ce cirque cesse. La voyant en proie à un sentiment d’inquiétude, je flaire un début de panique l’envahir. D’un élan, je l’écarte de la foule en laissant échapper un aboiement et profitant de cette confusion pour m’éloigner rapidement avec elle.

Lorsque je suis arrivé aux Piles de Kontouar, je n’ai pas été très bien reçu. En effet, les Ouginaks étaient vus comme des itinérants imprévisibles pouvant mettre en péril l’équilibre du village. Heureusement la mère de Mina m’a accueilli sans préjugé et m’a laissé une chance de m’intégrer. Depuis j’ai gagné la confiance de la bourgade et j’enseigne la méditation, d’où le surnom qu’on m’attribue aujourd’hui : le « sage Namyu ».Je décide d’emmener Mina en direction du pont qui traverse la Soif, un lieu pour lequel j’ai beaucoup d’affection. Je viens toujours par ici quand j’ai besoin d’apaisement. Entendre le clapotis de l’eau qui ruissèle contre les galets de la rivière, observer la variété des poissons, les libellules virevolter dans les airs…

- Merci Namy, commenca Mina. Elle m’appelle toujours par ce diminutif.

- Je t’ai senti en difficulté, je ne pouvais pas rester sans rien faire. La décision que tu prendras dans deux semaines est importante.

- Comment a tu fais pour choisir ? Demande-t-elle déboussolée

- Quand j’étais plus jeune j’étais très impulsif, j’avais du mal à gérer mes colères. La divinité Ouginak apprend à contrôler ses émotions pour faire de cette rage une force. J’ai également aimé la solidarité qui émane de la meute. Même si les tribus se sont beaucoup dispersées au cours des dernières années, le feu de la meute brûle toujours dans nos cœurs. Soutenir le divin Limier c’est être là les uns pour les autres. Alors oui, notre réputation de chasseur, nos conflits d’intérêts avec le peuple ecaflip n’inspire pas confiance. Mais j’ose croire qu’un jour nous formerons un tout. Nous n’avons pas de temps à perdre pour des querelles vides de sens, le monde de demain a besoin d’une meute solidaire, nous devons avancer tous dans la même direction.

Mina s’assied sur le rebord du pont, pensive elle observe l’horizon. Je l’ai peut-être ennuyée avec mon discours idéologiste. Un long silence apparait laissant place à la méditation. Ne souhaitant pas interrompre ce doux moment, je m’assieds également à ses côtés. L’après-midi se termine, le soleil se cache doucement derrière la montagne connue sous le nom de « la bossue ». Soudain Mina prend la parole :

- J’ai toujours vécu seule avec ma mère. Je n’ai pas de frère ni de sœur et je ne connais pas mon père. Je pourrais peut-être découvrir l’importance d’une famille soudée avec la meute ?

- Bien sûr Mina.  
- Est-ce que moi aussi j’aurais un petit roquet ?

- Oui, tous les adeptes du grand Limier reçoivent un roquet de compagnie. Il sera ton fidèle compagnon, et t’aidera durant tes aventures.

Je sentais à quel point la solitude pesée sur la jeune fille. Elle esquissa un sourire à l’idée d’avoir son propre roquet. Il faut savoir que tous les dimanches j’emmène mon roquet dans les gorges de la bossue. Parfois Mina m’accompagne durant ces balades, elle adore s’en occuper.  Voyant l’heure filer, je propose à Mina de la raccompagner au près de sa mère. Ils habitent non loin de là, près de la forêt qui borde le village.  Sur le passage on croise deux pandawas, chopes remplient de cidre en main, en train de ricaner. On ne comprenait pas trop leur propos, la soirée risque d’être encore longue pour eux. Je les salue brièvement de la main.

- Comment peut-on picoler autant et aimer avoir la gueule de bois au petit matin… commenta Mina.

- Ahhhh les pandas et leur soirée bistouille. Si tu ne picole pas tu ne peux pas y participer.

- Je n’y participerai pas alors, repris-t-elle avec son petit sourire en coin laissant apparaitre sa petite fossette.

Je me suis rassuré de la voir apaisée, elle va pouvoir rentrer chez elle l’esprit détendu. Le stresse et les émotions de cette journée se sont dissipées. D’ailleurs nous voilà arrivés devant sa petite maisonnette. Je croise le regard de sa mère au travers la fenêtre. Elle me fit signe de la main pour me remercier d’avoir raccompagné sa fille.

- Passe une bonne soirée Mina, et n’oublie pas : ne fait pas tes choix en fonction des autres, mais plutôt en fonction de tes convictions, écoute ton cœur.

- Merci encore Namy, ça m’a fait du bien de te parler. Tu feras un bisou à ton petit roquet. Bonne soirée.
De sa main, elle m’envoya un tendre baisé d’amitié puis s’en alla rejoindre sa mère. Je repris la route en direction de ma tanière, au fond de moi j’espère qu’une chose l’entendre dire dans deux semaines : « Loué soit Ouginak, le dieu aux crocs brûlants ! »

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Score : 2287
Alors que la lune ne brillait presque plus dans le ciel, un homme, qui ne semblait ni très vieux ni très jeune, marchait tranquillement sur la route qui menait vers les Piles de Kontouar. Avec son bâton de marche, il ressemblait à n’importe quel voyageur que l’on pouvait rencontrer sur les sinueux sentiers de l’aventure, à un détail près. Il portait sur son dos une curieuse réplique d’une carapace reptilienne, accessoire qui ne manquait pas d’attirer les regards interrogateurs des divers passants qu’il rencontrait. Cet homme, qui paraissait entre deux âges, n’avait pourtant rien d’un simple vagabond, et ce n’est pas le hasard qui menait son chemin vers ce petit hameau isolé. Non, tout dans la vie avait un but, et cet homme était investi d’une mission. Les vents de Terra Amakna avaient porté une rumeur à ses oreilles : une jeune âme indécise s’apprêtait à choisir à quelle divinité dédier sa vie. 

Tentant depuis des années de faire renaître un culte longuement oublié, il ne pouvait rater l’occasion de tenter de convaincre la jeune Mina de se joindre à lui. Après tout, les cérémonies initiatiques dans le genre se faisaient de plus en plus rares. On voyait de plus en plus d’enfants endoctrinés par leurs parents, et ce, dès leur plus jeune âge. Le libre-arbitre laissait peu à peu sa place aux us et coutumes familiales sans que cela ne choque personne. Pourtant, s’il y avait bien quelque chose d’important dans la foi, c’est cette liberté de choix, de suivre notre propre chemin. C’est pour cette raison que Mortimer, car oui c’est ainsi que cet homme s’appelait, n’allait utiliser aucune ruse ou technique particulière pour convaincre Mina, ou qui que ce soit d’autre. Cette façon de faire expliquait probablement l'absence totale de réussite de Mortimer à ce jour,  mais ce choix, il l’assumait. Il tentait simplement de faire connaître son culte chélonien car trop de gens, pour ne pas dire l’entièreté d’entre eux, en ignoraient l’existence et ne le considéraient même pas comme un choix. Il était convaincu que sa déesse approuvait sa façon de faire.

C’est en gardant cette philosophie bien en tête que le voyageur nocturne arriva au village des Piles de Kontouar très tôt le matin. Une jeune fille de 12 ans ne faisait sûrement pas la grasse matinée, alors il se mit immédiatement à la recherche de Mina. Après un court arrêt chez le boulanger, qui avait déjà mis la main à la pâte, pour recueillir des informations et de quoi se sustenter, Mortimer prit la direction de la fontaine publique, endroit apparemment apprécié de celle qu’il recherchait en cette heure matinale. Alors qu’il approchait du bassin rocailleux, il aperçut une demoiselle perdue au plus profond de ses pensées. Il ne faisait aucun doute que cette fillette réfléchissait à l’une des plus importantes décisions de sa vie et qu’il s’agissait donc de la personne avec qui il désirait discuter.

Même s’il ne désirait nullement cacher ses intentions, il n’allait tout de même pas agresser la pauvre indécise en lui parlant de religion dès les premiers instants de leur rencontre. Il prit donc place calmement aux côtés de Mina sur le banc de pierre qui faisait face aux cascades d’eau de la fontaine. Il opta ensuite pour une approche peu originale, mais non moins amicale.

« C’est une jolie fleur qui orne ta chevelure. »

Mina rougit quelque peu, en expliquant qu’on la lui avait offerte en cadeau.

« Laisse moi deviner. Un disciple de Sadida qui t’a vanté les bienfaits de la nature et de son lien étroit avec le Dieu Feuillu ? »

Il n’avait même pas besoin que Mina réponde à cette question pour en connaître la réponse tellement elle était évidente. C’est alors qu’il découvrit des cicatrices sur les mains de l’enfant. Les blessures étaient visiblement guéries, mais de petites marques étaient toujours visibles.

« Qu’est-ce donc ? »

Elle lui expliqua que c’était le résultat d’un autre cadeau, une couronne d’épines offerte par une Sacrieur.

« Je vois que certains tentent de t’amadouer avec des cadeaux. Il est vrai que j’aurais pu t’apporter une petite pierre particulière, mais je préfère ne pas tricher. »

C’est sur ces mots que Mina comprit la raison pour laquelle l’homme l’avait abordé. Elle remarqua aussi à ce moment, le curieux accessoire dorsal de Mortimer. Elle lui demanda donc s’il était, lui aussi, un artiste martial de Pandala. Elle en avait appris un peu plus sur la discipline grâce à Fhane et savait désormais que certains adeptes s’entraînaient avec une lourde carapace sur le dos. La question fit rire quelque peu Mortimer.

« Ahahah. Non, cette carapace est plutôt un symbole provenant d’une île bien plus lointaine que Pandala et encore plus ancienne. Je te parlerais bien de ma déesse, mais il n’est pas encore l’heure. Pourquoi ne me racontes-tu pas plutôt ce qu’on t’a appris ces derniers jours ? »

Mina lui raconta alors ses récentes péripéties. Mortimer écouta d’une oreille très attentive, pour prendre connaissance de ce qu’on lui avait appris sur les différentes divinités, mais aussi pour comprendre comment Mina se sentait au milieu de tout ça. Il se doutait aussi qu’elle racontait le tout avec un certain parti pris. Certains étaient visiblement de meilleurs vendeurs que d’autres. C’est une de ses dernières rencontres, celle avec Faust, qui retint le plus son attention.

« C’est une expérience particulière qui ne semble pas agréable. Certains Dieux ont des intentions peu louables. J’espère seulement que ton chemin ne te guidera pas vers l’un d’entre eux. Je retiens par contre qu’on t’a déjà initiée aux divinités qui ne font pas partie du Panthéon. C’est un bon début, ils sont en effet nombreux. »

La petite s’exclama qu’il y en avait au moins mille huit cent vingt-quatre ! 

« Ahah tu t’y connais même mieux que moi. Je vois aussi que certains sont très insistants. Ce n’est pas ma façon de faire, mais ils font bien ce qu’ils veulent. Qui suis-je pour leur imposer ma vision des choses ? »

Et là était toute l’ironie de la chose.

« Je ne peux te montrer un spectacle digne de celui de l’Huppermage dont tu m’as parlé, mais si tu me rejoins au sommet de la Bossue après le coucher du soleil, je te promets de te montrer quelque chose de joli. »

Mina demanda pourquoi y aller, si ce n’était pas pour regarder le joli coucher de soleil, mais Mortimer rétorqua qu’il fallait lui faire confiance.

L’homme à la carapace attendit sa potentielle apprentie au sommet du pic rocheux qui surplombait le village allongé sur le sol, fixant les cieux. C'est dans cette position que Mina le découvrit lorsqu’elle arriva sur les lieux quelques instants plus tard. Elle remarqua son imitation d’exosquelette placé à ses côtés. Il est vrai que ça ne devait pas être très confortable de s’allonger avec ça dans le dos. Mortimer l’invita aussitôt à prendre place à ses côtés et à se mettre confortable. Pendant ce temps, son regard ne loucha pas une seule seconde vers Mina. Il fixait le ciel, presque dans une sorte de transe.

« Elle est magnifique n’est-ce pas ? »

 La petite Empileuse ne put s’empêcher de demander de qui il parlait.

 « De ma déesse Ixchelonia évidemment ! »

Mina scruta scrupuleusement le ciel dans la direction où Mortimer regardait, dans l’espoir d’y voir quelque chose d’inhabituel. Elle n’y vit cependant que la lune et les étoiles, tous à leur place habituelle. Il décela son incompréhension, ce qui l’amusa un peu. Il décida tout de même que le temps des explications était venu.

« Ixchelonia la tortue, la déesse de la Lune, voilà à qui j’ai choisi de dédier mon existence. »

Les morceaux commençaient à s’assembler dans l’esprit de Mina, mais elle n’était pas encore certaine de tout comprendre.

« Ne trouves-tu pas que la Lune ressemble à une carapace de tortue ? »

Elle regarda la Lune à nouveau, mais ne sembla pas convaincue par la dernière déclaration de son interlocuteur.

« Je comprends ta réaction, mais tu dois regarder au-delà de ce que tu vois. C’est ainsi que tu comprendras réellement. Mais ne t’en fais pas pour ce soir, tu as encore bien des années devant toi pour comprendre le sens de ces paroles.

La lune veille sur nous. Elle nous éclaire la nuit, ce moment sombre, alors que toutes les autres lumières sont éteintes. Elle a ainsi sauvé maints voyageurs et aventuriers des dangers de l’obscurité. Elle est là, même quand on ne la voit pas, elle ne nous quitte jamais.

Tout comme nous, elle est imparfaite avec ses taches sombres. Tout comme nous, elle possède deux visages, un qu’elle affiche aux yeux de tous et un autre qu’elle garde secret. Tout comme nous, elle vit parfois dans une ombre bien plus grande qu’elle. Mais rien de tout ça ne l’empêche de briller plus fort que tout ce qui l’entoure dans le ciel étoilé, soir après soir. »

Ces sages paroles firent sourire Mina. Elle fixa alors la Lune de longs instants en repensant en boucle à tout ce qu’on venait de lui dire. Curieusement, elle la trouvait déjà plus jolie, étant consciente de bien plus d’éléments à son sujet. Elle ne put cependant s’empêcher de se poser un tas de questions à son sujet. Qu’en était-il des devoirs et responsabilités des adeptes lunaires ? Ixchelonia accordait-elle des pouvoirs à ses fidèles ? Comment devait-on vivre sa vie pour lui rendre honneur ?

« Rien de tout ça n’est important avec la Tortue-Lune mon enfant. Tu as déjà vu dernièrement qu’il y avait plusieurs façons d’honorer le Dieu Sram ou Sadida. Pour Ixchelonia, les possibilités sont infinies. À vrai dire, il n’existe aucune limite au nombre de façons différentes d’honorer n’importe quelle divinité. Certaines sont seulement un peu plus exigeantes que d’autres. Dans mon cas, je me souviens simplement de la présence de la Lune à mes côtés à chaque instant de ma vie. Elle guide mes pas un à un. C’est elle qui m’a mené jusqu’à toi justement. »

Une fois de plus, la jeune Empileuse n’arrivait pas à assimiler tout ce que Mortimer lui racontait, mais au fond d’elle, elle sentait qu’il avait raison à sa façon.

 « Il se fait tard, tu devrais rentrer. Moi je vais rester, sous la garde de ma Déesse. »

C’est ainsi que Mina se dirigea vers chez elle, plus indécise que jamais. Il y avait tant de choix, tous aussi intéressants les uns que les autres.

C’est en arrivant sur le pas de la porte que Mina réalisa que l’homme à la carapace ne lui avait jamais donné son nom. Mortimer serait donc à jamais pour elle « l’homme-tortue ».
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Score : 37

Demeurée songeuse sur le pas de sa porte après le départ de l’énigmatique adorateur de la lune mina s'apprêtait à rentrer chez elle lorsqu'elle entendit des cris au loin.

-Hé ! Mina ! 

-Hoé ! Salut la mioch’ ! Alors ? On s’apprête a dev'nir une vraie aventurière?

Les yeux de Mina s’illuminèrent alors ! Ils avaient pu venir ! Après toutes ces rencontres plus passionnantes les unes que les autres elle avait failli ne plus s’en rappeler. 

Deux silhouettes se dessinaient au loin. C’était Etherio et Athelian! En effet cinq ans auparavant les deux jumeaux étaient partis du village en quête d’aventures a la suite de leur propre cérémonie. Laissant mina avec une promesse, celle d’être devenus des héros de renom lorsqu’ils reviendraient pour assister à la cérémonie de la jeune fille.

Les deux jeunes garçons arrivés a porté de voix de la jeune fille commencèrent alors un spectacle que d'aucuns pourraient considérer comme ridicule. après une roulade avant pour l’un et une pirouette élégante pour l’autre tous deux s’exclamèrent en brandissant leurs armes: 

« Etherio et Aethelian les deux héros de Kontouar, pour vous servir ! »

Etherio :
Alors mina, ça en jette hein ? 

Aethelian : 
Oh non, j’ai encore déchiré mon garde-corps c’est le 4e cette semaine !

La jeune fille, comme toute personne ferait, tenta d’étouffer ce qui semblait ressembler à une crise aiguë de Morderir. 

Aethelian :
Tu vois ton truc ça marche pas ! Tout le monde rigole toujours de nous !

Etherio :
Mais c'ta faute aussi ! T'es tout ridicule avec tes zabi’ tout sérés ! Les Vraies zarmur’, ça, ça fait guerrier. 

Sur ce coup, Etherio bien que n’étant pas le plus intellectuel des deux frères avait raison.
Deux mètres douze de haut, la carrure d’un Muloubard et la force d’un Ougah, les cheveux roux vif ébouriffés et noués négligemment en queue de cheval. On n'imaginait pas un tel colosse pouvoir se mouvoir avec autant d’aisance et pour surplomber le tout il brandissait un petit arc de bois semblant chétif.

Cependant de son coté Etherio n’était pas en reste.Les mêmes cheveux flamboyant se dressaient sur sa tête cependant son corps, tout de métal vêtu, s’apparentait plus à celui d’un Abraknyde juvénile, et, ce qui vraisemblablement était un effort pour se rendre plus menaçant avec cette armure de métal orné de pointes d’obsidiennes ne le rendait que plus ridicule. Sans parler de ce qui semblait ressembler à une petite épée de Boisaille qu’il brandissait fièrement. 

Depuis tout petit déjà les deux énergumènes provoquaient l’hilarité du village prétendant partout qu’ils deviendraient des héros connus de tous, enchainant bêtise sur bêtise, se rapportant plus d’ennuis que de gloire. Mais lorsque chacun, lors de leurs cérémonies décidèrent de vouer un culte au dieu qui semblait être diamétralement opposés à ce que le Krosmoz avait choisis pour eux. Même mina qui leur vouait une admiration sans limite pour leurs ambitions n’avais pu se retenir de rire comme aujourd’hui.

Etherio, des deux le plus chétif et de loin avait choisi d’honorer le dieu Iop tandis que Aethelian avait choisi d’ignorer sa force brute en rendant un culte au dieu Cra. Cependant tous deux étaient accords sur une chose. ILS DEVIENDRAIENT DES HEROS. 

Mina :
Vous êtes venu !

Aethelian :
Bien sur que nous sommes venu.

Mina :
Alors ?! Ça y est, vous êtes devenus des héros ?!

Aethelian :
Et bien c'est-à-dire que  ... On est allé a Bonta mais personne ne voulais nous engager. 

Etherio :
On paraît pas professionnels qui disaient.
Allez voir à Astrub qui disaient.
Du coup on y est allés mais à part un vieux chat miteux personne n'avait rien d’intéressant à faire.
AH si on a trouvé un Dofus, mais c’était un faux, le Dofawa qui l’appelaient. Puis de toute façon là-bas les aventuriers y'as que ça.
On arrive même pas à marcher ! Y'as même des foules de gens tous pareils qui parlent pas qui récoltent tout. Du coup, même pas moyens à se faire des Kamas.
J'ai pas compris.


Aethelian :
Alors, on a décidés de partir en quête de notre Temple pour y suivre un enseignement.
C’est pas facile de devenir un guerrier, mais on a réussis et nous voila.
Ca nous a pris un peux de temps mais on s’est dit qu’avant de commencer notre aventure en tant que héros professionnels, on allais venir te voir.
Du coup on a quelque chose a te montrer tu viens avec nous. 


D’aussi loin qu’elle se rappelait, les deux frères n’avaient rien de héros. D'ailleurs c’est plutôt eux, qui en se mettant en danger finissaient tout le temps par être sauvés.

Tous se rendirent à la sortie du village, et d’un coup le plus petit des deux développa une puissance extraordinaire qui semblait presque repousser mina.

Etherio :
Ça mina, c’est la bénédiction qui m’a été offerte par le dieu lop !
Dans mon temple on appelle ça puissance, enfin y avait un type blond et cheulou qui appelait ça Super-sayeune.
j’ai pas compris.
Tu pourras faire ça toi aussi si tu décides de te tourner vers le dieu d'la castagne !
Allez viens-je t’emmène la haut. 


Il saisit la jeune fille et son frère sans peine et d’un coup d’un seul, par la seule force de ses jambes, il donna une impulsion si puissante qu’ils se retrouvèrent en haut d’un pic de la bossue a quelques centaines de mètres de la.

Aethelian : 
À mon tour Etherio arrête un peu de voler la vedette !

Etherio :
Oh ça va, t’es juste jaloux !

Aethelian :
Tiens, file moi un coup de main. J’ai besoin d’un gros rocher.

Etherio :
Un rocher ? Ça j'sais faire !

Le jeune Iop brandit alors sa petite épée et comme par magie, lui transmit sa force. L’épée devint alors 4 fois plus grande et semblait s’illuminer d’une couleur verte.

Etherio :
Moi mon truc, c’est l’air qui m'on dit.
Du coup j'peux couper des trucs super loin avec mon épée divine juste en faisant un mouvement comme ça !


 Il mima un mouvement d’épée avec la lame gigantesque quand un rayon vert s’élança dans le ciel découpant le sommet d’un des pics rocheux.

Aethelian :
MAIS T’ES COMPLETEMENT FOUS ILS T’ONT DIT DE MAITRISER TA FORCE ! 

Etherio :
Oh c'est bon ! J’ai pas fait exprès, c’est parti tout seul !
Bon j’avoue, que pour l’instant que c’est l'seul truc que j’arrive à faire aussi bien ... 
Sauf quand ça m’échappe.
M'enfin c’est pas grave. Ça l'fais non ?


Le jeune Iop bondit, décrocha le pic coupé au préalable et l’envoya en l’air avec une force si phénoménale qu'il disparût dans les airs.

Aethelian :
Regarde mina, je vais te montrer ce que savent faire les Cra.

Il brandit alors son arc et comme par la volonté le fit croitre énormément. le géant de deux mètres brandissait maintenant un arc plus grand que mina elle-même et celle-ci fut plus Impressionnée par l'aura puissante qu’il dégageait maintenant. Une flèche rouge flamboyante apparut alors sur son arc bandé et un éclat s’illumina dans ses eux qui désormais étaient semblables à ceux des Chachat qui reflètent la lumière dans la nuit.

Aethelian :
Ce pouvoir dans mon temple est appelé l’acuité absolue.
Même dans le noir je peux voir tout ce qui est avec une grande précision.
Regarde, il arrive. 


Mina regarda alors vers le ciel, rien ne semblait arriver le rocher s’était-il évanoui ?

Aethélian n’avait plus rien de ridicule maintenant et semblait d'un sérieux hors normes. Il décocha la flèche de feu qui s'élança si haut dans le ciel qu’on n’apercevait plus qu’un point lumineux.

D’un coup une masse sombre semblait se craqueler et des fissures lumineuses apparurent dans le ciel. Alors, accompagnées d'un bruit de tonnerre on vit des millions de petites cendres s’éparpiller dans le ciel. Ce spectacle semblable aux fées d’artifices que tirait le vieux voyageur Gandoulf le gros dans son village émerveilla la jeune fille tant par la beauté de celui-ci que par la puissance des deux frères. 

Aethelian :
Alors mina ? Plutôt cool ce qu'on peut faire avec du travail et la bénédiction du Dieu archer non ?

Mina :
C'était magnifique ! Tu peux le faire encore ?

Cependant de là-haut on entendait déjà le grondement des villageois se plaignant du retour des bêtises des deux frères ce qui rappela à mina qu’il était temps qu’elle rentre.

Sur le chemin du retour mina se demanda encore quelle voie elle allait prendre. Mais ce qui était sur, c'était que les deux frères lui avaient prouvé que peu importe qui nous sommes ou ce pourquoi nous semblons destinés, à force de travail on peut devenir ce que l'on désire.

Etherio :
Eh mina tu sais quoi ?
Après ta cérémonie si tu veux tu viendras avec nous pour d'venir une aventurière toi aussi.
En plus une deuxième Tank ça ne sera pas de trop pour surveiller les arrières de ce faiblard quand j’irais bastonner au front.


Aethelian : 
Tu rigoles ? Regarde là !
Il est clair qu’elle a tout ce qu’il faut pour être une disciple de Cra.
Tu sais mina je le suspecte d’être devenu encore plus bête qu’avant depuis son entrainement.


Etherio :
Hé si t’as un problème j'te bastonne le gorille craintif.  

Aethelian :
Qui c’est que tu traites de gorille craintif freluquet ?
Me cherche pas cervelle de Iop sinon je vais te planter une flèche dans le …


Interrompus par son frère se ruant sur lui comme a son habitude Aethelian esquiva de peu la droite d'Etherio. les deux frères débutèrent une bataille interminable de nom d’oiseaux et autres coups dans la tronche pendant que mina resta là à rire pendant que les deux faisaient ce qu’ils faisaient toujours le mieux se donner en spectacle. 

L'intervention des deux frères semblait comme une parenthèse apaisante et mina obtint enfin une certitude ce jour la. Elle deviendrait une aventurière et peu importe son choix elle ferait de son mieux pour être a la hauteur et représenter sa divinité. 

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Score : 16

Au beau milieu des réjouissances un hurlement de bête se fit entendre dans une rue proche.

La petite Mina partit voir d'où venait ce bruit et fut surpris qu’elle découvrit une jeune femme accompagné d'un jeune Bouftou blessé posé sur ses genoux la jeune femme était entrain de prendre soin de ce pauvre Bouftou qui avait du se blessé il y a peu, tandis que Mina observait la scène la jeune femme vit Mina et engagea la conversation :

« Bonjour ma petite tu dois être Mina je m'appelle Orihimen on m’a parlé de toi, ma famille vit ici et ils m’ont dit que tu aurais sûrement besoin d'aide pour te décider sur la divinité à adopter. Je suis ici pour te parler de la déesse Eniripsa si tu le veux bien, je te parlerai de tous les bienfaits de ce choix. »

Mina hocha timidement la tête pour acquiescer. Orihime se leva donc en laissant le Bouftou guéri s’en aller et prit la main de Mina en lui disant :

« Allons chez le médecin du village. »

Mina suivit sans un mot. Une fois arrivé à l’intérieur, ils rencontrèrent le médecin du village il s'appelait Kenzo. Orihime engagea la conversation :

« Bonjour monsieur Kenzo comment allez-vous ? je viens vous présenter Mina je suis ici avec elle pour lui montrer les mérites de vouer un culte à la déesse Eniripsa.

- Oh je vois, eh bien vous n’avez qu’à m'accompagner, je dois rendre visite a un patient blessé à la jambe comme ça la jeune Mina pourra observer le rôle des Eniripsa. »

Nos 3 complices partirent rendre visite au patient de Kenzo, il expliqua que ce derniere s’était blessé en tombant dans la foret. Le médecin s’assit à côté de lui puis appliqua un produit sur la plaie pour éviter une infection puis dit « Mots de régénération » une sorte d'aura apparue autour de la plaie et commença à guérir. La jeune Mina en resta bouche bée. Orihime lui dit :

« Tu vois Mina, nous les Eniripsa avons un grand cœur. Nous ne supportons pas de voir des gens souffrir, du coup nous les soignons avec des mots, des mots sincères venant du cœur et de l'espoir que nous avons pour leur guérisons. c’est ça la définition d'un fervent membre du culte de la déesse Eniripsa. j’espère que cette démonstration t’aura aidé dans ta quête pour choisir le culte qui t’aidera à avancer sans regret vers l'avenir que tu désires au fond de ton cœur. »

Orihime prit la main de Mina en disant au revoir à Kenzo et raccompagna Mina près de la fontaine.

« Je vais devoir te dire au revoir ma chère. »

Mina répondit avec le sourire :

« Merci pour cette journée et cette découverte. »

Orihime s'éloigna. Mina fit un signe de la main pour lui dire au revoir avec le sourire.

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Score : 41
[HRP] : Merci de votre lecture, j'ai eu du mal avec la mise en page au moment de poster le texte, il est possible que quelques sauts de ligne soient mal placés.

Aux Piles, il était bientôt temps pour le jour d’enfiler son bonnet de nuit en soie et ses pantoufles duveteuses. Xélor poursuivait son travail méticuleux, et les jours d’attente avant la cérémonie se murent en heures devant une Mina qui, si elle en avait plus appris sur les Dieux en deux semaines qu’en presque douze ans de vie, commençait presque à devenir incrédule. Pour la première fois, une pensée terrible vint lui traverser l’esprit, et lui glacer le sang.

« Et si je décevais quelqu’un ? » 

L’ennui, lorsque les gens qu’on aiment viennent se mêler de nos affaires avec des opinions divergentes, c’est que l’on se retrouve vite assis entre deux chaises. Accorderait-elle plus de crédit aux paroles de la belle Rosæ et du vieux Brousaille, au détriment de celles de l’impétueuse Tsugira ? Préfèrerait-elle le discours de… L’intempérant Maître Kontouar, à celui de son propre oncle ? Elle passait en revue ses souvenirs, et tous les petits présents qui allaient avec. La fleur, la couronne d’épines, l’assiette de crêpes... Elle tourna son regard vers Urgholl, l’immense Sacrieur qui s’était installé à ses côtés, avec une petite guitare désaccordée qui, dans ses mains, prenait l’aspect d’un jouet pour enfant.


« Oh, c’est vous, monsieur le crêpier ! Merci beaucoup hein, mais euh… Pourquoi vous avez posé ça là ? L’interrogea Mina.
- C’est pour toi. Un petit en-cas. Je me suis dit que tu n’avais même pas dû penser à manger, avec tout ce que tu as déjà en tête… Et puis bon, j’avoue, c’est pour t’aider à éponger le cidre, aussi.
- Quel cidre ? » Elle n’eut pas de réponse de la part d’Urgholl, mais elle put en revanche constater qu’une grande bolée de cidre s’était infiltrée dans son tas d’objets-souvenirs, avec les crêpes. Se projeta alors dans son esprit, pendant une fraction de seconde, le souvenir d’une soirée mouvementée à la taverne.

Le crêpier, ou « Crepemestre », comme il aimait se faire appeler, tentait d’accorder son instrument en tirant très fort la langue, ce qui, et vous pouvez demander à n’importe quel luthier sérieux, n’aide en rien. Urgholl faisait partie des têtes assez récentes du village. Véritable colosse entaillé, brûlé et cicatrisé de toutes parts, il avait tendance à faire peur aux grandes personnes, mais à s’attirer la sympathie des plus jeunes grâce à la délicieuse odeur de sucre et de pâte à crêpe qu’il dégageait en permanence. On le voyait, au cours de la journée, descendre de la Bossue pour aller acheter des tonnelets de cidre directement au domaine de la famille Isselba, ou bien distribuer des crêpes aux habitants du village qui les prenaient pour ne pas le vexer, mais jamais sans un petit air suspicieux.

« Allez, mange tant que c’est chaud, gamine ! » Lança le géant, en donnant à Mina un minuscule coup de coude, qui, s’il avait mal été dosé, aurait probablement pu la réduire en bouillie.

« Alors… Vous êtes venu me parler de votre divinité, vous aussi, Urgholl ? Demanda-t-elle.
- Et ben… À la base, j’étais surtout venu chercher des cobayes pour voir si le cidre se mariait bien à mes crêpes. Ça te plairait vraiment que je te répète le discours d’autres, mais avec mes mots ? » Il reçut en réponse un haussement d’épaules d’une Mina qui avait déjà fort à faire avec ses crêpes.

 « Je vais te dire ce que je pense, Mina. Je ne sais pas vraiment quelles sont les personnes qui t’ont abordées ces derniers jours, mais ils font probablement démonstration d’une mauvaise foi. 
- Une mauvaise foi, crêpier ? Vous voudriez dire que tous ces gens ne cherchent qu’à me tromper ? Je n’ose pas tellement l’imaginer… » La fin de sa phrase se perdait dans un flux d’air trop mince, produit par une gorge resserrée.

« Oh, non, pas du tout ! J’ai pas dit : « De la mauvaise foi ». J’ai dit « Une mauvaise foi ». Ils croient mal. Si tu leur demandait, ils diraient probablement qu’ils se consacrent à telle ou telle divinité de façon désintéressée, que c’est spirituel, de l’ordre de la conviction… C’est peut-être vrai en partie, mais c’est oublier que de vénérer un Dieu, c’est une transaction. »

Urgholl avait du coffre, et ses paroles commençaient à provoquer petits regards et sourcils levés chez les passants.

« Ce que cherchent les Dieux, ce sont des badauds prêts à louer leur culte à d’autres badauds. Et ce que cherchent les badauds, ce sont les petits cadeaux qu’on leur accorde en échange de leur dévotion. Des pouvoirs, bien sûr, mais aussi un sentiment d’appartenance…
- Euh… Monsieur le crêpier ? MONSIEUR LE CRÊPIER ?! Tenta de l’interrompre Mina.
- … Ils cherchent également une forme de rédemption. Et puis la validation d’une entité supérieure, pour ne pas se confronter à leur propre absurdité. Alors voilà, si tu me demandais, je dirais que finalement, le choix n’importe que peu. Moi-même, je n’ai pas choisi de devenir disciple de Sacrieur. »

Une petite assemblée mécontente s’était formée sur la place centrale des Piles de Kontouar, autour de notre duo. Le discours d’Urgholl avait beau faire un semblant de sens dans la tête de Mina, elle n’arrivait pas à y réfléchir véritablement sous les accusations de blasphème qui commençaient à se faire entendre. Le géant se releva, dominant la majorité de la foule de deux bonnes têtes, et s’écria, d’un air peu sûr :

 « Voilà ce qu’aurait dit, chère Mina, un apostat ! Un servant du malin, un irresponsable, un païen et, par-dessus le marché, quelqu’un avec une hygiène bucco-dentaire douteuse. »

 Mina fit un « Non » de la tête à Urgholl, après avoir inspecté d’un coup d’œil la dentition de ses voisins. Le crêpier adopta un air contrit. Il lui fallait trouver quelque chose. 

« Alors laisse-moi donc te vanter les bienfaits de la Vierge de Fer, chère Mina ! Mais pas n’importe comment, jeune fille ! Hurla Urgholl, attendant une réponse de Mina, qui se fit tardive.
- Ah oui ? Mais comment donc, Ch… Cher… Euh… Mais comment donc, Urgholl ?
- Parlons donc de l’aspect utilitaire des dons accordés si gracieusement par la Mère des Douleurs ! Je euh… Le fait d’en… Le fait de pouvoir retirer ma peau… Me permet facilement de… Traiter mes soucis… D’ordre dermatologique ? Ça euh… Ça vous va ? »

Le géant semblait perdre de l’aplomb devant une foule mi-écœurée, mi-outrée. Mina se dit que c’était peut-être à elle de sauver la situation, comme elle avait su le faire face au Milimulou

« Très pertinent, Monsieur Urgholl ! Commença-t-elle. Mais si vous nous vantiez plutôt les avantages d’être un Sacrieur dans le milieu de la pâtisserie ?
- Oh, quelle brillante idée ! Le crêpier enchaîna en lançant un petit clin d’œil à la gamine. Je suis sûr que c’est un discours qui ne manquerait pas de captiver notre auditoire ! Et bien voilà, dans le monde de la pâtisserie, je pense qu’il est plus qu’essentiel d’être un Sacrieur si l’on veut réussir. Mettons déjà de côté les Ecaflips, Ouginaks et Pandawas. Personne n’aime se retrouver avec des poils pleins de pupuces dans sa pâte à gâteau, et ce malgré l’apport évident en protéine inhérent à leur présence. »

 Une partie des révoltés qui ne s’était pas encore tout à fait remis des constats sur la résolution des problèmes de peau chez les disciples de Sacrieur prit la fuite à l’idée même de contempler un gâteau garni de pelage.

 « Nous prendrons aussi la peine de mettre de côté les disciples de Sadida. La pâtisserie est un domaine pointu dans lequel il est de bon ton de sortir chaque ingrédient du four au bon moment. Je ne ferais pas confiance à un culte de narcoleptiques pour ce genre de tâches, à moins de vouloir manger de la pâte carbonisée, ma chère Mina !
- Je vois, Monsieur Urgholl… Dans ce cas, ne serait-ce pas un travail parfait pour un disciple du Grand Chronomaître ? »

Un silence lourd s’abattit pendant de longues secondes avant d’être brisée par un public qui faisait savoir qu’il était plus convaincu par Mina que par Urgholl. Le géant, un poil vexé, fronça les sourcils.

« Mais enfin, c’est pas possible d’entendre de telles bêtises à un tel âge ! Les Xélors ils peuvent pas pâtisser parce que euh… Parce qu’ils sont nuls pour séparer la pâte ! Alors que nous, on peut invoquer des supers épées exprès pour ça, d’abord. Et vlan, t’en dis quoi de celle-ci, gamine ? Argumenta-t-il, en gonflant le torse.
- J’en dis que si vous me parlez d’épée, Monsieur Urgholl, je vous réponds : « Iop. ». C’est quand même eux les meilleurs, dans ce domaine, excusez-moi du peu !
- Mais me raconte pas de salaces !! Ils sont pas fichus de rien péter dès qu’ils mettent le pied dans un lieu un minimum fermé ! C’est délicat, la pâtisserie, combien de fois il faut que j’te le dise ?!
 
Une seconde partie de la foule se dispersa, ne laissant sur place que quelques médusés, observant à la fois un débat entre une enfant et un quadragénaire géant, à la fois un plaidoyer rocambolesque sur la technicité de la pâtisserie mais aussi un discours qui semblait, à défaut de rester blasphématoire, franchement intolérant envers tout ce qui n’était pas un Sacrieur.
 
La fillette, qui ne s’en laissait pas conter par Urgholl, revint à la charge.

 « Et vous allez me dire que les Huppermages ne peuvent pas cuisiner, Môssieur Urgholl ?
- Alors déjà, il s’agit de pâtisserie, pas de cuisine, Môdame Mina, et puis, Huppermage, c’est nul, c’est même pas un vrai Culte ! » 

À défaut d’une mauvaise foi, le Crêpier savait faire preuve de mauvaise foi, et le débat continua ainsi jusqu’à ce que le jour soit confortablement installé sous sa couette garnie de plumes de Salbatroces. La place avait troqué son ambiance de tribunal populaire pour une atmosphère chaleureuse qui sied mieux aux placettes des bourgades.

« Oh, il commence à se faire tard… Constata Mina, qui semblait presque déçue.
- Alors… T’as appris quelque chose, aujourd’hui ? Tu trouves que j’ai bien défendu Sacrieur ? »

Mina pris un temps pour réfléchir, en rassemblant ses affaires. La fleur… La couronne… Le bol de cidre vide… À défaut d’avoir été très productive, ou très pertinente, elle se sentait débarrassée de ses inquiétudes de la journée, et sourit.

« J’imagine… J’imagine qu’il n’y a pas vraiment de bon choix ? Que même si choisir un culte au détriment de tous les autres représente autant d’opportunités manquées, je n’ai qu’une vie, et que, le moment venu, mon cœur me dira vers qui me tourner ! Oh, et aussi que peu importe mon choix, si les gens qui m’ont abordée ces derniers jours m’aiment vraiment, et qu’ils accepteront mon choix… Oh et euh, finalement, c’est l’amour le plus important ? Dîtes, j’ai eu l’esprit clair pendant quelques minutes, mais j’y pense, plus c’est flou, c’est normal Urgholl ? 
- Je crois bien, oui… Il s’agenouilla pour être face au visage de la jeune Mina. C’est en se posant des questions qu’on grandit, et tu as beaucoup grandi ces derniers jours !... Et le cidre n’a pas dû aider non plus. Alors, pour ne pas t’y perdre, il va falloir y aller petit à petit, et écouter ton cœur. Qu’est-ce qui compte vraiment pour toi, là, maintenant ? »

Mina resta muette pendant quelques secondes… Elle interrogea tous ses désirs, tous ses rêves, et toutes ses envies, pour les classer par ordre d’importance.

« Je… Je vais rentrer chez moi, demain est un jour important… Et je vais demander à Maman et Papa de me faire des crêpes ! »

 Ils échangèrent un sourire, et Urgholl la décoiffa d’un passage de son énorme paluche dans ses cheveux.  

« Au revoir Mina, repose-toi bien !
- Au revoir Urgholl ! Merci pour tout ! »

 Et tandis que la fillette prit le chemin de la maison, l’esprit embué mais paradoxalement plus serein, le géant se rassit près de la fontaine. Il avait enfin fini d’accorder sa guitare.
 

« Mina, Mina, choisira, choisira pas ~ »

 
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Score : 18

D’un geste assuré, elle accrocha délicatement la rose à ses cheveux, l’ajustant au dessus de sa couronne d’épines pour ne pas l’abîmer. Puis elle se para du collier sertie d’une dague avant d’enfiler le bracelet et d’épingler la broche argenté à sa veste. Tel était son rituel depuis le début de son initiation, chaque token étant un souvenir de ces disciples qui lui en avaient fait présent. Ainsi préparée, Mina se sentait forte de leurs cultes et des possibilités qui s’offraient à elle. Forte mais lourde…

Elle descendit les marches avec un petit sourire qui se voulait convaincant retrouvant sa famille. Déjà les effluves du pain aux céréales envahissaient l’air pendant que sa mère s’affairait à préparer sa célèbre confitures à la fraise et à la menthe. N’ayant pas vraiment d’appétit cependant la jeune fille sortit directement. En passant près de la place principale, elle se remémora le grand discours de Tsugira puis les personnalités aussi exubérantes qu’héroïques des jumeaux Etherio et Aethelian. Ses pas la menèrent ensuite près de la taverne où l’odeur amère de la boisson partagée avec Maitre Kontouar lui fit rapidement détourner les yeux. Au passage elle se revit discuter avec son grand frère, puis avec Namy. En haut de la colline se dressait toujours le vieux frêne de Broussaille et de l’autre côté la maison éloignée de Fantomime. Eux tous faisaient parti d’un quotidien qu’elle avait apprit à apprécier et guetter sitôt le jour levé. Ses amis, sa famille, ses habitants qui lui étaient si chers et qu’elle aimait tant. Ces derniers qui, eux aussi avaient essayé de la conseiller sur ce choix à venir, cherchant à apaiser ce nœud qui, tapi au fond de son coeur lui pesait chaque jour un peu plus.

Etouffant un sanglot, elle ferma les poings un instant pour se reprendre. Mina savait que partout des yeux suivaient ses mouvements et ses réactions. C’est ce qu’elle était maintenant. Une attraction, un défi. Malgré tous ces appuis, tous n’attendaient qu’une chose, la cérémonie de son choix. Veillant à se former un visage neutre et assuré, elle laissa ses pas la guider sur le chemin de la Bossue. Combien de fois l’avait-elle emprunté ces derniers jours ? Combien d’aventures l’avaient guidé dans ses profondeurs ou à son sommet ? Elle n’avait oublié Miaoutch, son oncle Bayhn ou encore Jin. Ses rencontres avaient été plus difficiles car lourdes d’épreuves et de révélations. Et ce sacrifice…

Finalement la jeune fille se détourna et se dirigea vers la forêt d’arbres millénaires qui bordaient le village. Au début effrayée par les légendes qui hantaient ces lieux, Mina avait su apprécier les tréfonds obscurs des feuillages. Son passage avec l’écaflip puis Cyatold lui révélant qu’elle n’était pas aussi faible qu’elle se l’était imaginée. Mais plus encore, c’est la quiétude qu’elle venait chercher alors qu’elle empruntait un chemin pavé de buissons colorés. Pourquoi par là ? A cet instant, elle n’aurait sû répondre mais alors qu’elle s’enfonçait toujours plus loin, une voix vint troubler le silence de la forêt. Surprise mais comme toujours curieuse, la future initiée se laissa entraîner par la chanson qu’elle percevait maintenant au loin. Elle n’en discernait pas encore les paroles mais la voix en elle même était profonde et envoûtante et Mina se sentit attirée malgré elle.

La jeune fille finit par déboucher sur une clairière qui abritait un des plus gros arbre qu’elle n’ait jamais vu. Ses racines noueuses marquaient l’herbe de longues striures noires entourant un tronc sans doute aussi épais que tous les piliers des Piles réunis. Mais le plus impressionnant restait ses branches qui formaient comme une niche à son sommet. D’autres qui entouraient cet abri végétal étaient recouvertes d’étranges feuilles et sur leurs extrémités des lanternes où brûlaient des flamiches avaient été suspendues. Ce n’est qu’en s’approchant davantage que Mina put discerner à la lueur des flammes que ce qu’elle avait prit pour des feuilles étaient en fait des masques. Sculptés de toutes formes et de toutes les couleurs, ils représentaient de multiples visages dont certains qu’elle crut reconnaître grâce à un mercenaire croisé une nuit. L’image était tout simplement saisissante et la fillette resta un instant fascinée par cet environnement mystérieux et magnifique. Son attention fut néanmoins divertie alors que la chanson qui l’avait guidé alors résonna à nouveau. C’est sans surprise que l’initiée comprit qu’elle venait d’entre les ramages du sommet de l’arbre.

La tête pleine de questions quand à cet endroit et désireuse de rencontrer qui pouvait bien habiter un tel lieu, la jeune fille héla l’inconnu.

- Bonjour ! Hum excusez moi de vous déranger mais je viens d’arriver ici et je ne connais pas ce lieu… Est ce que vous pourriez m’aider ?

Sa voix avait déraillé sur les derniers mots, embarrassée par l’imposant tronc et songeant à cet instant qu’il y avait bien peu de chances pour que l’autre l’entende de là-haut. Se sentant ridicule, elle sentit quelques larmes se former aux coins de ses yeux. Qu’avait-elle pensé exactement ? Se perdre dans la forêt, entendre une voix mystérieuse et arriver devant un arbre tout aussi improbable, elle s’était alors laissé à penser que peut-être ces apparitions pouvaient avoir un sens. Que peut-être elles l’aideraient à y voir plus clair dans sa tête comme dans son coeur. Mais elle était seule avec ses questions et son avenir. Rageusement elle essuya ses yeux du revers de sa main et sursauta alors soudainement quand elle vit le masque aux yeux interrogateurs qui lui faisait face. Avec un cri, elle recula et se prit les pas dans une racine ce qui la fit chuter. Mais elle sentit alors quelque chose entourer sa taille et l’empêcher d’atteindre le sol. Baissant les yeux, elle remarqua qu’il s’agissait d’un bâton dont le bout décrivait un arc qui avait pu la soutenir. L’inconnu masqué pencha la tête sur le côté, semblant détailler la plus jeune avant d’hocher la tête et l’inciter à la suivre d’un geste.

Incertaine mais reconnaissante, Mina se décida à lui emboîter le pas et le rejoignit au pied du titan végétal. Ce dernier grimpa alors sur un escalier taillé à même le tronc que la jeune fille n’avait pas remarqué et qui les emmena jusqu’à la niche qui l’avait tant intrigué. L’intérieur était un peu plus éclairé les lanternes pendues au dessus de leurs têtes plus nombreuses, illuminant d’autres masques qui les observaient également des hauteurs. Légèrement mal à l’aise de tous ces visages, Mina préféra se tourner vers l’inconnu qui d’un geste fluide avait échangé son masque contre un autre. Celui ci semblait plus neutre d’un blanc cassé avec des peintures carmin. Maintenant qu’elle pouvait l’observer plus attentivement la plus jeune nota que c’était une femme qui se trouvait face à elle, l’observant toujours en silence. Gênée de cette attention, la petite s’éclaircit la gorge.

- Merci de m’avoir aidé tout à l’heure. Je.. C’est vous qui chantiez tout à l’heure ?

Elle n’avait pu retenir sa question, sa curiosité toujours présente malgré son embarras. La zobal – Mina ayant fait le rapprochement mit un temps avant de répondre mais finalement elle hocha doucement la tête.

C’est bien moi en effet. Je suis d’ailleurs étonnée que tu l’aies entendue… Que faisais tu donc aussi loin dans la forêt ?

La fillette rougit légèrement en détournant la tête. Jetant un œil à l’escalier, se demandant si cela serait malpoli de partir dès maintenant, elle se décida à répondre.

- Je me suis perdue volontairement. J’avais besoin de réfléchir et d’être seule.
- J’ai donc troublé ta quiétude. Tu m’en vois désolée. Je ne pensais pas que j’aurais un auditoire.
- Mais pourquoi êtes vous ici ? Je veux dire… C’est votre maison ?

Encore une fois Mina avait parlé avant de réfléchir mais la femme qui lui faisait face dégageait une aura chaleureuse et étrange. Et avec le recul, elle avait eu affaire à tant de drôles de personnages au cours de ces derniers jours qu’elle pouvait bien en apprendre plus sur cette inconnue. Cette dernière eut un petit rire alors que ses yeux voyagèrent sur l’espace qui les entourait.

- En un sens, je suppose que c’est ainsi que je peux l’appeler. C’est mon antre et mon inspiration du moment. Mais demain je serais sans doute ailleurs.

L’expression de la jeune fille dût traduire son questionnement car la Zobal l’invita à s’asseoir avant de reprendre un masque qui était posé près d’elle ainsi qu’une dague. De ses doigts agiles, elle façonnait les aspérités du bois alors qu’elle continua.

- Je suis une voyageuse conteuse. Je n’ai pas de maison à proprement parler et je ne reste pas souvent au même endroit. Je suis en quête perpétuelle d’aventures comme d’aventuriers prêts à me faire part de leur histoire. Puis d’autre fois je m’isole ainsi pour créer et retranscrire. Vois tu ces masques sont comme un souvenir de chaque héros qui a su m’émouvoir ou me faire rêver. Leurs histoires résident dans mon âme et leurs visages se révèlent avec mes masques.

Mina écoutait intriguée et fascinée à la fois par cette étrangère toute particulière. Elle n’avait jamais entendu parler d’un tel métier et pourtant elle s’en trouva d’autant plus intéressée. Ses mains jouèrent avec son bracelet et ses yeux se perdirent dans le vague alors qu’elle repensait à ses propres rencontres. En un sens, eux aussi l’avaient marqués de leurs histoires ou de leurs discours. Reportant son attention vers la voyageuse, elle se mordit doucement la lèvre avant de demander timidement.

- Dites moi.. Vous qui avez tant voyagé et rencontrer tant d’aventuriers, est ce que vous pourriez m’aider ? Je.. J’ai atteins ma majorité spirituelle et je dois faire le choix de ma divinité d’en moins d’une semaine. J’ai quelques idées mais aucune certitude quand au dieu que je vais choisir. Je sais qu’il faut que je choisisse avec mon coeur mais en n’oubliant pas que c’est aussi un devoir. Beaucoup de disciples sont venus me voir et tous ont trouvé leurs aspirations, leurs voies. Ils semblent tous être si sûr.e.s d’eux et moi je…

Une main sur sa joue l’interrompit et la fillette se rendit alors compte que les larmes coulaient sur son visage. Perdue et vulnérable, elle leva les yeux vers les yeux si calmes et doux de la Zobal. Cette dernière lui fit un petit sourire en essuyant délicatement la peau claire avant de prendre la parole.

- Es tu certaine que c’est à moi que tu dois poser cette question ? Ne te méprends pas. J’aimerais t’aider. Mais tous comme ceux et celles que tu m’évoques j’ai choisi ma classe il y a de cela des années.

Elle s’interrompit voyant le visage déçu de la jeune fille et soupira un instant avant de se lever. D’un pas gracile et rapide, elle prit quelques uns de ses masques avant de reprendre place devant l’enfant. Un à un, elle les disposa face à elle avant de reprendre de sa voix calme et profonde.

- Chacun de nous a le choix d’une vie à faire quand nous atteignons l’âge de la majorité spirituel. Nous sommes tous seuls face à ces multiples divinités et cette responsabilité qui nous incombe de dédier notre existence même à l’une d’elle. Que ce soit à la douce sadida amie de la nature, au chanceux Ecaflip joueur émérite ou à la téméraire sacrieuse intrépide face au danger. Pour certain.e.s il est aisé. Décidé à la naissance ou acquis par l’expérience, le choix se révèle une évidence longtemps attendue. Pour d’autres c’est une incertitude malaisante et difficile. Mais il te faut retenir une chose. Qu’importe la classe, chacun est une âme belle et unique. Car ce sera toujours toi avant ta divinité. C’est pour ça que tous les Srams ne choisissent pas la voie du meurtre ou que les crâs ne sont pas toujours des archers compétents dès le début. Si cela peut t’aider à mieux l’imaginer, choisir ta classe est comme enfiler l’un de ces masques. Il forge la vision qu’auront les autres de toi et il te donnera un but mais en dessous tu seras toujours toi.

Ses larmes taries, Mina se laissait absorber par ses paroles qui lui paraissaient si libératrices. Doucement, elle passa ses doigts sur les différents masques que l’autre lui avait présenté. Puis son regard dériva sur le sien qui était près d’elle et elle le pointa en demandant d’une voix douce qu’elle eut du mal à reconnaître comme sienne.

- Et le vôtre ? Pourquoi avoir choisi la voie du Zobal ?

Le visage de la voyageuse se tourna à son tour vers son masque qu’elle effleura avec révérence avant qu’un sourire nostalgique ne prenne place sur son visage masqué.

- Vois tu j’ai aussi eu du mal à me limiter à un choix. Comme toi, j’ai eu l’impression d’être face à un mur et effrayée à l’idée de ne plus pouvoir changer pendant toute ma vie… Mes masques m’ont offert cet échappatoire que j’avais espéré sans penser pouvoir trouver. Je pouvais devenir pleutre et observer de loin ou fuir à l’occasion. Ou alors je pouvais me vêtir de mon psychopathe et laisser parler ma force et ma puissance. Mais je pouvais aussi arborer l’intrépide et devenir le bouclier de mes alliés. J’étais devenue pluriel et je pouvais pleinement être moi.

Elle releva les yeux vers Mina, lui laissant paraître l’éclat de sa franchise et de sa passion avant de continuer.

- Mais mon choix n’est pas le tien et je ne dois pas te l’imposer. Alors prends mon récit comme celui des autres et laisse le te servir de souvenir. Cherche ton propre masque mais demeure toi même.

La future initiée hocha la tête, ragaillardie par cette rencontre et plus sereine dans cette nouvelle vision de son choix. Elle se leva et salua la Zobal avant que cette dernière ne la retienne.

- Jeune fille, je te demanderais juste une promesse si tu veux bien me l’accorder.
- Bien sur. Répondit la petite avec enthousiasme.
- Faix ton choix et vis ta vie sans limites. Livre toi à tes propres aventures et découvre le monde. Cela fait, si un jour tu venais à entendre à nouveau ma chanson, viens me trouver et conte moi ta Légende.

Touchée par cette demande, Mina s’empressa d’acquiescer avant de finalement descendre. Elle jeta un œil derrière elle et vit les lumières se tamiser doucement. Alors qu’elle s’apprêtait à reprendre son chemin, elle eut une réalisation. Criant de toutes ses forces, elle essaya d’atteindre les cîmes de l’arbre.

- Quel est ton nom ?

Plutôt qu’une réponse de la Zobal, ce fut un murmure transmis par le vent qui lui apporta le nom de la Voyageuse.

«Mad-Nessy »

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Score : 380
Sapristi, quel monde il y a aujourd’hui ! J’ai beau être fine, j’ai du mal à me faufiler pour suivre le discours correctement. D’habitude, il ne se passe jamais rien ici ; c’est pour ça que je m’y suis installée : relever le défi d’y mettre un peu d’animation. Le village des Piles… c’est joli, hein, mais c’est bourré de pantouflards ou de cultivateurs trop sérieux. Je suis relativement nouvelle, ici. Je suis arrivée il y a quelques mois, et, de grâce, on m’a offert le couvert et le logis. Ma présence ne plaît pas à tout le monde, on m’évite un peu, on crache son venin, on m’ignore. Il faut dire que dès mon arrivée, j’ai quelque peu… Dérangé la tranquillité des Piles ? Oh, rien de bien folichon, j’ai juste encouragé mes adorables logeurs à vider quelques bouteilles de cidre avec moi dès le premier soir. Il y a eu quelques dommages collatéraux. Et puis, il y a aussi cette fois-là, où j’ai volé quelques effets personnels aux villageois pour les cacher, en faisant passer ça pour l’action d’une entité malveillante issue d’une de leurs vieilles légendes locales… Au lieu de s’amuser à organiser une chasse géante, ils ont paniqué. Ah, et ce fameux jour, où j’ai fait une course de charrette avec un des seuls jeunes du village ! Au final, ça a plus dérangé qu’autre chose, et nous avons fini enfermés chacun dans nos chambres respectives, privés d’accès à quelque matériel que ce soit. Vraiment, ils sont ennuyeux, les gens d’ici. C’est dur de les amuser !


Hahem ! Approchez, approchez ! Un peu plus, voilà, il y a encore de la place !
Ça y est, j’ai réussi à rejoindre le rang de devant. Enfin, si on peut appeler cette masse indisciplinée un “rang”. Mais bon, pour une fois que les habitants sont indisciplinés…
 
Aujourd’hui, comme vous le savez sans doute tous…

Une petite fille s’avance, accompagnée par l’un de nos sept prêtres qui lui pose une main sur l’épaule, comme s’il était fier d’elle.

"Notre petite Mina fête sa douzième année. N’est-ce pas merveilleux ?

Les prêtres ont tous le sourire, pendant que la petite gamine a l’air un poil mal à l’aise. Douze ans… C’est vrai, c’est un âge très important. Ça, ça veut peut-être dire qu’on va enfin faire la fête pour l’occasion, se dégourdir un peu, s’amuser, j’ose espérer. 

"Mina va donc devoir faire ce choix crucial : quelle divinité va-t-elle vénérer avec fidélité pour toute la durée de sa longue vie ?

Un brouhaha s’installe crescendo, puis, quelques personnes s’avancent, clamant que leur divinité convient, plus que les autres, à la petite. La première ayant le courage de s’avancer est une disciple de Sadida ; elle est pleine d’assurance et de bienveillance. Même moi, je me sens émue d’une telle démonstration de gentillesse. Mina semble la connaître, et, rapidement, elles s’éclipsent toutes les deux, probablement pour débattre sur le Dieu Feuillu et ses commandements. 


Après quelques longues minutes, Mina et la belle Sadida ne sont pas encore revenues. Les habitants commencent à se disperser, du moins, ceux qui n’ont pas de culte à promouvoir. Quelques-uns restent et attendent malgré l’ennui. L’ennui… Comment peuvent-ils le supporter ? Je vais bouger un peu, moi, je ne peux pas ! 


Revenue de sa petite balade, je vois Mina s’asseoir au bord de la fontaine, au centre de la place des Piles. Elle est pensive, mais, visiblement, elle n’a pas le temps de s’attarder sur ces pensées qui l’assaillent qu’une autre personne vient faire sa petite publicité. C’est une disciple du Grand Sournois, cette fois. Les voilà toutes deux parties. La pauvre Mina va finir par avoir mal aux gambettes !

Il en arrive à chaque retour. Des prêcheurs de chaque divinité du panthéon, prêts à convaincre l’enfant. Un jeune Pandawa finit par l’entraîner à la taverne… Tiens, c’est une bonne idée ça, je vais aller m’y amuser un peu moi aussi.
Pendant que Mina et son interlocuteur débattent à n’en plus finir, j’enchaîne les choppes de cidre ; des villageois éméchés viennent, pour une fois, passer du temps avec moi. Il ne m’en faut pas plus. J’ai de la compagnie, alors il faut que ça bouge ! Nous entonnons des chants, renversant quelques (grosses) gouttes d’alcool sur le sol et sur nous-mêmes, nous nous défions au bras de fer, je perds d’ailleurs lamentablement à chaque tour. Certains trébuchent, certains ont des propos drôlement incohérents… Je remarque que Mina détourne par moment la tête de son débat en cours pour me regarder, avec ses petits yeux intrigués. Ça fait du bien, un peu d’action, non ? Elle a l’air d’apprécier l’ambiance un minimum, héhé.
L'animation retombe, les effets du cidre aussi… Et je dois avouer que je commence à me questionner, de nouveau seule à ma table, au milieu de ronflements divers et variés. Mina doit sûrement chercher à vénérer un des Dieux qui composent le Panthéon ; ils sont connus de tous, ce sont des valeurs sûres. Lorsqu’on en choisit un, on sait dans quoi on s’embarque. Mais, toutes ces divinités qui ont tant d’adeptes dans le Monde des Douze… C’est ennuyeux. Je me répète, mais je n’aime pas ce qui est ennuyeux. J’hésite encore, mais je pense que je vais bouleverser un peu tout ça. Mais pour l’heure, dodo. La nuit est tombée, Mina a bu et moi aussi ; à mon avis, si je veux tenter ma chance, ce sera plutôt demain. 


Vêtue de mon grand manteau à capuche fétiche, je me rends, après un réveil quelque peu tardif et douloureux, sur la place du village, où Mina semble de nouveau revenir d’une petite promenade en compagnie d’un villageois. C’est décidé : aujourd’hui, moi aussi, je vais vanter les mérites de mon culte. Je guette les abords de la fontaine où la petite s’est encore assise… Il ne semble plus y avoir de concurrents. Je m’avance vers elle d’un pas assuré. 

Salut Mina ! Ça va, pas trop tourmentée ?

Elle sursaute. La pauvre. Les entrées en douceur, c’est vraiment pas mon truc. Elle hoche la tête. Si, elle est tourmentée, en plus d’être dans un mauvais état, de par sa soirée de la veille. J’adore les Pandawas, eux, ils ne sont pas ennuyeux, mais quand même… Elle me raconte qu’en plus des aventuriers venus à sa rencontre, elle est allée demander elle-même conseil à des habitants qui adoraient d’autres cultes. La fameuse décision de son culte, quelle inconfortable pression cela lui met-il… Je la sens également méfiante à mon contact. Sa famille, ou certains habitants, ont dû lui en raconter de belles à mon sujet. Je suis celle qui a apporté tant de tumulte, en quelques jours à peine, dans ce petit village barbant.

Ecoute, je ne vais pas te faire l’affront de te forcer à bouger tes petites pattes une dernière fois. Tu sais quoi, on va rester assises ici.”

Je prends une petite respiration, puis je me lance. Je pense qu’il en va de mon devoir de disciple.

Ton village est sacrément calme. Quand je suis arrivée ici, j’ai eu du mal à m’y faire. Tu ne t’ennuies pas ?”

La petite fille hésite un instant, puis me répond qu’elle s’ennuie à en mourir, comme si évoquer sa lassitude était un tabou. Elle veut voir de nouveaux horizons, découvrir de nouvelles activités, de nouvelles façons de rire et de passer du bon temps. Elle ajoute que, pour choisir sa divinité, il faut qu’elle rende sa vie plus divertissante, pleine de rebondissements et d’imprévus. Je lui demande si ce qui se passe aujourd’hui la divertit : affirmatif. C’est éreintant, mais divertissant


Alors, puisque je cerne ce que tu cherches, je propose à mon tour de te présenter ma déesse. Promis, ce ne sera pas bourratif.”

Je vois Mina se tourner légèrement vers moi, m’adressant un regard fatigué mais intéressé. 

Depuis son arrivée dans notre monde, l’ennui perd de son territoire, petit à petit. La Déesse du Tumulte déteste ce que tu détestes : les jours barbants. Elle déclenche ce dont tu rêves : l’agitation. Peu importe le moyen, comme on dit, pourvu que ça bouge !”

Les yeux de la petite s’écarquillent ; cela semble positif. 

Ce qui se passe aujourd’hui aux Piles, c’est ce que la Déesse cherche à produire : on brise le train-train quotidien, et pouf ! Il se passe quelque chose d’inhabituel qui te change les idées. Ça ne m’étonnerait même pas qu’elle soit dans le coin... Pour nous, ses disciples, il est très important de déclencher le tumulte là où nous passons. C’est parfois une tâche ardue, ça, je peux te l’assurer ; je suis venue m’installer ici dans l’espoir de vous faire découvrir à tous les joies d’un bouillonnement inhabituel, par divers moyens. J’ai voulu organiser des jeux…”

Elle me coupe la parole, pour me rappeler cette fameuse journée où j’avais tenté de mettre en place une chasse aux objets géante. J’apprends donc qu’elle a été très déçue lorsqu’elle a vu que cela ne prenait pas. J’en suis touchée, c’est beau, une jeunesse qui bouge ! Je reprends en riant. 

Oui, des jeux comme celui-ci. Cela fait partie des devoirs des disciples de la Déesse du Tumulte ! L’adorer nous assure une vie pleine de rebondissements, aucune journée ne se ressemble !... Sauf quand on habite aux Piles, je te l’accorde, mais tenter de faire bouger les choses positivement ne peut jamais être une expérience négative, car liée à l’imprévu. L’imprévu, c’est excitant !”

Mina sourit, puis baisse la tête, sans doute pour intégrer mon discours à son petit tableau intérieur recensant toutes les possibilités qui s’offrent à elle. 

Notre déesse ne fait pas partie du panthéon, elle est plus discrète. Cela t’attirera peut-être un peu moins… Mais elle n’en est pas moins légitime de t’être présentée. C’est sûr, nous, ses disciples, sommes durement exposés au regard des autres ; c’est quelque chose qu’il faut supporter, lorsque l’on sème l’agitation. Je n’ai jamais donné mon nom aux gens d’ici, mes tentatives pour amuser la galerie auraient pu m’attirer de sérieux ennuis, et ma réputation en aurait pâti. Je n’ai jamais montré autre chose que quelques vagues traits de mon visage : si les Empileurs me décrivent à d’autres, mon défi s’arrête là. On ne me laisserait plus apporter de joie là où il n’y en a pas, personne ne voudrait plus de moi. Je suis tranquille, vois-tu. Personne ne sait si je suis brune, rousse, blonde, chauve. Personne ne sait comment je m’appelle. Alors, si mes tentatives se passent mal, je n’ai qu’à disparaître et essayer ailleurs, comme bon nombre d’autres adeptes et amis. C’est un sacrifice que nous sommes tous prêts à accepter.”

Je vois la petite fille tripoter les pointes de ses longs cheveux, un peu dépitée en pensant à l’idée de devoir les cacher. C’est sûr, tout le monde n’est pas prêt à s’effacer de la sorte ! Je me lève, me dresse devant elle, et ôte ma capuche l’espace d’un instant. 

A quoi une vie sert-elle, si elle n’est vouée qu’à l’ennui ? Je me suis posée cette question, quand j’avais ton âge. Et j’y ai vite trouvé une réponse. Que Shariva Rie !

Je glisse dans ses petites mains une Sharivarise, ajoutant en riant que cela lui donnerait un avant-goût de ce qui l’attend si elle rejoint nos rangs. Je lui confie aussi un petit bout de papier griffonné la veille, où est indiqué le chemin, en partant des Piles, pour rejoindre le Manoir Lhambadda, où elle peut trouver davantage de réponses… et de surprises. Je replace ma capuche sur ma tête en souriant, arrangeant les quelques mèches rouge vif qui en dépassent encore, satisfaite de mon discours et de la journée que j’ai vue défiler. Les habitants se sont tous mobilisés pour créer un véritable événement. Finalement, ce village est capable de se bouger


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limaginaire, toujours à la bourre, pour vous servir ! 
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Score : 44

Le jour de la cérémonie se rapproche et ce soir la jeune Mina s’écarte de son chemin habituel, perdue dans ses pensées après d’innombrables discours des divers disciples des dieux. Sans s’en rendre compte ses jambes l’amènent dans un coin malfamé du village où même le prêtre Raf le Meur y rase les murs, au fil de ses pas l’éclat de la carapace céleste s’efface et la fille finit par faire face à une ruelle aussi sombre qu’un Corbac. Au fond de celle-ci un son s’échappe, un sinistre souffle qui évoque de mauvais souvenirs pour tous les aventuriers l’ayant déjà entendu et pourtant si aguicheur.

 « Psst, psst ! »

 La puissante force d’attraction de ce simple son aspire la petite dans la ruelle. Un homme s’y terre, impossible de distinguer son visage, d’un mouvement rapide il soulève sa cape et dévoile un attirail de babioles : des poupées usées, des pichons Eud’Compet à 500 kamas, des masques brisés et d’autres objets insolites en passant par d’étranges bijoux dont une "broche de la Brise à l’emmental". Le vendeur à la sauvette inspecte sa potentielle acheteuse et remballe aussitôt son trésor de pacotille.

« Oh mais c’est toi Mina, fallait le dire plus tôt ! Ces offres en or ne sont pas pour toi, seulement pour les pigeons aventuriers de passage… Mais dis-moi, ton choix avance ? » 

En entendant son nom Mina regarde l’homme d’un peu plus près, elle le reconnait. C’est un colporteur habitué des Piles nommé Korbeil, elle n’en sait pas plus sur lui, sa mère interdisant le moindre contact avec lui. Peut-être est-ce dû au courage forgé par ses récentes péripéties mais elle décide de lui répondre. 

« Pas vraiment… J’ai eu beaucoup de visites et elles me rendent toutes un peu plus indécise. »

 « Je vois. Ça va donc être mon tour de te présenter mon style de vie ! Je ne me limite pas aux Piles de Kontouar, je visite des tonnes de villes et comptoirs. il gonfle ses muscles et prend une pose héroïque. Si tu veux t’émanciper et découvrir d’immenses cités, écoute bien ! La seule Soif que tu dois étancher c’est celle de l’aventure ! à ces simples mots Mina, les yeux de Mina pétillent. Et voilà tu t’es déjà faite avoir comme avec tous les autres… C'est vrai qu'on dit qu'un enfant est élevé par un village mais c'est parce que tout ce qu’on boit à ton âge c’est la parole des autres et tu as déjà avalé des litres de venin, ces langues de Serpentin veulent toutes empoisonner ton esprit avec leurs arguments fallacieux. » 

« Je ne crois pas, toutes mes rencontres étaient sincères et personne ne m’a forcé la main. » 

«  Vraiment ? Et comment t’es-tu retrouvée déguisée en sapin de Nowel, une fleur par-ci, une couronne par-là, sans parler de cette broche. J’en ai vu des défilés d’aventuriers chaque fois qu’un enfant va sur sa douzième année, tu n’es qu’une quête de plus pour eux, ils te baladent partout comme ils le feraient avec un chacha d’Astrub. » 

« Peut-être mais chaque aventure m’en a un peu plus appris sur moi, les différents cultes et ce monde. La Nature, le sens du sacrifice, la force au service des autres, le courage, l’équilibre et tant d’autres choses… » 

« Haha, la Nature, ça te botte vraiment d'être une va-nu-pied et te casser le dos à ramasser des fleurs, tu veux qu'on t'appelle la Bossue à ton âge ? Puis le sens du sacrifice, j’en ai entendu parlé, Jin, c’est ça ? C’est un tour répandu chez les Katcheurs, une fiole de sang et c’est dans la boîte ! On voit ça tous les jours sur le ring du Capitaine Ekarlate. Je te le répète, ces aventuriers se donnent en spectacle, ça en rendrait vert de jalousie le chapiteau du clan Magik Riktus ! »

 « Mais ça paraissait si réel… »

 « Manquerait plus qu’une Sram t’ait dit qu’ils n’étaient pas que des voleurs et des assassins… Oh, attends me dis pas que… C’est pour ça qu’il faut tourner sa langue dans sa bouche autant de fois qu’il y a de prêtre, je te jure, faut pas avoir peur pour sortir des énormités pareilles. Mes camarades et moi, nous, au moins, on assume. On joue avec les maux et on embrasse cette voie.  On tabasse ces sacs d'os et on amasse des sacs d'or. Tu vois cette pièce ? Hop je la lance, je l'attrape et... Pile ! Pas besoin de rouvrir ma main, c'est pile ou pile, c'est comme ça chez les roublards, on truque le jeu et on gagne à tous les coups - surtout avec ceux sous la ceinture. Oublie ces machins de hasard ou de destin, te fis plus à ces baratins ni à ces piliers de bar atteints du ciboulot. Sois pas une cervelle de Iop, si tu ne veux pas commencer ta nouvelle vie avec un handicap, regarde plutôt notre style bandit : cape et bandeau. Capital d'avoir la classe à notre époque, on est loin de tous ces poilus ou de ces archers de pacotille, pas de flèche, une mèche et un pistolet, ça suffit. Chez nous on s'ennuie pas à disserter sur la Balance Krosmique, sérieusement avec ça tu vas prendre la grosse tête et c'est ta balance qui va céder, nous on balance seulement notre bassin - et des bombes -
mais jamais nos potes, on est un clan soudé ! Et c'est pour ce genre de chose que ton coeur devrait balancer ! On se pliera en quatre pour toi, sois en sûre ! »

« Hmm... »

« Mina, t'as survécu douze ans sans les dieux mais pas un jour sans ta famille, nous les Roublards on est une famille avant tout. Les autres douziens sont tous des minables mi-nazes, nous sommes ni nazes ni aptes à être second : on est les meilleurs. On a pas simplement un temple mais un véritable repaire, tu peux pas rêver mieux, si ce n'est d'avoir un Roublabot ! J'ai entendu dire que tu voulais un animal de compagnie, c'est pareil sauf qu'on a pas besoin de le nourrir, t'en dis quoi ?  Allez, je te laisse, fais le bon choix ! »

Korbeil s'évapore alors laissant l'indécise seule dans la nuit noire, le roublard n'en avait en réalité que faire du choix de Mina, il était certes revenu au village uniquement pour organiser un pari portant sur ce choix mais peu importe le résultat il s'enfuira avec l'intégralité du pactole. 

« Héhé,  on gagne à tous les coups ! »

 

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Score : 29

{entrée krozmique -]



[téléchargement des karmas et des liens de la promesse-


 -libération des chaînes et dissipation des antérieurs vécus]


 [-offrande du secret aux flamboyants détenteur de leur propre flamme}


 Au fur et à mesure que la nouvelle se répandait, les douziens affluaient dans le petit village.

Ce qui ne devait être qu’une simple proposition de dévotions à Mina devint vite un événement politique d’une envergure incroyable.

 Ainsi, chaque représentant important des divinités du Krozmoz s’attribuèrent la mission de prouver aux autres représentants que leur dieu était le meilleur, le plus, le mieux de tout le Krozmoz.

Tous les coups étaient permit afin de faire pencher la balance en la faveur de tel ou tel dieu.


 Et comme tout événement important, des forces obscures étaient à l’œuvre.

Les dessous de table, les pots de vin, les faux sourires et l’apparence était de mise.

 On mettait le paquet ! La compétition battait son plein. La stasis faisait son œuvre.


 Vint un jour particulier au village. C’était un jour spécial car Mina avait décrété qu’elle avait besoin de temps pour elle, afin de réfléchir.

 Le village n’en était pas plus calme pour autant. C’était devenu un véritable capharnaüm.
En effet tous étaient encore plus agités qu’auparavant.

Mina ayant décidé d’écouter moins de personnes par jour pour avoir de temps pour elle, le temps disponible aux conteurs de divinités diverses et variés était devenu cher !


 Trois jour de là, les énutrofs avaient décidés d’ouvrir un comptoir au milieu du village afin de prendre des paris sur la décision de la petite.

L’événement n’était plus seulement politique mais était devenu un véritable plat de charognes que des vautours s’arrachaient.


 Mina était sorti de chez elle afin d’aller se balader dans le village et espérait croiser Offerenda, avec qui elle avait grandement envie de jouer.


 Mina avançait sur la place publique, non loin du comptoir des paris.

 A la vue de Mina, l’un cria : « La voilà ! »

 Tous se ruèrent vers la demoiselle et commencèrent à la bombarder de questions, lui proposaient des activités et d’autres encore, lui proposèrent même des rabmaracs avec de grands et faux sourires.


 Un homme vêtu d’une grande cape avançait tranquillement dans le dos de la petite.


 -Mina ! Rejoins nous car notre dieu est le plus beau !

-C’est faux ! La mienne est beaucoup mieux !!

 L’homme à la cape continuait d’avancer vers Mina, un sourire aux lèvres.


 -Mina ! Mon dieu te portera responsable si tu ne le rejoins pas !

 Sur le visage de la fille, une larme perlait.


 -Mina ! Mina ! Regarde ce que je te donne si tu rejoins mon dieu !


 La fille éclata en sanglot.

Le visage de l’homme à la cape se crispa d’un coup. Ses sourcils exprimaient la colère.
Il prit une grande inspiration, et soudainement, claqua dans ses mains tellement fort que tous se figèrent.


Seule Mina continuait à sangloter.

 L’homme s’agenouilla dans le dos de la petite, lui tapa sur l’épaule en disant :

 -Ben alors, ça va pas Mina ?

 La sans dieu se retourna et regarda l’homme à la cape. Il avait de grand yeux blancs, un beau sourire et une longue barbe poivre et sel.

 -Qui êtes-vous ? lui demanda Mina en essuyant ses larmes.


 Le sourire de l’homme s’agrandit.


 -Je suis un ami. Répondit l’homme en se relevant.


 Mina recula pour mieux voir l’homme à qui elle parlait. C’est en prenant de la distance qu’elle réalisa que toutes les autres personnes restaient silencieuses et ne bougeaient plus.

En plissant les yeux et en regardant autour d’elle, la fille fut terrifiée.

 Elle s’éloigna du monsieur en le regardant plein d’effroi.


 -Qu’avez-vous fait à mes amis ?


 L’homme pencha la tête comme pour renvoyer la question à la petite fille.

 Mina s’exclama soudainement :


 -Vous êtes un xélor ! Mais je n’en avais encore jamais vu qui puisse arrêter le temps !


 L’homme à la cape leva son doigt, comme les enfants le font en classe pour poser une question au professeur.


 -Rectification jeune fille, j’étais un xélor.


 La fillette écarquilla les yeux.


 -Vous avez changé de dieu ?


 -Non Mina, je suis comme toi. Je ne suis affilié à aucun dieux.


 Les yeux de la fillette s’agrandirent encore plus.


 -Et vous n’avez pas honte ? Plaida la fillette.


 L’homme éclata d’un rire tonitruant qui résonna dans toute la vallée.


 -Pourquoi aurais-je honte Mina ?


 Mina fronça les sourcils et balayait le sol du regard de gauche à droite.


 -Et bien monsieur, je ne veux pas vous faire de mal en vous disant ça mais…


 L’homme attendit en fixant tendrement la douzienne.


 -Et bien je trouve que c’est pas bien de ne pas avoir de dieu à votre âge monsieur.
Surtout que vous en aviez déjà un et vous l’avez quitté.


 Une étincelle s’alluma dans le regard de l’homme à la cape.


 -Tu peux bien parler d’âge Mina ! Je suis plus jeune que toi. Tu l’as juste oublié.


 Mina ne comprenait pas et commençait à se dire que le monsieur avait peut-être abusé de poudre de champchamp.


 -Qu’est-ce qui est mieux entre être et avoir, Mina ?


 L’attention de la fille fût piquée par cette question. Elle décida d’accorder à l’homme encore un peu de son attention.


 -Et bien le mieux c’est d’avoir ! Plus on a et plus c’est mieux ! Répondit la petite, gonflée à bloc par sa réponse et des propos qu’elle tenait.

 -D’accord. Répondit l’homme à la cape.

Du coup Mina, est-ce que tu penses qu’il vaut mieux avoir un dieu que l’on aime ou avoir un dieu dont on a peur ?


 Mina ne voyait pas le rapport avec la question.


 -Je te pose cette question Mina, car j’aimerai t’enseigner quelque chose.


 La fille le regardait d’un œil attentif.


 -Le choix qui t’est donné d’accorder tes faveurs à un dieu en particulier ne doit pas être motivé par les récompenses que ce dieu pourrait te donner.


 -Ben si ! Répliqua la fillette.

Même que si je choisis un bon dieu, j’aurai beaucoup de choses et je serai heureuse du coup.


 -Réfléchi bien Mina, est-ce que tu préfères passer ta vie à avoir ce que tu désires, ou bien te reconnaitre dans le culte que tu as choisi ?


 Mina ne comprenait pas très bien la question et cela se lisait sur son visage.


 -Lorsque tu dois choisir entre deux gâteaux Mina.

L’un est très beau et est acheté tous les jours par toutes les familles les plus respectées du village.

L’autre gâteau, c’est ton préféré.

Tu choisis lequel ?

 -Elle est bête votre question monsieur ! Je prends celui que j’aime !


 Le sourire de l’homme fut tellement grand que Mina pu apercevoir quelques dents.


 -Cela me rassure et me fait plaisir ! Lança-t-il à l’enfant.


Je te propose de répondre à mon énigme, si tu te sens de taille. L' homme fit un clin d'oeil à la fillette.


 -D’accord. Répondit la petite en prenant un air de détective et mimant une loupe.

 -Entre un énorme chienchien noir sauvage et un petit chienchien wouahwouah domestique, qui est le plus dangereux des deux ?

 -Le chienchien noir, il est sauvage et est très grand, il doit être très fort et sa morsure doit faire très mal ! La petite était sûre de sa réponse.

 -Perdu.


 Mina fronça les sourcils.

 
-Vois-tu Mina, le grand chienchien vit librement et n’a plus rien à prouver aux autres chienchiens car il peut sans aucun problème se défendre.

Le petit wouahwouah quant à lui, à toute l’attention de ses propriétaires constamment et ne sait pas ce qu’est la vie. Il vit à travers le regard embrumé de trop plein d’amour de ceux qui le protège constamment.


 -En quoi cela rend le wouahwouah dangereux ? S’enquit la petite fille en penchant la tête, songeuse.

 -Imagines que les deux chienchiens se rencontrent. Que se passerait-il si le gros chienchien s’approche du petit chienchien et de ses maîtres ?

 -Le chienchien défendra sa famille contre le méchant chienchien sauvage et dangereux !

 -Exact ! Et lesquels des deux mordra en premier lorsque le gros chienchien viendra rencontrer le petit ? L’homme leva un sourcil en posant sa question. Il avait l’air très sérieux.

 -Le petit bien sûr ! Il défendra ses maîtres ! Justifia la petite.


 L’homme à la cape esquissa un sourire.


 -En effet Mina. Mais vois-tu, le gros chienchien cherchait juste à rencontrer le petit. Et le wouahwouah l’a mordu car il croyait bien faire en protégeant sa famille. Le petit chienchien doit prouver à ses parents qu’il peut les défendre même lorsqu’il n’y a pas de danger.


 Le regard de la fille se perdit dans le vide.


 -Maintenant fait bien attention à ce que je vais te dire Mina. Ouvre grand tes oreilles.
 La fille hocha la tête silencieusement.

 -Lorsque nous ne sommes pas sûrs de nous, nous tentons constamment de prouver au monde notre valeur.

Lorsque nous sommes conscient de notre valeur intérieure, prouver à l’extérieur que l’on existe nous parait inutile.

 C’est pour ça que le gros chienchien ne cherchera pas à mordre. Car il est conscient de qui il est et de sa force.

 Ainsi ma petite, de tous ceux qui t’ont parlé de leur dévotion, retiens que ceux qui s’efforcent le plus de te convaincre sont ceux qui possèdent le moins de foi.

 Au plus ta conviction sera pure et fondée, au plus les faveurs des dieux te sourirons, car ils reconnaîtront à travers toi les êtres qu’ils étaient autrefois.


 Mina resta songeuse.

Des échos de ce que Faust lui avait partagé sur la puissance de la foi et des dons octroyés par les dieux à leurs fidèles lui revint en tête.


 -Plus on croit et plus on est fort ? s’enquit la petite fille.


 Le visage de l’homme s’illumina.


 -Tu es très intelligente Mina. Je suis fier de toi.


 La petite mima une coupe entre ses mains en faisant semblant de recevoir des éloges de supporters invisibles.


 -A présent je dois te laisser Mina. J’espère que les graines que je t’offre porteront leurs fruits.
 La fille parut désappointée.

 -J’aime bien parler avec toi. Tu dis des choses intéressantes. Pourquoi tu ne restes pas parler avec moi ?


 L’homme s’étira, bailla à s’en décrocher la mâchoire, puis fit un signe de la main pour saluer la fillette.


 -On se reverra bien assez tôt ma chère ! Mais je ne peux pas influencer directement ta vie. C’est pourquoi tu ne me reverras pas sous cette apparence.


 Mina paru perplexe.


 -Ne parle à personne de notre discussion. Car c’est dans le secret que se créé les choses les plus puissantes Mina. La conversation que l’on vient d’échanger est mon cadeau pour toi.
 L’homme se retourna et commença à s’éloigner de la fille.

 -Monsieur ?


 L’homme s’arrêta net et attendit.


 -Vous avez l’air d’être sage, et je vous aime bien. D’après vous, quel dieu est-ce que je dois choisir ?


 L’homme ne se retourna pas. Il salua Mina en reprenant son chemin et lui répondit :


 -Je ne t’en conseille aucun. Car c’est à toi de ressentir où est ta place. J’ai confiance en toi Mina, tu feras le bon choix. Tu feras ton propre choix.


 L’homme s’éloigna. La fille resta plantée là.




Lorsque le temps reprit son cour, la petite fille pleurait toujours.
Mais ce n’était plus des larmes de tristesse.
Et elle souriait.

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Les yeux cernés, la tête encore pleine des événements survenus la nuit passée dans cette masure délabrée en périphérie des Piles, Mina marchait en direction de la grande halle.
 
L’estrade, les Sept, la foule, tous l’attendaient comme deux semaines auparavant.
Avait-elle remonté le temps ? Non, le poids encore étranger d’une quantité certaine de colifichets offerts par ses généreux bienfaiteurs se faisait sentir, çà et là. Si elle ne parvenait pas à choisir, au moins aurait-elle quelque chose à vendre pour démarrer la nouvelle partie de sa vie. Du moins, c’est ce qu’elle se serait dit si elle avait choisi d’embrasser le culte d’Enutrof.
 
Non, au lieu de céder à l’appât du gain, la pauvrette continuait d’avancer en direction de cette espèce d’échafaud qu’on avait dressé pour elle. Ah, tu parles d’une tradition ! Quand on pense vivre dans le coin le plus perdu de T
erra Amakna, voilà que débarque un contingent de curieux ne pouvant pas s’empêcher de mettre son nez dans des affaires qui ne regardent personne… Elle n’avait que douze ans, nom de nom ! Qu’avaient-ils besoin de venir lui farcir la tête de toutes leurs divinités ? Quel plaisir sadique retiraient-ils de l’étalage des pouvoirs accordés par leurs dieux ?
Le Monde ne tournait pas rond, assurément, pour qu’une gamine de douze ans se fasse ce genre de réflexion, l’estomac noué à l’idée d’avoir à choisir devant une horde de sans-gêne, de prédicateurs et de voyeurs.
 
Mina continuait de marcher, ruminant ses sombres pensées, et elle trébucha.
Ce fut le pas de côté de trop, la petite goutte d’eau qui fit déborder la Soif. L’enfant fondit en larmes. Toutes ces breloques, ces témoignages d’affection, ces tentatives de corruption, ces souvenirs… Voilà qu’ils se mettaient à l’écraser, à l’oppresser.
Pourtant, que de beaux moments ils lui rappelaient pour la plupart ! Mais l’aideraient-ils à avancer ? Ou ne seraient-ils qu’un rappel permanent qu’elle aurait dû choisir telle divinité plutôt qu’une autre pour remercier ou honorer qui une voisine, qui un étranger ? Mina se redressa sur ses guiboles, les joues ruisselantes de larmes. Elle se remit à marcher.

***

Sous la grande halle, les paris allaient bon train. On distribuait quelques bolées de cidre, certains dégustaient des petits pains tout juste sortis du four et on échangeait les ragots au sujet des jours qui venaient de s’écouler. Les Sept surplombaient l’assemblée, réunis en cercle sur l’estrade, entourant une huitième silhouette cachée sous un drap blanc.
 
***
 
Mina avançait, les joues encore humides, d’un pas incertain.
 
***
 
Les Roublards de sortie ne manquaient pas l’occasion de vider les poches des uns pour remplir celles des autres — les leurs, ne vous faites pas d’idées — tandis que quelques adeptes de Crâ se vantaient de discerner un mouvement révélateur sous l’étrange étoffe des prêtres. Deux frères se disputaient au sujet de l’issue de cette annonciation du choix de la fillette qu’ils avaient impressionnée et le médecin du village, lui, préparait déjà quelques kamètres de gaze en prévision de l’affrontement qui en résulterait.
 
***
 
L’enfant-qui-n’en-était-plus-une courait, désormais, il fallait qu’elle choisisse…
 
***
  
Puis, sans prévenir, les Sept levèrent les mains au ciel. Du moins, au plafond de la halle, ce qui n’était déjà pas si mal vu l’état d’ébriété de certains de leurs auditeurs.
 
« Empileurs, Empileuses, étrangères et étrangers, vous voici réunis pour témoigner du choix de la jeune Mina, commença Miquettou.
— Vous avez, pour certains d’entre vous, endossé une grande responsabilité ces dernières semaines
, enchaîna Raf le Meur.
— En initiant la jeune Mina à vos cultes respectifs, vous lui avez offert la possibilité de prendre une décision éclairée
, ajouta Oni’Ric le Voyageur.
— Du moins, aussi éclairée que possible dans la mesure de ce qui arrangeait les affaires de quelques-uns
, intervint Ronal Maran en scrutant les réactions de deux personnes perdues dans la foule.
— Toujours est-il
, reprit Éternelle, que vous avez fait honneur, à votre manière, à Celles et Ceux qui gouvernent vos vies.
— Il n’est plus beau témoignage de votre foi envers les divinités
, s’extasia Triploza.
— Puisse votre dévotion servir d’exemple à suivre pour Mina et ceux qui viendront après elle
, complimenta Pollux. » 
 
***
 
Arrivée, elle était arrivée ! Ça y était ! Fini les larmes ! Fini la peur ! Elle pouvait enfin l’annoncer... 
 
***
 
A l’unisson, les Sept brisèrent leur improbable ronde. L’un ou l’une d’entre eux s’approcha du drap blanc recouvrant la mystérieuse entité.
 
Dix kamas que c’était Mina ! Vingt qu’elle arborait une tenue rendant grâce à Iop ! Quarante qu’elle avait choisi Xél… Hé, où est passée ma bourse ? Quelqu’un veut une crêpe ? On avait dit que les dragodindes et les bouftous devaient rester dehors ! Regardez, ça bouge sur l’estrade !
 
***
 
Mina ouvrit les bras.
 
***
 
Un murmure parcourut la foule. Un arbrisseau venait de déployer ses branches, encore fines et à peine bourgeonnantes, alors qu’on le débarrassait du tissu immaculé dont on l’avait recouvert. A l’un de ses rameaux pendait un anneau au brillant sans pareil.
 
Les Sept proclamèrent en chœur l’arrivée d’un nouveau membre dans leur congrégation — l’arrivée de l’Arbre-Conteur — et tous les membres de l’assemblée comprirent.
 
***
 
Là-haut, sur la colline, la petite fille avait enlacé l’occupant d’un grand frêne. Les larmes étaient revenues, mais la gamine n’était pas triste. Non. Elle pleurait de joie.
 
***
 
Mina avait choisi.

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