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Le carnet rose : invitation à l'écriture

Par [Mal-Jabar] - MODÉRATEUR FORUM - 04 Mai 2016 - 10:35:49
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“Vous êtes une Arakne qui parle. Vous avez un an pour dominer le monde.”

[HRP ] J'ai été de suite inspiré ! L'amorce m'a tout de suite parlé et j'ai trouvé ça drôle de m'y attaquer. C'est volontairement peu étoffé, pour rester une petite blague facile à lire, et pour que l'absence de détails desserve le côté comique, anecdotique du récit ! [/HRP]

L’auteur de ce qui suit pensait à haute voix.


“Journarakne. Non, Journa-régner. Mmh…. Oui, allez. Ça s’appellera Journarakne.”

Thérèse commença donc par écrire son titre en gros. Insatisfaite, elle grimaça et raya alors ce dernier.

“Et puis zut, autant faire simple.”

Voilà donc à quoi ressemblait le journal :

JOURNAL D’UNE ARAKNE QUI PARLE.


Et qui écrit. C’est important de le préciser. Je m’appelle Thérèse, mais ça, vous le savez déjà. Qui oserait ne pas se souvenir du nom de son souverain ?
Puisque le peuple le réclame, et parce que j’en ai envie, voici un court résumé de tout mon parcours pour en arriver là.

Avant tout, il faut bien faire la distinction entre une arakne qui a appris à parler et un humanoïde qui est devenu une arakne. En ce qui me concerne, je suis une arakne qui a appris à parler. Vous vous doutez bien que c’est, des deux voies possibles, la plus difficile pour devenir une arakne qui parle. J’en suis plutôt fière.

Tout commença donc au zaap d’Astrub. Deux passants se disputaient violemment, ce qui n’avait en fait rien de rare, et ne faisait qu’ajouter un peu au brouhaha constant qui réside sur la place. J’étais sortie de ma tanière pour raser les murs et profiter, comme à mon habitude, des hurlements des initiés en floude qui hurlaient à l’arnaque dès qu’ils faisaient affaire.

Soudainement, un horrible écaflip avec un casque en plumes de piou aux immondes couleurs m’attrapa s’en prévenir. Sa voix était aussi insupportable à entendre que son visage l’était à regarder. Il me fixait alors que je me débattais vainement, et alors que je pensais que j’allais mourir écrabouillée entre ses doigts sales, il cria à un autre type posté plus loin :

“Hééé mais ça marche pas ta potion l’ami, tu m’as arn... !”

Puis ce fut la révélation. Il me lâcha soudainement, la fin de sa phrase s’étant coupée net. Il ne la terminera sans doute jamais. J’eus à cet instant précis une délicieuse sensation de puissance démentielle, puisque c’était moi qui avais hérité de sa voix atroce.

Contrairement à ce que vous pourriez croire, le début ne fut pas glorieux. Je n’avais pas encore pris mes aises avec cette voix et tous les sons qui se faufilaient entre mes mandibules étaient tous plus incohérents les uns que les autres.

J’émettais ce qui ressemblait aux couinements d’un soldat endurant une inhumaine torture, et même parfois des sons que personne n’aurait pu s’imaginer. C’était terrible. Le pauvre minet m’avait lâchée depuis bien longtemps, apeuré. J’avais réussi malgré moi à attirer l’attention de tous les passants, qui me lorgnaient sans comprendre. Un sentiment mêlant fierté et angoisse s’empara de moi. Je filai alors à travers la première fente qui vint. C’est alors que j’eus une autre révélation. Si j’attirais autant l’attention, pourquoi ne pas en tirer profit ?

Le lendemain, je décidai de partir à la conquête de ma nouvelle vie. Je me faufilai entre les jambes des divers passants et autres êtres détestables qui traînaient sur la place, esquivant les coups de godasses des plus cruels, évitant de justesse ceux des plus maladroits, et grimpai alors sur le portail. Je n’avais en rien préparé mon texte. Il fallait improviser avant qu’un abruti de crâ ne me prenne pour cible pour s’entraîner au tir. Je m’élançai, annonçant haut et fort :

“J’sais pas si vous avez remarqué, mais être une arakne, c’est parfois compliqué !”


Je crois que ce fut la pire improvisation que le monde avait connu à ce jour. Tous les regards se braquèrent instantanément sur moi. Là s’amorçait réellement une ère nouvelle pour les arakne. On allait enfin pouvoir être écoutées.

J’entamai alors un long discours sur la pauvre condition des araknes d’Astrub et, contre toute attente, ce qui était une tentative désespérée après mon épouvantable accroche, s’avéra en fait être un succès.

Bien qu’un imbécile sans chair et en os me balança maladroitement une dague et qu’un exhibitionniste connu du coin me vola la vedette par moments, je captivais mon auditoire pendant la quasi totalité de mes complaintes publiques. Une fois la conclusion faite, je m’inclinai et la foule m’offrit un applaudissement magistral, alors que la nuit tombait déjà.

Fière de moi, je retournai à ma cave habituelle pour passer la nuit. Le jour suivant, retournant au zaap pour faire entendre ma petite voix à nouveau, je fus surprise par l’ampleur qu’avait pris la chose. Deux fois plus de monde que la veille, et chacun attendait “l’arakne qui parle.”

Cette fois-ci, j’avais changé de tactique. Plutôt qu’essayer de leur faire prendre conscience de notre misère, j’allais les amadouer. Je faisais alors tourner toute mon argumentation autour des améliorations que leur monde pourrait connaître si on nous écoutait.
Plus de toiles dans leurs greniers, plus de morsures à répétitions, d’oeufs sous leurs planchers. Je promettais que tout ça allait disparaitre si les arakne devenaient un peuple reconnu et respecté.

Un triomphe. Tout s’enchaîna. Le soir même, je fus reçue par Fallanster. Les semaines qui suivirent furent synonyme de rencontres avec tous les peuples du Monde des Douze.
Thérèse, "Interprète officielle du peuple des araknes d’Amakna". Quel merveilleux titre j’avais obtenu là. Grâce à moi, nous avons été écoutées. Et grâce à moi, les araknes ont conquis le monde.
Logements, respect, éducation, on eut enfin droit à tout.

Mais nous ne comptons pas nous arrêter là. Bientôt, nous prendrons le dessus sur eux, et là, enfin, nous aurons réellement assis notre domination sur ce monde.

Alors que vous finissez de lire, vous êtes pris de frissons. Pas à l'idée que le fantasme de cette pauvre bestiole ne se réalise, non non, mais simplement en songeant au fait que vous avez touché quelque chose qui est sans doute recouvert de bave d'arakne et de traces de pattes effacées.
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Guidé par la peur, le chasseur entra dans la grotte. Guidé par la bravoure, il décida d'en sortir.


Cent pas. La forêt est plongée dans une semi-obscurité, surplombée par le ciel rougeoyant d'un début de soirée ensoleillé. Un croissant de Sélène, tout là-haut, nargue Teügmu. Jamais il n'était allé aussi loin ; jamais il n'aurait dû. Bien que conscient du chemin qu'il a déjà parcouru pour arriver ici - gauche, gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite, droite, tout droit - il n'est pas sûr d'être en état de l'inverser pour rentrer chez lui. Droite ... Oh, et puis zut. Chacun des mouvements de notre héros repousse les limites de son courage. Il est transi d'effroi tandis qu'il se déplace furtivement de fourré en fourré, parfois obligé de ramper pour se dissimuler dans les hautes herbes. Cent un pas. C'est la soif d'aventure, ainsi qu'une faim de mulou, qui l'ont poussé à sortir de son trou, mais il regrette déjà. Un oiseau se met à roucouler. Les pores de sa peau blême se dilatent quand un bruissement se fait entendre dans un feuillage des alentours. Teügmu exécute un trois cent soixante degrés pour repérer la provenance du bruit, affolé. Quand finalement il en aperçoit la source, il soupire de soulagement.

Une petite larve, plus bleue qu'une mixture qu'aurait pu préparer sa tante, s'avance sur le sentier, proche de lui. Celle là au moins ne l'apeure pas ; peut-être aura-t-il finalement quelque chose à se mettre sous la dent ce soir ... Tentant le tout pour le tout, notre chasseur en herbe s'avance furtivement, sa lance courte dressée, prêt à embrocher l'insecte. Cent deux, cent trois, cent quatre ... La larve ne l'a pas remarqué. Vous ne pouvez imaginer le stress que ressent Teügmu à ce moment précis. Cent cinq ... D'un coup sec, il plante sa lance droit dans l'animal visqueux. Celui-ci émet un bref couinement tandis que la vie l'abandonne. Victoire ! Regardant la proie au bout de sa lance, l'air victorieux, le héros se met à sautiller et à danser sur place, fou de joie. Lui même n'en croit pas ses yeux globuleux. Après cet instant d'abandon, il faut l'avouer, un peu ridicule vu de l'extérieur, Teügmu s'affale au beau milieu de la route. Au diable les autres ! Cette larve est à lui, il l'a bien méritée. Il commence à dévorer la chair flasque de l'insecte, crue, à pleines dents. Pas le temps de lambiner.

Mais cela pourrait bien être le dernier de ses festins. Car alors qu'il n'en est qu'au début de son repas frugal, des bruits de pas parviennent à ses oreilles. Teügmu relève la tête juste assez tôt pour voir s'approcher la pire créature qu'il aurait pu croiser : une colossale montagne de muscles et de graisse, avec une touffe de poils imposante sur le dessus du crâne, une peau rose pâle comme il n'en a jamais vu, cinq gros doigts boudinés - ou peut-être quatre - à chaque main, et même une paire d'ailes ! Notre héros en reste pantois l'espace d'un instant, incapable de réagir à la vue de cette monstruosité. L'eniripsa, lui, ne l'ayant pas encore remarqué, s'approche d'une belle fleur solitaire qui pousse près d'un rocher. "Scouic" fait la cisaille lorsqu'il en tranche la tige à sa base. Le chasseur pousse un petit cri aigu, par réflexe, et l'homme se retourne.

A ce moment, Teügmu pense être la plante, il pense mourir sur place. L'échange de regards lui semble durer une éternité. Les yeux de l'humain, verts comme deux bworks mages machiavéliques, lui remémorent des cauchemars enfouis. Il abandonne son repas et même sa lance sur place et prend ses jambes à son cou en essayant de se remémorer tant bien que mal la route qu'il a parcourue. Les fourrés. La grande porte. Il se risque à jeter un regard derrière lui, n'aperçoit personne le suivre, mais qu'importe ; Il a failli voir le bout du tunnel, ça lui suffit amplement pour justifier sa fuite. Droite, droite, gauche, droite, gauche; droite, gauche, gauche - ça lui vient comme une fulgurance, et très vite, notre apprenti chasseur s'enfonce dans la grotte qui lui sert de domicile, guidé par la peur qui lui noue l'estomac. Essoufflé, harassé même, il s'affale contre l'un des murs rugueux et dresse le bilan de son escapade. Il se remémore sa vision d'horreur. Plus jamais on ne le reprendra à mettre le nez dehors. Plus jamais !

Un pas. La brise légère de cette fin d'après midi caresse sa peau grise. Teügmu sait qu'il ne devrait pas sortir de cette grotte ; les autres gobelins ne lui ont que trop répété qu'il est trop jeune pour se mettre en chasse. Mais aujourd'hui personne n'est venu lui donner la becquée, et son ventre gargouille d'être tant empli de vide. Alors au diable les conseils des anciens. Armé de sa lance bien affûtée et d'une bonne dose de courage, il va prouver sur le champ que lui aussi a le droit de partir à l'aventure ! Deux pas. Jusque là, c'était facile. Son prochain objectif sera la grande porte. Bien sûr, il faut traverser le campement bwork pour l'atteindre. Mais Teügmu n'est pas né de la dernière pluie ; il est bien placé pour savoir qu'à cette heure, la Mama bwork fait son fameux potage d'humain, et qu'aucun de ses bambins n'y échappe - une fois, il a même failli finir dans la marmite. Secouant la tête pour chasser ce mauvais souvenir, il continue sa route fièrement, un pied devant l'autre. Vingt pas. La voilà, cette fameuse grande porte. Alors qu'il s'avance pour la pousser - difficilement - l'appréhension le gagne petit à petit. Le monde est vaste, et dangereux. Espérons qu'il ne regrettera pas son escapade.
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· Vous arrivez au Bibliotemple pour faire votre prière quotidienne. La porte est fermée, et Théodoran Ax est introuvable.

Trois cent soixante cinq jours… trois cent soixante cinq pages de calendrier.
Aujourd’hui, je vais enfin pouvoir obtenir ma dernière et mettre la main sur le Dolmanax !
Depuis tout ce temps à venir, jours après jours, écouter toutes ces divinités plus ou moins agaçantes les unes par rapports aux autres…tout ce temps à les supporter.
Théodoran Ax aussi n’était parfois pas toujours tendre avec moi ainsi qu’avec les autres aventuriers, ces êtres prêts à vendre des ressources à des prix exorbitants juste pour s’enrichir sur notre dos… Tout cela, enfin fini !
Je n’en ai pas fermé l’œil de la nuit, me tardant les premières lueurs du jour pour me lever et partir chercher cette précieuse relique…

Je vérifie que mon ultime offrande se trouve bien dans mon sac à dos préparé la veille, j’enfile ma cape et mon chapeau et me voila dans les ruelles d’Astrub.
Les enfants volent dans les plumes des pious, les bouftous en profiter pour paître tranquillement pendant que les hordes de crâs dorment encore.
Une belle journée qui s’annonce.

Arrivé au pied de l’édifice, j’entends les marchands tentant de vendre leurs produits.
« 1000 KAMAS par ÉTAIN de QUALITÉ, le MÉRYDE n’en sera que plus SATISFAIT ! Approchez donc ! » Lance l’un d’eux pendant qu’un autre rétorque aussitôt : « 999 KAMAS, ce n’est PAS CHER ! »
Je me bouche les oreilles en soupirant.
A force de rester devant le bibliotemple, ces escrocs ont fini pas ressentir les effets mérydes et aujourd’hui c’est Tyrben, le méryde du bruit, qui est honoré.

Je gravis les marches menant à la porte que j’essaye de pousser comme à mon habitude depuis un an mais cette fois, elle résiste.
Je tente de la forcer mais rien n’y fait.
Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Pensais-je.
Je descends alors les marches pour demander à un marchand s’il sait où se trouve Theodoran Ax.

« THEODORAN ? JE TE LE DIS CONTRE 100 KAMAS ! » Me propose-t-il.
A la fois exaspéré par ces cris et cette proposition, je me résignai tout de même à lui payer la somme. Pour ce dernier jour, je pouvais bien dépenser quelques kamas en échange d’un œuf de dragon.
Les kamas comptés, il me répondit alors d’un « JE NE SAIS PAS ! »
De nature non violente, je ne l’aurais d’ordinaire ni insulté ni frappé mais je ne pu me retenir de lui sauter dessus tout en le traitant d’escroc, d’arnaqueur, de voleur et de multiples noms d’oiseaux.

Une fois soulagé, je me relevai alors pour récupérer mon sac mais celui-ci avait disparu.
Balayant du regard la plaine à la recherche du voleur,j’aperçois alors une forme encapuchonnée passer par le zaap, mon sac dans les mains.
Toutes les pages du calendrier étaient dedans.
Je pleurs.
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Héhé


Le bruit strident résonna à travers la forêt. Deux épées s'entrechoquèrent, les étincelles produites illuminèrent deux visages fermes, celui d'un Osamodas et d'un Iop. Malgré leur culture et leur corpulence différentes, tout deux semblèrent furieux. Ils bondirent en arrière avant de charger de nouveau. Les corbaks perchés sur les arbres s'envolèrent au rythme des chocs de ces deux lames. Celle du Iop était émoussé, on aurait dit qu'elle était prête à casser à tout moment, alors que celle de l'Osamodas luisait d'une lueur aussi bleus que ses yeux, mais cela ne l'empêchait pas d'être en difficulté. Le iop réussit à esquiver un coup d'épée, avant de diriger son genou droit dans le ventre de l'Osamodas qui cracha de douleur, et d'un coup de pieds retourné il l'envoya plusieurs mètres en arrière.

- C'est inutile, même ta lame enchanté ne peut rien contre moi, dit le Iop, d'un sourire glaciale, mortel.

- J'ai bien remarqué ça, mes invocations non plus d'ailleurs, je vais devoir la jouer différemment, répondit l'Osamodas, se relevant, une main contre son ventre, l'autre rangeant sa courte épée dans son fourreau.

Le iop posa son énorme épée sur son épaule.

- C'est toi qui en a décidé ainsi, malheureusement.

- Ce n'était pas voulu! Cria l'Osamodas, furieux.

- Mais c'est toi et uniquement toi qui a décidé d'être à l'origine de tout ça! Si tu n'avais jamais prise de telles décisions stupides, rien de tout cela ne serait arrivé.. répondit le Iop, qui semblait tout aussi furieux.

L'Osamodas cria de colère, fit un mouvement brusque dans le vide. Des flammes jaillirent de ce geste et prirent la forme de corbeaux. Ces êtres de feu se dirigèrent à toute vitesse vers le guerrier Iop qui se protégea à l'aide de son épée. L'invocateur souriant s'écria:

- Si les attaques physiques ne t'atteignent, alors jouons la comme ça!

L'Osamodas continua de créer des corbeaux de feu. Le iop tenta tenta tant bien que mal de tous les trancher avec son épée, mais les attaques étaient trop nombreuses et il ne tarda pas à être contraint de se déplacer afin d'esquiver. Il leva alors son épée et la rabaissa subitement en direction de l'Osamodas, l'onde provoquée créa de violentes rafales d'airs tranchantes que l'Osamodas esquiva avec difficultés. Les deux protagonistes continuèrent ce combat mobile pendant plusieurs minutes, l'environnement subissant chacune de leurs attaques. Des arbres tombèrent et s'enflammèrent tout autour d'eux, un décor apocalyptique s'installa peu à peu au fur que cette valse de vent et de feu durait. Mais les deux personnages finirent par s'épuiser. Tout deux savaient que la prochaine attaque serait alors la dernière. Ils se regardèrent dans les yeux. Le Iop planta alors son épée dans le sol, et plusieurs dizaines de lames jaillirent de ce dernier en direction de l'Osamodas, celui- fit des signes avec sa main avant d'en plaquer une sur le sol, et un craqueuleur sortit de terre et protégea l'invocateur de l'attaque du Iop. L'Osamodas en profita pour grimper rapidement sur la tête de son invocation. Sa main gauche attrapa le poignet de sa main droite, et des griffes de feu sombres se créèrent autour de cette dernière. Le iop quant à lui se positionna sur ses appuis, l'air autour de ces jambes se mirent à tourbilloner, il serra fort son épée, et la foudre vint la frapper, la chargeant d'énergie.

Les deux combattants bondirent une dernière fois l'un vers l'autre. Le choc éteignit les flammes environnantes et détruisit les arbres restants, et les corbaks s'envolèrent une dernière fois sur cet acte final.

Un silence de mort régna alors.

Les deux personnages étaient dos à terre, essoufflés, les bras et jambes écartés, L'Osamodas, regardant le ciel étoilé, dit:

- Tout ça pour ça, tu abuses...

- C'est toi qui l'a cherché... répondit le Iop.

- Mais je n'ai pas fait exprès, vraiment! cria l'Osamodas toujours allongé.

- Mais arrête j'étais derrière toi j'ai tout vu! Le mot "beau" dans "le plus beau des Iop" ne s'écrit pas avec un "F" à la fin! Ca change toute la phrase! Franchement sur ma tombe quoi, tu aurais pu faire un effort quand même!
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Mal-Jabar|2017-04-25 21:27:34
S’endormir dans la bibliothèque du manoir Lhambadda n’était pas l’idée du siècle. Vraiment pas l’idée du siècle.

Le Manoir Lhambadda était bondé malgré l'heure avancée de la nuit. En effet, aujourd'hui était un jour de festivités bien particulier, le premier jour du nouveau siècle, le 1er Javian 501. Dans la cité d'Astrub, la fête battait encore son plein : la bière coulait à flot et divers artistes tels que les célèbres luthiste Rykke Zane et le craqueleur Geoni Holy'Day chantaient à s'en faire exploser les tympans pour la plus grande joie des fêtards.
À l'intérieur même du Manoir, l'ambiance était moins explosive : un artiste émergent venant d'un petit village au nord de la Bourgade de Frigost, Cotticin Terp', était venu enchanter la soirée avec des accords de jazz au piano et sa voix divine. Les convives étaient également moins excités : si la plupart avaient un verre à la main ou une gâterie en bouche, ils se contentaient souvent de discuter en petit groupe, danser devant la scène de la grande salle ou encore lire un des nombreux ouvrages de l'immense bibliothèque du Manoir enrichie au fil des années par des livres, des articles ou des lettres venant de tout âge et tous horizons (on raconte même parfois que les propriétaires du Manoir Lhambadda étaient allés au-delà des Îles Wabbits pour chercher certains d'entre eux !).
Yoachiro, elle, avait passé le début de sa soirée avec des amis puis, quand ceux-ci s'étaient décidés à sortir dans les rues pour écouter d'autres chanteurs, s'était adossée au piano où Cotticin jouait pour écouter sa voix mélodieuse, faisant de temps à autres l'honneur à un galant homme de danser avec lui.
« - Madame » dit soudain une voix alors que la musique s'était arrêtée et que Yoachiro était perdue dans ses pensées.
« - Oui ? répondit-elle en relevant brusquement la tête.
- M'accorderiez-vous cette danse ? »
Après un court temps de réflexion, Yoachiro s'avisa que l'invitation n'émanait pas moins que de l'artiste qui avait enchanté son âme. Serait-il assez doué pour enchanté son corps ? Elle n'avait nul autre moyen de le savoir que d'accéder à sa requête. Tandis qu'un des trois autres membres du groupe avait pris la place au piano pour entraîner les danseurs dans un rythme un peu plus vif, Yoachiro avait tendu la main à son interlocuteur pour qu'il l'aide à se redresser.
« - Avec joie, montrez-moi donc ce dont vous êtes capable. »
Et c'est ce qu'il fit. Le temps de deux ou trois chansons, Cotticin entraîna la belle disciple de Féca sur les planches et virevolta à lui en couper le souffle, exécutant tantôt d'audacieux mouvements et tantôt des pas plus classiques. Parmi les spectateurs ébahis qui avaient l'attention focalisée sur le couple, nombreux furent à croire que le musicien n'était rien d'autre que le fils d'un dieu de la musique.
Finalement, il s'excusa auprès de sa cavalière, prétextant devoir rejoindre ses compagnons pour continuer d'animer la soirée. Il lui proposa cependant qu'ils se retrouvent à la fin de la soirée avant de lui faire un baise-main comme un parfait gentleman. Après ça, elle prit un verre pour se rafraîchir et se rendit dans la bibliothèque dans l'espoir de trouver une lecture intéressante. Au passage, des nombreux convives la saluèrent de la main ou la complimentait pour son incroyable prestation artistique avec le pianiste.
Dans ladite bibliothèque, Yoachiro s'émerveilla encore une fois de la grandeur et du charme des lieux malgré ses nombreuses heures passées sur place à étudier toutes sortes d'ouvrages, du roman d'amour à la description détaillée de l'anatomie d'un Kralamoure Géant, ainsi de la magie qu'on pouvait quasiment sentir entre les rangées bien ordonnées. Elle décida de se diriger vers le rayon exploration où étaient entreposées de nombreuses cartes, articles relatant des découvertes grandioses et des lettres de correspondance entre capitaines ou marins. Elle laissa glisser ses doigts fins sur l'étagère à sa hauteur et la longea, attendant de trouver quelque chose qui lui taperait dans l'oeil. Elle trouva très vite son bonheur mais pas du bout du doigt : un ensemble de lettres qu'un jeune malavisé avait du laisser tomber à terre en le rangeant et que Yoachiro avait eu l'intention de remettre à sa place avant que le parchemin jauni ne lui fasse du charme.

« Capitaine de sa Majesté le roi Allister, Kris Coulons, au Capitaine Jack Pas D'quartier,
Le 13 Octolliard 407,
Mon cher Jack, alors que la journée n'est qu'à peine entamée, l'océan, lui, est déjà déchaîné. Voilà un trente-trois jours que nous avons quitté le quai de l'Îles aux Wabbits et mes hommes sont exténués. La moitié de nos provisions sont épuisées et je ne sais pas si nous trouverons quelque chose au-delà du bout du monde, ni même si nous arriverons à retourner chez nous sains et saufs.
Les rares ouvrages que j'ai pu récolter dans la bibliothèque du Village de Pandala font état d'une terre à l'Est et le hibou en charge de ce maigre savoir écrit n'a pu réellement me renseigner sur cette possibilité bien qu'il ait lu tous les ouvrages possibles et imaginables. Cependant, il m'a dirigé vers certains membres de la communauté Pandawa qui avait à coeur de transmettre leur mémoire par la parole. L'un d'entre eux, le Shaman Surivitna, m'a raconté qu'il avait eu pour patient, une centaine d'année auparavant un de ces confrères qui était marin. Ce cas l'avait profondément marqué car le sujet était devenu... fou ! Il ne cessait de hurler à la mort pendant ses phases éveillées et son sommeil était troué de cauchemars où il suppliait je ne sais quelle créature de le laisser en vie et de cesser de le torturer. Dans un de ces rares et brefs moments de luciditer, il annonçait au Shaman qu'il avait découvert une terre nouvelle avec ses frères et quand celui-ci l'avait interrogé plus précisément sur l'emplacement de cette terre, le pandawa avait pointé l'Est du doigt avant de re-sombrer dans les abîmes de la folie. »

Yoachiro qui avait été absorbée par ce récit d'exploration piqua tout de fois du nez et avant d'avoir pu en lire la conclusion, elle s'endormit comme une masse sur le confortable siège sur lequel elle s'était installée. Son sommeil fut profond et ses rêves, stimulés par la magie de l'imagination dans laquelle baignait la bibliothèque, la firent voyager au-delà des contrées connues.

Yoachiro se réveilla soudain. Un détail clochait dans son environnement, mais quel était-il ? Etait-ce le trop plein de convives qui se prélassaient dans les sièges de la bibliothèque du Manoir Lhambadda autour d'elle ? La décoration tout à fait anormale, ne correspondant à aucune mode dont elle se souvienne ? Oui, c'était bien ça. La soirée touchait à sa fin quand elle s'était endormie et les propriétaires du Manoir n'avaient sans doute pas pu refaire toute la décoration sans qu'elle ne se réveille. Ni de une, ni de deux, elle franchit la porte pour se rendre dans la salle de concert et elle vit à nouveau le même groupe qu'au début de la soirée, celui de Cotticin Terp'. Lui aussi, avait changé : il portait des habits plus chics et d'une autre mode et sa musique avait pris d'autres teintes même si c'était toujours un enchantement pour l'âme. Yoachiro remonta sur scène à la fin de son morceau pour l'interroger sur toutes ces incohérences mais avant qu'elle n'ait pu poser la moindre question, il lui dit :
« - Ma chère, vous n'avez pas pris une ride depuis tout ce temps. J'ose espérer que cette fois vous ne me poserez pas un tofu.
- Tout ce temps ? Comment ça ? demanda Yoachiro, totalement confuse.
- Et bien, un siècle à passer depuis notre dernière rencontre.
- Pardon ? Pouvez-vous répéter ? Quelle date sommes-nous ?

- Eh bien... le 1er Javian de l'an 601. » 
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Alors que vous priez Shariva pour une demande que seul vous connaissez, un favori apparaît et vous apprend que Shariva ne restera pas forcément insensible à vos prières.

Ellya, treize ans, jeune Ouginak.

Ellya et ses parents étaient en train de passer à table quand on entendit un horrible fracas à l'entrée de la maison. Le père de famille décida d'aller voir ce qui se passait : quelle erreur... Des Ecaflips, sortis de nulle part, lui avaient bondi dessus, prétextant qu'ils étaient là pour venger Ecaflip : un motif inventé de toute pièce.

On entendait le râle d'agonie du père, suppliant sa famille de survivre à ces voyous... Mais hélas, seule la jeune Ouginak avait survécu au massacre : la mère était allée faire diversion pour que sa jeune fille puisse s'en sortir.
Lorsqu'elle avait atteint la sortie, elle courut le plus rapidement possible, fuyant ainsi ce qui avait été son foyer. Ellya jetait un vif coup d’œil vers sa maison. Voulant se venger de cet affront, elle se rendit au Manoir de Lhambadda pour prier Shariva, la déesse du Tumulte. Elle souhaitait de tout son cœur obtenir son aide : seule, elle ne pouvait rien y faire.
Alors qu'elle priait, quelqu'un était apparu derrière elle. Elle se retourna brusquement, craignant avoir affaire à un autre Ecaflip.
Mais ce n'était pas un de ces voyous : la chose qui venait de se présenter à elle portait un habit différent, unique en son genre.

Il s'était présenté à elle comme étant un adepte de Shariva, un de ses plus grands fidèles : elle n'y croyait pas ses yeux, sa prière avait fonctionné ! "Je vais pouvoir me venger de ces imbéciles" pensait-elle...
Il lui adressa ces quelques paroles : "Shariva a entendu ton appel. Si elle le souhaite, et surtout si tu le mérites, le Tumulte s'abattra sur eux."

Ellya retenait sa respiration : qu’entendait-il par Tumulte ? Elle n’osait pas lui poser la question par peur de paraître idiote : qui viendrait prier une déesse sans savoir de quoi elle était capable ?

Enfin bon, tout ce qui l’importait maintenant était que ces Ecaflips ne restent pas impunis : un tel acte méritait sanction, pensait-elle.

Mais… suis-je en train de réagir correctement ? Etait-ce vraiment ce que voulaient mes parents ? Agir de cette façon sans avoir vraiment réfléchi n’était pas la meilleure des réponses... Mais, un enfant aurait-il réagi différemment ?

Ellya avait décidé d'écouter son cœur, pouvait-on vraiment lui en vouloir ?

Je pense avoir fait une erreur : on m’avait enseigné dès le plus jeune âge à réfléchir et à me poser les bonnes questions… je suis vraiment bête, Maman aurait honte de moi… En agissant comme une gamine, je me suis rabaissée… je suis entrée dans le cycle infernal de la haine et de la vengeance.

Des larmes coulaient sur les joues d’Ellya, elle n’en pouvait plus. Pourquoi était-ce arrivé ? Pourquoi moi ? Tant de questions… peut-être qu’Ellya aurait les réponses un jour.

"Bon... maintenant je vais y aller ... Je vous souhaite une bonne journée." Ellya passait à côté du Favori et sortit du Manoir.
Enfin, si quelque chose de bon peut encore se produire dans ce monde. Et puis, qu'est-ce que le Mal? Qu'est-ce que le Bien ? Je suivrai ma voix, c'est ce qui m'importe le plus maintenant marmonnait-elle.

Ellya était vraiment perturbée : le décès de ses parents avait entraîné l'apocalypse dans sa tête : elle se contredisait elle-même. A moins qu'Ellya considérait la vengeance comme un acte qui ne pouvait être défini, un acte ni bon ni mauvais. 
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Score : 309
La vie de Pirate vous a toujours attiré. Après avoir rendu visite au Chouque et à Ben, vous décidez d'en faire votre nouvelle carrière

La mer était calme, très calme. C'était normal, Madrestam n'était pas réputé pour son agitation en dehors des périodes estivales. Que va t-il se passer maintenant ?
Inadvertance était assis au bord de l'eau et c'est la question qu'il se posait depuis bien trop longtemps. Il avait quitté la milice bontarienne à laquelle il avait voué une grande partie de sa vie, il ne retrouvait plus les idéaux et les convictions qu'il avait eu par le passé dans celle-ci.
En dehors de la milice, il avait toujours rêvé de naviguer, découvrir, explorer. Un bateau, un équipage ? Pourquoi pas, mais que faire de son talent de fine lame ?
Le voyant perdu dans ses pensées, ce qui s'assimilait à un vieux pêcheur sentant la poiskaille pas fraîche l'interpella :

« - Hé p'tit gars, tout va bien pour toi ?
- Oui, je pensais à l'avenir et j'étais ailleurs l'espace d'un moment...

- Ah, on rêve tous d'être ailleurs ici garçon ! Dans l'temps, quand j'voguais sur les mers, j'étais libre, libre comme l'air ça c'était la vrai vie mon p'tit père ! On allait d'partout avec mon beau navire, c'était la belle époque. Trésors, îles, monstres, pas un jour à s'ennuyer !
- Mouais, si tu l'dis le vieux dit Inadvertance d'un ton dubitatif.
- En voilà un qui m'croit pas ! Tiens, je faisais même parti d'un équipage. Bon ça c'était jusqu'à ce qu'on tombe sur un os, un bien bel os mon gars...
- Ah oui ? Et il a un nom cet os ? Retourne à la taverne vieillard, tu divagues !
Le vieux pêcheur monta d'un ton, il n'aimait pas beaucoup de choses mais ce qu'il détestait le plus c'était d'être pris pour un menteur et un conteur de fables.
- Moi j'te le dis ! J'vais même te montrer la marque qu'ils m'ont laissés !
Il lui montra une cicatrice en forme de crâne orné de sabres et d'un bicorne.
- C'est c'qu'ils laissent aux gens qui passent sur leur chemin ! Et encore j'ai été chanceux, ils m'ont aussi laissé la vie, te frotte pas à eux p'tit gars. Ils écument les mers à la recherche de trésors, de découverte et de pillages.
Inadvertance ne pouvait pas en entendre plus, les vieillards alcoolisés le fatiguaient au plus haut point et il en avait assez jeté au cachot pour ne pas en supporter un de plus.
- Allez au revoir l'ami c'était aimable à toi, mais j'ai des choses à terminer moi ! »

Pirate. Pourquoi pas. Rentrer dans la légende, être libre comme l'air. C'était attirant. Il devait se faire un avis plus pointu sur la question. Direction Moon, il connaissait la Perlouze, un navire d'un pirate connu de tous, le Chouque.

Il fini de terrasser le dernier squelette de l'équipage du pirate. « Mouais, pas très coriace ces pirates là » se dit-il. Le Chouque était là, à hurler sur ses hommes, entre incompétent et débile, les reproches ne variaient pas. La discussion fut difficile à amorcer, la main droite du chouque lui en faisant voir de toutes les couleurs. Il finit par la calmer et ils purent continuer à parler de la vie de pirate, de la capture du Moon et de sa malédiction. Inadvertance n'était pas convaicu. Il se rendit sur Frigost, dans le berceau d'Alma et plus précisément dans l'épave du Grolandais Violent. Ben le Ripate était plus sympathique qu'il n'en avait l'air. Ben parla, parla, parla, du code des pirates notamment, de Badmorva et de ses problèmes divers sur son bateau, un bien grand mot pour les quelques planches qui restent.

Après être repassé par une taverne d'Amakna, Inadvertance se rendit à Madrestam. Il hésitait, et puis comment commencer, il n'avait pas de navire, pas de connaissances dans le domaine. Seul sont talent de fine lame lui serait utile. Après tout, pourquoi pas.

Il recroisa le vieillard qui l'interpella :

« - Ah te r'voilà ptit gars ! Tiens toi qui m'croyais pas, les v'là ! Ceux dont je t'ai parlé, ils sont de passage au port. Rends leur visite, tu verras par toi même si tu t'en sors vivant. »
Il entendit le vieillard ricaner au loin. Il avait besoin de savoir, il vit une caravelle accostée. En montant à bord, il entendit une voix :

« Que viens tu faire chez les Kipages ? Si c'est pour mourir, tu as toqué à la bonne porte. »
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Alors que vous priez Shariva pour une demande que seul vous connaissez, un favori apparaît et vous apprend que Shariva ne restera pas forcément insensible à vos prières.

L’histoire que je vais vous raconter est aussi triste qu'elle est belle. Elle concerne un vieil ami à moi qui se prénommait Ceira. Venant d’une riche famille commerçante de la petite cité d’Astrub, il ne manquait de rien et avait eu la plus tendre enfance possible. Ceira était un grand rêveur, il aimait flâner en prenant note des événements de la vie quotidienne se déroulant à Astrub ; notes dont il se servait ensuite pour écrire des histoires. Il avait le don de transformer une dispute de couple ou la recherche d’un chacha égaré en une aventure pleine de rebondissements ! Il avait plus qu’un don ou qu’une passion pour l’écriture : il ne vivait que pour elle. Quant à moi, je me plaisais à écouter toutes les histoires provenant de sa plume.

Dans la force de l’âge, il voulut publier ses histoires. J’étais allé plusieurs fois chez lui et j’avais pu voir les montagnes de parchemins, de carnets, de plumes et d’encriers vides éparpillés dans sa chambre. Il avait de la matière à revendre et j’en savais quelque chose puisque j’étais moi-même son premier admirateur. Ceira fit plusieurs fois le tour des marchands et des maisons de copieurs mais personne ne voulu lui donner sa chance : il n’était pas connu, personne ne lui faisait confiance. Je l’ai alors vu perdre petit à petit de son engouement, de sa volonté ; j’ai vu l’étincelle qu’il avait auparavant au fond des yeux s’éteindre doucement, sans pouvoir faire quoique ce soit pour l’aider.

Un jour, après un énième refus, il découvrit une grande demeure dans le centre de la cité. Elle semblait avoir été rénovée et quand il entra, il fut surpris de la propreté et de la majestueuse décoration des lieux. Le vestibule l’impressionna par un spectacle de couleurs chatoyantes offert par les ornements. Son exploration se poursuivit par la découverte d’une salle de spectacle monumentale qui témoignait d’un goût sûr pour le divertissement. Il arriva finalement dans l’endroit qui signerait le tournant de sa vie : la bibliothèque. C’était un lieu auguste à l’ambiance feutrée dont les étagères étaient richement fournies d’ouvrages contenant des histoires aussi passionnantes qu’incroyables. Les tables vernies étaient lisses comme un lac avant qu’une goutte de pluie ne vienne s’y déposer. Elles étaient garnies de livres, de parchemins et de plumes. En somme : l’endroit où on rêve de pouvoir s'installer pour lire et écrire de nouvelles aventures !

Il revint les jours suivants et passa de plus en plus de temps à l’intérieur de la bâtisse, plus connue sous le nom de manoir Lhambadda. Il s’agissait de la maison d’un marquis vénérant une charmante petite déesse rieuse : Shariva. Petit à petit, Ceira commença à s’imprégner de l’ambiance des lieux : là-bas tout n’était que mystère, atmosphère étrange et pourtant très apaisante. Il s’y sentait comme chez lui et cela raviva son inspiration.

Je peux confirmer que

La phrase semble n'avoir pas été terminée en démontre la trace d'une plume ayant glissé vivement, l'auteur aura certainement été dérangé.
 
Score : 2024
[Edit de Mal-Jabar : cet écrit ne fait pas partie de la correspondance entre Teras et Tomste. Je vous encourage à vous rendre au post suivant si vous souhaitez prendre connaissance uniquement de cette correspondance. Sinon, cette histoire est tout à fait charmante à lire !]

C’est l’histoire d’un mansot, d’un glourson et d’un écumouth qui entrent dans une taverne...


Le portique de la taverne grince comme un corbac qui rend l’âme. Deux pattes à claque, deux ailes de rapace, et une sacrée gueule de tueur. C’était Billy. C’était « Le » Billy.

Un vieux clopinard en avale sa chique prémâchée, les dindes arrêtent de s’éventer, les chapeaux se lèvent.

— Nom de Dieu, c’est Billy...
— C’est lui…
— Paraît qu’il a encore calmé de la canaille…
— Ouais, c’est notre Billy…

Le volatile à la gâchette facile se hisse à hauteur de comptoir. Ses yeux perçants sondent l’âme du tenancier, pour peu qu’il en ait une.

Deux plumes en l’air et un tord-boyaux plus tard, le portique refait des siennes. Un omnipotent ursidé fait irruption, ses babines sont sans équivoque : il a les crocs.

Moment de panique chez les siroteurs du dimanche.

— Nom de Dieu, c’est John Waïne…
— Il ne devait pas passer d’vant le Juge ?
— Ouais c’est vrai, c’était hier, 'me semble…
— John Waïne…

Le poilu se gratta les bourses avant de dégainer sa mythique cuillère à miel. Il s’en licha une bonne goulée, tout en se dandinant vers le groupe de curieux soiffards.

— L’humeur des juges n’entre pas dans le Code pénal. Ahahahahaha !

La barrique se tape le ventre à en compromettre la virginité des pucelles. Puis sa gueule se referme et prend une mine sévère. Il attrape un nigaud par le col de la chemise, et le soulève loin de sa zone de confort.

— Tu veux un conseil mon gars ? Ne rate jamais une chance de la fermer.

Sur ce, il envoie le cul-terreux paître à travers la fenêtre.

— Le monde se divise en deux catégories : ceux qui passent par la porte et ceux qui passent par la fenêtre. Qu’les partisans de la deuxième option me fassent signe…

Quelques regards se tournent vers Billy, mais l’emplumé n’a pas sourcillé, sous son chapeau persillé.

Ce satané portique n’en peut plus de grincer. La tension est à son comble, puisqu’un troisième lascar entre en scène. Une queue énorme au bout de laquelle se dresse un corps nerveux.

— Nom de Dieu, c’est Dick le Gland…
—…
—…
—…

Le rongeur se faufile dans les combles, sur l’entrait de la charpente. Un sourire carnassier toise la taverne tout entière. Les filles de joie gloglottent et sanglotent.

— N’ayez pas peur mes jolies… tant que Dicky est dans l’coin il ne vous arrivera rien de bien méchant… sluuuuurp…

Les gamines se réfugièrent dans les chambrées à l’étage, tandis que leur détracteur se contentait de sourire béatement, en faisant apparaître deux canines parfaitement ciselées, et un filet de bave qui se déposait continuellement sur l’épaule de l’ursidé contrarié.

— Diiiickyyyy ! Salopiot ! Descends de là que je t’attrape, que je t’écartèle ! Enfant de salaud !

L’intéressé sauta d’une contre-fiche à l’autre, s’enroulant autour du poinçon et des arbalétriers de la charpente, tout en esquivant les obus-bouteilles tirés par la Colère.

— Hihihihi ! C’est vrai que j’ai toujours gardé un cœur d’enfant. Sur mon bureau, dans un bocal de formol ! Hihihihi !

Une fois la Montagne à court de munitions, le rongeur-psychopathe arrêta de gesticuler dans tous les sens. L’artilleur l’apostropha.

— Au fait, Dicky, passe le bonjour à ta sœur… Il en faut si peu pour la rendre heureuse, tu sais.

— B… B… Betty ?! Gnhhhhhrrr !

Sentant que ça commençait à gravement tourner vinaigre, le bon vieux Billy se sentit obligé d’intervenir.

— John Waïne, est-ce que c’est toi, ou est-ce que c’est moi…

La réaction de l’ursidé fut immédiate.

— Quel est l’enfoiré, le sombre flûtiste-pompeur qui a dit ça ? Hein ?!

Le volatile descendit de son perchoir, faisant cogner contre le sol sa ceinture à cartouches.

— Oh mais qui voilà… ne serait-ce pas ce bon vieux Billy ? Ou devrais-je dire… Billy Blanc-Bec !

L’assemblée avala sa surprise, de peur d’être prise pour cible. Mais il faut avouer qu’elle était bien envoyée celle-là…

— Répète un peu pour voir, John…
— Je suis sûr que tout le monde a envie de connaître l’origine de ce surnom…
— Il existe trois sortes de personnes : celles qui apprennent en lisant, celles qui apprennent en observant, et celles qui doivent mettre la main dans le feu pour vérifier que c’est chaud. J’ai comme l’impression que tu serais du troisième bord John.
— Tu m’connais par cœur…

Un duel soutenu s’engage entre le mansot et le glourson. Un duel de légendes. Un duel qui a des couilles.

Mais c’était sans compter sur l’écumouth, qui, embarqué dans une opération aérienne, manœuvra un atterrissage sur les épaules de John, avant de lui planter ses crocs dans le lard du cou. Le tonneau n’apprécia guère le geste, et se débattit comme il put, pour se dégager du nuisible glandu.

— Il y a deux théories pour argumenter avec Dick ; aucune ne marche.

Après sa réplique, le mansot mercenaire tira avec son espingole de poche. L’écumouth fut touché.

— En plein dans la queue ! S’écria John.
— Et celle-là ne repousse pas… compléta Billy.

Le rongeur disparut sans demander ses restes.

— Je crois qu’on a un duel à finir, rappela John, en pansant sa plaie autour du cou.
— Et on le finira John, mais… pas aujourd’hui. J’ai pour principe de laisser un jour de répit aux crapules qui se font blanchir.
— Tes principes te perdront un jour, Billy.
— Je sais, John, mais… la mort est un ennemi supérieur en ombre, ne l’oublie pas.

Le glourson se dirigea lentement vers la sortie, ballotté par son idée de la liberté.

Le calme revint peu à peu sur l’établissement. Pendant que Billy finissait tranquillement son verre, on vint lui demander :

— Billy… que retenez-vous de tout ceci ?
— Je dirais que… c’est une taverne qui a des couilles.
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Cher auteur de cette amorce "Alors que vous priez Shariva pour une demande que seul vous connaissez, un favori apparaît et vous apprend que Shariva ne restera pas forcément insensible à vos prières."

Tout d’abord, merci à vous et à tous ceux qui écrivent dans ce carnet, merci pour vos histoires pleines de rires, de tristesses, de sentiments… Merci de me faire rêver chaque fois que je viens ici, espérant chaque fois découvrir une nouvelle histoire pour égayer mes soirées.

Je sens dans votre écrit une certaine forme d’envie personnelle, comme s’il ne présentait pas un personnage créé de toute pièce, mais qu'il s'agissait plutôt d'une représentation fictive de vous-même. C’est dans ce sens, que je pense avoir pu le mieux apprécier ce récit. J'y sens une réelle volonté. Je m'interroge cependant, votre récit laisse dans ma bouche un goût amer d'inachevé, d'incomplet. Le syndrome de la page blanche vous aurait-il touché à mi-parcours ?

Curieux que je suis, j'espère sincèrement que vous reprendrez la plume et que chacun pourra à l’avenir continuer à lire votre histoire, ou même vos histoires si jamais le cœur vous en dit. Ce lieu si particulier qu'est le manoir de Lhambadda me semble vraiment propice à l'inspiration. Je ne suis pas écrivain - je manque d'un talent inné -, mais si je l'étais, cette demeure emplie de mystères et de magie serait certainement source de génie. Ici, on laisse divaguer notre esprit, on laisse l'imagination prendre le pas lorsqu'on lit ces histoires, lorsque l'on regarde ces armes témoignant de milles batailles, ou lorsque l'on s'assoit devant les gradins de la pièce de théâtre. J'espère vraiment que vous pourrez revenir compléter votre histoire, si j'ai vu juste et qu'elle est incomplète.

Cher auteur de cette amorce "C’est l’histoire d’un mansot, d’un glourson et d’un écumouth qui entrent dans une taverne..."

Je viens tout juste de la lire avec joie. Sérieuse et amusante à la fois, elle mêle créatures de Frigost dans une ambiance évoquant Saharach, une opposition très intéressante. La fin offre une potentielle suite, peut-être dans une prochaine amorce... Ce serait très bien joué ! Je suis certain que le duel de Billy et John pourrait se trouver dans l'une d'elle, ou la revanche de Dick peut-être ! J'espère pouvoir lire cela à l'avenir.
Le vocabulaire quant à lui est assez cru, mais cela offre une différence avec les autres écrits, le thème y convient également. Je vous encourage vivement pour vos prochains textes !

Je pense que Le rose ne m'en voudra pas d'avoir écrit autre chose qu'un récit dans ce carnet,

Tomste
 

Cher Tomste,

Je ne m’attendais guère à ce que mon histoire soit lue -aussi rapidement, qui plus est-, mais savoir que quelqu’un a apprécié l’un de mes écrits me touche beaucoup. L’écriture est un plaisir quotidien pour moi. J’aime rédiger des histoires le soir, tranquillement installé chez moi.

Cette histoire est particulière car je l’ai rédigé dans cette bibliothèque bien curieuse. J’y suis arrivé par le plus pur des hasards et j’ai découvert avec plaisir les histoires laissées par mes confrères -si j'ose écrire- aux plumes diverses et variées. Nuits après nuits, je me suis perdu dans les rêves des uns et dans les cauchemars des autres, je me suis laissé porter vers des mondes merveilleux et dans des aventures trépidantes.

Jour après jour, je suis donc revenu pour lire encore et encore ce fabuleux carnet. Ce n'est qu'après avoir lu chacune des histoires que je me suis lancé à mon tour et que j’ai commencé la rédaction de la nouvelle que vous avez lu. Voyez-vous, j’utilise bien le terme « commencer » car comme vous l'avez si bien observé, cette nouvelle n’est pas terminée. Je n’en ai pas eu le temps ou tout du moins l’envie.

L'autre soir, j'écrivais donc tranquillement, installé sur les tabourets confortables de cette grande et belle bibliothèque, lorsqu'il m'a semblé entendre un drôle de grincement sur le parquet. Il n’y avait personne mais le plancher grinçait. Pourquoi pas, me direz-vous. Le vent et l'humidité peuvent faire ployer le bois de ce manoir. Seul, en pleine nuit, dans une bibliothèque, vous en conviendrez tout de même : ce n'est pas rassurant. Mais admettons. C'est quelques minutes après avoir entendu les premiers grincements, que j'ai commencé à me sentir mal à l'aise. Il y avait comme un souffle, une aura, je ne saurais pas définir la chose. J’avais l’impression que quelque chose était au-dessus de moi. Me regardait. Regardait ce que j'écrivais. J'ai beau ne pas me qualifier de froussard, mon cœur battait pourtant la chamade. Au plus je réfléchissais, au plus la peur s’emparait de moi. J'avais commencé un nouveau paragraphe, mais trop inquiet, j'ai préféré partir. Mon père se moquerait bien de moi !

Me voilà aujourd'hui revenu. J'aime bien trop ce lieu, ses sièges confortables, ses grandes bibliothèques, sa salle de théâtre, pour m'en séparer après un simple moment de frayeur. Je garde cependant un léger un sentiment de malaise en me trouvant ici. Alors même que j'écris ces quelques lignes, j'entends comme un toussotement provenir d'en bas. Pourtant, je suis sûr de n'avoir entendu personne rentrer. C'est surement mon imagination -abreuvée par mes talents d'écrivains- et ces lieux propices aux rêves, qui me jouent des tours. Ah ! Je viens juste de voir une petite fécatte passer. Elle a des cheveux magnifiques, violets. Ce n'est pas la première fois que je la vois ici, je devrais lui demander son nom. Peut-être lira-t-elle ces mots et se reconnaîtra-t-elle !

Je vous laisse la suite de mon histoire, j’espère qu’elle vous plaira tout autant que le début.

Bonne lecture à vous,

Teras.

PS : Je suis sûr que Le rose ne vous en voudra pas -ni ne m'en voudra, d'ailleurs- : c'est d'ailleurs cet échange qui m'a donné la motivation de terminer mon histoire !

Je peux confirmer que ses histoires étaient de mieux en mieux : mon ami avait trouvé sa source d’inspiration. Néanmoins, cela ne l’aida pas plus à se faire connaître et je le vis de nouveau perdre toute confiance en lui.
Je le croisai plus tard dans le mois avec un sourire aux lèvres. Cela m’intriguait car je ne l’avais pas vu aussi bien depuis de longues semaines. Je lui demandai ce qui pouvait bien le rendre d’humeur si joviale et il me raconta ce qui lui était arrivé. En inspectant le manoir Lhambadda, il était tombé sur un petit sanctuaire où se trouvait la statue de la déesse du Tumulte. Désespéré, Ceira s’était agenouillé devant la statue et avait prié pour que sa cote de popularité augmente, pour qu’on accepte de publier ses histoires et qu’il soit reconnu comme écrivain. Il n'avait pas très bien compris la suite des événements : un encapuchonné était apparu devant lui et lui promis que Shariva ne se montrerait pas insensible à ses prières et que ses vœux pourraient se réaliser plus vite qu’il le croyait. Il ne me raconta que cela et au départ je dois bien avouer avoir eu du mal à le croire. Il me fallut pourtant me résigner à le croire car mon ami devint très populaire. Il lui suffisait d’entrer dans une bibliothèque pour qu’on le reconnaisse et lui demande sa signature ; il recevait des offres de tous les marchands des environs et d’ailleurs : il réalisait enfin son rêve.

Et si l’histoire se terminait comme ça, quel bonheur cela serait ! Malheureusement, la fin de mon histoire est un peu moins heureuse.

Ceira fut mis sur un piédestal, tout le monde s’arrachait ses histoires et bien vite il fut à court de récits à proposer à ses admirateurs. La pression augmenta, le travail demandé décupla et mon ami s’en trouva dépassé. Son bonheur s’estompa aussi rapidement qu’il était venu. Ceira n’arrivait plus à suivre le rythme des publications. Il n’était plus jamais tranquille, même dans le manoir où il trouvait auparavant son inspiration et le calme nécessaire à la rédaction. On le suivait partout, on l’interpelait, on lui commandait des histoires mais Ceira ne pouvait pas contenter tout le monde. On le considéra comme fainéant, incapable de respecter ses engagements et ce fut trop de reproches à supporter pour mon pauvre ami.

Il nous quitta, un beau soir où luisaient les étoiles, accompagné vers la mort d’un petit rire cristallin se perdant dans le fond des ténèbres.
 

Teras,

C'est un plaisir pour moi de voir que vous être revenu, malgré votre peur de l'autre soir ! J'ai moi même été persuadé d'entendre des choses dans ce manoir par le passé, de ne pas être seul, mais je n'avais simplement pas entendu une personne rentrer dans la bâtisse. Ici, il est tellement facile de s'absorber dans notre lecture, dans nos activités, qu'on en oublie bien rapidement le monde qui nous entoure. Je suis certain qu'il y avait quelqu'un, simplement que vous ne l'avez pas vu. Ce manoir est grand, et il possède sûrement certaines pièces cachées. Le grenier semble un peu petit d'ailleurs par rapport à la taille du toit, d'ailleurs...

Ça a encore été un plaisir pour moi de lire votre écrit. Vous donnez cependant une fin bien funeste et abrupte à votre personnage, alors même qu'il atteignait un de ses buts les plus chers. Je trouve souvent chez les écrivains une certaine tendance au tragique, au pathos, au malheur, comme s'ils tiraient de ces éléments une inspiration particulière, dont l'origine transparaîtrait sur leurs écrits, comme ici. Souvent, ces mêmes écrivains sont bien malheureux. J'ose espérer que cette histoire n'est pas un reflet de vous même ou encore de votre condition, mais plutôt un récit inventé de toute pièce -si ce n'est l'amorce donnée par Le rose-, dont cette fin ironique n'était pour vous que la conclusion la plus appropriée. Je ne crains pas les fins tragiques, je crains simplement qu'elles reflètent parfois un peu trop l'état d'esprit de leur auteur. Si jamais c'était le cas, sachez que je suis là si vous souhaitez discuter autour d'une bière de bwork un soir. Parler un peu, même avec des gens qu'on ne connaît pas, peut être relaxant !
Je me permets par ailleurs de souligner à quel point , malgré la fin tragique, j'ai apprécié la dernière phrase. Elle découle parfaitement du reste du texte, et suggère de manière très appropriée le destin de ce personnage. Le rire cristallin de la mort -ou est-ce l'encapuchonné ?- qui salue son départ vers l'externam est d'un goût assez exquis.

Je suis en tout cas ravi de voir que vous avez pu terminer cette histoire. J'aimerais beaucoup vous en voir développer d'autres, si vous avez le temps et l'inspiration !
Mon oncle avait pour habitude de me lire des livres, petit. C'est de là que j'ai développé ce goût pour la lecture, et si je n'ai pas le talent pour écrire moi même comme vous le faites, je me console en me disant que ne pas écrire me laisse plus de temps pour lire !

Je vais filer, j'entends une dispute à l'étage du dessous, je vais voir !

Tomste.
 

Cher Tomste,

Je vous comprends parfaitement : ce manoir est le paradis de l’évasion imaginaire. Je dois de plus en plus me faire violence pour le quitter afin de rentrer chez moi. Je m’y sens à ma place même s’il m’arrive parfois de ressentir un certain malaise : c’est très troublant ce sentiment paradoxal qui me prend par moment. Je me sens rassuré et effrayé en même temps. Parfois mon instinct me crie de m’en aller mais je ne peux m’y résoudre. Lorsque j’entends un bruit, je suis partagé entre la curiosité et la crainte. Enfin, tout dépend du bruit. Je crois d'ailleurs qu’une fête a lieu dans la salle de réception à côté, j’entends des rires et une douce musique comme s’il s’agissait d’un bal. Sitôt cette réponse terminée, j’irai voir ce qu’il en est pour profiter peut-être, je l’espère, d’une charmante soirée.

Oh, je recommence à me sentir étrange… Parfois, alors que j’écris, je me sens ailleurs comme si j’étais sous l’effet d’un drôle de gaz : d'abord mes yeux piquent et je vois une sorte de scintillement, ensuite je me sens comme élevé dans les airs, comme si j'étais transporté ailleurs. Si vous avez déjà eu l’occasion de vous rendre dans les terres non loin de la cité Pourpre vous n’avez guère pu rater ces champignons gigantesques qui libèrent des spores. C’est exactement ça : c’est comme si je me trouvais là-bas, à respirer ce gaz relâché alors que je n’ai pas bougé de la bibliothèque. Mon intuition me dit que ce manoir est en quelque sorte responsable mais je ne saurais l’expliquer.

Pour en revenir au sujet de notre correspondance, sachez que votre commentaire éclairé me touche. Il est rare de nos jours de croiser une personne capable d’apprécier une lecture tout en restant critique. Je vous donne raison : je me plais à donner aux personnages de mes histoires une fin funeste. Que voulez-vous ! C’est un style narratif que j’aime exploiter. Pour tout vous avouer, outre l’amorce présentée par Le Rose, mon inspiration m’est venue suite à la lecture d’un carnet assez curieux où il était fait mention de serments. Il semblait appartenir au Marquis de Lhambadda - le propriétaire du manoir - et ressemblait à un livre très ancien, relié de cuir où l’on trouvait l’emblème de la déesse du Tumulte. Je l’ai ouvert et le style d’écriture m’a envoûté : froid, mécanique et pourtant messager d’histoires aussi prenantes qu’effrayantes. Les récits sont concis, découpés par termes. Le vocabulaire est choisi avec précision, un peu comme un rapport scientifique. A peine mes yeux posés sur les caractères finement tracés sur les pages, j’ai été absorbé par ma lecture. J’ai l’impression que quelque chose a changé en moi, une autre façon de percevoir le monde ? Je ne sais pas moi-même.

Cela dit -ou plutôt écrit-, j’ai eu une montée d’inspiration légendaire après cette lecture. Je vous rassure quand même, cette histoire n’est guère un reflet de ma condition ou de mon état d’esprit. Dernièrement, je me sens plutôt en joie à l’idée de retrouver une réponse à ce qui commence à ressembler à une correspondance. Vous me pardonnerez, j’espère, si je me garde de vous révéler exactement mon idée sur la fin de mon histoire. J’aime à croire que vous pensez à mon récit puis élaborez des théories inénarrables sur l’identité du personnage rieur.

Sans votre encouragement, je n’aurais peut-être pas osé continuer l’histoire. Je ne vous comprends d'ailleurs pas quand vous osez m'écrire que vous n'avez pas de talent pour l'écriture : même à travers ces quelques courtes correspondances, ces courts échanges, je vous trouve déjà un style particulièrement riche.Pourquoi ne vous lancez-vous pas ? Essayez donc ! J’ai également été pris de passion pour la lecture étant jeune enfant, voici un autre centre d’intérêt qui nous est commun.

J’espère que la dispute dont vous faites mention ne s’est pas trop mal terminée. Tenez-moi au courant, je souhaite en savoir plus. Peut-être que cela m’inspirera pour une autre histoire ?

Au plaisir de vous relire sous peu,

Amicalement,

Teras.

Cher Teras,

Vous jugerez là en moi un piètre correspondant. Ni d'un impératif, ni d'un empêchement s'excusent ces deux longues semaines de silence. Cette maison qui émerveille nos sens comme notre esprit ne me reverra pas revenir si tard de si tôt. Vous moquerez-vous de moi ou penserez-vous que j'écris là une histoire de toute pièce si je vous affirme avoir vu vos dernières lignes s'écrire seules sur ce carnet ?
C'est l'esprit en ébullition et effrayé que je suis parti et me suis tenu à l'écart du manoir ces derniers jours.

Pensif et rêveur de toute ces histoires, je pense que je suis devenu la proie de mon imagination qui ne s'est pas gênée pour me jouer un bien mauvais tour. Quelques jours à l'écart m'ont permis de me calmer et de revenir sur ces événements et la place que ma fatigue et l'obscurité ont joué dans ce que j'ai cru voir. Je tâcherai d'être plus raisonnable dans mes heures de lecture pour m'éviter des frayeurs fantasmées à l'avenir.

N'est-ce tout de même pas fascinant l'effet qu'a la fatigue sur le corps ? Puis-je vraiment lui en vouloir d'altérer ma perception du monde au point de duper ce que je crois être vrai pour me plonger dans un récit imaginaire que je prise tant ? Je pense que la réponse est quand même oui, après tout, il faut être dans la réalité pour apprécier la fiction. Je m'en remets donc à la réalité et à la lucidité de mon esprit reposé.

Aujourd'hui, il fait grand jour et rien d’anormal ne viendra troubler ma quiétude et le plaisir que j'ai à répondre à cette correspondance. Vous me touchez quant à l'éloge que vous faites à mon écriture. Je tiens la vôtre en si haute estime qu'un compliment de votre part me touche profondément. Je pense que je vais écouter vos conseils et me risquer à l'écriture. Je réfléchirai prochainement à une histoire à compléter dans ce carnet. Je ne voudrais pas que Le Rose décide de retirer son carnet de peur qu'il ne serve plus à la création, j'apporterai donc ma pierre à l'édifice si l'inspiration me le permet.

Continuant sur le thème de l'inspiration, l'ouvrage traitant de « serments » est resté hors de ma portée malgré mes recherches dans les rayonnages. J'imagine qu'il a dû échapper à mon regard ou que vous l'avez tout simplement emprunté pour en apprendre davantage. Me ferez-vous le plaisir de m'indiquer dans quelle section l'ouvrage est rangé ou dans quelle section vous l'aurez rangé pour que je puisse assouvir ma curiosité ? Si ce livre vous a inspiré, je ne pense pas trop m'avancer en disant qu'il saura me captiver au plus haut point.

J'espère que vous n'aurez pas imaginé mauvaise aventure à cause de mon silence. Toutes les fantaisies dont j’abreuve mon esprit m'ont fait imager que vous étiez ce qui se rapprochait de l'esprit de ce carnet. Que de bêtises : je me suis bien rendu compte en revenant que l'encrier avait diminué proportionnellement à ce qui avait été écrit ici.

PS : Ne vous inquiétez pas de la dispute, il s'est avéré que quelqu'un a trébuché dans l'escalier. Préférant chercher un coupable plutôt qu'admettre sa maladresse, la personne tempêtait après une arakne au plafond. Finalement, je ne suis pas le plus étrange à m'imaginer des lignes qui s'écrivent seules !

En attendant avec impatience notre prochain échange,

Tomste.

Cher Tomste,

Une partie de moi est rassurée : je ne suis pas le seul à développer de trop mon imagination en me représentant des mondes, des dieux, et que sais-je encore, et à en subir les conséquences. A trop fertiliser son imagination, on finit par amincir la frontière entre le réel et le mythique, et à voir ce que l’on aimerait voir, comme vous qui pensez voir un carnet prendre vie ! Voilà qui serait bien terrifiant tout de même, si une telle chose était possible. Vous imaginez, vous lisez un livre, et celui-ci communique avec vous ?! Ca serait assez traumatisant... Je vous rassure en tout cas, je suis bien constitué de chair et d’os, et j’écris bel et bien moi-même sur ce carnet, avec de l’encre de poulpée et une plume de gélikan obtenue lors de mon unique passage sur l’Île de Frigost ! J’ai une sacrée histoire à raconter là-dessus d’ailleurs, je me suis retrouvé mêlé à un club clandestin de combats. J’en ferai peut-être le chapitre d’un de mes livres, un jour !

Je suis aussi rassuré par le fait de vous voir répondre de nouveau. J’ai craint quelque mésaventure vous concernant. (Je dois d’ailleurs avouer que, dans le cas de votre disparition, ce n’est pas tant votre mort qui m’aurait chagrinée, mais plutôt le fait de ne plus pouvoir vous lire et vous écrire... ce qui revient un peu au même, tout compte fait.)
Je suis persuadé qu’il est essentiel d’explorer un jour ce manoir, ses livres, ses pièces. Vous comme moi avons des ressentis étranges lorsque nous y sommes, ressentis qui semblent peu naturels. Ce qui me reste d'esprit rationnel préfère penser que c'est simplement notre imagination, particulièrement développée chez nous deux, et non pas quelque chose de plus inquiétant. Je n’ai pu ni consulter tous les ouvrages encore, ni examiner les armes disposées çà et là sur les murs, et je n’ai pu recueillir que des informations partielles sur l’origine de ce manoir, mais en temps voulu, j'essayerai de me renseigner. Idéalement, j'aimerais bien rencontrer le propriétaire, un jour. Je ne l'ai jamais croisé en plusieurs semaines passées ici !

D’ailleurs, je pense aussi qu’il serait intéressant que nous nous rencontrions ces prochains jours ? Nous ne nous sommes toujours pas croisés au manoir, et si vous le souhaitez, nous pourrions ainsi discuter, échanger, de vive voix. Je pourrai vous donner des conseils d’écriture pour vous lancer en tant qu’auteur -cette expérience qui semble tant vous faire peur !-, et en retour, je peux peut-être vous donner à lire quelques-uns de mes écrits sur lesquels vous pourriez me faire votre retour ? Vous me semblez honnête, passionné, et je suis prêt à parier que votre esprit de critique ne demande qu’à être stimulé ! Converser avec vous par le biais de ce carnet est tout à fait sympathique, mais je crains que ce ne soit pas vraiment son but. Une bonne discussion autour d’une bière à la taverne d’Astrub vous conviendrait-elle ? Je pense y être les deux prochains jours vers 13h00 ou bien 14h00, pour le déjeuner -je suis bien piètre cuisinier, je préfère acheter un plat chaud déjà préparé là bas-. Je vous y attendrai !
Mettre une bouille sur les gens avec qui on correspond, faire connaissance avec de nouvelles personnes, c’est élargir son horizon, son esprit… et rien de mieux pour l’imagination ! A propos d’imagination, avez-vous d’ailleurs conçu d’autres théories sur le personnage rieur dont nous parlions ? Je suis curieux !

Concernant le livre des serments, je ne l'ai pas revu. Je tâcherais de noter son emplacement exact, si je le revois. De mémoire, il était dans l'armoire près de l'échelle, sur l'étagère la plus haute. 

A très bientôt, peut-être à la taverne !

Teras.
Deux courts messages ont été griffonnés sur le haut d'une page. 

Bonjour Teras, 

Je suis un peu déçu, j'ai passé mes deux déjeuners hier à la taverne d'Astrub sans vous y croiser. J'ai bien parler avec quelques bougres -dont un qui était un peu vulgaire, un certain Otackay-, mais personne ne s'est présenté sous votre nom. Vous est-il arrivé quelque chose, ou nous serions-nous manqués ? La taverne n'est pas si grande que ça, pourtant. J'y étais hier de 13h30 à 14h30, et environs aux mêmes heures aujourd'hui.
Tomste

Tomste,

Je ne comprends pas, j'étais pourtant à la taverne à ces heures là. Êtes-vous sûr que vous vous étiez au bon endroit ? Elle se trouve juste au nord de l'atelier des bijoutiers de la ville.

J'ai hâte de vous rencontrer ! 
Teras

Bonjour,

Je m'excuse de vous déranger dans vos échanges - ceci dit, c'est un carnet dans lequel chacun est libre d'écrire. Je vous lis avec attention depuis plusieurs semaines, et je suis aujourd'hui persuadé d'avoir fait le bon choix. 

Mon nom importe peu. Ce qui compte, c'est que je suis un membre du Coeur du Tumulte. Le but de notre organisation, est de mettre en lumière un des plus grands mensonges du Monde des Douze. Ce mensonge est la raison pour laquelle vous n'arrivez pas à vous rencontrer, alors que vous vous rendez tous deux à la même taverne, aux mêmes heures. Ce mensonge est la raison pour laquelle vous entendez parfois des bruits, ou avez la sensation d'être observé, alors qu'il n'y a personne. Ce mensonge est la raison pour laquelle mes confrères et moi travaillons d'arrache-pied, sans relâche pour faire éclater la vérité au grand jour. 
La chose est trop compliquée à expliquer par écrit, et pour vous prouver que je dis la vérité, nous allons avoir besoin de monde. De beaucoup de monde. Je vais essayer de faire passer le mot, tentez de faire de même. Donnons-nous rendez-vous ce 12 fraouctor 647, à 14h15, à l'extérieur du Brakdad Café. Il se trouve au nord de Brâkmar. 

Si jamais, par chance, vous lisez ces lignes et que vous êtes un aventurier en quête de savoir, que vous cherchez à connaître la vérité, n'hésitez pas à nous rejoindre. 
Un membre du Coeur du Tumulte.


[Lien vers le sujet d'animation]
Score : 107

Bien le bonjour,
Je voudrais de nouveau vous faire part d'une histoire qui m'a été contée il y a fort longtemps par une amie chère qui est aussi une aventurière et qui possède un talent inné pour raconter des histoires (bien que je ne sois plus en mesure de vous la narrer mot par mot et avec son ardeur).
Mais avant cela, il me faut vous répondre deux ou trois mots, Teras et Tomste. Bien que mes activités récentes m'aient pour la plupart emporté en dehors de la cité d'Astrub, je me suis permis, de temps à autres, de faire un crochet par le Manoir de Lhambadda et plus particulièrement ce carnet pour suivre cette curieuse correspondance dont vous étiez les protagonistes. À vous deux, vous aurez réussi ce que je crois rarement possible : élargir mon champ de vision sur l'écriture au travers de vos échanges et, ce qui m'arrive nettement plus souvent, m'émerveiller sur le talent que possèdent encore certains Douziens.

À présent, place à l'histoire de Yoachiro qui semble encore une fois s'être inspirée d'une des amorces du carnet, à moins que ce ne soit Le rose qui se soit inspiré de faits réels pour nous proposer lesdites amorces ?

PS : j'espère que les membres du Coeur du Tumulte ont réussi à mettre à jour la sombre vérité, de toute évidence, qui se cache derrière tant de mystères.
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[Mal-Jabar]|25/04/2017 - 21:27:34
  • En mission à Srambad pour Bonta, vous tentez de vous infiltrer dans les hauts-lieux de la dimension du Dieu Sram. Vous voilà noble de la Cour Sombre et ce n’est, finalement, pas pour vous déplaire.



« - Un groupe de notables bontariens a été assassiné dans la dimension du Dieu Sram la nuit dernière. Allez voir Ebru of El à la tour de Bonta, il vous donnera plus d'indications sur votre mission.
- Bien Général ! répondit Yoachiro. »
La disciple de Féca aux cheveux roses quitta le bureau où Amayiro l'avait convoquée et sortit de la milice de Bonta en passant par la bibliothèque où le juge Onivin semblait cherchait la vérité dans un verre de vin. Malgré l'heure matinale, de nombreux marchands couraient déjà à travers la ville en quête d'un client à la bourse bien pleine. À la tour, le chef de l'Ordre de l’Oeil Attentif étaient déjà plongé dans ses parchemins mais Yoachiro ne réussit pas à le surprendre pour autant.
« - Amayiro m'a averti de votre arrivée, dit-il en relevant la tête. Prenez cette missive, voici en détail ce que vous avez à savoir avant de partir enquêter à Srambad. Vous ne devrez l'ouvrir qu'en arrivant sur place. Pour résumer rapidement, hier soir six notables bontariens se sont retrouvés dans les Hauts Ténébreux après une soirée arrosée. Quelques heures plus tard, un voyageur dimensionnel qui passait par là a découvert cinq cadavres et une silhouette encapuchonnée qui s'éloignait en rengainant un poignard rouge de sang. Bien évidemment, tous les agents envoyés sur place sont revenus bredouille. Votre mission : infiltrer la Cour de la Reine des Voleurs et découvrir l'identité de l'assassin. Tenez cette lettre. Remettez-la à Gladis, elle vous indiquera directement l'emplacement du Portail pour pénétrer dans la dimension. Maintenant, allez-y. Bonne chance. »
Yoachiro prit les deux enveloppes et sortit pour grimper sur sa dragodinde pour se rendre à la Tour des Voyageurs le plus rapidement possible. Sur place, après avoir lu la lettre qui lui était destinée, Gladis lui indiqua un petit point sur la carte au nord du Village des Gobelins. Le zaap rendant le voyage bien plus rapide, Yoachiro trouva le portail seulement deux heures après son entrevue avec Ebru. Une troupe de gobelins et de bworks était accumulée autour et le contemplait stupidement. L'aventurière chassa les importuns, avec une grimace pour la plupart et un coup de bâton dans l'arrière-train pour les plus téméraires, ou plus stupides au choix.
Puis, malgré ses passages à travers des portails précédents, Yoachiro tendit sa main en travers du portail puis son bras et sa jambe et enfin son corps tout entier. La curieuse impression de froid glacial et de ne plus avoir pied, qui provoquait des maux de tête abominables, la prit immédiatement sans même avoir le temps d'inspirer. Avant de s'être habituée à la désagréable sensation du voyage vers le monde parallèle, elle fut projetée hors du portail et elle s'écroula sur les pavés de la Place du Portail où elle put reprendre ses esprits sans être dérangée par le moindre chacha miaulant. Après s'être remise de ses émotions, elle s'assit et sortit son enveloppe.

« Agente Yoachiro,Vous devez être à Srambad à l'heure actuelle. Le voyageur dimensionnel qui a surpris le massacre pense avoir reconnu le poignard du meurtrier malgré la pénombre : il semble que le commanditaire soit le baron Geaun Di Linger. Bien évidemment, celui-ci nie toute implication. Vous avez pour mission de filtrer son cercle intime et prouver sa culpabilité. Dans les plus brefs délais. Ne vous fiez à personne sur place.Bonne chance. »

Par mesure de sécurité, elle brûla la missive. Puis elle se leva et se dirigea vers les Ruelles des Eaux Suaires. Elle passa devant le Héraut de Sram et voulut lui demander son chemin mais il ne daigna pas lui jeter un coup d’œil. Elle continua donc son chemin jusqu'à la place du marché. Ne trouvant rien qui puisse l'introduire dans les hautes sphères de la dimension, elle s'en éloigna à travers une rue plus sombre. Sachant que ce n'était pas nécessairement très prudent, elle activa discrètement plusieurs boucliers qui pourraient prévenir la plupart des attaques rapides qu'elle pourrait subir. Grand bien lui en fit : à peine avait-elle atteint une zone d'ombre que deux sramouraïs lui tombèrent dessus. Littéralement. Yoachiro fit maladroitement une roulade avant et dégaina prestement deux de ses dagues. Elle tenta de se défendre tant bien que mal mais les deux malfrats étaient bien plus habiles qu'elle avait une dague et ne cessaient de pénétrer ses boucliers. Elle changea donc de stratégie. Poussant rudement ses adversaires, elle rangea d'un geste ses armes et saisit son bâton. Cette stratégie s'avéra bien plus fructueuse car Yoachiro avait un peu distance avec les deux voleurs ce qui lui permit d'être moins blessée par ceux-ci tout en les étourdissant. Rapidement, le rapport de force s'inversa et la disciple de Féca mit un premier sramouraï à terre puis le second. Elle vérifia qu'ils étaient bien assommé, les ligota et se redressa pour voir si quelqu'un était venu à son secours mais elle fut surprise : personne ne semblait avoir remarqué quoique ce soit. L'attaque avait été éclair. Remarquant alors qu'un de ses assaillants avait à peu près la même corpulence qu'elle, elle saisit l'occasion de se mêler à la pègre de la Cité de la Nuit.
Alors qu'elle finissait à peine d'enfiler son nouveau vêtement, une petite bande de marchands remontés accoururent dans sa direction en vociférant et en brandissant des bâtons ridicules d'une manière qui se voulait sans doute menaçante. Ne cherchant pas le moins du monde à réfléchir, Yoachiro les désarçonna en deux temps, trois mouvements puis s'enfuit par une ruelle sombre de la cité. Quelques minutes plus tard, alors qu'elle retournait dans une rue plus éclairée après avoir semé d'éventuels poursuivants, une main la saisie et la plaqua contre un mur sans qu'elle n'ait pu rien faire.
« - J'ai vu ce que tu as fait à ces deux mercenaires. Je te veux à mon service. Rendez-vous dans ma demeure dans une heure. Demande la maison To'Dalle. »
Sur quoi la pression sur l'épaule de Yoachiro se relâcha et elle n'eut que le temps de voir un coin de cape sombre disparaître derrière un mur. Malgré la surprise, elle se ressaisit très vite : elle avait une mission, intégré la haute société de Srambad, et travailler pour un de ses membres permettait d'avoir un œil sur elle. Elle demanda donc son chemin à des passants qui la dirigèrent vers le premier niveau des Hauts Ténébreux.
Au moment où elle s'apprêta à toquer à la porte, celle-ci s'ouvrit et une goule rachitique se présenta devant la disciple de Féca. Croyant à un piège, elle attaqua la goule avec une dague mais elle fut désarmée comme par enchantement. Elle remarqua alors que la goule, toujours muette, portait des habits de majordome. Yoachiro décida donc de la suivre au cœur de la sombre demeure où se trouvait la pièce principale uniquement éclairée par une cheminée centrale. Devant l'âtre se tenait un homme de taille moyenne à la bedaine redondante qui contemplait un reste de braises.
« - Vous êtes une femme chanceuse : j'ai parlé de vous à un ami du troisième niveau et il veut savoir ce que vous valez vraiment avant de vous engager. En ce moment même, un certain Emanu Norcam est en train d'acquérir, dans les recoins les plus sombres de la Cité de la Nuit, une bande de gamins pour le travail forcé. Rendez-vous sur place et débarrassez-moi de lui illico presto. Proprement, cela va de soi. Je me chargerai de la marchandise. »
Yoachiro quitta la maison, à nouveau escortée par la goule-majordome, puis se dirigea vers les Catacombres. Alors qu'elle venait d'entrer dans les souterrains de la cité, un abject monstre sortit tout à coup de l'ombre et se précipita sur un aventurier téméraire qui voulait faire ses armes dans les parages. Cependant, ce dernier ne résista pas bien longtemps aux assauts du scoliopode, car oui, c'en était un, et tomba rapidement à terre. Faisant fi de sa mission, elle vint en aide à l'imprudent qui s'était cru plus fort que les ténèbres alentours. Mais juste avant que la guerrière féca ne décapite la créature, celle-ci cracha une fumée verdâtre au visage de l'aventurier : ses yeux devinrent tout blanc et ce fut comme s'il cessait de respirer. Du poison visiblement. Après avoir repoussé le corps imposant du scoliopode, Yoachiro se pencha sur l'aventurier inconscient et lui assena une paire de gifle pour le réveiller. Il cligna des yeux, sembla reprendre ses esprits puis la lueur de ses yeux perdit de son éclat et il posa des questions auxquelles Yoachiro ne put répondre, interloquée :
« - Où suis-je ? demanda-t-il dans un premier temps. Puis il jeta un œil autour de lui. Que m'avez-vous fait ? Quel jour sommes-nous ? Qui suis-je ? Puis il éclata en sanglots. Maman... »
Ne sachant que faire, la disciple de Féca se détourna du malheureux vers son agresseur et vit que le gaz empoisonné qu'il avait craché s'échappait encore de sa bouche. Établissant le lien entre ce poison et l'état de l'aventurier, elle décida de prélever ce gaz à l'aide d'une fiole qu'elle gardait dans sa besace. Qui sait ce que lui réservait encore ce petit monde totalement fou ? Peut-être aurait-elle besoin de cette arme.

 Une dizaine de minutes après cet événement, Yoachiro arriva sur le lieu de l'échange des enfants destinés au travail forcé. Se cachant derrière une caisse partiellement éventrée, l'espionne identifia les différents protagonistes de cet échange sordide : sur la gauche se tenait un homme rabougri qui maniait le fouet pour mater les enfants qui ne tenaient pas en place, au centre un autre homme de la même carrure, sans aucun doute le complice du premier, discutait de qualité de marchandise et de prix avec un troisième homme tout de noir vêtu. Original comme tenue.
Profitant du fait que les deux hommes échangent des pièces, Yoachiro sortit de sa cachette et attaqua le groupe en commençant par celui qui maniait le fouet, le plus dangereux au premier abord, et son acolyte. Ce qu'elle n'avait en revanche pas prévu, c'est qu'Eman Norcam réagisse si vite à la situation : il avait saisit ses propres dagues pour défendre chèrement sa vie, ce qu'il avait de toute évidence l'habitude de faire avec beaucoup de succès. Le duel se déroula très rapidement et alors qu'Eman s'apprêtait à enfoncer sa lame dans l'épaule de Yoachiro, un des boucliers féca s'activa et repoussa violemment l'arme et son porteur qui arracha au passage la besace que portait Yoachiro. Le marchand atterrit quelques mètres plus loin avec la tête sur le sac et un bruit de verre brisé se fit entendre. Alors que Yoachiro allait repartir à l'assaut, elle vit le gaz moutarde émaner de ses affaires. Son adversaire eut la même vision mais n'eut pas l'occasion de s'en éloigner avant qu'il ne soit trop tard : il inhala le poison et, les yeux devenus tout blanc, s'affaissa de nouveau sur le sol. Yoachiro profita de cette fin inattendue mais bienvenue pour reprendre son souffle.
« - Malin le coup du poison scoliopode, dit une voix claire sortie de l'ombre. J'ai bien fait d'envoyer ce misérable marchand à ma place pour la transaction, nous sommes débarrassés de lui pour les cinquante prochaines années, dit-elle alors que son porteur sortait de cachette. »
Celui-ci était un homme et comme tous les hommes de cette cité, il ne semblait avoir aucun goût esthétique : il était vêtu de noir de pied et cap, ne laissant filtré qu'un visage anguleux au teint laiteux.
L'homme fit alors quelque chose qui surprit la jeune femme : il s'avança élégamment vers elle, lui prit sa main et la baisa tout en se présentant.
« - Comte Di Linger, du onzième niveau. Geaun pour les intimes et pour vous, Ma Dame. Permettez-moi de vous inviter dans mon humble demeure au moins jusqu'à demain. Je ne saurais tolérer un refus de votre part, notre Reine organise une petite soirée demain. Ne le dites pas à notre souveraine mais aucune des femmes de cette magnifique Cité ne vous arrive à la cheville, je vous veux à mes côtés. Puis-je vous demander votre nom, Ma Dame ? »
Yoachiro allait refuser l'invitation de but en blanc quand elle se remémora la mission reçue de la milice de Bonta : approcher un certain baron Geaun Di Linger et prouver son implication dans le meurtre de cinq notables bontariens.Il avait visiblement évolué dans la société. Elle redressa alors la tête et lui répondit en souriant.
« - Menez-moi à votre demeure, je me laisserai choyer, jusqu'à demain soir. Ce délai passé, j'ai bien peur que d'autres affaires urgentes ne m'attendent ailleurs.
- Vos désirs sont des ordres, Ma Dame. »
Et, voyant plus précisément sa nouvelle conquête sous un trait de lumière qui filtrait à travers le plafond des Catacombres, il ajouta émerveillé :
« - Oh... Quelle magnifique chevelure rose vous avez-là Ma Dame. Pouvez-vous me dire ce qu'une femme aussi belle que vous fait dans des recoins si sombres ? Cela est de toute évidence bien surprenant. »
Yoachiro fut presque charmée par ce beau parleur mais elle se rappela son métier, espionne, et perça l'interrogatoire qui se cachait visiblement sous ces questions anodines. Les femmes à Srambad avaient un statut privilégié du fait que le souverain était une femme, le Reine des Voleurs, et le comte ne pouvait pas ignorer ce détail loin d'être insignifiant.
Le comte guida donc Yoachiro jusqu'au onzième niveau, sur les treize niveaux au total, où se trouvait son « humble » demeure, une villa qui aurait pu accueillir à elle seule la moitié de la Cité des Mercenaires, bâtiments et habitants.
Là, ils flirtèrent innocemment par moments et moins innocemment à d'autres moments et, pendant les rares moments où elle était seule, Yoachiro repéra discrètement la villa et les domestiques suffisamment corruptibles et prêts à lui livrer des informations confidentielles sur leur maître.

Le lendemain soir arriva sans que l'espionne ne découvre quoique ce soit et elle se prépara donc pour se rendre à la soirée de la Reine des Voleurs : le comte était venu un peu plus tôt lui apporter une robe. De toute évidence, si cet homme n'avait pas de goût esthétique en matière de tenues pour hommes, il était audacieux sur le choix des tenues de femmes. La robe aurait fait briller une souillon au milieu de mannequin et elle mettait en valeur les avantages de Yoachiro. Elle put cependant dissimuler adroitement deux petites lames en des endroits stratégiques si les choses tournaient mal. Le comte toqua à sa porte pour se rendre à la soirée alors qu'elle s'admirait dans la glace, elle-même surprise par sa propre beauté qu'elle ne soupçonnait pas. Pour la soirée, il semblait avoir troqué son éternel assortiment noire contre un ensemble qui associait les teintes les plus sombres de l'arc en ciel, du bleu marine au violet, ce qui faisait ressortir son teint blanc, ses yeux d'un bleu pur et ses cheveux blonds. Il la mena à la demeure de la Reine au treizième niveau en carrosse tiré par des montures invisibles.
Sur place, Yoachiro vit beaucoup de femmes, soient accrochées à des hommes richement vêtus, soient indépendantes et fières. Beaucoup de celles de la première catégorie se retournaient lorsque la disciple de Féca passait dans leur sillage ainsi que tous les hommes, dont la tendance naturelle au pécher était encore plus prononcer dans cette cité. Elle ne repéra en revanche pas la reine dont elle ne connaissait pas le visage même si le comte avait promis de faire les présentations.

 Au bout d'une heure à peine, un événement inédit vint apporter du piment à la soirée : un invité de la soirée, un baron vraisemblablement, déboula en trombe au niveau du comte et de sa cavalière, sentant l'alcool à plein nez et la voix un peu forte malgré des gestes parfaitement maîtrisés. Il les agressa tout d'abord verbalement, reprochant au comte d'avoir fait assassiné un de ses meilleurs marchands ce qui mettait à mal son business, puis, voyant Yoachiro, il lui reprocha de se pavaner encore une fois avec une vulgaire catin au bras, même si plusieurs autres invités semblaient être dans cette situation. Il sortit alors un poignard de sa veste et fit mine de s'en prendre au comte. Yoachiro réagit au quart de tour : en plusieurs mouvements fluides elle désarma le baron, le mit au sol et se retrouva assise sur son dos, le poignard à la main contre la gorge de l'importun.
Tout à coup, le silence se fit dans la salle et Yoachiro releva la tête sans relâcher la pression de sa lame et vit une femme, de taille moyenne et belle mais pas étincelante au regard brûlant de fièvre sortir de l'attroupement qui s'était formé. Le comte, fébrile, prit la parole.
« - Ma Reine, Dame Yoachiro. Ma Dame, notre Reine.
- Merci Geaun, je sais déjà qui elle est. Continue donc ce que tu étais en train de faire, Yoachiro. Quand tu auras fini, viens me voir, j'ai des choses à te dire. »
Yoachiro se contenta de hocher la tête sans baisser le regarder et, d'un geste sûr, elle trancha net la gorge du baron qui coula abondamment quelques secondes avant que le flot ne se tarissent et que le baron ne rende son dernier soupir. Puis elle se releva, lissa sa robe et suivit la Reine des Voleurs à travers la foule toujours figée.

« - J'aime ta personnalité : fière, qui n'a pas froid aux yeux et tes compétences : tu as désarmé ce petit baron gênant presque aussi rapidement que je l'aurais fait.
- Merci ma Reine, je n'ai fait que me défendre.
- Et de fait, c'est ce que j'aime chez toi comme je l'ai dit. C'est pourquoi j'ai décidé de t'offrir le titre de Marquise. Tu disposes dès à présent d'un logement au douzième étage et tu es la bienvenue chez moi quand bon te semble. Geaun sera à ton service. Évite juste de le tuer, il m'est parfois bien pratique. Sache cependant que si tu venais à me décevoir,  tu ne resterais pas plus longtemps à cette place. »
Yoachiro n'en crut pas ses oreilles. Elle avait à peine passé deux jours dans la dimension de Sram et elle était déjà parti intégrante de ses plus hautes sphères, tout ça grâce à seulement deux sramouraïs désarmés, un marchand et un baron tués.
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L'histoire que Yoachiro m'a raconté s'arrête ici. Je ne sais pas exactement ce qu'elle a fait à partir de ce soir-là même si j'imagine un nombre incalculable de choses inimaginables. Je sais juste qu'à un moment, elle a quitté Srambad et qu'elle a pu me raconter cette histoire que je vous porte aujourd'hui.
Bonne soirée lecteurs de ce fascinant carnet.
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Score : 1703

 

[Mal-Jabar]|25/04/2017 - 21:27:34
 Vous vous endormez dans une barque et vous vous réveillez le lendemain matin au milieu de l’île des Wabbits. Vous tentez tant bien que mal de vous initier au folklore local.
 

Froid.
Que j'aimerais crever les bougres d'abrutis qui parlent de "froid de koinkoin". La vérité, c'est que quand t'es au milieu de la mer, trempé depuis 3 jours, il fait pas un froid de koinkoin. Il fait un putain de froid. Un froid à te geler les os, assez froid pour vouloir se foutre le feu parce que ce sera toujours moins pire.

Même si je ne sais toujours pas qui m'a fait ce coup là, si je le choppe, il aura tout le temps de s'en repentir ! Il va le sentir passer, ça c'est sûr ! Non, mieux. Je trouverai sa famille et je les buterai tous devant ses yeux ! Un à un, histoire qu'il souffre bien comme il faut.
Quand j'ai accepté ce défi, "T'es pas cap de passer une nuit dans une barque à Madrestam", j'étais sûr de me faire les 10 000 kamas les plus faciles de ma vie. Je pouvais quand même pas deviner qu'une raclure de pustule de Bwork trancherait la corde qui retenait mon rafiot. Je vous laisse imaginer ma tête en me réveillant, au milieu de l'eau, avec des gros nuages menaçants dans le ciel. Sans rames.
J'avais passé le premier jour et la première nuit à flipper en imaginant les bestioles qui passaient sous moi…là un immense requin, ici des trucs auxquels je préférais ne même pas penser. Les Dieux seuls savent quelles horreurs naissent au fond de la Mer d'Asse…
Avec ma veine j'allais finir par rencontrer un Kralamour Géant !
Et puis la pluie était tombée.
Au moins la peur des animaux s'était estompée; j'aurais presque préféré finir bouffé que noyé ou mort de froid.

J'ai faim.

Je n'ouvre plus les yeux. Si je dois partir, autant que ce soit en étant à demi endormi.
Il n'empêche que la houle s'est sacrément calmée là. Et il fait un peu moins froid aussi.
Et puis ça sent fort la cawotte.
LA CAWOTTE ?!Je rouvre les yeux sur une forme orangée et odorante. À n'en pas douter, c'est bien une cawotte. Mais le plus surprenant est cet animal bleu auquel le légume semble suspendu.Je me redresse et examine un peu les alentours, repoussant au passage le petit rongeur. Indigné, il pousse une série de petits cris stupides qui m'arrachent un sourire moqueur. La barque s'est échouée sur une île assez verdoyante, quelques rayons de soleil trouent l'épais ciel nuageux et éclairent le paysage. au large, l'horizon est complètement brouillée, signe que la pluie y martèle encore les flots.
Par contre, vision nettement moins réjouissante, des dizaines de bestioles sont en train de converger vers moi. Et la plupart sont d'un gabarit autrement plus imposant que l'autre peluche.Il me faut vous avouer que j'ai réellement cru ma dernière heure arrivée. Devant ces hordes meurtrières aux crocs acérés, j'allais mourir. De la moins héroïque, de la plus stupide des morts.Je ne sais si c'est à cause de cette pensée, ou si, tétanisé, mon corps avait complètement perdu le contrôle ou au contraire si, dans une ultime bravade, il avait eu le panache de ridiculiser ses assaillants. Je ne connais donc la cause réelle de cet évènement. Mais ce qui est certain, c'est que debout sur mon embarcation échouée, face à des dizaines de wabbits sanguinaires, j'ai bruyamment expulsé une quantité d'air qui aurait dû rester en moi.
Mais cette répugnante flatulence eut un effet pour le moins inattendu: les bestioles s'étaient arrêtées et semblaient se regarder entre elles.
Perché sur ma barque je n'ose bouger, de peur de rompre leur calme soudain. C'est alors que l'un pète.
Hurlements de rires de la part de ses congénères qui l'imitent à tout va. C'est bientôt une cacophonie de pets et de rires.
De véritables wapins cwétins…Puis, tout en continuant leur manège, ils fondent sur moi, me soulèvent et m'entraînent dans un dédale de galeries. On s'arrête quelque part, on me déshabille, on me frappe, on me parfume à grands coups de cawotte, on m'interpelle, on me frappe, on me mordille, on me rhabille. Je crois comprendre que je vais rencontrer leur seigneur.Je ne dis pas un mot mais mon esprit est en pleine ébullition. Si le chef est aussi stupide que ses sujets, je devrais pouvoir me le mettre dans la poche en un rien de temps. J'ai déjà compris quelques-unes de leurs idioties. Un peu de patience, je vais pouvoir me fondre parmi eux, apprendre à connaître leurs coutumes, leur fonctionnement.
Et dès lors…tout est possible.
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Les dernières pages du carnet rose étaient bien étranges. Deux personnes qui entretiennent leur petite correspondance, dans ce carnet, comme si le monde leur appartenait. Des écrivains - certains en herbe, d'autres plus expérimentés - ont toutefois déposé, pour votre plus grand plaisir, des récits tous plus agréables à lire les uns que les autres. Vous tournez la page, et reconnaissez une écriture qui vous est familière. Il semblerait que de nouvelles amorces n'attendent que d'être saisies. Ne tenteriez-vous pas votre chance à votre tour, en écrivant une histoire dans ce carnet ? 

Voici de nouvelles amorces. Si l’une de ces idées vient vous inspirer à écrire, à imaginer, soyez LIBRES de développer ces scénarios comme il vous plaira. Transformez-les en histoires, courtes ou longues, tragiques ou joyeuses : laissez-vous porter par la spontanéité qui habite cet endroit, et écrivez simplement ce qui vous vient à l’esprit.


Faite :  Tous les mérydes ne font en fait qu'un. Il s'agit d'un dieu mineur qui a un très, très sévère, trouble de la personnalité.
À faire : Vous êtes responsable de la distribution des kamas aux monstres du Monde des Douze. Vous devez négocier une baisse des ressources allouées aux fantômes de l'Île de Grobe.
Faite Votre travail est d'imprimer de curieux tickets dorés pour le compte des Favoris. Ils vous payent bien, tant que vous ne vous vous intéressez pas à leurs affaires privées. Un jour, la curiosité vous prend.
À faire : Près de Brâkmar, des enfants vous ont demandé de distraire une sentinelle qui bloque l'accès à un territoire. Alors que vous essayez de détourner l'attention du garde en lui parlant et que les enfants sont passés discrètement, vous apprenez que l'accès est interdit car l'air est empoisonné. Vous hésitez entre prévenir le garde et essayer de sauver les enfants, ou simplement filer.
FaiteUne nuit à Astrub, vous savourez votre bière dans la taverne. Soudainement, de nombreuses explosions se font entendre. Vous sortez, pour voir des gens courir dans tous les sens : la cité est sous attaque, les statues des Dieux ont été détruites !
FaiteL'ambiance à Astrub vous paraît beaucoup moins accueillante que de coutume. Vous croisez de nombreux habitants inquiets ou mécontents. Au détour d'une maison, vous tombez sur Iop.
Faite : Vous nagez dans les vestiges de Sufokia, lorsque votre accélérateur de propulsion commence à montrer de sévères défauts. Vous avez du mal à respirer. 
Faite : La menace roublard pèse sur la cité d'Astrub. Le conseil vous a chargé d'organiser et de renforcer les défenses de la ville. De l'approvisionnement jusqu'à l'entretien : tout est désormais dans vos mains. 
À faire : Inspectrice de la cité de Bonta, votre enquête vous a menée à infiltrer une cellule d'espions Brâkmariens. Vous découvrez que le chef de la cellule n'est autre que votre frère, que vous avez enterré il y a 11 années de ça.
À faire : Alors que vous êtes sur le bateau du Capitaine Ardier, en route pour Frigost, vous vous faites assaillir par une bande de ripates. Vous n'êtes qu'un pauvre scribe timide, mais le capitaine vous charge des négociations. 


En temps et en heure, je viendrai écrire ici d’autres amorces. D’ici là, n’hésitez pas à laisser libre cours à votre imagination dans les nombreuses pages blanches qui suivent. L’imagination a toujours été une alliée de Shariva. Peut-être que celle-ci ne restera pas insensible à vos efforts.Je suis sûr que vous trouverez bien une plume et un peu d'encre pas loin.
— Le rose 


Vous passez à la page suivante, qui est blanche. Le carnet semble tendre les bras à votre esprit. Sûrement votre imagination.
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