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[Solo] Journal de Lutrak

Par -Sorrow- - SADEUR - 13 Mai 2017 - 08:45:36
Mon nom est Lutrak Gorindon.
Je suis général de la patrouille de la Brume, et cette fonction m'amène à être témoin d'événements étranges, de ceux qui peuvent parfois changer la face du monde.

Parce que les souvenirs s'envolent mais que les écrits restent, je prends l'initiative d'écrire mes mémoires sur ces quelques bouts de parchemin.
Peut-être qu'un jour, elles serviront à d'autres que moi, dans un monde où moi-même, je ne serai plus là.
 
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De mes premières rencontres avec les favoris de Shariva

La patrouille de la Brume a élu domicile au nord d'Astrub, la cité des mercenaires, non loin de ce grand bâtiment que l'on nomme le "Manoir Lhambadda".
J'ai entendu de nombreuses légendes au sujet de ce manoir, de son propriétaire, un fameux marquis au goût du risque prononcé, ou de ses locataires. Les favoris de Shariva, c'est le nom qui est parvenu jusqu'à mes oreilles avant même que je n'entre au service de la Brume.

Pourtant de mémoire, je n'en avais encore croisé aucun avant ce 2 Aperirel de l'an 647. Ou peut-être que si, en fait, mais sans m'en apercevoir.

La scène aurait pu sembler banale à tout bout de champs. Alors que je campais près de notre quartier général, guettant les recrues potentielles, un personnage à capuche apparaît devant mes yeux, alors qu'une seconde auparavant, la place se révélait complètement vide.

L'individu n'eut que quelques mots à mon encontre : "Attention, le ballon mord".
Puis, en un éclair, il disparut aussi vite qu'il m'était apparu. A mes côtés, un ballon flottait... Et ce ballon me suivait.
Lorsque je tendais la main pour l'attraper, je le sentais monter dans les airs, comme pour m'échapper. Lorsque je tentais de planter un couteau dedans, la lame se brisait et volait en éclat. Lorsque j'utilisais mes talents d'huppermage sur l'objet, mon lance-flamme ricochait et manquait de brûler la ville entière.

Ce ballon me hantait, malgré tous mes efforts et celui des patrouilleurs. Et puis, il disparut à son tour, sans un avertissement.

L'épisode aurait pu s'arrêter ici, mais l'étrange bonhomme revint frapper à nos portes le lendemain, à découvert cette fois.

Il se présenta comme étant Mada Jascar, et c'est ainsi que je compris avoir devant moi l'un de ces fameux favoris aux pouvoirs inconsidérés. Avec lui, une autre encapuchonnée de couleur grise se trouvait là, une débutante en la matière, si j'en croyais leurs conversations.

Mada Jascar et celle qui semblait être sa disciple, Astray Anamie nous menèrent alors dans ce fameux manoir.
Moi-même, ainsi que mes plus fidèles patrouilleurs, les retrouvèrent dans la salle de théâtre, et nous fûmes bientôt rejoint par le grand général Mosath, pour assister à une scène des plus perturbantes.

Alors qu'Astray se trouvait sur scène, encouragée par son maître, je vis tout d'un coup les traits de Proufixe se déformer, ses poils tomber, et sa tunique laisser place à une armure aussi étincelante que la mienne. Et pour cause : là, devant mes yeux ébahis, les favoris venaient de donner mon apparence à l'un de mes patrouilleurs.

Et ils ne s'arrêtèrent pas à ces méfaits : il y eut bientôt quatre Lutrak dans la salle, puis deux Clet. Pire encore, le général fut pris à partie, enfermé dans un glaçon.
Le grand général... J'y pense d'ailleurs... Ce Mada Jascar nous avait demandé, à nous patrouilleurs, si nous avions l'intention de le trahir. Qui est assez fou pour imaginer cela ? De ma part ?

J'aurais bien pris ma lame pour réclamer réparation, mais Mosath m'arrêta. Son avertissement me laissa de glace. "Baisse ton arme, si tu ne veux pas mourir."

Mon supérieur, celui que j'admirais et admire toujours, craignait visiblement ces personnages. Et nous n'avions là qu'un aperçu de leurs pouvoirs.

A mon tour, je commençais à être effrayé...

 
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De ces frayeurs qui naissent où nul ne les attend

Aujourd'hui,le danger est venu où je ne le guettais pas.
J'accompagnais Foxy dans la clairière du Chêne Mou, avec la ferme intention de rencontrer le maître des lieux. Une broutille naturellement, pour un guerrier de ma trempe qui en a vu des vertes et des pas mûres.

Seulement, la route pour accéder au grand Chêne est longue et semée d'embûches. Les abarknydes, abrakne et autres araknotrons nous barrent la route avec leurs légions de champs et d'arakne...

Alors que le combat semblait gagner, un de ces abraknes appela à l'aide un champa de couleur bleue. Je connais bien ces bougres, ils explosent dès que l'on reste à portée d'eux, et les blessures sont souvent mortelles.

Je m'abrite alors sans attendre, m'écartant de ce danger, cherchant un angle de tir pour atteindre son maître.
Mais alors que je me croyais à l'abri, les dimensions se tordent, le temps semble se remonter. Foxy venait de lancer un sortilège dont seuls les Xélors avaient le secret, et en un claquement de doigt, je me retrouvais devant le champa bleu.

Celui-ci m'explosa à la figure, et je fus hors combat. Foxy ne put contenir les assauts des autres serviteurs du Chêne, et nous dûmes nous replier précipitamment. Honteusement.

Nous prîmes notre revanche un peu plus tard, mais l'image de ce champa reste ancrée dans mon esprit. Indélébile.
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De ces endroits entre le rêve et la réalité

Rien ne semblait pouvoir perturber ce début de soirée, et pourtant... Le vent balayait le rivage sufokien, soulevant les grains de sable sur son passage. Une nouvelle bourrasque souffla et je m'abritai les yeux avec mon bras. Lorsque je le retirai de mon champ de vision, j'aperçus un point brillant émergeant à moitié d'entre les grains de la plage, et m'empressai de m'en saisir. Entre mes doigts se trouvait désormais un jeton inconnu, à la face rieuse et aux couleurs déroutantes. D'un coup, la pièce, que l'on me nomma plus tard Sharivaton, prit une teinte rose avant de reprendre son aspect doré d'origine. Surpris, je décidai de la placer délicatement dans ma bourse. Peut-être servirait-elle un jour ?

Je ne pensais pas si bien dire. En ce début de soirée du 11 Maisial, le vent souffla de nouveau, mais le sable ne semblait pas être son seul passager. Un rire résonnait. Et le jeton que je possédais m'appela. Les images de ce Manoir Astrubien vinrent alors effleurer mon esprit, et je dépêchai la patrouille sur les lieux. Mon instinct ne me trompa guère - et de toute manière, il ne me trompe jamais. Après quelques minutes d'attente, un individu suspect fit son apparition aux alentours de Lhambadda. Disciple apparent d'Eniripsa nommé Mah-Jypcien, son visage m'était tout bonnement inconnu, mais il ne constituait pas le plus grand mystère du soir.

Derrière lui suivirent alors deux, puis trois, puis quatre toges de couleurs différentes. Des favoris de Shariva, la déesse du Tumulte, venaient nous rendre visite. D'abord se présenta Mal-Jabar, Le Rose, comme il se nommait lui-même, et ce nom fit remonter en moi les souvenirs d'un carnet sur lequel j'avais écrit quelques mots. A ses côtés se tenait Mu-Janji, à la toge blanche, symbole d'une pureté que ces favoris ne me paraissaient pourtant guère porter. Puis vint le tour de Manie-Jance, d'un bleu sombre comme la nuit, semblable à celui que nous portons sur notre blason. Enfin, la présentation se termina par Malma-Jeste, à la capuche d'un violet clair, presque colombin.


Après diverses prises de parole toutes plus énigmatiques les unes que les autres, les favoris dévoilèrent leurs intentions : le Royaume de la Brume semblait lié à leur déesse, et c'est dans cette optique qu'ils souhaitaient désormais s'ouvrir à nous, et nous présenter un lieu interdit, oublié. Un lieu dont les secrets étaient renfermés dans un grimoire, et dont l'introduction tenait en ces mots.

Par moi on va dans la cité dolente,
Par moi on va dans l'éternelle couleur,
Par moi on va parmi les coulisses perdues.
Elle a mû mon sublime artisan,
Puissance divine m'a faite,
Et la haute Dame et la première écume.
Avant moi rien n'a jamais été créé
Qui ne soit tumulte éternel, et moi j'anime éternellement.
Vous qui entrez laissez toute espérance.

Nous apprîmes que ce Grimoire avait circulé entre de nombreuses mains, et que son auteur se trouvait disparu sans laisser la moindre trace. Mais le manuscrit, lui, avait été retrouvé. Il se trouvait tout prêt...

Les favoris nous guidèrent alors jusqu'à la salle de l'autel de Shariva. Aux côtés de la statuette se tenait un livre... Le fameux Grimoire, que les serviteurs du Tumulte nous poussèrent à lire. Tout le monde se précipita sur le mystique ouvrage... Et ils disparurent en un éclair. Je voyais, tour à tour, Clet, puis Ter, puis Ultiger ou encore le Général Mosath s'évaporer vers l'inconnu, tandis que dans ma main, mon sharivaton changeait incessamment de couleur. Hésitant, je pris alors le parti de consulter le manuel. J'y posai à peine un doigt, puis je n'étais plus là.

Nous nous trouvions désormais sur une île, sans le moindre souvenir d'une quelconque traversée marine. Là, des livres d'entassaient, sur une plage sombre et aux côtés d'une mer menaçante, agitée, tumultueuse. Ainsi avions-nous atteint le Maelström de Shariva. Les questions se bousculaient dans ma tête. Quel était ce lieu ? Etait-ce un rêve ? Pourquoi tous ces objets ? Quel était ce livre, ouvert devant nous, que je ne pouvais atteindre ?


Mal-Jabar nous assura que cet endroit était né des songes de Shariva, pourtant, j'y ressentais le danger à chaque instant. Les favoris s'amusaient de notre incrédulité, aussi décidèrent-ils de nous jouer un nouveau tour en ôtant leurs inquiétantes toges. Encore une fois, Le Rose ouvrit la marche, et j'eus la surprise de découvrir un personnage semblable à tout autre Douzien sous cette toge colorée. Manie-Jance suivit alors... Et je crois ne pas encore être remis de ma découverte. Derrière ces énigmes, ces rires empreints de sadisme et de malveillance se cachait une femme des plus ravissantes. Je restai pantois, interdit face à la découverte, prêtant à peine attention à Mu-Janji qui dévoila une autre capuche de sous sa toge blanche.

Je n'eus pourtant guère le loisir d'en profiter. Mal-Jabar nous ordonna alors de nous mettre en ligne et commença à nous distribuer à chacun un petit ticket doré. Une fois l'objet en main, nous devions continuer la lecture de ce livre dont j'ai parlé un peu plus tôt... avant de nous retrouver dans un endroit encore plus hostile que le premier. Nous découvrîmes la chaleur étouffante d'un bain de lave, l'atmosphère lourde et accablante d'un dortoir aménagé au beau milieu d'un volcan. Le ticket doré que Mal-Jabar nous avait confié s'enflamma dans mains avant d'être réduit en poussière. Je vous épargnerai tous les dangers qu'un tel lieu peut contenir, mais je ne peux m'empêcher de mentionner ces escaliers qui s'élevaient dans les ténèbres.


Tous, nous essayions de gravir ces marches, pour échapper au volcan ou pour nous enfoncer vers de nouveaux dangers. Je montai ainsi les marches à un rythme soutenu, sans jamais voir la lumière au bout. Désireux de connaître le chemin parcouru, je me retournai pour faire un amer constat : je me trouvai encore au pied de l'escalier, au niveau du sol, ni plus haut ni plus bas qu'un autre. Ce genre de sentiment dont les rêves sont faits, où nous avançons sans vraiment avancer... Voilà ce dont il s'agissait. D'après Mal-Jabar, nous n'avions pas le bon ticket pour entrer, et selon tous les favoris sur place, c'était préférable pour la bonne santé de notre esprit.

Mal-Jabar porta alors son attention sur mon sharivaton, lequel arborait de nouveau une couleur rose. La favorite me révéla alors l'existence d'un personnage que ce jeton pourrait intéresser, en échange de précieux objets. Peut-être possédait-il le laisser-passer vers ces terres interdites, ou un quelconque atout dans notre quête ?

Mah-Jypcien, lui, n'eut aucun mal à gravir les marches, mais un cri d'horreur retenti alors. Mu-Janji, à son tour, partit s'enquérir de la situation, et il fut suivi par les trois restants. Mal-Jabar, Malma-Jeste... et Manie-Jance. Impuissant, las, je me résignais à retrouver le manoir Lhambadda. Peut-être les y retrouverai-je un jour ?
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De ces protecteurs qui se voilent la face

Le Monde des Douze a ses héros, ses illustres. Le Général en est un exemple frappant, par son autorité, par sa mission, par son rang. Rosal, protecteur de maisial, en est d'un autre genre, investi d'une toute autre responsabilité.

Ce soir du 7 octolliard pourtant, de simples quidams l'appelaient à l'aide, à la recherche d'une sœur perdue depuis des années. Le Général m'avait dépêché sur place, pour sécuriser l'endroit. A vrai dire, Mosath n'avait pas trouvé bon de m'avertir des buts réels de ma charge : je n'appris tout cela que des mots d'une adoratrice de Sacrieur, déjà positionnée non loin de la Fontaine.

On me conta alors les aventures d'une organisation répondant au nom du Coeur du Tumulte, une appellation totalement étrangère à mes oreilles. Pourtant, à en croire cette disciple de Sacrieur, le Coeur avait de nombreuses actions miraculeuses à son compteur. Sans un mot, je la laissais à ses divagations, jusqu'à rencontrer un de ces fameux membres.

Cette dernière – Mestalma, je crois – comptait bien aider une jeune fille à retrouver sa sœur, mais tenait pour le moins des discours abracadabrants, mentionnant un voile qu'il fallait déchirer pour passer de l'autre côté. Et pour y arriver, quoi de mieux qu'invoquer un Protecteur avec sept mois d'avance, ou cinq de retard, selon le point de vue ?

Sans conviction, je suivais le rituel consistant à venir en aide à des fleurs. A vrai dire, j'espérais au moins, par mon implication, apaiser l'esprit de cette pauvrette qui n'aspirait qu'à retrouver un être cher. Et puis, le rituel fonctionna.
Rosal, le véritable Rosal se trouvait devant nous, l'air morose. Alors qu'il se confondait en de mystérieuses paroles, je sentais mes bras et mes jambes se raccourcir, ma tête se couvrir de pétale, mon corps devenir celui d'une rose démoniaque.

Tous ensemble, nous partîmes en quête d'un dernier ingrédient : une goutte de rosée précieuse qu'il fallait arracher à une rose peu commode. Une fois ceci en poche, Rosal confectionna sa potion et la confia à l'un de nous.

Nous nous rendîmes alors non loin de Sufokia, où nous brisâmes le fiole au sol. D'un coup, deux disciples de Sram apparurent. D'après Mestalma, la potion venait de briser le voile, faisant apparaître une nouvelle vérité.

Les deux personnages nous apprirent la triste fin de la sœur disparue, laquelle reposait un peu plus à l'est. Nous partîmes nous recueillir sur sa tombe, avant que celle-ci ne disparaisse, nous faisant revenir de notre côté du Voile... Du moins, est-ce ainsi qu'on nous le rapporta.
Depuis mon arrivée au Royaume, j'ai assisté à bon nombre d'événements extraordinaires... Les favoris, Shariva, la Brume, ses pouvoirs...Et, à dire vrai, si l'on exclut la présence de Rosal hier, j'en trouverais presque la soirée ordinaire.

Deux personnes invisibles qui le deviennent soudainement... Une âme perdue qui tente de s'échapper. Tout ceci n'est nulle histoire de Voile, elle est simple question de Brume.Oui, c'est la même Brume qui protège notre Royaume et qui masquait les Srams et la tombe. La Brume, le flux des âmes des défunts dont faisait partie cette sœur décédée. Sans en avoir conscience, elle aura pu utiliser les pouvoirs de la Brume pour se masquer de sa propre famille, et seule l'intervention d'un puissant personnage, comme un protecteur des mois, aura pu briser ce sort, rien qu'un temps du moins.

Il n'y a nul Voile derrière cela. Rosal lui-même le mentionnait pourtant. Est-ce un mensonge pour protéger notre Royaume et la Brume qui l'entoure ? Croit-il vraiment à cette supercherie ? Ou en était-il lui-même une nouvelle, comme on en a vu beaucoup avec le Tumulte ?

Il reste des questions, comme toujours. Mais fort heureusement, il existe aussi des certitudes auxquelles je peux me raccrocher.
 
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De ces dames et de ces pions

Le 25 Novamaire, un étrange message rédigé en Brâkmarien parvint jusqu'à nous, donnant rendez-vous à la population à la taverne du Chabrulé. Comme le disait si bien le général Mosath, un rassemblement à Brâkmar n'augurait jamais rien de bon, et encore une fois, le Général Mosath avait raison.

Les rédactrices de la missive n'étaient autre que des favorites de Shariva : la douce Manie Jance, mais surtout l'impitoyable Malma Jeste. Je pus le constater au premier regard ; de cette femme ne se dégageaient que cruauté et suffisance, mépris et arrogance.

Encore une fois, les Tumultueux comptaient utiliser la population pour leur basse besogne, et encore une fois, comme une bleusaille, j'avais suivi le mouvement. Peut-être avais-je l'espoir que sa sœur, plus timorée, puisse apaiser le tempérament volcanique de Malma ?

Nous dûmes enfiler des uniformes brâkmariens malodorants, mais heureusement, bien ajustés. Etait-ce là une magie Sharivarienne ? Tout le monde, aussi bien les sveltes que les bedonnants, put trouver une cuirasse parfaitement à sa taille.

 Bref, nous nous répartîmes alors en deux groupes, et je choisis d'accompagner Manie Jance dans les rues de la Sombre Cité. J'avoue m'être pris au jeu au moins un instant, tâchant de me comporter comme un véritable brâkmarien : j'insultais les passants, je leur sommais de m'obéir, je les menaçais. En gros, je me malmajestisais, l'espace d'une poignée de minutes. Notre promenade nocturne nous mena à l'hôtel des métiers, où les deux groupes se rejoignirent.

 Après avoir envoyé le garde déjà sur place voir ailleurs s'il y était, nous entrâmes alors, faisant la rencontre d'Altair. D'après Malma, le personnage détenait de précieux parchemins, indispensables à ses plans inconnus. Fidèle à mon uniforme, je commençais alors à menacer l'individu de ma hallebarde... Puis je me rendis compte de ma faute.

 N'étais-je pas un noble patrouilleur de la Brume ? Un défenseur de la population, même de la Cité Sombre ? Au contact de cette manipulatrice de Malma Jeste, je devenais peu à peu aussi sombre qu'elle. Le temps de me rendre compte, Altair appelait la garde, Manie et Malma prenaient la poudre d'escampette, et moi et mes pairs, nous retrouvions enfermés dans les geôles de Brâkmar.

Je me maudissais intérieurement : comment avais-je pu tomber si bas, céder si vite ? La présence du Général me rassura autant qu'elle me vexa. Il était sauf, mais il était là.

Un garde s'enquit alors des raisons de notre présence ici, me désignant comme porte-parole de notre groupe. Devant la pression et l'insistance d'une partie de mes camarades d'infortune, je révélais le nom de notre mandatrice, Malma Jeste, taisant volontairement celui de Manie... A vrai dire, pression ou pas, je l'aurais certainement lâché tôt ou tard : le spectacle des légions de Brâkmar aux trousses de cette bougresse représentait un Tumulte fort agréable à mes yeux.

Je n'en revenais pas. Elle nous confiait une mission si importante qu'à la moindre difficulté, elle fuyait sans crier gare, emportant même Manie dans son manège ! Mais qu'elle aille se le chercher tout seul, son fichu bout de parchemin, et qu'elle laisse les Douziens en paix ! Je ne voulais pas être un simple pion sur son échiquier.

Hélas, je n'en étais pas débarrassé pour autant : Malma revint bientôt, cette mise en scène n'était qu'une façon de mesurer la confiance qu'elle pouvait avoir en nous, et j'avais lamentablement échoué. En même temps, cela m'arrange, je n'aurais pas voulu croire qu'elle puisse un jour s'appuyer sur moi. Malma en profita pour jeter le garde dans la lave, ce garde qui ne faisait rien d'autre que son métier. J'essayais alors de joindre les autres prisonniers à ma cause, mais ils firent la sourde oreille : beaucoup adoraient Malma, pour une raison qui m'échappe encore. Cela semblait l'amuser. Rira bien qui rira le dernier.

 Malma nous donna alors rendez-vous à la taverne du Ripate, à Sufokia. Bien qu'hésitant, je finis par suivre le mouvement, d'une part, parce que mon général s'y rendait aussi, et d'autre part, parce qu'il était question de retrouver Manie.

Nous trouvâmes bel et bien Manie Jance ici... Puis, un esprit vint se joindre à nous. Ses énigmes nous menèrent à la bibliothèque de sufokia, où nous fîmes la rencontre d'Hesperius. Malma reprit alors son cirque de menace : n'ayant pas trouvé son parchemin chez Altair, elle semblait maintenant persuadée qu'Hesperius le détenait.

Et cela me tue de le dire, mais Malma n'était pas la pire. Il y avait cette disciple de Feca là, qui menaçait de s'en prendre aux enfants de ce pauvre homme, pour un bout de parchemin dont elle ne connaissait même pas la nature. Prête à tuer pour la parole de deux capuches.

 Puis Hesperius, face à tant d'adversité, se lança à l'assaut. Il invoqua une boule de feu géante et nous attaqua, tous. Je refusai d'abord de le frapper, puis, notant que j'étais également pris pour cible, je me défendis pour ma vie. Parfois, nous sommes confrontés à deux options, toutes deux mauvaises...

Hesperius fut vaincu et Malma obtint finalement son parchemin. Mais quel triste spectacle... Le spectacle d'un homme qui, pour la simple fortune d'une favorie, se trouva rossé de coup par des aventuriers avides de sang et de bataille.

Amer, je quittais les lieux. J'eus à peine le temps d'entendre le « Bonne soirée, pion » que m'adressait Malma, d'adresser un dernier regard à Manie qui ne me remarqua même pas, puis je sortis, la mort dans l'âme.

Ce soir, j'avais failli à ma tâche.
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