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[Animation] Récits d'Invention #1 : Vous venez d'être convié(e)...

Par RaphaelLeMeurdeBretagne - SADEUR - 18 Octobre 2017 - 14:13:36



Vous avez été convié(e), par courrier, en une petite assemblée, à une heure tardive. L'endroit où vous vous trouvez a tout l'air d'un tripot sans grande prétention. Les autres invités et vous constituez le seul semblant de clientèle. Une voix sépulcrale s'élève de l'autre côté du comptoir, mais son propriétaire demeure invisible. Intrigués, vous vous approchez tous du comptoir et y découvrez des enveloppes à vos noms, marquées d'un as de Pique.

« Vous avez chacun commis un larcin à votre manière, et je récompenserai celui ou celle qui m’en fera le meilleur récit ici-même. Pour que l’exercice ne soit pas vain, en plus de votre vie, le vainqueur se verra remettre une bague de grande valeur. »

La porte d'entrée, seule issue atteignable présentement, se barre solidement sans que quiconque n'y ait touché. La voix se manifeste à nouveau et vous indique que vous serez tous libérés au lever du soleil : lorsqu'un gagnant aura été désigné et dûment récompensé pour ses exploits.
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Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

Voici l'amorce de cette première édition des Récits d'Invention. Celle-ci a pour but de donner aux premiers participants un tremplin sur lequel rebondir ou, au choix, à ignorer.

Elle ne sera pas prise en compte lors des délibérations finales. A vos idées !

Alors que les prisonniers temporaires des lieux y allaient de leurs conciliabules, qu’ils s’outraient déjà de cette mise en scène grotesque, une créature de l’ombre demeurait à l’écart. Un sourire malicieux et empreint d’une touche de folie se dessina sur son faciès légèrement poudré. Puis, dans un élan brusque qui fit grincer plusieurs chaises, elle cabriola jusqu’au comptoir avant de s’y hisser et de finalement de s’y asseoir.

« Eh ben alors les cocos ! Qui c’est-y qui s’jette à l’eau en premier ? »

Elle fixa successivement plusieurs visages dans le plus profond des yeux, pensant peut-être y insuffler un peu de sa démence personnelle.

«  Toi ? Ou bien… toi, mon chaton ? Peut-être toi ?  »

Faussement coquette, elle tendit son bras en avant et releva une main gantée, se demandant si le bijou précédemment évoqué lui irait bien.

« Hihiiihihiihihii ! »

Toujours assise sur le comptoir, l'acrobate remuait les jambes avec exagération, parodie d'enfant.

« Bon, bon, bon… C’est à moi d’ouvrir le bal, je crois ! Et puis… On dit que je manque un peu de sérieux, surtout une certaine Dame… Manquer de sérieux, moi ? Hiiiiiiiiihihihiihihiiii ! Si c’est pour cette bagouze… je veux bien faire un effort. »

L’arlequine ravala son rire dément, et se mit à conter l’histoire de son larcin...

*   *   *

Une place de village comme il en existe partout sur le Monde des Douze. Une foule. Une célébration.

L’an 647 touche à sa fin, petits et grands se réunissent le temps d’une soirée, d’une nuit, au cours de la cérémonie du célèbre Bal du Début-Temps. Dans quelques instants, le règne annuel du démoniaque Djaul s’achèvera pour laisser la place – tant bien que mal et plus mal que bien – à celui de Jiva la Blanche.

La grand-place bruisse des éclats de rire et l’air, aussi sec que froid, embaume des arômes de vin chaud épicé. Le sucre glace luit à la lueur des guirlandes qui saturent le ciel tandis que la neige recouvre de son manteau épais les tuiles des maisons avoisinantes.

Les enfants courent autour de la clepsydre géante, haute comme six hommes, qui trône au centre de la grand-place. Leurs parents sont occupés à se resservir, qui en marrons, qui en dragodinde, qui en Friswein. L’atmosphère est chaleureuse en cette soirée glaciale.
*   *   *


« … c’est à cet instant que sa progression ralentira, avant de parvenir sur le point d’arrivée.

- Donc tout est juste ?

- J’ai moi-même vérifié les calculs.

- Tu fais un sacré magicien des nombres, chaton.

- Oh, ce n’était rien ! Rien d’insurmontable, en tout cas, pour qui s’y connaît un peu.

- Plus qu’un peu, coco, plus qu’un peu ! Je t’en dois une, et pas n’importe laquelle…

- Allons, ça m’a fait plaisir. D’autant plus que ça m’a permis d’en faire profiter ma classe. Si quelqu’un doit être remercié, c’est vous !

- Oh ? Oh, peut-être bien, oui, maintenant que tu le dis…

- N’hésitez pas à revenir me voir, à l’avenir, s’il vous arrivait d’avoir quelque nouveau casse-tête à résoudre. Donnez-moi un point d’appui, et je soulèverai le monde, hahaha !

- Une autre fois, mon mignon ! Hihiiihihiihihii ! »
*   *   *


Les heures défilent à mesure que les tonnelets se vident et que les plats succèdent aux autres. Les joues sont désormais plus rougies par les effets de l’alcool que par le froid et les agapes, discussions, et rires sont de plus en plus bruyants.

La marée humaine, toujours mouvante, s’écoule entre les buffets montés sur tréteaux en périphérie de la place sablée. Chaque déplacement s’accompagne de crissements siliceux, les flots vivants se déversent autour des obstacles du soir : un arbre décoré ici, un reste d’échafaudage là-bas. Nul ne prête plus attention à ce qui ne se trouve pas en face de lui et la plupart des regards sont tournés vers l’assiette ou le verre le plus proche.

Une silhouette anonyme achève l’ascension d’un toit givré et débute un numéro de fildefériste à partir de l’extrémité d’une des nombreuses guirlandes qui traversent les hauteurs de la grand-place. Le filin – elle s’en est assurée au préalable – est particulièrement résistant.
Ainsi l’ombre colorée progresse-t-elle au-dessus des lampions, sans qu’on ne lui prête la moindre attention, jusqu’au sommet de l’imposante clepsydre.

Il ne lui reste plus qu’à attendre.
*   *   *


« J'utilise un liège excellent, pour sûr, mais c’est bien la première fois qu’on me passe une commande aussi particulière. Vous êtes certaine de vouloir le… lester ?

- Farpaitement !

- Sans vouloir être indiscret, qu’est-ce que vous comptez en faire ?

- Eh bien… Approche-toi, plus près, plus près. Tu sais garder un secret ?

- Oh, bien évidemment ! Bien évidemment !

- Ça tombe bien : moi aussi. »

*   *   *

Vient le moment tant attendu, celui où le bourgmestre à l’équilibre rendu précaire par les excès récents prend la parole afin d’inviter chacun à admirer ce chef-d’oeuvre d’horlogerie, gracieusement prêté à sa commune, dans le but d’assister à la fin d’une année et à la naissance d’une nouvelle.

La clepsydre, pourtant présente depuis la mi-journée, est donc la proie des regards et de l’attention orgueilleuse des habitants. On admire ses lignes, on plaisante sur ses courbes qu'elle emprunte aux sabliers. Les plus jeunes demandent pourquoi elle contient deux liquides de couleurs différentes et superposés. Les vieux se lancent dans des explications mêlées d’approximations grossières et finalement romancées : la phase bleue, la plus dense, représente l’année qui s’achève tandis que la phase rouge supérieure représente l’année qui débute.

Il s’agit donc de matérialiser le passage d’une année à une autre, à l’aide de deux liquides non miscibles. Du moins, c'est ce qu'expliqueraient des personnes qui sauraient de quoi elles parlent. Les interrogations, naïves, fusent quant à l’absence de mélange des deux couleurs. Les réponses, absurdes et attendrissantes, les suivent : les années se succèdent mais ne se mélangent jamais. Le futur ne fraye pas avec le passé. Demain ne sera jamais hier.

Alors, on demande ce qu’il en est du présent et, invariablement, les vieux pointent du doigt le goulot d’étranglement de la clepsydre : c’est la goutte qui en jaillit qui fait office d’instant présent. C’est elle qui matérialise la fuite du temps qui passe, de la partie supérieure de la clepsydre de verre à sa partie inférieure. Cette dernière ne contient, pour l’instant – et les morveux froncent les sourcils – que le « temps » bleu de l’année qui s’achève mais, lorsque la dernière goutte de cette couleur rejoindra ses sœurs, alors – et seulement à ce moment précis – la première gouttelette rouge pourra se frayer un chemin dans le goulot, passant de la partie supérieure de la clepsydre à la partie inférieure, et ira s’écraser dans la cuve translucide remplie des secondes de l’année passée.
A ce moment, tout le monde éclatera de joie et serrera ses voisins dans ses bras, car Jiva la Blanche aura vaincu, une fois de plus, son terrible rival cornu. Et ce sera l'occasion d'un nouveau départ.

Les moins endormis demandent généralement quelle goutte est la plus importante, celle de la dernière seconde de l’année ou bien celle de la première de l’année suivante.
Il en va toujours ainsi et le bourgmestre choisit systématiquement d’interrompre les conciliabules à cette occasion en annonçant qu’il s’apprête à user de magie.

Le silence se fait. Quelques toux, discrètes, s’éteignent, et les oreilles se tendent.

Alors le goutte-à-goutte de la clepsydre – jusque-là éclipsé par les bavardages – s’amplifie jusqu’à devenir audible. Il résonne.


PLOC.


PLOC.


PLOC.


Les secondes s’égrènent et ce n’est désormais plus qu’une question de minutes avant le passage à la nouvelle année.


PLOC.

ploutch.

PLOC.
*   *   *

On raconta, par la suite, que quelques-uns avaient vu l’objet effilé choir dans la clepsydre, que sa lente progression à travers la phase rouge avait été remarquée et que sa trajectoire, parfaitement calculée, avait quelque chose d'irréel, mais nul ne s’en rendit compte sur le moment, tandis que gloussait, perchée au sommet du monument d'horlogerie, l’acrobate mystérieuse.
*   *   *

Il ne restait plus que quelques gouttes bleues.


PLOC.


La foule était crispée, attentive.


PLOC.


Les petits poings serrés des enfants impatients d’assister au miracle ravissaient leurs parents.


PLOC.


L’avant-dernière goutte bleue venait de s’écraser, son ultime semblable pointait à la sortie du goulot d’étranglement.
Durant sa chute, tout le monde retint son souffle, et, pendant une longue seconde, cette ultime gouttelette eut l’honneur d’être le centre d'une attention presque dévote.


PLOC.


Ils y étaient. Toutes et tous. Dans cet entre-deux temporel, philosophique et matériel. Plus tout à fait dans le passé, pas totalement dans le futur, cantonnés au présent. Agrippés à cette idée, tenace, qu’une goutte d'huile teinte représentait tout ce qui comptait.











Des regards se tournèrent en direction du bourgmestre. Avait-on raté l’écoulement de la première seconde de l’année ? Pourquoi le sortilège d’amplification sonore ne fonctionnait-il plus ? Pour quelle raison n’y avait-il pas d’huile rouge dans la partie inférieure de la clepsydre ?

On dépêcha quelques individus bien bâtis qui se firent la courte échelle, pendant que d’autres allaient chercher des échafaudages, et l’on se rendit compte que le goulot d’étranglement était obstrué par une sorte de… de bouchon.

Un banal bouchon conique, plus lourd que la normale, était venu se coincer dans la partie la plus étroite de l'objet de précision, celle-là même qui permettait l’écoulement des fluides qu’elle contenait.

Comment pareil intrus avait-il pu pénétrer à l’intérieur de la clepsydre ? Qui l’y avait laissé tomber ? Car c’était forcément du fait de quelqu’un, cela ne pouvait pas résulter du hasard ! Le diamètre du bouchon était parfaitement adapté pour clore hermétiquement le goulot d’étranglement et l’obstruction avait eu lieu pile au moment fatidique !

Lorsque les plus agiles atteignirent le sommet de la clepsydre géante, ils trouvèrent, coincée dans l’orifice de remplissage, une carte à jouer frappée d’un as de pique.

Le bourgmestre était outré, ses adjoints scandalisés et la population, qui ignorait cette fâcheuse découverte, était éplorée : on venait de lui voler la première seconde de la nouvelle année.
*   *   *

Sortant l'auditoire de sa rêverie, l'irrévérencieuse arlequine gloussa.

« L’Emynuscule m’en parlait encore la semaine dernière : le temps, c’est de l’argent. Et je possède quelque chose d’aussi inestimable que cette babiole qu'on nous fait miroiter.

- Vous avez... du temps ?
tenta quelqu'un.

- Pour penser, voui, trésor. Pour penser ! Pour penser l’impensable, hihiiihihihiiihihiiiihii ! »
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Un silence profond s’était installé dans la pièce. Aucun n’aurait pu s’attendre à une histoire si finement cousue de la part de cette féline personne à l’air si enfantin. Cette contradiction frappante entre l’apparence et la prestance du langage était amplement suffisante pour suggérer que cette originale aventure fut réelle.

Un pied de chaise qui glisse difficilement sur le bois vint alors briser la quiétude des esprits occupés à peser les tenants et aboutissants de la dite histoire. L’homme à l’origine de ce bruit avança d’un pas lourd jusqu’au comptoir. A moins d’être fait de fer, tout indiqua que celui-ci était lourdement armé.

Arrivant au comptoir où les bougies mirent en lumière le personnage, il fut à présent possible de remarquer son Lonne usé et son robuste bouclier d’entraînement qui accompagnaient ses vêtements ornés de plumes noires. Il était à n’en pas douter d’un mercenaire. Un mercenaire du Clan de Nedora-Riem pour les personnes bien renseignées.

« Je dois vous l’avouer, c’est certainement une des histoires de larcins les plus fascinantes qu’il m’ait été donné d’entendre. Je pourrais vous soupçonner, vu la tournure des évènements, que vous êtes liée à cette opération qui vise à subtiliser temps et informations, mais je vais laisser jouer la présomption d’innocence. »

L’individu se défit de son Lonne, son bouclier ainsi que d’une impressionnante hache d’un bleu cristallin tirée de sa ceinture pour pouvoir s’asseoir sur le comptoir, bien moins souplement que la première oratrice. Il se massa les tempes un instant, coiffées de sa chevelure noire, puis ouvrit ses yeux d’un gris pâle sur l’auditoire.

« J’imagine qu’agiter ma hache dans tous les sens pour forcer la sortie porterait un coup à l’ambiance et renforcerait les idées reçues sur les disciples de Iop. »

Le disciple de Iop, car il apparut clairement comme tel, prit une grande et lente inspiration.

« Je ne suis pas un homme du mal ou des maux. J’ai voué ma vie à la droiture et à l’honneur. Aussi il me sera difficile de vous conter l’histoire d’un larcin dans les règles de l’art. Sram ne m’a assurément pas dans ses petits papiers. Je suis un mercenaire de métier, je me débrouille pour toujours mériter d’une manière ou d’une autre ce que j’obtiens.

Parlons donc de ce larcin. Il est différentes choses que l’on peut obtenir en tant que mercenaire. Principalement des kamas, comme vous le savez, mais par arrangement, il peut également s’avérer que des récompenses soient des reliques, des accords, des avantages ou des pièces de collection aussi rares que belles.
Je suis un peu collectionneur sur les bords. Il m’arrive donc de parfois négocier mes contrats différemment pour compléter mes collections et mon goût de richesse. Il suffit d’avoir l’œil. C’est l’œil, comme le flair de l’Ouginak, qui vous permet de localiser la proie de votre contrat. Cette proie, je l’ai localisée un jour comme un autre dans nos bureaux d’Astrub.

Il est des personnes qui, au premier coup d’œil, vous font sentir qu’elles sont particulières. L’aura qu’elles dégagent vous indique que vous avez en face de vous une grosse prise qui pourra vous rapporter beaucoup et pourquoi pas une rareté.
C’est ce que j’ai ressenti chez cette femme qui s’est présentée chez les mercenaires.

C’était il y a plus de sept années mais je n’oublierai pas sa peau pâle et son regard doré. Elle disposait de ce qui fait aujourd’hui ma plus grande fierté et je suis pourtant homme aisé. L’obtenir n’allait visiblement pas être simple car seule la curiosité l’avait attirée chez les mercenaires.


Le larcin commence ici. Il me fallait la comprendre, la connaître pour finalement la convaincre de me céder son trésor d’une manière ou d’une autre. C’est un minutieux travail d’observation qui s’est entamé. Les habitudes vous en disent long sur la personnalité d’une personne. Approcher et saisir quelques bribes d’une personnalité vous permet alors de lancer des conjectures sur les goûts, désirs et pourquoi pas savoir qu’est-ce qui pourrait mener une personne à se défaire d’un bien aussi précieux. Je dis ça au hasard.

Mon plan se devait d’être parfait. Je n’aurais certainement qu’une seule chance. Je devais frapper fort, être habile dans mon approche et réussir à la convaincre qu’une idée avait germé dans son esprit : celle de ne pas rendre impossible le fait de me céder son unique, son trésor.

Lorsque le jour vint, tout était prêt et le plan fût exécuté à merveille. L’empathie et la prise en considération de tous les facteurs qui impliquaient de possibles complications voire un échec étaient la clef de voûte de l’opération.

Tout fonctionna à merveille. Pas un seul faux pas et même mieux, je puis obtenir les deux parties de cette chose si précieuse.

En apprenant à la connaître comme j’avais appris à me connaître, j’avais à présent réussi mon « larcin ». »

L’homme appuya l’aspect relatif du larcin par des guillemets effectués avec ses doigts. Après un bref instant de pause, il laissa ses mots guider la chute de l’histoire.

« C’est ainsi qu’avec habilité et application en y ajoutant un peu charme et d’improvisation, elle finit par me céder son cœur et, dans la foulée, sa main. C’est aujourd’hui encore ce qui m’est le plus précieux et je n’ai pas l’intention de lui rendre ce que je lui ai subtilisé de sitôt ! »

Rigolant sincèrement, l’homme balaya l’assemblée de ses yeux à présent moqueurs

« A quoi vous attendiez-vous de la part d’un homme qui prétend défendre l’honneur et se préserver de provoquer des maux ? Ce n’est le plus grand larcin du siècle. C’est mon plus grand larcin et je défends qu’il soit probablement celui qui a rendu le plus heureux un homme. »

(Théochaos Rakle, mercenaire du clan de Nedora-Riem)
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                Le récit qu’il venait d’entendre aurait presque pu arracher un sourire au Pandawa grisonnant installé contre le mur de cette auberge insignifiante. Mais il en était tout autre. D’abord excité par l’invitation mystérieuse, Morgat, c’était ainsi qu’il se plaisait à se nommer, avait vite déchanté. Un guet-apens en somme ! L’instigateur de cette mascarade avait de plus signifié que cette affaire était question de vie ou de mort. Mais c’était bien là le cadet des soucis du Pandawa. Oui, il avait commis un larcin, à sa manière. Ces mots l’avaient d’ailleurs fait tiquer. Il savait parfaitement ce que ce roi de trèfle voulait comme récit de sa part. Morgat, avec ses aptitudes héritées d’un passé militaire, avait d’abord scruté la salle à la recherche d’une échappatoire ; mais il avait dû se résigner : seule issue du maudit lieu, la porte d'entrée était barrée d’une lourde traverse. Puis quand les convives avaient débuté leurs piaillements, Morgat était resté muet, à son habitude. Mais cette fois-ci, son silence transpirait d’une odeur de honte et de peur. Une espèce de saltimbanque avait inauguré le bal sortant Morgat de cette cogitation. Mais il l’avait écouté d’une oreille distraite, et du disciple de Iop qui venait de s’exprimer il ne s’était concentré que sur le dénouement. Il sentait maintenant que c’était son tour, Morgat allait livrer le lourd secret de ses dernières années de milice à la Cité Blanche.              

               Du rythme de ses Getas en bambou, le Pandawa transforma peu à peu la joyeuse cacophonie provoquée par le mercenaire en un silence discipliné. Le mutisme dura jusqu’à ce que Morgat, installé dos au comptoir face à cette curieuse assemblée, une enveloppe marquée d’un trèfle à la main, leva sa mine sombre et dit :

« Je confesse qu’à la lecture de ce mot sur le comptoir, j’ai voulu quitter les lieux sur le champ. Mais je dois aussi avouer que ce que j’ai à vous raconter ce soir est un tel poids que je pense qu’il est temps pour moi de m’en décharger ».              

                Le silence était maintenant équivalent à une chape de plomb qui se serait abattu sur l’assemblée. Tous pouvaient déchiffrer sur le visage sec et velu du personnage un étrange mélange d’angoisse et de délivrance.


« Pour me présenter brièvement, je suis Morgat, disciple de la Soif Éternelle, né et élevé sur Pandala. Une fois mon île quittée, j’ai fait mes débuts comme serveur à la Famakna Food dont les plus anciens d’entre vous se souviendront peut-être la renommée qui avait à l’époque fait chuter les ventes de Bol Pokuz. Puis, je pense comme beaucoup d’entre nous, j’ai souhaité vivre la grande aventure et je me suis dit que le mercenariat serait surement riche en opportunités pour découvrir le monde des Douze et faire des rencontres insolites. Je me suis donc enrôlé aux Erian Tierce puis chez les Nedoras. »              

              A ces mots, Morgat fit un signe de connivence vers le Iop qui venait de le précéder.

« C’est dans les rangs de ce clan mercenaire que j’ai fini par être repéré pour mes talents d’investigateur par nul autre que la milice bontarienne. Me promettant aventure et prospérité, la milice m’offrit un poste à la Militari Intelligencia de Bonta, la MIB. Aujourd’hui, après avoir gravi les échelons en accomplissant des exploits pour la gloire de la Cité Blanche je suis Maître des Illusions, plus haut grade de l’Ordre de l’œil Attentif. »              

             Pour se donner un peu de courage pour la suite de son discours, le Pandawa sortit une petite flasque bleue métallique et en but le contenu d’une traite. Puis, après s’être frotté les babines d’un revers de manche il reprit :

« Un soir il y a peu, le général en chef des armées bontariennes Amayro, pour qui je suis dans les petits papiers, me convoqua. Ce n’était ni l’heure habituelle de nos rendez-vous hebdomadaires ni le lieu usuel. Le point de rencontre était en effet la taverne de Chopenbois, un établissement déserté à cause de son tenancier qui souhaite privilégier l’aspect de ses chopes à celui de leur contenu. Je vous assure que je n’ai jamais vu Amayro aussi blême que ce soir-là. Il est resté muet longtemps et mon respect de la hiérarchie m’a interdit de le presser pour connaître la nature de cette réunion. Il a commencé par me tendre une enveloppe cachetée de son propre sceau alors que d’habitude mes ordres de mission recevaient l’apposition du cachet royal. J’ai commencé à m’inquiéter, moi qui suis d’un naturel intègre, je sentais bien que ce qui se tramait n’était pas tout blanc. Mon supérieur m’a alors fébrilement expliqué ce qu’il attendait de moi et de mes compétences…»              

            Là, Morgat fit une pause. Il s’apprêtait à dévoiler des choses inavouées qui pourrait lui causer grand tort. Mais en même temps, il ne tenait plus, il fallait que les gens sachent ! Les regards de ses compères d’un soir étaient toujours sur lui quand il reprit en ces mots :


« Amayro…Amayro m’a demandé cette nuit-là de m’infiltrer dans le palais royal pour effectuer un « vol » ! Il ne voulait pas m’en dire plus si ce n’est que je devais une fois à l’intérieur de la chambre même du souverain Beldarion décacheter l’enveloppe et voler ce qui y serait indiqué. J’ai protesté, je me suis levé en aboyant sur Amayro qui a essayé de me faire asseoir en me jetant un regard exorbité et en se retournant plusieurs fois pour vérifier qu’on était encore seuls. Puis je me suis laissé faire, il m’a expliqué que c’était pour le bien de Bonta et de son Roi, que jusqu’à maintenant j’avais pu lui faire confiance et que tout ce que j’avais eu à effectuer avait du sens. C’était vrai. C’était vrai et j’ai décidé d’accomplir cette mission comme toutes les autres. Avec sérieux et efficacité.

Alors, et je vous passerai les détails techniques, la bibliothèque de la milice m’a donnée un accès facile aux cadastres et plans du palais ainsi que ceux des suites royales. J’ai repéré assez vite une entrée adéquate pour ma mission et le va et vient des gardes m’était connu après ces longues années de service dans les parages. J’avais déjà effectué des tâches similaires par le passé, à Brakmar notamment, mais jamais chez le Roi que je servais et que j’estimais ! Un soir, je sus que c’était le bon moment, de noir vêtu et le plus légèrement possible je me suis faufilé dans les couloirs royaux desquels la pleine Lune faisait luire l’albâtre. Évitant un à un les gardes en fonction, deux avaient d’ailleurs été assoupis par mes soins au cours du dîner au mess des casernes, je gagnai sans difficulté la chambre du Roi. Amayro l'avait convié ce soir-là à ma demande, il avait dû trouver un prétexte comme de nouvelles plaintes de citoyens logés à proximité des enclos d’Hogias ou une rumeur concernant une énième invasion de la forêt de Litneg par des chafers pour demander à Beldarion de le rejoindre le temps d’une réunion. Vraiment cette mission était simple, je connaissais parfaitement le lieu, les dangers…la seule chose que je ne connaissais pas était l’objet du larcin que j’allais commettre. Et la lettre d’Amayro glissée dans ma tunique contre mon cœur battant était là pour répondre à cette question. Mais ce n’était pas encore le moment venu. J’ouvris la porte de la chambre royale et dans la pénombre je fis quelques pas à l’intérieur. Du peu que je pouvais distinguer, le lieu était propre et bien rangé mais il s’y trouva une quantité astronomique d’objets, de curiosités et de trophées provenant des coins les plus reculés du monde des Douze. Je me sentais vraiment mal à l’aise en ce lieu et j’avais même l’impression d’être observé. Mon œil s’est alors attardé sur un objet ovoïde miroitant. Un Dofus ? Le Dofus Ivoire ?! Voilà qui pourrait faire l’objet d’un vol des plus lucratifs même si je ne comprendrai pas les motivations d’Amayro dans cette histoire. En me rapprochant de l’objet en question et en le palpant je compris vite qu’il s’agissait d’une réplique en pierre. Beldarion, digne héritier de Glagarion et des combats que la Cité Blanche a vécus avait surement souhaité faire honneur à cet objet légendaire qui avait disparu quand Hyrkul, champion de la cité ennemie avait pourfendu son géniteur. Non, ce n’était surement pas là mon objectif. Alors, toujours dans cet impression de malaise, je brisai le seau d’Amayro et je lus les mots qu’il m’avait adressé pour ce moment précis. »              

               Morgat se redressa pour sortir de sa poche une lettre jaunie et d’une main fébrile il la déplia avant de relancer son regard apeuré sur la taverne et ses occupants. Il lut à haute voix :
 
"Morgat,

J’irai droit au but. Beldarion notre Roi, que nous aimons est âgé mais pas sénile et gouverne la Cité Blanche en lui apportant renommée et prospérité. Seulement, je pense que tu as remarqué comme moi et d’autres dirigeants proches de Sa majesté que ces derniers temps le Roi semble de plus en plus fatigué et qu’il lui arrive de commettre des erreurs de jugement et des imprudences dans la gestion de Bonta.

Morgat, un mal ronge notre bon Roi. Sa compagne Isabelle d’Hautbois d’Orme que tout le monde croyait morte vit encore, en sommeil profond, paralysé à vie. Elle réside couchée dans la chambre du Roi qui veille sur elle toutes les nuits dans le plus grand secret. Elle vit mais ne peut bouger ou s’exprimer. Le Roi en est affaibli physiquement et moralement. Tous les remèdes ont été essayés, Otomaï lui-même a été reçu au palais royal pendant un mois et n’a cessé d’exercer ses talents d’alchimiste mais rien n’y a fait.

Seuls quelques dignitaires bontariens sont au courant de cette histoire. Toi aussi maintenant. Nous avons jugé en concile restreint qu’il fallait agir. J’aime mon Roi mais j’ai aussi un souci pour la survie de Bonta. Il faut mettre fin aux jours d’Isabelle. C’est notre unique et dernière solution, aussi radicale que tu puisses la trouver. Il faut soulager Beldarion du chagrin quotidien qu’il endure dans le secret.

Ne laisse pas de traces. Et ne t’avise pas de me désobéir. Tu es dans la confidence, ne me déçois pas où tu sais ce qu’il en coûtera.
Amayro"              

             Dans l’auberge on pouvait entendre le souffle du vent d’Octoillard lécher la porte condamnée. L’assemblée était abasourdie et choquée. Certains trouvaient le récit grotesque et s’offusquaient mais une larme sur la joue poilue du Pandawa glissa et balaya tous les doutes en s’écrasant dans un fracas d’atomes silencieux sur le sol crasseux du tripot.              

« J’ai commis l’irréparable ce soir-là. Ce n’était pas un objet de valeur que j’étais venue dérober mais la vie d’une innocente pour je ne sais quel profit en retour. La mort parut naturelle aux yeux du Roi Beldarion qui vécut des jours sombres dans les pleurs et l’accablement. Et j’ai compris par la suite que l’amour que portait Amayro pour son Roi comme il me l’avait indiqué dans son ordre de mission n’était peut-être pas si anodin. Je ne sais pas ce que j’avance, je ne le saurais jamais, mais dans son amour inavouable Amayro aurait pu trouver une façon d’éteindre le feu de sa jalousie en commanditant cet assassinat. Certes, les jours sont passés et aujourd’hui le Roi se porte au mieux, tout comme Bonta. Mais je ne peux que me demander pourquoi Amayro désirait tant la mort d’Isabelle au point de mettre en danger son honneur et sa carrière si ce n’est à cause de l’amour...
              
Après cet événement, j’ai refusé la lourde somme de kamas que le chef des armées a voulu m’offrir en récompense de mes « services » et j’ai quitté la milice pour devenir le Pandawa écœuré et déshonoré qui se trouve devant vous. Je ne pense pas que vous narrer ce que je considère comme mon pire larcin me lavera de mes fautes mais je me sens plus léger ce soir qu’hier. Merci de m’avoir écouté. Merci. »
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Sniam est mal à l'aise. Ce n'est pas la première fois qu'elle se rend dans un établissement louche, loin de là; Brakmarienne convaincue, elle a plus d'une fois dû supporter les aboiements de rire de tablées bien imbibées. Au fond, cela ne l'a jamais gênée – ce ne sont là que les us et coutumes de la ville. Et puis, quand une bagarre éclatait, la jeune Eniripsa arrondissait ses fins de mois en prodiguant les premiers soins. Par Djaul, elle en a vu des abrutis jouer avec des dagues puis du piano à 9 doigts !

Mais ce n'est pas la même chose, ici. Déjà, il y avait eu l'invitation. La lettre était banale, mais - elle sourit à moitié en se le rappelant - elle sentait le chocolat. C'est peut-être pour ça qu'elle avait accepté de venir, au fond, juste pour l'odeur. Elle s'en était mordue les doigts quand une voix étrange avait retenti dans toute la pièce, que la porte s’était barrée, et qu'elle avait vu une enveloppe portant son nom sur le comptoir. La seule chose qu'elle sent, maintenant, c'est le sapik.


Alors oui, Sniam est mal à l'aise, et ne prend pas part aux discussions. La pièce n'émane pas seulement de méfiance et de peur, elle irradie surtout de malhonnêteté bien portée, cette vantardise qu'on met comme une armure. D'une nature effacée, la jeune disciple de la Déesse aux mille mots a pour habitude de se méfier des gens - et être enfermée avec une bonne poignée de truands avoués, ça a de quoi la stresser.


Elle réfléchit intensément, s'efforçant de ne pas laisser sa nervosité percer. Elle entreprend de se natter les cheveux pour se détendre tout en cheminant dans ses pensées; pour commencer, elle était à la même enseigne que tout le monde - littéralement et figurativement. Ce qui veut dire, qu'elle avait, elle aussi, prémédité un larcin avant de passer à l'action. Elle se mord la lèvre inférieure quand elle réalise enfin, mais une grande dame à l'air déluré - comme son portrait serait joli ! - interrompt ses pensées. Déjà, elle s'est assise le comptoir, et raconte sans vergogne - et avec un talent certain malgré son rire particulier - le larcin qu'elle a commis.

Sniam est éberluée de tant d'astuce et de dévouement pour un plaisir personnel. Un coup de génie, somme toute, en ce sens que les génies sont souvent profondément égoïstes. La jeune Eniripsa se renfrogne un peu. Ce n'est pas ça, le but d'un vol; il faut qu'il profite à tout le monde pour qu’il soit véritablement utile.


Provoquée malgré elle, Sniam attend que quelques autres personnes se lancent avant d’intervenir. Elle s'avance jusqu'au comptoir, et décide de monter sur un tabouret pour bien se faire voir de tous - les Dieux savent que la nature ne l'avait pas dotée de grandes jambes.


- Je ne sais pas si dans l'assistance, les gens sont familiers avec la déesse mineure Shariva. Le Tumulte a beau s'étendre partout, on oublie un peu trop souvent son nom... Mais sachez que cette déesse à des émissaires puissants - et je ne parle pas de gros bras. Je parle de pouvoirs, de véritables pouvoirs inexplicables et terrifiants. Pas de tours de passe-passe de pauvres bateleurs...


Certains sourient à cette évocation, d'autres froncent les sourcils en croisant les bras. Sniam continue sans prêter attention aux réactions, toute à son récit.


- J'ai eu la chance, après quelques années d'errances aventurières, d'être intégrée au Clan de Lyre Ehel. Pour faire simple, nous essayons de répandre le Tumulte à notre manière. C'est certainement pour ça que nous avons attiré l'attention de ces gens bien particuliers. Ces... Favoris.


Elle laisse le mot flotter un instant dans les airs. Elle n'a jamais aimé cette appellation, qui donne une idée d'enfant gâté - mais aux visages soudain éveillés d'intérêt de certains, elle sait qu'elle captive doucement son public.


- Ils sont venus sans prévenir, un jour. Des apparitions. Je dois vous dire que j'ai pris du temps à me faire à l'habitude qu'ils ont de surgir de nulle part - j'ai encore du mal, parfois. Un moment, vous êtes seuls dans la bibliothèque, penchés sur un parchemin. Celui d'après, un simple courant d'air sur votre nuque vous fait tourner la tête ; et ils sont là, tout simplement. Cachés dans leurs grandes toges à capuche, on n'en distingue que les yeux - jaunes, inquisiteurs, et sévères. Leur voix est autoritaire, et leur présence terriblement oppressante. C'est comme si, soudain, vous deviez vous souvenir de respirer. J'en ai même vu un se faire avaler par un lion et ressortir vivant de son ventre.


Elle s'arrête de parler. Elle espère que son angoisse à avouer son larcin ne suinte pas trop, mais elle sent ses jambes trembler un peu. Elle inspire profondément. Douce Eniripsa, elle a eu pire dans sa vie ! La chute d'Incarnam l'avait bien plus terrifiée, du nerf !


- En tout cas, vous vous en doutez, j'ai... j'ai volé quelque chose à un Favori.


Un bruissement parcourt la salle. Plusieurs regardent par-dessus leur épaule, d'autres se réajustent dans leurs chaises. Sniam attend que le calme se fasse pour reprendre, la voix plus posée après son aveu.


- Et si j'ai encore mes yeux et ma langue, c'est certainement qu'ils sont plus amusés qu'outrés par ce larcin. Leurs caractères ont des tendances à être... irréguliers. C'est une des seules choses constantes chez eux : leur inconstance. Mais ils savent tout de ce que j'ai fait, je n'en doute pas un instant.


Les mots sortent facilement désormais. Ses épaules se redressent à mesure qu'elle parle, elle se sent plus d'assurance - peut-être même, de la fierté. Après tout, elle vient d'avouer un crime et n'a pas été foudroyée sur place, c'est déjà une bonne chose. Elle se laisse emporter par le récit de son souvenir...


- C'était une chaude journée d'été. J'étais au manoir Lhambadda, où le Clan se retrouve souvent. Il me semble que nous nous regroupions pour introniser une nouvelle recrue, j'avoue ne plus me souvenir exactement. Toujours est-il que ce jour-là, en début d'un après-midi écrasant de chaleur, une Favorite encapuchonnée de rose est venue nous rendre visite. A son habitude, elle a surgi du vide, et a commencé à parler de choses étranges et saugrenues comme si c'étaient les sujets les plus essentiels du monde. Une histoire de jolis pieds et de toilettes que je vous épargnerai... Mais il faisait chaud, oh combien chaud ! Et bien que les pouvoirs des Favoris soient grands, ils n'ont pas l'air d'inclure les capes climatisées. Et voilà qu'elle enlève sa capuche et son manteau devant nous.


Elle reprend sa respiration avant de poursuivre, l'audience suspendue à ses lèvres.


- Bien peu de gens ont eu l'occasion de voir ces êtres, et, parmi ceux-là, encore moins de les voir sans apparat. Je ne pourrais pas vous décrire avec précision l’aura qu’elle dégageait. Elle était grande, avec le cœur d'une disciple de Sacrieur sur la poitrine ; mais ses traits avaient la finesse d'une Sram, ses yeux verts étaient perçants comme ceux des Crâs, et, dans son dos, elle avait des ailes comme les miennes. Je n'ai jamais vu, de toute ma vie, un tel phénomène - et pourtant, j'en connais un brin sur la physiologie des gens en tant qu'Eniripsa. Une espèce d'impossibilité de la nature, mais en telle harmonie avec ce qui l'entoure qu'on se fiche de ne pas comprendre. C'est là que j'ai compris qu’elle était ma mission. Il fallait que tout le monde sache, que tout le monde comprenne ; il fallait figer cette réalité dans le temps et l'espace pour mieux appréhender toute sa complexité et ses conséquences.


Un mince sourire étire sa bouche, maintenant. Douce Eniripsa, qu'il était agréable de se décharger de ses fautes et de prétendre à la grandeur, même pour l'espace d'un instant !


- J'ai volé l'image incompréhensible d'un Favori de Shariva. Je l’ai dessinée, recopiée et stockée dans la bibliothèque du Manoir, entre deux pages de Klime et Châtiments, accessible à tous. Je ne ressens aucun besoin de me justifier, mais je voudrais que vous compreniez que je ne l'ai pas fait pour moi mais bien pour les autres. Et le succès de mon larcin, et bien, il continuera de grandir tant que de nouvelles personnes poseront leur regard sur le véritable aspect des émissaires de Shariva.


Elle saute de son tabouret et retourne s’asseoir prestement, soudain essoufflée, mais soulagée d'en avoir fini. Qui que soient les instigateurs de ce rassemblement, ils auraient pu prévoir du popcorn – la nuit allait être longue et pleines de confessions.



 

4 0
[Participation hors concours.]

L’atmosphère était pesante, étouffante dans le petit tripot. Tandis que certains se dévisageaient, que d’autres discutaient à voix presque imperceptible, une jeune femme se tenait à l’écart, dans l’ombre, plongée dans une intense réflexion. Elle se trouvait bien contrariée d’avoir accepté cette invitation par courrier alors qu’elle n’aimait généralement pas sortir de chez elle. À vouloir n’en faire qu’à sa tête, réprimant son instinct qui lui indiquait de ne pas y aller, elle était désormais coincée. Son regard froid parcourait l’assemblée : décidément, elle n’aimait vraiment pas les autres. Ils avaient le don de l’agacer plus qu’autre chose : celui qui regardait nerveusement ses mains, celle qui avait commencé à parler, celui qui discutait sur le ton de la rigolade avec son compère, l’autre Iop dont elle n’avait même pas daigné écouter l’histoire et ce Pandawa Bontarien aussi inutile que son alignement. La seule qui avait un tant soit peu retenu son attention était cette petite demoiselle disciple d'Eniripsa. Si seulement elle avait su... 

Elle soupira en regardant à nouveau autour d'elle. Personne ne semblait vouloir prendre la parole à la suite des quatre autres; quelle bande de peureux… La jeune femme les observait tous en train de réfléchir à la manière d’aborder cette histoire qu’ils pensaient bien enfouie au fond d’eux-mêmes; elle ricana intérieurement. Elle se releva vivement en faisant sursauter le nerveux, s’avança élégamment jusqu’à une source de lumière la plus proche.

On ne distinguait de la femme que son sourire : inquiétant, étrange, moqueur, dédaigneux. Ses yeux étaient presque couverts par le chapeau surplombant ses cheveux noirs coiffés de manière sophistiquée. Elle se tenait les bras croisés devant son corps mince et élancé couvert par une longue cape. Soupirant d’un air profondément ennuyé, elle commença à parler.

« Sachez avant toute chose que je n’ai pas à rougir de ce larcin, je ne m’en cache pas, bien au contraire, j’en suis très fière et je recommencerais sans hésiter. Peu m’importe ce que les bonnes mœurs peuvent y trouver à redire. »

Elle regarda chaque personne les défiant d’oser faire une remarque avant de reprendre le début de son histoire.

« Cette anecdote remonte maintenant à quelques années, lorsque je vivais à Srambad. Oh oui, la belle époque où je vivais de crimes et d’eaux troubles. »

La femme marqua une pause l’air pensif réprimant un sourire amusé.

« Je me souviens très bien de ce soir-là. La nuit était magnifique : le ciel était bien dégagé et la toile céleste n’avait jamais été si belle. Depuis les sommets des Hauts Ténébreux, la vue était imprenable. Srambad était alors mon terrain de jeu préféré et je cherchais mon occupation de la soirée tranquillement installée sur les toits d’un commerce clandestin ; mon endroit favori pour l’observation du ciel. Mon regard glissa vers l’une des ruelles des Eaux Suaires et je l’aperçus : une bien étrange jeune femme à la chevelure dorée se baladant tranquillement. Était-elle folle ou simplement inconsciente ? Elle ressemblait à une touriste, regardant partout autour d’elle; elle ne ferait pas long feu dans les parages. Pour une raison qui m’est encore inconnue, cette femme m’interpella beaucoup et je ne pus détacher mon regard d’elle. Mon attention se focalisa pleinement sur elle lorsqu’elle sortit de sa poche un objet bien curieux. Elle le pointa vers le ciel pour observer les étoiles et cela piqua ma curiosité au vif : un objet en lien avec les astres ? Il me le fallait. Absolument. 

Je me relevai soudainement, sautai du toit avec une réception souple et élégante. Rapide, agile et discrète je parcourrai les derniers mètres me séparant de l'objet de ma convoitise. Au moment où elle semblait plongée dans une observation minutieuse du ciel, j’apparaissais devant elle en la faisant sursauter. Sans un mot, je la fixai en tendant une main impérieuse vers l’objet. Elle regarda ma main l’air interrogateur; elle comprit finalement ce que j'attendais d'elle, mais secoua la tête en signe de refus. De mon autre main, je traçais une série de runes pour la distraire. Sitôt son regard ailleurs, je m’emparai de l’objet habilement et je décidai de m’éclipser sans un mot.
»

La jeune femme sourit doucement et releva la tête laissant à l’auditoire le loisir de voir ses yeux d’un bleu sombre et froid. Elle s’appuya contre une table l’air plus détendu avant de continuer son récit.

« Je suis certaine que vous vous posez beaucoup de questions sur l’objet mais je ne suis pas là pour satisfaire votre curiosité, ce serait trop aimable de ma part. Cet objet avait un lien avec les étoiles mais je ne savais pas le faire fonctionner. L’image de cette femme me hantait, je pensais à elle… Pour posséder un tel objet, elle devait aimer les étoiles autant que moi. Elle m’intriguait tellement que je décidai de la retrouver. La jeune femme était en mauvaise posture dans les Hauts Ténébreux, aux prises avec quelques malfrats. Je l’avais bien dit : s’habiller et se comporter comme une touriste à Srambad revenait à avoir une cible dans le dos au milieu de disciples de Crâ. Je l’aidai à faire fuir les brigands et je l’emmenai en lieu un peu plus sûr, enfin si l’on peut considérer un coin de Srambad plus sûr qu’un autre… Après une très longue discussion, je lui rendai son précieux objet ; ma soirée avait été bien assez divertissante. 

Des larcins, j’en ai commis dans ma vie. Mais je considère celui-là comme le plus important. Ce soir-là, j’ai rencontré mon amie, ma sœur des étoiles. Et cela changea ma vie à jamais.
»

Ayant terminé son récit, elle retourna s’asseoir dans la partie sombre de la pièce, sans l'ombre d'un regard pour son auditoire. La nuit risquait d’être encore bien longue. 
Score : 422
Sel sourit tristement.

Cette situation serait presque comique, s’il avait eu quelque penchant pour l’humour, mais il n’avait que peu de qualités, et le penchant au rire n’en faisait pas partie. Il attrape une chope derrière le comptoir, et promène un regard calme autour de lui, caché dans l’ombre de sa pèlerine, jaugeant les personnes enfermées avec lui tout en se servant une mousse au goût de pieds de Bwork. Ayant déjà eu l’occasion de sentir cette odeur de près durant certaines de ces pérégrinations, il se perd quelques instants dans une mélancolie qu’il juge rapidement ridicule. Il secoue la tête.

Ils sont une dizaine, Sel en connaît certains : des bandits de grand chemin, connus du public, mais pas reconnu de leurs pairs pour la plupart. Ce vieux disciple Ecaflip accoudé au comptoir, à quelques pas de lui et jouant avec une pièce rouillée, qu’un œil averti devine comme étant frappée du sceau d’un ancien  roi Sadida, fait exception : ce chat-là en a fait voir de belles à plus d’une grande fortune. Il adresse un clin d’œil à Sel, qui lui rend un hochement de tête. Le respect existe, dans la profession.

Une espèce de grand type sort de l’ombre et a tôt fait de fatiguer tout le monde. Hm, c’est pas un grand type. Une Arlequine au regard de braise. Elle pourrait lui plaire, mais elle est décidément trop bruyante…
Sel aime le fracas, la mêlée, les gens ivres qui piétinent allègrement ce qui les entoure : pas ceux qui se font remarquer pour le plaisir d’être vus. Et cette personne colorée et faussement coquette se délecte visiblement de l’attention dont elle est le centre. Tss.
· · ·

Il passe un os sur un autre. Un métacarpe sur un radius, remontant le vieux bracelet qu’il a un jour ravi de la collection personnelle de Nidas. Il n’a pas le temps d’écouter, de comprendre : il doit faire vite. Agir.
· · ·

En voilà une bonne, ce larcin : du temps ? Elle vient d’en ravir à une belle brochette de gars et de demoiselles auxquels on ne conterait pas fleurette sans une dague dans la botte, juste au cas où ; ça pourrait presque être ça, son plus beau larcin. 
Il n’a jamais aimé perdre son temps. Mieux vaut prendre la vie plutôt que prendre le temps d’un type comme lui. Mais là, on dirait bien qu’il n’a rien de mieux à faire, le nez planté dans sa seconde bière, il sort un vieux parchemin de sa poche, une plume de sa botte et un petit flacon d’encre de la besace qu’il porte au côté, pose le tout sur le comptoir et se met à griffonner.

Pendant ce temps, un autre gars bruyant s’approche du comptoir et s’assied dessus. Sel s’écarte discrètement, sans se départir de sa concentration, partagée entre les bulles dans sa gorge et l’encre sous ses doigts, tandis que l’autre clinquant se la joue « honneur et droiture d’esprit, dans les jupes de ma sublime épouse ».
· · · 

Son pied se pose sur le sol. Les lattes du plancher grinceraient sous le poids de n’importe qui d’autre, mais Sel n’est pas disciple de Sram pour rien. Il ne maitrise rien mieux que son déplacement, toujours plus furtif, toujours plus léger, toujours plus imprenable. Un regard circulaire rapide, pour s’assurer que la situation est bien sous contrôle. Bien.
Personne ne l’a remarqué, personne ne se doute de rien. Agir.
· · ·

Son histoire est parfaite. Ficelée du début à la fin, rien à redire. Plus qu’à attendre. Sel se penche à nouveau au-dessus du comptoir et remplit une nouvelle fois sa chope. Par Sram, cette bière est immonde. Mais il faut bien tuer l’ennui, noyer la nostalgie, et achever le noir, qui distille l’espoir. Un certain Robert Pas Mort a dit ça un jour, ça l’avait touché.
Alors comme ça, le grand costaud avec la hache, c’était un Mercenaire ? Des sales gars ceux-là : ils forcent le respect. Celui-là est bien comme les autres ; précis et concis, un type bien. Un type fort. Un type qui a choisi son combat. Une autre bière, Sel, ça ira mieux. Dis-toi que le panda qui vient de s’approcher en faisant des claquettes ressemble à un Bontarien. C’est toujours plus gai, une soirée entre bons copains comme ce soir, s’il y a des Bontariens dans le tas.
· · ·

Il avance toujours vers son objectif : rien de ce qui est invisible pour les autres ne l’est pour lui. Les chakras des autres sont si rayonnants par rapport au sien qu’il les perçoit à plusieurs mètres sans le moindre effort, l’avantage d’être déjà mort, sans doute.
Sa cible se tient toujours immobile, mais semble aux aguets. Sans un bruit, il se glisse dans son dos. S’immobilise. Observe. D’abord, localiser. Ensuite… Agir.
· · ·

Sel se renfrogne. Le Pandawa était encore un ancien mercenaire. A croire que personne d’autre qu’eux ne sait fouiller une bourse sans se faire prendre… Et ces vols si grandiloquents… Sel n’aime personne, n’a de respect que pour ses pairs et les nobles causes, qu’il méprise d’ailleurs autant qu’il les admire. Finalement, seule l’Arlequine et le chapardeur Ecaflip de sa connaissance sont de véritables voleurs ?..
Hm, une Eniripsa vient se sauter sur le tabouret. Elle a l’air suspicieux… Se douterait-elle de quelque chose ?
Non, elle manque d’assurance. Ces gens-là sont bien trop soucieux de leur prochain pour faire de véritables mauvais bougres, celle-ci ne fait pas exception à la règle, malgré son appartenance affichée à la Cité du Vice…
· · · 

Un rapide mouvement du poignet. Un souffle imperceptible dans l’air. Un mouvement de toile autour de la poche convoitée. A présent, partir. Personne n’a rien remarqué. Personne ne remarque jamais rien.
Ce vieux brigand d’Ecaflip tourne une oreille dans sa direction… L’ombre n’hésite pas. Qu’il sache ou non n’a aucune importance. S’il n’a pas encore agit, c’est qu’il sait qu’il a déjà été doublé.
· · ·

Sel commence sérieusement à s’impatienter. Partager ses pensées avec son invocateur ne lui permet pas de faire plus que gribouiller quelques ajouts sur son parchemin, et vider de plus en plus de bières. L’Ecaflip a remarqué quelque chose, ces saletés de félins ont toujours un flair bien trop développé. Mais il ne réagit pas, l’Invocateur n’a pas l’air d’être inquiet, Sel ne l’est donc pas.
L’Eniripsa a été remplacée par une autre. L’une des Favoris. Eh bien, quel heureux hasard. De toute façon, Sel ne traînera pas beaucoup plus longtemps dans cet endroit.
· · ·

Sel est fier de son Double. Difficile à prendre en main, cette créature qui lui est liée - horreur en soit rendue à la fourberie de Sram – se montre définitivement bien utile et douée lorsqu’il s’agit d’attendre patiemment aux yeux de tous en buvant des coups : un parfait Pilier de Comptoir.

Filant comme un courant d’air, Sel bondit vers le mur du fond du tripot, où s’ouvre un œil de bœuf étroit, s’y engage prestement, sous l’œil amusé de son seul collègue présent et, marchant tranquillement dans la ruelle sombre, s’éloigne vers sa prochaine mésaventure, faisant tourner autour de son doigt l’anneau qu’il vient de voler, et réprimant un sourire en se demandant ce que va bien pouvoir penser son « kidnappeur » quand il pourra lire son « récit de larcin ».
 · · ·

Le Double plie soigneusement son parchemin. Il le fait glisser devant lui, puis se lève et, au grand dam de l’assemblée, se dirige vers la porte, et s’évapore soudainement à quelques dizaines de centimètres de celle-ci.
Qu'importe quand ce parchemin serait lu dans la soirée: qu'importe qui viendrait clamer ses exploits entre temps. Nul récit ne saurait faire autant de fracas que celui-ci, qui conte la disparition de la relique mise en jeu ce soir-là.

Sans aucun doute.

Ce bout de parchemin posé sur le comptoir attend son heure. Sur la face visible est dessinée une ombre encapuchonnée, un grand cercle dessiné sur le dos.

Sous les plis, l'histoire commence ainsi:


 

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

Sel sourit tristement.


                                                                                                                                                        >

N.d.a.: Je vous prie de vous montrer indulgent quand à la présentation de ce récit: j'y ai donné ce qu'un pauvre Sram veut bien donner, et, étant ma première participation conséquente sur Forum, je ne maîtrise que très mal les outils qui sont à ma disposition.

Sel et moi espérons que vous avez aimé. 
Mes vœux de réussite aux autres excellentes histoires de ce topic, et à celles qui viendront: que l'Anneau aille au meilleur d'entre nous, en ce qui me concerne, il est déjà en ma possession dans cette histoire...
9 0
Score : 1977
Ah, les rendez-vous aux horaires nocturnes et en des lieux obscures ! C'était un peu l'histoire de sa vie. Tantôt au coin d'un quais et sous un ciel en laine de boufton noir pour une discussion entre hommes avisés. Puis dans les cales d'un navire à flot par une nuit de tempête pour échanger avec un matelot bavard. Parfois le long d'une plage sous la pleine lune avec une lame, une pelle et un jeune homme qui a merdé. Plus tard dans une taverne, éclairé à la bougie, pour un paiement bien mérité.

Mais ces dernières années, il avait commencé à éviter ces messes aux offices sinistres où rien de sain ne se prêche. Ce n'était pas tant que la salubrité était devenue sa nouvelle religion, mais plutôt que son âge avait commencé à faire naître en lui une véritable foi en l'idée de "rester en vie, bordel". Or, il va sans dire que les aimables entrevues à l'abri des regards des hommes et du ciel bleu ont tendance à augmenter drastiquement votre probabilité de mourir subitement.

Alors pourquoi se pointer ce soir, la bouche en cœur et la fleur au bout de la flèche explosive ? Et bien sa période où il se disait qu'il était trop vieux pour mourir aussi jeune était passée. Il avait suffisamment profité de cet entre-deux entre "être intrépide" et "s'accrocher pitoyablement à la vie". Bien sûr, passer l'arc à gauche n'était pas dans ses projets et il continuait de se sentir trop vieux pour un tas de conneries, mais il était de nouveau prêt à recommencer à jouer avec la flamiche.

- Ma-gni-fique ! s’exclama Calok en frappant ses mains, gantées de cuir épais, l’une contre l’autre. Ah non mais quelle histoire. Des ténèbres, d’la violence, du mystère… et des sentiments non-tarifés ! Puis cette mise à scène… sortir de l’ombre, pas un regard, y retourner ! J’achète ! Haha !

Il était jusqu’ici accoudé au comptoir et venait de se redresser pour lancer ses compliments à celle qui venait de parler. Il n'avait pas prêté attention à l'ombre qui gigotait dans tous les sens et à l'individu qui s'était évaporé devant la porte. Sa barbe sombre et broussailleuse laissait entrevoir un large sourire aux dents jaunes. Les rides qui creusaient son front donnaient à son regard un air colérique, peu importe les sentiments qui l’animaient et les propos qu’il tenait. Son œil gauche était couvert pas un bandeau grossier. Il avait des cheveux d’un brun grisonnant, épais et gras, qui tombaient le long de son visage et étaient attachés à l’arrière. Il semblait être en bonne voie vers la soixantaine.

Ce visage mauvais et sale était surplombé d’un tricorne usé arborant le grotesque motif d’une crâne sur deux tibias croisés, d’un blanc sale sur un fond noir délavé.

- Moi aussi j’adore les coins obscures ! Lança-t-il, vraisemblablement emprunt d’excitation et avec un timbre de voix gras qui le quittait rarement. Encapuchonné à une table, une bougie, une bière, j’pense qu’on est tous d’accord ici pour dire qu’c’est la classe. Mais j’suis arrivé trop tard, les coins sombres étaient déjà pris… et j’ai pas confiance en la bière ici ! « Orage, eau des espoirs » comme disent les p’tits poètes d’Éniripsa, pas vrai ? Haha.

L’homme s’affaissa de nouveau en calant en arrière ses coudes contre le comptoir. Faisant face à la salle, il renifla bruyamment. Il ajusta la ceinture de son pantalon en toile épaisse noire, son entrejambe puis son plastron léger de cuir sombre qui recouvrait sa chemise jaunie.

- Ouaip, ouaip, ouaip… murmura-t-il en fixant le vide à mi-hauteur, avant de rependre plus fort, Bon bah vu qu’à priori on est pas là pour picoler, à mon tour d’vous raconter mon p’tit larcin. Pas tué, pas violen… même pas vraiment volé puisqu’il y a eu remplacement !

Avant de commencer, il se racla bruyamment la gorge puis ravala ce qu’il semblait en avoir extrait.

***
 
C’était il y a plusieurs années. J’étais membre d’un équipage désorganisé qui avait accepté une mission d’escorte. Une belle petite famille de Bontariens avait pris place à bord de notre rafiot. Vous auriez dû voir la troupe : on aurait dit un groupe de modèles pour les affiches de propagande de la milice de Bonta.


Le père était un grand gaillard, un disciple de Iop je crois, avec des cheveux noirs impeccablement taillés au millimètre. Il avait pas un poil sur sa mâchoire carré mais exhibait fièrement ceux sur son torse. Retrousser le bas de son pantalon en toile fine quand il est monté à bord semblait être le truc le plus rebelle qu’il eut fait depuis des années.

Sa femme était un canon, et je m’y connais en artillerie navale. Blondasse toute fine avec des formes à rendre jalouse la proue des plus fiers navires. Un pas léger, une voix délicate, des manières raffinées… et, donc, forcément, beaucoup de dédain pour les gars de l’équipage.

Ils avaient deux marmots. Une gamine charmante qui avait les traits fins de sa génitrice mais qui n’avait pas hérité de son mépris pour les travailleurs un peu rustres. Elle discutait tout le temps avec l’équipage et même les plus bourrins se prêtaient à ses jeux.

Ils avaient aussi un gosse qui avait déjà la coiffure et l’air con de son père. Le mioche haut comme trois boulets de canon s’amusait à provoquer les gars. Le capitaine a dû intervenir plusieurs fois pour pas qu’il s’en prenne une dans la tronche.

Bref. La famille stéréotype. Ils avaient payé cher pour être conduits en vacance sur une île paradisiaque. Ils n’avaient pas idée d’un endroit en particulier. Juste un coin inédit dont il pourrait se vanter auprès de leurs amis que personne d’autre n’y était allé. Il voulait du sable blanc, un minimum de végétation… pas de bestioles, pas d’habitants. Le genre de coin pas répertorié sur les cartes classiques parce que cela n’intéresse pas les aventuriers, mais qui sont bons à avoir sur les cartes maritimes pour pas qu’on se les mange dans la coque.

Le capitaine, les dieux savent son nom, voulait faire les choses biens. Alors pendant plusieurs jours de mer on a cherché un coin. Pas juste un banc de sable, pas un bout d’archipel déjà connu, pas un coin trop gros et trop feuillu où il pourrait avoir de la bestiole qui les décimerait.

Évidemment, à faire les malins entre les récifs et les bancs dans des coins pas totalement cartographiés… et ben on s’est mangé de la rocaille ! En pleine nuit, alors que c’était la pleine lune et que la mer était calme, c’est pour vous dire le niveau du capitaine.


J’étais en train de pioncer dans un hamac sous le pont quand j’entends un énorme craquement. Je comprends tout de suite ce que c’est. J’ai le temps de rien faire, des trombes d’eaux surgissent dans la cale et me plaque contre une cloison. Ça tangue dans tous les sens, je me fais trimballer, je peux rien faire contre la pression de l’eau qui monte très vite. J’entends le navire commencer à se disloquer. Déjà à moitié sous la flotte, je vois passer à toute vitesse un tonneau qui me broie le bras gauche.
 
Je vous la fait courte.
Je réussis à m’extraire et je finis par toucher terre
au bout de je ne sais combien de temps.


Le lendemain matin, je me rends compte que je suis sur un banc de sable cerclé de rochers qui pointent à peine hors de l’eau. Je me rends aussi compte que j’ai le bras gauche en miettes et qu’un éclat de bois a transpercé ma jambe droite.

Par je ne sais quel miracle, le papa et la maman sont aussi là. La petite fille aussi elle est là… face contre le sable, ses pieds blancs lapés par les vagues, la peau de son petit corps inerte et gonflé est d’une pâleur extrême. J’ai compris tout de suite qu’elle était crevée la p’tiotte. L’un de ces bras avaient été charcuté par les rochers.
 
Pas de trace de l’autre enfant,
ni de qui que ce soit d’autre.

 
Les parents sont effondrés. Ils paniquent, ils crisent, secouent les restes de leur gamine comme si ça allait lui faire ouvrir les yeux. J’leur dis qu’il faut l’envoyer à la flotte ou l’enterrer bien profond sous le sable sinon le corps va cuire au soleil et ça va puer sur toute la petite parcelle de dur qu’on a.

Ils s’énervent, m’insultent de monstre, me disent que c’est de ma faute et de celle de mes "compagnons". C’est fou comment les gens perdent tout civisme quand leur enfant meurt dans d’horribles circonstances. Finalement, ils ont laissé le corps meurtri sur la plage, à peine éloigné d'eux.


On a passé quatre journées interminables sous un soleil implacable et quatre nuits glaciales sous une pluie écrasante, avant d’être secourue par un navire qui a repéré des restes de notre navire.
 
Il y avait rien à faire sur ce coin de sable qui devait à peu près faire la taille de cette pièce. Il n’y avait pas un brin d’herbe. Très vite les deux touristes ont voulu faire bande à part. Ils se méfiaient de moi. De mon côté, j’ai réussi à monter un feu avec de restes du navire arrivés jusqu’à nous. Pour se sécher, se tenir chaud la nuit et être éventuellement visible si un bâtiment passe dans la zone.
 
L’eau n’était presque pas un problème car il y avait de la pluie à chaque fin de journée et durant le gros des nuits. Je buvais en essorant mes vêtements au dessus de ma bouche. Les deux touristes devaient faire pareil. Mais il n’y avait pas de nourriture. Pas un insecte dans la zone, pas un coquillage à sucer sur la caillasse, et mes blessures m’empêchaient de pêcher. 

Mais les Bontariens ont mis la main sur un tonnelet qui avait survécu au naufrage et avait dérivé jusqu’à nous. Dedans il y avait de la viande dans des pots de salaison bien scellés.

Évidemment, ces fils d’Ouginak voulaient pas partager.
Ils étaient prêts à me laisser crever.


Ils ont compté le nombre de pots pour être sûr que je n’en vole pas un. Le père a menacé de me tuer si je m’en approchais et j’étais clairement pas en état de lui résister.

C’était impossible de m’en prendre brutalement à eux. L’envie ne me manquait pas mais je ne pouvais plus bouger un bras et je me déplaçais en boitant. Dans ces conditions je ne pouvais pas m’engager dans une confrontation à mains nues à un contre deux, face à un gars d’une tête de plus que moi.

J’ai dû ruser et c’est là que j’ai commis mon larcin, comme vous dîtes. On dormait à même le sable à plusieurs mètres de distance. La troisième nuit, la faim commençait à être insupportable. Alors, discrètement, je me suis faufilé jusqu’à eux et j’ai dévoré l’intérieur du dernier pot. De la viande de bouftou dans de la saumure.

J'ai mangé tout ce que le pot contenait mais ils se sont à peine aperçu du vol. Ils ont simplement pensé que ce bocal-là avait été endommagé, que la qualité de la viande en avait été affecté, mais qu'ils étaient bien obligés de la manger s'ils voulaient survivre.

Comment ai-je fait pour pas qu’ils ne se rendent compte de ce vol ? C’est bien simple : j’ai remplacé la viande ! Mais pour que moi aussi mon histoire soit un peu emprunt d’un semblant de mystère, je vous laisse le soin de comprendre quelle était la seule autre réserve de viande sur cette île.
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Un homme d’une silhouette imposante refaisait en son esprit sa journée. Portant une lourde pèlerine dotée d’une capuche par-dessus ce que l’on pouvait identifier comme des habits des disciples de Féca, ses bras et mains étaient couverts de bandelettes. Il n’avait dégainé dire quoi que ce soit à qui que ce soit. Il était entré comme tout le monde, c’était adossé au mur et n’avait plus bougé. Pas même lorsque la voix désincarnée s’était manifestée, pas même lorsque la porte s’était refermée. 

Il songeait à cette étrange invitation qui n’avait donné que de l’agitation… Se demandant si tout ceci était du fait d’un des serviteurs en manque de divertissement de Shariva. Ce qui l’amena à repenser à Lhambadda, il ne put s’empêcher de le maudire intérieurement, souhaitant qu’il se vide de tous ses fluides par tous ses orifices. Lui ce voleur, cet arrogant manipulateur qui s’était accaparé la demeure des honnêtes travailleurs… 

Mais plutôt que de se morfondre trop longtemps, il choisit d’écouter les confidences des autres prisonniers de cette farce grotesque. Quelle drôle de façon d’arracher des aveux… Arracher ? Il n’en est pas certain, car ceux-là semblent au contraire ravis de vider leur sac. 

Il écouta les récits de chacun, tournant doucement sa tête encapuchonnée d’un conteur à l’autre. Il apprécia beaucoup le récit du disciple de Iop et éprouva de la peine à l’écoute du disciple de Pandawa. Il ne put s’empêcher de remarquer que parmi l’assemblée, nombreux étaient ceux qui essayer de passer pour ce qui ne sont pas. Etre plus fort… Etre plus noble… Etre héroïque qu’ils ne le sont vraiment… Ce qui lui fit lâcher un soupire. Pour lui, le vrai courage s’est d’assumer ce que l’on est… Plusieurs récits suivirent, mais jamais la porte ne se rouvrit. Le silence tomba doucement, tout comme la chape de plomb sur l’ambiance de la salle. 

« Je crois que c’est mon tour. Après tout, il faut se prendre au jeu pour faire avancer l’intrigue. » 

Sa prise de parole en fit sursauter quelques-uns. Pourtant, sa voix était claire, posée et audible de tous. L’oreille fine put en déduire qu’il avait l’habitude de parler en public. Peut-être était-il un professeur ? Il retira en arrière son capuchon, révélant, à la lumière des bougies, un visage aux traits paradoxaux. Des cheveux blancs en batailles, une courte barbe de la même nuance. Des cicatrices parcourant un visage ordinaire. Des yeux bleus-gris délavés, mais pas la moindre ride. Lui donner un âge serai un digne défi pour un disciple d’Ecaflip. Pourtant de ce faciès marqué par la peine et la souffrance dégage une aura chaleureuse. Etait-ce la douceur de son regard ou son sourire en coin qui chassait le tourment de sa propre face ?

 « On définit le larcin comme un petit vol furtif et sans violence, voir sans importance… Et pourtant certains, ici-bas, avoue des crimes. Sommes-nous dans une espèce de thérapie de groupe ? Seul ce disciple de Sram semble avoir compris l’idée.» 

La salle se remit à discuter, à voix plus ou moins basses. Nombreux attendaient que l’ex-encapuchonné poursuive. Ce qu’il fit. 

« Dans le coin, on m’appelle Asparagus, mais Spara suffira. Je ne suis qu’un aventurier solitaire, chasseur de trésors et alchimiste. Doté, il faut l’avouer d’une grande curiosité ainsi que d’un talent que l’on me dit inné pour me mêler de ce qui ne me regarde pas… » 

En guise de salutation officielle, il inclina légèrement la tête sans pour autant décrocher de son mur

« Je n’ai pas envie de vous conter un aveu, mais une histoire. Et celle-ci est digne d’une pièce de théâtre. C’est donc sous cette forme que je vous la conterais. J’espère que ce changement de narration vous divertira… Cette histoire date de l’hiver dernier, par une tempête de neige. J’étais encore quelques peu convalescent à cette époque, mais ravie de me mêler à une nouvelle intrigue… » 

Des mots naissants des lèvres du disciple de Féca, une scène émergea. Les rideaux de songes des esprits les écoutants s’ouvrirent.   
 
Le Fantôme du Manoir Aude. 
Acte I : La tempête se lève.

Scène 1 : Le manoir. 

Un grand manoir domine colline enneigée, le vent siffle et ballait la neige, de sombres nuages s’avance. Le temps va tourner. Un homme s’avance à grand peine dans la neige qui le dévore jusqu’aux genoux. Il s’appuie sur une canne, il porte un manteau bleu azur, simple mais élégant, une large mallette ainsi que des gants blancs. Il arrive, enfin, à la porte du manoir et y toque quatre coups. Un majordome ouvre et s’avance. 

Majordome : « Bienvenu Monsieur Lotherna, j’espère que la route ne vous a pas été trop rude. Je suis Hector Dinaire, humble majordome de vos hôtes. » 

Asparagus : « Je vous en prie, appelez-moi Asparagus. Hé bien le froid est mordant tout autant que vivifiant. Je pense en profiter encore quelques instants. N’est-ce pas ? » 

Hector Dinaire, sort et ferme la porte : « Il est plus sage en effet. Monsieur le Duc Hon, m’a demandé de quérir un professeur d’alchimie pour sa fille, la douce mademoiselle Sophie. Mais vous savez comme moi que ce n’est couverture pour … » 

Asparagus : « Régler une affaire de fantôme. Une servante revenue d’outre-tombe pour mettre en doute la parenté de la pauvre Sophie. Alors que l’on cherche pour elle un mari. »

Hector Dinaire : « En effet. J’ai personnellement souhaité faire appel à vous du fait de votre passé de mercenaire, on vous contait fin perceur de mystères. » 

Asparagus : « Quelques années ont passés, mais je pense m’en sortir. » 

Hector Dinaire : « Il y a également ce dont je vous ai fait part dans ma missive… » 

Asparagus : « Oui, inutile d’en parler plus ici. Le vent n’est pas assez fort pour masquer nos voix. Mais j’ai cela en tête nous vous en faites pas. » 

Hector Dinaire : « La tempête gronde, si vous voulez bien me suivre. »   


Scène 2 : Les aléas de la haute société. 

La scène de passe dans un grand salon richement décoré, c’est débauche de babioles en tout genre, cela ressemble à un cabinet de curiosité. Le but est d’impressionner le visiteur. Un feu ronfle dans la cheminé. La tempête se fait entendre dehors. Le Duc Hon règne sur la scène, canne à pommeau en main, il porte des habits tellement détaillés et décorés que l’œil a du mal à distinguer quoi que ce soit dans ce fouillis de fioritures. Asparagus est assis dans un énorme fauteuil, sa canne et sa mallette sont posées sur le côté. Hector Dinaire et une servante sont présents dans un coin de la pièce. La conversation semble engagée depuis un moment. 

Duc Hon : « Au moins, vos compétences en alchimie sont indiscutables… Peut-être que vous pourrez apprendre quelque chose à cette naïve enfant qui me sert de fille. Ce n’est pas avec ses rêves et ses contes qu’elle trouvera un mari convenable. Prendrez-vous du thé ? » 

Asparagus : « Volontiers. Mais il me semble que vous avez fait appel à moi pour une autre raison. » 

Hector Dinaire et la servante s’affairent dans un coin de la salle. 

Duc Hon : « Encore une fois, vous aller droit au but. On reconnait là la marque des gens qui ne savent pas se distinguer de foule ignare… Mais je vous le pardonne. Du moins si vous apportez des résultats, je n’ai pas d’argent à donner à des investissements inutiles… Les temps sont durs si je ne marie pas ma fille, cette maison se retrouvera sans le sou… Et ce thé alors ?! Où en étions-nous ? Ah, cela me revient. Sous couvert d’enseigner l’alchimie, votre mission est de me débarrasser du spectre qui vient hanter ce manoir. Je compte sur votre discrétion, la réputation de la maison est en jeu. Les mystères contés pas cette trouble-fête ne doivent pas être entendu par les autres bonnes familles. » 

Asparagus : « Il s’agirait du spectre d’une de vos anciennes servantes. Ses accusations auraient-elles un fond de vérité ? » 

Duc Hon : « Je ne vous le permets pas ! Cette maison est noble ! Je suis noble ! Cette sotte de servante, je ne vois pas pourquoi elle rejaillirait de sa tombe de la sorte ! Maladroite et stupide… » 

Un grand fracas se fait entendre, la servante vient de renverser le plateau et le service de thé qu’elle amenait, Hector se précipite pour réparer les dégâts du mieux qu’il peut. 

Duc Hon : « Telle mère, telle fille ! Ecervelée et maladroite ! Phisoe, c’est comme ça que tu me remercie pour t’avoir gardé sous mon toi après la mort de ta mère ?! Dépêche-toi ! Ce n’est pas parce que ta mère hanterait ma demeure qu’il faut te croire tout permis… Et ce thé… Quel gâchis… C’en est assez, sort d’ici, je ne veux plus te voir ! 

Phisoe sort en pleurant. 

Duc Hon : « Je suis sûr que c’est elle notre fantôme, tâchez de le prouver et vite, que je la fasse battre au plus vite. » 

Asparagus : « L’affaire n’est pas aussi simple et c’est d’ailleurs pour cela que vous faites appel à moi. » 

Duc Hon : « C’est ce que nous verrons, quoi qu’il en soit, plusieurs reliques de la maison ont disparues, ce fantôme n’est qu’un voleur déguisé, et je soupçonne la fille de n’être le spectre de sa propre mère. Je l’ai fait venir dans ce salon pour qu’elle sache que son petit jeu va bientôt s’achever. » 

Asparagus après un silence : « Bien, bien, je vais prendre congés, si vous le permettez. Je souhaite me mettre au travail dès que possible. » 

Duc Hon : « Faites, faites, ne trainez pas. »   


Scène 3 : Rêvasser en cours. 

Plusieurs jours ont passés. La scène se passe dans une bibliothèque, Asparagus est adossé contre une étagère et fait face à une jeune fille aux cheveux blonds ondulées, assise à un bureau, elle regarde d’un air rêveur l’encrier posé au coin de son parchemin. 

Asparagus : « Vous rêvez encore Sophie. L’alchimie est donc si ennuyeuse que cela ? » 

Sophie prise au dépourvu : « Non, pas du tout je… Euh… » 

Asparagus riant : « Une jeune fille de votre situation ne devrait pas faire de « euh ». » 

Sophie : « Je le sais, professeur, je le sais… Mais ne voudriez-vous pas me raconter une de vos aventures, je les adore ! » 

Asparagus : « Seulement quand vous aurez retenu la leçon du jour. » 

Sophie : « Bien… Mais je voudrais que vous m’enseigniez les potions d’oublies, aujourd’hui. » 

Asparagus après un instant de réflexion : « C’est un peu avancé pour vous… Y-aurait-il quelque chose que vous souhaiteriez oublier ? » 

Sophie : « Non, non, certainement pas ! » 

Asparagus : « Est-ce lié à votre mère ? » 

Sophie : « Non, je ne l’ai pas connue, je ne peux pas la regretter… Enfin, je crois… Quelle de fille fais-je ? J’ai pris la vie de ma propre mère à ma naissance et je rêve d’un autre au moment où père veut me trouver un mari. Je n’ai rien d’une grande dame et pourtant je dois sauver la maison… » 

Asparagus : « Je le sais, c’est un bien triste de sort. Mais parlez-moi donc de cet autre ? » 

Sophie dont le visage vire à l’écarlate : « Un… Un autre ? Mais quel autre ? » 

Asparagus : « Allons, allons, avant que ce visage ne soit déformé pas ces douloureuses cicatrices, j’ai vécu, grande surprise, des romances. » 

Sophie : « Des romances ? Cela me semble un rêve, une chimère, c’est un interdit pour moi. » 

Asparagus : « Et je trouve cela triste au possible. Je n’aime pas genre de drame, je vous prie de me croire, jeune fille. Peut-être pourrais-je vous aider ? » 

Sophie : « Volontiers… Non, mais vous n’êtes pas venu ici pour ça ! Vous enquêtez ! Je vous vois venir à des lieux ! Et je vous le dis ! Je n’ai pas créé ce fantôme pour pouvoir m’enfuir et me marier ! » 

Asparagus amusé : « Allons, allons, jeune fille, stoppez-vous. Vous allez trop m’en dire. Et puis je me lasse de cette histoire de fantôme. Il ne s’est pas montré depuis mon arrivée. Aussi, je ne peux pas croire que vous vous feriez passer pour une revenante dans le but vous accuser vous-même de ne pas être la fille légitime de votre père. » 

Sophie : «  Et pourquoi donc ? » 

Asparagus : « Aussi tourmenté que votre cœur puisse être, il n’est pas mauvais. » 

Sophie : « Mais votre mission. » 

Asparagus : « Je suis le seul qui décide de mes missions, jeune fille. Allons, laissez-moi vous aider. »  


 Acte II : Entretien avec un fantôme. 

Scène 1 : Apparitions et disparitions. 

La scène se déroule dans le hall du manoir. Il y a un grand escalier de bois sombre, et beaucoup de portes. Asparagus et Sophie sortent de la bibliothèque, il a l’air de lui expliquer quelque chose, elle écoute attentivement tant dit qu’elle serre un petit objet dans sa main. Le Duc Hon, sort d’une autre porte, il a l’air furibond. 

Duc Hon : « Eh bien, je vois que la vie ici vous sied à merveille ! » 

Asparagus faisait discrètement signe à Sophie de cacher ce qu’elle a dans les mains : « Votre manoir est somme toute agréable, et votre fille bonne élève. » 

Duc Hon : « Il suffit. Voilà plusieurs jours que vous êtes là et rien ! » Asparagus : « Rien mais pas pour rien, Monsieur le Duc. Ma présence joue sur la sienne, il faut croire. » 

Sophie étouffe une exclamation, une silhouette verdâtre, transparente plane en haut de l’escalier. Le Duc se fige, Asparagus fait quelques pas en avant pour mieux voir, en prenant appuis sur sa canne. 

Asparagus : « Quand on parle du mulou, on en voit la queue… » 

Spectre montrant du doigt Sophie : « Maudite… Tu n’es pas digne… Tu ne devrais prétendre être sa fille. » 

Sophie terrorisée : « Je… Je… Laissez-moi ! » 

Asparagus : « Jeune fille, gardez votre calme, analysez ce qui vous fait face… » 

Spectre : « Tu n’es pas la fille… » 

Asparagus disparait puis réapparait au haut de l’escalier derrière le fantôme. 

Asparagus : « Dans ce cas, qui l’est ? » 

Sophie : « Mais comment ? » 

Duc Hon reprenant sa contenance : « Allons, reprenez-vous Sophie, c’est un disciple de la déesse Féca, il s’est simple téléporté. »

 Asparagus toujours tourné vers le spectre : « Oui, cet escalier aurait été trop long à monter avec ma canne… Et donc nous disions… Qui est la fille ? » 

Le spectre ne semble pas réagir. Asparagus : « Eh bien ? Pas de réponse ? Pourtant je suis toute ouïe, contez moi donc vos malheurs. Ou plutôt, vos mises en garde. » 

Spectre se tournant finalement vers le disciple de Féca : « Cette fille doit partir. » 

Asparagus : « Pas tant que je ne saurais pourquoi. » 

Spectre avançant sur Asparagus : « Indigne. »

Asparagus : « Simplement ? Mais ce n’est pas moi que vous essayez de convaincre, n’est-ce pas ? Et inutile d’essayer de me faire peur, vous et moi savons très bien que vous ne me ferez aucun mal. » 

Soudainement le spectre disparait dans une déferlante de lumière puis une effusion de fumée noire qui masque tout le haut du hall. 

Asparagus : « Vous ne m’échapperez pas comme ça ! » 

La démarche arythmique de sa canne se fait entendre, il s’engouffre dans un des couloirs de l’étage.  


Scène 2 : Mère et fille. 

La scène se passe dans la chambre d’une servante. Il s’agit là qu’une petite et pauvre pièce, tout y est simple, le bureau dont les tiroirs ne peuvent se fermer, la chaise bancale, l’armoire à la porte de travers, même le lit est bancal. Phisoe entre brusquement à bout de souffle. 

Phisoe : « Maudit soit cet homme… Il a manqué de m’avoir… Je savais que sa présence ici serait pire que l’épée de la Dame aux Caisses... Il ne paie rien pour attendre. Et ce non moins maudit apothicaire, ses potions coutent une fortune et vont finir par avoir raison de moi…» 

Elle n’arrive pas à reprendre son souffle et s’effondre au sol. Asparagus entre à ce moment dans la chambre. Il fouille dans la poche intérieure de son manteau et en sort une fiole. Il pose sa canne sur le bureau puis s’accroupit à côté de la jeune fille et lui fait boire le contenu. Elle reprend son souffle mais pas ses esprits. Asparagus la prend dans ses bras et la pose dans le lit malgré sa démarche quelque peu boiteuse. Après un instant Phisoe reprend conscience voyant l’intrus dans sa chambre elle s’assit brusquement sur le bord de son lit, sa tête lui tourne

Phisoe : « Mais qu’est-ce que vous faites ici ? » 

Asparagus se posant contre le bureau : « Je cherche un fantôme, et vous ? » 

Phisoe : « Eh bien, il s’agit de ma chambre vous savez. Je ne pense pas avoir à justifier ma présence ici. »

 Asparagus : « En effet. » 

Phisoe : « Je suis au regret de vous dire que vous ne trouverez pas de fantôme ici. » 

Asparagus : « En effet. » 

Phisoe : « Vous devriez donc sortir d’ici. » 

Asparagus : « En effet. » 

Phisoe : « Alors partez ! » 

Asparagus : « Mais vous ne m’avez pas dit par où est partit ce fantôme. » 

Phisoe : «  Vers le fond du couloir. » 

Asparagus : « Vous l’avez donc vue. C’est lui qui vous a mise en cet état ? » 

Phisoe : « En effet… » 

Asparagus : « Ainsi donc, le fantôme supposé de votre propre mère vous aurez attaquée… Je ne vous cache pas ma surprise. Entretiendrait-elle une rancune à votre égard ? » 

Phisoe : « Non ! » 

Asparagus : « En effet… Mais elle vous a donné  un bien étrange nom, n’en est-il pas ? … Vous avez deux printemps de moins que Mademoiselle Sophie, ce me semble. Quant à votre mère, comment est-elle partie ? » 

Phisoe se levant pour partir : « C’est assez. » 

Asparagus lui barrant la route avec sa canne : « En effet. » 

Phisoe s’agaçant : « En effet ? » 

Asparagus très calme : « En effet, vous n’avez pas à justifier votre présence dans votre propre chambre, je vous ai vu y courir depuis le hall. En effet, je ne trouverais pas fantôme ici, car il n’y en a jamais eu dans cette maison. En effet je devrais sortir, et vous dénoncer. En effet, c’est le fantôme qui vous a mise dans cet état, l’utilisation de potions de transformations vendues sous le chapeau sont mauvaises pour la santé. En effet, c’est assez, pour vous comme pour moi. Cette mascarade ne vous mènera nulle part, sauf peut-être à votre perte et vous le savez. » 

Un silence pesant tombe, Phisoe se rassoit sur le lit.  

Asparagus sur un ton doux : « Allons, vous n’êtes pas une mauvaise personne. Mais vous avez une triste histoire, je me trompe ? … Vous ne me répondez pas, mais le silence est une réponse. Alors, je vais supposer. Ce prénom étrange est un indice laissé par votre mère sur l’identité de votre père, n’est-il pas ? Vous voulez qu’il vous reconnaisse, n’est-il pas ? Vous vous présumez meilleure… Qu’elle ? Malgré votre différence d’âge. » 

Des larmes perlent aux coins des yeux de Phisoe. 

Asparagus : « Vivre dans le secret est un fardeau, une peine quotidienne. Je vous prie de me croire lorsque je vous dis que je compatis à votre sort. Mais cela doit cesser, pour votre propre bien. Cessez de jouer au fantôme, cessez de chercher l’attention de cet homme, il ne vous apportera rien de bon. Laissez-moi vous aider, je vous en prie. » 

Phisoe : « Je… » 

Soudainement, des cris d’horreur se font entendre une voix hurle : « Mademoiselle Sophie ! Non, c’est horrible ! »  


Acte III : La fin d’une lignée. 

Scène 1 : Triste spectacle. 

Nous sommes de retour dans la bibliothèque, les rideaux sont tirés. Une silhouette git sous un linceul blanc. Asparagus, le visage fermé, regarde celui de la personne gisant là, il soulève du bout des doigts le linceul. Hector Dinaire est présent, l’air affligé, il surveille les actions d’Asparagus. 

Asparagus : « Peu importe le nombre de fois, on ne s’habitue jamais à ce genre de spectacle. Et c’est encore pire lorsqu’il s’agit d’une enfant. Son père voulait la marier, mais en tant que son professeur, je peux l’affirmer, elle avait le cœur d’un enfant. Une qualité très rare à cet âge, hélas déjà perdue. » 

Hector Dinaire : « La jeune Madame Sophie… Sans elle, la maison va perdre sa superbe. Sa valeur ne pouvait se jauger par un potentiel mariage. » 

Asparagus : « C’est bien la première fois que je vois énoncer votre propre avis sous ce toit. » 

Hector Dinaire : « C’est la première fois qu’une enfant meurt sous ce toit. Qu’avez-vous à dire… Sur le plan médical ? » 

Asparagus : « Son corps perd déjà de sa chaleur, la douce enfant est partit il y a peu… Peut-être n’aurais-je pas dû poursuivre un fantôme. Autrement, pas de blessures, pas de traumas. J’oserai presque énoncer que sa mort est un mystère. Je vous donnerai l’adresse et le nom d’un médecin qui saura quoi faire. Je vous prie de ne faire appel qu’à lui… Je peux vous assurer qu’elle n’a pas souffert… » 

Hector Dinaire : « Cela me réconforte un peu. Je me tiendrais à vos conseils. Mais, je souhaite que vous me mettiez dans la confidence. Un homme comme vous ne peut être sans réponses dans la situation présente… Devant cette scène. »

 Asparagus : «  Et pourtant, je le suis. » 

Hector Dinaire : « Vous mentez. Il n’en est pas possible autrement. » 

Asparagus soupire et s’approche : « Pour l’instant il m’est impossible d’en dire plus. Mais je vois venir la suite des évènements. Votre protégée va subir et souffrir des accusations du maitre de maison. Il va falloir choisir, Hector. » 

Hector Dinaire après un silence : « Ceci fait-il partit d’un plan ? De même pour Madame Sophie ? » 

Asparagus s’approche encore plus pour répondre mais le fracas d’une porte qui s’ouvre avec violence et véhémence. 


 Scène 2 : Les accusassions d’un père. 

Le Duc Hon entre sur scène furibond, il traine Phisoe la servante, en pleure, par les cheveux. 

Duc Hon pointant un doigt accusateur vers Asparagus : « Vous voilà, incompétent que vous êtes ! Je vous amène le coupable ! » 

Asparagus sur un ton ferme : « Mes yeux ont vus bien des coupables, de biens des crimes. Et ils me hurlent que ce que vous me présentez est une victime. » 

Duc Hon : « Enquêteur de pacotille, incapable de voir ce qu’il a sous le bout de son nez ! Que ce maudit fantôme soit une imposture ou non n’a plus d’importance. Il a menacé ma fille et l’a tué, ma lignée s’éteint céans ! Cette maison est condamnée ! Et c’est de la faute de cette servante maudite ! Le fantôme était celui de sa mère, elle a voulu ces évènements d’une manière ou d’une autre ! » 

Phisoe à genoux toujours retenu par le Duc : « Non… Pitié… » 

Duc Hon levant l’autre main : « Silence maudite ! Je n’en ai pas finis avec toi, tu vas voir ! » 

Phisoe en regardant Asparagus : « Pitié… » 

Asparagus dont la voix détonne comme la foudre qui s’abat : « Il suffit ! Où est donc passé la tenue qui incombe à un  homme de votre rang ?! Nulle noblesse ne demeure ici. Laissez parler votre victime ! Cessez de la contraindre ! » 

Duc Hon se figeant, surprit : « Très bien… Vous avez raison, cette affaire doit se régler selon les règles qui incombent à la noblesse. » 

Le Duc lâche les cheveux de la servante qui s’effondre sur le sol, en larme. Il décrit un large cercle dans la pièce et s’arrête devant le corps drapé de sa fille. 

Duc Hon : « Cette maison est perdue, mais que vais-je donc devenir ? … Que le coupable parle. » 

Asparagus : « Reprenez-vous, parlez avec franchise et sans crainte. » 

Phisoe : « Pitié, p… » 

Duc Hon : « Assez de jérémiades ! » 

Phisoe après plusieurs tentatives pour retrouver son calme : « Le moment où Madame Sophie a été … Où elle… J’étais avec Monsieur Lotherna… » 

Duc Hon : « Plaît-il ?! » 

Asparagus : « Il est vrai. » 

Duc Hon : « Expliquez-vous ! » 

Asparagus : « Je poursuivais ce fantôme, mais cette canne me ralentit si bien qu’il me distança rapidement. Je le perdis de vue, et croisant Mademoiselle Phisoe, j’ai pris le temps de m’entretenir avec elle. » 

Duc Hon : « Et pourrions-nous savoir à quel sujet ? » 

Asparagus : « Le fantôme bien entendu ! Et je peux voir confirmer qu’elle était avec moi au moment du drame. Elle est innocente. » 

Phisoe : « Merci… » 

Asparagus : « Allons, je ne fais qu’énoncer la vérité. » 

Duc Hon : « Trêve de vos énigmes, j’en suis las ! Je veux un responsable, pour la chute de cette maison, ma chute ! Et c’est pour ça que je vous paie ! » 

Asparagus : « Rassurez-vous vous n’aurez pas à le faire, car moi aussi je suis las. Las de vous. » 

Duc Hon : « Comment osez-vous ? » 

Asparagus : « J’ose, et vous ne me faites pas peur, cela n’a jamais été le cas. Je n’éprouve pas la moindre once de respects pour vous non plus. Je ne vois aucune noblesse en vous. Votre enfant git céans, et vous ne pensez qu’à vos problèmes de denier ! C’est une honte. Et dans votre furie vous brutalisez une innocente. De plus vous avez une responsabilité envers elle. Je désir nul salaire de la part d’un être aussi lamentable que vous ! » 

Duc Hon : « Assez ! Vous le regretterez, je connais des gens hauts placés au sein des autorités d’Amakna vous paierai votre arrogance, Lotherna ! »

 Asparagus : « Vous essaierez certainement, mais sachez-le, les connais mieux vous. Et j’’aurai besoin de nul kama pour leur faire entendre la vérité à votre égard. » 

Duc Hon : « Soyez maudit, vous avez échoué votre mission ! Partez d’ici. » 

Asparagus : « Rassurez-vous, je ne souhaite pas rester sous le toit d’un homme tel que vous, dont je ne crains les malédictions d’ailleurs. Quant à cette mission, moi seul peut me donner un objectif. Que votre fantôme soit une imposture ou pas, il aura précipité les évènements et mis à jour votre véritable nature à la face de tout le monde ici. » 

Il sort de la pièce d’un pas décidé malgré sa canne. 

Duc Hon : « Quant à toi Phisoe, innocente ou pas, tu n’as plus ta place ici. Part ! » 

Elle s’enfuit de la pièce, Hector Dinaire la suit. 

Duc Hon : « Hector, occupez-vous de… Hector ? »  


Scène 3 : La démission d’Hector Dinaire. 

La scène se passe dehors, devant le manoir. Le sol est toujours couvert d’une épaisse toison blanche, de givre, de glace, de neige. Cependant le vent s’est tu, le ciel est bleu azur, magnifique. Asparagus regarde une dernière fois le manoir, il s’apprête à partir. Les portes s’ouvrent, Phisoe et Hector Dinaire sortent. 

Asparagus : « Il semblerait donc, je ne profiterai pas seul de ce ciel magnifique. » 

Hector Dinaire : « Oui, nous allons parcourir un peu de chemin ensemble. Où allez-vous ? » 

Asparagus : « Chez le médecin dont je vous ai parlé. Pour voir si Mademoiselle Sophie y est bien arrivé. » 

Hector Dinaire : « Ils ont dus y amener la pauvre enfant il y a déjà un moment… » 

Asparagus après un silence : « Et vous ? Vous m’avez l’air de prendre un départ sans retour. » 

Hector Dinaire : « En effet, j’ai démissionné. Je ne supporte plus cette maison. Et plus que tout, je souhaite veiller sur ma protégée. » 

Phisoe timidement : « Merci… Et merci à vous aussi Monsieur Lotherna. » 

Asparagus : « Allons, je n’ai accomplis que mon devoir. Et vous me voyez bien rassurer de vous voir partir sous une bonne tutelle. Hector, si le besoin s’en fait sentir, vous savez comment me joindre. » 

Hector Dinaire : « Je vous en remercie, mais je pense que nous nous en sortirons très bien. J’ai de vieux amis qui sauront nous procurer travail et logis. » 

Asparagus : « Vous m’en voyez ravi. » 

Phisoe : « Et vous, qu’allez-vous faire ? »  

Asparagus souriant : « Eh bien, il est prévu que j’organise un mariage. » 

Hector Dinaire : « J’aurais dû m’y attendre. » 

Asparagus : « Surement… Allons-y. » 

Ils s’en vont du manoir.  
 
FIN.  
 
Le rideau tombe sur la scène tout comme les lèvres du narrateur se closent. Au fur et à mesure que le son des mots s’éteint, le tripot miteux retrouve sa substance. Certains rêvassent encore, d’autres méditent sur cet étrange récit. 

Des questions commencent à fuser, où était donc le larcin dans cette histoire ? Etait-ce une pièce montée de toutes parts ? Une fiction ? Un véritable témoignage ? Un mélange des deux ? Quelle était l’implication réelle du disciple de Féca dans cette aventure ? 

Mais il garda le silence, se contentant de sourire aimablement à chaque question, sans pour autant y répondre. Alors les esprits les plus aiguisés comprirent quel était l’habille larcin de cette histoire. La pièce contée a permis à cet homme de s’accaparer le temps, l’attention et même la passion de certains.
2 -1
Score : 979

Personne ne parle.
Qui le pourrait, après une telle scène ? Si les émotions étaient des couleurs, la pièce serait en train de se teinter d’un vert jaunâtre.
Le vert de la méfiance.
Le jaune de la peur.La règle avait été brisée, le jeu était truqué. Quelqu’un s’était échappé.

Personne ne pa…ah. Si.
Et un fort grossier personnage qui plus est. 

L’eniripsa retourna à ses pensées. Il n’avait pas pris son Lonne, lui. Il faut dire qu’il s’attendait à tomber dans une combine trouble et bien souvent, au lieu d’être un gage de sécurité, le couvre-chef servait surtout aux malfrats. Savoir sur qui taper est un luxe.

Il avait vu un de ses collègues prendre la parole. Nul doute qu’il ne le reconnaîtrait pas ; Aporia Crategi n’était pas membre de Nedora Riem depuis assez longtemps.
Pour lui, toutes les participations étaient anecdotiques…ce "jeu" ne l’intéressait pas, pas plus que la prétendue récompense. 

Quelques exclamations, et silence à nouveau.
L’autre cra d’eau douce devait avoir fini. À vrai dire, la voix semblait même venir du fond de la salle, où se tenait un feca immobile. 
Malheureusement, le silence était retombé. Il faudrait bien qu’il intervienne à un moment...Aporia pressentait un malheur si tous les invités ne partageaient pas leur expérience.
Des regards inquisiteurs s’étaient vraisemblablement livrés à la même réflexion et cherchaient qui jouait au muet. 

Malgré son goût prononcé pour la mise en scène, l’eniripsa allait faire simple; plus vite ce serait fini…
Il prit la parole. 


Sur ces mots, Aporia Crategi se replongea dans le silence. Si des yeux l’observaient encore, ils auraient pu le voir écrire quelques mots, au dos de son enveloppe piquée…

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2ème erreur : la prochaine fois, évitez de confondre larcin et lard saint.
 
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 HRP: merci de votre lecoute; je voulais juste préciser qu'Aporia Crategi est un personnage fictif, inventé pour un évènement particulier, pas du tout membre du Clan de Nedora Riem et qui m'était fort utile pour une voix masculine !
 
4 0
Score : 482
Mhh… Marquise…Il y avait longtemps maintenant que la jeune femme avait renoncé à ce titre. Et voilà qu’une missive à l’écriture soignée, venue d’on-ne-sait-où et de la part d’on-ne-sait-qui, était arrivée jusqu’à sa maisonnée se permettant de faire figurer son patronyme tout entier. Bien plus curieuse qu’obéissante (obéir à une lettre, et puis quoi encore ?), Sade avait décidé de se rendre en ce lieu inconnu où elle était conviée.  Plus tôt dans la journée elle avait pris soin d’enrouler son meilleur fouet autour de sa cuisse droite. L’arme était à peine dissimulée sous sa jupe en écailles de crocodaille ; à vrai dire notre disciple d’Osamodas aimait à montrer son respect pour le premier commandement de son dieu «  Tu feras claquer ton fouet pour te faire obéir et pour le plaisir ».  Ainsi, cet emplacement lui semblait le plus adapté en toute situation.

Au moins deux heures venaient de s’écouler depuis que la porte s’était refermée sur la petite assemblée. Minuit allait bientôt sonner – quoi que… ces derniers jours le temps semblait s’être arrêté-. La voix d’outre-tombe s’était tue et quelques individus plus ou moins louches avaient déjà conté leurs crimes. Sade quant à elle était restée appuyée au comptoir, triturant machinalement son enveloppe tout en écoutant ses camarades d’un soir. Parallèlement, l’ambiance de la salle la plongeait dans ses souvenirs. Tic…l’atmosphère emplie d’alcool…tic…les rires gras….tic, tic, … les menaces chuchotées, tic, tic, tic… le bruit des kamas cognant un à un dans une bourse… Les images encore vivaces de ses soirées passées dans un tripot brâkmarien, parait-il toujours gardé par Ze Krow, défilaient dans son esprit. … Plus un bruit. Le silence venait de ramener la jeune femme à la réalité. Le disciple d’Eniripsa s’était tut, l’ensemble de la salle aussi. Lentement alors la « Marquise » se leva, elle s’avança jusqu’à l’escalier qui se trouvait le long d’un mur et en monta trois marches. Elle se sentait plus à l’aise ainsi. Elle jeta un dernier coup d’œil à son enveloppe, pris une inspiration - l’air était plus chaud qu’à leur arrivée, l’odeur de sueur se mêlait à celles de l’alcool et du parfum des quelques dames de l’assemblée -, et commença

Bonsoir.
Ceux qui ne l’avaient pas encore vue monter les marches se tournèrent alors, découvrant une demoiselle tout de gris-marronâtre-écailleux vêtue. Des cheveux d’un blond lumineux contrastaient avec la couleur terne de son habit. Sa jupe fendue laissait soupçonner l’emplacement du fouet et, bien que la jeune femme se tenait face aux autres invités, il n’y avait aucun doute sur le caractère diablotin de la queue pointue qui prenait naissance en bas de son dos.

Compères d’un soir, il me semble que nous ne serons pas libérés tant que chacun n’aura pas avoué son crime. Le mien ? Oh, il tiendrait en quelques mots …
La disciple d’Osamodas laissa planer le silence quelques instants, certains espéraient sûrement qu’elle la ferait courte et qu’ils seraient alors plus tôt libérés

Mais l’intérêt d’une histoire réside-t-il dans sa conclusion ..ou dans le chemin pris pour y arriver ? Il fait encore nuit noire, nous avons le temps, voici mon histoire :
Je me nomme Sade, « marquise » de mon état (elle avait souligné son titre avec dégoût, on aurait cru voir une eniripsa nettoyant ses ailes d’un vomi de bwork). Je suis née dans une jolie maison, à l’angle du quartier bijoutier de Bonta. Mais on s’en fiche en fait, vous n’avez qu’à savoir cela :

Père noble au service du roi Beldarion de Bonta (protecteur du slip de ce dernier)  
Mère aussi dynamique qu’une gelée
Famille aisée centrée sur les apparences et bonnes mœurs
« Ma fille tu épouseras ce riche disciple de Féca »
«Non ! Tu ne prendras pas les armes ! »
« Ah pas de ça chez nous jeune fille ! »
« Suis les enseignements d’Amayiro ! »

La jeune femme s’amusait à imiter toutes ces voix. Elle se tut. Puis reprit calmement.

    Alors je me suis enfuie, je suis partie dans la nuit. J’ai marché des jours durant à travers Cania, me cachant semant la troupe de Père. Je suis arrivée en la cité d’Astrub que je ne connaissais guère, « On ne se mélange pas à la plèbe » disait Père. Arrivée au lieu de vente des paysans, j’ai entendu derrière moi le bruit des miliciens de Bonta. Apeurée, j’ai tambouriné à la porte d’une maison. Elle n’était pas fermée, je suis entrée, paniquée. Les pas se rapprochaient, ils allaient me trouver. Je me plaquais contre un mur quand tout à coup la surface contre moi se déroba : me voilà tombée dans une drôle de chambre secrète. Des….dessous ?! Des objets de torture ?!!! Un lit DEFAIT ! (crime ! A Bonta les lits comme les habitants sont tirés à quatre épingles). Sur le mur, une affiche
« Bienvenue chez Jojo, reine de la débauche, il n’y a pas que les dragodindes que je chevauche ».
Sade sourit en regardant l’assemblée. Sûrement que s’ils avaient été conviés en ce lieu mal famé, que  s’ils avaient déjà volé, ils étaient du genre à connaître Jojo…      
Jojo a été plus douce et aimante que mes propres parents. Elle m’a élevée plusieurs années durant. Ayant prêté allégeance à la cité sombre je vivais surtout la nuit, et le temps passa ainsi. Mais…un soir, alors que j’étais tapie derrière un buisson à troquer discrètement une dragodinde avec le garde Montay, j’entendis une mélodie.

Elle ouvrit une petite boîte à musique, confectionnée par Oli Venders, et la posa sur une marche,puis poursuivit :
Je mis fin à mon échange et décidai d’entrer dans le château, d’où les délicates notes semblaient venir. J’arrivai enfin dans une salle de théâtre. Il y avait bien un piano et son siège…mais personne dessus. Je m’approchai. Les touches et le siège étaient glacés. Leur température contrastait avec la chaleur de la pièce. Peut-être avais-je rêvé ? Si quelqu’un était là, je l’aurais croisé. Mais la mélodie elle…elle semblait réelle pourtant, si belle. Je décidai toutes les nuits de revenir dans l’espoir d’entendre à nouveau la mélodie. Certaines nuits j’avais la chance de l’entendre mais dès que j’arrivai, plus rien, personne, pas un son. Un jour alors je me suis cachée parmi les costumes utilisés sur scène, enfouie, je ne voyais rien mais je pouvais tout entendre. Les heures s’écoulaient…et la mélodie arriva ! Comme enveloppée par ses notes, je me laissais bercer, immobile et cachée. La mélodie s’arrêta. Mais il fallait…il fallait que je rencontre la personne qui composait si bien, vite, avant qu’elle s’en aille ! Je bondis hors de ma cachette et…et rien ?! Ah…si, une sousouris. Sa queue s’agitait sous la grosse pendule, elle semblait coincée. Et c’est là, mesdames messieurs, c’est là que je compris enfin !
La jeune femme s’agitait et parlait avec passion. Elle semblait revivre la scène qu’elle contait comme si cela s’était produit hier. Levant le poing en l’air, elle continua :
       Oui ! C’est là que j’ai découvert le passage secret. J’ai fouillé, fouillé…Une des touches du piano permettait à l’horloge de se déplacer et de révéler une trappe ! A Amakna ! Qui l’eût cru !? Reprenant son souffle, elle poursuivit calmement, comme pour cacher son émotion : Et j’ai rencontré Malfred. Malfred…Là, elle ne put retenir un tendre sourire Malfred était un fantôme. Quand je l’ai rencontré, il s’est présenté à moi en ces mots, prononcés de sa voix grave et apaisante « Eh bien…il semblerait que vous m’ayez découvert. Comptez-vous me dénoncer ? Si je me cache, vous devez bien vous douter que je n’ai rien à faire là. » « Vous..dénoncer ? Mais non ! Jamais ! Pourquoi ?! », répondis-je avec mon impulsivité de l’époque« Les fantômes, vous devriez le savoir, n’ont pas à errer parmi les vivants. Nous n’avons pas non plus d’existence matérielle…bien que certaines choses puissent être contrôlées. » Disant ces mots, Malfred avait agité un crochet au bout de sa main, seule partie physique de son être spectral pour le reste. Cette nuit là, je l’ai passée à discuter avec Malfred. Je lui donnai ma parole de garder sa présence secrète. Quant à lui, il me raconta l’histoire de sa vie - et de sa mort- et me promit de m’enseigner les rudiments de la musique. Son nom complet était Malfred de Tessum. Durant sa vie il était archiviste à la bibliothèque d’Amakna et y avait appris énormément de choses. A l’occasion il composait des airs d’opéra pour la cour d’Allister, c’est à cette époque qu’il avait construit le passage secret. Malfred m’expliqua que son état de fantôme était anormal. En théorie, une fois morts les aventuriers finissent au cimetière. Ils ne sont fantômes que de façon temporaire, mais pour Malfred, la situation s’était éternisée. Il n’était ni totalement mort, ni tout à fait vivant. Alors il attendait. Il attendait sa mort réelle, et pour tromper l’ennui il venait jouer des mélodies la nuit. Nous sommes rapidement devenus amis.

Au fond du tripot, quelqu’un venait de tousser. Et le larcin dans tout ça ? On va encore passer la nuit à écouter toutes ces histoires ! Allez savoir si ce ne sont pas là que des tissus de mensonges ! Sade reprit son récit.      

Malfred restait à Amakna tandis que de mon côté je décidai de partir à l’aventure. J’avançais dans des marécages boueux, assommant d’un coup de marteau les boos collés à mes bottes, j’allais bronzer entre deux chasses à la moumoule sur des rives ensoleillées, jouant les sirènes…Bref. Je vivais. Malfred lui…fantômait ? Nous avons découvert les joies des liens épistolaires pendant que plus de trois cents Mérydes défilaient.

Sade fit passer, mais ils ne le savaient pas encore, sa lettre la plus précieuse à ses nouveaux camarades.
Une fois son bien récupéré, la jeune femme poursuivit son histoire :

Et je revins à Amakna. Malfred, bien qu’heureux de me voir, semblait mal en point. Cette nuit là fut tragique. La réalité était là : j’allais bientôt arriver à l’âge auquel Malfred était devenu fantôme. Le temps allait filer, inlassablement. Cette idée le révoltait et je ne comprenais pas, à cet instant, sa colère. Lui avait été oublié des dieux…personne n’avait repris son âme qui continuait d’exister sous forme spectrale. Il restait là, coincé. Moi…j’étais bien heureuse que les dieux l’abandonnent et qu’il reste fantomatique, mon Malfred, je ne voulais pas qu’il finisse dans un cimetière. Il avait dû percer mes pensées car soudain il cria
« Mais ne comprends-tu pas ! » C’était la première fois qu’il abandonnait notre vouvoiement habituel et perdait son sang-froid. « Ne comprends-tu pas que, malgré la mort, les sentiments subsistent ? » Malfred d’avoir craché cela semblait se calmer. Il s’approcha de moi et je ne pus retenir un frisson. Il était immatériel mais le froid glacial dont il était composé était bien palpable. J’étais alors encore incapable d’émettre le moindre son. Je le regardais droit dans ses yeux fantomatiques. Je sentis alors un objet de métal froid caresser lentement ma cuisse. Sade glissa en aparté au tripot : Vous savez, j’avais de grandes chaussettes montantes mi-cuisse en laine de bouftou noir ce soir là et une jupe semblable à celle d’aujourdhui. Elle poursuivit : Le crochet de Malfred passait doucement le long de l’élastique de ma chaussette quand il dit « Tout ce que j’ai de matériel est cette griffe d’étain…et je devrais passer l’éternité à m’en contenter ? Mais que crois-tu ? Qu’après ta mort je resterai là, sagement à composer des airs au crochet ? Que le temps (et je maudis Xelor) guérit les blessures (et je maudis Eniripsa !) ? ».
Après avoir rapporté les propos de Malfred, Sade laissa trainer un silence. Puis reprit :
 
Et c’est là que tout s’est éclairé. Je savais quoi faire. Je n’écoutais plus Malfred qui venait de prononcer le seul mot qui avait résonné en moi « guérit » « guérit.. », je ne l’ai pas plus écouté quand il m’a dit que je devrais relire cette vieille lettre, que « ce sont les premiers mots qui comptent », tout ça je ne l’ai compris que plus tard. A cet instant, cette nuit là, seul le mot « guérit » comptait pour moi. Je ne me souviens de rien d’autre, je suis partie, j’ai chevauché ma dernière acquisition, un hurledent, trois jours durant. Au petit matin du quatrième jour, j’arrivai à Bonta…Je n’y avais pas remis les pieds depuis ma fuite. Quand j’étais petite, Père me contait les histoires des guerriers braves de Bonta et ne cessait de faire les louanges de tous les notables de la cité. Il faut croire que rayonner par son influence plutôt que par ses qualités était une bonne chose…Ce n’est pas pour rien que je voue un culte au dieu Osamodas, qui fuit les relations humanoïdes. Incognito, je descendis de ma monture poilue, la prit par la bride, et avançai à pas feutrés dans la ville encore endormie.
Je me rendis à la place de vente des maîtres alchimistes mais…elle n’y était pas. Non, non, mon voyage ne pouvait s’arrêter là ! Alors tant pis. Tant pis si je devais risquer d’être emprisonnée dans la cité que j’ai quittée. Tant pis s’il me devenait impossible d’explorer le monde, tant pis. Il fallait que j’essaie. A l’est de la place de vente j’ai trouvé la maisonnée de Merlan. Merlan L’enchaîneur. Il était un mage alchimiste d’une grande puissance, très respecté des habitants de Bonta (et même de ceux de Brâkmar si vous voulez mon avis mais personne ne l’avouera ici).
L’habitation de Merlan était  ronde et creuse en son centre : un arbre y poussait, dépassant de la toiture. C’est par là que je décidai d’entrer. Lentement, j’escaladai le mur extérieur composé de pierres grises, m’aidant de mon fidèle fouet. Arrivée au sommet je pus dérouler mon arme préférée, l’attacher à une branche, puis me laisser glisser tout le long. Ainsi suspendue j’avais une vue imprenable sur la pièce principale. Et là..au sommet d’une étagère poussiéreuse, je la vis.
La potion de guérisseur.

Père m’en avait tant et si bien parlé que je l’aurais reconnue entre toutes. « Cette potion rare de couleur ambrée n’est fabriquée que par les meilleurs alchimistes. Sa valeur est inestimable, ma fille, car lors de nos batailles elle permet de ramener un guerrier valeureux d’entre les morts. » Il régnait un silence pesant, oppressant dans la maisonnée de Merlan.

Sade se tut. Le silence se faisait lourd lui aussi parmi les convives.

Personne. Merlan, peu importe où se trouvait, en tout cas, n’était pas là. Les habitants de Bonta ne se méfient pas assez des vols visiblement… Suspendue à mon fouet, je commençai lentement, très lentement à me balancer - Oui un peu comme vous jeune arlequine -, et je pus attraper le flacon. Doucement. Il ne fallait pas le casser. Une fois l’objet bien coincé contre moi  je m’en suis allée aussi silencieusement que j’étais venue. La suite, amis d’un soir, vous la devinez : une fois sortie de la cité j’ai fait galoper, galoper mon hurledent ; la bête est résistante, et j’ai rejoint Malfred. Les mots sortant de ma bouche se précipitaient, se télescopaient, j’étais trop impatiente de le ramener parmi les vivants. Alors nous nous sommes installés, toujours cachés dans sa pièce secrète où il composait ses opéras, doucement je lui ai fait boire la précieuse potion…et Malfred enfin, Malfred était vivant. Le froid qui l’entourait s’était dissipé. Il se leva et s’approcha de moi, cette fois à la place du crochet qu’il contrôlait c’était bien sa main que je sentais contre ma cuisse. La suite de l’histoire, messieurs mesdames, elle ne vous regarde pas. Je vous avais bien annoncé que l’intérêt d’une histoire, même celle d’un larcin, résidait plus dans son déroulement que dans sa conclusion.
 Sade sourit en repensant aux instants qui avaient suivi le retour de Malfred à la vie. Elle redescendit les quelques marches qu’elle avait montées avant de prendre la parole dans le tripot, s’assit, et bu une grande gorgée dans la première choppe qu’elle trouva. Secrètement, elle espérait tout de même qu’aucun milicien de Bonta ne songerait à l’arrêter ce soir là.

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Pour la lettre, il s'agissait de la lire en ne tenant compte que du premier mot de chaque ligne
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Score : 185
Et a nouveau, le silence retomba.

Card esquissa un sourire, remarquant la courte phrase au dos de la lettre  de l'eniripsa.
Accoudé au comptoir, une chope a la main, il écoutait d'une oreille les histoires des invités, et gardait un œil avisé et affiné par l'expérience sur le reste de la foule.


Il est défini par bien des titres , de simple voyageur avide de trésors jusqu'à celui d'un bandit de renom ayant amincit plus d'une bourse. Lui aime se définir comme un troubadour maîtrisant l'art du larcin, après tout voler n'est rien d'autre qu'un pari risqué... quoi de mieux pour un disciple écaflip ?

Il allait enfin pouvoir passer à l'action, son attente allait être récompensée...

Il avait établi le profil de la totalité des membres de l'assemblée, reconnaissant par la même occasion quelques confrères. Et, en temps que fin joueur de poker, connaissait suffisamment la main des autres pour pouvoir se lancer.

Il avait laissé les impétueux et les torturés s'élancer, afin qu'il s'éliminent entre eux avant même d'avoir pu jouer. Ceux-ci ne savent pas bluffer...

Seul un avait su faire preuve de finesse, et il remarquait avec amusement qu'aucun des membres,même parmi ceux pensant l'avoir cerné, n'avait cherché derrière la ruse elle-même si celle-ci n'en cachait pas une autre...

Qu'importe, il ne partageait pas les mêmes motivations que la silhouette sombre s'étant évaporée quelques minutes plus tôt. Il aimait le défi, le risque et si son instinct l'avait mené ici, ce n'était pas pour un simple anneau...

Se levant d'un bond agile il lança d'une voix claire mais forte, remplissant le silence et captant l'attention de son auditoire :
 
-Bien ! Puisque personne ne semble vouloir parler, je suppose que je dois me lancer !
Je me présente, Card-Destiny , ou plutôt Card, mais peut-être que certain d'entre vous on déjà entendu mon nom.

Quelques chuchotements sourds s'élevèrent. Son premier atout était joué, il savait qu'il détenait l'attention de la majorité des membres de l'assemblée.

-Pour les autres, sachez que je ne suis qu'un simple voyageur écaflip, et que mon amour pour les pari n'a d'égal que mon amour pour les trésors.
Vous vous douterez bien qu'une invitation anonyme dans un tel lieu m'a parue plus qu’intéressante, et votre présence ici démontre que je ne suis pas le seul a partager ce sentiment.

Il esquissa un sourire, puis continua:

-Voyez vous, j'ai participé a de nombreux larcins, et j'apprécie également écouter ceux des autres. Mais, j'avoue être plutôt déçu. Cette assemblée compte un grand nombre de beau parleur abusant de formules et de mots compliqués afin d'embellir un récit pourtant bien peu rempli.

De nouveaux, des chuchotements s'élevèrent de la foule. Son second atout avait été joué, il savait qu'ils disposait maintenant de l'attention de la totalité des membres de l'assemblée.

Tapi dans l'ombre, sous les chaises, même ceux l'ayant ressenti s'en était désintéressé pour écouter le récit de l'écaflip qui commençait à parler. Le félin, muni d'une version réduite d'havre-sac en bandoulière, fixait patiemment son maître, attendant le signal pour pouvoir passer à l'action.

L'écaflip, quand à lui , abattit son dernier atout, Il voulait être sur de capter l'attention de son public jusqu'à la fin de son histoire.

-Mon récit est certes classique mais n'en reste pas moins l'un des plus beaux larcins que j'ai pu commettre, et c'est avec plaisir que je vous en fait part...
Voyez vous, il m'est arrivé de délester bon nombre de bourse, parfois bien trop remplies -il sourit- , et pour cette histoire, je vais vous conter le vol commis dans la demeure du roi Beldarion.

A ces mots, les plus infimes chuchotements cessèrent immédiatement, et tout les regard se tournèrent vers lui.

Bien qu'il eut remarqué la présence des mercenaires et leurs mains qui s’était progressivement posées sur leurs armes, il n'en était pas inquiété.
Card savait qu'aucun d'entre eux ne tenterait d'action au milieu d'une telle foule, et qui plus est, il avait atteint son but, captiver l’entièreté de son auditoire, et ce pendant toute la durée de son histoire.


Le félin, sous l'annonce du nom du roi Bontarien, se mit en mouvement, il avançait sans un bruit, du fait de sa petite taille couplé à son expérience dans le domaine de la discrétion, et ajoutons à ceci l'intérêt que l'écaflip avait su construire pour son histoire. Le félin était totalement invisible.

-En temps que disciple Brakmarien, vous vous douterez que voler un Bontarien est un forfait satisfaisant, mais voler le roi lui même serait le rêve de tous. Et pourtant, figurez vous que ce ne fut pas si compliqué.

Card regardait la foule non sans un sourire, le véritable larcin était sur le point de
commencer, et la tension liée au risque commençait doucement a monter, les pari
était lancés, Card avait identifié avant même les débuts des récits les cibles
potentielles, et les cibles a éviter, et, par des gestes experts, guidait son animal tout en contant.


-Voyez vous, j'ai eu de nombreuses tâches à accomplir au services des autorités Brakmariennes, et m'infiltrer au plus près du roi Bontarien constituait une tache certes ardue, mais loin d'être infaisable.

Il marqua une pause, premier larcin effectué.
Certes c'était cible la plus simple, mais pas celle avec les poches les moins vides

-Mais pour un disciple écaflip, tout est affaire de prise de risque, et du degré d'importance de cette dernière, je ne vis que par ça. Une simple infiltration ne me satisfaisait absolument pas et je me devais de faire bien plus.

Le second larcin était effectué, et déjà le félin s'approchait de la prochaine cible.

-Le principal problème était Joris Jurgen, bien trop malin pour succomber à mes ruses, et je me devais de l’éloigner avant de commencer si je voulais réussir sans encombres. Par Ecaflip! la chance fut de mon côté puisqu'il n'était pas présent, je pouvais donc passer à l'action.

Dans la salle, des murmures commençait à s'élever, il était temps de passer au final, le
félin, quand à lui, continuait ses larcins, sous l’œil avisé de son maître.
Card sorti de sa poche un kama frappé d'un sceau sadida.


-Soyez certain que aujourd'hui cette ruse de marcherait plus, mais le roi appréciait grandement les troubadours et leurs tours, et ce n'est qu'avec une simple pièce, que j'ai pu lui subtiliser des documents capitaux sur les fondations des remparts.
Comment, me diriez vous ?

Il sourit et d'un mouvement du pouce, projeta la pièce en l'air, l'espace d'un instant, tout les invités, captivés par l'histoire, suivirent du regard le petit objet doré, dans son ascension et sa chute. Donnant une nouvelle occasion au félin qui s'attaqua ainsi à sa dernière cible avant de doucement reprendre place a son endroit d'origine.

-Un bon voleur de dévoile jamais ses secrets, mais la maîtrise de l'attention est une base nécessaire a tout larcin, et ce quel qu’en soit sa difficulté.

Il marqua une pause, puis reprit:

-Mon histoire est terminée, et si vous doutez de sa véracité, du fait qu'elle soit inconnue du public, posez vous une question. Pensez vous qu'un roi volé par un simple troubadour, ne ferais pas tous son possible pour étouffer une telle affaire ?
Croyez-moi j'aurais personnellement préféré que l'affaire s'ébruite.

Avec une légère révérence, Card revint doucement à sa place. L'auditoire semblait douter de son histoire, mais qu'importe, pensa-t-il avec amusement, il venait de conter a une foule, l'histoire du larcin qu'elle avait elle-même subit.

PS: première participation à un évenement comme celui ci (et même sur le forum d'ou mon score ridicule ) j'ai pris énormément de plaisir à l'écrire et j'espère que vous avez eu autant de plaisir a le lire
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Score : 1737

Mais qu’est-ce que vous foutez là ? – c’est la première chose qui vous vient à l’esprit ou du moins à ce qu’il en reste -. Êtes-vous en train de délirer dans un état comateux tout en baignant joyeusement dans votre propre flaque de vomi ? Non-non, cela parait improbable, vous avez tellement malmené votre cerveau ces dernières années qu’exiger tant de réalisme de sa part serait mal avisé, voire insensé. Votre esprit est embrumé, certes, mais ce que vous aviez vu et entendu était bien réel.

Vous décidez donc de vous remémorer les bons conseils de votre ancien associé Tarb. Sacré Tarb, lui au moins il savait s’y prendre avec l’alcool : une vraie barrique qui réussissait toujours à donner l’impression d’être sobre. C’était bien pratique avec les clients qui avaient la bonne idée de prendre rendez-vous aux aurores. Vous esquissez un petit sourire nostalgique en repensant à cette fois où vous aviez réussi à éliminer un des larbins d’Amayiro pour vous introduire dans le garde-manger de la milice et y dérober une bonne dizaine de caisses de torboyo. Que disait toujours Tarb déjà ?

« - Mon pote, quand t’es torché ya qu’un truc à faire ! Pas deux, sûrement pas trois ! Tu vois ce p’tit pli là entre ton gros doigt et l’autre-là ? Oué c’ui-là. Hé ben tu le pinces avec toute la force d’un Trool en rut et t’vas voir, ça te réveille un mort c’truc-là ! ».

Vous vous souvenez également de la douleur intense qui avait traversé votre main et des quelques secondes de lucidité qui vous avaient permis de tabasser un Tarb, hilare, qui se foutait du couinement suraigu que vous veniez de pousser. Il n’avait plus jamais ri après ça et c’était bien dommage. N’empêche que ça avait été efficace et que vous aviez retenu l’astuce.

Alors que vous vous apprêtez à refaire de même, votre regard se pose justement sur votre main, étrangement rougie par du sang à peine coagulé. Peu importe, vous savez vous servir de vos deux mains : indispensable dans vote métier. Ah oui, ça vous revient maintenant… le tesson de bouteille. Oui-oui, les bouteilles gratuites exactement.

Peu à peu, les morceaux s’emboitent et vous comprenez ce que vous faites ici -enfin en partie-. D’abord l’invitation avec la promesse d’alcool offert par la maison, ensuite cette cahute à l’allure douteuse à l’extérieur de la ville et enfin ces fameuses bières dont vous avez semble-t-il un peu abusé. Mais comment vous le reprocher ? Après tout, c’était gratuit, non ?

Bon bon, vous essayez tant bien que mal de vous rappeler ce qu'avait dit la drôle voix : « Gnia gnia gnia, larçin, bla bla bla, récit, patati patata, récompense ». Voilà de quoi éveiller un tant soit peu votre curiosité. Effectivement, une petite lettre violette, parfumée et cachetée avec ce qui semble être un As de Pique avait été posée avec délicatesse sur le comptoir. Une écriture élégante et sophistiquée y avait inscrit avec raffinement un de vos multiples pseudonymes, même pas un des meilleurs : « Humble ». Les autres clients, lettres en main, papotaient déjà depuis plusieurs heures, se vantant à tort et à travers de leurs exploits respectifs. Étrange histoire... en même temps, de l’alcool gratuit ça cachait forcément quelque chose de louche mais vous aviez tenu à prendre le risque. Trois jours sans boulot, trois jours sans une goutte d’alcool, c’était trop, beaucoup trop… Et après tout, c’est toujours dans les lieux miteux comme ça qu’on décroche les meilleurs contrats.

Irrité par la tournure que prenait cette soirée, vous saisissez un de vos multiples couteaux, aiguisé à souhait, et ouvrez d’un coup sec et expert l’enveloppe. Sur un papier à lettre rose pâle, vous lisez, écrits tout aussi délicatement, trois mots : « Arme, Magique, Rare » et toujours cet As de Pique. Les inconnus tout autour de vous semblaient s'adonner avec ardeur et entrain à la tâche qui leur avait été imposée, rivalisant d'emphase et abusant de la première personne. Vous n'étiez pas de ce genre là. Un anneau ?... c'était ça la babiole pour laquelle se battaient tous les convives ?!

La mise en scène était grotesque, celui à l’œuvre était visiblement un amateur. Il était temps que cela cesse : vous aviez assez perdu votre temps. Peut-être que cet anneau suffirait-il pour rendre une visite à la charmante rouquine de l’autre soir. Vous espériez qu’elle serait encore libre quand vous serez sorti. Votre charmant hôte devait sans doute être assez prétentieux pour avoir invité autant de monde à cette petite sauterie et au vu du soin attribué au décorum, il devait se croire infaillible. Ce serait encore plus facile que prévu. Évidemment, la porte et les fenêtres avaient été minutieusement barrées et le tavernier ainsi que sa ravissante serveuse avaient pris la poudre d’escampette, sûrement pour éviter toute tentative de prise d’otage.

Bon… voyons voir… sans surprise, personne derrière le comptoir… par contre - ah oui voilà – vous identifiez sans peine ce qui semble être l’extrémité d’un cornet en bronze camouflé au milieu des tonneaux entassés. Vous étouffez un petit ricanement tant la tâche est aisée. Hum… celui qui vous a invité a sans doute prévu d’assister au spectacle… Votre regard passe rapidement au crible les murs miteux de la taverne. Votre œil, attiré par un éclat lumineux à peine discret, débusque sans mal un petit miroir dissimulé entre les cornes d’une tête de Vétauran à moitié décomposée et pendue -comme par hasard- juste au-dessus de la pile de barriques. Vous voilà prêt à jouer.

Le théâtre a toujours été votre fort, et pour le coup, votre humeur est plutôt disposée à une certaine forme de… tragi-comédie ? Comique pour vous, tragique pour l’autre en tout cas ! Votre bon mot vous fait sourire et c’est avec un visage goguenard que vous prenez la parole :

« Bon bon, j’sais pas pourquoi vous êtes ici vous, mais moi j’ai une chouette histoire à raconter ! Oh non, non ! Où avais-je la tête héhé ! J’en ai même deux ! »

La petite foule, bientôt recomposée en public à l’air ahuri vous dévisage de ses grands yeux.

« Oui, oui : deux ! Ben quoi, faites pas ces têtes-là ! Profitez plutôt du spectacle… »

Un coup devrait suffire. Deux voire trois pour assurer ? Peut-être, mais c’est toujours moins la classe qu’un seul après tout. Quoi que… allé, ça fait longtemps que vous ne vous en êtes pas servi.

« Bon, on va la jouer courte. Voyez-vous ceci ? »

Vous sortez de votre poche de manteau celui qui a permis toute votre réussite.

« Inhabituel n’est-ce pas ? »

Les regards de l’assemblée semblent captivés par l’objet que vous tenez entre vos mains.

« Vous vous demander sans à quoi ça sert n’est-ce pas ? Hé bien… admirez ! »

BANG !


Sursaut général : vous venez de perforer le comptoir dont les éclats volent dans la pièce et tout ce - ceux ? - qui se trouve en dessous. Vous esquissez encore un sourire suite à votre trait d’humour. Vous renchérissez :

« Technologie pour le moins intéressante non ? »

BANG !

Du bar il ne reste désormais plus qu’un trou béant.

« Voyez-vous c’est un tourmenteur ! Plutôt rare ce genre de choses… »

BANG !

Sous le sol défoncé, vous apercevez désormais avec netteté les profondeurs d’une cave.

« J’ai… comment dire ?... eu la chance de croiser quelqu’un qui en possédait un. J’imagine que lui ne peut pas en dire autant, ou en tout cas, qu’il ne peut plus en dire autant ! »

BANG !

De votre main blessée, vous saisissez une bougie dégoulinante et sautez à pieds joints dans ce sous-sol supposé secret. Là, au milieu des décombres, vous identifiez avec peine les restes d’un capuchon coloré. Voilà qui était étrange : vous ne vous rappeliez pas que votre arme était aussi efficace. Tant mieux ! Hé oui… c’est ça de s’en prendre à plus gros que soit. L’aspect pathétique du haillon vous rend presque déçu. Zut ! même pas d'anneau à dérober. Ramassant quand même le morceau de tissu, vous vous hissez agilement au milieu des spectateurs, toujours tétanisés malgré vos efforts démesurés pour les faire rire. Bon tant pis pour eux… s’il ne savent même pas apprécier un bon spectacle. Vous clôturez quand même votre pièce en agitant le capuchon et votre arme :

« Ne vous avais-je pas promis deux larcins ? Hé bien voilà qui est fait ! »

Le jour venait de se lever. Il était trop tard pour profiter d'un peu de chaleur humaine de toute façon. Étrangement, la porte du taudis s'ouvrit toute seule, comme si l'inconnu avait tenu parole, ou comme si sa mort avait soudainement libéré les gonds.

Votre cape d'un bleu sombre flottant au vent s’efface peu à peu dans la pénombre matinale à mesure que vous quittez les lieux. La soirée avait été distrayante après tout, c’était l’essentiel non ?

 

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

Si vous avez tout lu d'abord merci à vous et si mon histoire vous a plu alors me voilà ravi. J'avais promis il y a très longtemps de participer au prochain récit communautaire (en 2015 dis donc) : voilà qui est chose faite, je peux mourir en paix ! happy
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Score : 2040

Une silhouette, adossée au comptoir, avait écouté les récits des autres participants, et sentait qu’il était désormais temps qu’elle conte le sien. Elle s’approcha alors du centre de la pièce, révélant alors le visage d’une disciple d’Ecaflip aux poils blancs. 
Toisant ses moustaches, la féline regardait à droite, puis à gauche, pour s’assurer que personne n’allait prendre la parole, puis la prend. 

“Le larcin, avant d'être un vol, est avant tout un art, qui requiert opportunisme, rapidité et charisme. Laissez moi vous raconter l'un des plus élégants que j'ai réalisé.” 

La féline ouvrit les bras et se tourna non pas vers la source de la voix, mais vers les autres invités. 

“C'est au début de l'automne que je fis connaissance de ce bijoutier dans une auberge en Amakna. Il fêtait en ce début de soirée l’achèvement de la confection d'une chevalière, résultat d’une commande grassement payée d'avance. Le chef d'une famille de marins en était le commanditaire, et avait profité d'une union par mariage de son fils avec l’héritière d'une famille de riches marchands pour changer les armoiries familiales en quelque chose de neuf, à l'image de la prospérité que cette union allait leur offrir. A ma demande, il me décrivit le bijou avec soin, car il était si fier de son travail et des détails qu’il avait apposé dessus, aussi minuscules que précis, qu’il était heureux de m’en faire part, démontrant à chaque phrase une satisfaction certaine. A l’entendre, j’étais assurée qu’il s’agissait d’un bijoutier compétent et pointilleux

C’était une opportunité à prendre.

Je lui demandais si je pouvais voir ses différentes créations, en vue d’admirer son travail, et peut-être d’en acheter une. Il me proposa alors de venir le voir dans sa boutique, au petit matin, car il serait visiblement occupé à recevoir le marin, qui devait passer en fin de matinée. Je le remerciais alors de sa générosité et lui souhaitais une agréable soirée, avant de regagner ma chambre d’auberge pour la nuit. J’avais alors un objectif précis à réaliser pour le lendemain, et je m’endormais alors, songeuse.” 

La féline marque une brève pause, se gratte le menton, puis reprend son récit.

“J’arrivais quelques minutes après l’aube à la porte de la boutique du bijoutier. J’avais apporté avec moi un parchemin vierge, une plume, et... un chiffon et deux fioles cachées à l’intérieur de mon boléro. L’une contenait de la cire durcie, l’autre de l’eau. Le bijoutier m’ouvrit la porte, et m’emmena dans son atelier, car j’étais visiblement arrivée trop tôt pour qu’il n’ait le temps d’entreposer les bijoux dans la galerie. Il me demandait par curiosité pourquoi avais-je apporté un parchemin. Sans émettre la moindre émotion de surprise, je lui répondit que prendre des notes sur les différents bijoux qui m'intéressaient pourraient me permettre, à l’avenir, de passer une commande pour la confection d’un ornement aux détails inspirés de ces premiers. Il alluma quelques chandelles afin d’éclairer la pièce, qui révéla divers moules, lingots de métal, établis et bijoux en phase de finition. La pièce n’avait qu’une seule entrée, qui donnait sur la boutique. Sur une table à gauche, une monture métallique maintenait la fameuse chevalière dont le bijoutier faisait mention la veille. Un coffre-fort à droite de la pièce contenait les bijoux complètement sertis, que l’homme était justement en train de sortir pour ses ventes de la journée. Il m’autorisa à observer les travaux en cours tandis qu’il rapportait les objets de parure dans les galeries de son établissement, du moment que je laissais tout en place. Il me prévint qu’il saurait rapidement si quelque chose disparaissait de son atelier, car chacun de ses outils était nécessaire pour son travail, et que chacune de ses réalisations en cours était connue de celui-ci. J’acquiesçais et pris une chandelle pour me rapprochait alors de la chevalière destinée au marin. Le bijoutier absent, c’était le moment d’agir. Je sortis la fiole de cire de la poche intérieure de mon boléro, et la fit chauffer avec la chandelle. J’ouvrais alors le parchemin, et déposais de la cire liquide dessus. Je collais ensuite le parchemin sur la chevalière pour que la marque s’imprègne sur la cire puis nettoyait celle-ci grâce à mon chiffon et ma fiole d’eau, sans toutefois la détacher de son support. Je rangeais mes affaires dans mon boléro, et attendait les bruits de pas indiquant le retour du bijoutier pour enrouler le parchemin, afin que la cire puisse sécher le plus longtemps possible.

Chance d’Ecaflip, c’était le cas.

Il m’invita alors à observer les bijoux dans la galerie. Il vérifia rapidement l’état de son atelier, et tout était effectivement en place. Nous avons ensuite fait le tour de ses œuvres, à commencer par les bagues, jusqu’à finir par les colliers en passant par les bracelets. Tous étaient finement sertis, et les montures étaient toutes aussi hétérogènes qu’originales, que ce soit en termes de forme ou de matériau. Je lui expliquais à la fin de cette visite que j’étais trop absorbée par la beauté de ses œuvres que j’en avais oublié de prendre des notes, ce qui le flattait énormément. Sur une salutation amicale, je quittait satisfaite la boutique, croisant à la sortie un homme, aux habits ostentatoires mais avec un béret blanc. Il s’agissait probablement du marin en question. Je retournais alors dans ma chambre, satisfaite.” 

La féline tire sa révérence, mais voit quelques personnes dubitatives. Elle reprend alors : 

“Mon larcin, ce n’est pas d’avoir volé une chevalière. C’est d’avoir réussi à voler sa marque, à une personne riche que je n’avais encore jamais vue, pour un usage ultérieur. Voyez, Messieurs et Mesdames… Les plus beaux des larcins vont bien plus loin qu’une simple démonstration de dextérité ou divers tours de passe-passe. Conditionner et tromper ses victimes afin qu’elles offrent de leur initiative le bien convoité au voleur, et ce, sans qu’elles ne sachent qu’elles possèdent ce bien, c’est là que se trouve l’apothéose de l’art du larcin. C’est d’ailleurs ce que fait en ce moment même l’organisateur de cette assemblée, nous dérobant nos façons de faire. Mais je m’égare... J’ai terminé.” 

La disciple d’Ecaflip revient au comptoir, souriante.
 

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