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[Animation] Récits d'Invention #2 : Vous vous réveillez...

Par RaphaelLeMeurdeBretagne - SADEUR - 01 Février 2018 - 19:11:04



Vous vous réveillez dans une pièce circulaire, l’esprit embrumé. Au centre de ce lieu se dresse une impressionnante colonne de marbre autour de laquelle sont disposés de grands sofas blancs et confortables. En plissant les yeux vous vous apercevez qu’à son sommet repose un anneau inaccessible sous une cloche de verre, et qu’à sa base pousse une sorte de plante aux larges feuilles verdoyantes.

En outre, à y regarder de plus près, des caractères sont inscrits sur tout le pourtour de cet édifice en marbre : « Tour à tour, faites avancer le rêveur. Où n’est pas la question, chacun doit prendre la suite de l’autre là où il l’a laissé. Surtout, ne réveillez pas le rêveur, cela vous serait fatal. Pour rentrer dans son songe, mâchez ces feuilles. Enfin, lorsque chacun y sera allé, l’anneau reviendra au meilleur. »

Lorsque vous prend l’idée de quitter cette pièce afin de vaquer à des occupations plus intéressantes, vous vous rendez compte qu’elle ne dispose d’aucune porte. Seules des fenêtres situées sous la grande coupole laissent deviner un ciel radieux, dont le soleil illumine cette salle qui semble hors du temps et de l’espace.





[HRP]

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- J’ai jamais vu cette plante, je suis curieux ! Je suis curieux ! Mais je ne vais pas la mâcher, ça non, ça serait dangereux, pfiou on sait jamais, si je tombe raide mort, qui me ramènera à ma maman, non, non.

L’Ecaflip qui vient de parler ne semble vraiment pas affolé par la situation étrange dans laquelle il se trouve. Il se tient devant une pousse de cette plante étrange au pied de l’improbable colonne de marbre, les bras croisés. Il a le poil gris clair, des yeux étonnamment petits, et une absence totale de gêne. Tout ce qui passe par son esprit semble jaillir de ses lèvres, comme si l’espace entre ses deux oreilles ne pouvait contenir toutes ses pensées. Pire encore, il semble être en pleine conversation entre lui et lui. À moins qu’ils soient plusieurs là-dedans, ce qui n’étonnerait pas les quelques aventuriers le regardant du coin de l’oeil. Ses sourcils se froncent et se lèvent en fonction de ses sautes d’humeur – c’est à dire environ toutes les dix secondes –, et sa queue fouette l’air derrière lui à intervalles irréguliers.

- Oui, oui, mais l’inscription dit de les mâcher, je veux savoir, je veux savoir ! Mais souviens-toi de la formation, attention, les plantes peuvent être dangereuses, non, non, ne va pas risquer ta vie par curiosité, la curiosité a tué le chacha après tout, et tu n’es qu’un gros chacha, même si tu marches sur deux pattes, ne te laisse pas avoir. Mais qui est le rêveur, je suis curieux ! Je suis curieux !

Son regard se pose sur la pièce autour de lui, notamment sur les sofas blancs sur lesquels il a voulu faire ses griffes un peu plus tôt mais qui n’ont pas voulu se déchirer. Il avise les fenêtres, la plante, l’absence de porte, puis de nouveau la plante, fait un tour sur lui-même, la plante, il s’accroupit, il hésite, passe une langue sur son museau pour se calmer un peu, la plante.

- Oui oui, mais y toucher, c’est moins risqué, et tu en sauras déjà un peu plus. Un peu plus parce que tu ne sais rien pour l’instant, une seule feuille, ça suffira, je veux savoir.

Ayant gagné son débat intérieur, du bout de ses griffes, il saisit délicatement une feuille par la tige, et la coupe proprement sans ciller. Intensément concentré, il voit le végétal passer du vert au bleu ciel dans sa main, et soudainement, une odeur le prend aux narines – son odeur préférée. La bave lui vient aux lèvres, et il prend à peine le temps de déglutir avant de s’exclamer :

- L’espadon, ça sent l’espadon, j’adore l’espadon, tant pis, je saurais au moins, et puis j’aime l’espadon, ça serait trop bête. Bon appétit ! Ma maman comprendra !

D’un coup il engouffre la feuille dans sa bouche.

- Miam, un délice, meilleur que les poubelles de Kérubim ! Mais j’ai sommeil, il se fait tard, je fais un somme, réveillez-moi si quelque chose se passe, j’ai le sommeil léger, léger, lé…

Il a à peine eu le temps de rejoindre un sofa qu’il s’endort net, le corps inanimé. La seule chose qui fait comprendre qu’il est encore vivant, c’est son doux ronronnement de contentement. Soudainement, la nuit tombe dehors. Les fenêtres se remplissent de fragments d’étoiles qui scintillent doucement, et la colonne de marbre semble irradier une source de lumière douce depuis que l’Ecaflip s’est endormi.



 On ne sait pas très bien d’où elle vient, mais sa voix se met à résonner sur les parois concentriques de la salle :
- C’est le matin, on dirait. Toutes les bonnes histoires commencent le matin, l’après-midi c’est fait pour dormir… Je suis dans les champs, ceux au Nord d’Astrub… non, ceux au sud de Bonta ? J’en sais rien… mais ils sont dorés en tout cas, dorés et tout autour de moi, ça doit être le milieu du printemps. Bref, je me mets à suivre un tofu sauvage, j’ai envie de l’attraper, mais je suis trop lent… D’un coup j’entends une musique, une musique très douce, comme un violoncelle qui jouerait avec le vent. Allez, je vais voir si y’a un musicien derrière ça, c’est normal, vous feriez pareil à ma place...

Une mélodie aux cordes frottées, grave et étrange, commence à emplir l’air, et l’écaflip fredonne les notes doucement avant de continuer son récit.

- Je continue à avancer, jusqu’à tomber sur un bonhomme avec une drôle de coiffe, et croyez-moi c’est pas un chapeau pour rigolo. Plus large qu’une Dora Bora, un truc immense ! Tout marron, tout orangé, un peu sale, mais quelle prestance… Il est assis sur un vieux casque tout rouillé, son violoncelle repose sur son épaule droite, et il joue, il joue ! Le bougre.

Alors que l’écaflip marque une pause, la mélodie gagne en intensité et embarque la salle dans une valse triste.

- J’ai préféré attendre la fin du morceau pour lui parler. Je m’approche, pour lui dire que j’aime bien ce qu’il fait, comme les gens normaux font, oui, vous feriez pareil.

Un sifflement sec se fait entendre, un son que beaucoup identifient comme celui d’une arme qui fend l’air.

- Par les Douze ! Il vient de me coller son sabre-archet sur la joue, je vous jure, si je bouge d’un poil c’est toute la barbe qui part en sucette ! Il joue avec un sabre depuis le début, mon copain. D’ailleurs j’remarque que son chapeau n’en est pas vraiment un. C’est un Bolet, un Maître Bolet, et un super interprète avec ça.

Un instant de flottement. L’écaflip soupire, et reprend.

- Je crois juste qu’il a eu peur, c’est pour ça qu’il a failli me trancher ! Mais il a l’air plus détendu là… L’air de rien il a l’air sympa ce bolet, un bon gars quoi. Il a un sourire minuscule, mais un sourire quand même.

Derrière les fenêtres, le ciel s’assombrit. Un peu de pluie commence à rebondir sur les carreaux, et donne un rythme différent à la mélodie.

- Il me dit qu’il a confectionné les cordes de son violoncelle à partir de boyaux de vrai dragon, mais je me demande si c’est pas des bobards… Enfin il a quand même une carrure ce bolet, il ferait parapluie pour quatre ou cinq...

D’un coup, l’atmosphère change : les fenêtres s’illuminent, et une clameur familière s’élève ; à n’en pas douter, c’est Bonta qui s’exprime au travers de la pièce. L’air se charge de l’odeur si particulière des rues de la cité, et une ombre d’oiseau passe même au dehors.

- Houla, me voilà dans un bureau de notaire ou je ne sais quoi. Y’a un gros type en veston qui me regarde, dubitatif. Moi je tape du poing sur la table, je sais pas pourquoi. Le meuble est prêt à se fendre tellement j’y vais fort ! C’est sympa ce corps… Ah j’y suis, en fait ce gros gus c’est un directeur d’opéra à Bonta, et là je veux le convaincre de faire jouer mon copain le bolet, parce que c’est un vrai pro du violoncelle, et faut l’montrer à toute la bourgeoisie ! Il est pas trop chaud l’artichaut, alors j’ai l’idée de déguiser notre champignon, pour le rendre plus humain quoi.

Des tintements de tringles et des plissements d’étoffes se font entendre dans la pièce.

- Je lui fais porter un grand manteau noir pour cacher sa… ses… son… enfin tout quoi. J’lui colle un lacet sous les lamelles pour qu’on croie à un chapeau. Ah, j’suis pas peu fier d’mon illusion on dirait vraiment un Enutrof. Il a l’air un peu hésitant mon copain mais… musicien à Bonta ce sera toujours mieux que la vie des champs !

Un claquement de porte. Le bruissement de la rue s’atténue, l’atmosphère se tamise, on ne distingue plus que la colonne dans la semi-pénombre de la pièce. Quelques chuchotements discrets. La musique aux notes basses et mélodieuses reprend, avec plus d’écho que quand elle était dans les champs.

- Oh qu’il est beau mon bolet sur scène ! Regardez-le caresser les cordes de son instrument, regardez-le et son vibrato d’expert, et regardez-les dans la salle, tous pendus au fil de sa mélodie, toujours sobre et brillante, triste et gaie ! Des applaudissements, rien que des applaudissements ! C’est un succès.

La mélodie ralentit, hésite, repart, mais n’a pas la même fluidité qu’auparavant.

- Oh ben qu’est-ce qui lui arrive, il pleure mon copain. Ni une ni deux, je me lève de mon siège en velours, je me fraye un chemin – ce qui n’est guère aisé avec un corps de sadida si imposant – jusqu’à lui.

Le silence envahit la pièce. Des chuchotements indistincts se font entendre, un public dans une salle de concert.

- Mince ! Tout le monde se rend compte que ce n’est pas un humain, il pleure comme un champignon, le pauvre… Les gens sont dégoûtés, certaines femmes se mettent à crier d’effroi, alors que des enfants courent dans tous les sens, demandant incessamment à leurs parents « On-veut-du-bolet ! » « On-veut-du-bolet ! » une fourchette et un couteau à la main. Le directeur de l’opéra fait irruption, il est affreux ! Ses yeux sont rouge vif, il réclame qu’on ébouillante le bolet imposteur ! Mais de tout mon poids je m’interpose, et j’embarque le champignon blasé avec moi.

Un rythme cardiaque accéléré ponctue le silence relatif de la grande pièce où les aventuriers écoutent et ressentent le rêve vécu par l’écaflip.

- Je cours, je cours, je cours ! Mes grands pieds s’écrasent contre les pavés, j’ai le souffle court, et la peur à mes trousses ! Mon copain se lamente sur mon épaule : « j’aurais dû rester dans mon champ depuis le début... ». Il est marrant lui… Il n’y a qu’une issue, une seule ligne droite, derrière moi un flot de spectateurs monstrueux sont prêts à découper mon bolet en tranches, et moi avec ! Les sans-manières… Je continue, toujours devant, je continue… Encore un peu… Mes pas sont lourds… Mais je résiste… J’arrive au bout… Après il n’y a plus que la mer… je suis sur les quais…



L’écaflip se réveille doucement. Il s’étire et opère une toilette sommaire. Il fait rouler ses yeux de gauche à droite puis dévisage les aventuriers. Il reste contemplatif quelques instants, puis poursuit.

- Mince alors, j’ai vraiment envie de savoir ce qu’il va se passer sur ces quais ! Allez, allez ! Il faut que quelqu’un se dévoue pour reprendre la suite !

Il se met à pointer du bout de la griffe plusieurs personnes.

- Toi ? Toi ? Toi ? Ou toi peut-être ? C’est pas compliqué… suffit de mâcher un peu de cette plante et… pouf ! Tu te retrouveras dans le corps d’un gros sadida. C’est une expérience… j’vous jure…

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Score : 1917
Une « expérience », c’est ça le problème. J’ai plus l’âge pour des « expériences » ; ou alors c’est peut-être qu’elles ont été trop de temps mon quotidien, se dit le Pandawa, fourbu par la blancheur immaculée de cette salle après un réveil en panique.

Il avait ouvert les yeux d’un coup, inquiet d’avoir fait durer sa sieste un poil trop longtemps, et il s’était bien vite rendu compte que la situation était plus dramatique que cela. Mais, à ce moment, il était juste lassé de ces aventures incongrues, il avait parfois l’impression que ça n’arrivait qu’à lui. Et puis, il n’était jamais possible de s’y défiler… !

Bon…autant y aller tout de suite en fait. Je sais pertinemment que j’y passerai, maintenant, dans une heure ou une journée… Au moins je serai fixé sur cet histoire de gros Sadida et de feuille à mâcher. D’ailleurs, c’est quoi cette plante ? Je n’ai jamais vu un spécimen comme celui-ci !

Entre de nombreux défauts, Morgat était surtout curieux. Toujours la truffe à trainer là où il ne faudrait pas…Il ne devrait d’ailleurs pas tant s’étonner de finir dans des situations abracadabrantes à longueur de journée. Mais cette curiosité démesurée avait eu au moins le mérite de lui permettre d’approfondir la botanique et notamment la dendrologie.

Laurus nobilis ? Un drôle de spécimen du genre des Illicium ? Non, les feuilles sont bien vertes et bien larges. Peut-être qu’à l’odeur je pourrais identifier ce mystère !

Décidé à succéder directement à l’Ecaflip babeleur, et vraisemblablement schizophrène, le Pandawa grisonnant s’avance vers la colonne couleur de nacre et fait face aux autres infortunés de ce rassemblement mystérieux. Tous peuvent voir son visage fermé et sa stature imposante. Et certains ont surement réussi à déchiffrer également son regard, pétillant d’excitation malgré son apparente nonchalance. Ça y est, de lassitude il n’y a plus. Morgat veut comprendre. Tout comprendre. Il salue donc l’assemblée d’un léger hochement de tête, avant de répondre en direction de l’Ecaflip : « Ce sera moi ! ». Il a alors le temps d’apprécier les différentes personnes coincées avec lui, il note qu’un homme joue nerveusement avec sa montre à gousset, qu’une jeune femme est vêtue d’une tunique d’un joli pourpre et qu’un dernier personnage ne cesse de lorgner sur la cloche en verre tout en haut de la colonne. Alors, dans un excès de zèle, et de façon théâtrale, il détache non pas une ni deux mais trois feuilles de la plante mystérieuse. En pliant une de ces feuilles pour la casser en deux et y sentir la fragrance, il constate qu’elle devient comme moirée et il est brutalement envahi d’une forte odeur maltée. Relevant la tête, un sourcil froncé il dévisage son prédécesseur : « De l’espadon tu disais ? Tu dois avoir les narines bouchées l’ami félin, cette odeur je la reconnaitrais entre mille, c’est celle de la bière de Feubuk ! Houblon bien épicé, malt blond relevé d’un miel de Châtaignier ! C’est signé Feubuk, moi je vous le dis ! ». Alors, oubliant même sa soif de connaissance botanique il engouffre les trois feuilles dans sa bouche et les mâche goulument comme il le faisait enfant avec les pouces de bambou de Pandala. L’effet est quasi-instantané et Morgat n’a le temps que de prononcer une ultime phrase avant de sombrer dans un sommeil profond et fécond : « Je vais essayer, je vais essayer de…ne rien oublier pour tout vous…ron…raconter quand…pchi…je me réveille… ron pchi…»



Quand Morgat ouvre les yeux, il constate avec effroi que ses multiples régimes n’ont porté aucun fruit dans le royaume des rêves. Il est dans le corps d’un Sadida empoté et à l’hygiène discutable. Mais il n’a pas le temps de se morfondre sur sa condition physique temporaire, soudain la réalité onirique le rattrape !

Mais oui, je suis sur les quais de Bonta, l’océan à deux pas, un maître Bolet en larmes dans les bras. Tout le baratin de l’Ecaflip était donc vrai ! Attendez…mais ça veut dire…ça veut dire que je suis poursuivi par une horde de bontariens mélomanes affamés de champignon !

En se retournant le Pandawa dans le corps du rêveur obèse découvrit en effet avec horreur la marée humaine qui allait l’emporter lui, le Bollet et le Dehluge dans les eaux profondes et gelées.

Attendez. Un Dehluge ? Mais d’où vient ce Dehluge ? Ce n’est pas le moment pour les surprises !

Les rêves ont leurs raisons que la raison ignore et un Dehluge, au passage étrangement accoutré d’une tunique d’un très joli pourpre, venait de sortir de nulle part comme une bouée de sauvetage pour le duo en grand péril d’aplatissement. Ni une ni deux le Sadida, toujours en trainant le violoncelliste, enfourcha le volatile coquet. A une seconde près la foule sauvage de Bontariens auraient été sur eux, et dans la panique une bonne partie des poursuivants tomba à l’eau. A ce moment précis, sous les yeux ébahis de nos protagonistes et dans une lueur bleutée, les naufragées se métamorphosèrent en espadons au rostre aiguisé et tentèrent de sauter hors de l’eau pour atteindre les fuyards.

Mais qu’est-ce que c’est que ce délire ? J’aurai peut-être du moins forcé sur la dose de feuilles à mâcher ! Bon, on se concentre je fais quoi maintenant ?

Pauvre Morgat, les rêves sont bien connus pour ne jamais laisser de répit aux onironautes ! Comme au moyen d’une ellipse de plusieurs heures, et de plusieurs degrés Celsius, le Sadida, le Bolet et leur monture se retrouvèrent au cœur de la forêt enneigée de Sakaï sous un épais blizzard...

Par la Déesse…où suis-je maintenant ? Il faut vite trouver un abri, histoire d’être au sec et au chaud. Tiens, mais j’ai quelque chose dans la poche de mon pagne ? Je n’avais pas ce truc il y a une seconde !

En fouillant sa large poche, le Sadida découvre une sorte de montre à gousset. Il y prête plus amplement attention, autant qu’il le peut avec la tempête de neige qui s’abat sur la forêt, et constate qu’elle ne fonctionne bien sûr pas comme une montre lambda. Sur le cadran les heures sont remplacées par les points cardinaux formant une rose des vents, les aiguilles, au nombre de deux, paraissent pourtant normales, elles tournent dans le sens horaire selon les minutes et les secondes.

Je suis censé faire quoi avec ça moi ? Retrouver mon chemin ? Et ce pauvre Bolet qui grelotte… Faire avancer le rêveur, voilà mon objectif.

Avec peine, le petit groupe se met en effet à avancer à travers des pins littéralement parés de longs manteaux blancs. La montre-boussole a alors un comportement anormal et les aiguilles se mettent à faire défiler l’heure plus rapidement. En changeant de direction, l’effet est l’inverse. Après plusieurs essais qui s’écoulent en rêve sur l’intervalle d’une seconde, le rêveur choisit de s’orienter dans la direction pour laquelle l’heure défile le plus rapidement.

Mmh le jeu du chaud ou froid en quelque sorte. Je ne sais pas si c’est ironique vu la température…

A dos de Kwak géant, champignon et touffe verte débouchent sur une petite clairière enneigée. Au milieu de celle-ci, comme une terre promise, la taverne de Sakaï dont la cheminée de la forme d’une haute colonne dégage une fumée blanche. L’ensemble de l’atmosphère sonore devient alors silencieux pour laisser place à un morceau de cordes. La musique emplit tout l’espace, on peut distinguer au moins quatre instruments différents.

Je crois qu’il y a sans trop de doutes un violon et une contrebasse. Pour le reste je ne suis pas sûr. En tout cas voilà peut-être une nouvelle occasion pour le malheureux Bolet de faire ses preuves !

En approchant de la porte de la taverne, l’ambiance musicale se pare d’une nouvelle mélodie, un ensemble vocal dont on peut déchiffrer quelques paroles isolées : 
« C’est long là non ? »
« Bon mais qui prend la suite quand il se réveille ? »
« Moi je ne bouffe pas une de ces feuilles ! »
« Quelqu’un a un cure dent ? »

Oh la, cette taverne à l’air pleine à craquer ! Il y a une bonne dizaine de voix différentes. Allez j’entre me mettre au chaud et taper la discute !

En ouvrant l’épaisse porte en bois, le rêveur découvre avec stupeur que la taverne est complètement vide, à l’exception d’une unique cloche en verre renversée sur le dos comme un bocal, elle aussi totalement vide. Cette révélation est si choquante que Morgat dans un sursaut se réveille d’un bond les yeux exorbités et s’écrie à haute-voix :

« Sérieusement juste une cloche ?! »


L’assemblée qui attendait le réveil de ce second rêveur est d’abord surprise par cette exclamation incongrue puis l’interroge sur son rêve en lui pressant de raconter tous les détails. Morgat s’exécute aussitôt par peur d’oublier sa participation à ce rêve de grande envergure. Enfin il conclut son récit par ces quelques mots, empris d’une excitation similaire à celle de l’Ecaflip avant lui : « Allez, au prochain, je veux comprendre cette histoire de cloche ! Et le Bolet va-t-il finalement devenir un artiste reconnu ? Vite, qui se lance ? »

Juste, par contre, une seule feuille, c’est surement suffisant…
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Score : -64

Elle se tient à l'écart de la foule d'aventuriers interloqués qui se tiennent un peu plus loin, massés comme un troupeau autour d'une personne qu'elle ne peut distinguer. En revanche, elle peut malheureusement l'entendre.

_ Juste une cloche ! UNE CLOCHE ! VIDE ! Vous vous rendez compte ?!

Sharavi soupire. Décroisant les bras, elle se relance dans l'inspection de la pièce, et de cette étrange colonne de marbre. Il n'y a que des fenêtres, hors d'atteinte, qui semblent les narguer et beaucoup s'amuser de l'étrange spectacle qui se déroule en contrebas. Personne ne semble s'inquiéter de la façon dont tous ont bien pu arriver là, ou plus important encore, de la façon dont tous pourront repartir.. Conclusion, heureusement que les sofas semblent assez confortables, l'attente promet d'être longue !

Une voix tonitruante interrompt brutalement les pensées de Sharavi.

_ Vous devez y retourner ! Il faut aller aider le maître bolet …

Quelques coups de coudes, un pied écrasé par-ci par-là, et Sharavi découvre le Pandawa au centre de l'attention de tous. Le pauvre a l'air bien délirant. Il ne cesse de montrer du doigt les plantes poussant au pied de la colonne, tout en déballant un charabia incompréhensible au sujet de... cloches ? En voilà encore un qui a abusé de sa chopine, pense-t-elle avec un sourire ironique.

_ Pourquoi personne ne veut manger la plante ? Vous devez continuer !

La situation ne s'arrange pas pour notre ami Pandawa. Il a manifestement de la fièvre, et semble de plus en plus agité. Brusquement, avant que quiconque n'ait le temps de réagir, le Pandawa saute sur ses pattes, et dans un sursaut d'hystérie, arrache deux feuilles de la délicate plante qui se trouvait à ses côtés.

_ VOUS DEVEZ CONTINUER ! Hurle-t-il de nouveau.

Il se jette alors sur le premier aventurier qui a la malchance de se trouver là. Sharavi n'a pas le temps de réagir. Elle sent la grosse patte poilue et odorante du Pandawa lui enfourner de force les plantes dans la bouche. Elle aurait aimé pouvoir protester, l'insulter, dire quelque chose de courageux .. Mais à la place, elle s'étouffe à moitié, recrachant quelques morceaux de feuilles au passage. Et c'est comme ça que bien malgré elle -et très bêtement-, Sharavi fut entraînée, à la suite du Pandawa, dans un rêve bien particulier...



 Sharavi ouvre les yeux, encore fulminante de rage. Partout autour d'elle, le paysage a changé. Elle ressent aussitôt un frisson : par les Douze ! Qu'il fait froid ici ! Elle serre les bras en grelottant. Mais quels bras ! Elle regarde, interloquée, les deux grosses mains viriles qui sont à présent les siennes. Elle baisse brutalement les yeux sur son corps. Elle se trouve dans le corps d'un homme ! Incroyable ! Très vite, elle passe de la stupéfaction à la curiosité diabolique. Quelle fille n'a jamais rêvé de …
Quelqu'un tapote doucement le bas de son dos. Elle se retourne et aperçoit ... Un bolet ? Se souvenant des paroles du Pandawa fiévreux, elle jette un regard autour d'elle. Elle se trouve bien dans une espèce de taverne, mais l'endroit est vide. Et il semble l'être depuis un bon moment, à en juger par les toiles d'araignées répugnantes qui ont pris place sur le mobilier. Sharavi est parcourue d'un frisson de dégoût. Sur une table, au centre de la pièce, se trouve bel et bien la fameuse cloche, celle qui a tant perturbé l'aventurier précédant. La table est belle et ancienne, et, à l'instar du reste de la pièce, couverte de poussière.
Sharavi glousse.

_La femme de ménage en charge de ces lieux devrait-être renvoyée je crois ! s'exclame-t-elle.

Un détail attire cependant son intention. Une forme nette se détache sur la poussière de cette table : un cercle immaculé, propre. Un objet était manifestement posé là. Il a du être récupéré récemment. Peut être cette cloche retournée lui servait-elle de couvercle ?

Une mélodie lente et enivrante envahit la pièce. Relevant les yeux, Sharavi découvre le bolet, installé sur une des chaises poussiéreuses de la taverne. Il joue un air mélancolique et doux. Cet air est hypnotique, incroyable... Elle se sent chanceler. Elle tend les bras devant elle pour s'agripper à la table la plus proche quant tout à coup …
Sharavi renifle. Burk ! Quelle est cette odeur ? Nouveau reniflement. Plus de doute permis : cette infâme odeur provient bien de ses propres aisselles ! Par les douze, ce corps a beau être plus puissant que son enveloppe charnelle habituelle, il est aussi beaucoup plus odorant ! Sharavi grimace. Mais au moins, son engourdissement l'a quittée. Elle relève la tête vers le Maître Bolet, qui a disparu de sa chaise. Que vient-il de se passer ?

Un autre détail capte son attention. Un dessin étrange orne la table qui vient de lui servir d'accoudoir l'espace d'une seconde. Il semble avoir été gravé par une lame, à même le bois. Sans être experte en dessin, Sharavi semble reconnaître les formes -et surtout le chapeau- d'un bolet... Et Sharavi ne croit pas aux coïncidences. Mais son compagnon a disparu !

Elle sent un objet qui chauffe dans son pagne. Tâtonnant au fond de sa poche -tout en retenant toujours sa curiosité diabolique-, elle en ressort une montre à gousset, si tant est qu'une montre n'indiquant pas l'heure puisse être qualifiée de montre... Cette montre a une forme ronde qui est environ de la même taille que...Bingo ! Sharavi pose l'objet sur le cercle immaculé de la table. Il est exactement de la même forme. Comment cette montre a-t-elle pu disparaître de cette table, pour se retrouver dans son pagne ? Sharavi fronce les sourcils. L'objet est anormalement chaud, ce qui n'est pas si désagréable compte tenu du blizzard qui fait rage dehors. Avec un soupir de contentement, Sharavi colle l'objet contre sa joue. Brusquement, le monde se met à tourner autour d'elle. La taverne poussiéreuse s'estompe et elle se retrouve ...Ailleurs. Encore une fois !

Elle se trouve cette fois dans un endroit sombre et humide. Sharavi retient un gémissement. Elle ne sait pas qui la balade de lieux en lieux, mais elle aimerait bien que le prochain soit une île paradisiaque avec, en bonus, un harem de iops masseurs... Comme sur le calendrier des Dieux du BoufbowlStade !
Plissant les yeux pour distinguer quelque chose, elle semble reconnaître une grotte. Mais cette grotte ne paraît pas aussi inhabitée que le lieux précédent ; elle a été aménagée. Dans un coin, deux petites couchettes ont été improvisées avec de la paille et des oreillers. Leur taille est bien trop petite pour avoir appartenu à des humains. De plus en plus de questions se bousculent dans la tête de Sharavi. Une montre-gousset téléporteuse avec option chauffage ? Un mystérieux maître bolet mélomane jouant des mélodies envoûtantes ?

Un craquement résonne dans son dos. Se retournant brusquement, elle distingue un chapeau dans la pénombre. Un chapeau de bolet. Un chapeau qui bouge. Le propriétaire de ce chapeau s'avance encore, au point que Sharavi peut à présent le reconnaître. Il n'y a aucun doute, c'est le bolet mélomane ! Il la regarde d'un air étrange. D'un air pas rassurant du tout, en fait. De longs tremblements commencent à la parcourir. Sharavi s'écroule par terre, secouée de convulsions et de spasmes.


 « Eh ! Ça va ? »

En fait, elle n'a pas de spasmes. C'est juste que quelqu'un est en train de la secouer comme un vulgaire prunier.

« Réveille toi ! »

Ces mots achèvent de sortir Sharavi de sa torpeur. Le rêve s'estompe doucement, et Sharavi reprend brusquement pied dans la réalité. Juste à temps pour ne pas apercevoir la lueur diabolique briller furtivement dans le regard du Bolet du rêve.
Sharavi se sent très faible. Elle plonge dans le regard de celui qui, une minute avant encore, la secouait de manière si peu délicate : un beau crâ, qui l'observe avec une lueur inquiète de ses beaux yeux clairs.

« Attention au bolet... » murmure Sharavi, avant de s'évanouir.
 

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Score : 933

Lina avait toujours été une jeune femme très peureuse. Elle restait cachée derrière la foule, le plus loin possible du centre et de cette plante qui l’effrayait tant. Enveloppée dans sa cape, la belle tremblotait. Non pas qu’elle avait froid, au contraire, la chaleur dégagée par les inconnus autour apaisait un peu son angoisse. Angoisse qui était la cause de ses tremblements incoercibles.

« Jamais, jamais je n’irai. Ou alors… J’attends qu’ils y soient tous allés et j’y vais en dernier ! »
pensait-elle, se faisant aussi petite que possible pour éviter qu’on ne la remarque trop ou pire encore, qu’on ne la force à avaler une feuille. Les battements de cœur de l’écaflip, le réveil affolé du pandawa, l’absence d’issue et ce flou perpétuel dans sa mémoire à court terme risquaient à chaque instant de lui faire perdre pied. Elle priait pour que sa déesse vienne la chercher, que quelqu’un la sorte de là.

« Au prochain truc bizarre, je vais tourner de l’oeil... », laissa-t-elle inconsciemment prononcer ses lèvres.
Soudain, elle sentit que quelqu’un lui agrippait la jambe. Elle poussa un petit cri aigu, horrifiée à l’idée qu’une bizarrerie de plus surgisse sans prévenir, et s’en prenne à elle par la même occasion.

Elle se retourna et son sang se glaça, mais pas pour les raisons qui la faisaient trembler. Un petit être aux jolies prunelles la regardait avec une innocence enfantine. Son petit frère.

« -Th… Thomy, qu’est-ce que tu fais là ?
- Quand c’est qu’on rentre à la maison Linaaaa ? »


L’enfant avait les larmes aux yeux, il commença à pleurer.

« Je veux mamaaaaan... »

Les tremblements de Lina cessèrent aussitôt.

«  Je vais nous sortir de là, Thomy. » , répondit la jeune femme avant de confier en vitesse l’enfant à la première femme qui venait.

Prise d’un courage aussi soudain que monumental, elle se dirigea vers les tiges de la mystérieuse plante, en bousculant ceux qui se trouvaient sur son chemin. Les regards étaient tous braqués sur elle, alors que les autres personnes présentes restaient dans une certaine stupeur. Lina se saisit alors d’une pleine poignée de feuilles qu’elle arracha et avala sans réfléchir. Le sommeil vint si rapidement qu’elle eu l’impression de s’évanouir. Elle sentit une odeur d’orchidée assaillir ses narines alors qu’elle chutait lamentablement pour s’écraser au sol et plonger tête la première dans le rêve du sadida. Le silence se fit dans la salle circulaire, puis la voix de Lina émana des murs, comme ça avait été le cas pour l’écaflip.

« Ok. Je suis dans la grotte. »

La peur avait quitté la jeune femme. Elle parlait mécaniquement alors que le rêve se matérialisait.

«Il fait chaud, j’ai chaud. Je vois les couchettes, et… Il y a un rocher qui vient de bouger ! Je vais voir ce qu’il fait. Il cache un passage. Je le déplace. »

Dans la salle blanche se fit entendre un bruit de pierres qui se frottent. Tout à coup, tout le monde pu ressentir une hausse drastique de la température.

« Aaah ! Qu’est-ce qu’il fait chaud ! J’étouffe presque ! » , dit la jeune femme à ce moment-là.

Après une pause, Lina reprit.

« J’entre dans le tunnel. Il y a une salle avec une table. Bon sang, on crève de chaud… Il y a un sablier sur la table. Et un panneau. J’arrive pas bien à lire, c’est trop mal écrit.
« Aaa.. attention à… Bute ? » Je comprends rien ! »


La température dans la salle et, visiblement, dans le rêve, ne cessait de grimper en flèche. Une étincelle apparut alors quelque part dans la pièce commune.

« Ouuuuh, il y a le feu, le feu partout ! Je…. Oouufh, calme toi Lina. Vite, fais un truc. Le sablier, tiens, qu’est-ce qu’on peut en f... »

Elle avait pris le sablier. Elle s’interrompit net, alors que dans la pièce blanche quelque chose semblait changé. Tout le monde se sentait comme décollé du sol sans l’être vraiment. Comme si… Comme si toute la salle était en chute libre, comme un monte-charge dont les cordes lâchent. Lina reprit la parole.

« Je tombe, j’arrête pas de tomber. Je vois rien autour de moi mais je sais que je tombe. Tout ce que je vois c’est le corps du sadida dans lequel je suis. »

Lina se souvint alors du panneau. Désormais, elle devinait ce qui était inscrit dessus : « Attention à la chute. ». Elle songea à retourner le sablier pour voir le sable s’écouler.

Le silence se fit à nouveau dans la grande salle ronde. Un long silence, de presque trente secondes. Assez pour qu’un iop impatient se décide à s’approcher du centre. Juste avant qu’il n’avale une feuille, un bruit de sable ruisselant le long des murs se fit entendre. Ça et là, des grains de sable apparurent sur le carrelage immaculé de la pièce. La température était redevenue peu à peu supportable. La voix de Lina revint enfin.

« Je suis dans un bureau, cachée dans l’armoire. Deux types disc... »

Elle se mit à chuchoter.

 « J’ai cru qu’ils allaient m’entendre. Écoutez ce qu’ils disent. »

Les voix des deux hommes se mirent à retentir au même titre que celle de Lina.

« Huit feuilles d’un coup ? Mais ça va tout dérégler ! Comment ça a pu arriver ?
- Aucune idée. Elle a cassé le rêve et a récupéré le sablier.
- Déjà ?! Tu crois qu’ils vont réussir plus vite que prévu ?
- J’en ai bien peur. Ils ont déjà la montre. »


« Oh, le sablier a bientôt fini. », dit Lina, sans doute un peu trop fort.

« Rigas?! Qu’est-ce que tu fais là, le poilu ?! »

Alors que l’homme s’apprêtait à ouvrir l’armoire, le dernier grain de sable tomba à travers le col du sablier et le rêveur fut de nouveau téléporté. Dans la pièce ronde, certains poussaient des soupirs de soulagement, heureux de voir que le sable dont le niveau commençait à monter venait de disparaître.

« Je suis devant un zaap, dans une plaine aride. Il y a des porkasses pas loin. Personne à l’horizon. Oh, un panneau ! Je m’approche. »

Mais elle n’eut pas le temps de lire ce que ce deuxième panneau lui indiquait. Le rêve s’interrompit aussi brusquement qu’il avait pris place dans son esprit. Lorsque Lina se releva, elle était complètement désorientée.

« Ooo-ok, on doit trouver des trucs. La montre, puis le sablier… Qui y va ? »

Thomy courut vers elle, alors qu'elle s'avachissait au sol, comme épuisée. Qui allait bien pouvoir oser s'aventurer dans ce rêve instable de plus en plus tumultueux ?

4 0
Score : 299
Garry se déplaçait lentement. Décrivant de grands cercles autour de la colonne de marbre, il observait avec attention chacun des rêveurs. Il avait d’abord essayé de se souvenir de quelle manière il était arrivé ici. Le combat, les paris, la foule en délire puis sa chambre, son lit, son sommeil. Et le voilà ici. N’arrivant pas à percer le mystère de sa présence en ce lieu, il se plongea dans l’étude du lieu en lui-même. Des inconnus, cette colonne de marbre, cette plante et… ce fameux rêve. Son assiduité aux cours de botanique ne lui était d’aucune utilité. Le végétal lui était inconnu. Son ancien professeur d’oniromancie lui aurait été d’un grand secours, mais il n’était pas parmi les étrangers amassés autour de l’unique relief de la pièce.

 
Ses pas s’accéléraient sans qu’il ne le veuille. La curiosité était trop grande. S’approchant de la jeune femme et de son frère, il prit sa voix la plus grave.

 
« J’y vais, madame. »

 
Tendant la main en direction de la plante, il se saisit d’une de ses feuilles. Nervures parallèles, pétiole large et épiderme vert qui tire sur le rouge à son apex, pensa-t-il. Et l’odeur… pouha ! Ça pue le souffre. S’installant délicatement sur un sofa, il engouffra la feuille dans sa bouche et la mâcha tranquillement.

 
« Tiens, ça à goût de… de ro… rom… »

 
Sans pouvoir terminer sa phrase, il sombra dans un sommeil profond.

 
Bien. J’y suis. Une peau mate, vingt livres de plus et… un pagne. Quelle joie. Pensant cela, il releva la tête et constata le Zaap et le panneau à ses côtés. Il y avait effectivement une inscription mais si petite que le gros Sadida dû s’approcher pour la déchiffrer.

 
Ne vous approchez pas trop près.

 
A peine eut-il lu ce message qu’il tenta de faire machine arrière. Trop tard. Le Zaap venait de le happer. Il se retrouva ailleurs. Eblouis par le halo bleu, il ne distinguait rien mais il entendait d’étranges bruits. Une musique, des oiseaux, des pious. Il était à Astrub, à n’en pas douter !

 
Quand il retrouva sa vue, il constata avec étonnement qu’il n’était pas dans la cité brune. Quel était ce lieu ? Il n’en avait jamais vu de semblable. Les bruits citadins émanaient d’un étrange objet rectangulaire sur lequel défilait des images de la ville des mercenaires. Même si c’était bien moins réaliste, la reproduction était assez fidèle. Un être humanoïde semblait contrôler l’étrange boîte à l’aide de différents boutons sur lesquels il tapait vigoureusement. Dos à l’étranger, celui-ci paraissait ne pas avoir entendu le Sadida arriver.

 
Cette reproduction d’Astrub était si belle qu’elle absorbait les pensées du rêveur. Quelle technologie formidable. Il fut cependant, bien vite sortit de son état par une voix grave émanant d’un couloir.

 
« Freddy ! A table ! hurlait-elle.

– J’arrive ! répondit le petit humain. »

 
Zut ! Il va bouger, pensait Garry. Vite, une cachette. Sous le lit ! Non, je n’y passerai pas. Un placard ! D’un geste aussi pataud que disgracieux, le corps de l’ami des végétaux disparut dans une armoire. Après quelques minutes, il entendit des pas et une porte claquer. Sortant de sa cachette, le rêveur constata que l’amusante machine était, à présent, complètement noir. Tout comme le reste de la pièce qui était plongée dans la pénombre. La seule source de lumière émanait d’un autre appareil, tout aussi bizarre.

 
D’une matière grise, lisse et inconnue, la lumière était jaune et formait des chiffres : 15 : 18. La curiosité piqua encore plus notre Garry quand les chiffres changèrent pour 15 : 19. S’approchant de l’objet, il en palpa la surface et… il disparut. A nouveau téléporté.

 
Il était à présent sur la place du marché à Brâkmar. Ce haut lieu de passage qui grouillait habituellement de monde était désert. Pas un bruit. L’étrange objet entre ses mains, il l’observait attentivement. Il affichait maintenant 6 : 03. Quand, d’un coup, une sonnerie assourdissante sortit de la machine. La brutalité et la soudaineté de la chose firent sortir Garry du corps du Sadida et notre magicien s’éveilla sur son sofa, au milieu des autres curieux.

 
Il se râcla la gorge et regarda ceux qui étaient au plus près de lui.

 

« J’crois que j’ai fait une bévue. », lança-t-il avant de raconter tout son rêve dans les moindres détails.
2 0
Score : 1966
Un personnage encapuchonné s'approche de la plante une fois que le précédent rêveur a terminé le récit de sa supposée "bévue". Comme tout à chacun, il se tenait jusqu'ici à l'écart de la foule. Si bien qu'on se demande s'il y a vraiment foule puisque tout le monde s'en tient à l'écart. En silence il prend une feuille, s'allonge au sol sur le côté puis, drapé dans sa large cape noire, il commence à mâcher.

L'individu s'endort.

Plus tard, il se réveille brutalement. En se redressant, il a les mains crispées comme si elles tenaient un objet de petite taille mais qui n'est à l'évidence pas là. Tremblant, l'encapuchonné résume son expérience. Pour lui-même plus que pour quiconque serait tenté de l'écouter. C'est la sonnerie stridente décrite par le précédent rêveur qui l'a lui aussi sorti de ce cauchemar, et non rêve. Il n'a pas vu ce qui était derrière la porte. Ou son esprit n'a pas souhaité lui en laisser le souvenir, afin de le protéger.
7 0
Score : 345
Un grand Iop au corps sec, aux cheveux grisonnants, affublé d'une brigandine bleu délavé et d'un pantalon de toile rudimentaire, écoute nerveusement ce qu'a à raconter le personnage au capuchon à propos de son voyage onirique, assis sur l'un des sofas laiteux de la pièce. Nerveusement, oui, mais sans sourciller ; sans ne piper mot non plus. Après avoir entendu les récits délirants des autres rêveurs, plus rien ne semble le surprendre, mais il ne cache pas un agacement certain. Un ramassis de péquenauds crotteux et des fadaises d'alcooliques, voilà ce qu'il pense de ces gens et de leurs affabulations. A bout de nerfs après un nouveau de ces récits sans queue ni tête, il se lève et s'approche de la plante au centre de la pièce d'une démarche militaire. Il en pince une feuille pour la détacher d'un geste agile, et prend la parole en débitant rapidement ses mots, et en décrivant l'assemblée d'un regard froid.

« Écoutez, je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas non plus, et j'ai envie de dire que c'est tant mieux. Comme sûrement quelques-uns d'entre vous, je suis las d'être enfermé dans cette pièce, je suis las de ces histoires ridicules que vous nous servez depuis tout à l'heure, mais surtout, je commence à en avoir plus qu'assez de ces comportements de PÉTEUX. »

Ce disant, ses yeux bleu-marron s'attardent sur les "péteux" en question, les âmes solitaires du fond, les esseulés, les recroquevillés qui tremblottent, et ceux qui, jusque là, n'ont osé prendre la parole. Il laisse s'installer un petit silence avant de reprendre d'un ton plus solennel, du moins, au début.

« Certains m'appellent "le Cavalier Courage" ... Mais ça, c'est plutôt pour les bouseux ... Quoi qu'il en soit, c'est le moment de prouver que ce n'est pas qu'un surnom. Déjà que ça me gonfle de pourrir dans cette prison déguisée en salon de thé ... Faisons en sorte que ça dure pas huit jours ! »

D'un geste énergique, il s'enfonce la feuille dans la bouche et la mâche de toutes ses forces, puis retourne s'asseoir. Peu à peu, l'air dur de son visage se détend, ses yeux commencent à se clore, et il finit par s'écrouler sur son canapé, emporté par Eiweich. Le pire, c'est qu'il ronfle terriblement.

‎⁂

« ATTENTION ! »

Trop tard. De la porte ouverte débaroulent nombre de créatures horrifiques difformes, leur seul point commun réside dans leurs visages inexistants : Tantôt un casque coloré - d'ailleurs, son porteur hurle un "FORCE VERTE" en guise de cri de guerre - tantôt une souche d'arbre maltraitée, tantôt une fourbasse aux larges feuilles verdoyantes remplacent les têtes de ces monstruosités qui, de surcroît, sont bien trop nombreuses pour être toutes décrites. Elles sortent par douzaines de cette porte dans le néant, improvisée en portail démoniaque, et encerclent notre pauvre sadida en poussant cris et gargouillements machiavéliques ... Le cauchemar est réel.

« Ben bravo mon gars, t'as réussi à tout foirer pour de bon ... Et je peux plus rien pour toi maintenant, c'est ton rêve, pas le mien. Alors je me tire et bon courage avec ton merdier ! » dis-je au rêveur, et ce sont là mes derniers mots à son égard. Il est seul avec lui-même désormais, paniqué, pris en tenaille entre des dizaines de créatures menaçantes, mais il a encore sa tête pour le sauver. Il essaye de toute son âme de se rappeler ce que je lui ai raconté à peine quelques minutes plus tôt. " L'une des choses qu'il est essentiel d'apprendre à faire dans le monde des rêves, c'est de maîtriser ... Vous pouvez prendre le contrôle ... " Et il faut croire que mes enseignements n'ont pas été vains. Il ferme les yeux, pense une idée ... Et le reste coule de source : lorsqu'il les rouvre, quoi qu'il ait eu dans les mains auparavant s'est transformé en une immense hache de guerre au fil aussi tranchant qu'une lame de rasoir. Alors conscient de son pouvoir, le rêveur, ou le cauchemardeur, s'emplit de détermination. Il imagine ce guerrier barbare qu'il a toujours voulu être un jour ; il est ce guerrier. Une mélodie  graveleuse commence à résonner dans sa tête ... Et le carnage commence.

La hache fend l'air et s'abat sur l'une des bestioles, la traverse de part en part, la transforme en deux morceaux étrangement symétriques. La suivante se fait découper en rondelles que notre héros de l'instant récupérera plus tard pour en présenter un saucisson d'une qualité exceptionnelle. L'arme tourbillonne dans le vide sous la maîtrise experte du gros poilu, tranchant un bras par ci, une jambe par là. La folie meurtrière qui anime l'homme n'a plus de limites, et les monstres intimidants qui le menaçaient auparavant sont devenus les martyrs de son insatiable soif de cruauté. Il les prend deux par deux, non, quatre par quatre, possédé par la violence démesurée du personnage qu'il a choisi de déchaîner, les têtes improbables de ses ravisseurs gisant même parfois au sol, détachées de leurs troncs. Tout n'est plus que barbarie, effusion de sang, cacophonie d'onomatopées morbides et de hurlements de rage et de peur ... La dernière des créatures, une sorte d'humanoïde tripode avec une montre-boussole à gousset pour seul visage, tente vainement de ramper au milieu des morceaux de cadavre de ses alliés pour se mettre hors d'atteinte du guerrier fou. En vain : Le sadida fixe le monstre, ses yeux devenus aussi rouge que les mares de fluides vitaux qui couvrent le "sol", et s'en approche d'un pas si lourd qu'il aurait fait trembler les murs, si il y avait eu des murs autour de lui. Il lève sa hache en l'air, prêt mettre un terme à ce mauvais rêve ...

L'espace et le temps se distordent brutalement pour donner naissance à un tout autre décor. D'abord, un son clair et apaisant emplit l'air. Quelques éclats de rire. Une table de banquet au bout de laquelle un sadida empoté trône en maître de cérémonie. Sur cette table, boissons et vivres à volonté, dont un saucisson particulièrement imposant qui trône au milieu - sûrement un trophée de chasse. Autour, le décor luxueux et bienveillant d'une salle à manger bien garnie, digne d'une maison noble du château d'Amakna. Cela tombe à pic que nous y arrivions maintenant, car notre rêveur était justement en train de raconter la chute de son histoire à ses hôtes.

« ... Je me défendais, je me défendais ... En fait, j'étais dans un pâturage. J'ai tué soixante-seize bouftons. »

Certains des convives se mettent à rire aux éclats tandis que d'autres gloussent, choqués des actes de barbarie involontaire que l'alcool peut provoquer. Il y a du beau monde autour de cette table : un écaflip gris clair qui bavarde sans cesse avec sa voisine, une certaine Shavari, un certain Morgat, mais aussi un Pandawa féru de botanique une jeune femme solitaire terrée autant dans son silence que dans son fauteuil, un Iop sec qui, malgré son assiette pleine de graines et son verre vide d'alcool, semble prendre plaisir à assister à ce banquet ; un type louche qui ne quitte jamais sa capuche, et bien d'autres encore, c'est une soirée ouverte et chaleureuse. Dans un coin de la pièce, un bolet au chapeau démesuré s'exerce en vrai virtuose sur un violoncelle avec son sabre-archer, d'où la musique. Le Iop prend à son tour la parole pour narrer une croustillante anecdote de son crû :

« Moi, une fois, j'étais soûl comme cochon, je me suis fait tatouer " J'aime le raisin de table " sur la fesse gauche. Et ça y est toujours ! »

Cette fois, presque toute l'assemblée s'esclaffe, à l'exception de quelques rabougris ; même le champignon musicien accompagne la boutade d'une touche musicale. Mais brusquement, un silence emplit la salle de fêtes. Le sadida se lève : les quelques sièges libres autour de la pièce devraient bientôt être occupés. Les derniers invités à ce repas mondain ont dû arriver car, cause de ce silence, l'on vient de sonner à la porte de la bâtisse.

‎⁂

D'abord, il gémit. Ses yeux sont encore clos, son cerveau engourdi. La lumière diffuse de la pièce traverse ses paupières, et bientôt, le Iop s'étire, se redresse lentement. Ce qu'il croyait billevesées dénuées de sens vient, par l'expérience de laquelle il sort à peine, de se montrer pure vérité. Lui-même a encore du mal a assumer les aventures oniriques qu'il a surmontées au travers de ce sadida. Surmontées, ou peut-être ... Inventées ? Quoi qu'il en soit, il balbutie quelques excuses à l'instar des rêveurs en présence pour ses doutes d'antan et se met à narrer son épopée, avec justesse, objectivité, rigueur, ce qui devient particulièrement dérangeant lorsqu'il en arrive à la partie cauchemardesque de l'histoire. Une fois au terme de ce récit, il observe un peu l'assemblée, remarquant parmi la foule quelques visages qu'il a pu voir en rêve, et cela ne le réconforte pas vraiment. L'expérience est dérangeante et captivante à la fois ; il se demande lequel de ces badauds aura l'aplomb de perpétrer le songe du rêveur.
3 -2
Score : 389

Cela faisait plusieurs jours que tous les aventuriers présents autour de la colonne de marbre n'avaient prononcé un mot. Peut-être était-ce des heures? Des secondes? Le temps semblait bien relatif dans ce nouveau monde dans lequel Kaory avait été plongée. En tous les cas, il avançait aussi lentement qu'un Kaskargo roulant sur le sable chaud des plages de l'île d'Otomai.

"Pourquoi suis-je là ?" se dit-elle. "Je ne suis pas venue depuis trop longtemps à la Taverne, on m'a peut être punie pour cela. Qu'ai-je bien pu faire, en bien ou mal, pour être ici? ". Tout était confus dans sa tête et pourtant, elle n'avait pas encore pris part à l'intrigante aventure du Rêveur.

Le précédent rêveur, le iop aux cheveux grisonnants, semblait encore bouleversé par ce qu'il avait vécu dans ce rêve, au travers d'un personnage qui n'était pas le sien. Les visages de tous les aventuriers-rêveurs étaient marqués dans le regard par toutes les histoires qui s'étaient succédées jusqu'à présent. Quand le rêve semblait paisible et joyeux au début, il continuait de manière plus sombre et plus ténébreuse pour se retrouver en plein milieu d'une fête, ou en tous les cas, d'un repas entre personnes qui étaient des amis.

"Des amis?"

Elle repensa au Iop disant qu'il avait aperçu les précédents rêveurs autour de cette table, mais pourtant personne ne se connaissait ici.

"Comment pourraient-ils être des amis? Je n'en ai jamais vus aucun, du moins c'est ce que je crois. Qu'avons-nous en commun pour nous être retrouvés ici ?"

Plus personne ne regardait personne. Plus personne ne bougeait d'un kamètre. On aurait pu entendre un moskito voler s'il y avait des moskitos. Non, à la place d'un battement d'ailes de moskito, on n'entendait que le vide. Kaory découvrit que le vide pouvait être un son, et même une odeur. Aucun atmosphère n'était comparable, aucun lieu ne pouvait s'en approcher. 

Kaory imagina soudainement que l'objectif était de sortir d'ici d'une manière ou d'une autre, et qu'il fallait bien que quelqu'un se décide à avaler les dernières feuilles de cette étrange plante pour pouvoir, un jour, mettre un terme au rêve.

"Il faut la montre ! Et le sablier. Où sont-ils? Ils n'ont pas encore été trouvés je crois. Je dois mettre la main dessus, et qui mieux qu'une Sadida peut incarner un Sadida, penser comme un Sadida, et retrouver les objets tant désirés. C'est pour le bien de tout le monde ici que je vais le faire, allez Kao', prends ton courage à deux mains et lance toi !"

Elle s'avança d'un pas peu certain vers la colonne centrale. Tous les regards se tournèrent vers elle, on pouvait à nouveau entendre la respiration des aventuriers dans l'air. Tous voulaient savoir la fin, mais tous étaient inquiets et n'osaient prendre la place de Kaory, car tous comprenaient que la fin était proche. 

Kaory prit une des dernières feuilles sur la colonne, les mâcha doucement, par peur de s'en aller au pays des rêves trop vite, par crainte d'y être tout simplement. Elle commença à cligner des yeux. Sa respiration se fit plus lente, ses mains ne répondaient plus, ses jambes étaient lourdes, trèèèès lourdes... Et puis soudainement plus rien, du noir. L'intensité du sommeil, "Ou de la mort?" crut-elle en premier, se fit ressentir jusque dans les os des aventuriers-rêveurs présents autour de la colonne.

Quand Kaory ouvrit les yeux, elle bougeait. Ou plutôt, le corps du Sadida rêveur bougeait. Comme avait pu le décrire les précédents aventuriers, les quelques siestes de trop se faisaient ressentir dans le poids du Sadida.

"On n'est pas si sale quand même nous les Sadidas, non mais n'importe qu..."

Le Rêveur fut arrâché à la pensée de Kaory par la sonnerie de la porte qui retentit pour la seconde fois. Sans s'en rendre compte, Kaory se retrouva la main sur la poignée de la porte, la tournant tout doucement, comme si le Rêveur voulait faire languir quelques secondes de plus ses invités derrière la porte.

L'ouverture de la porte fut à coup sûr l'ouverture la plus longue que le Monde des Douzes ait jamais connue. Le grincement aigu qu'elle pouvait produire semblait insupportable aux oreilles de tous, on l'entendait jusque dans la colonne de marbre. Quand la porte s'ouvrit finalement, un torrent de lumière aveugla notre Rêveur. Il se protégea les yeux d'un mouvement maladroit de sa main gauche, mais ceux-ci semblaient déjà quelque peu brûler dans sa tête, avec une chaleur de la même intensité que celle ressentie dans le rêve de Lina. Quand il put enfin ouvrir les yeux, la lumière avait disparu, les convives aussi, les alentours étaient plus sombres et teintés d'une fine fumée. Le ciel avait pris une teinte presque violette, tout était lugubre autour du Sadida. Un frisson parcourut son corps tout entier. Il regarda tout autour de lui et Kaory se dit:

"On doit être proche du cimetière des Koalaks, ou en tout cas sur le chemin qui mène vers le Skeunk. Mais il y n'y a aucune âme qui vivent par ici, alors que d'habitude, les habitants de ces lieux sont bien plus agressifs envers les aventuriers qui osent s'aventurer par là. C'est étrange."

Le Rêveur fut une fois de plus arraché à ses pensées par le son d'une pierre qui tomba proche de lui. Il se retourna vivement et aperçut deux silhouettes, visiblement masculines. Le Sadida eut une impression de déjà vu. Il cligna des yeux plusieurs fois, pensant avoir vu un fantôme. Mais non, les deux silhouettes l'observaient toujours, avec le même air menaçant. On ne pouvait pas distinguer leurs yeux, mais on pouvait distinguer leur menaçante intention. Ils firent quelques pas de plus vers le Sadida qui tenta de reculer. Comme son compère l'ecaflip, premier aventurier rêveur, il était trop lent, il tentait même de courir, mais une force inconnue le retenait. Il tomba  à la renverse, et quand il reprit ses esprits, les deux silhouettes n'étaient plus des silhouettes, on distinguait réellement deux hommes, et cette fois-ci, Kaory en fut certaine :

"Les deux hommes de la grotte de Lina."

A peine ses mots furent-ils prononcés, ou pensés en tout cas, que tout redevint noir dans le rêve du Sadida. Kaory crut entendre des voix prononcer

"Comment nous a-t-elle reconnus ? Elle n'écoutait pas l'histoire de Lina, c'est impossible. Comment tous ces aventuriers peuvent avoir des souvenirs aussi précis ? Je crois qu'on a découvert quelque chose [un nom bizarrement indistinct fut prononcé], je crois qu'ils sont connectés par l'esprit mais qu'ils ne le savent pas encore." Une autre voix reprit "C'est plus grave que ce que l'on pensait alors..."

Quand Kaory rouvrit les yeux, elle crut être revenue dans le Monde des Douzes. Mais quand elle se leva, elle sentit à nouveau le poids de ce corps qui n'était pas le sien. Elle était toujours dans le monde des rêves.

"Non, ce n'est toujours pas terminé... Pourquoi mon rêve se prolonge ? Pourquoi moi ? Qu'ai je de plus que les autres après tout? Bon Kaory, il faut reprendre tes esprits, des gens comptent sur toi prêt de la colonne, tu dois retrouver le sablier et la montre"

Après quelques secondes d'observation, le Rêveur comprit qu'il se trouvait au Village d'Amakna. On entendait les enfants iops se chamailler, les pêcheurs hurler à la mort sur la Place du Marché pour vendre leurs trouvailles du jour

"Comment ça il est pas frais mon poisson ? Je vais t'en montrer du poisson pas frais, viens par là petit garnement !!!". Une grosse dispute s'en suivit, des Goujons volèrent partout. Le Rêveur préféra passer son chemin. Kaory ne savait pas où elle allait, mais le Rêveur, lui, semblait être porté par les Vents. Il se retrouva devant une bâtisse semblable au Temple Xélor, à la différence prêt qu'il y avait des ronces Sadida tout le long des murs. Presque instinctivement, le Rêveur rentra à l'intérieur. Ce lieu ne lui était pas inconnu. Oui Kaory était déjà allée au Temple Xélor par le passé, mais là, l'intérieur ne ressemblait pas au fameux Temple des Maîtres du Temps.

"On cherche un Sablier et une montre. C'est probablement pour ça que j'ai emmené le Rêveur ici. Ou est-ce lui qui m'y a amenée? Je suis perdue..."

Il y avait des maquettes sous verre de tous les lieux où le rêveur était passé grâce aux aventuriers-rêveurs. Elles étaient "en vie", on voyait des petits personnages bouger. A y regarder de plus prêt, on pouvait reconnaître trait pour trait les rêves racontés par les aventuriers-rêveurs. C'était plus que perturbant. Quand le rêveur s'approcha de la maquette au fond, il reconnut les lieux : on pouvait distinctement reconnaître la scène qui était précisément en train de se dérouler, ou plutôt qui allait se dérouler. Le petit personnage de la maquette filait comme une flêche crâ à travers la pièce, il fouillait tous les moindres recoin à la recherche probablement de la fameuse montre et du fameux sablier. Il le faisait avec une telle violence que le Rêveur commença à avoir peur de lui. En un battement de cil, le Rêveur se retrouva entre un coffre et une étagère à jeter violemment les objets partout autour de lui.

"Mais qu'est-ce qu'il se passe? Que suis-je en train de faire ?" se dit Kaory "Toute cette violence ne me ressemble pas, c'était le personnage sous la maquette qui faisait ça quelques minutes auparavant, tout ça ne me ressemble pas".

Puis le Rêveur se retourna prit d'une pensée fulgurante. 

Le Sablier et la montre flottaient dans l'air, autour de lui, et entourés d'une aura bleutée, d'un bleu à vous en faire perdre la tête. Quand le Rêveur fit quelques pas sur la gauche, les objets le suivirent. Quand le Rêveur alla à droite, les objets le suivirent à nouveau. Sans comprendre ce qui lui arrivait, le Rêveur fut pris dans un tourbillon de folie. Et tout redevint sombre.

Quand Kaory ouvrit les yeux, elle se sentait légère. Elle s'était réveillée et se trouvait à côté de la colonne de marbre, tous les yeux des aventuriers-rêveurs la regardaient, avides de savoir la fin de l'histoire. Dans un dernier souffle, elle dit : 

"Je crois que je sais..."

Puis le silence total et l'obscurité prirent place dans son esprit.
 

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Score : 16
Un Xélor ne perd jamais son Temps. C’est pourquoi notre ami somnolant sur son sofa depuis le début de cette aventure, ne s’inquiétant pas du temps qu’il allait passer dans cette pièce, avec ces aventuriers tout autant piégés que lui. Mais de rêve en rêve, de détail en détail, Yuke succomba.

« C’en est trop ! Depuis notre arrivée dans cette pièce immaculée, je me refusais à participer à ce petit jeu, n’y trouvant pas d’intérêt particulier. Mais avec l’annonce de la montre, puis du sablier et maintenant de mon temple dans vos rêves, ma curiosité est à son paroxysme ! » s’exclama Yuke, fier disciple de Xélor.

« A mon tour ! » Il s’approche de la plante, presque totalement défeuillée, afin d’arracher et d’ingérer une des dernières feuilles disponibles.

« Pour couronner le tout, cette odeur et ce goût je les reconnais très bien, ce sont ceux de la Tanfouguite », dit-il.
« Et notre ami Pandawa se disait bo... bota… »

*Flash blanc*

« … botaniste ! Oh. Me voilà donc dans ce corps partagé par mes prédécesseurs. Ce corps m’a l’air bien robuste. Cela dit, troquer mes bandelettes contre cette affolante pilosité, quelle idée affreuse. »

Sortant de ses pensées, Yuke observa l’environnement autour de lui. Et lorsqu’il regarda derrière lui, la montre et le sablier flottaient comme l’avait décrit Kaory. Il réfléchit quelques secondes, et fit un point sur la situation.

« Je suis l’un des maillons d’une suite d’aventure onirique. Soit. Je suis un Sadida à l’allure grotesque et imposante. Bon sang. J’ai des reliques de Xélor qui lévitent autour de moi, le tout dans mon temple de classe transformé. Très bien. Que faire ensuite ? »

En examinant les maquettes présentes dans la salle, il se souvint de toutes les aventures oniriques passées, dans les moindres détails, sans même avoir besoin de les regarder dans leur ensemble.

Il avança dans la salle et trouva la dernière maquette, sans doute celle de son rêve, mais rien n’y était représenté. Enfin, pas vraiment, car au bout de quelques instants des structures se créèrent sous ses yeux. La scène semblait décrire la suite du chemin à suivre, on voyait un mécanisme caché, ouvrant un accès à un endroit plus profond dans le temple. L’animation s’arrêtait au moment de l’ouverture. »

« On cherche à me guider ? Ou cette maquette me montre ce que je souhaite vraiment ? Eh bien, si l’on veut savoir le fin mot de cette histoire, pas le choix ! » il se précipita pour actionner le mécanisme caché. Une grande porte s’ouvrit, donnant sur un long couloir étroit suivit d’un escalier s’enfonçant dans les ténèbres. On pouvait toujours observer des ronces parcourant les murs.

« Cette pénombre à perte de vue ne serait pas sans déplaire à un Sram. Tiens ? Quelle est cette musique entrainante ? »

Une lumière apparue.

« Me voilà enfin au bout, de la lumière, et cette musique, toujours. Qu’est-ce que ? Impossible ! »

Tout à coup devant les yeux ébahis de l’aventurier-rêveur, se dessinait une plaine immense et verdoyante, à perte de vue, avec au centre, un orme gigantesque, si bien que son feuillage caressait les nuages. Il entendit des rires et vit des silhouettes au loin. Il commença à se diriger vers ces dernières, lorsque tout à coup, plus rien.

*Flash blanc*

« Improbable. Irréel. Vous tous. Je crois que je vous connais. »

Et d’un coup d’un seul, notre Xélor se figea de stupeur.
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Score : 185

Il était temps pour Card de sortir de l'ombre, la récolte était terminée. Il pensait avec amusement aux gains de cette histoire , si étrange soit-elle, tandis que son fidèle félin revenait doucement, son petit havre-sac en bandoulière, il le devinait bien rempli. 
Personne ne pense a sa bourse lors d’événement comme celui-ci, et cela lui allait très bien!
Seul le sram, nonchalamment adossé au mur a l’abri des regard semblait avoir remarqué son petit manège. Il lui adressa un léger clin d’œil tout en se demandant ce qu'il avait derrière la tête...

murmures dans la salle

Voila qu'un nouveau dormeur s'était réveillé, il allait être temps pour lui de passer également, il lui tardait de partir, et le plus tôt serait le mieux, comme dit le proverbe enutrof : "le temps, c'est des kamas!".

miaulement plaintif

C'était son chacha, il regardait avec insistance le centre de la salle. 
Nul besoin de parole entre les deux acolytes, et Card savait ce que le félin voulait, bien que sa requête  soit fort étrange. 
Il tendit son épaule à l'animal, qui y grimpa avec agilité, puis marcha tranquillement jusqu’à la colonne. Et, sous le regard étonné de l'assemblée, arracha une feuille de la plante pour la tendre à son compagnon, qui l'avala goulûment. 
Alors qu'il sombrait doucement dans le sommeil, Card pris dans ses bras le petit animal ronronnant et s'assis sur le sofa, le sourire au lèvres. 


Surprise

Il ouvre les yeux dans un nouvel endroit, une plaine. Sans hésitation, il se jette dans l'herbe verdoyante, puis s’arrête brusquement. Quelque chose à changé, il se sent différent, plus lourd, moins agile.


Peur  

"Mais qu'est-ce que !"
A peine eu-t-il parlé qu'il comprend. Il s'exprime dans un langage qu'il ne comprend pas, le langage du Maître. Il était devenu l'un des leurs.


Calme 

Il prend une longue inspiration, et se souvient...
Les dormeurs se réveillaient tous différents, et il savait maintenant pourquoi. Prenant appui sur ses nouveaux membres, suivant l’instinct du Rêveur , il parvint a recopier les gestes du Maître.


Sons

Il entend les voix, en reconnait certaines. Les dormeurs précédant son tous présent, jouant avec un de ses semblables. Un "chacha cendré", telle était la pensée du Rêveur. 
Plus loin, un doux son s’élève dans l'air semblant provenir d'une étrange créature, qui lui était pourtant familière 


Étonnement

Son corps avait changé, mais ses sens ne l'avait pas quittés. Et, caché derrière l'enveloppe lumineuse dégagée par le lieu, il sentais ceux qui ne souhaitais pas être vus, et entendait leurs paroles....

"Comment est-ce possible? Ils ne devraient pas être là, cela ne peut plus durer. Il faut...."


Silence

Il regarde autour de lui, le lieu a changé, mais lui semble familier. 
Il est dans une pièce circulaire. En son centre une colonne s'élève, sa base brille chaleureusement. 
Il remarque la présence de silhouettes informes, mouvantes, mais silencieuses . Et, autour de la colonne, tous les Dormeurs sont réunis.  Les yeux fermés, le visage calme, et une respiration lente et constante, qu'ils semblent tous partager.


Craquement

Le sol se brise. La salle éclate. Il tombe. 
Rien ne pourra arrêter sa chute, il le sait. Suivant la conscience du Rêveur, il ferme les yeux, résigné à l'idée de continuer plus loin.


Espoir


Il les rouvre. Sa chute n'est plus. La nuit est tombée sur la clairière. Les Dormeurs sont partis.
Et, au pied du gigantesque arbre, il aperçoit une douce lueur bleutée.


Voix

"Hey, réveille toi"
Le félin ouvre les yeux, reconnait la chaleur des bras de son maître. En son for intérieur il sourit. Par le biais du Rêveur il a enfin trouvé ce qui ne pouvait pour lui être défini. 
"Ami".











 

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Score : 1386

Après le retour du dernier chacha-voyageur il ne restait plus personne dans la salle circulaire. Plus personne qui ne soit rentré dans le large corps du « Rêveur » et qui l’ait animé le temps d’une escapade, ou d’un dîner entre amis.

On aurait pu s’attendre à un coup de grâce, un dénouement final lorsque ce fameux chacha revint d’entre les songes. Mais il n’y avait rien, et peu à peu, il n’y avait plus personne non plus. Chacun des intervenants se dissipa peu à peu comme il était apparu : sans s’en rendre compte.

Ce ne sont que les rayons du soleil matinal, les jurons d’une mégère de mauvais poil, ou bien un simple réveil qui tirèrent nos aventuriers oniriques de leur délire somnolent. Pourtant, a contrario des rêves classiques, celui-là chacun s’en souviendrait.

Lorsque l’écaflip se réveilla, il trouva sur son chevet un étrange champignon.
Lorsque Morgat se leva, il manqua de glisser sur un glaçon.
Lorsque Sharavi bâilla, il lui sembla entendre un air mélancolique pendant quelques secondes.
Lorsque Lina se frotta les yeux, elle découvrit que son lit était plein de sable.
Lorsque Garry regarda l’heure, il était 15 h 19 à l’aube.
Lorsque l’encapuchonné s’étira, il remarqua un anneau serti sur son annulaire.
Lorsque le iop chercha à se rendormir, il se rendit compte que son oreiller avait cédé sa place à une assiette.
Lorsque Kaory se redressa, elle observa sa porte s’entrebâiller très lentement dans un grincement terrible.
Lorsque Yuke ronchonna, son pied entra en contact avec un morceau de ronce.
Lorsque Card entendit les miaulements de son chacha, il découvrit que ce dernier avait uriné sur les draps.

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