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[Animation] Récits d'Invention #3 : Vous feuilletez quelques pages...

Par maloranran - ABONNÉ - 06 Mai 2018 - 19:02:12


Vous poussez la porte du grenier de la vieille demeure familiale. Dans un grincement, la pièce vous apparaît, aussi sombre que dans vos souvenirs. Des enchevêtrements de meubles en bois aux formes étranges et de caisses empilées font de la pièce un véritable labyrinthe. Chaque objet est probablement passé entre les mains de bon nombre de vos ancêtres, et renferme certainement des histoires plus folles les unes que les autres.

En vous avançant, alors que vous manquez de justesse de vous faire empaler par un pied de chaise, vous pouvez enfin apercevoir l’unique fenêtre de la pièce. Malgré la saleté qui encrasse les carreaux, elle laisse passer un faisceau de lumière pâle dans lequel virevoltent d’épais grains de poussière. Sous l’ouverture, un espace dégagé accueille une table en bois verni et un tabouret tiré, qui semblent n’attendre que vous.

Vous avisez enfin le carnet relié de cuir sombre qui trône bien en vue sur le meuble. A sa place habituelle, celle où vous l’avez trouvé chaque fois que vous avez eu envie de le consulter. Une fois la couverture soulevée, quelques mots s’étalent sur la première page. « A mes descendants, je vous lègue, en plus de mon anneau, ce carnet, afin qu'il soit une source d'inspiration pour vous tous, un espace où chacun puisse un jour s'exprimer librement. Apprenez des expériences de vos ancêtres, et confiez quelques mots à votre prochain. Surtout, n’oubliez pas : c’est dans notre famille qu’on trouve les meilleurs soutiens. »

Dans le grenier, pas un bruit. Vous avez tout le temps du monde pour enfin ajouter votre touche personnelle à ce précieux héritage familial. A moins que vous ne souhaitiez reporter cette tradition à plus tard, en d'autres lieux...

[HRP]
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La chambre sortait doucement de la pénombre avec l’arrivée des premiers rayons de l’aurore. Une arakne, pendue à son fil, descendait du plafond avec lenteur. Ses pattes se posèrent sur un matelas usé, enveloppé dans une couverture, autrefois blanche. C’est par une petite commode en bois clair qu’elle accéda au parquet. Se mettant en quête d’un nouveau lieu de chasse, elle contourna la couche et passa près de l’homme en uniforme qui était accoudé à une table bancale. Connaissant les habitudes de ses colocataires, l’arakne regarda instinctivement les bottes du militaire. Elles étaient rigoureusement entretenues et soignées, tout comme le reste du costume de cérémonie qu’il portait. Il ne la regardait pas. Ses yeux fatigués étaient plongés dans un petit carnet qu’il feuilletait.

L’arakne continua son chemin et sortit de cette prison. Car oui, c’était bien là une prison. On ne l’avait pas mis dans les geôles à cause de l’estime que ses hommes gardaient pour lui, mais le traître – comme tout le monde l’appelait maintenant – ne pouvait pas quitter ses quartiers. Des gardes d’un autre régiment surveillaient sans relâche la porte et les fenêtres de sorte qu’il ne puisse pas sortir. Et quand bien même, il ne le voulait pas. Il s’était résigné à son sort. Il savait ce qu’il l’attendait, la faute qu’il avait commise. Il n’espérait que la fin. Continuant de tourner les pages, il tomba sur quelques notes de son oncle. Cet inventeur y avait visiblement laissé sa trace.

Il poursuivit sa lecture et tomba sur la recette de la tarte aux bananagrumes de son arrière-grand-mère. Il ne l’avait pas connu mais, grâce au carnet, il avait eu le plaisir de goûter à ses pâtisseries. Il remonta ainsi les pages, redécouvrant son arbre généalogique et les secrets de sa famille. Finalement, il se saisit d’une plume et d’un encrier. Il n’avait jamais osé y écrire lui-même, mais il était temps d’y laisser sa trace. C’était, en somme, une manière de survivre.

Des pas se faisaient entendre dans le couloir. Ce n’était pas la patrouille, elle était passée il y a peu. C’était pour lui. Il se hâta d’écrire quelques mots. Les premiers qui lui vinrent en tête. 

Ne suis pas les règles pour ce qu’elles sont. Suis les parce que tu les trouves justes. Et enfreins les pour la même raison.

Il voulait signer. Il voulait apposer son nom sous cette maxime qui représentait si bien sa situation présente. Il n’en eut pas le temps. La porte s’ouvrit.

« Lieutenant, c’est l’heure. Je… je suis désolé. Puis-je faire une dernière chose pour vous servir ? »

On avait envoyé ses propres soldats le chercher. Refermant son carnet, il se leva lentement et avança vers eux. Il leur donna délicatement les nombreuses pages qui renfermaient tous les secrets de sa famille et ajouta : « Remettez-le à ma femme. Qu’elle le range dans le grenier pour ma fille ou pour mon fils. Lorsqu’ils seront plus grand, ils comprendront. »

D’un hochement de tête, le garde fit comprendre qu’il tiendrait parole et dans un profond silence, tous se dirigèrent dans la cour. Là-bas, l’arakne avait trouvée son nouveau lieu de chasse. Elle avait tissé sa toile dans la boucle d’une corde, proprement nouée à une potence. Elle ne s’attendait pas à ce qu’on vienne détruire son travail si vite.
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J’aimais les après-midi d’été, chauds et enivrants, surtout… lorsqu’ils s’écoulaient en charmante compagnie. Et quelle compagnie… 
 
« Fichtre alors, cette paire là en ferait bander les Dieux, je vendrai bien mon âme pour y fourrer ma truffe. » Songeais-je, le regard perdu dans le décolleté abyssal de la comtesse bleue.
 
— Albert ? s’écria la porteuse de l’objet de mes désirs.
 
— Oui ? Je suis là, devant vous, la rassurai-je prestement.
 
— J’ai bien cru vous perdre… vous ne parliez plus ! s’exclama la noble créature.
 
— Mais… il m’arrive de me reposer entre deux beaux verbes. Tenir la conversation avec une interlocutrice si endurante… c’est un labeur de tous les instants.
 
— Hi hi, vous devriez venir au salon en ville plus souvent, cela vous ferait de l’exercice ! proposa-t-elle.
 
— Oh je crois bien que j’y perdrai la raison, avec tous ces complots, ces rumeurs, et ces calembours appauvris. Non, je ne puis m’accorder que votre présence, pour me rappeler la beauté du monde extérieur.
 
— Vil flatteur !
 
— Ah ah ! Au fait, chère comtesse, je compte bien vous rembourser l’avance que vous m’avez consentie l’autre jour…
 
— Oh n’abordons point la question chiffrée, cela me donne des migraines…
 
— Certes oui, je le comprends ! Toutefois mon projet s’étoffe, et a besoin d’autres fonds.
 
— Des fonds ? Encore ? Questionna-t-elle non sans une certaine suspicion.
 
— Il y a tant à faire ! Laissez-moi vous parler des détails, cela vous enthousiasmera, c’est à n’en point douter !
 
— Monsieur ? M’interrompit Charles, le domestique, qui venait d’entrer dans la pièce à pas feutrés — inaudible pour qui ne serait pas habitué.
 
— Eh bien, quoi donc Charles ?
 
— C’est votre fils.
 
— Mon fils ? Oh… Arnold, compris-je avec désintérêt. Qu’a-t-il encore fait ? demandai-je sèchement.
 
Je me rendis compte que ce ton n’était pas de circonstance devant mon auguste invitée, alors je reformulai avec une intonation plus badine :
 
— Quelle bêtise ce petit garnement a-t-il encore pu commettre ah ah !
 
— Il veut vous montrer le morceau qu’il a appris.
 
— Oh votre fils joue de la musique ? J’a-dore la musique… s’enthousiasma la comtesse.
 
Je ne pus que sourire bêtement, et agréer à sa requête.
 
— Eh bien, qu’il entre alors… 
 
Arnold, tout souriant, comme n’importe quel gamin de son âge, fit irruption à grandes enjambées dans le salon. Charles disposa une chaise non loin du sofa dans lequel nous nous prélassions, puis apporta l’instrument près de l’enfant.
 
— Ouiii j’a-dore le violoncelle… avoua la comtesse bleue, au comble de l’excitation.
 
Mon « fils » salua son maigre auditoire, s’éclaircit la voix, puis s’assied sur sa chaise, et prit maladroitement le manche de l’instrument dans une main, et l’archet dans l’autre. Sitôt que la première corde se mit à vibrer, s’en suivirent d’inécoutables phrases musicales désaccordées, déchirées, déchiquetées, fragmentées, détruites à tous les niveaux.
 
Le sourire d’excitation de mon invitée se transforma rapidement en rire jaune, puis en air gêné, puis en toussotements de politesse, et finalement en expression de douleur.
 
Afin de la délivrer de son tourment, je me levai d’un coup d’un seul, afin de désarmer Arnold. Surpris, il me lança un regard empreint d’innocence.
 
— Pè-Pè-Père ? J’ai b-b-beauc-c-coup trrrrravaillé !
 
Sans répondre, je m’excusai auprès de ma comtesse meurtrie, puis attrapai le malheureux par le col, et le trainai en dehors de la pièce. Ses pieds glissaient sur le sol marbré et provoquaient un crissement désagréable. Il tentait d’élucubrer certaines choses, mais tout demeurait incompréhensible, comme toujours.
 
Enfin, après avoir gravi quelques escaliers et traversé quelques couloirs, je le jetai dans le « Donjon ». Certain que ma noble amie ne m’entendrait pas d’ici, je me permis de lui faire comprendre la leçon :
 
— VOUS N’ÊTES QU’UN BON À RIEN ! JE VOUS AI DÉJÀ DIT CENT FOIS DE NE PAS VENIR ME DÉRANGER QUAND JE SUIS AVEC DES INVITÉS ! CE N’EST QUAND MÊME PAS DUR À COMPRENDRE, SI ?!
 
— M-m-mais Pè-pè-père… se plaignit-il.
 
— Taisez-vous… je n’ai pas le temps de vous écouter. Cette fois-ci, vous allez rester deux jours. Non, trois jours.
 
— P-p-as d-d-onjon… tenta-t-il d’articuler tout en s’étouffant dans ses chaudes larmes.
 
— Si ce n’était pas pour votre défunte mère… Oh vous… cela fait bien longtemps que… 
 
Ne préférant pas finir ma phrase, dans une sorte d’élan de décence, je quittai la pièce en fermant à clef la lourde porte de chêne. Un tour, puis un second.
 
 
* * *

 
 


Peu à peu le crépuscule s’installait sur la plaine. Au loin les éleveurs de bouftous ramenaient leurs troupeaux, alors que d’irréductibles bûcherons s’acharnaient sur un grand orme. La journée s’était avérée longue et pénible : j’avais vogué de déceptions en déceptions. Les plans étaient prêts, mais les financements manquaient cruellement pour assouvir mes ambitions. Et mes associés étaient bien trop frileux.
 
— Argh ! Qu’ils retournent donc à Bonta ces pisse-vinaigre ! criai-je dans la calèche, tout en frappant du poing contre la paroi verticale.
 
Charles ouvrit alors la trappe de communication.
 
— Monsieur ?
 
— Non, rien Charles, continuez.
 
Et qu’est-ce que j’avais mal au cul… J’avais passé toute cette maudite journée sur les routes, dans cette cage atroce.
 
Enfin, le château apparaissait sur la colline. Tel un joyau sur son présentoir, il perçait les cieux, dessinait l’horizon. Il n’était ni trop extravagant, ni trop commun — si tant est qu’un château puisse réellement être commun. Non, les architectes avaient appliqué leurs propres idées. Ils avaient fait du neuf avec de l’ancien, mélangé des styles, et épousé les formes de la pierre sur laquelle l’édifice était sis. C’était le château de la maison d’Astruz. Symbole du temps et de l’universalité, il avait su se préserver et évoluer avec les âges, sur les rares terres arables de la côte ouest. Au sommet de chaque tourelle trônait fièrement une étoile à neuf branches, emblème séculaire de cette famille.
 
Enfin, dans toute cette histoire, je n’étais qu’un passager clandestin, un opportuniste qui avait eu la chance de se faire aimer par Isabelle D’Astruz. Oh, Isabelle…
 
— Oh Isabelle… je n’y arrive vraiment pas sans toi…
 
— Monsieur ?
 
— Oh ! Mais ça suffit Charles enfin, concentrez-vous sur la route !
 
— Certes Monsieur, c’est que… nous sommes arrivés.
 
Après un interminable dîner en compagnie d’autres membres de la famille d’Astruz, je regagnais mon bureau, à la lumière d’une chandelle hésitante. La porte grinça. Il y avait une forme ovoïde allongée sur le tapis central, qui se redressa lentement.
 
— P-p-père ! S’écria-t-elle.
 
— Ahhh… par tous les Dieux… c’est vous Arnold… 
 
— V-v-vous av-v-viez promis ! bégaya-t-il.
 
— Moi ? j’aurai fait une telle chose ? demandai-je à haute voix, plein de stupéfaction.
 
— Oui ! D-d-devait r-r-rega-ga-garder z-z-zétoiles !
 
— Oh non Arnold… pas ce soir, je vous en prie, je suis fatigué…
 
— M-m-mais…
 
— Mais mais mais, il n’y a pas de mais ! Avez-vous au moins fini les devoirs que Charles vous avait donnés ce matin ?
 
Tout fier que je lui pose la question, Arnold tira de sa poche un papier qu’il déplia soigneusement, et qu’il me tendit.
 
— Voyons voir ça…
 
1 Exercice : les jours de la semaine

 
Lundi – Merdicredi – Vidridi – Samidi – Di[illisible]

 
Je regardai Arnold en soupirant. Ce pauvre enfant souffrait de quelques indispositions généralisées. C’est bien simple, il n’était bon en rien, et médiocre en tout. Il n’apprenait rien, et oubliait tout. Et par-dessus tout il y avait ce bégaiement incurable qui en faisait la risée de notre famille, et la cible de nombreux quolibets.
 
J’eus la mauvaise idée de lire le feuillet d’algèbre.
 
— Ce n’est ni fait, ni à faire, vous n’êtes pas mauvais Arnold, vous êtes très mauvais…
 
— On r-r-regarde les z-z-zétoiles maiiintnanant ? Me supplia-t-il en ravalant sa frustration.
 
— Vous avez l’audace de demander une récompense après « ça » ? Tsss, retournez plutôt étudier dans votre chambre, et savourez que je ne vous aie pas grondé pour être rentré dans mon bureau sans ma permission !
 
Le bambin décampa de la plus lente des manières, et se mit à tirer quelques larmes, espérant peut-être me faire changer d’avis.
 
« J’ai jamais demandé à être père moi. » Songeais-je, tout en me servant un verre d’absinthe du temple de la Fée Verte.
 
« Dieu qu’il me coûte d’avoir ce gosse dans les jambes… » soupirais-je en m’affalant dans un fauteuil.
 
Puis je pensais à ce qu’aurait pu être ma vie, dans d’autres circonstances. Et si Isabelle n’était pas morte ? Et si le ballon n’avait pas explosé ce jour-là ? Et si ma présentation n’avait pas foiré ce matin ? Et si la comtesse bleue n’avait pas déjà épousé ce fat ? Et si… et si j’étais moins con…
 
J’en vins à une sorte de conclusion : « Encore une belle journée de merde… ».
 
 
* * *

 
 
— Cela s’est passé tout à l’heure, vers 15h30, répondis-je, encore sous le choc. J’étais à mon bureau.
 
— Qui d’autre était présent lorsque… cela s’est passé ? demanda le jeune inspecteur.
 
— Je remettais les roses démoniaques en pot lorsque… j’ai tout vu, déclara Charles.
 
— Il m’a semblé entendre un cri… marmonna Françoise d’Astruz, le regard perdu.
 
— Personne d’autre ?
 
Une lourde et longue minute de silence s’appesantit sur la grande salle à manger dans laquelle tous les pensionnaires du château étaient réunis.
 
— Bien, dans ce cas je vais vous laisser, une longue route m’attend, déclara le fonctionnaire, tout en rapatriant ses feuillets, son encrier et sa plume dans sa sacoche en cuir.
 
— C’est tout ? Se surprit le chef de la famille d’Astruz.
 
— Je ne peux rien faire de plus, désolé.
 
Une fois le jeunot parti, les regards noirs d’Astruz se tournèrent vers moi. Les réflexions fusèrent comme autant de flèches sur un champ de bataille, ou plutôt dans un peloton d’exécution :
 
« Cela devait arriver… » « Nous savions tous comment vous le traitiez… » « Il n’en pouvait plus… » « C’est de votre faute… » « Pourrez-vous vraiment rester au Château après ça ? » « Pauvre Isabelle, si elle voyait ça… » « Quelle honte… » « Pourquoi… »
 
Plus tard, le très professionnel service des pompes funèbres se manifesta. Avec un soin infini, ils placèrent le corps désarticulé d’Arnold sur un brancard. Il ne demeurait qu’une sorte de petit cratère dans le gravier, maculé çà et là de sang séché, ainsi que des ardoises brisées.
 
« Petit homme, du début à la fin, nous ne nous sommes jamais compris… » me déclarai-je intérieurement, tout en retenant une larme.
 
C’en était fini désormais. Plus de projets, plus de château, plus de comtesse, plus de famille, plus de fils…
 
Je déambulai sans but dans les couloirs vacillants de l’édifice. Comme par remord, je me recueillis dans cette pièce le « Donjon » dans laquelle j’avais tant de fois puni Arnold. Je voyais ces murs et ces charpentes, comme il avait dû les voir pendant d’insoutenables heures.
 
Puis je remarquai un livret ouvert sur une table dans le fond de la pièce. Le coin de plusieurs pages avait été plié, je me pris à les arpenter.
 

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

 
  

 
 
Comprenant désormais pourquoi Arnold était grimpé sur le toit, et malgré toute l’indifférence que j’avais éprouvée pour cet enfant, je ne pus m’empêcher de fondre en larmes.
 
Tout avait été de ma faute… comme toujours.
3
Score : 2001
Qui aurait pensé que j’arrive aussi loin dans cette vie ?
Moi le sans famille, le sans ami ?
J’ai toujours mérité bien des regards,
Pas pour ma musique, mais pour mes pouvoirs.

Regards méfiants, regards défiants
Rares étaient ceux qui furent aimants.
Mais Astruz fut mon refuge
Alors qu’autour de moi, les insultes étaient déluge.

Je n’avais pas de nom, on m’en donna un
J’étais un enfant, ils n’en avaient aucun.
Et pour que perdure le nom dans les mémoires
Astruz me récupéra, perdu dans le brouillard.

Ils m’offraient des rêves et une maison
En échange, de mes capacités de téléportation.
Désormais je portais leur nom,
Et le faire perdurer était ma vocation.

Pour le prochain d’Astruz, je n’écrirais pas de mots
Car mon heure arrive, mais ce n’est pas trop tôt.
Je laisserai plutôt une de mes œuvres dans les pages du carnet
Afin que perdurent chez nous la musique et le sonnet.


Afin que perdurent chez nous, les rêves et l’espoir
Que personne n’entachera, ni Bonta, ni Brakmar…


"Oh… Voilà que je me remets à divaguer, il faut que je songe à arrêter de penser à tout cela."

Le vieil homme soupira longuement, il était fatigué et usé par son âge. Ses os lui étaient douloureux, sa magie faiblissait et son art commençait à lui demander suffisamment de ressources pour l’épuiser en quelques minutes. Assit dans le fauteuil de son riche bureau, il avait trouvé un carnet ayant appartenu aux différents membres de sa famille adoptive  et contemplait les quelques messages laissés par ces personnes du passé. Il devait s’être écoulé au moins deux générations depuis que le dernier message avait été déposé car il ne connaissait aucun des noms qui y étaient inscrits.

« Moi aussi je vais y laisser mon passage. Je vais y laisser mon message.»

Il ouvrit l’un de ses portails devant lui et un second au-dessus de sa pile de partitions située sur le bureau non loin. Il se sentait si fatigué, si loin de tout ce qu’il avait pu vivre.
Sa main traversa le cercle bleuté et reparu au bout de l’autre portail, il tendit les doigts et attrapa la première partition qu’il ramena jusqu’à lui.

« Voilà mon dernier morceau… Rien de comparable à ce que j’ai pu composer ou jouer par le passé, mais au moins j’arrive à jouer des merveilles, dans mes rêves… »

Il déposa la partition entre les pages du carnet et y ajouta sa signature : I d’Astruz.
C’était une partition toute simple, mais porteuse de sa ligne de vie durant laquelle il suivit ses rêves et attrapa la main tendue par la famille d’Astruz pour le mener jusqu’au jour où il la composa.
Un bruit raisonna au même moment, il provenait de la pièce du dessous. Quelques éclats de voix se firent entendre malgré les épaisses cloisons des murs.

« Lirya ! Qu’est-ce que tu as encore fait ?! »
 
La jeunesse était si douce, pensa le vieillard. Il laissa le carnet ouvert devant lui, et écouta la suite.

« Rien du tout, Mère ! »

Un léger silence s’empara de la maison mais les voix reprirent.

« Tu es incroyable ! Va chercher ton grand-père avec ton père pendant que je ramasse ce bazar. »

L’homme se dit que la petite saurait grandir dans les meilleures conditions, sa mère est sage, comme l’était sa douce. Elle avait la même fougue que lui et la même capacité à rêver. Il ferma les yeux en se disant que le monde était bien fait, parfois.
La gamine traversa la maison pour trouver son père et ils grimpèrent les escaliers menant au bureau du vieil homme et ouvrirent la porte. La pièce était vide, ils s’avancèrent et trouvèrent le vieux carnet ouvert sur le bureau.

« Oh, Papa ! Regarde, on dirait un carnet où l’on entrepose des secrets et des cartes au trésor ! 
-Ahahah, oui Lyria mais celui-là semble avoir quelques années et on dirait que personne n’y a touché depuis des siècles ! Allons plutôt manger, ta mère doit avoir terminé.
-Tu ne voulais pas me montrer quelque chose ici ?
-Non, je croyais que c’était toi qui voulais me montrer quelque chose. »

Ils sortirent de la pièce et refermèrent la porte laissant la pièce vide et le carnet à sa place.
Carnet qui n'aurait plus qu'à attendre que quelqu'un veuille y laisser une trace plus indélébile que son dernier détenteur.
3
Score : 1915

    Il pleut. Il pleut comme il pleut d’habitude un jour d’Octoillard. Les gouttes semblent disciplinées et glissent en harmonie le long des menuiseries de la diligence, comme muent par les vibrations du martèlement des sabots des bouftous. Pour le ciel, aujourd’hui c’est manteau gris, gris comme les yeux de l’unique passagère qui doit se fondre dans cette peinture inachevée. Un luth sculpté d’une étoile à neuf branches dans les mains, la disciple d’Octapodas donne vie à une lancinante ballade astrubienne. Les accords changent et résonnent dans un sourire mystérieux avec les courbes du chemin de terre. Chaque son est alors comme une étape, parfois légère, parfois grave et sombre. Ils disent tout ce jour-là, mais comme tous les autres jours, des centaines de pages ne suffiront pas à les réfléchir.

    Il pleut. Il pleut même à l’intérieur de la patache. Douce perle salée qui glisse jusqu’à s’écraser au sol dans le fracas silencieux des atomes qui s’éparpillent. Lirya pleure. D’abord silencieusement puis en éclats.

    Il pleut. Dehors, dedans : trop. Et à ce trop-plein douloureux, Lirya souhaite apporter une fin. Comme un point d’orgue sur des événements trop lourds pour une adolescente solitaire. Un père en mal de beurre nahoute, la liquidation judiciaire de l’entreprise de tisseranderie steamer familiale, la séparation douloureuse de ses parents, les pénibles procédures judiciaires qui s’en suivirent et qui n’étaient toujours pas clôturées… Sa demeure d’enfance, l’immuable château d’Astruz dont elle porte le nom, avait dû être vendue pour surmonter les difficultés économiques de la famille. Trop compliqué à entretenir convenablement, trop grand, trop de bons souvenirs impossibles. C’est pourtant à destination de ce lieu que la diligence était presque arrivée. C’est à ce lieu que Lirya avait choisi d’offrir le dernier accord de sa vie.

                                                                           * * *

    Personne pourtant n’aurait pu prédire le sort tragique de cette famille. Depuis quelques générations déjà la fabrication technomagique de textile avait offert à la lignée d’Astruz une position confortable dans le paysage entrepreneurial d’Amakna. La famille avait compté de nombreux talents, plusieurs figures s’étaient illustrées par leur fibre marchande et leur sens aigu de la négociation. D’autres avaient voué leur vie à l’ingénierie, aux sciences, et avaient en leur temps fait briller le blason familial par des inventions remarquables. De projets en inventions et d’inventions en ventes efficaces la maison d’Astruz avait démontré à quel point une famille pouvait être puissante.

    Mais même la plus puissante famille est fragile du caractère de ses membres. Et malgré une compagne des plus vertueuses Phil d’Astruz, le père de Lirya, avait réussi à consumer seul la gloire de son nom. Jaloux, compétiteur, il avait souhaité tout mené lui-même, sans jamais demander d’aides. Il s’était fermé à ses deux frères cadets, ne les retrouvant que rapidement lors des deux funérailles de leurs parents. Et quand les problèmes arrivèrent, lui à qui tout avait souri se retrouva démuni. A vouloir atteindre les étoiles par la seule force de ses bras ils se les étaient brûlés et aujourd’hui de l’empire Astruz ne restait que des poussières. Poussières aussi son heureuse famille. Petite poussière d’étoile sa fille Lirya…

                                                                         * * *

    En voyant se dessiner au loin la silhouette de son nid d’enfance, Lirya ne put réprimer un nouveau sanglot. Elle se sentait seule, incomprise par ses parents. Elle n’en pouvait plus de la culture du résultat à laquelle son père était borné, ni du mutisme et de l’effacement de sa mère. Elle n’avait plus de soutien quand elle subissait un échec. Elle n’avait plus aucune foi en sa famille.

    Arrivée à une centaine de kamètres du château elle paya Mécène le cocher pandawa de la diligence et mit pied à terre, serrant toujours son instrument dans les bras. A l’arrière du véhicule elle récupéra une cage abritant un tofu aux plumes gonflés par la pluie et une lourde corde d’escalade. En faisant le tour du bâtiment elle comprit tristement que sa besogne serait plus simple à accomplir que ce qu’elle s’était imaginée. Le nouveau propriétaire n’occupait pas les lieux. Pire, le château semblait laissé à l’abandon depuis plusieurs mois. La jeune steameuse n’eut aucunes difficultés à déverrouiller l’épaisse porte en chêne et à s’introduire comme une voleuse dans son ancien chez-soi. Elle avait morbidement pensé à tout. Elle monterait directement au grenier, pièce la plus haute de plafond de la bâtisse car directement sous le charpente que les architectes avaient voulue démesurée. Là elle déferait la corde, l’entrelacerait suivant un nœud en queue de Moon gansé, la placerait au niveau de la poutre juste en dessous de l’unique fenêtre, juste au-dessus d’une chaise. Elle lâcherait alors le tofu, porteur d’une note déjà rédigée destinée à sa mère. Puis…

    Lirya se répétait ce scénario en gravissant l’escalier puis en poussant la porte grinçante du grenier quand la vue d’un objet déconcentra ses pensées macabres. Un simple carnet. D’un vieux cuir sombre, tanné et rongé par le temps, par le poids des années et des générations se succédant en ce lieu. Elle avait déjà noté sa présence une fois. A l’époque où elle était encore une gamine qui s’amusait à joueur aux ripates avec les vieilleries de cette grande demeure. La jeune femme s’approcha et d’un souffle fit s’envoler les pelotes de poussières qui avaient recouvert l’ouvrage. Curieuse et oubliant un instant la raison fatale de sa venue elle fit tomber la première de couverture. Les quelques mots concluant le petit laïus du premier possesseur du carnet lui arrachèrent une mine désabusée : « Surtout, n’oubliez pas : c’est dans notre famille qu’on trouve les meilleurs soutiens. » Foutaises, se dit-elle. Elle se remit à pleurer. Et pleurer encore l’agaçait. Dans un geste de colère elle fit valdinguer la table sur laquelle reposait le carnet. La table s’écrasa bruyamment contre d’autres objets en bois et fit s’effondrer une caisse qui était restée dans un équilibre instable depuis de longues années. Et de ce fourbi s’envola une feuille, une partition, qui retomba doucement aux pieds de Lirya. Elle semblait provenir du carnet, une page volante glissée là par un ancêtre, qui semblait plus que nulles autres avoir une destinée propre : atterrir dans les mains fébriles d’une descendante en détresse.

    La suite ne peut être racontée mais vécue. Elle relève d’un miracle qui ne prend sens qu’en lisant les mots que Lirya elle-même écrira dans ce fabuleux carnet. Elle joua et chanta le morceau de son grand-père adoptif Ilamaï, elle comprit que son luth était celui d’une ancêtre mélomane du nom d’Ophélie, elle passa la soirée, puis la nuit à la lueur d’une bougie à lire les lignes écrites par tous ses parents de la famille d’Astruz. Elle découvrit des destins tragiques, plus que le sien, mais aussi l’origine de son dessert préféré que lui cuisinait sa mère petite. Elle lut des paroles réconfortantes et des mots emplis de sagesse. Sa famille était si riche de vies et de rêves ! Il y avait des chasseurs, des soldats, des inventeurs, un prêtre, une comtesse, des musiciens et musiciennes, des paysans aux dictons sur le labeur et des tisserandes aux vœux inspirés…une fresque immense de destins ! Cette nuit d’automne, Lirya refusa de mettre un terme à sa vie mais plus encore elle réalisa la force dont elle était l’héritière et par laquelle elle pourrait mener tous les projets qu’elle rêverait. Elle devint femme.

« Rêve de demain comme si c’était le plus beau jour », une parole sibylline pour qui l’entend en passant mais un pilier de vie pour cette jeune âme renouvelée...

                                                                        * * *

    Des années plus tard, d'une main désormais fébrile de vieillesse, Lirya sortit une plume de tofu frisée et sourit en écrivant dans le carnet sa pensée :

« Toi, homme ou femme de notre famille d’Astruz, ma fille, mon petit-fils, ma lointaine descendante…souviens toi que tu es la somme de tes ancêtres. Plus un. Sois fidèle à ta famille, n’oublies pas ton frère, ta sœur, tes parents… Tu portes ce nom que beaucoup ont respecté. Ce nom c’est ton sang, mais ce n’est pas ton cœur. Sois toi, grâce à nous. Et nous serons grâce à toi. »              

2
Score : 108

Introduction :

Noximillien est un jeune xélor, née en 630, âgé de 18 ans, dernier fils de la célèbre famille Needle, cette famille très réputée pour être l'une des plus anciennes de bonta, qui aurait même connu l'ancienne époque, avant même la création des cités.
Ce jeune xélor eu déjà entendu des rumeurs parlant des origines de sa famille, ainsi que les origines et les secrets des cités, tout cela serait rédigé dans un opuscule perdu ou en tout cas ce qui paraît être. 

 ***
-Noxi, Noxi s'il te plaît, on va chez toi, je parie qu'il y a beaucoup de choses à faire.

Comment lui résister, elle est si belle ...

-Bon allé, allons-y

Éliana et moi entrons au sein de la maison familiale, sa longue et soyeuse chevelure rousse flottait, son parfum réveillait cette maison qui pouvait paraître si lugubre que l'on pouvait la confondre avec l'une des vieilles maison de boucher de Brâkmar

-Noxi, tu veux bien me montrer ta chambre ? J'aimerais bien voir comment est ton monde, comme ça, je pourrais en savoir plus sur toi.

-Mmm, je ne sais pas. 


C'est vrai que je suis assez timide sur ce qui touche à mon monde, d'autant plus que ma chambre sont les anciennes combles, mais n'avait-elle qu'à passer sa douce main dans ses cheveux qu'elle me faisait craquer et me transporter sur un nuage de douceur.
Atteignant enfin ma chambre, je bouscule doucement la porte d'entrée sur laquelle est gravé "Interdiction d'entrer", Éliana apercevant ces mots, se mit à rire, mais même son rire qui était si singulier me faisait perdre la tête. 
Nous nous asseyons sur mon lit, dans un silence qui me terrifie, je me tourne vers elle, et à ce moment nos lèvres se collent les unes contre les autres.
Gêné, n'osant plus la regarder dans les yeux, je rougis involontairement, je me décale hâtivement, tombant sur le vieux plancher de ma chambre.

Soudainement, une latte cède, un reliquaire revêtu d'or et de pierres précieuses paraît, chamboulé par ce qui venait de se produire, je ne fis pas attention directement au reliquaire, je me relève, Éliana interloquée par ce coffret tends les mains pour le retirer de sa cachette.
N'osant plus la regarder, je détourne le regard, malgré ses interpellations récurrentes, elle se rapproche de moi, et me dépose un bref et doux baiser sur ma joue, elle me prit la main, et me demanda.


-Noxi, tu sais qu'es ce que c'est ? Ça semble très vieux, et je crois qu'il faut une genre de clé.

Je m'interroge, que peut être ce reliquaire, je m'approche de celui-ci et je remarque que des inscriptions en une langue ancienne y sont annotées, j'attrape rapidement mon livre parlant des anciennes langues, l'ouginak ancien ? Non, le saharachien antique ? Non, mais quel peut être cette langue, tout d'un coup de m'écris.

-J'ai trouvé ! C'est un dialecte anciennement utilisé par les premiers xelors !

-Ah et qu'es ce que ça dit ? 


Je tourne lentement les pages du livre en analysant les caractères inscrits sur le reliquaire.
Alors il est écrit "La relique des Needle, seul les descendant de cette famille ont les capacités d'ouvrir Pandora."

-Pandora ? C'est quoi ? Ça dit que ce sont les reliques de ta famille, tu penses que ça explique toute l'histoire son histoire ?

-Je ne sais pas, c'est la première fois que j'entends parler de "Pandora", et pourquoi, c'était caché ? 

-Ouvrons-le ! Comme ça, on saura peut-être ce qu'est Pandora.


La jeune iop prend le coffret, et tente de l'ouvrir de force, mais rien à faire, il ne cède pas malgré la force de la jeune milicienne.

-Attends Éliana, il est écrit que seul un membre de ma famille est capable de l'ouvrir, et cette forme de serrure, je ne pense pas que ça doit être une clé ordinaire. 

Je me perds dans mes pensées, regardant mon fidèle cadran qui était mon complice depuis de nombreuses années, espérant qu'une illumination me vint, soudain dans son reflet, j'aperçois une aiguille, mon ancienne aiguille de combat que grand-père m'avait offert pour mes 10 ans, dans un élan d'espoir, je me dis qu'il vaut mieux tenter.
J'agrippe la vieille aiguille rouillée, je tente par tous les moyens d'insérer l'extrémité dans la serrure, un bruit métallique s'apparentant à un déclique de cadenas se laisse percevoir.
Le reliquaire s'ouvre laissant s'échapper une lueur mordoré qui s'empresse d'envahir la pièce, lorsque le flash pris fin, je retrouve Éliana collé à moi, totalement effrayée, ce qui n'était pas à son habitude, je la regarde d'un air surpris, mais surtout émerveillé par cette beauté en ce moment. 


-Tu n'as rien ? Heureusement que mes bandages me cachent une partie de mes yeux.

-Oui, ne t'en fais pas, mais ne t'avise pas de le répéter aux autres que je me suis collée à toi, enfin comme si je pouvais avoir peur.


J'acquiesce pour lui faire comprendre qu'à mes yeux ça paraissait mignon et qu'évidemment je ne ferais rien qui puisse salir la réputation de celle que je considère comme mon âme sœur. 
Je regarde le contenu du reliquaire, celui-ci ne contient qu'un vieux manuscrit, j'ouvre la première de couverture, tout à coup, je m'émerveille en feuilletant ces pages remplies d'annotations de dialectes et d'époques différentes, des schémas, mais une chose, une unique chose attire plus mon attention que les autres, ce n'était certes qu'une page qui ne semblerait être commune parmi les autres, mais en réalité elle évoque une incantation liée au dieu xélor.
Je traduis cette incantation en subvocalisation, mais ne venant juste de finir de lire, une lumière éclatante sort du livre et nous emporte, Éliana, mon cadran et moi muni de mon aiguille dans une plaine paisible, ou des bouftous se baladent, où les moskitos volent et que leurs battements d'ailes soit audibles, aucune ville en vue, mais en scrutant l'horizon, des impressions de déjà vu me parviennent. 


-Dis-moi, Éliana, ça ne te rappelle pas quelque chose cette plaine ? Une plaine proche de la mer, ça me fait penser aux plaines de cania, tu sais celles qui ne sont pas loin de bonta, mais ou sont les remparts ?

-Mmm, c'est vrai qu'en y réfléchissant bien ça me semble aussi familier, je pense que trouver une personne habitant pas trop loin, pourrait nous indiquer la route pour rentrer.

Nous nous dirigeons vers le nord en utilisant le soleil, tout le monde sait que l'île des wabbits est surnommé "le pays de la cawotte wayonnante" et donc que le soleil montre l'est le matin et l'ouest l'après-midi, mais cette "téléportation" n'aurait-elle pas modifié notre temporalité ?
Nous nous dirigeons donc vers ce qui semble être le nord, en tout cas si le temps n'a pas changé.


-Noxi ? J'espère qu'il n'est rien arrivé à bonta. 

-Je l'espère aussi, je ne sais pas trop ce qui s'est produit, mais à ce que j'ai compris ça serait une incantation offerte par Xélor lui-même.

-LE DIEU ?!


-Oui, c'est ce qui était annoté.

Nous trouvons au bout de quelques minutes, qui nous semblaient des heures un paysan, travaillant la terre, nous nous empressons vers lui pour lui demander où se situe bonta, mais clairement, il ne semblait pas comprendre.

-Bonta ? Ch'est quoi ch'te kose ?

-Mais bonta, la grande cité, la cité blanche !

-J'vois pas c'que vous v'lais dire, j'mais entendu parlé, par contre Brâkmar, c'est par là.


Le paysan nous montre la direction dans laquelle nous marchions auparavant.

-Donc ça veut dire que l'on s'est orienté vers le sud, et en quelle année sommes nous ?

-V'êtes bien b'zarre vous les gens des villes, on est en l'an 25, mon p'tit. 

-QUOI ?! Noxi, on est remonté dans le temps, qu'est ce que l'on va faire ?


Dès lors on découvrit que l'incantation servait à remonté dans le temps.
Je m'empresse de régler mon cadran pour connaître avec précision l'heure et nos coordonnées.

-Ça veut dire que l'endroit où l'on est apparu devait être là où est Bonta tel que nous la connaissons.

Ainsi, nous faisons demi-tour et décidons de retourner à l'endroit ou nous sommes apparu dans l'espoir de trouver un moyen de rentrer dans notre époque.
Arrivé à l'endroit ou nous sommes apparu, nous retrouvons le sol légèrement brûlé par la téléportation, nous décidons de construire un abri proche de ce lieu, exactement aux abords du bois de litneg, notre abri était certes mince, mais il nous permettait de tenir à l'abri d'une éventuelle pluie, et des agressions des mulous. 

Arriva la nuit, le ciel étoilé laisse entrevoir des flux de wakfu, ce spectacle est juste sublime, malgré que nous ne sommes pas en notre époque originelle, être en compagnie d'une femme telle qu'Éliana et ce spectacle splendide pourrait faire oublier n'importe quel évènement.
Inopinément, le ciel commença à laisser imaginer des formes, au-dessus du lieu de notre arrivée, trois silhouettes se dessinèrent petit à petit à l'horizon ainsi qu'une aura provenant du ciel, cette aura qui me semblait si familière, vint à prononcer ces mots. 


-DISCIPLES, COMBATTEZ DJAUL, ÉRIGEZ UN LIEU DE RÉSISTANCE, UN LIEU REFLÉTANT LA PUISSANCE DES MIENS ! 

Les trois ombres se distinguent de mieux en mieux, d'ici, je reconnais enfin Jiva, Pouchecot et enfin Ménalt, cela veut dire, Non ce n'est pas possible l'aura que j'ai ressenti serait donc ... Xélor ?
À l'aurore, les fortifications de bonta se voyaient déjà bâti, Éliana et moi, nous nous avancions vers ceux-ci et nous nous inclinons devant ces trois personnes emblématiques. 


-Bienvenu à vous jeunes gens, nous sommes désolé pour le désordre nous bâtissions la future cité de l'espoir.

-Dame Jiva, aidez nous, nous ne sommes pas de cette époque, nous provenons de 648.

-Comment ?! Par Xélor comment vous êtes vous retrouvez ici ?

-Connaissez-vous les Needle ? Ma famille avait enfermé un manuscrit dans un reliquaire, certaines inscriptions parlaient de "pandora", et une incantation y était annoté, une incantation que Xélor aurait offert à ma famille des siècles auparavant.


-J'ai eu connaissance d'un recueil que Xélor aurait érigé en personne pour son fils, il paraîtrait que les sorts y étant inscrits sont d'une puissance qui pourrait égaler celle des dieux. 

Son fils, cela voudrait-il dire que mon aïeul serait le descendant du dieu Xélor en personne ? Mais ça veut dire que je serais de même l'un de ses descendants.
Jiva perçoit ma vieille aiguille rouillé, elle me demande si cela appartient à ma famille.


-Oui, elle est dans ma famille depuis son origine en tout cas à ce que mon grand-père m'a dit.
-Sais-tu qu'elle appartient ou plutôt appartenait à Xélor ?


Ce fut un choc, j'apprends que je suis un descendant du dieu Xélor, et que ce que je considérer comme une vulgaire aiguille rouillée était en réalité l'une des aiguilles de xelor, la pauvre elle à mal vécu les siècles.

-Pour rentrer chez toi, il ne te restes plus qu'à retrouver le détenteur du carnet de cette époque, en espérant qu'il puisse te faire rentrer à ton époque. 

Nous nous mettons en quête de trouver mon aïeul, mais je me rendis rapidement compte de mon erreur, si mon ancêtre était le fils de Xélor, il ne devait pas vivre sur le continent Amaknéen, et grand-père ne m'avais jamais dis comment franchir le portail vers Xelorium, certes, je l'ai déjà vu franchir un grand nombre de fois, mais je ne connaissais ni l'incantation et je doute que je sois assez puissant pour ouvrir un portail capable de faire franchir 3 personnes.
Mais qu'aurais-je à perdre, j'use de toutes mes forces pour créer un semblant de portail, en baragouinant une incantation douteuse, mais par miracle, on dirait qu'elle fonctionne, aurais-je vraiment réussi, je n'eu pas le temps de savoir plus de temps, je m'évanouis, Éliana m'agrippa et pris mon cadran et s'élança dans le portail sans hésiter.
Quelques minutes après être arrivé en Xélorium, je repris quelques forces, mais strictement pas suffisamment pour marcher et me battre, j'entends des bruits d'épées, de combats, je vois Éliana se battre contre des Éklatleth, des Brikablak, des Farfacettes et des Gromorso.
Le combat semble durer depuis de longues minutes, je pense qu'ils ne se sont pas pris à moi croyant que j'étais mort, mais que puis-je faire dans cet état, mais je ne peux pas la laisser seule face à eux, je pris mon aiguille, j'envoie mon cadran au loin, ouf de justesse, j'ai réussi à lancer une téléportation qui nous à prit nous 2, enfin à l'abri, nous prenons quelques minutes pour nous reposer.
Un jeune couple de xélor marchent non loin de nous, et nous ramènent chez eux, ils habitent peu loin de l'avant-poste, le jeune xélor alors peu aussi âgé que moi m'interpella dès mon réveil. 


-Comment as-tu eu ceci ? Réponds !

Je lui explique toute l'histoire, cette personne était mon arrière arrière arrière arrière arrière arrière arrière arrière arrièregrand-père, Xolian Needle, le premier détenteur du manuscrit et le premier gardien de "Pandora", celui-ci m'explique que Pandora est le reliquaire maudit, notre famille possède certes un secret et des capacités égalant ceux des dieux, l'avidité du monde était trop dangereux pour ne pas s'en soucier, il décida qu'il serait préférable de nous renvoyer immédiatement au sein de notre époque.

-Noximillien ? Tu es là ? Ça fait des heures que je t'appelle, qu'es ce que tu fais cloîtrer dans ta chambre, tu n'as pas vu Éliana aujourd'hui ?

Ma tête me fait atrocement mal, peu de temps après avoir repris connaissance, je vois allongé sur mon lit cette jolie iop rousse, je répondis d'une voix basse.

-Si maman, désolé, on s'était endormi, on descend toute à l'heure.

-Ah, tu as enfin décidé de la faire entrer, à toute à l'heure.


Je prends ma plume de tofu, je la trempe dans mon encrier, et j'écris au sein du livre, sur l'une des pages griffonnées par mes ancêtres, " Nous la famille Needle, descendant de Xélor, avons pour responsabilité de protéger ce manuscrit, il est de notre devoir de perpétuer la protection de cette relique divine "
Je range le manuscrit dans le reliquaire, je le replace où je l'ai trouvé, et j'utilise mon rauleback pour réparer la latte, je m'approche d'Éliana, je la réveille tendrement.

-Tu as bien dormi ?

-Noxi ? On est rentré ?

-Oui, enfin, maman te propose de manger avec nous, tu veux bien ?

-Après tout ce qui s'est passé, j'ai une fin de mulou arragé !


Nous descendons les marches d'escalier comme si rien ne s'était passé, mais cette aventure à consolider les sentiments que j'éprouve envers Éliana, enfin, je crois qu'elle me connait assez, je vais enfin pouvoir  avouer mes sentiments à Éli. 
1
Score : 1963
- Il n’y aura pas de musique de sauvage dans cette famille ! Ceci n’est pas ouvert à la discussion !
- C’est toujours pareil avec vous de toute façon !

Ces dernières paroles annonçaient systématiquement le même refrain acoustique. D’abord le crescendo rapide d’un tambour de pas battant le plancher au rythme reconnaissable de la contrariété, un temps de silence, puis un claquement de porte venant sonner la fin du morceau.

Désormais enfermé dans sa chambre, Naslero tournait en rond au moins autant que ses pensées. Il y avait finalement peu à réfléchir mais un constat s’imposait : aussi familière qu’était la mélodie familiale du dénigrement de ses ambitions artistiques, elle ne lui était toujours pas agréable à l’oreille !

Mais pouvait-on vraiment blâmer ses parents ? Car leurs oreilles aussi devaient supporter des choses désagréables : les chansons de leur fils ! Autant que leur situation financière bancale pouvait le permettre, ils étaient pour la musique. Quelques cours de piano, apprendre le solfège, étudier la composition… mais déblatérer des inepties sur quelques notes dissonantes répétées en boucle, ce n’était pas de la musique. Et, dans tous les cas, il était pour eux hors-de-question d’en faire profession.

Qu’ils pissent dans un violon ! Naslero ne l’entendait pas de cette oreille. Il serait un artiste. Il fallait juste qu’il trouve un moyen d’avoir le soutien de ses parents ou en tout cas qu’ils cessent de lui mettre des bâtons dans les cordes vocales. Et il avait peut-être bien une idée !

Naslero s’empara d’un manuscrit familiale qui trainait sur une étagère de sa chambre. Il avait repéré ce bouquin depuis un moment mais ne l’avait exploré que timidement. Cet ouvrage, qui rassemblait les témoignages de ses nombreux ancêtres, ne pourrait que l’aider dans sa tâche. En effet, ses parents étaient fermement attachés aux « valeurs familiales » - pour le peu que cela signifiait. Le passé des Astruz leur permettait de prendre congé d’une réalité déplaisante à travers un historique plus glorieux.

Le jeune artiste incompris et boutonneux parcourut les pages. L’excitation le gagna très rapidement car tout ce qu’il lisait allait dans son sens. Les mots semblaient lui être destinés et avoir traversé les générations pour lui être directement adressés à ce moment précis ! Les encouragements, les traces artistiques mais aussi les incitations à ne pas respecter les règles, à suivre ses rêves, à être fier de sa famille… S’il tirait quelque chose de tout cela, il pourrait définitivement convaincre ses parents !

Il fallait quelque chose qui s’inscrive dans la lignée des Astruz, qui prolonge leur histoire, qui la grave dans le temps, qui les représente… un hymne ! Déjà les idées lui venaient pour la musique : du violoncelle ! Peut-être même quelques notes et vers issus de cette partition poussiéreuse !

Naslero prit une plume et, alternant entre une page vierge et celles d'où il puisait l'inspiration, il commença à rédiger les paroles.

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

Les darons voudraient pas que j’fasse et chante un hymne des Astruz
Pensent qu’j’arrive jamais à rien avec mes rimes désastreuses
Mais dire que chez nous y a pas d’artiste, voilà une vaste ruse
Surtout qu’chez nous respecter toutes règles : c’est absurde

J’porterai nos valeurs jusqu’à Taverne du Bwork qui Crache
Château sur colline, seul contre tous, chez nous pas d’lâches
Enfoiré se croit ble-no car a enfanté d’Astruz
Moins d’égard pour son fils-euh que pour la pire des partouzes

J’peux te dire qu’sur nos collines on ne chassait pas que le blop (et)
Pour vérif’ sans empalement il valait mieux galop(é)
Au fourneau les ennemis je les découpe quatre par quatre
Tels bananagrumes ils finiront dans une tarte

T’oppose pas résiste pas et surtout fais pas le con car
Plus d’une invention pour t’plier comme un miroir concave
Sur la route je traque je rêve je crée mon propre bonheur
La famille et les ancêtres sont mes seuls porte’-bonheurs
Le jeune artiste referma le livre, satisfait. Allait-il vraiment avoir le courage de porter cette chanson au monde des Douzes ? Faire la tournée des tavernes ? Cela aurait-il une conséquence sur la situation de sa famille ? Après son argent, la noble lignée allait-elle maintenant perdre sa crédibilité avec l’un de ses membres qui déblatère un texte grossier sur une musique sauvage et le tout en criant haut et fort que c’est l’hymne des Astruz ?

Les messages d’encouragements et les citations inspirantes avaient-ils finalement traversé les générations pour conduire à un peu plus de ruine pour la famille ? Ou était-ce le début d’une nouvelle ère pour les Astruz ? Une ère où ils embrasseraient enfin la fibre artistique qui était en eux tout ce temps ? Une ère où ils brilleraient de nouveau parmi les étoiles  ? Seul l’avenir le dirait.


[HRP] Voilà pour vous en bonus/complément : https://soundcloud.com/user-971383611/lhymne-des-astruz-lhymne-desastreux (version feat Khamelot <3)
Retrouvez bientôt mon album "Ni flow ni micro" chez votre marchand de boule quies. [HRP]
2
Score : 334

- C’était une belle cérémonie, n’est-ce pas ?


L’homme, tout de noir vêtu, faisait mine d’essuyer une larme tandis qu’il hochait amicalement la tête face aux différents individus qui défilaient devant ses yeux.


 - Oui… merci… oui. Au revoir.


 - C’était une belle cérémonie, n’est-ce pas ?


Au loin le fracas du tonnerre se faisait entendre. « Quelle idée d’avoir fait un service en extérieur, pensa-t-il tout en continuant sa mécanique de chacha porte bonheur. ».


 - C’était une belle cérémonie, n’est-ce pas ?


Enfin il ne restait plus personne pour tenir compagnie à l’imposant cercueil en bois d’aquajou. Personne, voilà le mot. Aucun membre de la famille n’avait fait le déplacement ou ne s’était manifesté. Sans doute l’individu allongé dans la caisse devait être le dernier de sa lignée, sans doute que…


 - C’était une belle cérémonie, n’est-ce pas ? lui demanda Antonin, non sans se moquer.


 - Quelle musique ! Haha, sans rire.


 - Oh, laquelle ? Certaines n’étaient pas si mal, non ?


 - Oui… c’est vrai, oui. Faut croire qu’il y avait des talents dans cette famille. Tu savais que les musiciens ont utilisés des partitions et des annotations trouvées dans le carnet du défunt ?


 - Celui qu’il tenait dans ses mains ? On m’a dit qu’il a fallu lui arracher des doigts pour l’extirper, littéralement. Il devait y tenir… enfin, s’en soucier. Pourtant les croques n’ont rien trouvé avec de la valeur là-dedans. Mais bon, tu sais… Enutrof un jour.


 - Attention à ce que tu vas dire ! Bon, on remballe tout ?


Le crissement de la poulie offrait une douloureuse mélodie de fin à ce corps mis en terre. Les deux hommes restèrent encore quelques instants immobiles, observant d’un œil fatigué la fin de leur journée.


 - C’était quand même une belle cérémonie. Dommage qu’on ait encore du faire appel à des locaux. Qui c’était déjà, le défunt ?


 - C’est… sur la pierre, c’est écrit. D’Astruz. Bonhemel d’Astruz, « que tes rêves t’accompagnent pour l’éternité ». Une phrase qu’on a trouvé dans le carnet je crois.


 - C’est tarte à la crème et aux bananagrumes ça, s'esclaffa le maître de cérémonie tout en pensant que jamais personne ne lui avait dit quelque chose d’aussi attentionné. Vous l’avez encore ce bouquin ?


 - Hum, non. La banque est venue tout récupérer. Il avait des problèmes d’argent je crois, pleins de dettes… la banque a tout saisi. Elle va faire une vente aux enchères des biens dont il disposait.


 - Et merde, voilà qu’il pleut.


******************************





 - Trente-cinq kamas une fois, trente-cinq kamas deux fois, trente-cinq kamas trois fois ! Adjugé vendu pour Madame au troisième rang. Vous allez pouvoir jouer de jolis morceaux avec votre beau luth !


La salle des enchères était pleine à craquer. A la nouvelle de la mort du dernier membre de la famille d’Astruz personne n’avait sourcillé. Mais à celle de la vente des derniers biens d’une famille aussi ancienne…


 - Qu’avons-nous maintenant ? Un très beau violoncelle… eh bien, décidément nous avons tout pour faire plaisir aux mélomanes. Alors, oui… oui, en bois d’If, fabriqué en série limitée par André Amita en personne dans son atelier à Bonta…


Les ventes s’enchaînaient assez vite : tissus de soie, collection de poussières d’étoiles, plans d’architecte, partitions de musique, tout y passait, même le temps. Pour autant la foule réunit dans la salle semblait attendre quelque chose d’autre.


- Oh oh, minauda la commissaire en observant l’annonce du bien suivant, je sens que celui-ci va vous plaire ! Il devrait arriver très vite, mais je peux vous dire d’avance que c’est un petit bijou ! Oh ça oui, un anneau sculpt…


De l’autre bout de la pièce, le préposé aux objets s’était mis à faire de grands gestes à l’attention de la chargée des ventes.


- Scu...lpt...é, je disais sculpté. Quoi ? Mais enfin quoi ? Il faut parler si vous avez quelque chose à dire !


L’air gêné de déranger ainsi le déroulé de la liquidation publique l’homme s’avança d’un pas rapidement ridicule.


- C’est que… la bague… enfin, l’anneau… le bijou, on ne le trouve plus. Il était là, puis… plus là. Pouf, il a disparu. Je…


D’un regard glacial la commissaire lui fit comprendre qu’il devait se taire, puis, d’une bouche professionnelle elle chercha à reprendre le contrôle de la situation.


- Disparu… de la réserve, oui ! Mais vous allez le retrouver sans faute, il peut pas se cacher bien loin ! Ce n’est pas grave, non, non, dit-elle en s’adressant tout sourire à la salle. Nous reviendrons sur ce bien plus tard, voulez-vous. Voici un ouvrage très ancien. Un héritage familial, semble t-il, qui n'a pas disparu temporairement puisqu'il je le tiens dans mes mains ! Alors, oui… oui, une étoile à neuf branche gravée sur sa couverture en cuir… un intérieur remarquablement bien conservé, à quelques exceptions près. Il semble retracer la lignée de la fameuse famille d’Astruz tout en offrant une farandole de mots doux, affectueux et à caractère stimulant ! Le prix de départ est fixé à… cinq kamas. Cinq kamas ?


Un silence de mort s’était assis sur chacun des bancs de la salle.


 - Il est… robuste, bien épais. Laissez moi vous en lire des extraits. Oh, un poème, s’extasia la commissaire-priseur. Hum hum alors « Château sur colline, seul contre tous, chez nous pas… d...’lâches… Enfoir... ». Hum, un recueil tout à fait original, c’est certain ! Le prix de départ est toujours à cinq kamas. Oh, voilà une note qui mentionne une relique divine ! Si j’étais vous je n’hésiterai plus une seule seconde !


Enfin les messes basses semblaient commencer à retrouver leur place. Au bout de quelques instants une main d’homme se leva, non sans faire part de son mécontentement.


 - Nous avons un preneur ! Oh, écoutez donc cette merveilleuse phrase : « souviens toi que tu es la somme des tes ancêtres ». C’est be… six kamas à Monsieur du premier rang ! Douze ! Douze kamas ! Une fois, deu… cent vingt, cent vingt kamas une fois, deux foi… écoutez, écoutez, on dirait une partition ça donne « la… sol, hum… fa ? Sol...F... » trois cent kamas !


La salle s’était réveillée. Ce carnet avait quelque chose d’inexplicable, d’intrigant. A chaque nouvel extrait prononcé une main se dressait. « Chercher son propre bonheur n’est pas égoïste » ? Un sourire se manifestait. « Ne suis pas les règles pour ce qu’elles sont » ? Un doigt se déliait.


 - … deux fois, trois fois ! Adjugé vendu pour deux cent vingt mille kamas ! Vous pourrez venir récupérer votre acquisition au service retrait, Monsieur. Par les Divins, quelle vente !



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Pas un regard lorsqu’il lui a tendu le recueil. Pour ne pas changer… Pas même un petit mot. Un peu plus et l’on aurait pu entendre l’agacement siffler par les oreilles de son père.Louna avait l’habitude mais chaque fois qu’elle constatait l’ennui qu’elle provoquait chez ses parents elle se sentait mourir encore plus. Pourtant ne venait-il pas de lui faire un beau geste aujourd’hui en remportant l’enchère sur ce carnet qu’elle voulait obtenir ? Certes. Mais après tout, si son père l’avait emmené avec lui à cette vente, ce n’était que pour se débarrasser de la dérangeante phase « cadeau d’anniversaire ». Et vu le prix du cadeau Louna savait qu’elle devra faire l’impasse sur un éventuel gâteau.


 - Tu vas où ? demanda sèchement Mme Debreuz à sa fille, qui montait quatre à quatre les marches de l’escalier. Oh celle-là, aussi sourde qu’une moumoule !

 - Elle a eu son cadeau, c’est l’essentiel non ?


En bas, au salon, les deux parents approuvaient mutuellement le résultat fructueux de cette journée. En haut, dans sa chambre, Louna empilait des livres pour se créer un escabeau. Le bras tendu elle réussit à atteindre la petite ficelle qui gardait précieusement l’entrée du grenier. Personne dans sa famille ne s’était aventuré dans cette pièce, trop sombre et étriquée pour satisfaire leur luxueux désir de grandeur. « Tire la ficelette et l’échelle cherra » pensa Louna, les yeux pleins d’étoiles. Comme par magie la trappe s’ouvrit et laissa apparaître de quoi grimper.
 

Le grenier n’était pas très bien aménagé mais il y avait tout ce dont la jeune fille ressentait le besoin. Presque tout. Bientôt tout. A peine montée Louna ouvrit son sac-bouftou, cadeau d’anniversaire d’une époque lointaine, et en sortit l’ouvrage que son père venait du lui acheter. Délicatement, comme mue par l’attribution d’une mission divine, elle le déposa sur l’unique table de la pièce. Sa couverture était rugueuse. Assombrie. Ce devait être un joli carnet, fut un temps. L’intérieur était effectivement bien conservé, l’écriture de chaque auteurs semblait ressortir dès qu’un œil était posé dessus.Une heure passa, puis deux. Au bout de quatre heure de lecture Louna releva la tête et ferma les yeux. Là encore les mots du carnet défilaient partout autour d’elle. Comme… comme s’ils avaient une âme. Les paroles étaient rassurantes, aimantes. « Astruz… Debreuz… qu’importe le nom » pensait Louna.


 - Que l’on soit d’Astruz ou d’ailleurs, souffla-t-elle tout bas, la famille n’est rien, rien si ce n’est ce qu’on a choisi qu’elle soit.


Pour la première fois depuis longtemps Louna rayonnait. « Merci de m’accueillir, d’être là pour moi. Un jour, le bon jour, je serais être présente, pour vous… pour nous » se dit-elle avant de refermer le carnet et de regagner sa chambre, laissant précieusement entreposé son nouveau foyer bien au chaud dans le grenier.
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