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[Animation] Récits d'Invention #3 : Vous feuilletez quelques pages...

Par maloranran - ABONNÉ - 06 Mai 2018 - 19:02:12


Vous poussez la porte du grenier de la vieille demeure familiale. Dans un grincement, la pièce vous apparaît, aussi sombre que dans vos souvenirs. Des enchevêtrements de meubles en bois aux formes étranges et de caisses empilées font de la pièce un véritable labyrinthe. Chaque objet est probablement passé entre les mains de bon nombre de vos ancêtres, et renferme certainement des histoires plus folles les unes que les autres.

En vous avançant, alors que vous manquez de justesse de vous faire empaler par un pied de chaise, vous pouvez enfin apercevoir l’unique fenêtre de la pièce. Malgré la saleté qui encrasse les carreaux, elle laisse passer un faisceau de lumière pâle dans lequel virevoltent d’épais grains de poussière. Sous l’ouverture, un espace dégagé accueille une table en bois verni et un tabouret tiré, qui semblent n’attendre que vous.

Vous avisez enfin le carnet relié de cuir sombre qui trône bien en vue sur le meuble. A sa place habituelle, celle où vous l’avez trouvé chaque fois que vous avez eu envie de le consulter. Une fois la couverture soulevée, quelques mots s’étalent sur la première page. « A mes descendants, je vous lègue, en plus de mon anneau, ce carnet, afin qu'il soit une source d'inspiration pour vous tous, un espace où chacun puisse un jour s'exprimer librement. Apprenez des expériences de vos ancêtres, et confiez quelques mots à votre prochain. Surtout, n’oubliez pas : c’est dans notre famille qu’on trouve les meilleurs soutiens. »

Dans le grenier, pas un bruit. Vous avez tout le temps du monde pour enfin ajouter votre touche personnelle à ce précieux héritage familial. A moins que vous ne souhaitiez reporter cette tradition à plus tard, en d'autres lieux...

[HRP]
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La chambre sortait doucement de la pénombre avec l’arrivée des premiers rayons de l’aurore. Une arakne, pendue à son fil, descendait du plafond avec lenteur. Ses pattes se posèrent sur un matelas usé, enveloppé dans une couverture, autrefois blanche. C’est par une petite commode en bois clair qu’elle accéda au parquet. Se mettant en quête d’un nouveau lieu de chasse, elle contourna la couche et passa près de l’homme en uniforme qui était accoudé à une table bancale. Connaissant les habitudes de ses colocataires, l’arakne regarda instinctivement les bottes du militaire. Elles étaient rigoureusement entretenues et soignées, tout comme le reste du costume de cérémonie qu’il portait. Il ne la regardait pas. Ses yeux fatigués étaient plongés dans un petit carnet qu’il feuilletait.

L’arakne continua son chemin et sortit de cette prison. Car oui, c’était bien là une prison. On ne l’avait pas mis dans les geôles à cause de l’estime que ses hommes gardaient pour lui, mais le traître – comme tout le monde l’appelait maintenant – ne pouvait pas quitter ses quartiers. Des gardes d’un autre régiment surveillaient sans relâche la porte et les fenêtres de sorte qu’il ne puisse pas sortir. Et quand bien même, il ne le voulait pas. Il s’était résigné à son sort. Il savait ce qu’il l’attendait, la faute qu’il avait commise. Il n’espérait que la fin. Continuant de tourner les pages, il tomba sur quelques notes de son oncle. Cet inventeur y avait visiblement laissé sa trace.
Il poursuivit sa lecture et tomba sur la recette de la tarte aux bananagrumes de son arrière-grand-mère. Il ne l’avait pas connu mais, grâce au carnet, il avait eu le plaisir de goûter à ses pâtisseries. Il remonta ainsi les pages, redécouvrant son arbre généalogique et les secrets de sa famille. Finalement, il se saisit d’une plume et d’un encrier. Il n’avait jamais osé y écrire lui-même, mais il était temps d’y laisser sa trace. C’était, en somme, une manière de survivre.

Des pas se faisaient entendre dans le couloir. Ce n’était pas la patrouille, elle était passée il y a peu. C’était pour lui. Il se hâta d’écrire quelques mots. Les premiers qui lui vinrent en tête. 

Ne suis pas les règles pour ce qu’elles sont. Suis les parce que tu les trouves justes. Et enfreins les pour la même raison.

Il voulait signer. Il voulait apposer son nom sous cette maxime qui représentait si bien sa situation présente. Il n’en eut pas le temps. La porte s’ouvrit.

« Lieutenant, c’est l’heure. Je… je suis désolé. Puis-je faire une dernière chose pour vous servir ? »

On avait envoyé ses propres soldats le chercher. Refermant son carnet, il se leva lentement et avança vers eux. Il leur donna délicatement les nombreuses pages qui renfermaient tous les secrets de sa famille et ajouta : « Remettez-le à ma femme. Qu’elle le range dans le grenier pour ma fille ou pour mon fils. Lorsqu’ils seront plus grand, ils comprendront. »

D’un hochement de tête, le garde fit comprendre qu’il tiendrait parole et dans un profond silence, tous se dirigèrent dans la cour. Là-bas, l’arakne avait trouvée son nouveau lieu de chasse. Elle avait tissé sa toile dans la boucle d’une corde, proprement nouée à une potence. Elle ne s’attendait pas à ce qu’on vienne détruire son travail si vite.
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J’aimais les après-midi d’été, chauds et enivrants, surtout… lorsqu’ils s’écoulaient en charmante compagnie. Et quelle compagnie… 
 
« Fichtre alors, cette paire là en ferait bander les Dieux, je vendrai bien mon âme pour y fourrer ma truffe. » Songeais-je, le regard perdu dans le décolleté abyssal de la comtesse bleue.
 
— Albert ? s’écria la porteuse de l’objet de mes désirs.
 
— Oui ? Je suis là, devant vous, la rassurai-je prestement.
 
— J’ai bien cru vous perdre… vous ne parliez plus ! s’exclama la noble créature.
 
— Mais… il m’arrive de me reposer entre deux beaux verbes. Tenir la conversation avec une interlocutrice si endurante… c’est un labeur de tous les instants.
 
— Hi hi, vous devriez venir au salon en ville plus souvent, cela vous ferait de l’exercice ! proposa-t-elle.
 
— Oh je crois bien que j’y perdrai la raison, avec tous ces complots, ces rumeurs, et ces calembours appauvris. Non, je ne puis m’accorder que votre présence, pour me rappeler la beauté du monde extérieur.
 
— Vil flatteur !
 
— Ah ah ! Au fait, chère comtesse, je compte bien vous rembourser l’avance que vous m’avez consentie l’autre jour…
 
— Oh n’abordons point la question chiffrée, cela me donne des migraines…
 
— Certes oui, je le comprends ! Toutefois mon projet s’étoffe, et a besoin d’autres fonds.
 
— Des fonds ? Encore ? Questionna-t-elle non sans une certaine suspicion.
 
— Il y a tant à faire ! Laissez-moi vous parler des détails, cela vous enthousiasmera, c’est à n’en point douter !
 
— Monsieur ? M’interrompit Charles, le domestique, qui venait d’entrer dans la pièce à pas feutrés — inaudible pour qui ne serait pas habitué.
 
— Eh bien, quoi donc Charles ?
 
— C’est votre fils.
 
— Mon fils ? Oh… Arnold, compris-je avec désintérêt. Qu’a-t-il encore fait ? demandai-je sèchement.
 
Je me rendis compte que ce ton n’était pas de circonstance devant mon auguste invitée, alors je reformulai avec une intonation plus badine :
 
— Quelle bêtise ce petit garnement a-t-il encore pu commettre ah ah !
 
— Il veut vous montrer le morceau qu’il a appris.
 
— Oh votre fils joue de la musique ? J’a-dore la musique… s’enthousiasma la comtesse.
 
Je ne pus que sourire bêtement, et agréer à sa requête.
 
— Eh bien, qu’il entre alors… 
 
Arnold, tout souriant, comme n’importe quel gamin de son âge, fit irruption à grandes enjambées dans le salon. Charles disposa une chaise non loin du sofa dans lequel nous nous prélassions, puis apporta l’instrument près de l’enfant.
 
— Ouiii j’a-dore le violoncelle… avoua la comtesse bleue, au comble de l’excitation.
 
Mon « fils » salua son maigre auditoire, s’éclaircit la voix, puis s’assied sur sa chaise, et prit maladroitement le manche de l’instrument dans une main, et l’archet dans l’autre. Sitôt que la première corde se mit à vibrer, s’en suivirent d’inécoutables phrases musicales désaccordées, déchirées, déchiquetées, fragmentées, détruites à tous les niveaux.
 
Le sourire d’excitation de mon invitée se transforma rapidement en rire jaune, puis en air gêné, puis en toussotements de politesse, et finalement en expression de douleur.
 
Afin de la délivrer de son tourment, je me levai d’un coup d’un seul, afin de désarmer Arnold. Surpris, il me lança un regard empreint d’innocence.
 
— Pè-Pè-Père ? J’ai b-b-beauc-c-coup trrrrravaillé !
 
Sans répondre, je m’excusai auprès de ma comtesse meurtrie, puis attrapai le malheureux par le col, et le trainai en dehors de la pièce. Ses pieds glissaient sur le sol marbré et provoquaient un crissement désagréable. Il tentait d’élucubrer certaines choses, mais tout demeurait incompréhensible, comme toujours.
 
Enfin, après avoir gravi quelques escaliers et traversé quelques couloirs, je le jetai dans le « Donjon ». Certain que ma noble amie ne m’entendrait pas d’ici, je me permis de lui faire comprendre la leçon :
 
— VOUS N’ÊTES QU’UN BON À RIEN ! JE VOUS AI DÉJÀ DIT CENT FOIS DE NE PAS VENIR ME DÉRANGER QUAND JE SUIS AVEC DES INVITÉS ! CE N’EST QUAND MÊME PAS DUR À COMPRENDRE, SI ?!
 
— M-m-mais Pè-pè-père… se plaignit-il.
 
— Taisez-vous… je n’ai pas le temps de vous écouter. Cette fois-ci, vous allez rester deux jours. Non, trois jours.
 
— P-p-as d-d-onjon… tenta-t-il d’articuler tout en s’étouffant dans ses chaudes larmes.
 
— Si ce n’était pas pour votre défunte mère… Oh vous… cela fait bien longtemps que… 
 
Ne préférant pas finir ma phrase, dans une sorte d’élan de décence, je quittai la pièce en fermant à clef la lourde porte de chêne. Un tour, puis un second.
 
 
* * *

 
 


Peu à peu le crépuscule s’installait sur la plaine. Au loin les éleveurs de bouftous ramenaient leurs troupeaux, alors que d’irréductibles bûcherons s’acharnaient sur un grand orme. La journée s’était avérée longue et pénible : j’avais vogué de déceptions en déceptions. Les plans étaient prêts, mais les financements manquaient cruellement pour assouvir mes ambitions. Et mes associés étaient bien trop frileux.
 
— Argh ! Qu’ils retournent donc à Bonta ces pisse-vinaigre ! criai-je dans la calèche, tout en frappant du poing contre la paroi verticale.
 
Charles ouvrit alors la trappe de communication.
 
— Monsieur ?
 
— Non, rien Charles, continuez.
 
Et qu’est-ce que j’avais mal au cul… J’avais passé toute cette maudite journée sur les routes, dans cette cage atroce.
 
Enfin, le château apparaissait sur la colline. Tel un joyau sur son présentoir, il perçait les cieux, dessinait l’horizon. Il n’était ni trop extravagant, ni trop commun — si tant est qu’un château puisse réellement être commun. Non, les architectes avaient appliqué leurs propres idées. Ils avaient fait du neuf avec de l’ancien, mélangé des styles, et épousé les formes de la pierre sur laquelle l’édifice était sis. C’était le château de la maison d’Astruz. Symbole du temps et de l’universalité, il avait su se préserver et évoluer avec les âges, sur les rares terres arables de la côte ouest. Au sommet de chaque tourelle trônait fièrement une étoile à neuf branches, emblème séculaire de cette famille.
 
Enfin, dans toute cette histoire, je n’étais qu’un passager clandestin, un opportuniste qui avait eu la chance de se faire aimer par Isabelle D’Astruz. Oh, Isabelle…
 
— Oh Isabelle… je n’y arrive vraiment pas sans toi…
 
— Monsieur ?
 
— Oh ! Mais ça suffit Charles enfin, concentrez-vous sur la route !
 
— Certes Monsieur, c’est que… nous sommes arrivés.
 
Après un interminable dîner en compagnie d’autres membres de la famille d’Astruz, je regagnais mon bureau, à la lumière d’une chandelle hésitante. La porte grinça. Il y avait une forme ovoïde allongée sur le tapis central, qui se redressa lentement.
 
— P-p-père ! S’écria-t-elle.
 
— Ahhh… par tous les Dieux… c’est vous Arnold… 
 
— V-v-vous av-v-viez promis ! bégaya-t-il.
 
— Moi ? j’aurai fait une telle chose ? demandai-je à haute voix, plein de stupéfaction.
 
— Oui ! D-d-devait r-r-rega-ga-garder z-z-zétoiles !
 
— Oh non Arnold… pas ce soir, je vous en prie, je suis fatigué…
 
— M-m-mais…
 
— Mais mais mais, il n’y a pas de mais ! Avez-vous au moins fini les devoirs que Charles vous avait donnés ce matin ?
 
Tout fier que je lui pose la question, Arnold tira de sa poche un papier qu’il déplia soigneusement, et qu’il me tendit.
 
— Voyons voir ça…
 
1 Exercice : les jours de la semaine

 
Lundi – Merdicredi – Vidridi – Samidi – Di[illisible]

 
Je regardai Arnold en soupirant. Ce pauvre enfant souffrait de quelques indispositions généralisées. C’est bien simple, il n’était bon en rien, et médiocre en tout. Il n’apprenait rien, et oubliait tout. Et par-dessus tout il y avait ce bégaiement incurable qui en faisait la risée de notre famille, et la cible de nombreux quolibets.
 
J’eus la mauvaise idée de lire le feuillet d’algèbre.
 
— Ce n’est ni fait, ni à faire, vous n’êtes pas mauvais Arnold, vous êtes très mauvais…
 
— On r-r-regarde les z-z-zétoiles maiiintnanant ? Me supplia-t-il en ravalant sa frustration.
 
— Vous avez l’audace de demander une récompense après « ça » ? Tsss, retournez plutôt étudier dans votre chambre, et savourez que je ne vous aie pas grondé pour être rentré dans mon bureau sans ma permission !
 
Le bambin décampa de la plus lente des manières, et se mit à tirer quelques larmes, espérant peut-être me faire changer d’avis.
 
« J’ai jamais demandé à être père moi. » Songeais-je, tout en me servant un verre d’absinthe du temple de la Fée Verte.
 
« Dieu qu’il me coûte d’avoir ce gosse dans les jambes… » soupirais-je en m’affalant dans un fauteuil.
 
Puis je pensais à ce qu’aurait pu être ma vie, dans d’autres circonstances. Et si Isabelle n’était pas morte ? Et si le ballon n’avait pas explosé ce jour-là ? Et si ma présentation n’avait pas foiré ce matin ? Et si la comtesse bleue n’avait pas déjà épousé ce fat ? Et si… et si j’étais moins con…
 
J’en vins à une sorte de conclusion : « Encore une belle journée de merde… ».
 
 
* * *

 
 
— Cela s’est passé tout à l’heure, vers 15h30, répondis-je, encore sous le choc. J’étais à mon bureau.
 
— Qui d’autre était présent lorsque… cela s’est passé ? demanda le jeune inspecteur.
 
— Je remettais les roses démoniaques en pot lorsque… j’ai tout vu, déclara Charles.
 
— Il m’a semblé entendre un cri… marmonna Françoise d’Astruz, le regard perdu.
 
— Personne d’autre ?
 
Une lourde et longue minute de silence s’appesantit sur la grande salle à manger dans laquelle tous les pensionnaires du château étaient réunis.
 
— Bien, dans ce cas je vais vous laisser, une longue route m’attend, déclara le fonctionnaire, tout en rapatriant ses feuillets, son encrier et sa plume dans sa sacoche en cuir.
 
— C’est tout ? Se surprit le chef de la famille d’Astruz.
 
— Je ne peux rien faire de plus, désolé.
 
Une fois le jeunot parti, les regards noirs d’Astruz se tournèrent vers moi. Les réflexions fusèrent comme autant de flèches sur un champ de bataille, ou plutôt dans un peloton d’exécution :
 
« Cela devait arriver… » « Nous savions tous comment vous le traitiez… » « Il n’en pouvait plus… » « C’est de votre faute… » « Pourrez-vous vraiment rester au Château après ça ? » « Pauvre Isabelle, si elle voyait ça… » « Quelle honte… » « Pourquoi… »
 
Plus tard, le très professionnel service des pompes funèbres se manifesta. Avec un soin infini, ils placèrent le corps désarticulé d’Arnold sur un brancard. Il ne demeurait qu’une sorte de petit cratère dans le gravier, maculé çà et là de sang séché, ainsi que des ardoises brisées.
 
« Petit homme, du début à la fin, nous ne nous sommes jamais compris… » me déclarai-je intérieurement, tout en retenant une larme.
 
C’en était fini désormais. Plus de projets, plus de château, plus de comtesse, plus de famille, plus de fils…
 
Je déambulai sans but dans les couloirs vacillants de l’édifice. Comme par remord, je me recueillis dans cette pièce le « Donjon » dans laquelle j’avais tant de fois puni Arnold. Je voyais ces murs et ces charpentes, comme il avait dû les voir pendant d’insoutenables heures.
 
Puis je remarquai un livret ouvert sur une table dans le fond de la pièce. Le coin de plusieurs pages avait été plié, je me pris à les arpenter.
 

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

 
  

 
 
Comprenant désormais pourquoi Arnold était grimpé sur le toit, et malgré toute l’indifférence que j’avais éprouvée pour cet enfant, je ne pus m’empêcher de fondre en larmes.
 
Tout avait été de ma faute… comme toujours.
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Qui aurait pensé que j’arrive aussi loin dans cette vie ?
Moi le sans famille, le sans ami ?
J’ai toujours mérité bien des regards,
Pas pour ma musique, mais pour mes pouvoirs.

Regards méfiants, regards défiants
Rares étaient ceux qui furent aimants.
Mais Astruz fut mon refuge
Alors qu’autour de moi, les insultes étaient déluge.

Je n’avais pas de nom, on m’en donna un
J’étais un enfant, ils n’en avaient aucun.
Et pour que perdure le nom dans les mémoires
Astruz me récupéra, perdu dans le brouillard.

Ils m’offraient des rêves et une maison
En échange, de mes capacités de téléportation.
Désormais je portais leur nom,
Et le faire perdurer était ma vocation.

Pour le prochain d’Astruz, je n’écrirais pas de mots
Car mon heure arrive, mais ce n’est pas trop tôt.
Je laisserai plutôt une de mes œuvres dans les pages du carnet
Afin que perdurent chez nous la musique et le sonnet.


Afin que perdurent chez nous, les rêves et l’espoir
Que personne n’entachera, ni Bonta, ni Brakmar…


"Oh… Voilà que je me remets à divaguer, il faut que je songe à arrêter de penser à tout cela."

Le vieil homme soupira longuement, il était fatigué et usé par son âge. Ses os lui étaient douloureux, sa magie faiblissait et son art commençait à lui demander suffisamment de ressources pour l’épuiser en quelques minutes. Assit dans le fauteuil de son riche bureau, il avait trouvé un carnet ayant appartenu aux différents membres de sa famille adoptive  et contemplait les quelques messages laissés par ces personnes du passé. Il devait s’être écoulé au moins deux générations depuis que le dernier message avait été déposé car il ne connaissait aucun des noms qui y étaient inscrits.

« Moi aussi je vais y laisser mon passage. Je vais y laisser mon message.»

Il ouvrit l’un de ses portails devant lui et un second au-dessus de sa pile de partitions située sur le bureau non loin. Il se sentait si fatigué, si loin de tout ce qu’il avait pu vivre.
Sa main traversa le cercle bleuté et reparu au bout de l’autre portail, il tendit les doigts et attrapa la première partition qu’il ramena jusqu’à lui.

« Voilà mon dernier morceau… Rien de comparable à ce que j’ai pu composer ou jouer par le passé, mais au moins j’arrive à jouer des merveilles, dans mes rêves… »

Il déposa la partition entre les pages du carnet et y ajouta sa signature : I d’Astruz.
C’était une partition toute simple, mais porteuse de sa ligne de vie durant laquelle il suivit ses rêves et attrapa la main tendue par la famille d’Astruz pour le mener jusqu’au jour où il la composa.
Un bruit raisonna au même moment, il provenait de la pièce du dessous. Quelques éclats de voix se firent entendre malgré les épaisses cloisons des murs.

« Lirya ! Qu’est-ce que tu as encore fait ?! »
 
La jeunesse était si douce, pensa le vieillard. Il laissa le carnet ouvert devant lui, et écouta la suite.

« Rien du tout, Mère ! »

Un léger silence s’empara de la maison mais les voix reprirent.

« Tu es incroyable ! Va chercher ton grand-père avec ton père pendant que je ramasse ce bazar. »

L’homme se dit que la petite saurait grandir dans les meilleures conditions, sa mère est sage, comme l’était sa douce. Elle avait la même fougue que lui et la même capacité à rêver. Il ferma les yeux en se disant que le monde était bien fait, parfois.
La gamine traversa la maison pour trouver son père et ils grimpèrent les escaliers menant au bureau du vieil homme et ouvrirent la porte. La pièce était vide, ils s’avancèrent et trouvèrent le vieux carnet ouvert sur le bureau.

« Oh, Papa ! Regarde, on dirait un carnet où l’on entrepose des secrets et des cartes au trésor ! 
-Ahahah, oui Lyria mais celui-là semble avoir quelques années et on dirait que personne n’y a touché depuis des siècles ! Allons plutôt manger, ta mère doit avoir terminé.
-Tu ne voulais pas me montrer quelque chose ici ?
-Non, je croyais que c’était toi qui voulais me montrer quelque chose. »

Ils sortirent de la pièce et refermèrent la porte laissant la pièce vide et le carnet à sa place.
Carnet qui n'aurait plus qu'à attendre que quelqu'un veuille y laisser une trace plus indélébile que son dernier détenteur.
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