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[Animation] Récits d'Invention #4 : Vous vous penchez sur...

Par Etherre-Nelle - ANCIEN ABONNÉ - 03 Octobre 2018 - 16:29:05



Vous vous penchez sur le journal de bord de votre expédition, vos pensées s’échappent et vous ramènent au jour de votre arrivée, il y a de cela deux semaines.

Deux semaines que vous avez posé le pied sur l’île de Saharach faite de roche, de poussière, de chaleur, et de sueur.
Deux semaines que vous sillonnez l’île de part en part, luttant tant contre le climat que contre la faune présente au-dessus et en dessous du sable.
Deux semaines, et vous n’avez laissé comme témoins de votre aventure que les traces de pas dans le sable… …pour l’instant.

Vous êtes venus à Saharach dans un but précis, mais le capitaine du navire qui vous a amené ici vous a fixé un petit devoir supplémentaire : consigner, au moins une fois, des bribes de votre mémoire, de vos aventures sur l’île, dans le carnet de bord du vaisseau.

Tracées à l’encre de ploup sur des pages d’un précieux carnet, sont racontées des aventures, des découvertes et des histoires plus surprenantes les unes que les autres. Vous prenez le temps d’en lire quelques-unes.

Passés les récits d’expéditions plus anciennes (de l’île des Wabbits à d’autres, moins connues), vous débutez ceux de vos camarades sur Saharach. Après qu’un marchand a noté les us et coutumes des autochtones et qu’un mercenaire s'est vanté d’avoir vaincu à lui seul trois cacterres, un scientifique décrit avec rigueur et application la faune locale, formulant des hypothèses sur le mode de vie des insectes. Il est aussitôt contredit par l’auteur suivant, qui s’offusque que l’on puisse tenir de tels propos. Outre ces personnages, des explorateurs en quête de cités, des magiciens en quêtes d’artefacts, des alchimistes en quêtes d’ingrédients, et tant d’autres…

Certaines de ces anecdotes vous arrachent un sourire, une grimace effrayée ou une larme importune, parfois les trois. Vous vous laissez bercer, progressant doucement dans votre lecture, avant de vous échouer sur une page vierge : c’est à votre tour de déposer vos souvenirs. Un jour ou deux, peut-être même une nuit ? Votre aventure n’est certes pas terminée, mais, après tout, ce carnet est un journal de bord. Vous n’aurez qu’à laisser de la place pour ajouter une nouvelle entrée au besoin.

Vous regardez autour de vous à la recherche de quoi écrire. Une plume ? Du charbon de bois taillé ? Quel que soit le moyen que vous choisissez, ce qui importe maintenant, c’est ce que vous allez raconter...
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[HRP]
Pour plus d'informations sur le fonctionnement de l'animation :  Topic HRP
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[HRP : Cette présentation n'est qu'un exemple parmi d'autres de ce qu'il est possible de réaliser et n'est, en rien, obligatoire.]
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19 Octolliard 646

-Excel Hans, Huppermage et Scientomage de profession, envoyé par l’académie de Bonta, en charge de répertorier la faune, la flore et les divers groupes locaux de l’île de Saharach.

Bien qu’après avoir enduré durant plusieurs mois un des plus long périple de ma carrière, je peux finalement affirmer que nous sommes bel et bien arrivé à bon port, si je puis dire. Une île aride, recouverte d’une uniforme couche de sable, quelques pointes rocheuses par-ci par-là, une température littéralement assommante, même à l’ombre, tout cela accompagné d’un vent chaud relativement constant et déjà envahissant … Oui, l’expédition commence enfin.
Alors que le débarquement fut couronné de succès, la plupart des mes outils de mesures furent mis à mal durant notre périple, l’eau, le sel, le vomi, et le sable maintenant … Tant de mois à souffrir au fond d’une cale pour au final me retrouver à retranscrire à l’écrit ce que mes yeux m’auront bien laisser entrevoir. Entre fièvre et mirage, je n’espère pas grand-chose quant à l’exactitude de mes recherches, mais je m’en contenterai aujourd’hui.

20 Octolliard

Le capitaine c’est enfin mis à former une des premières escortes du voyage, menant ainsi les divers repérages qui nous permettront de cartographier les lieux. Mon expérience en milieu hostile m’autorise donc à mener la tête du groupe, afin de prévenir toutes traces de danger, mais rien ici ne connaît nul autre pareil dans notre cher monde des douze. Chaque bêtes, chaque plantes semblent se confondre dans son environnement, difficile dans ces conditions de pouvoir étudier tout ceci en détail. Je reprendrai mes recherches quand nous aurons établi notre premier véritable campement.

25 Octolliard

Nous comptons déjà nos premiers morts, la plupart sont des accidents bêtes, des Iop forcément. Rien ici ne semble désirer notre venue. Je suis actuellement terré dans mes quartiers, coincé entre la majorité des « mercenaires » du lot qui s’amusent à pulvériser tout ce qui passe sous leurs épées et les récurrentes tempêtes de sables. Mes recherches stagnes péniblement …

30 Octolliard

Après la tempête, le beau temps et les expéditions qui reprennent donc de plus bel. J’ai enfin pu commencer à répertorier tout ce qui passe ou se rapproche plus ou moins de mes yeux. Il y a ici un nombre absolument ahurissant d’espèces différentes. Des sortes de « Scorbutes » qui se rendent invisible à volonté, des fauves au regard fou mais à la vélocité sans précédent, des sortes de petits vers des sables, j’ai même cru apercevoir un cactus se déplaçant comme vous et moi … Je dirais qu’il vaut mieux se tenir à distance encore un petit moment, je dois d’abord continuer à les étudier.
Le plus fascinant reste encore ces gigantesques Ossements qui jonchent les dunes environnantes. Je suis encore incapable à l’heure actuelle de pouvoir déterminer leur provenance. Serait-ce d’anciens animaux marins voguant jadis sur ces terres jusqu’alors englouties ?
A vrai dire je n’en sais rien.

6 Novamaire

Les « Dunes des ossements » comme nous les avons « subtilement » nommé, n’ont aujourd’hui plus aucun secret pour nous, tout du moins en ce qui concerne la faune et la flore respirant et vivant encore sur ces terres. Les ossements quant à eux restent pour le moment un mystère absolu qui n’intéresse visiblement pas grand monde, sauf moi évidemment, crétin de Iop.
A l’ouest de notre campement de fortune, un des badauds insignifiants qui compose notre escorte est tombé sur une découverte intéressante, une salle complètement enfouie sous le sable, abritant une sorte de tombeau. J’étudierai cela plus tard.

19 Novamaire

Un mois jour pour jour après notre débarquement sur cette l’île désolée et voilà qu’ils commencent déjà à y bâtir la première taverne sordide du territoire. Alors que rien de probant n’a été découvert depuis maintenant plusieurs jours, les divers Pandawa du groupe nous ont d’ores et déjà créé la première boisson forte de l’île, un jus insipide à base de cactus … Les ressources sont définitivement bien allouées …

23 Novamaire

Absolument édifiant !
Les cactus mouvant que je pensais avoir halluciné il y a peu existent finalement bel et bien. Ils se trouvaient un peu plus loin, dans les tréfonds de cet ignoble désert sans aucune pitié. Ils ne sont pas particulièrement agressif de prime abord, juste craintif je dirais. De notre côté il y a bien sûr eu quelques brutes sans cervelles pour se jeter à corps perdu dans des affrontement futiles, mais leurs morts ne m’affectent plus à présent, ces cactus terrestres (Cacterre) me fascinent bien plus dorénavant. Ils ont créé des villages similaire aux nôtres (En moins évolué forcément), possèdent un système politique complexe similaire au nôtre (Bien que fortement plus simpliste évidemment), des familles avec différentes hiérarchies (Sans réelle puissance manifestement), ainsi qu’un système législatif (basique au possible logiquement).
Seul problème, je ne comprends pas un traître mot de leur langue locale, mais cela ne devrait pas me prendre plus d’une petite semaine maximum afin de percer à jour ce baragouin primitif.

30 Novamaire

Pourquoi est-ce que retranscrire proprement cette langue primaire me donne autant de mal ?
Un être aussi doué que moi ne devrait pas avoir à buter sur cette insignifiante tâche. Je dirais bien que m’a perte partielle de capacité cognitive doit être sûrement liée à la qualité plus qu’approximative de la nourriture fadasse que l’on me sert chaque jour et ce depuis le début de notre aventure. Que font les autres gueux de notre expédition pendant que je m’acharne et m’efforce à découvrir ce que le monde n’est pas encore prêt à découvrir ?

1 Descendre

Alors que l’énergie de notre groupe de joyeux avortons se disperse de jour en jour, à force de vouloir construire de minables baraquements ou encore à picoler à longueur de temps au Saloon, je cherche désespérément, moi, de mon côté, de la main d’œuvre qualifiée afin de continuer ma traversée héroïque plus loin dans le désert. Les Cacterres m’ont péniblement averti du danger, mais ce ne sont pas eux, avec leurs têtes de prespics avariés et leurs rites païens de mendiants d’Astrub qui vont me repousser. J’engagerai qui voudra bien m’accompagner dans ce dangereux périple. J’ai donc donné rendez-vous au Pikantina et j’espère ne pas être déçu encore une fois !

3 Descendre

- Airk Hule, Iop, mercenaire et bras droit de la Milice de la « Corporation Parafiole »

Je viens de récupérer le journal de notre « camarade » Excel Hans à la taverne de Pikantina. Il y a apparemment eu de la bonne baston dans la nuit du 1 Descendre. Comme il a quitté notre expédition depuis maintenant une bonne semaine, le capitaine m’a demandé de le ramener au campement le plus proche. On devait préparer une exploration depuis un bout de temps vers la « gorge des vers hurlants » (comme les Cacterres l’appellent), mais ses excursions en solo nous on ralenti, incapable de venir nous filer un coup de main à la construction des premiers baraquements et pire encore, aucune aide pour repousser les attaques des monstres du désert, une bonne partie de nos frères d’armes sont tombés au combat alors que ses recherches auraient pu les sauver.

4 Descendre

En suivant les divers preuves et autres ragots du village des Cacterres j’ai finalement pu retrouver le corps sans vie d’Excel Hans, mort d’un violent coup de dague dans le dos, affalé sur une dune comme une crotte de Trool de seconde zone, sale temps pour les faibles. Je continue quand même mon enquête, histoire de pas avoir de problème avec le capitaine. Vu que personne ne pouvait le blairer dans l’équipage, il va forcément me suspecter, penser que j’aurais pu le tuer comme un lâche de Sram. Du coup les recherches continuent.

5 descendre

Chapitre final, je connais la fin de l’histoire, attention ça va spoiler sec.
Alors, un des fécas présent pendant la scène de bagarre au Pikantina m’a raconté tout le truc. En gros, c’est assez simple, même pour moi. Comme il s’était mis tout le village des Cacterres à dos (rigolo vu sa mort) à force de les prendre pour des sous-êtres, eh bien ils lui ont fait sa fête façon Doom dans sa face de Bwork, une mort noble pour Iop, moins pour un Huppernaze.
Je ramène ses notes mais je dois (à mon plus grand regret) laisser le corps d’Excel, les groupes locaux ayant désiré garder les restes afin d’avertir les futurs touristes.

7 Descendre

Le capitaine

Un toast pour Excel Hans, dont ses travaux resteront à jamais dans les bibliothèques de Bonta.
Quant à ça légende, elle tombera hélas dans l’oubli le plus total.
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Score : 500

Le soleil cognait, comme à son habitude. Saharach était une véritable fournaise et il n’y avait pas eu besoin de faire un rapport scientifique pour s’en rendre compte.Toutefois cela ne semblait pas perturber notre jeune Serf. Tout sourire ce dernier s’amusait à sautiller dans le sable. Plus exactement à sauter, tomber, se relever puis re-sauter et re-tomber, le tout en fredonnant les paroles du dernier succès de l’autoproclamée ‘Génie Phère’.


« Au soleil ! M’exposer un peu plus au soleil ! Lalalala lala nanana naa ah ! »



Fraîchement diplômé de son école, Serf avait été enthousiaste à l’idée de devoir chercher un travail. Une bonne étoile devait certainement veiller sur lui car peu de jours après son arrivé au port de Madrestam il prit connaissance d’un recrutement massif pour aider à l’exploration d’une île. La patience n’ayant jamais été sa meilleure amie il avait rapidement prit place au fond de la cale d’un navire sur le départ. Il était aux anges.


Lors de la traversée il s’était vu remettre un carnet. « Consignez-y votre récit d’expédition ! » qu’on lui avait dit. Le trajet était long, mais pour tuer l’ennui Serf s’amusait à nettoyer le matériel de certains chercheurs ayant subi le malheur de croiser le chemin d’un quidam atteint de naupathie.







*********************




Une semaine plus tard, force est de constater que la principale consigne n’avait pas été pleinement respectée par tous.
Resté au campement principal, Serf en était ravi. En effet rien ne lui faisait plus plaisir que de satisfaire ceux qui avaient besoin de lui.
C’est ainsi qu’il se retrouvait à recopier soigneusement dans le journal de bord le contenu de certains carnets d’aventuriers, d’explorateurs, ou encore de chercheurs. Serf était d’autant plus en joie que cela lui permettait de remplir son propre calepin.


« 27 Octolliard 646 – Ai recopié trois pages pour le cuisinier. Je sais maintenant comment réaliser du pain d’épices !
   27 Octolliard 646 – Ai terminé de retranscrire le carnet d’une équipe de recherche. J’ai appris pleins de mots compliqués comme ‘granulométrie’. C’est rigolo.
   28 Octolliard 646 – Ai fini de récurer les toilettes sèches. Ça ne sentait pas très bon. On m’a dit que c’était à cause du soleil et de la chaleur, mais je n’ai encore jamais vu le soleil utiliser les toilettes. »





*********************




Quelques jours plus tard, force est de constater que la principale consigne était encore moins respectée par tous.
Tandis que d’un côté un grand gaillard prétextait avoir perdu son carnet en combattant à main nue un ‘scorbute-pas-scorbute', de l’autre on affirmait l’avoir tout simplement oublié lors d’un bivouac éloigné de la base centrale. Désireux de venir en aide à ces ‘infortunés’, Serf se proposait déjà pour partir les récupérer.
Ce qu’il est important de savoir à ce point de l’histoire c’est l’agacement profond pouvant naître des demandes répétées du jeune Serf. Ajoutez un soupçon de mal de crâne causé par la chaleur et vous obtiendrez la parfaite combinaison explosive.
Ainsi, en dehors de tout cadre officiel, Serf s’était attribué la mission de retrouver et ramener au camps de la crique les fameux carnets. Mais, ne faisant équipe qu’avec lui même, il avait reçu pour ordre de la part de deux aventuriers au complexe de supériorité aussi gros qu’un sac de noix de kokoko de ne surtout pas s’éloigner à plus de mille cinq cents pas du campement.


Trois jours durant, Serf s’était aventuré gaiement dans le désert. Cependant chaque expédition conduisait à un échec.


« 6 Novamaire 646 – Suis tombé dans le sable sans que ça fasse mal.
   7 Novamaire 646 – N’ai rien trouvé.
   8 Novamaire 646 – Me suis piqué à un étrange cactus allongé à l’horizontal. Pas de traces de carnets. Je dois travailler plus dur ! »



Bénédiction soit accordée aux esprits acharnés ! Tandis qu’il faisait un repérage le long des cailloux agencés pour la délimitation du camps, Serf aperçut un groupe d’individus qui revenait probablement d’une excursion. Mais là n’était pas l’important pour lui : en effet, adossé à un rocher se trouvait un Iop qui écrivait dans son carnet, tout en regardant la ribambelle de personnes. Sans doute épuisé par l’activité qu’il venait d’accomplir ce dernier déposé sur le haut du rocher son cahier avant de piquer une sieste. De son côté Serf observait la scène, prêt à agir. Cinq heures plus tard, sans avoir cligné des yeux ne serait-ce qu’une fois, il eut gain de cause : le Iop se relevait, s’étirait, et repartait vers le campement sans son carnet.
Ni une ni deux, comme pourchassé par une horde de bouftou en colère, Serf s’emparait de son précieux. Tout heureux notre jeune ami s’en allait désormais vers sa tente, tout en jetant un discret coup d’œil au récit écrit par son sauveur afin de se préparer, par avance, à le recopier plus tard.

Sa lecture avait finalement été si intense que Serf était revenu au camps sans s’en rendre compte. Dans sa tente il savourait la pensée de ce qu’il allait écrire dans son propre journal.


« 9 Novamaire 646 – Ai sauvé un carnet. Demain j’irai encore plus loin ! »


Et c’est ce qu’il fit. Le lendemain, Serf était fin prêt à partir à l’aventure aux carnets, quitte à remettre en cause l’interdiction des mille cinq cents pas.




**********************




« A qu’est-c’qu’on est perdu, au fond de ce désert, chantent les carnets, chantent les carnets… à qu’est-c’qu’on est perdu, au fond de ce désert, chantent les carnets entre l’sable et les oss’ments. »


Serf fredonnait. Dès qu’il se retrouvait seul il ne pouvait tout simplement pas s’en empêcher.
Cela faisait maintenant deux jours qu’il avait prit le large, seul, du camps de la crique. Heureusement pour lui son métabolisme était tel qu’une minuscule goutte d’eau suffisait à étancher sa soif.
Serf comptait minutieusement ses pas depuis son départ. Cependant, ne sachant aller au-delà de cinq mille deux cent trente sept – à moins que le soleil n’ait eu raison de lui, il avait à trois reprise recommencé à zéro. Alors qu’il était prêt à repartir sur une quatrième lancée, Serf trébucha sur un cailloux. A y regarder de plus près il s’agissait en réalité du sommet d’un crâne.


 « Oh… mais il est tout crotté ! Il t’es arrivé quoi à toi, Monsieur ? lui demanda Serf, souriant. Je ne suis que de passage je ne vais pas te déranger ! Je suis à la recherche de carnets perdus, tu n’en aurais pas vu depuis tes gros trous ? »


Ce n’est qu’en relevant la tête qu’il put se rendre compte de l’endroit où il se trouvait. Ce devait être un ancien campement, provisoire très certainement. Mais ceux qui l’avaient montés n’ont pas pris le temps de partir en douceur. Il pouvait encore apercevoir des lambeaux de toile de tente accrochés à des piquets de bois. Des pierres carbonisées indiquaient l’endroit qui avait du servir de feu de camps. Mais ce qui amusait Serf plus qu’autre chose c’était le crâne. Plus exactement les crânes : six pour être précis. Mais ça, Serf ne l’avait pas encore remarqué. Non, ce dernier était plus intéressé à déterrer le crâne.


« Allez, tu dois avoir chaud sous ta couverture de sable ! Je vais t’aider, tu vas voir ! »


D’un crâne, Serf réussit à extraire un squelette presque entier. Un petit squelette, très certainement d’enfant. Mais pour notre jeune ami il y avait bien plus intéressant. Dans les bras squelettique du bambin s’était logé un carnet à la couverture de cuir brun. Détournant son attention du cadavre, Serf arrachait prestement le calepin. Ce dernier, par l’effet des gestes maladroit de Serf, fut projeté dans les airs et s’ouvrit en atterrissant sur son lit de sable.

« Mais il y a des dessins là-dedans, pensait Serf tout en tournant les pages du livre. Je ne sais pas dessiner moi, ça non ! Comment je vais faire pour retranscrire le tout dans le journal de bord du capitaine ? Oh… ah… euh… hum… Il faut que j’aille demander au capitaine directement. Ça oui! »


N’écoutant que ses pensées, qui vont rarement plus loin que des raisonnements sommaires, Serf était prêt à repartir sur ses pas afin de retrouver le campement principal. Encore fallait-il qu’il sache où aller. Mais cela se semblait pas le perturber outre mesure !


« Si je m’en vais à reculons je reviendrai forcément sur mes pas ! Oh, ça oui ! Mais si je fais ça je prends le risque de me cogner n’importe où aussi… Oh, c’est pas grave ! »




 **********************




Impossible à dire depuis combien de temps Serf marchait à reculons, toujours souriant. Impossible à dire également quelle bonne étoile veillait sur lui. En effet c’est presque miraculeusement qu’il ne rencontrait aucune bête sauvage durant son périple.
Les nuits s’enchaînaient aussi vite que le soleil réapparaissait. S’il n’avait jusque alors montré aucuns signes de fatigue, Serf fut soudainement affligé d’immenses douleurs. Sa gorge se serrait. Sa gourde était vide. Ses muscles paralysaient. Il ne pouvait plus avancer. Dans un dernier effort Serf put se diriger vers un rocher étonnamment fin et dressé à la verticale. En s’appuyant dessus il se rendit vite compte de son erreur. Préférant s’allonger à même le sable plutôt que de supporter les picots du cactus, Serf commençait à s’étendre sur le sol de grains. C’est alors qu’il aperçut un bout de papier, sans aucun doute une page arrachée à un carnet de bord qui s’était coincée dans le cactus.

La feuille était toute tâchée. Sans même prendre le temps de la lire Serf y passait plusieurs coups de langue. Un va-et-vient incessant s’était mis en route. Puis, comme dicté par la déception, il s’arrêta.


« Pouah, c’est pas de la confiture de fraise… de la vieille framboise peut-être... ou alo.. »


Comme une souche, et sans pouvoir terminer sa réflexion, Serf s’effondrait désormais à terre, tête la première. Mais rassurez-vous pour notre jeune ami, son histoire est loin d’être arrivée à son terme et plusieurs pages sont encore à écrire…



Au loin, trois individus couverts de la tête aux pieds par de longues toges, sous lesquelles se devinait la présence de diverses fioles, apparaissaient.


« J’ai entendu du bruit par là.

 - Tu en es certain ? La dernière fois il n’y avait personne à secourir.

 - Puisque je te dis que j’ai entendu quelque chose !

 - Ça ne sert à rien de se battre inutilement. Souvenez-vous de la raison de notre présence. Il n’y a que ça qui compte... »
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Score : 1
-Emre, mercenaire solitaire engagé dans cette folle expédition.

2 Novamaire 646

Bien, c’est à mon tour de narrer les deux dernières semaines. Le capitaine y tient énormément, à tel point que ça en devient louche à vrai dire. L’autre soir, il m’a même réveillé en pleine nuit pour s’assurer que ma dernière sortie nocturne était couchée sur papier. Je pensais pas que quelqu’un m’avait vu. Enfin bon.

J’ai embarqué sur le rafiot en tant que mercenaire, non pas que je sois une fine lame mais j’aurais honteusement menti en cherchant à rejoindre le groupe scientifique. J’ai été surpris de la facilité avec laquelle le capitaine a accepté ma candidature, j’imagine que "plus de monde" signifie pour lui plus de chance de rentrer vivant. C’est affreusement faux mais je ne vois pas d’autre explication au fait qu’il ne m’ai demandé que mon nom. C’est toujours Emre d’ailleurs capitaine, Serf c’est le jeune garçon qui court partout. Je sais bien qu’on est nombreux mais vous pourriez au moins me confondre avec quelqu’un qui me ressemble.

Malgré tout je vous dois quelques excuses, je pense. Si vous attendiez de moi un fier guerrier, il est clair que je vous ai trompé. La vérité c’est que je suis doué pour survivre, pas pour protéger un groupe. Une chance que vous ayez également embauché de vrais combattants, mais les vents hurlants de Saharach me portent les lamentations d’anciens camarades, et nous rappellent à tous les deux que ça n’a pas suffit. Je vous promet désormais de ne plus laisser mourir d’autres collègues, oserais-je dire amis.


          Jour du 19 Octolliard :

La capitaine a dit de retranscrire les moments forts de l'expédition, eh bien l’arrivée sur l’île en était un ! La raison de ma présence ici n’est pas un secret et j’ai partagé l’information avec les quelques curieux venus m’aborder : Je recherche mon frère qui s’est égaré sur l’île voilà 1 an. C’est ce que je déduis du moins de son silence, lui qui est d’habitude si jovial et prompt à m'écrire. Debout sur la proue j’avais espéré le voir, allongé sur la plage, la peau mordue par le soleil. Je me rend compte maintenant de l’étendue de mon ignorance à propos de cette île. Un port minuscule nous attendait, à peine visible tant le sable le recouvrait. J’ose croire qu’une tempête venait de se produire et que ce n’était pas son état normal. Un phare se dressait à l’ouest mais il n’avait pas l’air de fonctionner. Je me demande qui était responsable de son entretien. Mais le plus impressionnant restait la chaleur : un voile étouffant qui vous écrase au sol et vous brûle la cage thoracique à chaque inspiration. Voilà donc la fournaise de Saharach. Après avoir fait montre d’une surprenante habilité, le capitaine hurla des ordres (notamment la distribution de ces maudits carnets) et nous débarquions déjà comme des fourmis à l’assaut du désert.

T’as intérêt à être en danger Frangin.


          Jour du 22 octolliard :

En réalité, je savais l’île habitée, mais je mentirais en disant ne pas avoir été surpris de l’installation existante, certes primaire, mais bien réelle. Bon sang il y avait même un saloon est un zaap ! Un groupe s’était d’ailleurs mis en tête de tester la bière du désert dès le premier soir. Deux des quatre sont toujours alités, l’un pour avoir surestimé sa résistance à la boisson, l’autre pour avoir pris la jolie Ovée Hasch pour une timide serveuse de Bonta. Le second est vraiment dans un sale état.Nous avons enfin établi notre premier campement dans les dunes des Ossements. Les scientifiques ne tenaient plus en place et ont couru comme des lapins dans tous les sens à la seconde où le capitaine a jugé la zone sécurisée. J’ai entendu des propositions quant à certaines mesures de sécurité mais rien de concret pour l’instant. Pour ma part je m’ennuie légèrement. Les mercenaires ont laissé la place aux savants, on ne tentera pas d’avancer plus en avant dans les terres avant plusieurs jours. Et puis c’est quoi ce chien débile qui me suit partout ? Je déteste les chiens.
          
          Jour du 25 Octolliard :


Hier a été le jour du retour à la réalité. L'expédition avait démarré depuis sept jours et aucun mort n’avait été à déplorer. Autant dire qu’on s’est bien rattrapé. Une meute de Léolhyène nous a attaquée au premier campement la nuit dernière. Un carnage, ni plus ni moins. Des abrutis de Iops avaient trouvé un bébé blessé et l’avaient ramené au campement. Le temps qu’une personne de sensée le remarque c’était trop tard, on était déjà encerclés. Par chance beaucoup des scientifiques étaient rentrés au camp de base, mais pas tous hélas. Deux guerriers furent déchiquetés en quelques secondes par trois bestioles enragées. Une autre fonça sur moi mais je fus plus rapide. D’un geste sec, je dégainais ma lame et la tendis devant moi. La créature s’empala toute seule. Le temps de dégager mon épée rougie du corps encore chaud de l’animal, je hurlais à ceux qui pouvaient m’entendre de se rassembler autour de moi. Un scientifique apparu, Excel Hans, un scientomage me confia-t-il ce matin, ainsi qu’un Ougignak. Nous formèrent un cercle et tinrent notre défense jusqu’au matin, éloignant les charognards trop téméraires d’un coup d’épée. Impossible de faire plus. J’entends encore les cris du malheureux qui s’est fait emporter derrière une dune. Je l’ai vu mais que pouvais-je y faire ? Je n’étais déjà pas sûr de voir l’aube.


          Jour du 29 Octolliard :

J’ai bien sympathisé avec Excel Hans,  bien qu'il soit un peu bizarre, toujours dans la lune et tellement vivace en même temps. Je ne crois pas qu’il ai évoqué la nuit de l’attaque depuis, j’ai l’impression qu’il estime que j’ai fait ma part du travail, tout comme il remplit la sienne en ce moment en disséquant un scordion bleu. C’est ce qui me plaît chez lui je crois, cette vision simple des choses. Je l’ai vu hier au saloon en train de discuter avec Idarfen madjika, le responsable du comptoir créé par la Corporation Parafiole. Je dois dire que l’organisation a l’air un peu louche. Je lui en ai parlé rapidement mais il m’a dit que rien ne l'intéressait sinon les recherches scientifiques. J’espère qu’il ne lui arrivera rien.


          Jour du 31 octolliard :

Les mercenaires ont enfin repris les devants et nous affirmons notre progression avec notre deuxième campement, établis en territoire Cacterre. L’environnement paraît encore plus aride et la gestion de l’eau est primordiale. Ce n’est pas moi qui m’en charge, Jiva merci, mais je m’assure quand même de la gestion de ma propre ration. Navré mais c’est trop important pour laisser la chose à quelqu’un d’autre.

La zone est habitée non plus par des animaux mais par des autochtones habillés avec des cactus, et ils paraissent raisonnables. Personne n’a réussi ni même essayé en fait, mais j’ai le sentiment que l’on pourra communiquer avec eux. L’un deux nous observe depuis plusieurs heures depuis un rocher mais je ne perçois aucune hostilité, simplement de la curiosité. Il va s’en dire que je reste sur mes gardes.


           Jour du 1 Novamaire :

La nuit dernière, je me suis aventuré seul entre les roches et les plantes du désert. Je me suis rappelé la raison de ma présence ici et les souvenirs de mon frère m'ont rendus nostalgique. J’ai entendu des rumeurs au saloon, selon lesquelles la pyramide au sommet de l’île est maudite. Il paraît que la nuit, elle appelle les vivants pour les attirer dans son antre. Après une heure de marche dans le sable rendu frais par la nuit, j’ai trouvé un perchoir en hauteur sur lequel j’ai grimpé et je l’ai enfin aperçu. Très mal en fait, la gorge des Vers hurlants, maudite soit elle, bloque tout espoir de panorama intégral, mais j’ai quand même aperçu son toit ambré qui défie le ciel. La couleur, la taille, l’imposant édifice qui… Ouais, je crois à cette rumeur d’attraction. Je crois que je suis resté deux heures à baver dans le vide, perdu dans mes pensées. Bon sang j’ai même fait un pas en avant, un de plus et je chutais de plusieurs mètres de haut. Sans vouloir l’admettre, je savais ce que mon cœur me disait : mon frère est là-bas.     


          Voilà capitaine, j’ai rempli ma part du marché. Je sais pas si vous avez prévu de rester mais pour ma part une chose est sûre : Je rentre pas sans Layn.
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Score : 1387



[Pour ceux qui souhaiteraient préserver leur rétine, le texte est dispo en tapuscrit ci-dessous]

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

Les grains roulent les uns sur les autres.
 Certains s’envolent entrainés
 Par un vent qui n’est pas des nôtres
 Et la dune s’est avancée

 
 
Au soleil couchant, sur le flanc chaud de la dune, il n’y a pas de meilleur son, de meilleure sensation, que d’y planter son sabre courbé, et de sentir sous l’acier le sable crisser.

 
 
6 jours après le départ.

Je ne pensais pas avoir à utiliser ce carnet, mais les circonstances me l’imposent.

Dès le deuxième jour j’avais senti une présence singulière qui s’abattait sur le campement à la nuit tombée. Mon instinct, et celui de mes collègues, ne mentait pas : il y avait quelque chose derrière les dunes.

La troisième nuit, j’aperçus plusieurs silhouettes se mouvoir entre les crêtes. Par excès de prudence, je fis sonner l’alerte pour nous préparer au pire, mais rien. Plus rien. Après des heures de patrouille, les présences avaient disparu, les bruits s’étaient tus.

La quatrième nuit, nous avons perdu le cuisinier, dans un incident regrettable. Mais les présences ne s’étaient toujours pas manifestées.
La cinquième nuit je vis une lueur bleue au loin, qui disparut aussitôt. Puis, rien de plus.

La sixième nuit, ils étaient là. Décidé à combler ce mystère, je m’aventurai avec un mousse de quart, vêtu de mon armure légère, de mon sabre et de ma détermination. Le sable était remué par d’innombrables sillons. Le jeunot prétexta un besoin naturel et retourna au camp. Moi je suivis les traces, m’enfonçant un peu plus dans l’immense erg que nous traversions.

Au bout de quelques dizaines de minutes, je me suis retrouvé au creux d’un vallon sablonneux. Le silence, puis… à gauche, à droite, le liquide minéral se mit à dévaler les pentes droites. Un glissement doux et puissant qui m’enchanta si bien que je finis par en être recouvert. Au même moment, le sable sous mes pieds se dérobait et je sombrai sous la dune.

Je viens de me réveiller. Si vous trouvez mon corps, je suis Clémento Baihi et j’aime ma femme (6 avenue des Pommiers, quartier des artisans de Bonta).



 
1 jour sous le sable
 
Je me situe dans une sorte de grande caverne. De hautes voûtes rocheuses soutiennent le plafond, et, par endroit, des trous laissent passer du sable. C’est de là que je viens. D’autres niches ne sont pas obstruées, et sont traversées par quelques rayons de soleil. Mon bras droit s’est cassé lors de ma chute, et je n’arrive plus à marcher. Je ne sais pas combien de temps je suis resté inconscient. Autour de moi j’ai remarqué toute une série de petits sillons, les mêmes que la nuit dernière.

J’aimerai l’y voir, le lieutenant qui m’avait vendu une misère moins pénible au soleil, j’aimerai l’y voir dans cette galère.

En revanche, je dois bien avouer que l’air de cette cathédrale rocheuse est bien plus frais et agréable qu’à la surface. Un vent léger tourbillonne en permanence dans cette grande coupole qui, à première vue, fait au moins 200 toises de diamètre, et pas moins de 30 de hauteur.

Tout à l’heure, j’ai entendu une goutte d’eau tomber. Une dizaine de minutes après, une autre. Cela semble venir de derrière la butte de sable qui est en face.

Je me suis mis à ramper péniblement. Je suis arrivé aux trois quarts du chemin, mais je dois me reposer.
 



2 jour sous le sable

Ce matin en me réveillant, je n’étais plus affalé sur la butte, mais au bord d’une longue flaque placide. C’est là que s’échouaient les gouttes, toutes les dix minutes.

Porté par la soif, j’ai lapé sans retenue tout ce qu’il m’était permis de boire dans cette source inespérée.

Je suis toujours incapable de marcher. Mais plus surprenant, je remarquai que ce que je prenais pour un rocher immobile à l’autre bout de cette flaque avait en fait un visage. Je l’ai interpellé, mais la silhouette a immédiatement pris la fuite.

La faim me tordait les boyaux. Et toujours incapable de bouger. Je restai là quelques heures, le temps de méditer sur mon sort et ma situation.

Alors que je somnolais, quelques cliquetis résonnèrent dans la cavité. Au sommet de la butte derrière moi se dressait une sorte de cloporte aussi gros qu’un bouftou. Il me jaugeait, de tous ses yeux. Ses pattes-mandibules s’articulaient vivement en l’air. Puis il se mit à dévaler la pente dans une frénésie incalculable. J’ai empoigné mon sabre de la main gauche, m’apprêtant à livrer ma dernière bataille.

Il n’en fut rien, car, au moment fatidique, une voix cristalline hurla une déchirante complainte dans un langage abscons. C’était la silhouette de la flaque qui refaisait son apparition, et qui fonçait vers moi à une vitesse ahurissante. L’insecte obèse s’était arrêté net.

Emmaillotée dans une cape bleue, la crieuse tira un grand coup de pied dans mon sabre qui sombra au fond de la flaque. J’eus bien envie de crier au scandale, mais je préférai me faire tout petit, à raison.

Le cloporte s’en alla paître ailleurs, laissant derrière lui des sillons singuliers dans le sable.

Ma sauveuse turquoise arborait des traits enragés. J’essayais de lui expliquer la situation, mais la barrière de la langue était infranchissable. Ou presque. Je parvins à lui communiquer mon incommensurable besoin de manger à grand renfort de gestes mimés.

Elle a lâché ce qui s’apparentait à des jurons, avant de disparaître dans sa nature. Puis elle est revenue, avec une outre qu’elle m’a fait boire. Il n’y a pas de mots pour décrire à quel point cela est immonde. Immonde, mais nécessaire.


 

3 jour sous le sable

La fille azuréenne est revenue me voir, plusieurs fois, sans parler. Elle m’a redonné son infâme mixture à boire.

Je reste près de cette flaque, toujours dans l’incapacité de marcher.

 
Le sable chaud avale tout
 L’eau, la vie, et les fiers bretteurs ;
 Tandis que les roches en-dessous
 Bercent les guerriers de leurs pleurs

 
[strike]La jeunesse bleue, un soir d’été[/strike]

 


4 jour sous le sable

Enfin je me suis levé. Je boite tant bien que mal, en m’appuyant sur le fourreau de mon sabre, laissant ce dernier reposer au fond de la flaque, pour le moment.

Je cherche la maîtresse des lieux. Sans succès. J’ai fait le tour des parois de l’édifice souterrain, et aucun passage ne semble mener à l’extérieur.

Je me poste en haut de la butte la plus haute, et j’attends.

Au bout de quelques heures, j’entends un bruit sourd tout près, et c’est éberlué que je découvre l’insecte au millier de pattes sortir du sable avec, sur son dos, arrimée d’une bien étrange manière, ma compagne d’infortune.

Elle et lui sont bien surpris de me voir debout. Lui court se cacher dans un coin de la caverne, et elle se transforme en statue de marbre bleu. Je me suis approché, très doucement, pour ne pas l’effrayer davantage. Je lui parle, bien qu’elle ne me comprenne pas, afin de transmettre mes intentions par le ton employé.

Nous avons fini par nous asseoir côte à côte sur des rochers. Son cloporte de compagnie nous observant de loin, à mon plus grand bonheur.
Nous partageons cette sempiternelle outre de laquelle je suis l’esclave.

J’ai réussi à lui apprendre mon nom, elle m’a appris le sien : Nao

Son visage est étrange, bien différent de ceux de la capitale. Dur, mais aussi enfantin, d’une certaine manière.

Elle repart à dos de son étrange monture. Et me voilà seul.

 



5 jour sous le sable

Ce matin, un bruit étrange m’a sorti de mon sommeil. Quatre énormes vers étaient agglutinés, la tête enfoncée dans la flaque, comme s’ils se disputaient les meilleurs morceaux d’une prise. Tout en douceur, je me suis réfugié sur la paroi d’une des colonnes rocheuses, le plus haut que m’a permis l’état de mon bras droit et de mes jambes en rémission.

Au bout d’une heure, il ne restait plus qu’un seul ver, le plus petit, d’une taille néanmoins tout à fait terrifiante, qui mâchait le sable humide, seul vestige de la flaque.

Pour certaines raisons, il remarqua ma présence. Je ne parvenais pas à distinguer les yeux sur sa tête. En revanche, sa mâchoire était pleinement visible et inquiétante. Il essaya de sauter, de se hisser, de s’enrouler, mais il ne réussit pas à m’atteindre.

Déçu, mais patient, il se mit à nager dans le sable tout autour de mon perchoir, tel un squale autour d’un récif.

À ce jeu il aurait gagné si, au bout de quelque temps, ma sauveuse et son hideux destrier n’étaient pas entrés en scène.

Je tentai de l’avertir par de grands gestes qu’il y avait un ver en patrouille, mais elle ne comprit que trop tard. Le cloporte fut englouti dans une série de cris stridents. Le sang bleu de l’animal gicla tout autour.

Mon amie, qui se tenait plus loin, se transforma en furie et se serait jetée dans la gueule du ver si je n’étais pas descendu pour l’en empêcher.

Le prédateur annelé, repu, s’en alla dans les profondeurs du désert.

Inconsolable, Nao était recroquevillée dans un coin de l’immense cave, pleurant son défunt partenaire. Je me demande bien quel genre de liens ils avaient pu entretenir.

Manifestement, nous étions désormais tous les deux prisonniers de l’endroit.

 
Celui qui n’a pas d’yeux ne peut pas avoir de cœur.

 

J’ai cherché mon sabre aux alentours de feue la flaque, mais rien. Un des vers a dû l’avaler.




 
6 jour sous le sable

Nao faisait toujours son deuil à l’endroit où son cloporte avait été emporté par les crocs. Voyant que la flaque est loin d’être reconstituée, j’ai essayé de faire prendre conscience à Nao que notre situation est critique.

Finalement elle se rend aussi à cette évidence, et se met immédiatement à creuser à un endroit précis, non loin de là où elle avait émergé avec son compagnon mandibulaire.

Avec nos mains, nous creusons sans interruption. Par mégarde j’effleure la sienne à plusieurs occasions, et j’essaye de lui afficher un sourire de compassion. Mais cet enfant est pris dans une tristesse infinie.

Peu de temps avant le coucher du soleil, nous avons atteint un tunnel étroit, dans lequel nous nous sommes glissés.

Après quelques autres opérations de déblayage de sable, nous nous extirpons du sol, au grand air, enfin.

Nous « bivouaquons » sous une tente improvisée pour la nuit.





 
7 jour après la chute

Cette fille semble complètement perdue. Elle a le regard vide, et ne sait manifestement plus quoi faire, ni où aller.

Je décide de repartir en direction du navire, et, curieusement Nao me suit. Elle énonce mon nom plusieurs fois, tout en sanglotant, et en y ajoutant quelques bribes de son étrange langue.
 
 
Le vent continue de souffler
 Le sable continue de couler
 Les vagues continuent de s’échouer
 Mais le guerrier a bien changé
 Un sabre perdu, un cœur réparé
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Score : 1030
Alizée Jyde, Fecatte et mercenaire employée par la cité de Bonta, dans le but de définir le niveau de dangerosité de l'île Saharach.



19 Octolliard

Tout juste une journée après la découverte de mystérieuses terres, aujourd'hui communément appelées Saharach, et après un petit périple en bateau à voile, notre expédition mis pied à terre, ou plutôt pied à sable. Avant même que ce soit le cas, nous avions eu le temps d'appréhender ce qui nous attendrais, en apercevant, à quelques centaines de kamètres alors de la côte, l'architecture globale de l'île. Un premier constat fût simple à établir, une civilisation était déjà établie sur ces terres, comme en attestait l'imposant phare qu'il était impossible de louper. Et second point, aucun signe d'un amarrage Brakmarien, ce qui nous promettait la tranquillité, du moins pour un temps, et me confirmait à titre personnel la douzienneté des espions Brakmariens, à qui il arrivait aussi de lâcher du leste apparemment.

Rien de plus à noter pour un premier coup d'oeil, si ce n'est que les couleurs ternes qui habillaient l'île coïncidaient avec l'augmentation flagrante de température à mesure que nous nous approchions du rivage, si bien que l'on s'attendait à voir d'une minute à l'autre l'eau de mer commencer à bouillir !

Cependant, la température chuta de manière conséquente au cours des minutes qui suivirent, tout comme le soleil de son firmament, le voyage bien que relativement paisible nous avait pris la journée entière. Et malgré que nous soyons fortement excités à l'idée d'explorer l'île, nous ne pouvions nous permettre de nous aventurer vers l'inconnu à la tombée de la nuit. Du moins pas le premier jour alors que nous ignorions tout de ces contrées. 


20 Octolliard

Nous fûmes réveillés par la chaleur étouffante qui régnait dans les tentes dès le petit matin. Nous étions tels des patates cuites à la vapeur, transpirants et haletants, et d'ores et déjà en train d'amenuiser nos réserves d'eau. A peine eurent nous le temps de nous rafraîchir qu'il fallait se mettre en route. L'île était entourée de pitons rocheux, d'où le phare surplombait l'une des falaises, et le seul chemin où l'on pouvait s'aventurer était un escarpement dont l'un des débouchés était la plage où nous nous trouvions, et qui menait on ne sait où. Notre premier objectif fût le phare, surement y trouverions nous les indigènes locaux, tout en espérant qu'ils soient pacifistes.

Cela prit moins longtemps qu'escompté pour trouver la-dite civilisation indigène. Après quelques minutes de marche, l'allure et l'enthousiasme d'hier étant déjà refroidis ,et non réchauffés, par le soleil de plomb, nous tombèrent sur ce qui s'annoncera être le seul petit village de Saharach.

Il n'avait pas l'air de prime abord d'être habité, tant les rues étaient désertes et les échoppes en piteux état, probablement abîmées par le temps et les régulières tempêtes de sable qui faisaient rage, comme actuellement. Nous vinrent nous réfugier dans le plus imposant des édifices, le sabloon comme le mentionnait l'enseigne, ce qui était le signe qu'on pouvait s'attendre à ce que la population locale parle un dialecte similaire au notre. Nous venions juste d'entrer dans l'établissement, vide de vie, que nous ressentions une présence dérangeante et malsaine peser sur nous. Nous prirent la journée pour inspecter le village et ses proches environs, le sabloon étant devenu le point central où nous nous retrouvions pour relater nos découvertes. Le danger n'était visiblement pas proche, mais quelque chose clochait. 

Nous ne fîmes aucune trouvaille dite de ce nom dans ce village, si ce n'est pour les scientifiques qui purent analyser tout un tas d'espèces locales adaptées à son environnement, mais cela vous en apprendrait plus dans leur rubrique, aucune n'étant assez dangereuse pour qu'un mercenaire s'y intéresse.

Nous allèrent donc nous coucher le soir venu, bien qu'il fût dur de trouver le sommeil dans le sabloon, dont l'ambiance ne m'inspirait guère confiance.


31 Octolliard

Et c'est alors là que les ennuis ont commencés... mais que les choses sont devenues intéressantes! Ce n'est que récemment que j'ai pu me faire une idée sur le jour que nous étions à ce moment là, mais à mon réveil, j'avais l'impression d'avoir hiberné tel un glours en période hivernale post Comte Harebourg. Mais plus important, je ne reconnu pas le Sabloon lorsque j'ouvrit les yeux. En fait, je ne reconnu rien du tout, car aucune lumière ne parvenait à me yeux. Il me semblait également être ligotée de la tête aux pieds, empaquetée tel un cadeau mal, et trop ficelé.

Après quelques minutes d'houleux efforts, je parvenais tant bien que mal à faire des gestes un peu plus amples, et remarqua ainsi que je semblais être dans un cercueil.

Encore quelques minutes plus tard, à peu près libérée de mes entraves, qui semblaient être plus apparentes à des morceaux de tissu qu'à des cordes, j'entrepris de me libérer de l'oppressant cercueil. Il me semblait que si je n'avais pas l'habitude d'avoir un sommeil léger, souvenir de mes anciennes périodes de garde de boufton étant petite, j'aurais très bien pu dormir quelques décennies de plus.

La pièce que je découvrit me laissa pantois quelques secondes. Dénuée de fenêtres, péniblement et faiblement éclairée par quelques torches ici et là, elle présentait de nombreuses richesses, si bien qu'il fût impossible de toute les nommer. Mais très vite, un détail qui n'en était pas un retint toute mon attention. Sur tout le pourtour de la pièce était aligné des cercueils tel celui duquel je sortais. La première pensée qui me vint à l'esprit, et qui s'avéra être juste, est que chaque membre de l'expédition devait occuper un de ces cercueils, bien que leur nombre dépasse clairement celui de l'effectif de notre groupe. Je parvins au prix de grands efforts à réveiller la majorité d'entre eux (même les sadida !), et continuait sur ma lancée, tandis qu'eux s'interrogeaient à juste titre sur ce qui nous était arrivé, quand au moment d'ouvrir un de ces cercueils, une main bandée me gifla d'une telle violence que je fis un bond de deux mètres et qu'il me fallut quelques secondes pour me remettre de ces émotions.

Je me relevais avec peine, aidée de la main d'un confrère, toute notre attention et nos regards étant fixés sur ces cercueils, qui, un à un, s'ouvraient et laissaient apparaître les lugubres silhouettes de corps semblants désarticulés, émergeant d'un profond sommeil. 

Un scientifique s'écria avec un brin de folie qu'il devait s'agir d'un processus de clonage ou de transmission de gènes, à l'aide de bactériophages (ou phages) inconnus, qui valut aux cercueils d'être nommés sacs aux phages par ce scientifique un peu foufou.

Mais nous n'eurent pas le temps de nous moquer de lui, à part un iop un peu benêt qui ricanait en répétant maladroitement "sarcophage", car ces corps bandés dénués d'âmes marchaient déjà vers nous, comme alertés par la voix criarde du scientifique, à une allure certes lente, mais sinistre. Il fallait déguerpir d'ici en vitesse. En premier lieu, repoussant les lourdes portes de pierre qui semblaient êtres la seule issue, nous nous mirent à courir à travers les dédales chaotiques de cet endroit dont nous ignorons encore aujourd'hui maintes choses. Puis voyant que l'on n'était plus poursuivis, nous marchions à une allure soutenue, pressée par la faim et la soif qui s'annonçait déjà, mais ralentie par la fatigue qui nous tiraillait, et par la peur de voir surgir un danger à chaque recoin. L'enutrof archéologue de notre troupe nous ralentissait également, s'attardant par moment sur des babioles tout les kamètres. Mais lui nous plus n'échappait pas à la famine qui régissait notre humeur.

Nous passèrent prudemment devant l'entrée de ce qui semblait être le coeur de cet endroit, aux vues des richesses sans précédents et de l'imposante ampleur de la pièce, avant que nous nous précipitâmes, ignorant les dangers, et la pièce semblant vide, vers le buffet qui trônait en son centre.

Nous comprirent rapidement notre erreur et notre manque de jugement, lorsque ce que l'ont aurait pu prendre pour de toute petites statuettes aux facettes triangulaires se mirent à faire un boucan d'enfer, et à nous aveugler de milles feux et de milles artifices. Les portes adjacentes de la pièce s'ouvrirent alors dans les secondes qui suivirent, précédant des sortes de monstre douziennes, aux oreilles de chats et parés d'or et de richesses diverses. Alors que nous détalions aussi rapidement que nous le permettait notre état, et ces statuettes de l'enfer, un dernier coup d'oeil en quittant la pièce me permit d'apercevoir ce que contenait l'immense sac aux phages central qui venait de s'ouvrir, dont ma première idée avait été qu'un aussi grand ne pouvait être que de la décoration. Enfin, juste les mains, j'aperçus juste les mains, visiblement puissantes et tout aussi imposantes que le sac aux phages qui aurait mieux valu ne pas s'ouvrir, pour nous impuissants aventuriers.

Ni une ni deux, ne cherchant pas à en apprendre plus sur le monstre à qui appartenait ces mains, je filais en trombe, rejoignant rapidement mes compagnons. Ignorant cette fois-ci la faim, la soif et tout danger présent au devant de nous, nous cherchions seulement à nous éloigner le plus rapidement possible de celui présent derrière. Les dédales qui semblaient calmes encore quelques minutes auparavant regorgeaient maintenant de monstres aux silhouettes mortuaires, les flammes paisibles des candélabres frissonnaient, tout comme les projections d'ombres qu'elles émettaient, et même les moins craintifs des iop avaient perdus leur sourire.

Après une fuite qui sembla avoir duré une éternité, et seulement en compagnie d'un quart approximativement de l'effectif de départ il y a de cela plusieurs jours, nous parvinrent devant une architecture qui faisait contraste avec le lieu. Une sorte d'auréole d'où émanait de la magie. Mais le temps étant contre nous, toujours poursuivis par des hordes de créatures auxquelles on n'osait pas se frotter, nous filâmes en direction de cette intrigante architecture. Et alors la seconde d'après, nous respirions l'air extérieur. 

Nous ne courions plus, la peur avait laissé place à un vide, et à un silence pesant, certains pleuraient leurs connaissances qu'ils ne retrouveraient sans doute jamais, d'autres avaient le regard perdu. Mais une poignée d'entre nous retrouva vite la raison, on pouvait déjà apercevoir une tempête de sable qui se dirigeait vers nous. Nous n'avions aucune idée de où nous étions, mais une chose était sûre, nous devions nous abriter. Nous jetâmes quasiment tous un dernier regard derrière nous vers l'édifice qui nous avait tant mis à l'épreuve, avant d'entamer la marche.

Nous étions tous à bout de force lorsque nous tombâmes sur ce qui semblait être une serre. On se jeta de rapides coups d'oeil entre nous pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un mirage, et en ayant la certitude que ce n'en était pas un, nous nous aventurions vers elle. Nous prîmes un repos bien mérité, la serre regorgeait de quoi nous substanter, de divers fruits et légumes bien connus dans le monde des douze. Le peu de scientifiques ayant survécu jusque là laissa fonctionner leur imagination à bon train sur des théories qu'ils mettaient en confrontation. Le silence commençait à se rompre, et nous reprîmes des forces. Voyant le soleil commencer à disparaître à l'horizon à travers les vitres de la serre, nous décidâmes de passer la nuit ici, probablement l'endroit le plus sûr de cette île.


1 Novamaire

Le lendemain, la nuit nous ayant requinqué, et ayant les idées plus claires que la veille, nous décidâmes de nous préparer à rentrer au navire. Ayant voulu prendre de court les brakmariens, nous avions conclu que notre cité n'avait pas prévu tout les dangers et ressortissants que pouvait contenir l'île.  Et aussi parce que suite à l'incubation dans les sacs aux phages, nous n'étions pas sûrs de pouvoir rester maîtres de nous même encore longtemps, peut être finirions nous comme ces "bandelettes", comme les avaient instinctivement appelés les iop mercenaires. Des questions restaient en suspens, comme : qui nous avaient enlevés ? puisque visiblement les créatures mortuaires ne pouvaient quitter leur antre. Quel jour étions-nous ? et finalement, allions-nous nous en sortir ? L'une des questions trouva rapidement une réponse, quand l'un des huppermage scientifique nous annonça que durant la nuit, après avoir étudié la position des astres dans le firmament, il en avait déduit que nous devrions être le premier jour de Novamaire. Nous avions donc passé tant de jours inconscients. Heureusement qu'aucun boufton ne s'attendait à être nourri par nos soins durant ce moment. Nous prirent la route peu de temps après, après avoir dépouillé les arbres fruitiers de leur production, que nous transportions dans des sacs trouvés dans la serre. En plus de l'apport en sucre, ils s'avéraient également fort juteux et rassasiaient notre soif.

Après des heures de marches, ponctuées de courts arrêts pour étudier les nouvelles espèces d'animaux, d'insectes ou de plantes qu'on rencontrait, nous arrivâmes à proximité d'un village, en apparence tout aussi inhabités que celui que l'on avait découvert à notre arrivée sur l'île. Ne voulant réitérer nos mésaventures passées, nous avions décidés de ne pas nous attarder et de continuer notre route. Mais alors, tournant la tête une dernière fois afin d'observer le village, je me pris un cactus de plein fouet, qui je l'aurais juré, n'était pas là une seconde auparavant. Et c'est alors que la face en sang et couvert d'épines, j'eu l'impression que... oui, de me faire engueuler par un cactus. Tout l'auditoire était bouche bée, soit il s'agissait d'une hallucination collective, mais les épines ensanglantées que j'extirpais de ma peau m'en prouvait le contraire, il y avait bien un cactus devant moi, et pas du genre à rester tranquillement sur place, non, celui ci s'en alla visiblement contrarié, en direction du village.

Ce fût le dernier épisode étrange de notre aventure, les heures qui suivirent à déambuler en longeant le piton rocheux qui devait être le contour de l'île furent plombantes, nous avions épuisé nos réserves de fruits, notre morale au cours de la journée avait fortement baissé et nous nous demandions ce qui prendrait fin en premier, notre périple ou notre vie. Un iop un peu plus intelligent que les autres proposa d'aller éventrer le cactus rencontrés plus tôt, peut être y trouverions nous de l'eau à la place de sang. Mais on était déjà à une demi journée de marche du village que nous avions vu, c'est probablement le temps minimum qu'il faut à un iop pour avoir une idée.

Et enfin, nous tombâmes sur le village proche de la côte où était amarré notre navire.

Les visages de mes compatriotes reprenaient vie, ainsi que leurs espoirs. Il nous fallût une petite heure de plus afin de rejoindre le navire, où nous purent nous rassasier, revigorer et définitivement nous reposer l'esprit tranquille.

On a prévu de repartir demain ou après demain, on est encore plein d'hésitation, et de regrets quand à cet endroit. On aimerait bien en savoir plus, sinon nous ferions honte à la citadelle blanche. Toujours est-il que nous passerons nos prochaines nuit dans le navire et nous aventurerons seulement en groupe sur cette île. Elle recèle de nombreux dangers et parts d'ombre que nous n'avons su éclaircir. Peut être prendrons-nous un jour pour aller inspecter le village au cactus. Pour le moment nous avons-encore les idées claires, mais si l'un de nous subitement ressent les effets de notre incubation dans les sacs aux phages, qui sait ce qu'il adviendra...
Puisse ceci ne pas être le dernier mémoire de notre aventure.
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Score : 628








[Pour ceux qui auraient du mal à lire le carnet, l’histoire est également disponible ci-dessous en texte brut]

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

Journal de Bérangère Bivor, horticultrice d’Amakna et disciple de Sadida

Avant le voyage
Alors que je cultivais mon potager à Amakna, j’entendis une annonce : un capitaine d’un grand navire s’apprêtait à mener une expédition sur Saharach, une île encore inexplorée ! Je m’empressai de signer pour faire partie de l’aventure. C’était pour moi l’occasion de mettre en valeur mes talents d’horticultrice en faisant germer toute une flore sur un sol vierge !
Je me préparai pour mon voyage et puisai dans ma grande réserve de graines. Je pris également ma gourde, pour avoir de quoi arroser mes plantes. Une fois prête, je me précipitai pour embarquer dans le navire au port de Madrestam… j’avais déjà hâte d’y être !

Pendant le voyage
À l’intérieur du bateau, je fis la connaissance d’Alizée Jyde, une mercenaire de Bonta. Durant le trajet, qui dura plusieurs mois, nous discutâmes longuement, elle de contrats et moi de botanique.

19 Octolliard
Lorsque nous fûmes arrivés à destination, je rejoignis un groupe de chercheurs où travaillait Excel Hans, un grand scientomage qui avait l’air de s’y connaître en plantes ! Cependant, il n’était pas très apprécié par les mercenaires, qui le trouvaient lunatique et lui reprochaient de trop privilégier ses recherches au détriment du groupe.
Près d’un campement, je trouvai une terre desséchée, qui n’attendait que moi pour lui donner de la verdure ! Je me suis donc attelée à la tâche et ai commencé à quadriller le terrain, puis j’ai choisi les parcelles qu’occuperait chaque type de plante. J’ai ensuite sorti ma réserve de graines, que j’ai plantées en creusant dans le sable.
Après avoir versé l’eau de ma gourde aux emplacements des graines, je suis partie rejoindre le campement, où j’ai rencontré Serf, un jeune Osamodas qui retranscrivait tous les carnets des membres de l’équipage. Il n’était certes pas très malin, mais lui au moins, il faisait bien son travail, pas comme ces bons à rien de mercenaires !
Cette première journée à Saharach fut pénible, car plus l’heure avançait, plus la chaleur devenait étouffante… Et pour ne rien arranger, la nuit, je grelottais sous ma couverture !

20 Octolliard
Le lendemain, lorsque je suis partie voir mes plantations, la terre que j’avais cultivée était complètement sèche. Comme il ne restait plus d’eau dans ma gourde, j’ai été en chercher dans le campement, mais alors que j’arrosais mes graines, des mercenaires mécontents vinrent me trouver…
Ces derniers me reprochèrent de gaspiller la réserve d’eau ! J’ai tenté d’expliquer à ces pauvres demeurés à quel point il était primordial de cultiver le sol pour de futures récoltes abondantes, mais ils ne voulurent rien entendre et me confisquèrent l’eau… À cause de ces écervelés et de ce climat insupportable, elles ne risquaient pas de pousser, mes plantes !

25 Octolliard
Ça ne s’arrangea pas les cinq jours suivants, car avec cette canicule, rien ne germait ! L’après-midi, une grosse tempête de sable se déchaîna sur le campement, et je dus alors me réfugier dans un abri. Une fois les dernières brises passées, je courus voir mes plantations, et je découvris qu’il ne restait plus rien : le vent avait tout emporté !
J’ai alors décidé d’aller accompagner Excel Hans dans un cimetière un peu plus au nord du campement. Après plusieurs heures de marche, nous entendîmes soudain des cris et coururent voir de quoi il s’agissait. Nous tombèrent sur un groupe de mercenaires qui avait subi l’assaut d’une horde de léolhyènes. Certains avaient fini déchiquetés, et Emre, l’un des mercenaires, venait tout juste d’achever une de ces affreuses créatures…
Après cette journée exténuante, nous allâmes nous reposer dans un bivouac.

26 Octolliard
Le lendemain, Excel souhaita explorer davantage le nord des dunes, mais je choisis de rester, préférant ne pas trop m’éloigner du campement. Une fois qu’Excel avait quitté les lieux avec son groupe, je me retrouvais seule… mais pour peu de temps, car je fus rapidement rejointe par un nouveau groupe, que je n’allais pas oublier de sitôt !
C’était une petite troupe menée par Hermine Daure, une chercheuse de trésors, qui était accompagnée de cinq mercenaires, d’une Roublarde, ainsi que d’Hermag Hazine, un journaliste de la Gazette d’Amakna. Hermine me proposa de rejoindre son groupe, et je la suivis.
Nous nous dirigeâmes vers l’est du cimetière. En chemin, Hermine me raconta qu’elle était partie sur Saharach en suivant les conseils d’Oscar Huspice, un Enutrof qui lui avait prédit qu’elle ferait fortune en trouvant un trésor enfoui sur l’île. Lorsque le soleil se coucha, Hermag aperçut au loin une grotte, et Hermine décida d’aller l’explorer. Nous y entrèrent donc et Pascal Hert, un des mercenaires, se proposa pour monter la garde à l’extérieur.
Une fois installés, Hermine s’empressa de donner des directives pour que nous commencions à chercher dans la caverne. Après une demi-heure de recherches infructueuses, la Roublarde trouva une grosse pile de rochers qui obstruait un passage. Elle voulut alors exploser les roches à l’aide de ses bombes, et Hermine approuva son idée, à mon grand regret…
Après l’explosion, nous découvrirent que la salle cachée ne contenait aucun objet de valeur. Soudain, nous entendîmes un grondement : la détonation avait provoqué un éboulement ! Nous furent donc tous pris au piège, à l’exception de Pascal… Nous allumèrent alors un feu et mangèrent nos vivres, attendant désespérément les secours.

28 Octolliard
Deux jours plus tard, nous épuisèrent nos dernières réserves de nourriture. Les mercenaires accusèrent alors la Roublarde d’être responsable de tous leurs maux…

29 Octolliard
Le jour d’après, nous durent nous nourrir d’insectes. Cela ne réussit pas à notre journaliste, qui avait l’air mal en point.

30 Octolliard
Une journée plus tard, nous étions affamés. Dans un excès de folie, les quatre mercenaires se ruèrent sur la Roublarde pour l’attaquer. Nous tentèrent de la défendre, mais ils nous maîtrisèrent. Ils nous ligotèrent ensuite et tuèrent la Roublarde, puis la firent griller pour la manger.

31 Octolliard
Un jour après cette immonde scène, nos agresseurs se jetèrent sur ce pauvre Hermag, puis le mangèrent tout cru. Quelques heures plus tard, les mercenaires devinrent pâles puis vomirent leur repas, avant de s’écrouler sur le sol et de mourir dans une lente agonie. Notre journaliste avait manifestement mangé une bête vénéneuse, heureusement pour nous !

1 Novamaire
Le lendemain, alors que nous commencions à perdre espoir, nous entendîmes du bruit et des voix provenant de l’extérieur : des explorateurs venaient nous secourir ! Ils dégagèrent le passage et nous retrouvâmes Pascal, qui les avait avertis et nous donna des vivres.

2 Novamaire
Après une journée de marche, nos sauveurs nous ramenèrent sains et saufs au campement. Là, je m’empressai de retourner à bord du navire, pour quitter cette île au plus vite…

Ici s’acheva le périple de Bérangère Bivor, qui souhaita aller reprendre sa vie paisible à Amakna pour veiller sur son potager…
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Score : 345
« Il s'appelait Etch, et c'était le Best.

Bien sûr, nous arriverons bien vite à la conclusion que ce n'était qu'un sobriquet. Vous l'avez connu, peut-être à votre insu ; Il était l'un des cuisiniers de cette expédition en terre inconnue. Bien qu'on puisse partiellement lui reprocher les caprices de nos estomacs pendant la traversée des eaux - l'autre partie de ce mérite revenant à notre cher Capitaine - il faut savoir qu'Etch était un véritable maître de l'art culinaire ; il a simplement fait de son mieux, avec ce qu'il avait à sa disposition, c'est à dire pas grand chose, pour éviter à un maximum de monde de régurgiter chaque repas. Ça a fonctionné pour certains ! Moins bien pour d'autres... Mais personne n'est mort de faim avec lui, jusqu'à présent.

Etch était ce grand gaillard barbu et bien en chair, que d'aucuns qualifieraient de grossier personnage en raison de son langage cru et dru à la fois, souligné par un illettrisme prononcé. Malgré ce défaut d'éducation, c'était un craqueleur au cœur fondant, et il l'avait toujours sur la main ; prince de la fourchette Sufokienne, car c'est bien de là qu'il venait, jamais il n'aurait refusé de rajouter un couvert à sa table pour un badaud affamé. C'était un cuisinier engagé, membre de l'association des Restos du Keur, une oeuvre caritative destinée à lutter contre la faim et le froid dans le monde des Douze.

Aventurier émérite, assoifé d'aventures gastronomiques, Etch le Best a sauté sur l'occasion lorsqu'il a entendu parler de cette expédition. Il ne craignait ni la chaleur, ni la mer, ni la menace que représente encore cette terre aride et inconnue ; sa seule phobie, étrange mais rationnelle, lui venait de son enfance Sufokienne. Bercé par les légendes de sa terre natale, Etch redoutait les créatures des fonds marins. 
Homard Medali, ou comment mettre un nom sur son pire ennemi, sur la raison de ses insomnies, sur le point culminant de sa phobie ! Le boxeur légendaire des abysses le hantait tant et si bien qu'à la vue du moindre crustacé, ce grand gaillard hurlait à l'attentat et se carapatait à toutes jambes pour noyer son chagrin dans l'huile de foie de morue. Une faiblesse ennuyeuse pour un cuisinier, surtout lorsqu'il vit si près de la mer ... Mais pas insurmontable pour quelqu'un d'aussi passionné.



Voilà un personnage rondement présenté, mais que dire de son épopée sur Saharach ? Certes, Etch n'aura pas eu la gloire de retourner les Ô combien étranges structures qui jonchent cette île de malheur pour en dénicher tous les trésors, pas qu'il n'aura la palme de la découverte scientifique du siècle, c'est bien d'un cuisinier dont nous parlons ... Mais d'un cuisinier téméraire malgré tout ! Dès le premier jour, il préparait son bagage - principalement constitué de stocks de vivres - et le voilà parti à l'aventure avec quelques compagnons. Etch est resté fidèle à lui-même, si il lui est arrivé de brandir sa poêle pour défendre le campement comme lors de l'attaque des Léolhyènes à l'aube du septième jour, il brillait surtout lors des bivouacs : c'est à lui qu'on doit l'invention des pâtés des sables, ou plutôt, des pâtés au sable ... Pour le meilleur et pour le pire. Il va sans dire que donner du goût à cet environnement aride est un défi de taille, et pourtant, sur ce point, notre cuisinier a véritablement su dompter la Dune !

Les premières journées ont été courtes et agitées pour notre toque étoilée, enfin, surtout pour son estomac : A la découverte des premières traces de civilisation, Etch s'est rué au Saloon, et s'est mis à déguster toutes les spécialités Saharachiennes dans le but de les lister ... A commencer, bien évidemment, par la bière Cacterre : sous-estimant la puissance du breuvage, cette expérience lui a valu deux jours de soins à l'infirmerie de fortune du campement pour remédier à une gueule de bois interminable, accompagnée par des diarrhées sur lesquelles seuls les plus grands scientifiques de notre équipage s'attarderont. Une mise en bouche peu glorieuse, certes, mais qui a ragaillardi le bonhomme ! Il s'est lancé sur les traces des individus cactusesques qui peuplent cette île, et en est ressorti victorieux : bravant les frontières de la langue, Etch a apprivoisé l'une de leurs cuisinières - car oui, chez ce peuple primitif, ce sont les femmes qui cuisinent ! - et, par un savant échange de procédés culinaires, a réussi à se procurer la recette du mystérieux pain d'épices, un féculent si piquant qu'il provoque l'agueusie dans la moitié des palais qui le côtoient.

Mais l'épice n'avait pas encore livré ses secrets, et, à son retour au navire, notre cuistot a dû céder le maigre stock qu'il avait pu se procurer avec ses talents de négociateur aux scientifiques de l'expédition lorsque ces derniers ont découvert ses propriétés récréatives dangereuses. Sitôt ses aventures confessées qu'Etch repartit en territoire hostile, bravant non sans mal les terres arides et la fournaise cuisante pour atteindre son objectif : la Pikantina. Rapidement, il devint un habitué des lieux,  là encore son travail consistait à déguster et débusquer tout ce qui pouvait paraître comestible, et autant dire qu'il y avait peu de choix ... Il aurait pu finir par s'ennuyer, mais la fortune sourit aux audacieux, et c'est par le biais d'une rumeur des plus mystiques, à peine quelques mots qui se répétaient dans plusieurs bouches, qu'Etch le Best se laissa de nouveau guider sur la voie de l'aventure.

Légendes d'un fruit paradisiaque, Délice de toute une région, ou, pour mettre un mot sur son obsession ... La pastèque de Saharach ! Etch croyait comprendre ça et là que cet aliment miraculeux valait tout l'or de l'île. Aliment. Miraculeux. Il n'en fallait pas plus pour faire étinceler d'avidité les yeux de notre cuisinier. Après tout, ne s'était-il pas lui aussi engagé dans cette expédition pour connaître la gloire de la découverte ? Ne souhaitait-il pas remplir d'exploits - et de fautes d'orthographe - ce carnet si cher aux yeux du capitaine ? C'est à ce moment que son chemin s'écarta de celui de la civilisation et des autres membres de l'expédition, car, obsédé qu'il était par la fameuse "pastèque", quoi qu'elle puisse être, qui n'aurait pas crû aux lubies d'un cuisinier sur lequel le soleil aurait frappé trop fort ? C'est d'ailleurs ce fruit et sa passion qui mena Etch à sa perte ..



C'était le 31 Octolliard. Le vent soufflait dans le port de Sarakech, un vent chaud, aride, dans un cagnard dont les effluves venait autant de la boule incandescente qui illuminait le ciel que de la poudre jaune et brûlante que constituait le sol du paysage désertique. Etch le Best avait déniché un pilote téméraire, pas très honnête, pour l'emmener pardessus terre et mer en char à voile. Selon ses informations, glanées et troquées contre ses recettes aux autochtones du coin, la légendaire pastèque se trouvait là-haut, au delà des cimes les plus escarpées de l'île ; il espérait trouver un passage  vers les hauteur en partant d'une plage escarpée sur la côte ouest. Son kit de survie préparé, ses vivres empaquetés, le chauffeur lança la machine de fortune. Poussé par les bourrasques, le char fendit l'air, puis l'eau, filant à grande vitesse en direction  du nord-ouest, de longues minutes de secousses et de déferlantes qui tentaient de rappeler au cuisinier la dangerosité de sa situation ... Mais Etch n'avait que trois idées en tête : la pastèque, la pastèque, et encore la pastèque.

L'amarrage fut brutal, quelque peu douloureux, mais bientôt débarquait notre cuistot sur cette plage peu accueillante. Cette dernière était couverte d'ossements, mais contrairement aux habituelles dunes, ces derniers semblaient plus petits, plus ... humains. Le pilote lui fit bien vite comprendre qu'il n'attendrait pas son retour en jetant ses affaires pardessus bord avant de repartir en sens inverse, et notre héros se retrouva seul au milieu de cet environnement hostile ... Il avançait à petit pas, bravant les vagues de sable portées par le mistral houlant, s'engageait dans une large crevasse, comme une percée miraculeuse au milieu du canyon, à l'abri du vent, mais où étrangement les ossements semblaient bien plus nombreux ... Et il comprit bien vite pourquoi ; quelques pas à peine dans le sable chaud et derrière lui, trois horribles morsquales, ces requins des sables, gigantesques mâchoires sur pattes, le prirent en chasse. Affolé, mais pas désemparé, Etch prit ses jambes à son cou, piochant à contrecœur dans ses réserves de nourriture pour balancer ça et là des morceaux de poisson séché afin de ralentir les prédateurs. Il courut, hurla, sentit sa fin arriver lorsque les claquements de dents acérés se rapprochèrent à en résonner dans ses oreilles ... Une mâchoire se fracassa contre la pierre lorsque l'homme corpulent réussit à s'engouffrer de justesse dans un trou de ver sur la façade rocheuse.

Les assaillants s'excitèrent, hurlèrent à la mort lorsqu'ils comprirent qu'ils ne pourraient pas passer par l'embouchure. Soufflant longuement une fois les bestioles désintéressées, Etch rampa dans le fond du trou pour profiter de quelques instant d'une sécurité bien méritée après telle frayeur. Il leva les yeux et comprit que le calvaire de sa traversée du désert n'était pas encore terminé ; le tunnel concentrique, comme creusé dans la roche par une perceuse géante, continuait abruptement vers le ciel, jusqu'à perte de vue, un minuscule rond de lumière peinant à lui indiquer la sortie. Heureusement armé de ses piolets et de sa corde - après tout, le gaillard avait bien prévu que ça monterait à un moment où à un autre - il entama une interminable escalade, motivé par la pensée qu'il tomberait peut être sur le fruit de ses efforts là-haut. La sueur perlait à grosses gouttes sur son front, Etch le Best n'était pas au best de sa forme ; faut-il rappeler que l'homme bien en chair n'était pas taillé comme un athlète,  son ventre bedonnant lui pesait un peu plus à chaque geste, et le faisceau de lumière au dessus de lui s'agrandissait beaucoup trop lentement à son goût ; notre cuisinier aurait pu mourir d'effort dans ce trou de ver, mais le courage et la détermination sont des valeurs bien souvent récompensées. 

Il faisait nuit lorsque notre aventurier téméraire parvint au sommet du canyon, harassé, exténué, il s'écrasa contre la pierre brute et piocha dans son sac de provisions ce que ses bras étaient encore en mesure d'attraper pour s'en goinfrer. Repu, mais transi par le climat glacial que Saharach offrait de nuit, Etch se mit en quête d'un refuge, et il ne lui fallut pas bien longtemps pour distinguer cette silhouette massive au milieu de la poussière ambiante : aussi étrange que cela puisse paraître, une maison était comme posée au bord du précipice, à quelques pas à peine du tunnel qui lui avait valu tant d'efforts. Pire encore, l'habitation semblait occupée, à en juger par les maigres lueurs qui luisaient par les fenêtres. C'est ainsi que notre héros fit la connaissance de Fred Ricksen, un vieillard lunatique qui lui expliqua que sa maison pouvait voler comme un ballon. Une merveilleuse nouvelle pour Etch, car cette rencontre fortuite pouvait bien être la clef de son son salut ! La pastèque de Saharach à portée de main ! Après de longues heures de négociation avec l'homme, il parvint à décrocher le ticket d'or : en échange du meilleur de tous ses repas, il décollerait au petit matin vers les plus hauts sommets de l'île ; le vieillard lui parlait des oasis florissantes, de la végétation luxurieuse, d'un chienchiens heureux, de merveilles du monde des douze, jusqu'à ce que l'homme tombe de sommeil ...



L'aventure est à son apogée ; l'épopée d'Etch le Best est sur le point d'être couronnée de succès ; malheureusement, sa fin est beaucoup plus tragique, et les faits deviennent flous à ce moment de l'histoire. Ce premier Novamaire, une tempête de sable déchirante a éclaté en début de soirée, prenant tout le monde par surprise, y compris notre cuisinier, il faut croire. Avec ou sans le vieillard - qui n'a pas été retrouvé, pas plus que sa maison volante - il s'est écrasé sur la côte ouest de la Dune des ossements. Vivant mais clairement en mauvais état, esseulé au milieu des éléments déchaînés, en plein délire, Etch a été trompé par ses sens, rattrapé par ses anciens démons. Une carapace bicolore, des yeux cauchemardesques, d'énormes pinces, voilà ce qui l'attendait au tournant ; un scordion bleu me direz-vous, et vous aurez vu juste, mais pas lui. 

Homard Medali, son pire ennemi, la raison de ses insomnies, le point culminant de sa phobie, voilà ce qu'il y vit ! Notre maître culinaire a perdu tout son sang froid, à la vision erronée de son adversaire. Il a voulu fuir, mais son acuité visuelle est basée sur le mouvement ! Et le poison fulgurant, Etch n'a pu qu'en périr, lui laissant à peine le temps d'ouvrir son carnet pour l'écrire. Ainsi s'achève son périple, une fin peu enviable, une aventure brisée si près du but. Mais sachez-le bien, il n'est pas mort en vain.

Il s'appelait Etch, et c'était le Best. »



Thom Merrilin décoche l'accord final sur son oud et se lève pour saluer bien bas son public. Parmi les quelques personnes restées en cette soirée du 2 Novamaire dans la cale du navire, certains applaudissent le récit ; d'autres se contentent de terminer leur rhum, comme levant un toast à la mémoire du disparu ; d'autres encore se sont endormis depuis un moment, accablés par leurs propres soucis. Voilà deux semaines qu'il s'est engagé dans cette expédition en quête d'inspiration pour ses ballades, mais il savait déjà en embarquant qu'il aurait à conter les histoires de regrettés aventuriers ayant perdu la vie sur cette terre hostile. Lorsque, plus tôt dans la journée, il est tombé sur le corps de ce cuisinier, figé par la mort avec son carnet en main, pauvre bougre parti trop tôt, il a tout de suite senti que son histoire, à peine remaniée, ferait un bon spectacle, et un hommage grandiloquent pour le gastronome.

Dans une envolée majestueuse de sa cape bariolée, signe évident de sa profession, le barde s'avance vers la table du capitaine pour poser sous ses yeux deux pièces à conviction, deux objets qu'il a pu récupérer sur la dépouille d'Etch : son carnet personnel, qui tenait sur quatre pages à l'orthographe douteuse, Thom n'avait pas menti sur ce sujet. Et le deuxième. Une grosse balle ovale, verte, striée de rayures foncées, sorte de melon étiré s'il en est un, le festin suprême, la gloire d'Etch le Best : la pastèque de Saharach.

Spoiler (cliquez ici pour afficher le spoil)

Journal de Etch le Best

19 Octolliard : On et arriver sur lile jesper que Homard Medali ma pa suivit.

22 Octolliard : La biere Cacterre est forte et elle pique lestoma. le gout est pluto amer. Mintenan je suis malade mais il fallait bien commencait quelque part.

23 Octolliard : Sa va mieux. Il va falloir leur aprendre a brasser quand meme. En route vers le deuxieme campement.


24 Octolliard : Arriver chez les cacterres.

26 Octolliard : Jai trouver une cuisiniere et contre ma recette du Poolay Frank Hontois elle ma donner celle du Pain d'epices. Il faut :
- Du pain
- De l'epice

Leur epice est trait forte alore il faut pas en manger tro sinon on perd le gou.

27 Octolliard : J'ai trouver de l'epice, cetai dur. retour au bateau. Je crois que je vais demander a Serf de recopier pour moi parce que jecri pa tres bien.

28 Octolliard : Apparemment l'epice c'est movais pour la santer, jai donner mon stock a un des scientifiques. Tant pis pour le pain d'epice. Je me pose a la Pikantina pour choper quelques info sur la cuisine lokale.

29 Octolliard : J'ai gouter le poolay aux epices, et le taboolay aux epices, et la salade d'epices. En fait il mette leur epice dans a peu pres tout se qui ce mange, dou le gout de leur biere.

30 Octolliard : J'ai entendu parlait d'un fruit unique a Saharach, la pasteque. Il parait que c'est super rare et qu'on en trouve que dans les plus hot sommet de l'ile, a l'ouest. C'est mon nouveau but de reussir a en trouver une, je ver partir a l'aventure !!

31 Octolliard 13h : j'ai trouver un pilote pour m'emmener a l'ouest de l'ile, je part en charavoile dans une heure. Ca va etre mon aventure en solitere, je ver revenire avec la pasteque et faire le repa du siecle ! 

31 Octolliard 15h : On est arriver sur la plage et c'est pas tres akeuyant. Ya plus d'ossements que dans les dunes, et des humains. J'avance vers un passage dans le canyon, en esperant que je pourrai montait quelque part comme prevut.

31 Octolliard environ 16h : J'ai eu la frouss de ma vie avec ces requins des sable ! Ils ont bien faillit me tuer. J'ai trouver refuge dans un trou de ver, et sa monte tres haut. Il va faloire grimper.

31 octolliard nuit sui ariver en hau

31 octolliard nuit : j'ai fait la conessance de Fred Ricksen, c'est un vieux qui habite sur le Canyon. Il a une maison qui peut voler grace a des balon ! Il a accepter de m'heberjer pour la nuit et de me conduir au plus ho point du canyon. Il parait qu'y a de la vegetation la haut, a tous les coups la pasteque est la ba. Je touche o but. J'espere qu'il fera beau demin pour qu'on puiss y aller, et la pasteque serat a moi !


HOMARD MA TUER
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Score : 21
Journal de bord d'Ocrine

19 Octolliard 646

Nous venons d'atteindre Saharach ; nous avons accosté dans une petite crique il y a tout juste quelques heures, et l'équipage, fourbu, se remet doucement du trajet. Le capitaine m'a donné une réserve de papier et de charbon afin que je tienne un compte-rendu régulier de mon expédition. Il semblerait que tout le monde doive le faire – alors qu'à cela ne tienne, je m'y plierai.

Je m'appelle Ocrine. Je suis ici car j'en ai rêvé. J'ai rêvé de ces lieux, j'ai rêvé de ces vastes étendues de sable, j'ai rêvé... J'ai rêvé de l'Os du Dieu Mort.

Davantage à mon sujet plus tard. Il nous faut préparer le camp de base, que nous établirons dans notre crique. Un premier objectif vital si nous voulons espérer survivre plus de quelques jours : la chaleur était intense à notre arrivée, et voilà que la morsure du froid a pris le relais maintenant que le soleil se couche. Même ma fourrure ne suffit pas à m'éviter de claquer des dents... Enfin bon, visiblement, ça n'empêche pas une Sadidette du campement d'essayer de faire pousser des plantes malgré le climat calamiteux. Quoi qu'il en soit, nous devons monter des tentes ici, où nous sommes abrités un tant soit peu par des rochers. Nous verrons demain s'il nous est possible d'aller plus loin.

La nuit est tombée tout à fait. Nous avons installé un feu, qui réchauffe tant bien que mal nos os transis. Non loin de moi, la Fécatte qui l'a allumé avec un glyphe enflammé raconte aux badauds des histoires à la gloire de la Cité Blanche. Les deux plus jeunes recrues du groupe, Serf et Antonin, boivent ses paroles. Peuh. J'ai du mal à saisir comment le capitaine a pu laisser pareils chiochiots s'engager dans cette expédition. Il leur faudrait beaucoup de chance pour être encore vivants dans un mois... Et la survie sur cette île repose sur de la volonté, pas sur de la chance. Qu'on laisse celle-là à ces imbéciles d'Ecaflips.

Il se fait tard. Bonne nuit, journal.


20 Octolliard 646

Je me suis levée de bon mâtin, comme nous disons nous autres Ouginaks, tandis qu'une brise chaude soufflait sur le campement. L'air était empli d'une odeur étrange, un mélange d'épices et d'iode. Le soleil frappait fort, pour un premier jour d'expédition. Très vite, le campement entier s'est mis en branle, et nous avons dû désigner un meneur pour diriger nos incursions dans les terres. Un Huppermage très collier monté s'est porté volontaire. Un scientifique, je crois. Peuh.

Quoi qu'il en soit, je l'ai suivi, comme plusieurs autres. Nous avons vite découvert plusieurs établissements en planches rudimentaires au nord de notre point de mouillage, et si quelques mercenaires sont restés ébahis devant ce qu'ils considéraient comme, je cite, « la preuve que l'île était habitée avant notre arrivée », on ne me la fait pas, à moi. Ce sont des établissements de fortune récents ; n'allez pas me dire que des planches pareilles tiennent des années face au désert ! De ce qu'on m'en a dit, des membres de la Corporation Je-sais-plus-quoi, celle qui finance une partie des cerveaux du coin – dont cet insupportable chef d'expédition – ont eu l'occasion débarquer quelques jours avant nous sur l'île. Ils sont sans doute à l'origine des premiers baraquements et du Zaap en cours de construction... J'ai exposé mon raisonnement à une partie des incrédules qui m'ont rétorqué que le phare, à l'ouest, était lui inexplicable. Ils n'ont pas tort, les bougres. Ce phare, je n'ai aucune idée de sa provenance.

Lorsque le soir est tombé, certains membres du groupe – dont la Fécatte de l'autre soir, Alyzée – ont annoncé préférer le calme du saloon au vent qui souffle près de la crique pour dormir. D'autres ont rétorqué qu'à ce stade de l'exploration à l'intérieur des terres, c'était trop dangereux. Moi, je n'en ai pas grand-chose à faire ; mais en dépit de la rudesse du climat, je préfère de loin la nuit étoilée et le sable contre ma peau à l'aspect "civilisé" d'un établissement de débauche.

Me revoilà installée devant un feu de camp, à écrire. Notre guide de ce matin, Excel, je crois que c'est son nom, continue à pester contre son matériel d'analyse abîmé par le trajet, contre la chaleur des jours, contre la fraîcheur des nuits, contre la pitance servie par Jacques Kuizinne, le cuisinier du campement, et surtout contre l'incapabilité chronique de ceux qui l'accompagnent. Réfrène ta Rage, Ocrine, il ne la mérite pas.

Bonne nuit, journal.


21 Octolliard 646

Sinistre nouvelle, ce matin au réveil : les occupants du saloon de la nuit précédente sont portés disparus. J'ignore ce qui a agi ainsi durant notre sommeil, mais c'est effrayant. Une partie non-négligeable de la journée a été consacrée à l'augmentation de la sécurité de notre campement de base et du saloon. Une Roublarde à l'air « Tu m'touches, j'te bouffe », Ovée, a été affectée à la défense et au service de l'établissement – qui a officiellement été inauguré comme débit de boisson, mais qui ne propose qu'une espèce de jus de cactus ignoble. Eurk.
Quatre idiots ont d'ailleurs essayé de se cuiter avec et d'asticoter la serveuse. Deux d'entre eux sont dans un état critique. Au moins, nous sommes sûrs que le saloon est sous bonne garde.

La fin de l'après-midi est assez vide, et comme je dispose d'un peu de temps, voici quelques informations supplémentaires sur ma personne, pour les archives du capitaine.

Je suis une sans-tribu. Il est... Etonnant que ce simple aveu suffise à me faire honte. Mais voilà, ma patte tremble en écrivant ces lignes : le Divin Limier place la tribu au-dessus de bien des choses pour un Ouginak, et mon absence d'identification ou d'allégeance à aucune d'entre elles me plonge dans un grand déshonneur. Presque aussi grand que celui qui attendrait l'Ouginak qui délaisserait les siens pour trouver le confort dans la vie en ville. Mes parents, par exemple.
J'ai longtemps conçu cette filiation comme un affront cuisant. Mais je me suis battue. Je suis sortie de cette gangue de civilités. Je ne me suis pas laissée abattre. Est-ce pour cela... Est-ce pour cela que le Molosse Noir m'a envoyé ce songe ? Est-ce une récompense ? Ca ne serait pas un peu présomptueux de ta part, Ocrine ?

En parlant de songes, ils m'appellent. Je poursuivrai tout cela un autre jour. Bonne nuit, journal.


22 Octolliard 646

Aujourd'hui, nous avons établi un campement hors de la base ! Au milieu des dunes des ossements, justement nommées puisqu'il s'agit de dunes contenant des ossements, nous avons maintenant notre premier avant-poste au milieu de cette fournaise. Gigantesques, d'ailleurs, ces ossements. J'en ai déterré quelques-uns – il était trop difficile de résister – mais ils semblent extrêmement vieux et ne portent plus aucune chair depuis bien longtemps... Tant pis pour un repas improvisé. Bah, les scientifiques trouveront bien quoi en faire.

Donc, nous tenons maintenant trois fronts à la fois : la crique, le saloon et ce campement. Avec ce qui s'est produit il y a deux nuits, j'ai du mal à saisir que nous nous laissions quand même gagner par la conquête. Il me semble difficile de déclarer la zone sécurisée, mais qui suis-je pour juger ? Après tout, seul compte le fait que nous progressons enfin. Je sais que l'Os du Dieu Mort est là, quelque part, et même si je ne m'en rapproche que lentement, l'idée que j'en tiendrai bientôt la moelle entre mes crocs me fait frissonner d'impatience.

Ma fourrure est jaunie par le sable, et les quelques bandes de tissu qui couvrent mon corps sont usées par les vents incessants, tantôt glaciaux, tantôt brûlants. La soif est insupportable. Le sable s'infiltre partout. Notre vie est mise en danger à chaque instant.
J'adore cet endroit. Au bout du compte, je ne suis pas étonnée que le légendaire Grand temple d'Ouginak puisse se trouver ici, s'il existe bel et bien.

D'ici-là, j'espère en rêver, en rêver à nouveau. Bonne nuit, journal.


23 Octolliard 646

Je crois que nous avons dévié vers l'Est. L'air a une odeur d'épices de plus en plus entêtante, et je pense qu'en cela mon odorat développé joue pour une fois en ma défaveur. J'ai manqué défaillir plusieurs fois aujourd'hui, et si certains des mercenaires m'ont épaulée, l'Huppermage insupportable, qui est toujours parmi nous, se contente de critiquer. Le kriss que je porte à la ceinture me démange, mais je saurai me contenir.

Notre repérage d'aujourd'hui n'a pas donné grand-chose, hélas, sinon des chamailleries. Le cuisinier et une Sramette se sont disputés pour la tête du groupe, et un peintre et un porteur d'eau pour le contenu d'une gourde. La rareté de l'eau rend tout le monde à cran. Lorsque personne ne me regarde, je me permets parfois de haleter, langue à l'air. Il y a des moments, sous la fournaise, où j'envierais presque les sans-poils. Presque.

Voici la deuxième nuit que notre nouveau campement se monte. Certains membres de l'expédition sont déjà épuisés. Heureusement que les plus traîne-patte d'entre eux sont restés à la crique et au saloon...

Sur ce, il se fait tard. Bonne nuit, journal.

Hmm. Moi qui croyais pouvoir bénéficier d'un peu de sommeil réparateur cette nuit... Il doit être minuit passé maintenant, et la logique voudrait que j'écrive 24 Octolliard, mais qu'importe. Déjà, la nuit passée avait été riche en grincements, craquements et autres cliquettements : dans la journée, nous avions aperçu de loin nos premières créatures du désert et il semblerait qu'elles profitent de la nuit pour estimer la menace que nous représentons pour elles. Mais voici que cette nuit, un jeune bontarien de l'escorte, Clémento Baihi, a cru en entendre approcher et nous a tous réveillés en sursaut... Décidément, nos nerfs sont mis à rude épreuve !

Bonne nuit, journal.


24 Octolliard 646

Aujourd'hui, c'est jour de relâche. Une partie des scientifiques vient de faire demi-tour vers le camp de base afin de pouvoir analyser les échantillons d'Epice – force est d'appeler ainsi le sable rougeâtre à l'odeur marquée qui recouvre une partie des lieux – que nous avons pu récupérer. Ils ont emporté avec eux le Féca qui nous servait de cuisinier, qui s'est chargé de mener leur petit groupe. Malheureusement, nous avons perdu au change : nous avons gardé Excel. Tant pis.

Tandis que j'écris ces lignes, la plupart des autres têtes pensantes de notre fragment d'expédition, aidées de quelques Iops, sont occupées à apprivoiser les créatures du coin. A la façon des Iops, c'est-à-dire : on massacre joyeusement les adultes, puis on récupère les petits parce qu'ils sont mignons. Peuh. Mignons. Surtout du genre à croquer un bras au premier imprudent venu...

Comme je n'ai pas grand-chose à faire en ce jour de repos, voilà qui mérite un nouvel apparté sur les mythes et légendes Ouginak. Comme je le disais il y a quelques jours, les Ouginaks vivent généralement en tribus. Mais au-dessus de toute tribu, il y a la Grande Meute. Oh, bien sûr, des théologiens dissidents ont de tout temps critiqué l'idée qu'elle ait jamais existé – quand on voit des Bradors et des Dogues se disputer un tronc d'arbre dans les landes de Sidimote, on peut se demander comment pareille organisation aurait une seule chance de tenir. Mais elle est là. Je la sens, cette présence, cet esprit de fraternité qui nous guide, toutes et tous, canins de tous poils.

On dit qu'à l'aube des temps, la Grande Meute vivait. Guerroyait. Chassait. Des milliers de cœurs ne faisant qu'un, des miliers de hurlements à la lune à l'unisson. Et puis, elle s'est déchirée. Des querelles intestines, sans doute. Quoi qu'il en soit, la vie n'a plus jamais été pareille pour nous autres, Ouginaks. Nous nous sommes divisés en querelles insignifiantes. Peut-être que l'acte du Maître de la Meute est davantage motivé par la honte de constater à quel point ses enfants sont tombés bas...

A propos de tomber : la nuit tombe, journal. Il est de plus en plus difficile d'écrire, je ne vais sans doute pas tarder à m'arrêter pour aujourd'hui. Tiens, d'ailleurs, voilà la fine équipe d'aujourd'hui qui revient avec un bébé Léolhyène dans l

*Du sang macule la suite de l'entrée en cours.*


25 Octolliard 646

Un massacre. C'était un massacre. Pourquoi personne de sensé n'a-t-il empêché ces Iops de ramener un bébé blessé au campement ? Des Léolhyènes adultes nous ont encerclés et la rapidité de leur attaque a vite réduit la plupart de nos troupes à l'état de lambeaux de chair.
Il est... Difficile de reconstituer le déroulement exact des événements. Je me souviens d'un mercenaire qui a réagi au quart de tour, un certain Emre, je l'ai appris après. Puis de son cri de ralliement. Et après... Le flou. J'ai sorti mon kriss, je l'ai rejoint, et nous avons combattu dos à dos, des heures durant, épaulés par un Excel Hans qui n'en menait pas large. Il nous fallait tenir jusqu'à l'aube. Il nous fallait tenir ; mais la déferlante des fauves semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Jamais je n'ai eu aussi peur pour ma propre vie.
Et puis... Et puis, le néant.

Les mâchoires qui claquent.
Les os qui craquent.
La délicieuse extase de la mort de la proie.

Il s'est... Passé quelque chose, cette nuit-là. J'ignore encore quoi. Lorsque j'ai repris mes esprits, j'étais nue. Mes muscles me faisaient mal, mais le flot de Léolhyènes avait cessé. J'ai vite récupéré, pour m'en faire des habits de fortune, des bandes de tissu sur... Sur l'un des corps de la mer de cadavres qui jonchait notre ancien campement. Les seuls autres debout étaient Emre et Excel, sans doute aussi marqués que moi par cette vision d'horreur. J'ai récupéré mon kriss planté dans l'un des monstres, Emre a essuyé sa lame couverte de sang, et Excel a secoué la tête en marmonnant une critique à l'égard de la bêtise des Iops et des accidents stupides qu'ils pouvaient causer. Je crois qu'Emre et moi-même n'avons pas eu la force de lui répondre ; tout juste celle de s'asseoir entre les flaques de sang séché pour regarder le soleil se lever.

Puis, il nous a fallu nous remettre en route vers la crique et le camp de base. A quoi bon continuer plus avant en étant trois ? Nous étions à bout de souffle, mais nous avons marché, marché sans nous arrêter, tout pour fuir le cauchemar que nous laissions derrière nous.
Nous sommes arrivés à la crique tout à l'heure. Quelques-uns ont posé des questions sur nos vêtements couverts de sang. Nous n'avons pas eu la force de leur mentir – sauf à Serf et Antonin. Je crois que plusieurs d'entre nous envisagent de partir. Pour couronner le tout, nous manquons d'eau. Comme si les raisons de tension n'étaient pas assez nombreuses comme cela...

Je suis exténuée. Bonne nuit, journal.


26 Octolliard 646

Du repos. Il me faut du repos. J'ai mal dans tout mon corps.

Bonne nuit, journal.


27 Octolliard 646

Les tempêtes de sable soufflent et ne font qu'empirer ma migraine. Je vois encore les cadavres des anciens membres de notre avant-poste danser devant mes yeux... Eurg. J'ai envie de vomir. J'ai un goût de sable et de sel dans la bouche.

Il vaut peut-être mieux que je reste encore alitée un moment. Bonne nuit, journal.


28 Octolliard 646

Me voilà à nouveau opérationnelle. Enfin, à peu près. Heureusement, la plupart des membres du camp ont tenu la barre en mon absence. A commencer par Serf, qui court partout et se propose d'aider tout un chacun dans sa tâche de tenir un journal de bord – même pour aider les gens partis dans un autre groupe d'expédition, comme Jacques Kuizinne par exemple. Dire qu'on l'a collé au nettoyage des toilettes sèches...

Il paraît qu'un nouveau groupe d'exploration est parti hier, tandis que j'étais allongée. Six personnes, dont le petit Antonin, son père, et un des médecins, un Eniripsa en blanc. Heureusement que nous avons suffisamment de personnel médical pour en affréter à la plupart des expéditions.

D'ailleurs, l'Eniripsa de camp qui m'a veillée a fait du bon boulot. Elle m'a dit que j'avais présumé de mes forces, et m'a à demi-mot mise en garde contre les dangers à laisser parler la rage que mon Dieu fait bouillir dans mes veines... C'était... Ce serait donc ça ? J'avais déjà entendu d'Ouginaks parler de leur bête intérieure, mais je ne l'avais jamais interprété que métaphoriquement. Ou bien, dans les cas extrêmes, cet aspect de Mulou-garou avait été stimulé par des shamanes de tribus. Et là, dans mon cas, c'est arrivé par nécessité devant l'horreur. Que dois-je en déduire ?
Peut-être que je peux apprendre à contrôler ce phénomène ?

En tous cas, il est grand temps que je retourne à la vie active du campement. Nous allons préparer les feux de camp et le repas, puis dormir. Bonne nuit, journal.


29 Octolliard 646

Aujourd'hui, un Sadida est arrivé dans la crique, seul. Il revient du nord, visiblement : il faisait partie du détachement conduit par Jacques Kuizinne, duquel nous avions bifurqué peu avant la tragique nuit. Il semblerait qu'ils ne soient finalement pas retournés au camp, et qu'ils aient en cela une bonne et des mauvaises nouvelles. La bonne nouvelle, c'est qu'ils ont rencontré un peuple autochtone fait de... Cactus vivants ! Je suis surprise. La richesse de la création des Douze ne cessera jamais de m'étonner. Ils ont établi un campement à la lisière de leur territoire, visiblement ; et notre Sadida en revient.

Les mauvaises nouvelles, elles, ce sont les raisons qui l'ont poussé à faire le trajet retour jusqu'ici. D'abord, leurs pertes :
- Clémento Baihi a disparu dans la nuit du 24 au 25. Je soupçonne, hélas, une action des Léolhyènes qui nous ont attaqués cette nuit-là.
- Jacques Kuizinne est mort cette même nuit, en se jetant sur la Sramette préposée aux réserves d'eau.
Mais surtout, un Iop, Arthur Rambo, s'est fait piquer au doigt par une espèce de Scorbute et sa main a bleui. De ce que j'ai compris, le Sadida est venu chercher des renforts ici afin de pouvoir le faire soigner – en attendant, le Iop croit bêtement que ce n'est pas grave... Notre Eniripsa de service n'a pas l'air de vouloir quitter la crique, de même que l'autre Eniripsa en blanc qui lui sert de confrère. Contre toute attente, c'est Excel, malgré ses chevilles immenses, qui s'est proposé pour étudier les créatures du coin et tenter de trouver un antidote.

Résultat, des mercenaires comme Emre et moi avons dépecé ces Scorbutes toute la journée. Pour la science. Je crois qu'un malin du campement a suggéré de les appeler Scordions bleus parce qu'ils savent très bien être cuisinés. Peuh. Qu'on ose me dire que ce nom va rester. Ils ne sont même pas vraiment bleus !

Quoi qu'il en soit, après un bon ragoût de ces Scorbutes, le soleil se couche.

Bonne nuit, journal.


30 Octolliard

Les recherches d'Excel ont porté leurs fruits ; il a été décidé qu'une partie d'entre nous ramènerait l'antidote potentiel en escortant le médecin Sadida, à la frontière du territoire des cactus. Emre et moi, notamment, après nos faits d'armes du 25 Octolliard dernier, avons été choisis pour faire le chemin avec lui. Il n'avait pas l'air très motivé à l'idée de retourner à proximité de ces indigènes à piquants, mais il nous fallait une personne capable d'administrer son antidote à Arthur Rambo... Alors voilà, nous avons avancé tout au long de la journée, malgré les tempêtes de sable, et malgré les grains qui s'infiltraient partout dans les vêtements, mais également dans les yeux, la bouche, le nez. Heureusement, pas d'attaque de monstres à déclarer.

La lune est haute dans le ciel, le vent est tombé, et la soirée est étonnamment tranquille. Nous avons établi un campement sommaire pour la nuit, mais demain nous devrions enfin rejoindre le véritable avant-poste en territoire Cacterre – ainsi nous sommes-nous retrouvés à nommer ces cactus terrestres.

Oups. Je crois que je viens de passer un grand quart d'heure à contempler la lune. Sa lumière laiteuse m'envoûte. Et j'ai essayé de... Je ne sais pas, de retrouver cette sensation étrange qui m'a habitée cette nuit-là. Ce frisson de toute-puissance. Cette douce odeur de liberté. Je me suis concentrée, j'ai essayé de laisser parler mon instinct, mais rien ne s'est produit. C'est ça, aussi, d'avoir eu des parents abêtis par la ville...
Bon, au moins je ne suis pas un Mulou-garou.

Je crois que je divague seule. Je ferais mieux d'aller dormir.

Bonne nuit, journal.


31 Octolliard 646

Cette journée était placée sous le signe du Cacterre !

Nous avons, en début d'après-midi, aperçu le campement. Qu'il était bon de retrouver des visages que nous avions quittés une semaine plus tôt ! Même s'il était douloureux, aussi, de penser à tous ceux qui étaient morts ou avaient disparu... La Sramette Charline Monssan, qui avait repris la tête du groupe à la mort du cuisinier, nous a brièvement résumé leurs découvertes actuelles : les quelques mots inintelligibles (« pik » et « pikik ») qu'ils avaient isolés dans le langage des Cacterres, leur architecture très étrange, et leur bar auquel les membres du campement avaient plusieurs fois essayé de se rendre, sans succès.

Nous avons passé le reste de l'après-midi à tenter d'observer des Cacterres dans leur vie quotidienne, somme toute bien similaire à la nôtre quoique plus adaptée à la dure vie du désert. Certains d'entre eux nous ont vu, et nous nous sommes regardés un bon moment en chienchiens de faïence. Je crois qu'eux aussi nous observent. Ils sont probablement aussi curieux que nous. En tous cas, ils ne comprennent pas plus notre langue que nous la leur, et la barrière linguistique risque d'être présente un moment. Certains de nos experts Steamers en traduction, dont la célèbre Ally Turang, se sont attelés à la tâche, mais je ne sais pas si leur entreprise aboutira...

D'autres relevés sur la culture Cacterre nous attendent demain. Je ferais mieux d'aller dormir. Et qui sait, peut-être que ces êtres-là, si nous parvenons à communiquer, pourront m'apprendre où se trouve l'Os du Dieu Mort...

Bonne nuit, journal.


4 Novamaire 646

Cinq jours. Cinq jours que nous voilà ici, maintenant, à observer ces cactus au langage inintelligible. Mon enquête est au point mort, et pourtant j'ai essayé. Ni nous ni eux n'en sommes encore venus aux lames, c'est qu'il y a de l'espoir dans la communication inter-espèces, non ? Et pourtant, rien. Tu parles de Steamers brillants... J'ai même délaissé mon journal, ces derniers temps. Mais où est la volonté d'écrire devant une telle impasse ? Je ne peux m'aventurer seule plus loin. Trop de membres de l'expédition sont déjà morts. Alors j'attends. Et seule s'étend la morne course du temps dans un paysage uniformément ocre... La chaleur étouffante le jour, la froideur glaciale la nuit. On s'y ferait presque.

As-tu déjà entendu parler de l'Os du Dieu Mort, journal ? On dit qu'il repose quelque part, dans le Grand temple d'Ouginak, que révéraient les générations oubliées. Les légendes les plus folles courent au sujet de son origine : ossement de créature géante ? Restes enterrés par un Ouginak à l'aube des temps ? Origine de notre peuple ? Simple symbole ? Je me suis documentée à son sujet, journal, et je crois connaître la vérité. Mais je m'égare. Je voulais, aujourd'hui, parler du Grand temple d'Ouginak. On raconte qu'il a été bâti à l'époque de la Grande Meute – avant qu'Ouginak ne tombe en désuétude, et que ses disciples se rangent calmement ou finissent en chienchiens des rues. Avant que ces pâles reflets d'Ecaflips n'aient la côte à notre place.

Sache, journal, que ces félins se leurrent. Leur dieu joueur n'est qu'un faux-semblant, une illusion à laquelle se raccrocher lorsque l'on croit au hasard. Mais je vous le dis : il n'y a pas de hasard. Il n'y a que nous. Nous qui bravons, nous qui surmontons, nous qui restons. Ou qui mourons en essayant. L'Impitoyable ne laisse pas de place aux faibles.

Ouginak existe. Je n'en démordrai pas. Des théologiens bornés ont parfois soutenu le contraire, que le temple du Molosse Noir ne serait qu'un mythe. Mais je sais qu'il est là, creusé dans la roche d'une falaise érodée par la mer et le sable. Au cœur de Saharach. Nous le retrouverons. Je le retrouverai. Et avec lui... La Grande Meute. Unis, ensemble à nouveau, à surmonter les épreuves du divin canin. A nous rire du destin.

Bonne nuit, journal.


5 Novamaire 646

Je crois que mes écrits d'hier m'ont redonné la foi. Certes, nous sommes coincés ici, dans ce campement, dans nos dialogues de sourd avec un peuple étranger. Mais je ne dois pas perdre espoir. Lors de l'attaque du campement, il y a dix jours, Ouginak m'a montré la voie, j'en suis sûre. Cette colère qui bouillonnait dans mes veines, je la lui dois – ainsi que ma survie. Et peut-être cela pourra-t-il me servir à nouveau... Je dois m'entraîner.

La nuit tombe, journal. J'ai passé la journée à tenter de retrouver cette fureur, cette rage. A essayer de visualiser ce plaisir étrange que j'avais trouvé au massacre cette nuit-là – je n'en avais jamais vécu de semblable en me contentant de ferrailler avec mon kriss. A certains moments, j'ignore si c'est véritablement une bonne chose ; mais à d'autres, je suis profondément convaincue de retrouver ainsi mes racines.

Nous verrons bien ce que les prochains jours nous réservent.


7 Novamaire 646

Aujourd'hui, j'ai interrompu mes exercices journaliers en apercevant Emre se diriger seul, en plein dans le désert, contournant le village Cacterre par l'est. Je l'ai arrêté, de peur de perdre une des plus fines lames de l'expédition, et j'ai beaucoup discuté avec lui.
En fait, je crois que je ne lui avais jamais véritablement parlé ; notre seule collaboration, en cette nuit d'attaque de Léolhyènes, avait été brève et incroyablement épuisante. Pas du genre que nous aurions souhaité évoquer à nouveau. Il s'est avéré qu'il était venu sur cette île à la recherche de son frère, Layn, échoué sur ces côtes il y a un an. Nous n'étions donc pas les premiers humains ici... Quoi qu'il en soit, le mercenaire a semblé passablement surpris que je n'aie pas encore été au courant des raisons de sa présence ici : il m'a dit qu'il en avait parlé à plusieurs personnes sur le bateau. Hmm. Peut-être suis-je trop focalisée sur ma propre mission – et sur ce journal (désolée, journal). Visiblement, je suis la seule à le tenir aussi régulièrement.

Bref. J'ai raconté à mon tour les motivations qui m'avaient menée à Saharach : mon rêve du temple et de l'Os, et des bribes de mythologie Ouginak. Emre m'a encouragée dans ma quête. C'était étonnamment plaisant, cette bouée supplémentaire d'espoir. Et surtout, il m'a dit... Il m'a dit que peut-être la pyramide recelait les réponses à mes questions. Quand je lui ai demandé quelle pyramide, il a ri. Il a dit que des rumeurs la mentionnaient déjà au saloon, et que les Cacterres avaient confirmé l'information, du peu qu'on était parvenu à tirer d'eux. Et surtout, il m'a mené là où il se dirigeait avant que je ne l'interrompe.

C'était un grand promontoire rocheux. Une falaise. Alors que nous avions exploré une grande partie du sud de l'île, voilà qui donnait à réfléchir : elle nous offrait un point de vue extraordinaire sur ce qui nous attendait encore. Des dédales de sable et de pierre jaunie, et, trônant derrière ce paysage... Une gigantesque structure pyramidale, qui – était-ce une illusion d'optique causée par la chaleur ? – semblait léviter au-dessus de l'erg où elle se trouvait.
Emre m'a expliqué qu'il venait là depuis bientôt une semaine, tous les jours, irrémédiablement attiré. Il s'était fait attaquer quelques fois sur le chemin, mais rien dont il n'avait pu se débarrasser. Et il m'a dit qu'il était persuadé que son frère se trouvait là-dedans. Peut-être était-ce aussi le cas du Grand temple d'Ouginak. Et de l'Os.

Nous sommes revenus au campement satisfaits de notre journée à discuter. Lui qui cherchait à s'aventurer plus loin dans le désert, il a trouvé preneuse... Il a repéré un passage vers le nord, un peu à l'est du promontoire : demain, nous empaquetons nos affaires, et nous quittons le camp après-demain. Incognito, si possible, car nous redoutons tous deux que l'actuelle dirigeante du campement, Charline, tente de nous abattre si elle nous voit emporter une partie des réserves d'eau, comme elle a probablement abattu Kuizinne...

De longues journées nous attendent. Bonne nuit, journal.


12 Novamaire 646

Pardonne-moi, journal, je n'ai pas eu l'occasion d'écrire avant. L'expédition a été... En demie-teinte. Nous sommes partis le 9 Novamaire de notre campement, et nous avons marché vers le nord-est. A la nuit tombée, nous avons atteint une arche de pierre qui donnait sur la suite du désert. Sans doute n'aurions-nous pas dû nous y engager avec aussi peu de préparation. Si la journée qui suit s'est déroulée sans encombres, puisque nous n'avons fait que marcher entre des corridors rocheux et autres formations labyrinthiques sans avoir à signaler quoi que ce soit, celle du 11 Novamaire a été terrible.

Nous étions en pleine avancée matinale, marchant d'un pas régulier, lorsque nous avons entendu les bruissements. Il s'agissait de très légères vibrations dans le sable, comme un écoulement lointain. Il est devenu de plus en plus proche, et soudain, il a semblé que la Shukrute toute entière se refermait sur nous. Un monstre. Un monstre nous dévorait.
Heureusement, Emre a rapidement dégagé sa lame et fendu la gueule de la bête en deux. Nous nous en sommes extirpés, miraculeusement intacts, et nous avons ainsi pu contempler notre agresseur : un gigantesque ver, qui nous fixait de ses yeux luisants, la bouche remplie de crocs – dont deux canines particulièrement prononcées. Une vision terrifiante... Bientôt rejointe par une dizaine d'autres, que le bruit avait attiré.

Un court instant, j'ai espéré qu'Ouginak me viendrait en aide. Que le miracle de la fois dernière se reproduirait. Que je retrouverais ce... Ce... Ce goût du sang.
Que tu es sotte, Ocrine. Quel blasphème. Comme si Ouginak venait en aide à qui que ce soit. C'était une épreuve, une épreuve supplémentaire, pour prouver notre valeur à ses yeux. Et pourtant, nous avons échoué. J'ai dégainé mon kriss, et nous avons ferraillé autant que possible, mais cela n'a pas suffi. Les vers, rampant sous le sable à la moindre occasion, rendaient mortel chacun de nos pas. Notre vivacité a pris les premiers par surprise, mais très vite, nous avons été submergés. Et les ennemis étaient bien plus dangereux que des Léolhyènes.

Oh, nous nous en sommes sortis. Courant dans le sable, fuyant tant bien que mal. Cela manquait d'honneur, mais ce n'était que partie remise. Nous nous vengerions, nous le savions tout aussi bien l'un que l'autre. Emre est sorti intact de cette aventure, mais j'ai été blessée à la patte droite, que je tiens maintenant en écharpe. Et nous voilà désormais de retour à l'arche de pierre. Demain, nous retournons au campement pour nous reposer – et tant pis s'il faut affronter pour cela les ruses de Charline Monssan. Je préfère largement cela à des vers des sables.

Je fatigue. Il me faut du repos. Bonne nuit, journal.


15 Novamaire 646

J'ai mal. J'ai mal dans le bras. Pourtant, je lèche ma plaie autant que possible, et voilà deux jours que nous sommes rentrés et que je me repose. J'espère que ces sales bêtes ne sont pas venimeuses. D'autant que le campement ne dispose pas de médecin : nous sommes sans nouvelles de l'Eniripsa en blanc, ainsi que du camp de base où se trouve celle qui m'avait soignée... Je crois qu'il me faut attendre. Attendre et me reposer. Il n'y a rien d'autre à faire. Heureusement, Emre – je crois qu'il rumine sa revanche – me veille occasionnellement, sans crois je pense que Charline finirait par se débarrasser de moi. Cette Sramette a plusieurs fois demandé à quoi servait une blessée sinon à vider les réserves d'eau. C'est une véritable obsession, chez elle...

Je retourne à mon sommeil, que j'espère réparateur. Bonne nuit, journal.


19 Novamaire 646

*l'écriture est tremblante sur cette entrée*

La fièvre est terrible... On me donne à peine quelques jours... On a envoyé un coursier demander des secours à la base... Ils vont arriver... Ils vont arriver... hein... ? Hein journal... ?


20 Novamaire 646

*l'écriture est plus tremblante encore sur cette entrée*

je... j'hallucine... la plupart du temps... je crois... je... je revois le rêve... je revois mon rêve... la caverne... creusée dans la paroi... la charpente en os... les montagnes d'ossements... et de bougies éteintes... et de viande séchée... étonnamment bien conservée... un lieu magnifique... il est magnifique... et surtout, je vois... trônant dans la salle la plus lointaine... éclairé par la lumière du désert... un os... l'os... à moitié carbonisé... mais si réel... et derrière lui... derrière lui... siège une statue taillée à même la pierre... celle de mon dieu et maître... ouginak...


23 Novamaire 646

Je m'en suis tirée. Je m'en suis tirée. Je m'en suis tirée !! Des renforts sont arrivés au matin du 21 Novamaire, et parmi eux l'Eniripsa qui m'avait aidée. Merci, ô Ouginak. Merci. Je ne vous décevrai plus. On m'a soigné, et on a retiré de mon bras une dent de ver de sable qui s'y était logée. J'ai reçu cette dent en souvenir, lorsque je suis sortie de mon évanouissement ce matin. Je l'ai faite enchasser sur mon kriss. Ce sera ma nouvelle lame. Une lame en dent de ver des sables... Ces derniers paieront.

Avec le nouveau groupe qui nous a rejoint, nous avons pu avoir plusieurs nouvelles fraîches de la crique, parmi lesquelles :
- Clémento Baihi a retrouvé le campement, et était visiblement tombé dans une espèce de tombeau enfoui. Il a ramené avec lui une étrange créature, de ce qu'on dit.
- Alyzée Jyde, ainsi qu'une partie des autres disparus du saloon à l'époque, ont eux aussi refait surface ! Ils ont été capturés pour être emportés dans la pyramide – Emre a attentivement dressé l'oreille à ces mots.- Le campement qui abritait notamment Antonin et l'Eniripsa en blanc a été rasé. Il paraît que c'est Serf qui a fait la macabre découverte...
- La Sadidette qui voulait faire pousser des plantes sur Saharach a quitté l'île après un certain nombre de déboires.
En somme, l'effectif de la base n'a pas bougé tant que ça, si on y réfléchit bien. Mais certains visages ont été emportés à jamais par les sables...

Tu te fais poétesse, Ocrine. La fatigue se fait sentir. Bonne nuit, journal.


25 Novamaire 646

La vengeance n'est pas encore pour tout de suite. Moi qui ai passé plus d'une semaine alitée, j'en constate les conséquences : en me levant, je peinais à tenir debout ! Heureusement, je m'entraîne avec Emre. Je pense qu'il désire autant que moi en découdre avec ces horreurs qui nous barrent la route vers le nord de l'île. Petit à petit, je retrouve mes réflexes et l'usage de mes muscles. Cela me fait un bien fou.

Excel Hans a accompagné l'expédition qui rejoignait notre campement et est maintenant parmi nous. Il semblerait qu'il ait fini de disséquer les divers animaux des dunes des ossements, et il a eu l'air très enthousiaste à la découverte des Cacterres. Peut-être qu'il parviendra à aider nos traducteurs Steamer, qui pour l'instant font du sur-place, même s'il continue à pester tout au long du processus... L'espoir est là, de nouveau. Je suis sûre que les Cacterres savent quelque chose.

Demain, de nouveaux entraînements m'attendent. J'ai hâte.

Bonne nuit, journal.


27 Novamaire 646

La séance d'entraînement d'aujourd'hui a donné des résultats ! Je me sens étonnamment heureuse. Ce n'était donc pas qu'un hasard, lorsque cela s'est produit il y a un mois ! Aujourd'hui, pendant mon entraînement avec Emre, j'ai senti... Quelque chose. C'était difficile à définir, mais c'était là. Je me suis retenue, bien sûr – je n'aurais pas voulu blesser mon compagnon d'armes. Mais j'ai senti un progrès. Quelque chose rôde, à la limite de ma conscience, prêt à s'éveiller, j'en suis sûre.

L'heure approche, journal, où nous pourrons nous aventurer plus loin sur cette île, dans ces endroits encore formellement interdits au public. Repoussons les frontières !

Mais d'ici-là, dormons. Bonne nuit, journal !


30 Novamaire 646

Ca y est. Ca y est ! Au terme d'une longue journée d'entraînement, j'y suis enfin parvenue ! Aujourd'hui, j'ai contrôlé ma première... Comment appeler ça ? Métamorphose ? Disons cela.

C'est... Grisant. Comment le décrire ? Je sens mes muscles se tendre. Mon pelage enfler. Mes canines grandir. Mes griffes s'élargir. Et soudain...

Le sifflement du vent.
Le giclement du sang.
Le trophée dans ma gueule, autrefois vivant.

J'ignore comment j'ai pu vivre sans cela si longtemps. J'espère simplement que personne – sinon Emre, peut-être, Emre comprendrait, j'imagine – ne s'en rendra compte et ne donnera l'alerte.

Je m'endors heureuse. Fatiguée, mais heureuse. Bonne nuit, journal.


1er Descendre 646

Il y a du nouveau dans la traduction du langage Cacterre. Avec l'aide d'Excel, Ally Turang est enfin parvenue à des résultats corrects. Aujourd'hui, nous avons pu pleinement communiquer avec eux, même si c'était approximatif. Et ils ont parlé de tant de choses formidables, monneyées contre des informations sur notre continent et sur notre culture ! Ils ont mentionné la pyramide, qu'ils ont dit maudite, mais aussi gorgée de trésors, et remplie parfois d'aventuriers et de Cacterres qui s'y font attraper – les yeux d'Emre se sont mis à briller en entendant ça.

Mais surtout, surtout, ils ont parlé du Grand temple d'Ouginak. Les autres n'y ont pas prêté beaucoup d'intérêt, mais pour ma part, j'ai reconnu sa description : « une grande caverne remplie d'os à l'est de » ce qu'ils ont nommé que l'on pourrait littéralement traduire par « gorge des vents hurlants ». J'imagine que ce sera son nom, désormais. Cet endroit infesté de vers. Brr... Qu'à cela ne tienne : j'irai !

A ce propos, Excel Hans nous a rassemblés pour tenter justement d'organiser une expédition au nord. Il a vivement critiqué la façon dont nous nous dispersions en usage de ressources, aussi, mais je commencerais presque à m'y faire. Les intéressés ont rendez-vous ce soir, à la Pikantina où les Cacterres nous ont gracieusement invités. J'ai hâte de m'y rendre.

Je ne te dis pas bonne nuit, journal : je te raconterai tout à l'heure comment le recrutement s'est passé.


3 Descendre 646

Voilà deux jours que nous fuyons, Emre, la doctoresse Eniripsa, Ally la chercheuse Steamer, et moi-même. Rien ne s'est déroulé comme prévu à la Pikantina. Excel, trop virulent dans sa harangue, a assez nettement critiqué le mode de vie « primitif » des Cacterre... Qui n'ont pas eu besoin d'une traduction pour mal le prendre. L'entièreté de la salle est devenue une grande échauffourée. Cela n'aurait en soi pas été bien grave – les rixes de tavernes, ce n'est généralement pas mortel – si une certaine Sramette ne s'était pas mêlée de tout ça. D'autres observateurs moins attentifs accuseront sans doute les Cacterres, mais moi, je l'ai vue, dans la bataille : c'est elle qui a abattu l'Huppermage d'un coup de dague dans le dos.

Alors depuis, nous sommes quelques-uns à fuir, de ceux qui souhaitaient à l'origine participer à l'expédition d'Excel. Nous avons fui vers le nord-est, vers l'arche de pierre qui menait à la Gorge des Vents Hurlants. Il nous est assez clairement apparu que la Sramette, que nous n'avions pas retrouvée après les faits, pouvait présenter un danger pour nous tous. Sa volonté à contrôler entièrement les expéditions était trop forte. Alors nous avons simplement lancé l'expédition prévue avant qu'elle tente encore davantage de nous mettre des bâtons dans les roues.

Nous sommes maintenant de retour dans la Gorge. Il fait nuit. Tout s'est bien passé pour l'instant, mais je sais que le cauchemar reprend demain. Mais cette fois-ci, je suis prête.

L'heure de la vengeance approche. D'ici là, bonne nuit, journal.


5 Descendre 646

La vengeance est un plat qui se mange froid – et nous avons enfin pu la consommer. Kriss, épée, mots, tourelles : tous ont fondu sur les ignobles monstres. Nous avons fait du hachis de vers, et les quelques entailles que nous avons eu à déplorer ont été guéries par notre compétente soigneuse. Et je n'ai même pas eu à me métamorphoser : la rage froide de ma lame a suffi.

Nous nous sommes dirigés vers le nord, et campons aujourd'hui dans un tunnel probablement creusé par un ver bien plus gros que ceux que nous avons abattus. Mais qu'importe : les cadavres de ses congénères à l'entrée devraient l'avertir que nous ne sommes pas des proies. Au moins pour le moment.

Qu'il est bon de se repaître du sang de ses ennemis. Bonne nuit, journal : ce soir nous dormons en paix.


8 Descendre 646

La progression dans la Gorge est difficile. Sur les trois derniers jours, nous avons été attaqués par des vers à cinq reprises. Nos réserves, et notre énergie, diminuent à vue d’œil. Sans doute était-ce trop présomptueux d'oublier les obstacles qui nous attendaient après notre revanche. Mon kriss s'est repu du sang des vers plus de fois que je ne saurais le compter, et la dent enchâssée dans la lame a viré au rouge. Non avons subi notre part de blessures, aussi ; heureusement que notre doctoresse fait des merveilles. J'ai l'impression qu'elle s'est engagée dans cette mission par pur altruisme. Je ne sais que dire. Je crois que cela me dépasse un peu. Oh, pas que l'idée de rassembler la Grande Meute à nouveau soit dénuée d'une certaine forme d'altruisme – quoiqu'un terme plus juste serait davantage « fraternité » – mais pas au point d'être aux petits soins avec tout le monde. Si Ouginak nous mène la vie dure, c'est pour nous faire l'échine solide, pas pour que quelqu'un nous épargne tous ces dangers. A nous de mériter notre Dieu, au lieu de quémander de l'aide comme l'astrubéen moyen !

Cela étant écrit, il est très clair que je n'aurais pas survécu sans cette Eniripsa. Qu'est-ce à dire, alors, Ocrine ? Peut-être ferais-tu mieux de retourner au chaud dans le giron familial. Peut-être n'aurais-tu pas dû pouvoir surmonter tout cela. Tu aurais dû mourir, là, parmi les dunes, comme une preuve irréfutable que tu n'avais pas les épaules pour ce dont tu avais rêvé. Peuh. Il y a des fois où je me dégoûte. Et d'autres où je me demande si tout cela ne faisait pas partie d'un gigantesque plan divin, et si je n'ai pas justement survécu parce qu'il le fallait. Serait-ce alors le témoignage de la justesse de ma mission ?

Je l'espère, journal. Je l'espère si fort. Je voudrais tant être digne de ce qui m'attend.

Demain, nous marquons une journée de repos. Il nous faudra surveiller les provisions : un sac a disparu, la dernière fois, lorsque nous l'avons négligemment posé sur le sable. Mais nous venons de tendre pour la nuit des toiles entre deux rocs, dans lesquelles nous nous reposerons demain. Pas pour chasser, hélas, car la viande de ver est infecte, mais au moins pour reprendre des forces physiques. Et rationner nos provisions, hélas, cela va devenir nécessaire.

Nous nous sommes solidement arrimés à nos lits de fortune. Nous espérons tous que les tempêtes qui soufflent dans cette Gorge ne nous feront pas tomber pendant la nuit.
Si l'Impitoyable le veut, je verrai un lendemain.

Bonne nuit, journal.


9 Descendre 646

Tout le monde a survécu à la nuit. Cette idée de suspendre des hamacs, venue à Ally il y a deux jours, porte décidément mieux ses fruits que les tours de garde que nous tentions de tenir au début de notre séjour dans la Gorge des Vents Hurlants. Lesdits vents, non contents de provoquer de fortes tempêtes de sable à ras du sol, restent difficilement supportables en hauteur. Et du repérage que nous avons effectué ce matin, au vu du ciel, le pire est à venir... Nous allons devoir nous dépêcher ; peut-être que nous pourrons trouver un nouvel abri naturel demain, et éviter ainsi le gros de ce qui se prépare. Si ce n'est pas le cas, nous affronterons le maelström de face, et nous survivrons ou périrons en essayant, foi d'Ouginak !

A ce sujet, journal, j'avais promis de parler de ce que j'ai pu lire sur l'Os du Dieu Mort, non ? J'imagine qu'il est temps de le faire, pour que ce savoir perdure, si quelqu'un parvient à rapporter mon journal au navire... Même si mon corps venait à être englouti par les sables.
Connais-tu Rushu, journal ? Le Seigneur Démon. Sa Majesté des Moches. Le seul être que je connaisse – de loin, mais je m'en porte d'autant mieux – capable de tenir tête à Ouginak. Sache que j'ai réussi à trouver des récits incroyables sur sa personne. Elucubrations ? Sagesse ? Je l'ignore. Mais quoi qu'il en soit, c'est, à l'heure actuelle, la version que j'ai choisie de croire... On dit qu'avant l'aube des temps, quand les Douze n'étaient pas les Douze, que Terra Amakna n'existait même pas, Rushu avait des frères et sœurs. Une dizaine, je crois. Parmi eux se trouvait un petit démon à tête de chien, du nom de Médoroziam. Je ne plaisante pas, même les récits de Fécaline la Sage en attestent ! Et voilà qu'un jour, avant l'invention du concept de jour par Xélor, Médoroziam a trouvé un os. Content de sa prise, il décide de l'enterrer en plein dans la trame de l'Univers, pour la garder pour plus tard. Encore faut-il que personne ne tombe sur son trésor ! Alors, comme le ferait n'importe quel Ouginak soit dit en passant, il plante à l'endroit de son monticule krosmique un panneau indiquant, en lettres de feu : « Ici, il n'y a rien ».

On prétend qu'un astre, bien longtemps après, s'est mis à graviter autour de ce panneau. Et ce même astre, cette terre vierge qui a attiré l'attention de Dix dieux un peu plus puissants que les autres, est devenu aujourd'hui notre beau Monde des Douze ! Et la voilà, l'incroyable vérité : l'Os du Dieu Mort, c'est celui enterré par Médoroziam – avant, dit-on, son assassinat par Rushu qui voulait éviter qu'on lui fasse de l'ombre. Bon, certes, cette légende présente quelques incohérences, à commencer par le nom de l'os. Pourquoi parler d'un Dieu si c'était un Démon ? J'admets que je l'ignore. Mais peut-être que la frontière entre l'un et l'autre est simplement plus perméable que ce que l'on imagine habituellement...

En tous cas, voilà qui donne à réfléchir. Un os enterré pendant des millénaires. Ici, en plein cœur de l'Univers, sur cette île même ! Un os dont le Maître de la Meute aurait ensuite décidé de faire son plus précieux butin. N'est-ce pas incroyable ? Comprends-tu, journal, l'excitation qui parcourt mon corps en ce moment-même ? Nous nous rapprochons du Grand temple d'Ouginak, de sa grotte sacrée, de sa niche divine ! De l'endroit où l'Os repose !

J'ai tellement hâte. Cela me ferait presque oublier, pendant un temps, le danger que nous encourons au cœur de ce désert. En un sens, tous ces risques en valent sacrément la chandelle...

Bonne nuit, journal.


11 Descendre 646

Nous avons pu rallier une grotte, Ouginak soit loué !

Je suis exténuée. Nous avons marché sur les deux jours précédents pour être à l'abri de la tempête qui se profile...

Bonne nuit, journal.


12 Descendre 646

Enfin, le bruit du vent s'est tu.

Aujourd'hui, les éléments semblaient déchaînés : nous avons passé la journée entière à attendre, solidement accrochés aux parois de la grotte, ballotés comme des fétus de paille même par les simples répliques d'ouragan qui parvenaient à s'engouffrer dans le tunnel et à nous atteindre. Il était impossible de sortir, impossible de se détacher, impossible de parler, impossible de penser. Seul perdurait ce bruit, ce bruit atroce, qui fait claquer les dents et trembler les os, qui rase les montagnes et déracine les ormes ; ce sifflement qui rend sourd, celui du vent à son apogée. Depuis nos cordages, nous avons brandi nos lames et tenu à distance les vers qui cherchaient également un abri – et un repas.
Lorsque la bourrasque s'est apaisée, nous avons pleuré, je crois. Nous n'étions pas sûrs de tenir aussi longtemps, ou simplement de rester sains d'esprit face à cette apocalypse éolienne. Mais nous sommes saufs. Nous sommes saufs.
Quelque part, je crois que j'ai la prétention de penser qu'Ouginak est fier de moi.

Demain, nous sortons. Bonne nuit, journal.


13 Descendre 646

Nous bivouaquons ce soir à la croisée des chemins. D'après nos calculs, nous allons bientôt sortir de la Gorge, et nous sommes allés trop loin pour que j'aie encore une chance d'y trouver le Grand temple d'Ouginak, prétendûment à l'est. Pour autant, mes trois camarades veulent poursuivre leur chemin en direction de la pyramide, et vont donc continuer plein nord. Autrement dit, il va me falloir rebrousser chemin vers le sud, seule.
Il a été convenu que demain, nos chemins se sépareraient.

*quelques traces de larmes maculent les mots suivants*

Nous avons passé une dernière soirée ensemble. C'était étonnamment... réconfortant. J'ai l'impression que c'est cela, avoir une tribu. Oui, quelque part, j'ai l'impression d'avoir trouvé ma propre petite tribu. En somme, peut-être est-ce ainsi qu'a disparu la Grande Meute : à cause de divergence non d'opinions, mais d'objectifs. Je leur souhaite tout le courage du monde, journal. Ouginak, je t'en prie, fais que leur quête soit couronnée de succès. Prends ma vie s'il le faut, mais fais qu'ils reviennent en vie en leur foyer.

Durant la soirée, j'ai essayé de les faire changer d'avis, de les faire m'accompagner. En vain.
Emre ne bougera pas, bien sûr. S'il y a ne serait-ce qu'un infime espoir que son frère ait survécu, et se trouve dans la pyramide, alors il désire le saisir au plus vite. Je comprends cela. N'est-ce pas, finalement, un peu sa tribu à lui ?
Notre doctoresse l'accompagnera, je crois bien. Elle s'est montrée assez attentionnée envers lui, et même si elle ne m'a rien dit, mon flair me laisse à croire qu'elle apprécie particulièrement le mercenaire...
Quant à Ally, ma foi, non contente d'avoir percé les secrets du langage Cacterre, je crois qu'elle pense qu'il y a plus étrange encore à découvrir dans la pyramide. Elle a probablement raison, et je doute pouvoir faire face à sa soif de savoir.

Oh, avant de dormir : lorsque nous nous sommes entretenues, la Steamer m'a confié un drôle d'objet, journal. Un Roboculaire, a-t-elle dit, pour pouvoir rendre compte de mes futures découvertes. Elle m'a montré comment m'en servir, et... Il prend des images fidèles de notre environnement ! C'est impressionnant. Ces images, des photographies, sont aussi vraies que nature. Alors nous en avons pris une, ce soir-là, pour immortaliser ce moment de joie dans le désert sans fin. Mais je ne te la donnerai pas, journal. Celle-là, entre toutes, je la garde contre mon cœur.

Ne t'en fais pas, tu en auras d'autres à te mettre sous la dent. D'ici-là, bonne nuit, journal.


15 Descendre 646

...
...
Je... ne sais quoi écrire.
Je me remets enfin de mon silence. Pardonne-moi, journal.
Mais c'est que... C'est que... Durant notre dernière nuit ensemble... Quelque chose d'horrible est arrivé.

Un vent fétide et chaud soufflait, bien différent de la tempête qui menaçait les jours précédents. Un vent inexplicable, puisqu'aucun nuage ne venait obstruer le ciel. Il ressemblait à la respiration d'un monstre gigantesque qui aurait vécu non loin. C'était une hypothèse d'abord, mais elle s'est confirmée quand nous avons pleinement émergé de notre sommeil, terrorisés par le bruit de succion gigantesque qui a retenti dans l'air glacé. Il était là, non loin. Un ver énorme. Le Père Ver.

Des tentacules colossaux ont émergé du sable. Et... Et...

Les griffes qui déchirent.
Les canines qui tranchent.
Tout pour échapper à la prise du monstre.

Lorsque je suis revenue à moi, mes trois compagnons avaient disparu. Je crois, Ouginak, je crois que je n'ai jamais eu aussi mal.

Hurler sa douleur.
Hurler à la lune.
Hurler aux dunes.

Une minuscule portion de moi t'implore encore, Molosse Noir. Elle te supplie, sur tous mes os, de faire en sorte qu'ils s'en soient sortis. Je les connais, ils sont forts. Ils sont braves. Ils peuvent s'en être tirés.
Mais le reste de moi-même n'est plus que certitude. Ils sont perdus, avalés par les vers, avalés par le désert.

Je viens de passer deux jours hors de moi. Qu'il était bon de m'oublier, de devenir bête tout à fait, de sentir le sable frotter contre mon pelage, de sentir mes pattes puissantes ignorer la fatigue, dévorer les espaces. Et surtout, qu'il était agréable de traquer les vers, de me nourrir de leur chair infecte, de les broyer un à un jusqu'au dernier, méthodiquement, tous ceux qui se trouvaient en travers de mon chemin.
Comme si cela pouvait ramener les miens.

J'ai cru que je ne reprendrais jamais conscience en tant qu'Ocrine. Mais il faut croire que le temps apaise toutes les blessures, et après deux jours dans la rage la plus terrible qu'il m'ait été donnée de vivre, la constatation m'a frappée : Ouginak est injuste. C'est ainsi. Je l'ai toujours su, au fond de moi, et ce n'est pas quelque chose que je changerai. Pire, je ne ferais que rendre vain leur sacrifice si j'abandonnais maintenant. Alors j'ai retrouvé mes esprits.
J'ai une mission à terminer.


16 Descendre 646

Je ne sais pas vraiment où mes pas m'ont guidée, mais aujourd'hui, j'ai trouvé une faille en direction de l'est. J'y suis entrée. J'ai compris, ces derniers jours, par instinct animal je crois, que les vers nous détectaient à travers le sable nous car nos pas étaient trop réguliers. En faisant des pas irréguliers, comme les bruits des phénomènes naturels du désert, nous aurions pu échapper à tant de menaces... Mais il est trop tard, maintenant. J'ai débarassé le tunnel où je dors ce soir des vers qui y vivaient. Mon kriss avait encore soif de sang.

Ma quête touche à sa fin.


17 Descendre 646

Je manque de mots, journal, pour décrire ce que j'ai trouvé.
Dans les vêtements en lambeaux qu'il me reste à cause de mes incessantes transformations, j'ai pu conserver ma photographie et et le Roboculaire d'Ally.
Je... Je ne sais comment la remercier. Alors voilà. J'en fais usage.

Contemplez, païens et Ecaflips. Le Grand temple d'Ouginak existe.

 

 

Demain – pour profiter un moment des lieux, pour savourer l'accomplissement – je m'aventure dans l'arrière-salle du temple. Je sais que là repose ce que je cherche. L'Os du Dieu Mort.

Il est ironique, journal, de penser que goûter à sa moëlle permette de voir l'avenir, quand on pense que posséder cette prescience plus tôt aurait pu me préparer aux horreurs du voyage. Et pourtant, tel est bien le pouvoir de l'Os. Ainsi disait mon songe, et ainsi disait le songe de tous les chefs de tribu Ouginak que j'ai pu rencontrer avant mon départ. L'Os du Dieu Mort libèrera les Ouginaks de la hantise de ce qui peut se produire. Il leur permettant de savoir ce qu'il faut faire, et ce qui sera fait. Ainsi affranchis du hasard, ainsi embrassant leur destin, les canidés se rassembleront sous une seule et unique bannière. Ainsi, la Grande Meute chassera à nouveau.

Pour la dernière fois peut-être de mon expédition, bonne nuit, journal.


18 Descendre 646

 Voilà une journée que j'attends, à scruter l'Os, d'immenses étendues de sable derrière moi. Pourquoi est-ce que je redoute de sauter devant la dernière épreuve ? Sa substantifique moëlle est là, à portée de crocs, et je me défile. Peuh. A la place, je pèse le pour et le contre, je m'enferme dans des raisonnements circulaires. A quoi bon ? Feras-tu honte à ceux à qui tu as survécu, Ocrine ? Refuseras-tu de franchir l'obstacle ?
Du calme. Essayons de réfléchir calmement. Essayons de poser ces pensées sur papier. Pourquoi est-ce que j'hésite autant ? Le destin du peuple Ouginak est là, à portée de patte. Mieux, le destin du Monde des Douze tout entier. Et tout particulièrement... Ce qui m'attend, moi. Pourquoi est-ce que je refuserais cette connaissance du futur, surtout quand on sait ce qu'elle aurait pu m'éviter ?

... Non. Pas m'éviter. Elle n'aurait pas pu m'éviter tout cela. Elle m'aurait simplement permis de le savoir. Et de ne rien pouvoir faire. Cela aurait-il atténué la douleur, ou celle-ci aurait-elle au contraire irradié trop tôt, rendant impossibles des moments de joie comme celui de notre dernière soirée ensemble ?
Je m'étais beaucoup interrogée sur le paradoxe entre notre peuple qui a toujours vécu dans le refus d'une fatalité, à se battre jusqu'à son dernier souffle, et cette relique que nous vénérons, censée apporter la connaissance du futur. Goûter à l'Os ne causerait-il pas, à sa façon, l'acceptation d'une fatalité ? Notre volonté de lutter nous pousse à forger les possibles plutôt qu'à essayer de les anticiper. Mais si nous pouvions prévoir, justement, quel Ouginak continuerait à se battre avec autant de rage ? Quel Ouginak continuerait à faire face lors du funeste combat où il a aperçu sa mort ? Qui irait contre une vision envoyée par son Dieu ?

J'ai peur. Je vais être franche, je suis terrifiée. Tout l'avenir de mon peuple est là, dans cet os – mais le mien également. Or comment réagirais-je si, en y goûtant, je me voyais mourir bientôt ? Comment réagirais-je si je voyais les tribus se déchirer sans fin, sans que jamais plus n'émerge la Grande Meute ? Comment réagirais-je, enfin, si j'apercevais dans mes visions les corps sans vie de mes camarades de combat ? Et si le futur ne portait rien de bien ?
Serait-ce la là dernière épreuve du Divin Limier ? Que suis-je censée faire ? Comment décider ? N'est-il pas mieux de vivre dans l'ignorance, de croire en la volonté des Ouginaks, en leur capacité à réaliser le meilleur des possibles ? N'est-il pas mieux de poursuivre sans savoir mais en gardant l'espoir, d'honorer l'Impitoyable en tenant bon jusqu'au bout ? Mais alors, si l'Histoire devait m'être clémente, ne serait-il pas plus rassurant de le voir, et d'en avoir la certitude ?
Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je suis perdue.

J'ai peur. J'ai peur de découvrir les horreurs que le futur me réserve, et de ne plus vivre que dans leur anticipation. Serait-elle alors là, l'épreuve finale d'Ouginak ? Dans le refus après tant de sacrifices ? Cela n'a pas de sens...
... Et pourtant, c'est la seule façon, la seule façon véritable de préserver de l'espoir, d'abolir les chaînes du destin : de ne pas y croire, et de se battre pour ce que l'on veut accomplir. Quoi qu'il puisse arriver.

Je crois... Je crois que mon voyage touche à sa fin.

Demain, dès l'aube, je partirai. Je retrouverai notre point de mouillage, j'y reviendrai saine et sauve. Je convertirai les âmes à la cause du Molosse Noir. Son culte croîtra ; des milliers d'âmes le rejoindront bientôt. Je reverrai, peut-être, si Ouginak veut qu'ils aient survécu, mes anciens compagnons d'armes.
Et surtout, je réunirai les tribus. Il faudra construire un port ici, et j'y mènerai les chefs et les shamanes. Ils passeront, eux aussi, l'épreuve de l'Os. Apprendront à se donner la patte dans l'adversité.
Enfin, nous nous fondrons dans le plus grand clan que le Monde des Douze ait porté.
La Grande Meute.

Je ne l'ai pas vue. Je n'ai eu aucune vision. Je n'ai pas touché à l'Os. Mais je sais que je peux la réunir. Que nous pouvons la réunir.
Je le sais, et cela me suffit.

Je nous y vois déjà, hurlant à la lune, des milliers de voix à l'unisson.

Souriant au destin.
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