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La chose d'en bas

Par yoyoc - ABONNÉ - 20 Octobre 2018 - 18:30:09

[Bonjour les amis, il y a un moment que je n'avais pas posté de texte dont j'étais à peu près satisfait, manquant cruellement d'inspiration ces derniers temps. Aujourd'hui j'ai enfin les éléments d'une nouvelle histoire que je peux vous raconter ici. Je vous souhaite bonne lecture et vous donne rendez-vous dans la section commentaire si vous avez quelque-chose à en dire. Bien à vous 

Lerig     ]

La chose d'en bas







Le dément Icyeldur est mourant depuis cette nuit.

Depuis ce matin le docteur Gröm, éminent disciple d'Eniripsa spécialisé dans la psychiatrie, maudit son sort. Son patient était prêt à emporter avec lui ses secrets, qu'il tentait de lui extraire depuis à présent trois mois. Des secrets au sujet de choses enfouies et dont on a depuis longtemps oublié l'existence. Ou peut-être que l'on s'est évertué à les cacher au fil des siècles, pour des raisons que les actuels Douziens ne seraient pas en droit de connaître.

Frappé par la folie, Icyeldur avait dans ses premiers échanges avec l'Eniripsa mentionné une ancienne mercenaire sur laquelle il enquêtait, mais dont il taisait le nom. Ou peut-être l'avait-il oublié, ou ne le connaissait-il tout simplement pas. Quelle que soit son identité, la mercenaire se serait traînée dans une grotte pour lentement y mourir du délire l'envahissant peu à peu au fil du journal qu'elle rédigeait en témoignage déséspéré de son existence douzienne. Journal parvenu incomplet, les dernières pages manquant à l'appel témoignant  surtout de la perte totale de raison de l'auteure, apparemment. Pourquoi Icyeldur s'intéressait-il à un journal écrit par une femme d'un autre temps dont il partage aujourd'hui la démence ? A-t-il trouvé ce qu'il recherchait ? Questions que le docteur Gröm maudit une fois de plus, car pour lui elles resteraient à jamais sans réponse.


Mais il se trompait: En frappant rageusement du pied dans les toilettes de la cellule du patient moribond, il avait déscellé la cuvette dont on avait retiré trois vis sur les quatre. Une réparation négligée par quelque Iop non consciencieux chargé de l'entretien ? Non. On y avait caché quelque-chose.  La cuvette fut entièrement soulevée, et révéla un vieux livre rongé par la moisissure, victime des fuites d'eau. Gröm découvrit en l'ouvrant qu'il s'agissait plus précisément d'un journal. Icyeldur y aurait-il exprimé ce qu'il ne pouvait plus transmettre par la parole ? Une nouvelle question ravivant l'avide curiosité du docteur, dont le service se terminait à l'instant. Il se retira dans ses quartiers en stipulant à tous les novices croisant son chemin de bien transmettre qu'il ne fallait le déranger sous aucun prétexte, et pût ainsi tranquillement s'installer face à sa cheminée dans son grand fauteuil Allisterien, pour dans le plus grand des silences consulter le journal du dément Icyeldur.


Il était question dans les premières pages de recherches sur l'emplacement d'une grotte, dont les sources étaient incroyablement variées: Des plans de lieux tels qu'ils étaient connus environ six siècles plus tôt, des archives des armées des deux Cités relatant d'une bataille en particulier impliquant deux mercenaires démesurément puissants ayant mis en déroute des factions entières, et enfin des témoignages de prétendues interventions divines donnant un soudain aspect fantaisiste à un travail de recherche ayant jusque-là paru méticuleux. Il en était malgré tout parvenu à un plan couvrant une page, vague schéma du monde des Douze sur lequel se situaient plusieurs points d'encre reliés entre eux par des lignes, dont la plupart se concentraient en un point un peu plus gros: la position supposée de la fameuse grotte, d'après celles -également supposées- des sources employées. 


Le docteur connaissait cet endroit: il s'agissait d'une mine condamnée depuis plusieurs années, on y a recensé en effet pas moins de seize disparitions inexpliquées. Concernant les douze premières la version officielle admit que si les corps de ces Enutrofs n'ont jamais été retrouvés, c'est parce qu'ils sont soit tombés dans une crevasse soit été victimes d'un éboulement. Pour les restantes c'est plus obscur, bien que contrairement aux Enutrofs un témoin soit lui bel et bien revenu après avoir laissé derrière lui ses quatre compagnons. Le témoin en question, passé entre les mains de confrères de Gröm, eut malheureusement celà de commun avec Icyeldur:  ses propos incohérents au sujet de ce qu'il avait pu voir dans cette mine ne purent donner aucun indice exploitable sur les cironstances de la disparition de son groupe.


Poursuivant sa lecture, le docteur découvrit une page rajoutée au journal avec de l'adhésif: un rapport d'expédition de la garde d'Amakna au sujet de la mine, faisant état d'un long couloir caché entre deux grands monolithes, entièrement stérile et donc vide d'intérêt pour les mineurs, mais s'enfonçant apparemment très loin dans les profondeurs de la terre. La Couronne avait eu vent de ces effroyables légendes faisant état de choses dissimulées dans les profondeurs, et ne demandant qu'à être libérées de leur prison sans âge. Une entité suffisament sceptique et téméraire aurait su s'enfoncer pour démentir ces histoires probablement inventées par quelque Enutrof avide ayant creusé une cachette pour dissimuler quelque fabuleux trésor. Mais la probabilité que toutes ces histoires s'avèrent fausses restait une probabilité, ainsi il était tout à fait possible qu'elles furent en réalité bel et bien fondées. La garde n'était pas prête à prendre ce risque, et rebroussa chemin en prenant soin de sceller le passage entre les deux monolithes puis l'entrée de la mine en donnant pour version officielle un trop grand risque d'éboulement, pour décourager d'eventuels curieux.

Le docteur Gröm, fasciné par ces légendes, en faisait partie. Mais lui avait entre les mains le journal d'un autre curieux qui avait pris le risque à sa place, et dont il continuait de lire frénétiquement les lignes. Lignes faisant à présent état du fameux passage dont le sceau de pierre est brisé par les pouvoirs du dément, et de la traversée du long couloir obscur .La frustration s'empara de plus belle du docteur: Icyeldur avait lors de son passage cessé de tenir des propos cohérents y compris dans ses écrits. Il laissait à présent plusieurs pages vierges entrecoupées de dessins et de signes indescriptibles avec pour légendes respectives "souiller les cendres de la fondatrice", "Accomplir le rêve corrompu du sang sorti de l'ombre", "Implorer le coeur".... des mots ne pouvant avoir été écrits que de la main d'un homme succombant à la démence.

L'Eniripsa finit par refermer le livre, et contempla longtemps les flammes dansant sur la bûche de frêne qu'elles dévoraient, telles de ravissantes Shushesses dans un Sabbath en faveur du grand Rushu tandis que ses questions revenaient à nouveau, tels les choeurs épouvantables de démons shukrutesques :

"Pourquoi Icyeldur, autrefois mercenaire estimé d'Astrub, serait-il allé s'aventurer à la recherche d'une consoeur disparue depuis six siècles ? Pourquoi a-t-il sombré au point qu'aujourd'hui ses jours soient comptés ? Quelle horreur indicible a-t-il pu trouver dans la grotte ? Pourquoi suis-je enfermé dans ce temple moi qui ai toujours voulu mener ma vie d'aventurier à la poursuite de mythes ? Pourquoi ne suis-je pas marié à cette femme que j'aime depuis l'enfance aujourd'hui unie à ce que je considère comme un imbécile notoire ?"

Gröm se laissa ainsi écrouler dans son fauteuil, tout en se persuadant que sa vie n'eut été qu'un gigantesque échec s'il n'avait à présent le moyen de révéler au monde des Douze des choses depuis longtemps oubliées ou cachées, car peut-être bien susceptibles de le bouleverser.

Il devait y aller. 

[A suivre]
 

 
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Les Autorités d'Amakna avaient fait un bon travail en maintenant les habitants dans la peur et la superstition, car  aucune des planches condamnant l'entrée n'avaient été déscellées, du moins jusqu'à l'arrivée du mercenaire dément. Ainsi, seules Les traces d'Icyeldur subsistaient, traces auxquelles le docteur se fiait à présent pour pénétrer à son tour le lieu tabou.


Une mine complexe, tant les siècles avaient poussé les prospecteurs à piocher toujours plus loin et plus profond, creusant des galeries tentaculaires aujourd'hui pour la plupart vidées de leurs métaux précieux. Gröm progressa prudemment dans ce labyrinthe n'ayant rien à envier à celui du Minotoror, et passa des heures -qui lui semblèrent des minutes tant son excitation fut grande- à suivre les pas du dément ayant trouvé le dernier ces deux Monolithes, au point qu'il finit par en perdre toute notion de temps. Puis sa patience et sa détermination payèrent. C'était bien là, aucun doute n'était possible: Au pied de deux blocs colossaux se trouvait une ouverture pratiquée à même une grande dalle ayant eu pour fonction de sceller un passage à la noirceur opaque. Au pied de la dalle se trouvait encore la pioche ayant servi à l'ouvrage ainsi que deux torches bienvenues dans l'inventaire du docteur, voyant la sienne brûler ses derniers instants.


Cette grotte dans laquelle l'Eniripsa pénétrait enfin n'était pas l'oeuvre de l'homme comme l'attestent les parois polies par ce qui semblerait avoir été une source, asséchée depuis probablement des siècles voire des millénaires. Les pas y avaient une résonance toute particulière, presque étourdissante, tandis que l'entrée rétrécissait peu à peu au fur et à mesure qu'il progressait. On aurait dit que la torche avait de plus en plus de peine à transpercer l'obscurité pourtant déjà présente dans la mine. Combien de temps s'était écoulé depuis qu'il avait pénétré la grotte ? Quelle distance avait-il parcouru dans ce boyau opaque ? Des question auxquelles il n'avait plus aucune réponse,  car il ne savait qu'une seule chose à présent, une simple constatation :  
le passage descend.



Depuis le début il s'enfonçait peu à peu dans les profondeurs du monde, univers aveugle et sourd dont il cherchait à présent l'entrée dans les ténèbres, tandis que sa seconde torche s'éteignait. Il  se saisit alors de celle qui lui restait, mais rien ne se produisit à cause de l'extrême humidité ambiante, le laissant dans la noirceur la plus complète. La panique le gagnant, il tenta de courir là d'où il était venu et se heurta à un mur qu'il ne put voir. Sonné, il n'eût que ce répit avant que sa panique ne reprenne de plus belle après qu'il eut tâté les environs et fait cette terrible constatation: il n'y avait pas un passage, mais deux !  Duquel était-il venu ? Pourquoi ne l'avait-t-il pas vu lorsqu'il disposait encore de lumière ? L'impossibilité pour lui de répondre à ces questions harcelantes le mit face à une affreuse réalité: il était à présent perdu dans l'obscurité totale, ne sachant plus où il allait ni d'où il venait. Dans ce lieu tabou personne ne l'entendrait appeler ou ne viendrait le chercher. Il n' y avait désormais plus qu'une seule chose qui le retenait à la raison: l'illusion d'espoir que serait une prière à la Divine Praticienne. Curieux à son image, il l'implora de lui montrer le chemin. Et sans doûte sa longue supplique fût-elle finalement entendue, car une idée vint illuminer son esprit: S'il ne pouvait voir dans ces ténèbres, il pouvait en revanche toujours entendre ou sentir, et sa Déesse lui faisait disposer d'un guide aux sens bien plus développés que les siens. Prononçant le mot d'Amitié, il invoqua ce Lapino de la Providence et lui ordonna de chercher la sortie la plus proche. Il entendit la petite créature partir presque instantanément droit devant lui et s'empressa de la suivre à toutes jambes.


Après de longues minutes de poursuite le docteur s'essoufla, tombant à genoux sur la pierre humide. Il ordonna à son invocation de revenir et cette dernière lui parut excitée, comme si elle avait senti quelque-chose dans ce boyau interminable. Reprenant son souffle, il se rendit peu à peu compte que ses poumons s'emplissaient d'un air différent, moins chargé de cette odeur d'humidité et de moisissure à laquelle il s'était plus ou moins accommodé. Rouvrant des yeux pleins d'espoir -qui lui étaient depuis un certain temps inutiles dans cet endroit aveugle où il ne pouvait se fier qu'à son ouïe et son odorat- il vit quelque-chose au loin: un lueur rougeâtre très faible mais bien perceptible...
La fin du tunnel !


 

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