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Ils sont là depuis les origines du Monde des Douze. Il suffit de contempler leurs us et coutumes pour avoir instantanément une vision précise et vivante de l’Âge Primitif ! Un regain de foi en Ouginak, le dieu canin, les replace aujourd’hui au cœur de l’aventure. Mais comment expliquer ce retour bestial du dieu le plus poilu après Ecaflip ?
 

Le vent balaie les terres asséchées de Saharach, soulevant les cendres, la poussière… et les poils. La truffe fièrement dressée, du haut de sa monture, le guerrier Ouginak éternue. Sur son passage, les habitants des lieux baissent les oreilles. Il traverse le campement, constellation de cahutes, faites d’os, de boue et de peaux de bêtes tendues, pour avancer jusqu’à un imposant escalier, au pied d’une falaise. En haut, une brèche irrégulière se révèle être l’entrée du grand temple d’Ouginak.
 

 
« M’man ! M’man ! » jappe un petit roquet roux. « C’est luiii ! Kalidar le Brador ! »

Sous sa capuche, le guerrier le toise de ses petits yeux noirs, le gauche est le centre de deux cicatrices qui se croisent. Il lève les babines et grogne sur un ton très grave en guise de salut.

« Il m’a grogné dessus M’man ! Il m’a grogné dessus ! »
 
Ses avant-bras marqués de brûlures rituelles tirent sur les rênes de son balafreux. Kalidar se tient devant l’escalier, arborant autour du cou avec fierté ses chaînes et ses colliers de dents de kanigs, mulous et autres troolgrodytes. Il se gratte soudain derrière l’oreille de manière frénétique avant de tirer la langue avec un air béat. Puis il réajuste sa capuche, monte les marches et pénètre dans le temple.
 

 
Quelques fervents disciples sont là : des Maciens, des Pagneuls ou encore des Aniches. Certains hurlent à la mort, d’autres se roulent par terre, mais ce ne sont pas eux qui l’intéressent. Il s’enfonce dans le sanctuaire jusqu’à deux Bermanes qui gardent une entrée. Toute langue dehors, ils s’agitent et bondissent sur place tandis qu’ils jouent aux osselets. Mais leurs oreilles se dressent lorsque Kalidar s’approche d’un peu trop près :
 
« Qu’est-ce que tu fais Kalidar ? grogne le premier Ouginak au pelage sombre.
Tu sais bien que L’Os n’est pas digne d’être approché par tout le monde ! » aboie le second.
Le guerrier ouginak, qui devait avoir le poil doré quand il n’était qu’un jeune chiot, retire sa capuche et leur tend un papier enroulé.
« J’ai besoin de le voir pour savoir ce qui m’attend sur le champ de bataille demain. J’ai une autorisation du Chef de meute… »
L’un des deux Bermanes lui arrache des pattes et fait mine de le lire : « J’comprends rien ! Tu crois que tes gribouillages vont nous museler ? Tu te trompes si tu crois que je suis un adepte du coucouche-panier ! »
 
On ne sait pas si Kalidar grogne ou sourit. Il leur montre les osselets au sol.
« Je me doutais que ça ne suffirait pas, mais je vois que vous êtes joueurs. J’vous parie l’accès à L’Os du dieu mort que je fais 7 retournettes parfaites d’affilée. »

Les deux Bermanes le regardent en chienchiens de faïence avant d’aboyer de rire.
« C’est impossible ! Mais ridiculise-toi si ça te grogne… »
 
Le Brador ramasse les osselets et les place sur le dos de sa patte. Il les lance et les rattrape tous, les replace, les relance, les rattrape tous, les replace, les relance et les rattrape tous : le tout, six fois d’affilée. À la septième, il les rattrape tous dans sa gueule et commence à les mâchouiller :

« Nooon ! Mes osselets ! Fais pas ça !!!
Alow ? Che peux ent’er ?
Oui, oui ! Vas-y ! Mais tu as 5 minutes !
Chept !
OK, OK, sept… »
Kalidar recrache les osselets au sol et entre dans la grotte.
« Pff… Ce sale clébard a eu de la chance…
Ce n’est pas de la chance, pauvre ignare. Mais de la persévérance. »
 

 
La pièce est sombre. Un halo de lumière éclaire cependant la relique sacrée : un os gigantesque. En signe de respect, Kalidar s’agenouille, baisse la tête et fait mine de creuser avec ses pattes avant. Puis il se relève. Il s’avance vers la partie ébréchée de l’objet divin et regarde d’un air profond à l’intérieur. Alors il ferme les yeux et demande à voix haute :

« Ouginak, guide-moi ! Révèle-moi, si j’en suis digne, l’issue du combat que je mènerai demain avec ma meute contre ces lâches de kanigrous ! »
 
Kalidar le Brador arrache alors un peu de moelle de L’Os et le dévore. Il attend. Puis il attend encore. Il finit par soupirer, les oreilles baissées. « Je n’en suis donc pas digne… »
Il s’apprête à quitter la pièce lorsque brusquement, ses petits yeux noirs se révulsent et deviennent tout blancs. Pris de spasmes, il écume, puis s’écroule.
 
Quelques minutes plus tard, les gardes bermanes l’appellent : « Eh ! Le veinard ! Ton temps est écoulé ! »
Pas de réponse.  « Eh !!! T’entends ce qu’on te dit ?!
J’entends parfaitement. Je n’ai jamais entendu aussi parfaitement. Ni reniflé aussi précisément. Ma vue n’a jamais été plus claire, plus aiguisée.
Que t’arrive-t-il ? Deviendrais-tu fou ou enragé ? »

L’œil vif, le poil dressé, Kalidar le Brador apparaît dans l’antre de la porte qui mène à L’Os.

« Ouginak m’a donné un ordre. En bon disciple que je suis, je lui obéirai au doigt et à l’œil. Il guidera mes pas, dirigera ma lame, mes crocs et mes griffes. Aujourd’hui, les Ouginaks sont perdus, amoindris, isolés. Demain, ils escaladeront monts et montagnes pour hurler à la mort. Nous sommes les Ouginaks ! Nous sommes faits de rage et d’os et nous sommes fiers ! Aboyez tous avec moi : NOUS SOMMES LES OUGINAKS ! NOUS SOMMES FAITS DE RAGE ET D’OS ET NOUS SOMMES FIERS !!! »