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Ce matin-là, pour la première fois depuis longtemps, c’est le sourire aux lèvres et en chantonnant du Francisque Kabroule que Filgoud se préparait pour se rendre à la carrière d’Astrub. Il y travaillait depuis plusieurs années maintenant, mais bientôt, tout cela appartiendrait au passé...

« Tu es bien matinal et tu m’as l’air drôlement heureux mon Fifi ! Comment s’appelle-t-elle ?! », lui lança San’drâ, l’air espiègle.

Filgoud posa ses mains sur la taille de celle-ci et l’étreignit amoureusement.

« C’que tu es sotte ma pupuce ! Tu sais bien qu’il n’y a qu’toi. D’ailleurs, ce soir tu en auras une nouvelle fois le cœur net... »

Filgoud donna une petit tape sur les fesses de sa petite amie, puis enfila sa tenue de travail. Elle lui lança un regard faussement outré.

« Ne fais pas cette tête ! Ce n’est pas ce que tu crois... Je veux parler de ça. »

Filgoud frotta ses pouces l’un contre l’autre et, tout Iop qu’il était, prit l’air du plus cupide des Enutrofs.

La jeune femme mit ses mains sur ses hanches et le regarda, l’air incrédule.

« Oooh, tu ne m’auras pas avec tes grands et jolis yeux de chacha angora ! Je t’en ai déjà bien trop dit, tu devras attendre ce soir ! », s’exclama-t-il en riant. Il pinça affectueusement la joue de San’drâ, déposa un baiser sur son front, puis sortit sous la pluie battante.

Filgoud n’avait jamais été aussi heureux d’aller travailler. San’drâ et lui allaient enfin pouvoir se l’offrir, ce voyage sur l’île de Moon. Ce soir, il allait revenir la besace pleine d’or et de pierres précieuses. Pile le jour de la Sain Ballotin ! La veille, il était tombé sur un bon filon et avait précipitamment dissimulé sa découverte avant que d’autres ne la trouvent.

Un butin impressionnant ! À tel point qu’il se demandait comment il allait pouvoir ramener tout ça chez lui. Une fois n’était pas coutume, les astres s’étaient alignés pour que San’drâ et lui passent la plus belle fête des amoureux qui soit...

À l’intérieur de la mine, Filgoud se retournait sans cesse pour vérifier que personne ne le suivait. Il préférait faire preuve de discrétion... Attiser la jalousie des autres mineurs n’était jamais très bon. Mieux valait pour lui que sa trouvaille ne s’ébruite pas. Pour autant, il entretenait de bons rapports avec ses collègues de la mine. Surtout Hendy, un Douzien d’âge mûr dont il appréciait la compagnie. Il aimait sa sagesse et le considérait un peu comme un père. Aussi proches qu’ils étaient, tous deux savaient respecter l’intimité de l’autre. Hendy était un grand solitaire. Il parlait peu, mais chaque fois qu’il ouvrait la bouche, Filgoud pouvait apprécier la justesse et la pertinence de ses propos. Chaque mot était choisi avec précision. Le jeune mineur admirait cette particularité qu’il estimait comme une grande marque de finesse et d’élégance. Des atouts que sa nature de Iop ne lui donnerait probablement jamais l’occasion de connaître...

L’indéfectible confiance qu’il avait en Hendy l’avait amené à partager son secret, et donc le « magot », avec ce dernier. Après tout ce que le vieux lui avait appris, il lui devait bien ça...

Ici et là Filgoud avait semé des repères suffisamment discrets pour n’être découverts par personne d’autre que lui. La mine était déserte. Il y était presque, et de là où il se trouvait il pouvait déjà apercevoir l’amas de pierres qui se détachait du reste de la zone. Imperceptible néanmoins pour quiconque n’était pas au courant...

Filgoud posa son paquetage et souleva les pierres avec une frénésie telle qu’on aurait dit un phorreur en train de creuser la terre. Il haletait tout en se mordant la langue, pressé de retrouver son précieux trésor. Une pierre, une autre, encore une autre... Plus de pierres. La terre. Froide, humide... Son sourire s’effaça. L’évidence était trop brutale pour son cerveau de Iop. Et pourtant... Un éclair de lucidité surgit de son crâne dur comme la roche qui l’entourait. L’évidence : on lui avait tout dérobé.

Un nom, un seul, apparaissait. Imprimé sur sa rétine : Hendy. Filgoud secoua la tête comme pour chasser cette idée de son esprit. C’est impossible ! Pas lui ! Pas Hendy ! Ils partageaient tant de choses... Il lui avait confié tant de ses secrets... Comment... Comment avait-il pu lui faire ça ?? À lui ?! Lui qui lui avait offert toute sa confiance ! C’était un vrai coup de poignard dans le dos...

Fou de rage, Filgoud jeta une pierre contre la roche. Celle-ci ricocha et vint percuter sa caboche de Iop. Encore plus furieux, il donna de violents coups de pieds dans le mur. Quelque chose venu d’en haut vint à nouveau lui heurter le crâne. Filgoud leva les yeux et aperçu une étrange boule de poils perchée sur un petit promontoire qui jaillissait du mur. L’étrange créature se mit à ricaner, puis dévoila un gigantesque œil en son centre avant de filer à toute allure et de disparaître dans l’obscurité de la mine.

Filgoud cru d’abord que le choc lui avait fait perdre la tête. Avait-il rêvé ? Il voulait tout de même en avoir le cœur net et décida de suivre son instinct. Non, il n’était pas fou : d’étranges empreintes presque semblables à celles d’un piou, mais en bien plus grandes, se dessinaient sur le sol poussiéreux. Filgoud avançait tête baissée, guidé par la lueur de sa torche, quand soudain... Un piolet. Là, à ses pieds. Mais pas n’importe lequel. Son manche en bois d’Aquajou et les initiales qui y étaient gravées ne laissaient aucun doute. C’était celui d’Hendy. Le sang de Filgoud ne fit qu’un tour. Hendy tenait à son piolet comme à la prunelle de ses yeux. Sa femme, Glôrya, dont il lui parle constamment, l’avait fait faire sur mesure chez le meilleur menuisier d’Astrub, de façon à ce qu’il soit adapté à ses gigantesques mains rugueuses.

La voix chevrotante, Filgoud cria le nom de son ami. Pas de réponse. Que lui était-il arrivé ?

Le Iop sentit son cœur tambouriner contre sa poitrine. Il avait comme un mauvais pressentiment... Son trésor dérobé, cette étrange créature, et maintenant Hendy qui disparaît. Tout ça sentait aussi mauvais qu’une crotte de cycloporth en plein désert de Saharach...

Filgoud poursuivit sa « piste ». Le chemin débouchait maintenant sur un sentier un peu plus pentu. Une vague de chaleur remontant des profondeurs de la terre l’assaillit. Les mains moites, il manqua de tomber à plusieurs reprises, mais finit par arriver, en s’agrippant aux parois et au prix de quelques écorchures, dans une zone qu’il n’avait jusqu’alors jamais visitée. Plusieurs masses colossales se dressaient face à lui. Filgoud se figea de terreur. Il n’osait cligner des yeux ni même respirer trop profondément. Difficile, dans cet espace où l’air se faisait déjà rare...

Il crut d’abord à des monstres, mais constatant que les choses restaient immobiles, il dirigea tout doucement et prudemment sa torche vers elles. Différents amas de pièces parfaitement cubiques, disposées de façon presque artistique, s’élevaient ici et là dans la pièce. Filgoud avait-il découvert les vestiges d’une civilisation lointaine ? Possible. Quelle qu’en soit la réponse, cela lui fichait une trouille innommable...

Un courant d’air. Sa torche s’éteignit brusquement. Puis de nouveau, ce ricanement... Ces ricanements ! Ils étaient plusieurs. Et soudain, une voix qui appelle au secours. Familière... Par Iop : Hendy !!